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Full text of "Bulletin général de thérapeutique médicale et chirurgicale"

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BULLETIN GÉNÉRAL 

UE 

THÉRAPEUTIQUE 

MÉDICALE ET CHIRURGICALE. 






BULLETIN GENERAL 


DE 

THÉRAPEUTIQUE 

MÉDICALE ET CHIRURGICALE. 


Kecuetl |Irattque 


PAR J.-E.-M. HIQUEI., D. M., 

OBEVAllKH DE LA LÉOIOK-D’HONNEUB , ANCIEN CHEF DK CLINIQDE DE LA FACULTE 
DE MÉDECINE DE PARIS A l’HÔPI I AL DE LA CHARITÉ, MEDECIN DES DISPENSAIRES, 
MEMBRE DE LA COMMISSION DE SALUBRITÉ; RÉDACTEUR EN CHEF. 


TOME VIINGT-TROISIÈME. 


PARIS. 

CHEZ LE RÉDiLCTEUR EiN CHEF, ÉDITELR, 

HlIE SAINTE-AS.NE, N“ 2S. 



1842 





BULLETIN GÉNÉRAL 


THÉRAPEUTIQUE 

MÉDICALE ET CHIRURGICALE. 


THERAPEUTIQUE MEDICALE. 


QUELLES SONT LES PRINCIPALES CONDITIONS DU PROGRES 
EN THÉRAPEUTIQUE. 

Si la médecine, en tant que se proposant simplement pour but l’étude 
de l’homme dans sa vie normale, est une science qui captive autant notre 
attention ; si, malgié l’obscurité qui entoure les nombreux problèmes 
qu’elle pose, elle a été dans tous les temps l’objet de recherches si opi¬ 
niâtres , elle acquiert une bien antre importance encore quand, ne con¬ 
sidérant ces recherches que comme de simples prolégomènes, elle étudie 
la vie dans ses déviations pathologiques, et met en rapport avec l’or¬ 
ganisme soufli'ant tous les moyens capables de le modifier, dans le but 
de ramener celui-ci à l’état normal. Dernier terme des sciences médi¬ 
cales , la thérapeutique est la partie de la médeeine qui, sans contre¬ 
dit, demande à être traitée avec le plus d’application. Malheureuse¬ 
ment et pendant des siècles, presque toujours solidaire des erreurs 
dans lesquelles se sont tant de fois égarées et la physiologie et la patho¬ 
logie, l’on a vu cette science manquer souvent son but, et consumer 
ses efforts dans de stériles ou incomplètes vérifications. C’est là un point 
sur lequel on ne saurait trop insister : dans l’état actuel de la science, 
les diverses théories partielles dont celle-ci se compose comme doctrine, 
ne sauraient commander exclusivement lathérajpeutique. Sans doute, si 
nous avions saisi la grande loi qui régit le monde pathologique, la thé¬ 
rapeutique devrait se déduire comme im simple corollaire de cette donnée 
fondamentale. Mais jusqu’ici nous n’avons pu nous élever qu’à la con 
reption de rapports secondaires. qui peuvent bien éclairer latbérapeu- 






<5 ; 

tique, mais non la diriger, la commander. Entrons dans quelques déve¬ 
loppements sur ce point, pour bien faire comprendre notre pensée, et 
montrer quelles sont aujourd’hui, suivant nous, les conditions essen¬ 
tielles du progrès en médecine pratique. 

\ l’exception des névroses, que l’on ne peut rattacher à une lésion 
maténélle dë l’orgahisation (jhe par üù abus évident dë la méthode 
analogique, U h’est pas une seule affection dans le cadre nosologique 
dont la physiologie, l’anatomie pathologique et la chimie organique ne 
prétendent à nous donner la théorie définitive. Cette prétention du reste 
n’est point nouvelle, elle est aussi vieille que la science et vûvra autant 
qu’elle ; cela est tout simple, la théorie seule donne à un ensemble de 
notions quelconques le caractère de science réelle et complète ; lors donc 
que nous cherchons à établir tpie la thérapeutique doit se maintenir dans 
une sorte d’indépendance vis-à-vis des théories, c’est que d’abord, dans 
les cas les plus heureux, celles-ci ne rendent compte que d’un certain 
nombre de faits, et qu’ensuite cette science a réellement une méthode à 
elle, des résultàts de laquelle elle ne doit pas déshériter l’avenir ; mais 
nous nous gardons bien de nous élever contre cette tendance généra- 
fiice qu’on rencontre dans certains esprits à toutes les épotjues de l’his¬ 
toire de la médecine ; outre qu’elle a déjà conduit à d’importants résul¬ 
tats , elle accuse im instinct intellectuel de l’ordre le plus élevé, ei 
corrèsjîond à une des nécessités les plus impérieuses de toute science 
complète. Ces réserves faites, nous dirons premièrement que la théra¬ 
peutique ne peut accepter comme règles de pratique la conséquence de 
ces vues théoriques partielles ; secondement qu’elle a sa méthode à elle, 
et que lors même qu’elle cherche à vérifier ses vues, c’est à cette mé¬ 
thode qii’elle doit recourir, et n’y suhordonner sa pratique qu’alors que 
cette vérification les a ju.stiiîces. C’est ainsi, par exemple, sinon qu’elle 
a toujours procédé, du moins qu’elle procède aujourd’hui vis-à-vis de la 
physiologie pathologique du médecin du Val-de-Grâce. Elle admet 
avec M. Broussais la nature firanchement phlegmasique d’un certain 
nombre de maladies ; dans quelques cas même elle reconnaît qiie toute 
rafTection se réduit à un simple traumatisme- interne avec irradiations 
sympathiques diverses sur tels outeLs systèmes de l’économie; mais la 
ihérapeut’que, en tant que science indépendante ayant sa méthode, 
ses procédés propres, est bien loin d’accepter dans leur rigueur et dans 
toute leur extension les conséquences pratiques qui découlent de l’idée 
théoriq'ie de l’école de Broussais. Ainsi, pour citer un des exemples les 
plus tranchés dans l’ordre d’alTections dont il s’agit maintenant, et clans 
lesquelles la pratique commandée par la théorie s’applique avec le plus 
d’âVantàgès, dans la pleuropheulnonic, l’élément inllatiiniatoire, tout 



( 7 ) 

important qu’il est ici, n’est point le seul élément pourtant dont une 
saine pratique doive tenir compte. Que dans un grand nombre de cas les 
indications thérapeutiques sfe tirent exclusivement de l’étendue, du degré 
de la phlegmasie pleuro-pulmonaire, tels que ilous les traduisent d’une 
manière si rigoureuse en général l’auscultation et la percussion, nous ne 
le contesterons certainement pas ; mais à côté de ces cas, il en est évi¬ 
demment im certain nombre d’autres où cette indication itéorique s’ef¬ 
face devant des indications beaucoup plus importantes. H en est ainsi 
([uand la pleiu-o-pneimionie coexiste avec un état de débibtation pronon¬ 
cée, ou bien avec un certam état ataxique dont le délire et les soubre¬ 
sauts des tendons sont les manifestations les plus ordinaires. Ë en est en¬ 
core de même dans certaines constitutions médicales ou même dans 
certaines dispositions idiosyncrasiques ou l’élément bilieux complique la 
phlegmasie localisée dats les vésicules puhnoiiaires. Dans les divers cas 
que nous yenons de supposer, il n’est point douteux que la théorie pby- 
siologiipie de la pleiu’opneumonie ne laisse échapper les plus importantes 
indications ; que si alors la thérapeutique se laisse despotiquement domi¬ 
ner par celte théorie, elle manque évidemment son but. Dans ces cas 
divers , une pratique judicieuse commande de n’user du ttaitement anti • 
phlogistique qu’avec la plus grande réserve, èt de lui substituer rapide¬ 
ment les moyens propres à détruire les compbeations funestes ; que si ces 
moyens se trouvent en opposition avec la nature de la maladie locale, 
c’est une raison sans doute pom’ que l’on mette dé la circonspection dans 
l’emploi de ces moyens, qu’on en surveille l’influence et sur les localisa¬ 
tions morbides, et sur l’état général ; mais cette opposition ne suflit cer¬ 
tainement point à les faire prosra-ife. C’est en suivant cette marche du 
reste ,■ et en ne se laissant point étoprisonner dans le cercle inflexible dé 
la docti-ine physiologique, ijde la fliérapéutiqile a fait revivre ces indi¬ 
cations que lès anciens avaientparfaitèinènt saisies, mais qu’ils avaient, 
eux aus.si, trop généralisées ; de sorte qu’aiitrefois comme de nos jours 
l’attention des obséiTaièurs et surtout des praticiens n’était portée que 
sur l’élément morbide auquel là théorie contemporaine accordait le plus 
de valeur. 

L’anatomie pathologique, d’un autre côte, qui h’est d’aflleurs âu fond 
quela doctiinede Broussais, moins son interprétation physiologique, et 
qui lui est pai- conséquent inférieure au moins comme doctrine géné¬ 
rale, cai- elle ti’a même pas l’instinct des besoins de là science ; l’aria- 
tomie jiathologique, disons-nous, tant qu’efle se borne à constater les 
lésions que les maladies laissent après la mort dans les tissus , sans les 
rapprocher des causes qui les ont provoquées, et de l’action morbide fcn 
laipielle elles ont consisté à leur originè, ne peut évidemment conclure à 




{ 8 ) 

aucune thérapeutique proprement dite. On ne conçoitpas que des esprits 
aussi distingués que le sont certeinement les hommes que nous pourrions 
citer ici, n’aient pas compris tout d’abord que l’anatomie pathologique 
réduite ainsi à une simple épellation des lésions qu’elle constate, met 
entre elle et la ihérapeutiqite un abîme infranchissable. Aussi, deman¬ 
dez à cette science, si riche de faits intéressants sans aucun doute, 
quelles indications elle a saisies dans le traitement des maladies, sinon 
des indications négatives? quelle méthode thérapeutique elle a fondée, 
sinon la méthode de l’abstention systématique? Ici encore la théra¬ 
peutique doit nécessairement s’éclairer, dans son action sur l’orga¬ 
nisme soufirant, des lumières que l’anatomie morbide a jetées siu une 
lace jusque-là inconnue des maladies ; mais elle ne doit point laisser briser 
entre ses mains les moyens que l’expérience des siècles a consacrés. Avant 
que l’anatomie pathologique eût retourné l’organisme, si nous pou¬ 
vons ainsi parler, pom dérouler à nos yeux les altérations que les mala¬ 
dies laissent comme trace de leur passage dans les tissus, ces maladies, 
avec tous leurs caractères, avec le cortège varié de leurs symptômes, 
avaient sévi déjà sur l’espèce humaine ; les lésions que le scalpel nous 
découvre aujourd’hui, existaient alors comme aujourd’hui dans la pro¬ 
fondeur des tissus vivants ; et nous ne doutons pas, pour notre compte, 
que dans l’ignorance où l’on était alors de ces lésions, la thérapeutique 
ne se heurtât souvent imprudemment à celles-ci, et ne compromît, dans 
un bon nombre de cas, son influence curative. Mais malgré le ton dé¬ 
gagé avec lequel, guindés sur les échasses de notre prétention, nous trai¬ 
tons le passé, nous ne voyons pas que personne ose soutenir qu’avant 
la découverte de l’anatomie morbide, la thérapeutique ajoutait constam¬ 
ment anx maladies, et ne concourait jamais à leur solution. Non, cela 
n’est pas vrai, croyons-le pour l’honneur de nos pères, poin- l’honneur de 

la science. Or, la méthode qui guidait les médecins avant Morgagni, 

Bonnet, et lem's laborieux successeurs, et qui les conduisait au but essen¬ 
tiel de l’art, au rétabbssement de l’harmonie des fonctions, ne laisse pas 
complètement d’être applicable, parce que les progrès de la science ont 
fait découvrir un nouvel élément pathologique dont elle doit tenir compte 
dans l’action qu’elle est appelée à exercer sur l’organisme souffrant. C’est 
encore là un point capital sur lequel on ne saurait trop insister, tout 
l’avenir de la thérapeutique est engagé dans cette question. Si les lésions 
organiques sont tout dans la vie pathologique, il n’y a qu’une manière 
de travailler an progrès de la thérapeutique, c’est d’étudier, de com¬ 
parer, d’analyser ces lésions, et, cela fait, d’en conclure toute la thé¬ 
rapeutique. Mais tous nos livres sont remplis des résultats de ces 
études, de ces analyses. de ces comparaisons ; or. thérapeutique- 




ment parlant, qu’en a-t-on généralement conclu? Ceci : que dans les 
cas où la science curative développe la plus grande eflicacilé, elle abrège 

de quelques heures peut-être la durée des maladies_Donc dans cette 

voie il n’y a point de progrès possible ; donc ici, comme vis-à-vis de 
la docti'ine physiologique, la thérapeutique doit profiter des decouvertes 
de la science, mais elle doit faire usage de la méthode propre, des 
procédés à la faveur desquels elle s’èst jusqu’ici constituée, c’est à savoir 
l’observation directe, et, avec résen-e, l’induction. C’est ainsi que nous 
avons toujours compris la valeur des données fournies par l’anatomie 
morbide, dans leur rapport avec la science du traitement des maladies. 
En marchant dans cette direction, nous avons contribué, nous le pen¬ 
sons au moins, à réhabiliter dans la science diverses méthodes thérapeu¬ 
tiques importantes, par exemple la méthode évacuante. Cette méthode 
avait été à peu près proscrite du traitement des maladies aiguës et de,s 
maladies chroniques, soit au nom de l’école physiologique, soit au nom 
de l’anatomisme. U n’est point un seul praticien maintenant qui ne se soit 
affranchi de cette terreur puérile qui pendant si longtemps nous a fait 
considérer la muqueuse gastro-intestinale comme une sorte de noli me 
langere physiologique, et nous désarmait vis-à-vis d’un grand nombre 
d’affections. Dans la fièvre typhoïde meme, sans vouloir ici préjuger la 
valeur absolue de cette médication, il est reconnu de tous, au moins que 
la méthode évacuante n’a point le danger que la théorie a pu faire pré¬ 
voir ; 'qu’elle peut par conséquent être appliquée quand des indications 
précises l’appellent. Mais ce bill d’indemnité, si nous pouvons ainsi dire, 
accordé à cette méthode, ne se borne point à elle ; il s’étend à un nom¬ 
bre infini d’agents qui, au nom des mêmes idées, avaient été proscrits, 
et qni dès lors peuvent être de nouveau soumis au contrôle de l’expéri¬ 
mentation. 

Enfin, et nous terminerons par là cet exposé rapide de notre philoso¬ 
phie thérapeutique; plusieius observateurs, dont le nom est haut placé 
dans la science, s’occupent beaucoup-en ce moment de recherches sur la 
composition des liquides dans les maladies, soit à la faveur des procédés 
ordinaires de la chimie, soit à l’aide de l’observation microscopi(|ue. 
Déjà même quelques résultats importants ont été signalés ; ainsi, d’après 
CCS travaux, on chercherait à établir que toutes les phlegmasies, quelle 
que soit leur diversité de formes, d’intensité, de siège, sont toutes ca¬ 
ractérisées par une augmentation dans la quantité absolue de la fibrine ; 
par contre, les pyrexies, qu’on aurait d’après cette vue nouvelle fausse¬ 
ment confondues avec les inflammations, se caractériseraient par un état 
inverse de la composition du hquide sanguin. Ce sont là sans doute des 
données qui, si elles viennent à se vérifier, ont une grande valeur; 



( 10 ) 

mais en tirerons-nous thérapeutiquement cette conséquence, qu’il faut à 
l’avenir s’interdire tout stimiJant dans toute affection de l’organisme vi¬ 
vant dès que nous aurons constaté une localisation phlegmasique, et 
qu’il faut donner exclusivement du fer, du quinquina et des jus de viande 
dans les fiètTes continues? Non certainement : la thérapeutique suivra ici 
la marche que nous l’avons vue suivre précédemment; elle demandera à 
la pathologie vivante scs indications, et s’efforcera de les remplir en 
mettant à contribution les divers moyens que l’expérience successive des 
temps a consacrés. 

Pour nous résumer en deux mots, la thérapeutique n’est pas condam¬ 
née à marcher dans la voie que lui tracent les théories partielles qui se 
succèdent dans la science; elle a ses procédés et sa méthode propres : c’est 
l’observation directe de l’action des agents médicamenteux sur l’orga- 
hisme souffrant, c’est l’expérhnentation sage, raisonnée dans les diverses 
individualités morbides. C’est à ces procédés qu’elle doit les principales 
conquêtes qu’elle a faites dans le passé, c’est à leur lumière qu’elle 
doit continuer à marcher dans l’avenir, ’^els ont été les principes du 
Bidlelin de Thérapeutique à son origine, tels ils sbnt encore aujour-, 
d’hiiî. 


DE LA blSPAfelTIOJt ÙES htOUOpislÈS sdus L’tNPLÜEÎfCfe DÈS ÉVACtiATiONS 
rniNAluEs abondantés. 

Par M. Briqüei, médecin de l’Hôpilat Cocliin, professeur agrégé de la Faculté. 

Les âilteüfs de thérapeutique seinblent, en partant des propriétés des 
médicaments dliirétiqUes, disposés à regarder cés sutstahees comme 
n’ayant ordinairement qu’un effet graduel, lent, et pres(]çiie itiscrisihle : 
cependant, il est dés cas dans lesquels leur action se iait sentir d’ime 
manière très-prononcée, et arrive fapidemeht à lihe espèce dé maxiraiini 
d’intensité à l’aide duquel il s’opère de grandes mutatidns dans l’éco- 
Honuë dnimale. Les ouvrages des observateurs cdhtiennëht bien quel¬ 
ques faits dans lesquels on volt des hydropLsies poHées à un degré Ibrt 
avancé disparàître rapidement sotis l'ihfluericé des évàciiations urinaires 
produites par les diiu-étiques ; mais ces faits, cjul sont épars dans la 
science, sont incomplets, tronqués ; ils inahtjucht des coiiîtlons néces¬ 
saires poüE sàtisfafre l’esprit, qui demande ülailitéiiant de là préclsioh et 
du positif Je contfibuerai par cet article a couibler cfelte lacune, eu 
présentant deux cas, obselvés aiissi iiiinuticUscmcut qu’il a été possible, 
et dans lesquels l’action diurétique s’ésl manifestée par des évâcuàtioiLs 
(irinàifes brusquement produites, et a aiiiëné la résorption dfes liquidés 



séreux iiilÜti’és dans le tissii cellülàiré èt épanchés dans les cavités des 
membranes séreuses. Le lectem’ verra comment s’est opéré ce flux 
ininaire, et comment s’est faite la disparition de l’hydropisie. 

Obs. I. — Imuffiianeé des aalmlei de VoHfice àuHculo-viktrtcuiairi 
gauche dû ciÉur - h^dropisie consécütlvè. 

Diardÿ Agée de soitante-six ans, blaUcblsseUsej femme encore assez forte, 
toussant depuis longtemps, ayant également depuis longtemps là respiration 
courte, et sujette à dé légères palpitations. L’anfléé deimièrfe, elle à eu une 
pleüropneuffloiiie à droite âvee eildocardité, à la suite dë làtjuelle elle eàt 
rèstée plus essouflée qu’auparavant, et avec utie disposition à l’iuflltralion 
telle, qu’ëlle a été obligée de venir plusieurs Ibis à l’BOpitül pour prendre 
du repos. 

Le 14 mal 1942, elle vient de nouveau Se présenter poür être reçue! elle 
sè trouvait dans l’état suivant : 

Teinte un peu jaUne paille de la face, amaigrissetnent tlë cettè partie, lan¬ 
gue rougeâtre et humide, perte de l’appétit ; dyspnée qdl force la malade 
à se tenir sur son séant, où elle ne respire qti’avec peine! le thorax of¬ 
fre en avant et à droite un son normal, et un mélange de râle muqueux à 
petites bulles et de Mie sibilant; à gauche un son un peu diir de la clavi¬ 
cule à la quatrième côte, avec nbe expansion vésiculaire faible, mais pure; 
au-dessous de la quatrième côte, un son tout 5 fait nul, et l’absence com¬ 
plète d’expansion Vésiculaire ! les bruits du coBür sont difficiles à entendre et 
n’offrent pas d’imptilsibn; on distingue Un bruit de frottement très-faible, 
très-obscur, qui a lieu en même temps que se passent chacun des bruits 
du cœur ; les bruits des carotides sont à l’état normal, ainsi que ceux de 
l’aorte qu’on entend derrière la moitié supérieure du sternum. Eü arrière, 
son dur des deux côtés dans le tiers infcrienr du dos! expansion vésiculaire 
mêlée de râle muqueux et sibilant dans la partie sonore; respiration très- 
faible dans la portion mate, un peu d’expiration bronchique vers le milieu 
de la hauteur de la gouttière vertébrale droite, et un peu de râle sous-cré- 
pitânt en bas! expectoration peu abondante, visqueuse et incolore, avec 
quelques eracbats opaques et Jaun&tres; Inülttation à un degré considérable 
des membres supérieurs et inférieurs, des parois abdominales et des régions 
lombaires; un peu de distension de l’abdomen, avec matité dans la moitié 
inférieure do la région squsmmbilicale ; point de diarrhée; pouls à 80, ré¬ 
gulier, assez fort; peau fraîche; urines peu abondantes, ne se troublant 
point par Paclde nitrique; pas dé süeuK. 11 semble que la malade est affec¬ 
tée d’un rétrécissement avec insuffisance de l’orilice dhricülo-vehtriculaire 
gauche, avec dlathàse séreuse très-prononcée, indiquée par l’inhltratiim et 
tes épanchements séreux dans les plèvres et dans le péritoine. Je prescris 
la tisane pectorale avec oxymel scîllitique et une potion gommeuse avec 2 
grammes de teinture de digitale. 

Peu à peü l’inliltration augmente, les collections de liquide dans les plè¬ 
vres et dans l’abdomen deviennent plus considérables malgré le traite¬ 
ment. 

Potin, au 28 mai, l’accablement était devenu considérable, la face avait 
pris là teinte jaune paille, la langue, rougeâtre, offrait qdeiques plaques de 



diphtei-ite ; elle était collaute. Les signes que donnent l’auscultation et la 
percussion étaient toujours à peu près les mêmes, seulement l'épanchement 
paraissait plus considérable dans la plèvre droite que dans la gauche, puis¬ 
que la matité remontait de ce côté presque jusqu’à l’angle inférieur du 
scapulum; les bruits du cœur étaient toujours éloignés, très-sourds et sans 
impulsion. On ne distinguait plus guère sensiblement de bruit de frotte¬ 
ment. La respiration est toujours fort gênée, et le pouls de 75 à 80; la peau 
restait fraîche, et les urines, peu abondantes, ne se troublaient point par 
l'addition de l’acide nitrique ; l’infiltration générale était considérable; la 
peau était distendue outre mesure; la malade était arrivée à prendre 6 gram. 
de teinture de digitale dans sa potion, elle avait continué la tisane de parié¬ 
taire avec 61 gram. d’oxymel sciiiitique. Le 19 et les jours suivants, un flux 
considérable d’urines s’établit, la malade est obligéede se lever huit à dix fois 
par nuit, et elle rend de pleins pots d’urines peu colorées, et déjà le juin 
les membres supérieurs présentent à peine des traces d’infiltration. Le 4, il 
n'y a plus d’infiltration ni aux membres ni au tronc, tout ce gonflement a 
disparu, les parties sont revenues à leur volume normal: la figure a repris 
un peu d’animation, la peau est moins terreuse, l’appétit se fait sentir, la 
respiration est moins gênée, et le décubitus peut se faire à plat. La dureté 
du son delà région précordiale est un peu diminuée, et celle de la partie 
postérieure du thorax l'est aussi; l’expansion vésiculaire s'entend deinüs le 
haut jusqu’en bas; elle se mêle à du râle muqueux et à de la respiration 
bronchique. Il reste un peu de toux, avec l’expectoration de la bronchite; il 
n'y a plus de matité à la partie inférieure de l’abdomen; les bruits du cœur 
subsistent les mêmes; le pouls est régulier de 70 à 75. Les urines cessent 
d'être abondantes, et elles redeviennent plus colorées; la malade est d’une 
extrême faiblesse. 

Enfin elle sort de l’hôpital le 14 juin, sans la moindre apparence d’infil¬ 
tration; le son du thorax était devenu clair jusqu’en bas, excepté à la ré¬ 
gion précordiale, et l’abdomen ne présentait plus le moindre indice d’épan¬ 
chement. 

On Toit dans ce fait, que j’ai présenté de la manière la plus succincte 
tpi’il m’a été possible, une altération organique du cœur dont l’influence 
.sur la circulation, et par suite sur l’hématose, a été telle, qu’une dia¬ 
thèse séreuse avec toutes ses conséquences s’en est suivie. — Pendant 
quelque temps et malgré le repos, la température convenable et une 
médication appropriée, les accidents vont croissant ; enfin un jour, sans 
que l’altération organique, origine de tous les troubles de l’économie, ait 
été modifiée, les secréteurs entrent en exercice, et en quelques joins toute 
la sérosité déposée dans le tissu cellulaire et dans les lombes est 
absorbée. —Doit-on attribuer cette Hypercrinie à un effort critique? 
rien n’en donne la certitude ; ordinairement, les ci-ises sont précédées 
ou accompagnées de phénomènes qui dénotent un effort de l’organisa¬ 
tion. Sans prétendre rencontrer le pouls, que Bordeu regardait comme 
caractéristique d’une crise par les mines, c’est-à-dire un pouls régiUiè- 
reraent inégal, produit de. l’imagination de ce médecin. an moins de- 



vrait-il y avoir uiie augmentation de fréquence dans les battements de 
l’artère. Or, chez notre malade, le pouls, au contraire, avait perdu 
graduellement de sa vivacité. Tous les auteurs parlent de chalem' dans 
les lombes et de douleurs consécutives dans les régions des reins ; or, 
nous n’avons rien observé de semblable. 

U est vi‘£iiscmblable que la médication diurétique a eu sa part dans 
ce résultat salutaire, et il faut croire qu’il a été nécessaire d’une certaine 
dose de substance médicamenteuse pour le provoquer. N’en est-il pas 
ainsi pour divers médicaments? Aussi, dans les paralysies, les malades 
ne ressentent l’effet de la noix vomique qu’après un certain temps de 
son usage. Les accidents vénériens ne cèdent également aux mercu- 
riaux qu’après l’emploi d’une dose déterminée de mercure. Le calomel 
ne produit souvent d’évacuation qu’après quelques jours de son emploi. 
Ne sait-on pas que les affections scrophiUeuses ne commencent à se nu) - 
difier qu’après un temps assez long de l’usage de l’iode ; que les affec¬ 
tions chroniques de la peau ont besoin d’un emploi prolongé des prépa¬ 
rations arsenicales avant de présenter le moindre changement? 

Quoi qu’il en soit, aucun changement appréciable n’a fait prévoir 
l’évacuation qui allait se faire ; rien de particulier ne s’est fait apercevoir 
pendant qu’elle se faisait. 

Il est, du reste, curieux de voir avec quelle rapidité l’absorption de 
la sérosité s’est faite : en deux jours l’infiltration a disparu des memlires 
supérieurs, et en sept jours elle était complètement dissipée ; les séreuses 
s’étaient également vidées. 

Cette disparition s’est faite en sens inveise de la production de l’é- 
dœme ; ainsi, elle a commencé par les membres supérienrs, a continué 
aux membres inférieurs, et a terminé par les cavités des séreuses. 

La quantité d’urine rendue a été considérable ; ces urines étaient fort 
claires ; leur apparition en quantité anormale s’est faite brusquement, 
et non graduellement ; il en a été de même pour leur disparition. 

Obs. II. — Pleurésie aiguS avec épanchement, leueo-phlegmasie consé¬ 
cutive. 

Gigou, âgée de vingt-neuf ans, domestique, de constitution lymphatico- 
sanguine, â peau blanche et Bue, assez chargée d’embonpoint, habituelle¬ 
ment de bonne santé; née d’un père mort tuberculeux, à trente-deux ans, 
elle n’ayant encore que treize ans, et d’une mère morte fort jeune, elle 
étant encore enfant. 

Le 28 mai, cette femme eut, dans la soirée, l’occasion de se plonger plu¬ 
sieurs fois les bras dans l’eau froide pendant qu’elle était en sueur. La nuit 
même, elle fut prise d’un frisson prolongé, qui fut suivi de chaleur et de 
malaise. 

Les jours suivants, survinrent de la douleur au côté gauche, de la gêne de 



( ) 

la respiration, et de la fièvre; la malade, obligée de s’aliter, futsaigpéçj ie 
satfgsorti délit veine était couenneux. On appliqua successivement àés ^ng- 
sues en petit nombre, et un vésicatoire sur le côté dduloùreux! La maladie 
s’aggravant, elle vint à l’hépilal Coebin, le 5 juin 1843, avec la ligure bili- 
guée et qn peu colorée en rose aux joues, la langue blanclie et humide, 
une soif vive, une respiration fort gênée (36 respic.atjous par minute); le 
décubitus se faisant sur le dos, et impossible dans les autres positions. Le 
thorax donnait à l'auscultation et à la percussion les résuliâts suivants : à 
droite, tant en avant qu’en arrière, son et respiration à l'étal normal. À gau¬ 
che, eu avant, son normal de la clavicule à la troisième côte, et expansion 
vésiculaire uoripale; de la troisième côte; quelques lignes au-dessous de la 
quatrièpte, soq presque mat ef apnée | au-dessous, bruits du çfBur ^ l’état 
normal; en arrière, matité depuis le niveau du milieu de la fosse sous-épi¬ 
neuse jusqu’au bas du thorax; légère expiration bronchique avec retentis¬ 
sement œgophonique de la voix dans toute cette portion du thorax, et dispa¬ 
rition du frémissement vocal; au-dessus, expansion vésiculaire normale. 
Douleur pongitive assez vive siégeant au niveau du mamelon, et descendant 
jusque vers le milieu de la portion gauche du dos. Peu de toux, pojnt d’ex¬ 
pectoration. Abdomen de forme normale, peau fraîche, point de douleur 
dans les membres, pouls de force modérée à cent pulsations. Lors de sou 
entrée, on avait fait à cette malade une saignée de 450 grammes, et qui n’a¬ 
vait pas été couenneuse. 

La pilleur et l’absence de chaleur do la peau, la faiblesse du pouls, le peu 
de succès des saignées précédentes ne permettant pas de pousser plus loin 
les évacuations sanguines, on se borna à l’emploi des adoucissants, â la prise 
de la poudre de digitale à dose de 10 centigrammes par jour, et à l’entretien 
du vésicatoire sur le côté gauche du thorax, pour combattre l’épanchement 
pleurétique dont l’intpnsité paraissait être modérée. 

Malgré l’emploi de ces moyens, l’épanchement alla graduelleipeot en 
augmentant, de telle sorte que le 15, la matité remontait en avant jusqu’à 
la clavicule, et en arrière jusque dans la fosse sus-épineuse; l’expiration 
bronchique se faisait entendre en avant et en arrière dans la moitié supé¬ 
rieure de ce côté, tandis qu’au dehors il y avait apnée complète. La gêne de 
la respiration était portée au pofut de produire l’ofthopnée. {.e pouls faible 
était à cent dix. 

On insista sur les vésicatoires, sur l’usage de la pondre de digitale, qui 
fut prise chaque jour à la dose de 15 centigrammes, dans une potion gom¬ 
meuse, sur la décoction de pariétaire avec sirop de pointes d’asperges, et 
sur les frictions avec la teinture de scille faites deux fois par jour sur la 
partie interne des membres inférieurs. 

Le 83, les phénomènes de l’épanchement restent les mêmes, la plèvre 
gauche est complètement remplie par le liquide épanché dans sa cavÂé, et 
l’on s’aperçoit de l’apparition d’un œdème assez considérable aux mem¬ 
bres inférieurs et au membre supérieur gauche. Les bruits du cœur res¬ 
tent toujours à l’état normal, et la respiration devient de plus en plus gênée. 
Ix» urines peu abondanles, contenant un dépôt rosacé très-abondanf com¬ 
plètement soluble dans l’acide nitrique, le pouls est à quatre-vingt-dix, la 
peau est fraîche. 

Décoction de pariétaire édulcorée avec 64 grammes de sirop de pointes 
d'asperges, et potion gommeuse avec 3 grammes de teinture de digitale. 



( ià ) 

Le29 Juin, on n’aperçoit point encore d’indices de résolution de J’épan- 
chérhent pleurétique, car la matité du côté gauche du thorax existe toujours, 
depuis la'claxicule, en avant, et la fosse sits-èplneuse, en arrière, jusque 
tout à fait en bas de ce côté; l’expiration bronchique se fait entendre, en 
arrière seulement, dans la moitié supérieure de cette portion du jhorax. Ail¬ 
leurs, J’apnée est complète à droite,'tant en avant qu’èn arrière; l'expansion 
vèsicnlaîre s’accompagne de râles muqueux et sibilants, médiocrement abon¬ 
dants ; il y a de la tonx, et, depuis quelques jours, apparaissent des cracliats 
de broncUte. 

La malade est très-fatiguée ; sa face est pâle, décolorée ; la langue blan¬ 
che. Il existe une anorexie complète; la soif est très-modérée, et l’oq ne 
boit que deux pots de tisané dans les vingt-quatre heures. La gêne de la res¬ 
piration va croissant, car la respirat|op ne pèùt se faire qu’en se tenant sur 
son séant, le corps penché en avant; les bruits du cœur restent à l’état nor¬ 
mal; ils sepiplent éloignés. L’abdomep est à l’état normal, et l’on n’y trouve 
pas de matité dans sa partie supérieure : la peau reste fraîche, le pouls reste 
à quatre-vingt-dix ; il y a des sueurs la nuit, et les urines sont toujours 
très-rares. En même temps l’infiltration va croissant; le membre supérieur 
gauche est infiltré depuis le haut jusqu’en bas, et très-gonflé; le membre 
sppérieur droit l’est aussi, mais à un degré moiqdre; les membres inférieurs 
ont pris un volume considérable; l’œdème a gagné les lombes; la peau de 
ces parties est tendue et luisante. Un léger érysipèle se manifeste autour du 
vésicatoire qui touche aux lombes. 

il est évident que la maladie va croissant; et en raison des antécédents de 
la malâde, de sa peau blanche, de la toux qui est survenue et des sueurs 
poctqrnes, on craint que la malade ne soit sous l’influence de la dégénéra¬ 
tion tuberculeuse ; et l'on est disposé à porter un pronostic grave. Du reste, 
on continue ie traitement par les diurétiques, et l’on porte la dose de la tein¬ 
ture de digitale jusqu'à 6 grammes; on insiste sur les frictions avec le Uni¬ 
ment smlUtique. 

LepO, ja scène phange: une abppdante expectoration se manifeste; elje 
remplit la moitié du crachoir; eu même temps un flux d’urines s'établit à 
tel point, que durant la nuit la malade a uriné huit à dix fois, et chaque fois 
en assez grande quantité. Et l’on trouve, le lendemain, que la matité a dis¬ 
paru de là clavicule à la troisième côte, qu’elle est remplacée par un son 
très-clair, et qu’on entend dans ce point un peu de respiration mêlée de râle 
liquide fort abondant. L’érysipèle .du côté s’accompagne d’une douleur mus¬ 
culaire très-vive, qui pécessite l’application de douze sangsues sur le lieu 
même de la douleur. On continue le traitement par les diurétiques, sans y 
fliire d’autres changements. 

2 juillet. Même expectoration comme purulente, plus copieuse que la 
veille; le flux d’urines continue. L’œdème des membres supérieurs g com¬ 
plètement disparu; ceux-ci sont revenus à leur volume normal; il y g beau¬ 
coup moins de dyspnée. Même traitement. 

5 juillet. Le flux d’urines a continué au même degré; les urines sont clai¬ 
res, légèrement colorées en jaune; aussi, en même temps, la face a perdu 
sa feinte blafarde pour prendre des couleurs rosées ; l’appétit commence à 
revenir: la respiration est beaucoup moins rare. Le son est maintenant 
normal jusqu'au-de.ssous de la troisième côte. Ailleurs, la matité persiste 



L’œdème des membres inférieurs a complètement disparu ; il ne reste 
plus qu’un peu d’inflltration aus lombes; le pouls est de soixinte-quinze à 
quatre-vingts. 

Les jours suivants, la maladie allait en s’améliorant ; les forces revenaient ; 
l’appétit se faisait sentir; il n'y avait plus de toux, d’œdème même aux lom¬ 
bes; le pouls était calme, et tout semblait faire penser que le liquide qui 
constitue l’épancbement pleurétique serait résorbé, comme celui qui infil¬ 
trait le tissu cellulaire sous-cutané, lorsque, le 11 Juillet, la malade s’est ex¬ 
posée au froid pendant qu’elle était en sueur, et a contracté une bronchite 
sur-aiguë, pour laquelle il a été nécessaire de la saigner. Aujourd’hui, 13 
juillet, elle est en bon état; l’infiltration des membres n’a pas reparu, mais 
l’épanchement pleurétique ne se résorbe que très-lentement; cependant tout 
fait espérer qu’elle se rétablira complètement. 

Cette observation offre une pleurésie avec épanchement considérable, 
dans laquelle la maladie, comme dans le cas précédent, a été graduelle¬ 
ment en augmentant, et s’est accompagnée d’une infiltration qui s’est 
étendue à presque toute la .surface du corps ; un traitement approprié a 
semblé n’avoir aucime influence siu' les accidents, qui vont croissant. 
Puis un jour l’effet s’est fait sentir, sans aucun changement préalalilc 
lie l’organe malade ni de l’économie animale. Un flux abondant d’urines 
.s’est établi; en trois joiu-s l’œdème des membres supérieims s’est dissipé, 
et au bout de huit jours en tout l’infiltration a complètement disparu 
aux membres inférieurs et aux lombes, en suivant, comme dans le cas 
précédent, une mai-che absolument inverse de celle de son apparition. 
Le liquide contenu dans la plèvre a subi de la diminution ; mais comme 
il n’était point arrivé dans cette membrane par le fait de la diathèse 
séreuse, ainsi que cela avait eu lien dans le cas précédent, la guérison 
de la diathèse n’a point amené celle de l’épanchement ; celui-ci ne se 
résorbera que lentement. Ici encore on voit les mines reprendre l’état 
normal pour les quantités et pour les qualités dès que l’infiltration a 
cessé. Nous ne pouvons pas plus dans ce cas que dans le précédent 
attribuer ce résultat à un effort critique ; nous ne pouvons pas non plus 
penser qu’il dépendait d’une amélioration de la maladie primitive; 
nous nous croyons suffisamment fondés à l’attribuer, comme dans le cas 
précédent, à l’action médicamenteuse des diurétiques. 

Ces deux cas montrent d’ime manière évidente la disparition d’hy- 
Jropisies consécutives sous l’influence d’im flux d’urines, la maladie 
primitive conservant toute son intensité. Le travail curatif s’est fait, 
dans ces deux cas, d’une manière tellement identique, qu’il m’a pai'u 
inutile d’en rapporter d’autres, et que je me suis boraé à ces deux faits, 
qui se sont présentés depuis quelque? mois à mon observation. 



( 


tM MOT SUR l’emploi DE LA POMMADE A LA NAPHTALINE CONCRÈTE 
DANS LE TRAITEMENT DU PSORIASIS. 

Dans mes précédents articles sur les maladies de peau, je me suis 
surtout occupé du traitement des dartres sèches, enti’e auti'es des divers 
psoriasis et de la lèpre vulgaire. J’ai principalement fixé l’attention des 
médecins sm- l’emploi du goudron à haute dose dans ces dernières mala¬ 
dies. Enle conseillant, je ne me suis point dissimulé que ce médicament 
avait l’inconvénient de répandi’e de l’odeur et d’être d’un usage assez 
incommode. Mais les avantages qu’il présente m’avaient parus! consi¬ 
dérables, que jenc crus pas devoir cti-e arrêté par ces obstacles. Le suc¬ 
cès a couronné mes faibles efforts, et c’est aujourd’hui un remède acquis 
à la thérapeutique. Néanmoins j’ai toujours cherché, depuis, à isoler le 
piincipe actif du goudron et à le séparer de sa matière colorante, pour 
lui enlever une partie des désagréments attachés à son usage. Il y a quel¬ 
ques amiées que j’ai essayé les huiles essentielles qu’on eu retire par la 
distillation; j’en ai obtenu de bons effets; mais l’odeur de la pommade 
tpie l’on confectionne avec elles est tellement forte, epe ipand plusieurs 
personnes l’emploient en même temps, la salle ne tarde pas à en être 
infectée; j’ai renoncé à son emploi à Saint-Louis. Mais en continuant 
mes essais, je suis arrivé à constater l’efficacité de l’im des produits que 
l’on rctii'e du goudi’on; je veux parler de la naphtaline concrète. Je l’ai 
employée sur quatorze malades. Deux n’en ont obtenu aucun avantage: 
l’im de ces cas avait pour sujet une jeune femme de trente ans, affectée 
d’un psoriasis gyrata depuis près de huit ans, qui, après avoir cédé aux 
arsenicaux, est revenu au bout de six mois; le deuxième cas s’est offert 
à moi chez un jeune homme de dix-huit ans, portant une lèpre vulgaire 
qui datait de plusieurs années; deux mois de traitement n’ayant amené 
.aucune amélioration, j’ai cessé la naphtaline pour revenu’ au goudron, 
qui a fait disparaître en deux mois tous les symptômes maladifs. J’ai été 
plus heureux dans douze autres cas, chez huit hommes et quatre fem¬ 
mes. Des premiers, deux avaient de douze à treize ans, et portaient 
des lèpres vulgaires depuis quinze mois et deux ans ; l’un et l’autre jouis¬ 
saient d’une parfaite santé, malgi-é les divers traitements qu’on leur avoit 
fait subir poiu’ les déban-asser de leur maladie de peau. L’un avait pris 
pendant trois mois de la solution de Pearson, jusqu’à la dose de 3 gram. 
par jotu-, et des préparations iodées pendant un an. Le plus jeune avait 
été jusqu’à dix gouttes de solution de Fowler. Ce traitement, interrompu 
deux fois, avait été continué pendant six mois. Pendant les deux premiers 
il fut bien supporté et parut efficace, mais pendant le cours du troisième. 

TOME XXIII. l" i.iv. 



( 18 ) 

d’autres plaques de lèpres se montrèrent, et l’amélioration s’arrêta. Di¬ 
vers aecidents des organes digestifs forcèrent d’interrompre l’adminis¬ 
tration de la solution, et cUe ne fut plus continuée que par intervalles de 
dix et douze jours de suite, et complètement suspendue vers la fin du 
sixiènje jpois. La maladie revint comme pllp était avant ce traitement, 
■rçois ipois après, j’ai commencé l’application de la pommade à la naph¬ 
taline, composée comme il suit ; 

Naphtaline concrète. 2 gi-ammes. 

Axonge.30 grammes. 

Cette pommade a été employée sur les deux sujets en même temps et 
aux mêmes doses; les squammes n’ont pas tardé à tomber; la peau 
qu’elles recouvraient est devenue violacée, des cercles blancs ont paru 
autour, et en six semaines de temps j’ai obtenu une guéiison complète. 
Rien n’a encore reparu, quoique ces malades soient guéris depuis trois 
mois. 

Les quatre autres observations ont été recueillies sur des hommes 
de vingt-six à trente-huit ans, tous bien constitués, dont trois avaient des 
psoriasis invétérés qui dataient, l’un de six, l’autre de sept, et le troi¬ 
sième de seize ans. Ce dernier avait subi trois traitements par les arse¬ 
nicaux , un par l’iode et les bains iodés et iodurés, et deux traitements 
mercuriels. Il avait complètement renoncé aux remèdes actifs, lorsque 

mal a gagne les ongles et la paume des mains ; des douleurs assez 
vives sont survenues, et l’ont forcé de recourir de nouveau à la méde¬ 
cine. J’ai commencé par des frictions de pommade de goudi’on, et déjà 
il était en grande voie de guérison, lorsqu’après six semaines il me signifia 
qp’il ne pouvait plus continuer sans sacrifier sa fortune en laissant ses 
affaires en spuf&ance. Il me demanda en grâce de lui faire faire un 
extrait de goudron; j’employai alors une pommade à la naphtaline plus 
forte : 

Naphtaline. 4 grammes. 

Axonge. 30 grammes. 

J’en fis couvrir des compresses que j’appliquai sur les parties malades 
matin et soir; au bout de six semaines la guérison était complète. Deux 
fois seulement j’ai fait appliquer pendant vingt-quatre heures des cata¬ 
plasmes de fécule de pommes de teiTe pour apaiser les cuissons qui s’é¬ 
taient développées. Cet effet est assez souvent produit pM des applica¬ 
tions de compresses tipp chargées de pommade. Des bains émollients et 
des cataplasmes de même nature en tiiomphent aisément. Du quatrième 
malade, âgé de trente-un ans, portait sur tous les inembrcs de larges 







( 19 ) 

plaques de psoriasis depuis diï ans ; quelques traitements de peu d’im^- 
portance avaient été essayés sans succès. Je débutai par des cataplasraès 
de fécule pour ramoUir et faire tomber les squammes, et j’appbquai en¬ 
suite sur les plaques des compresses recouvertes de la pommade. En cinq 
semaines ce malade a été complètement guéri; je l’ai gardé un mois de 
plus dans mes salles pom’ bien m’assmer que la guérison était parfaite. 
Je l’ai fait examiner pai- mon balrüe et u-ès-lionorable collègue et ami 
le docteur Cazenave, qui l’a trouvé en très-bon état, et qui m’a promis 
d’essayer ce nouveau moyen. 

Les deux autres hommes, âgés de trente-quatre et trente-huit ans , 
portaient des psoriasis légers, qui, en cinq et six ans de temps, étaient 
à leur troisième récidive. Deux mois de traitement ont tout fait dispa¬ 
raître chez le plus jeune; celui qui était âgé de trente-huit ans a été 
atteint d’un érysipèle au visage, qui m’a forcé à suspendre cette mé¬ 
dication pendant vingt jours; et comme je n’ai employé que la pommade 
la plus faible, il a mis trois mois à se guérir. 

Les quatre femmes ont été traitées par la pommade la plus forte. Che? 
toutes j’ai fait précéder le traitement de cataplasmes émollients pendant 
cinq et six joins, et j’ai recouvert ensuite les plaques, privées de leurs 
squammes et ramollies, avec des compresses sur lesquelles il y avait une 
demi-ligne du médicament. Qiez toutes j’ai été obhgé de recourir aux 
cataplasmes pendant la durée du traitement, sans pour cela interrompre 
l’usage de la pommade. Toutes, au bout de quinze à dix-huit jours, 
avaient éprouvé une amélioration considérable. L’une, âgée de vingt^ 
quatre aas, malade depuis six ans, était couverte d’un psoriasis giUtata i 
il a fallu trois mois pour obtenir une guérison complète. Une autre, at¬ 
teinte d’un psoriasis invétéré qui datait de quinze ans, dont elle avait été 
affectée à l’âge de vingt-ipiatre ans, à la suite d’une suppression brusque 
des menstrues, a guéri rapidement en moins de deux mois. Enfin, deux- 
jeunes filles,’ l’ime de dix-sept ans, l’autre de dix-huit, n’avaient de 
plaques que sur les genoux et siu’ les coudes : il n’a fallu que cinq se- 
mahies à la plus jeune et sjx à l’autre pour être débarrassées de cette 
ennuyeuse maladie, qui datait de plus de six mois chez chacune d’elles, 
et qui allait toujours en augmentant. 

Ces faits ne sont point encore assez nomlmeux pour qu’on puisse 
statuer quelque chose de bien précis; néanmoins ils sont suffisants pour 
enemu-ager de nouveaux essais. 11 est bon, à cet égard, de prévenir les 
praticiens que le médicament dont il est question a quelques légers incon¬ 
vénients : d’aliord, l’odeiu- de notre pommade est assez forte, mais elle 
passe avec promptitude; puis elle excite la peau et pouivait provoquer 
quelquefois des inflammations assez vives, et même des érysipèles, si Ton 



( 20 ) 

n’en surveillait l’action, si l’on n’en modérait, quand il y a lieu, l’acti¬ 
vité sur la partie au moyen d’applications émollientes. 


QUELQUES OBSERVATIONS SUR l’eFFICACITÉ DE l’iODURE DE POTASSIUM 
DANS LES CAS DE SYPHILIS SECONDAIRE ET TERTIAIRE. 

Placé sur un théâtre où pullulent les affections vénériennes sous 
toutes leius formes et à toutes leurs périodes, j’ai été à même d’obseiTer 
bon nombre de cas des plus rares, souvent encore aggravés pai‘ le long 
temps écoulé enti’e le début de l’affection et le commencement dn traite¬ 
ment, comme cela arrive fréquemment chez les marins ou les voyageurs. 
J’ai constamment employé dans le traitement des diverses affections sy¬ 
philitiques, avec les plus heureux résultats, la méthode de M. Ricord, 
mon exceUent maître, et je crois devoir ne pas laisser passer inaperçus 
les succès que m’a procurés l’emploi de l’iodure de potassium dans les 
périodes secondaires et tertiaires de la syphilis, dont j’ai commencé à 
faire usage dans ma clientèle vers la fin de 1840. 

Comme tout a été à peu près dit sur le mode d’action de ce médi¬ 
cament héroïque dans les cas dont il est question, je me bornerai à rap¬ 
porter ici quelques observations de syphilis secondaire et tertiaire dans 
lesquelles l’emploi de l’iodure de potassium à haute dose m’a donné un 
succès rapide et complet, alors que toutes les antres médications avaient 
complètement échoué contre ces cas rebeUes, ou meme avaient amené 
des exacerbations considérables dans les symptômes existants. 

Puissent ces faits, quoique peu nombreux et livrés sans commentaires, 
servir à corroborer la confiance des praticiens dans l’emploi d’un des 
médicaments les plus héroïques dont se soit emichie, dans ces dernière 
temps, la thérapeutique spéciale de ces périodes de la syphilis, si long¬ 
temps restée stationnaire. 

Obs, I. — Énorme exostose du coude ; exostoses des eûtes-, emploi 
de l’iodure de potassium; guérison rapide. 

M. S. de B., âgé de vingt-cinq ans, d’une constitution sèche et nerveuse, 
débilité par des excès prématurés de diverses sortes, avait contracté dès l’âge 
de vingt et un ans plusieurs chancres et plusieurs écoulements qui furent 
traités avec négligence et d’une manière fort incomplète. Cependant, on em¬ 
ploya à plusieurs reprises contre ces accidents les mercuriaux à hante dose, 
qui eurent pour résultat d’amener la chute des dents et des cheveux, ainsi 
qu’une émaciation considérable par suite des abondantes saiivations qu’ils 
déterminèrent et qu’on laissa continuer par système pendant assez long¬ 
temps. 

Il y a trois ans, pendant un voyage on Corse que lui avait conseillé le mé- 



( 21 ) 

decin qui le soignait, ce jeune homme s'aperçut que les mouvements d’ex.- 
tension de rarticulation du coude gauche devenaient rudes et difficiles à 
exécuter, et comme cette raideur, qui s’accroissait chaque jour, était accom¬ 
pagnée d’un gonflement graduel des extrémités osso-cartilagineuses qui con¬ 
courent à former cette articulation, ce jeune homme s’effraya de ces symptô¬ 
mes, auxquels s’étaient jointes des douleurs ostéocopes qui, par leur viva¬ 
cité, troublaient complètement son sommeil. Il se décida à revenir à Paris 
au commencement de 18W. A cette époque, il était de plus survenu sur les 
quatre dernières vraies côtes droites des exostoses considérables, occupant 
l’espace compris entre l’angle des côtes jusqu’à leur extrémité vertébrale. 
Ces exostoses prenaient chaque jour dé l'accroissement et offraient les mê¬ 
mes douleurs caractéristiques que le coude. 

Alors ce malade entra aux Néothermes, où il fut de nouveau soumis 
pendant einq mois à l’usage des mercuriaux, des sudorifiques, des bains 
russes et de vapeur sulfureuse, sans phis de succès qu’avant. De sorte qu’il 
en sortit au bout de ce temps, abandonnant toute espèce de traitement comme 
désormais inutile, après les mauvais résultats qu’il avait obtenus de ceux 
employés jusqu’alors. 

En passant par le liavre pour retourner dans sa famille, il vint me consul¬ 
ter, et me lit l’historique de sa maladie, en m’exprimant le désespoir qu’il 
avait d’être désormais privé de l’usage de son bras. J’examinai son coude, 
qui présentait l’aspect suivant : l’avant-bras était fléchi à angle aigu sur le 
bras, et l’articulation du coude était convertie en une tumeur demi-sphéri¬ 
que, du volume d’une tête de fœtus à terme, lisse, dure et polie. La peau 
qui la recouvrait n’offrait aucune rougeur et avait conservé sa coloration nor¬ 
male. 

Le bras et l’avant-bras étaient atrophiés et présentaient à peine la moitié 
du volume qu’offrait le membre thoracique du côté droit. Il y avait impos¬ 
sibilité de distinguer aucune des saillies osseuses qui concourent à former 
l’articulation huméro-cubitale du côté gauche. C’est alors que je proposai 
au malade de le soumettre à l’usage de l’iodure de potassium, en lui faisant 
espérer un bon résultat de l’emploi de ce médicament, que je ne connaissais 
encore que par le premier article publié par M. Ricord dans le Bulletin de 
Thérapeutique. Ce malade est le premier chez lequel j’aie employé ce traite- 

II prit d’abord 2 grammes d’iodure de potassium par jour, dans un litre 
de tisane de ;saponaire, pendant huit jours, puis nous allâmes jusqu’à i 
grammes par jour les huit jours suivants. A cette époque (quinze jours de 
traitement), la tumeur avait diminué de moitié. L’extension de l’avant-bras 
avait notablement augmenté d’ampleur. Nous continuâmes l’usage de l’io- 
dure pendant quinze autres jours, à la dose de 8 grammes par jour pour 
un litre de tisane. Enfin, au bout de ce temps (un mois à partir du début du 
traitement), le coude avait repris sa forme et sa grosseur normales; les sail¬ 
lies osseuses se sentaient très-distinctement, et étaient dans leur situation 
primitive et naturelle. Les mouvements de flexion et d’extension de cette 
articulation avaient repris leur souplesse et leur étendue premières. Seule¬ 
ment, l’atrophie et la faiblesse musculaire du membre, si longtemps privé 
d’exercice, étant considérables, j’ordonnai qu’on le soumit à une gymnasti¬ 
que journalière, consistant à faire des armes du bras gauche et à s’aider spé- 
dalement de ce membre dans la suspension, les tractions, etc. De pfus, le 



( S2 ) 

niatadë prit des baiüs de mer pendant une vingtaine do jours, et j’eus lé 
plaisir de le voir au' bout de ce temps retourner dans sa famille, si com¬ 
plètement guéri, qu’on n’aurait jamais pu deviner quel coude avait été 
malade. Il faut encore remarquer que les exostoses des côtes avaient aussi 
disparu sous l’influence de la même médication. Les douleurs ostéocopes 
avaient cédé dès le quatrième jour du traitement. 

J’ai observé chez ce sujet, pendant le cours do son traitement, un appétit 
vorace, et de temps à autre un peu de rougeur des yeux, de céphalalgie, de 
sécheresse et d’âcreté dans la gorge, qui disparurent par l’usage de bains de 
pied sinapisës et de quelques boissons adoucissantes. 

Depuis près de deux ans, cette guérison ne s’est nuilement démentie; au¬ 
cune récidive n’a eu lieu, et ce jeune homme jouit d’une santé parfaite en 
ce moment. 

Obs. II. — Ulcérations chroniques des amygdales; disphagie; aphonie; 

sareocile syphilitique ; emploi de l'iodure de potassium ; guérison. 

Le nommé F., Ôgé de quarante-cinq ans, chargeur de roulage, d’une 
haute taille et d'une corpulence jadis considérable, mais réduit depuis Un 
an h un grand état de maigreur, a eu autrefois des chancres et plusieurs au¬ 
tres afléctions syphilitiques, traitées presque toutes par lui ou par des phar-^ 
maciens à l’aide de simples boissons sudorifiques. Il y a un an et demi, il 
éprouva d’abord un enrouement assez léger, arrivé sans aucune cause ap¬ 
préciable, qui augmenta graduellement malgré les tisanes adoucissantes et les 
émollients do toute nature employés pour le combattre. A cette époque, il 
se manifesta en outre des ulcérations sur les amygdales, qui s'étendirent aux 
piliers du voile du palais et à l'isthme du gosier. Elles furent accompagnées 
d’une dilliculté extrême dans la déglutition, de toux, et de douleurs fort vi¬ 
ves au devant du cou. ^près avoir consulté plusieurs médecins, il se décida 
it partir pour Rouen, afin d’y consulter un praticien distingué, le docteur FL, 
«fui lui lit faire un traitement complet par les frictions avec l’onguent napo¬ 
litain et les pilules de sublimé. La salivation survint abondante à la suite de 
ce traitement, et les cheveux tombèrent si complètement que le malade dut 
porter perruque; mais il n’y eut aucun amendement dans son affection. Re¬ 
venu au Havre, cet homme se désespérait en voyant l’inutilité des traitements 
employés chez lui, et les progrès de son mal qui allait en envahissant chaque 
jour de plus en plus. Ce fut au mois de février 18H que cet homme se pré¬ 
senta chez moi dans l’état suivant : amaigrissement extrême, teint jaune 
paille, voix rauque. Voilée et nasonée. En examinant la gorge, d’où s'exha¬ 
lait une odeur fétide, je vis que les deux amygdales étaient converties, ainsi 
que les parties adjacentes du pharynx et du voile du palais, en autant «l’til- 
'«érfltibns profondes, inégales, dentelées, et présentant sur un fond grisôtre 
une maiiére jaune, visqueuse et purulente irès-ditBcile à détacher par l’ex- 
ptiition, et qui, eh s’accumulant, tombait par flocons dans Pœsophage et né¬ 
cessitait d’incessants efibrts de vomissement pour s’en débarrasser. 

L’action de parler ramenait aussi ces nausées. La luette, en partie déta¬ 
chée du voile du palais, ne lui était plus adhérente que par un mince lam¬ 
beau. La colora'.ion des parties de muqueuses qui environnaient ces ulcéra¬ 
tions était d’Un rouge brun. Il y avait impossibilité d’avaler du pain ni au¬ 
cun aliment solide. Des potages légers, une bouillie fort claire, pouvaient 
h peine passer et soutenir l’existence de ce malade. Souvent même, quand il 



( 23 ) 

âralait un peu Tlte, les bolSsdns et les aliments les plus délayés étalent re¬ 
jetés par la bôucbe et les narines à la suite d’üh mouvetnebl de régurgita¬ 
tion. Depuis un an, rien de plus sübstantiel b’avait pu être ingéré; de plus, 
il existait des douleurs ostéocopes dans la périphérie du crüne; eiifin, lé 
testicule droit, qui offrait alors le volume d’un œuf de poule, mais lisse et 
sans bosselures, était devenu d’üiie dureté de pierre. 

Je soumis donc immédiatement ce malade à l’usage d’un gargarisme in¬ 
duré suivant la formule de Ricord (eau distillée, 250 grammes; iodure de 
potassium, 1 gramme; teinture d’iode, 2 grammes) ; puis j’administrai à l’in¬ 
térieur l’iodure de potassium à la dose de 2 grammes par jour dans la tisane 
de saponaire pendant huit jours, et à 4 grammes pendant douze autres jours^ 
Je faisais, en outre, frictionner matin et soir, pendant tout ce temps, le tes¬ 
ticule avec : axonge, 30 grammes; iodure de potassium, i grammes; iode 
pur, 10 centigrammes. Au bout de vingt jours que dura ce traitement, j’an¬ 
nonçai au malade qu’il pouvait se considérer comme guéri; car alors la ci¬ 
catrisation des ulcérations des amygdales, du voile du palais et du pharynx 
était complètement terminée. Les vomituritions avaient totalement cessé, de 
môme que la dysphagie, car le malade pouvait manger sans douleur les ali¬ 
ments môme les plus solides. Le testicule avait repris sa forme et sa con¬ 
sistance normale. J’ai revu cet homme récemment, et il n’est survenu au¬ 
cune récidive depuis plus d’un an et demi. Sa santé est florissante et ne se 
ressent pas de cette secousse. 

Obs. IIL— Ulcère syphilitique du coude ; tumeurs gommeuses ; ioduré 
de potassium ! guérison. 

Dans le mois de juin 1841, j’eus à donner des soins au nommé F., d’In- 
gouville, constructeur de barques, et âgé de cinquante-cinq ans. Cet homme, 
d’un tempérament sec et nerveux, paraissait encore vigoureux malgré sa 
profession fatigante. Il avait eu autrefois des chancres, et avait employé à 
cette occasion plusieurs traitements anti-vénériens. On observait, lorsque je 
le vis, à la partie externe du bras gauche et aux environs du coude, diverses 
cicatrices d’un aspect scrophuleux, résultant, d’après son dire, do nodus 
gommeux dont diveré traitements avaient amené la fonte. Ce même bras 
était le siège, depuis quinze ans, d’un énorme ulcère qui enveloppait circu- 
lairement le coude; il offrait huit centimètres de circonférence. La suppura¬ 
tion avait une teinte jaune clair parsemée de grumeaux blanchâtres. Le fond 
de la plaie était d’un aspect grisâtre et atonique, et les bords calleux et secs 
formaient un bourrelet autour d’elle. Les environs de cette plaie ulcéreuse 
offraient cinq à six tumeurs gommeuses de la grosseur d’une forte amande, 
et le malade éprouvait dans cette région des douleurs vives pendant la nuit. 
Du reste, les fonctions digestives et autres se faisaient bien; mais il était ré¬ 
duit à une inaction presque complète du bras maladei Je fls d’abord suppri¬ 
mer les onguents et les pommades avec lesquels il pansait chaque jour sa 
plaie sans en rien obtenir d’avantageux, et je les fis remplacer par des pan¬ 
sements renouvelés trois fois le jour avec la charpie imbibée de la solution 
iodurée de Ricord. Puis il prit pendant vingt jours, d’abord 4 grammes, 
puis 8, d’iodure de potassium par jour dans un liti’o de douce-amère sucrée, 
et, au bout de ce terme, la guérison de la plaie ainsi que la fonte des tu¬ 
meurs gommeuses était complète, et cet homme put s’aider de son bras 
comme avant. Depuis, il a recouvré autant de force et de développement 



musculaire dans ce membre que dans celui du côté sain. Quoique cet 
homme ait à travailler d’une manière pénible et fatigante, la cicatrice de 
son coude est néanmoins restée solide. La santé générale est excellente ac¬ 
tuellement. 

Obs. IV. — Exostoses de la totalité des articulations: iodure 
de potassium; guérison. 

M. C., capitaine de navire, âgé de vingt-six ans, d’une constitution ner¬ 
veuse et délicate, a navigué longtemps comme élève sur les bâtiments de 
l’État, où il a essuyé de nombreuses fatigues, et a été fréquemment sou¬ 
mis aux intempéries de l’air et de l’humidité. Dix mois avant que l’affec- 
lion dont nous allons parler fût apparue, ce' malade avait eu des chancres, 
fini se déclarèrent en mer et qu’il pansa avec de l’onguent mercuriel ; il but 
aussi quelques pots de tisane de salsepareille, et arriva cnfln à terre un 
mois après le début do ses chancres, qui se trouvaient alors être guéris. 
C’est un an après la disparition de ces chancres que ce malade commença 
.1 ressentir des douleurs osléocopes et nocturnes dans toutes les jointures 
du corps, ainsi que du gonflement à la partie antérieure du coronal, dans 
les grandes articulations des membres supérieurs et inférieurs, et dans les 
vertèbres du cou. L’appétit diminua; l’amaigrissement survint et alla en 
augmentant à mesure que les insomnies devenaient plus longues et plus pé¬ 
nibles. La difflculté de se mouvoir devenait chaque jour plus cousidér.ible, 
et fut portée à un tel point, que le malade ne pouvait plus marcher qu’avec 
une peine extrême, quoique s’aidant d’une canne et allant fort lentement. 
La maigreur était si grande, et la diflBculté des mouvements articulaires 
telle, qu’on aurait dit voir un squelette marchant tout d’une pièce. Chaque 
j)as amenait dans toute l’économie un retentissement douloureux et pro- 

Le" voyant dans ce triste état, je ne balançai pas à lui proposer l’emploi 
de l’iodure de potassium, dont j’avais obtenu de si bons effets ; mais je fus 
presque sur le point de n’en rien faire, lorsque ce malade m’eut répondu 
qu'il consentait à se soumettre à tous les traitements que je lui prescrirais, 
mais qu’il ne pourrait les exécuter qu’à bord, parce qu’il était obligé de 
partir sous trois jours, sotis peine de perdre son commandement, qui com¬ 
posait tout son avenir. En vain je lui fis sentir les inconvénients de l’humi¬ 
dité, et combien le traitement perdrait de son efficacité étant exécuté au mi¬ 
lieu de circonstances aussi défavorables à son action complète. Je ne pus 
obtenir aucune concession; et ce malade partit avec une provision d’iodurc 
de potassium et les instructions nécessaires à son emploi. Au bout d’un 
mois, ce capitaine était de retour du voyage qu’il venait de faire en Angle¬ 
terre, et se trouvait parfaitement guéri, sans aucune trace de claudication 
ni même de raideur dans aucune des articulations précédemment malades. 
La marche était facile et l’embonpoint tellement revenu, que la pléthore 
gênant le malade, je fus obligé de le saigner. Ainsi, la guérison de cette af¬ 
fection si grave a été obtenue à l’aide de l’iodure de potassium seul, pris à la 
dose de i grammes par jour pendant un mois, au milieu des circonstances 
les plus défavorables, au moins en apparence, à son action médicatrice. 



( 25 ) 


Obs. V. — Laryngite syphilitique chronique-, aphonie', ulcérations 
des amygdales; iodure de potassium; guérison, 

M. Laf. de C., capitaine de paquebot, à la suite de cbancres qu’il avait 
soignés par les mercuriaux et les dépuratifs, et d’accidents ultérieurs des- 
<iuels il se croyait entièrement à l’abri désormais, vit apparaître chez lui, 
six mois après son dernier traitement anti-vénérien, un léger enrouement 
avec accompagnement de toux, de sécheresse à la gorge, et de douleur en 
avalant et en parlant. Il tint d’abord peu de compte de ces symptômes, et 
prit seulement quelques tisanes adoucissantes, pensant que l’humidité et les 
refroidissements auxquels sont exposés les marins avaient amené ce qu’il ap¬ 
pelait un rhume de gorge. Cependant, après trois mois passés sans amélio¬ 
ration, voyant que son affection s’était plutôt aggravée qu’autrement, il con¬ 
sulta plusieurs des premiers praticiens de Bordeaux, qui considérèrent sa 
maladie comme une angine laryngée chronique, et conseillèrent l’usage ab¬ 
solu des laitages pour aliment, l’abstinence de vin et d’excitants en bois¬ 
sons, des cataplasmes et des gargarismes émollients. Ce régime fut suivi avec 
régularité pendant six mois; mais, loin de procurer le moindre amendement 
au malade, son affecliouse compliqua d’une dysphagie opiniâtre, d’une toux 
fatigante, et d’uue aphonie presque totale, indépendamment des douleurs 
vives de la gorge, qui se reproduisaient à chaque mouvement de déglutition. 

Ce fut sur ces entrefaites qu’il arriva au Havre, et qu’il me fut adressé. 
Après qu’il m’eut fait l’historique de sa maladie, telle que je viens de la rap¬ 
porter, je lui demandai à examiner sa gorge, et j’aperçus de chaque côté des 
amygdales deux larges ulcérations, à fond grisâtre, et dont les bords étaient 
inégaux et tailiés à pic. Une injection rouge brunâtre s’épanouissait sur les 
muqueuses pharyngiennes, sur les piliers et le voile du palais. La voix était 
sourde, nasonée et rauque. Il y avait aussi une grande difficulté dans l’acte 
de la déglutition. Le malade était obligé de se tenir à l’usage d’aliments li- 
(|uides et mous. Je le soumis alors à l’emploi du gargarisme ioduré de Ri- 
cord, et lui fis prendre en outre chaque jour i grammes d’iodure de potas¬ 
sium à l’intérieur. En huit jours, tout était guéri. Le malade avait recouvré 
le timbre normal de sa voix, l’appétit était revenu, et il pouvait avaler les 
aliments les plus solides. Je lui conseillai de continuer l’iodure à la même 
dose pendant huit autres jours, après quoi il reprit |la mer et continua sa 
navigation mensuelle de Bordeaux au Havre. Depuis un an la guérison ne 
s’est nullement démentie. 

Obs. VI. — Ulcères syphilitiques secondaires; iodure de potassium ,- 
guérison. 

M. D., âgé de trente-deux ans, fort, robuste, et d’une constitution plé¬ 
thorique, eut des chancres il y a trois ans. Après leur guérison, il se mani¬ 
festa de nombreuses syphilides sur le corps, et l’on en obtint la disparition à 
l’aide de frictions avec la pommade de proto-iodure de mercure. Depuis ce 
temps, il n’avait rien éprouvé, quand il sc développa sans cause connue, il y 
a quatre mois, vers la partie moyenne, latérale et externe de la jambe gau¬ 
che, deux petites ulcérations assez profondes et de la grandeur d’une len¬ 
tille. 11 eu survint |deux autres semblables vers la partie antérieure et 
moyenne de la jambe droite. Ces dernières, d’abord très-superficielles, affec¬ 
tèrent la forme serpigineuse. La partie supérieure et externe du pied droit 



( 26 ) 

était aussi lu siuge d’un ulcère de même nature, mais un peu plus large que 
les précédents. Tous affectaient un aspect iufundibuliformej offraient un 
fond grisâtre et des bords trancliés à pic. Un médecin ayant été appelé quel¬ 
ques jours après leur apparition, pensa que ces ulcères étaient scorbutiques, 
malgré les détails antérieurs que lui avait donnés le malade, et dès lors il le 
traita par les excitants externes, la cautérisation avec le nitrate d’argent, 
et surtout par les applications de charpie imbibée d’une forle solution de sul¬ 
fate de cuivre. Cette médication fut suivie avec exactitude pendant deux 
mois. Sous son influence, les ulcères s’agrandirent d’une manière considé¬ 
rable, en largeur et en profondeur. Les parties environnantes devinrent lé 
siège d’une vive inflammation, accompagnée d’un eczema remontant pres¬ 
que jusqu’au genou. Le suintement abondant et le prurit intense que pro¬ 
duisait cette nouvelle complication avaient mis le malade dans un agace¬ 
ment nerveux extrême. Le médecin qui avait prescrit ce traitement, voyant 
qu’au lieu de s’amender l’affection avait pris une extension considérâblé, 
craignit la gangrène, et proposa de panser les ulcères avec de la poudre de 
quiiiquina. Le malade, voyant le mauvais résultat obtenu par l’emploi des 
excitants, et persuadé, malgré les dénégations de son médecin, qu’il y avait 
quelque reste de syphilis dans son affection, me fit appeler, et voici dans 
([uelle position je le trouvai ; il existait sur la jambe gauche, aux endroits 
indiqués plus haut, deux larges ulcères de la grandeur d’une pièce de 30 sous, 
parfaitement ronds, coupés en biseau, et d’un centimètre de profondeur. 
Leur fond était d’une couleur gris roussâtre, ils étaient fort douloureux et 
Irès-irrités. Les parties environnantes offraient un gonflement érysipélateux 
d’une couleur rouge brun, parsemé de plaques violacées. Des plaques d’ec¬ 
zema sèches, écailleuses et fendillées, indiquaient suffisamment l’existence 
d’une complication dartreuse. La partie antérieure et moyenne de la jambe 
droite présentait un ulcère serpigineux et phagédénique de forme demi- 
circulaire, qui avait quatre centimètres de longueur sur trois de largeur. A 
côté de lui, et sur la partie latérale et externe de la même jambe, il en exis¬ 
tait un autre moins grand, mais présentant, de même que le précédent, l’as¬ 
pect de ceux qui siégeaient sur la jambe gauche. La partie externe et supé¬ 
rieure du pied droit offrait une ulcération de la grandeur d’une pièce de 
1 fr., qui avait ie même caractère que les dernières, et était entourée comme 
elles de la même auréole érysipélateuse et inflammatoire. 

Je commençai à calmer l’irritation en ordonnant le repos complet pendant 
deux jours, des bains amilacés et des cataplasmes de fécule de pommes dé 
terre. Puis, le troisième jour, on fit les pansements avec la solution iodurée 
de Hicord; et j’ordonnai de prendrechaque jour î grammes d’iodure do po¬ 
tassium dans 1 litre de tisane de saponaire. Plus tard, pour exciter lus bour¬ 
geons charnus, je touchai le fond des plaies avec un pinceau trempé dans la 
teinture d’iode pitre, ce qui réussit si bien, que ta vitalité de ces bourgeons 
étant devenue excessive, je fus obligé, .â plusieurs reprises, de lës réprime# 
avec le nitrate d’argent. Nous continuâmes PiodUrc de potassium à la dose 
précitée pendant un. mois, ainsi que lu ponseineut ; puis, (tendant quinze 
jours, nous pansâmes Ic.> ulcères, qui étaient à la {tériode de réparation, en 
faisant des onctions de teinture d’iode pure et ou les recouvrant de cbarpin 
sèche. Tons tes trois jours, te inalafle prenait un bain. A la fin de ce temps, 
il était complètement guéri, et une cicatrice solide le garantissait contre 
tente réouverture de ses plaies. Je lui al fait continuer néanmoins pendant 



( W ) 

viggt jours la tlsailc iodurée, à 8 grammes pâr jour, par précautioui et 
j’ai tout lieu d’espérer une guérison solide et sans rechute à l’avenir. 

Si je nê craignais de in’étcndi-e trop longuement, je pourrais joindre 
à cès ohscrtatioils deux cas de bubons transformés en ulcères pbagédé- 
iiitjUes, chroniques, etc., dont les pansements iodiu’és Ont amené, en 
diJ[ et douze jours, la cicati'isation, tentée vainement depuis quaü’c ou 
fciliqmois. Mais ce serait tomber dans des redites et rappeler des faits 
déjà connus. Jé terminerai seulement en faisant remarquer que dans tous 
lés cas soumis à mon observation, l’iodure de potassimn a agi comme un 
hypostbénisaut très-actif, puisque les donleiurs ostéocopes les plus aûo- 
lentes ont été calmées dès le premier ou le deuxième jour de son emploi. 
H en a été de même des pànsdments faits avec la solution iodurée, qui, 
bien qu’appliquée sUr des ulcères irrités en apparence, a déterihiné la 
flétrissure de ces plaies ulcéreuses, et amùliilé immédiatement l’élément 
inflammatoire qu’augmentaient encore les autres médications employées 
précédeiUmènt contre elles. 

Langevin, D. M., 
au Havre. 


TEIÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


MÉMOIRE SUR l’eMFEOI TIIÉRAPEUTIQUB DES CAUSTIQUES ', 

Qui a remporté le premier prix au concours du mlletin de Thérapeutique, 

Far M. Patan, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu d’Aix. 

Du caustique de Fienne, m poudre cateio-potassiqué. 

La pierre à cautère a été dépossédée de sa prééminence par le causti¬ 
que de Vienne, qui est actuellement employé ou qui devrait l’êti-e pour 

I Le mémoire de M. Payan est des plus importants. Il examine à fond, 
à l’aide des faits nombreux qu’il a recueillis et de cetix qu’il a empruntés 
aux auteurs, l’action dés divers agents de cautérisation que fournit la matière 
médicale. C’est un véritable traité sur la matière) qui ferait un fort volume 
in-S». Les caustiques dont il discute la valeur pratique sont : 1“ le nitrate 
d’argent; 2» la potasse caustique et le caustique de Vienne; 3° les prépara¬ 
tions arsenicales cautérisantes; i” lë chlorure de zinc) 6« le sulfate de cuivre ; 
6» la pommade ammoniacale; 7» le nitrate acide de mercuret 8“ l’acide nitri¬ 
que, l’acide sulfurique; le chlorure d'antimoine, l’au régale ou chlorure 
d’or, la pommade ammoniacale, l’aluh calciné Nous choisissons pour notre 
premier extrait un des cas où le caustique de Vienne peut être le plus fré¬ 
quemment et le plus utilement employé. Notts donnerons peut-être d’autres 
êtltttité de m excellent ifavail. (iVofa du réOaeteur.) 



tous les cas où celle-ci l’était auparayant. Je ne sache pas en effet une 
seule circonstance où il ne soit plus avantageux de donner la préférence 
au caustique de Vienne, et où celui-ci ne puisse remplacer la pierre à 
cautère. La potasse caustique est très-déliquescente; par suite de cette 
déliquescence, on ne peut guère contenir- son action dans des limites 
précises, ce qui est cause que les escharres sont fréquemment irrégulières 
et plus étendues que l’on ne voudrait ; la lenteur de la cautérisation par 
la pien-e à cautère laisse les malades en proie à des souffi-ances dont la 
durée leur parait fort longue, surtout si l’on veut pratiquer de la sorte 
des escharres larges et profondes. Au contraire, la forme de pâte que l’on 
donne au caustique de Vienne permet de l’appliquer avec la plus grande 
facilité sur quelque partie du corps que ce soit; l’eschai-re a toujours la 
forme et l’étendue que l’on donne à ce caustique ; cinq, dix, quinze mi¬ 
nutes suffisent pour- produii-e une cautéiisation que l’on obtient à peine 
par une demi-joiu-née d’application de la pierre à cautère, et cependant 
la douleur qui en résulte est toujours fort modérée, moins intense que 
celle de ce dernier caustique. Il y a plus, la pâte de Vienne, qu’on peut 
appeler aussi poudre calcio-potassique, à cause de sa composition, 
est appelée à remplir des indications pour lesquelles la pierre à cautère 
est évidemment impropre. 

La véritable composition du caustique de Vienne est la suivante : 

Chaux vive.6 pai-ties. 

Potasse piu-e.5 parties. 

La potasse est pulvérisée dans un mortier de fer en y ajoutant peu à 
peu la poudre de chaux. Cette opération doit êtie faite rapidement. 
Cette poudre présente l’aspect d’une farine blanche, que l’on tient daiLs 
un bocal à large ouverture, bouché à l’éméri pour qu’elle n’attire par 
l’humidité de l’air, qui lui ferait perdi-e ses propriétés cautérisantes. 
Pom: l’action, il vaut mieux qu’elle soit récemment préparée. 

Pour s’en servir, on en verse une quantité suffisante dans une sou¬ 
coupe; on l’hnmecte avec de l’esprit-de-vin ou de l’eau de Cologne, de 
manière à foi-mer un mortier assez épais, en l’agitant avec une spatule 
ou le manche d’une cuiller. 

Veut-on faire emploi de ce caustique, on apphque un petit tas de 
cette pâte sur le point où l’on veut agir, et on l’y laisse quelque temps. 
Si la partie est trop déclive, ou si, par sa position, on peut craindre que la 
pâte ne reste pas exactement appliquée, on cerne alors le caustique au 
moyen du diachylum ou d’une lame de plomb, et on le maintient en 
place par un bandage contentif. 

Peu après l’application de la pâte calcio-potassique, la peau brunit un 






( 29 ) 

peu; elle prend ensuite une couleiu- un peu plus foncée à mesure <pie la 
désorganisation qu’elle produit s’étend davantage. On reconnaît enfin 
que l’action du caustique s’est étendue jusqu’au tissu cellulaire à l’appa¬ 
rition d’une petite ligne grise sur ses bords. Quelques minutes suffisent 
pour ce résultat, et cependant, comme nous l’avons dit, les doulem-s . 
sont extrêmement modérées. Ajoutons qu’il n’est aucunement nécessaii-e 
que la peau soit dénudée, comme pour d’autres caustiques, et qu’elle agit 
d’autant mieux au contraire qu’il n’y a pas déjà plaie ou solution de 
continuité à la partie sim laquelle on l’applique. 

L’escharre qui en résulte se détache quelquefois vers le cinquième ou 
sixième jom’ si l’inflammation éliminatoire est active ; si elle ne l’est pas, 
elle ne tombe qu’au vingtième ou même au vingt-cinquième jour quel¬ 
quefois. Dans tous les cas, elle se détache sans douleur et laisse après 
elle une solution de continuité régulière ayant la forme qu’on .avait eu 
l’intention de lui donner. 

Les applications pratiques que l’on peut faire avec avantage de la 
pâte de Vienne ou calcio-potassique sont relatives aux cas suivants : 
1° pom- l’établissement des exutoires ou cautères ; 2° pour ouvrir les 
abcès froids, indolents, par congestion ; 3“ pour le traitement des bubons 
supputés ; 4“ pour celui des kystes et tumem s kysteuses ; 5® de la gre- 
nouillette; 6° pour détruire les cicatrices vicieuses; 7® pour la guérison 
des varices ; 8° pour la désorganisation de l’estbiomène; 9“ du cancer; 
10“ des nævi matemi; 11“ pom' le traitement de l’ongle incarné. 

Du caustique de Vienne appliqué au traitement 
de Vangle incarné. 

De tous les traitements préconisés contre l’ongle incarné, celui que je 
préfère et que j’ai cherché à répandre dans le public, c’est le traitement 
par le caustique de Vienne : il est si simple, si facile et si sûr, que nous 
pensons qu’il ne saurait manquer d’êfre universellement adopté dans peu 
d’années. Là, en effet, rien d’effrayant, point de ces moments de souf¬ 
frances cruelles que les divers procédés d’aiTachement occasionnent. 

J’avais remarqué, il y a quelques années, que quelquefois, quand on 
voulait appliquer la potasse caustique sur la portion charnue soulevée 
par l’ongle rentrant dans les chairs, d’après le procédé de Levrat-PeiTo- 
ton, ce caustique, par sa déliquescence, se répandant sur la rainure de 
la racine de l’ongle, débiiisait partiellement la matrice et guérissait par¬ 
fois le mal par un mécanisme différent de celui qu’on avait en vue; je 
m’étais demandé pourquoi on n’utilisait pas davantage les escharotiques 
au lieu de recourir au feu ou à l’instrument tranchant. Aussi, dès qu’il 
m’a été donné de pouvoir traiter cette maladie moi-même, les caustiques 



{ 30 ) 

escharoti({ues ont-ils été les moyens que j’ai préférés; et déjà deux foia 
l’ongle incarné avait été ti'aité par moi avec succès à l’Hôtel-Dieu par 
la destruction de la matrice unguéale avec la potasse caustique, lorsque 
les journaux de médecine nous ont fait connaître l’observation que M. le 
docteur Barbette, de Niort, a puljliée en octobre 1839, d’un éas de gué-: 
rison obtenue par- ce moyen. Seulement, au beu de songer, comme ce mé^ 
decin, à détimire, à mortifier toute la matrice de l’ongle, je ne cherchais 
à détruiie que la partie qui correspondait au bord rentiant et lui donnait 
naissance. Le principal inconvénient que je trouvais seulement à cette 
manière de faire consistait dans la difliculté de limiter l’action de la po¬ 
tasse, qui s’étendait trop ou trop peu, dépassait ou n’atteignait point le 
but qne je me proposais. 

Je pensai, dès cette époque, avoii’ trouvé le moyen d’éditer ces in¬ 
convénients réels en m’adressant au caustique de Vienne, qui a une 
action vive, prompte et circonscrite, avec laquelle on obtient uneescliarre 
d’une étendue et d’une épaisseur qui peuvent être précisées à l’avance. 
Or, les essais que j’ai faits depuis n’ont fait que confirmer mes prévis 
sions en faveur de ce caustique. Voici du reste le procédé que nous sui-: 
vons ; nous plaçons les emplâtres agglutinatifs de manière qu’à leur 
centre ils offrent ime ouverture ovalaire qui corresponde au côté eX:- 
terne de la matrice unguéale, duquel naît le bord vâciensement dirigé 
dans les chairs. Noüs plaçons ensuite sur cette ouverture la pâte causti ■ 
que pour l’y laisser le temps suifisant. Afin de mieux préciser les précam 
tiens à prendre, choisissons un exemple : soit le bord externe du gros or¬ 
teil, lequel s'incarne, selon l’expression reçue, le plus fréquemment. 
Nous taillons avec les ciseaux un morceau de diachylmn bien aggluti- 
natif, de manière qu’il ait la forme de l’ongle, et qu’appliqué dessus il 
puisse le recouvrir et remphr exactement la rainure que celui-ci forme 
avpc la peau de l’orteil, tant vers sa base que vers ses bords latéraux. 
Ces dimensions étant prises, nous ménageons avec les ciseaux une échan¬ 
crure étroite, semi-lunaire, correspondant à la partie de la matrice de 
l’ongle qui nomrit le bord incarné, et dont nous voulons produire la 
mortification. Par-dessus est placé un second morceau de diacbylum plus 
étendu, qui recouvre la peau de la région dorsale de la seconde phalange; 
celui-ci présente aussi une échancrure correspondant avec la précé¬ 
dente. Tandis que le premier emplâtre protège l’ongle et sa racine, ex¬ 
cepté au point de l’échancrure, le second, tout en concourant au meme 
but, protège encore la peau voisine de la région dorsale de l’orteil. 
Enfin une bandelette emplastique, obliquement diiigée en dedans, est 
placée sm' le côté externe de la face supérieure de la dernière phalange, 
et finit par établir un espace allongé, triangulaire, dans lequel on aper- 



( 31 ) 

çpit reïtrémlté externe de la rainure unguéale postérieure, un peu de la 
rainure externe et des téguments Toisins. C’est dans cet espace, dont la 
base correspond par conséquent à la pai'tic de la matrice tmguéale qui 
est à détruire, que doit être placée la poudiT calcio-potassique préala- 
raent réduite en une pâte assez consistante par l’alcool, riecommandation 
est faite au malade de tenir le pied penché en dehors, alin que la partie 
du éaustirpie qui pomrait se liquéfier n’agisse que sur les chairs soule- 
Tées par l’ongle rentrant, ce qui a d’ailleurs peu d’inconvénient. L’ap¬ 
pareil est ainsi laissé en place pendant quinze ou vingt minutes. Il se 
passe alors le phénomène suivant : le caustique, par sa propriété corro¬ 
sive, détruit la peau avec laquelle il était en contact et la partie corres¬ 
pondante de la matrice de l’ongle, cclle-là même de laquelle naît et à la¬ 
quelle correspond le bord vicieusement dirigé. C’est ce dont on peutsc 
convaincre dans quelques jours, lorsque l’escharre se détache. Il y a aussi 
destruction d’une partie des chairs soulevées et irritées par l’ongle. La 
cicatrisation de la plaie tpii succède à l’eschaire s’obtient assez souvent 
du quinzième au vint-cinquième jour. Tl convient, pour hâter la guérison, 
d’exciser de bonne heure, avec des ciseaux à lame étroite, la partie de 
l’ongle qui s’incarne. C’est une cause d’irritation qu’on peut enlever sans 
aucune doideur. Ce bord de l’ongle, cause de tout le mal, ne pouvant 
plus se reproduii-e, la guérison est assurée. 

Sans voidoir citer ici tous les faits de guérison d’ongle incarné que 
nous possédons pai- cette méthode, nous mentionnerons pourtant les 
deux derniers que nous avons obtenus à l’Hôtcl-Dieu de cette ville ; ils 
serviront de complément à la description du traitement opératoire ou 
curatif que nous venons de faire. 

Obs. /. — Gérard, fusilier, était depuis un mois dans les salles de l’Hôtel- 
Dieu pour une maladie vénérienne, lorsqu’il nous fit voir le gros orteil du 
pied droit, dont l’ongle était incarné par son bord externe et blessait dou¬ 
loureusement les cbairs voisines par sa direction vicieuse. Il nous déclare 
qu’il souffre de cette maladie depuis plusieurs années; que son frère et sa 
mère en sont également atteints, et il nous rappelle en même temps, en 
nous faisant voir le gros orteil de l’autre pied, auquel il manque le tiers 
externe de l’ongle, que nous l’avons guéri nous-mème, l’an dernier, par le 
même procédé que celui que nous allons employer. 

Fort de nos expériences passées en faveur du traitement que nous avons 
décrit plus haut, nous songeâmes, sans autre examen, à appliquer la pâte 
calcio-potassique, après avoir au préalable pris les précautions déjà indi(|uées 
pour que son action fût limitée. En conséquence les pièces de diaebylum 
ayant été disposées comme il a été dit, nous plaçâmes, dans le petit espace 
triangulaire correspondant à la portion de matrice unguéale qui devait être 
mortifiée, la pâte caustique, etaprès avoir recouvert le tout d’une bandelette, 
nous ftmes tenir le pied penché en dehors. C’était le 26 août que nous com¬ 
mençâmes ce traitement. Vingt minutes environ après cette application, 



( 32 ) 

nous retournons près du malade, qui nous déclare n’avoir souffert que très- 
modérément, et, l’appareil enlevé, nous pûmes reconnaître que notre but 
serait atteint, car le caustique n’avait porté que sur les parties sur lesquelles 
nous désirions qu’il agît, savoir : sur le tiers extrême de la rainure unguéale 
et sur la peau qui recouvre immédiatement de ce côté la matrice de l’ongle, 
ainsi que sur une partie des chairs situées en dehors et tuméfiées par l’irri¬ 
tation qu’occasionnait le bord unguéal. 

Nous fîmes panser, le premier jour, avec un cataplasme émollient; les 
jours suivants, un simple plumasseau de charpie enduit de cérat était placé 
dessus jusqu’à la fin. 

Au dixième jour, l’escharre était détachée totalement. On apercevait alors 
à découvert le tiers externe du bord postérieur de l’ongle dénudé de son 
organe sécréteur. N’en recevant plus la vie et l’alimentation, il était porté 
un peu en avant par l’accroissement du restant de l’ongle. Ayant excisé 
alors, sans douleur, avec des ciseaux à lames étroites, la partie antérieure 
de ce bord qui s’engageait dans les chairs, pour hâter la cicatrisation, le 
malade put dès lors se chausser. Toutefois il ne lui fut pas permis de sortir 
ni de faire beaucoup d’exercice. 

13 septembre. La cicatrisation est complète et la guérison assurée à cet 
orteil comme elle l’avait été à l’autre tme année auparavant par le même 
procédé, et cela par la destruction irrémédiable de la partie de l’ongle dont 
la mauvaise direction produisait l’onyxis. 

Ainsi en clix-lmit jours nous avons guéri cet ongle incarné d’une ma¬ 
nière radicale en conservant les deux tiers de l’ongle, sans extirpation, 
sans instrument tranchant et avec très-peu de doideur. Y a-t-il actuel¬ 
lement un seul des procédés clûrurgicaux dirigés contre cette maladie 
qui eût pu nous donner un résultat aussi favorable? Nous ne le pensons 
pas. Il nous semble au contraire que l’application du caustique de Vienne 
au traitement de l’onyxis latéral le simplifie et le régularise autant qu’on 
peut l’attendre de l’art. 

Obs. II. — Le 18 mars de cette année 18ii, un militaire se trouvant dans 
les salles de l’Hôtel-Dieu, atteint encore d’un ongle incarné, nous y appli¬ 
quâmes, comme ci-dessus, la cautérisation par le caustique de Vienne. 
Comme l’onyxis n’existait que d’un côté, ce ne fut que de ce côté que la 
pâte caustique fut placée. L’escharre fut encore fort bien limitée; mais soit 
ciue le caustique n’eût pas été laissé as.sez de temps (douze minutes), soit 
que la poudre eût été un peu faible d’action, il nous parut cette fois, lors¬ 
que l’escharre se détacha au dixiéme jour, que l’action du caustique n’avait 
pas porté assez profondément, ce qui nous détermina à toucher la partie 
avivée par la chute de l’escharre avec le nitrate d’argent; plumasseau de cérat 
par-dessus. 

Le 20 du mois suivant, ce militaire sortit guéri de l’hôpital. Depuis quel¬ 
ques jours déjà l’orteil était cicatrisé. Dans ce cas encore, un tiers de la 
matrice de l’ongle fut détruit, et les trois quarts de l’ongle furent encore 
conservés. 

Si maintenant nous avions à traiter un onyxLs bi-latéral ou double, nous 



i 33 , 

ne chci'cheriuns pas à provoquer, à l’aide de la potasse caustique, la des¬ 
truction de toute la matrice de l’ongle, comme on nous l’a -vti faire, il v 
a deux ans et demi, à l’Hôtel-Dieu, et comme l’a indiqué, il y a près de 
deux ans, M. Borbette, de Niort, parce que nous craindiions la repro¬ 
duction d’un inconvénient qui nous advint alors et qui pom-rait fort bien 
se renouveler, c’est-à-dire que nous obtînmes de la sorte la destruction de 
la matrice de l’ongle dans les points où elle n’était pas nécessaii'e, tandis 
que, stn- les côtés plus protégés par les parties molles, l’action du causti¬ 
que fut insulBsante, de telle façon que les bords incarnés continuant à 
l’être, nous nous vîmes forcés de revenir à une seconde application de la 
potasse. Nous préférerions donc faire deux applications isolées de la 
pâte caustique sur les deux extrémités de la rainure postérieure de l’ongle 
et de sa matrice, après avoir pris nos précautions poiu- en protéger le 
restant : notre but serait mieux rempU, la guérison plus assurée et le ré¬ 
sultat plus satisfaisant; nous poumons conseiTcr encore ainsi les deux 
tiers moyens de l’ongle. — Les ongles servant à protéger les orteils et à 
affermir les pieds, il n’est pas indifférent d’en conserver le plus possible, 
comme cela devient pratiquable par le procédé que j’ai adopté, que je 
crois avoû’ préconisé le premier, et qui, peu douloureux, d’une action 
certaine, convenable à tous les cas peut-être, nous paraît digne de deve¬ 
nir la méthode générale du traitement de l’ongle incarné. 

Il est encore quelques autres applications de la pâte caustique de 
Vienne. M. Ricord, un des chirurgiens qui ont le plus préconisé, en 
ces derniers temps, la cautérisation à l’époque du début du chancre, pré¬ 
fère aux autres caustiques, même au nitrate d’argent, la pâte de Vienne, 
dont il fait placer une petite quantité sur le mal naissant, qu’il y ait pus¬ 
tule ou non. 

AI. Trousseau, d’autre part, dit avoir employé plusieurs Ibis le même 
caustique pour cautériser le col de l’utérus : il se sert, dans ce but, de 
petits godets de grandeur variable, semblables pour la forme à la cupule 
d’un gland de chêne. Ces petits godets se vissent tous, dit-il, sm’ une 
tige commime, longue d’un pied environ, qui sert à les porter, dans l’in- 
tériem- du spéculum, jusqu’au col utérin. En remplissant le godet de 
poudre caustique à peine humectée d’alcool, on peut, dans l’espace de 
dix minutes, eschan'ifier le col de l’utérus dans l’épaisseur de deux lignes. 
U faut avoir soin de faire suivre immédiatement cette opération d’injec¬ 
tion d’eau acidulée, afin de saturer l’alcali et de l’empêcher d’agir sur 
le vagin quand on aiu’ait retiré le spéculum. 

On le comprendra, d’après la revue que nous venons de faire des ap¬ 
plications de la poudre dite de P'ienne, c’est un des meilleurs escharo- 
tiqiieî que possède la matière médirale, Payak. 

TOME XXin. 2' L!V. 3 



( 34 ) 


Nom-EL APPAREIL POUR LA FRACTURE DE LA OLAVJCU^ j 
PAT le docteur Edmond Simonin, chirurgien en chef des hâpitauA civils de Kancf, etc. 

Tous les chirurgiens se plaignent de Ifi difficulté d’application du 
bandage de Desault pour la Iractiu’c de la clavicule , de la nécessité de 
recouru" à des ouvriers jiour la confection des appareils de Boyer et de 
Boettcher, et des inconvénients attachés à l’emploi de ces diyers moyens 
contentifs. 

Depuis tpieltpies années on a tenté de simplifier le traitement de la 
fracture en question , tout en remplissant les deux indications princi¬ 
pales; 

1° Tirer en dehors le fragment externe ; 2“ pou.sser ep haut ce même 
fragment pour le ramener au niveau du fragment sternal. 

En 1832, un bandage proposé par M. Mayor de Lausanne fut ac¬ 
cueilli avec faveur en raison de sa simplicité; mais cette smtplicité n’çst 
qu’apparente. En effet, cet appareil, tel qu’il est décrit dans le A'etU~ 
veau Traité de déligation chirurgicale, est compliqué et se dérange 
très-facilement, comme j’ai pu m’en convaincre, ayant traité six fois par 
ce moyen la fracture de la clavicule. 

Une simple écharpe et un bandage de corps composent aussi un ap¬ 
pareil employé par tous les praticiens, et que fréquemment aussi j’ai 
rajs epusagei mais par ce dernier moyen Iç coude, n’étant point solide¬ 
ment maintenu, se porte toujours en arrière. 

Quant aux bandages nouvellement imaginés par IVIM. Yelpean et Ré- 
camier, qn leur fait les reproches suivants ; à celui de M. le profcsseiu" 
Velpeau, de n’être pas très-bien supporté par les femmes, celles sm’- 
tout qui ont % mamelles très-développécs, qtde gêner les mouvements 
dl’expansion pulmonaire; à celui de M. Rçeamier, d’empêcher le blessé 
de s’hahUlev, de se coucher sur le dos, dç compriip.er les aisselles et de 
se relâcher ü-fe-fadlement. 

Je n’ai pas encore, au reste, fait l’essai de ces deux derniers bandages, 
qui m’étaient incomuis lorsqu’en présence des imperfections de ceux 
déjà décrits, l’idée me vint d’agir uniquement sur le coude, en le plaçant 
dans un cône de toile suspendu au cqu du blessé; et simplifiant de plus en 
plus, j’adoptai pour cône tmbonnet en coton. 

Description de l’appareil. — Mode d'application. 

19. On prend un bonnet en coton ; on fait rentrer une des moitiés 
dans l’antt'g, comme pour l’usage journalier; la profondem- du cône doit 
être cajgÿilée de manière qu’il puisse contenir le coude, le bras jusqu’à 



l’aisselle, et l’aTant-bras jusqu’au poignet. Il est bien entendu que l’a¬ 
vant-bras est préalal)lement flécbi sur le bras, et que la main se trouve 
hors du sac lorsque ce dernier est appliqué. 

2" Deux larges rubans ou deux bouts de bande, chacun de 65 centi- 
ractrcs de longueur, .sont cousus de la manière .suivante à l’ouvertiu-e du 
cône : 

L’iui est placé à la partie postériem-e de l’ouverture dn sac qui doit 
conespondre à la partie postérieiue de l’aisselle. 

L’autre est attaché à la partie antérieure de l’ouverture, de telle sorte 
que, le bonnet appliqué, ce cordon se trouve placé derrière la main. 

Ces deux rubans sont donc cousus de manière à ce que, le sac étant 
vide, affaissé sur lui-même et aplati, ils se trouvent tous deux sur le 
même côté, etpresqu’aux extrémités de ce côté que j’appellerai interne, 
parce que c’est celui qui doit toucher la poitrine. 

Ces deux cordons sont destinés à soutenir le poids du membre thora¬ 
cique du côté blessé, en formant par leur réunion un baudi-ief qui passe 
sur l’épaide saine. Le premier cordon passe derrière le dos, le second au- 
devant de la poitrine. La réunion de ces liens a lieu entre les deux omo¬ 
plates, et de larges compresses sont placées sur l’épaiüe et au-dessous du 
liceud pour diminuer la compression de la peau. Au moyeu de ces doux 
cordons, la seconde indication ({ue j’ai signalée est rempbe (oxbausse- 
jnent du fragment externe), puisque par eux le sac contenant le coudo est ■ 
élevé et maintenu à la hauteiu- convenable. 

3“ Pour remplir' la première indication (traction du fragment extemu 
en dehors), il faut porter le coude légèrement de dehors en dedans, au- 
devant de la poitrine du blessé. C’est au moyen d’un troisième lien que 
le cqude est maintenu dans cette position. 

Ce ti'oisièmc- cordon, attaché solidement à trois travers do doigt 
du sommet du bonnet, et à son bord le plus interne, passe au-devant de 
la poitrine, sous l’aisselle du côté sain, et se fixe derrière le dos, entre les 
omoplates, au baudrier formé par les deux premiei-s liens. 

Pour plus de facilité d’application, ce troisième mban dmt être dou¬ 
ble, e’est-à-dii e qu’après avoir pris un ruban d’un mètre 70 centhnètrss 
de longueur, on le plie dans son milieu, et ce pli est cousu au bonnet. 
Lés parties de ce double lien peuvent être réunies aussi par quelques 
points dé suture dans le tiers de son étendue qui correspond au bonnet, 
et les deux chefe laissés libres forment une anse en se réunissant ap 
baudrier. 

Çe troisième lien consolide l’appareil, tout en remplissant l’indication 
que j’ai mentionnée. (Voyez la planche suivante.) 



( 36 ) 



De ce qui précède on a dû comprendi-e qu’il est nécessaire de confec¬ 
tionner un bandage pour chacune des clavicules. On pourrait, il est 
vrai, en construire un propre à la fois à l’un et à l’autre côté, en pla¬ 
çant les liens 1 et 2, indiqués siu- la planche A,aux extrémités du sac, 
au lieu de les placer du même côté, mais ces liens s’appliqueraient 
moins bien. 

L’appareil, comme on le voit dans le dessin, laisse à découvert la cla¬ 
vicule fracturée ; il permet de s’assurer sans dérangement de la position 
des fragments; sans qu’on touche à l’appaieil, des topiques peuvent être 
appliqués et renouvelés. Les topiques peuvent être maintenus soit par de 
larges compresses, soit par un mouchoir plié en cravate ou en triangle, et 
ayant ses extrémités arrêtées sur les liens qui forment le baudrier. Cet 
appareil peut être confectionné partout, sm-le-champ, et au besoin par 
le chirurgien lui-même. D’une application facile, il se maintient si parfai¬ 
tement en place, que, dans un cas, j’ai été dix-huit jours sans y toucher, 
et ne l’ai enlevé momentanément qu’afln de permettre le changement 
de linge, car il a l’avantage de ne pas forcer à ôter au blessé sa chemise. 

En résumé, cet appareil, le plus simple de ceux imaginés jusqu’à ce 
jour, rempbt parfaitement les indications, et peut, je l’espère du moins, 
rendre de grands services dans la médecine des campagnes, aux armées, 
datts les hôpitaux, et même, en dépit de sa simplicité, dans la pratique 
civile. 

Je ferai observer aux praticiens que la grande simplicité choque ; qu’il 



■; 37 ) 

est possible de remplacer le bonnet en coton par un cône en toile, comme 
je l’avais primitivement imaginé, ou bien en drap, en flanelle, etc. ; que 
les bandes peuvent être converties en bretelles rembomrées, et les com¬ 
presses destinées à diminuer la pression des nœuds, en petits matelas 
ouatés, glissant sous les bretelles auxquelles ils seraient retenus par un 
anneau en cuii-. En un mot, sans nuire à l’effet ciu-atif du bandage, il est 
facile de le dépouiller de la simplicité qui, à mes yeux, en est le mérite 
principal. 

Une objection que j’ai prévue est celle-ci : le bonnet en coton doit 
s’étendre et céder? 

Or, j’ai observé que l’avant-bras ayant une tendance à éviter une 
forte flexion sm’ le bras, ce mouvement ne pouvait s’opérer qu’en élar¬ 
gissant le bonnet dans sa largem’, et que par conséquent l’élongation en 
hauteur devenait presque impossible. Il convient de choisir de préfé¬ 
rence un bonnet de tissu assez fin, et par conséquent moins extensible. 
Tl est bon aussi d’ajouter que les personnes les plus étrangères à l’art 
médical peuvent avec facilité remédier ici aux légers inconvénients in¬ 
séparables de toute application d’appaicil. 

Une remarque pratique est que l’immobilité de l’articulation du coude 
n’est pas accompagnée de plus de douleur avec ce bandage qu’avec tous 
les autres moyens contentifs, et que la main laissée complètement libre 
rend au blessé quelques services. 

.4u moyen de ce bandage, j’ai déjà traité trois fois la fi'acture de la 
clavicule : 

1® A l’hôpital Saint-Jidien, sur une femme âgée de soixante-dix-neuf 
ans, asthmatique, ayant une déviation considérable de la colonne verté¬ 
brale, et par suite une saillie prononcée de l’épaule droite, côté de la 
fracture ; malgré ces infirmités, l’appareil est resté en place quarante et 
un jours ; 

2° A la clinique de l’hôpital Saint-Charles, siu’ im homme âgé de cin¬ 
quante-cinq ans ; la fracture se trouvait à gauche ; le bandage fut ap¬ 
pliqué trente-neuf jours; 

3® A l’hôpital Saint-Charles, sur un sujet de trente-cinq ans, atteint 
d’une fracture siégeant au côté droit. Par suite de la sortie du blessé de 
la clinique, le bandage ne resta cette fois en place que vingt jours. 

— Si du bandage destiné au côté droit et figuré en A, on voulait faire 
un appareil poiu’ le côté gauche, on laisserait en place les liens 1 et 2 
sur le côté a, qui devrait être appliqué à la poiü'ine, et l’on n’aurait qu’à 
transporter le lien 3 en X. 


SiMoism. 



( 38 ) 


BEMARQUES PRATIQUES SUR l’eMPLOI DE LA POM5ÏADE AU PRÉCIPITÉ BLÀNC 
DANS QUELQUES PLAIES ET CERTAINES AFFECTIONS DE LA PEAU. 

Autrefois, et il y a moins d’un demi-siècle encore, les praticiens 
usaient d’une infinité d’emplâtres, d’onguents, de' pommades dans le 
traitement des plaies, des^^blessures, des inflammations. Ils attribuaient 
à ces topiques des vertus multipliées et une efficacité qu’il s’agissait tou¬ 
jours de mettre en rapport avec la natme du mal à traiter. Notre siècle 
a profondément modifié la pratûjue sous ce point de vue, et depuis l’é¬ 
cole de Desaidt et de Boyer, les topiques eu cliirurgie se réduisent, pour 
ainsi dire, au céi'at et aux cataplasmes. Les nouvelles recherches aux¬ 
quelles se sont livrés les médecins sur les maladies de la peau, ont fait 
également rejeter la presque totalité des pommades employées jadis 
contre les affections cutanées. Sans prétendi-e que cette réforme radi¬ 
cale dans la manière de traiter les maladies externes soit absolument 
mauvaise, M. 'Velpeau rappelle souvent, à la Charité, cju’on est tombé 
dans un extrême qui a bien aussi ses inconvénients ; aussi ce chiiTirgien 
soutient-il que les emplâtres et les pommades, par exemple, ne sont pas, 
comme on le croit ou comme on le professe généralement aujourd’hui, 
de simples moyens d’empêcher les linges d’adhérer à la peau ou de réu¬ 
nir les lèATes d’une plaie ; qu’outre ces qualités, ils ont encore des pro¬ 
priétés médicamenteuses spéciales qu’on a tort de dédaigner. A l’appui 
de ees remarques, nous allons exposer les résultats de la pratique de 
M. Velpeau, relativement à l’emploi de la pommade au précipité lilanc. 
Cette pommade, que ce professeur prescrit jomnellement, est ainsi for¬ 
mulée ; 

Axonge pm'e.30 grammes. 

Précipité blanc. 2 on 4 grammes. 

Avant de détailler les usages de cette préparation, faisons observer 
qne le précipité blanc, qui est en réalité un proto-chlorure de mercurë, 
contient cependant assez de matériaux hétérogènes pour différer nota¬ 
blement du calomel, qui est, lui, le proto-chlorure pro^iremcnt dit ; 
d’ofi il suit que la pommade au précipité blanc n’est pas alisolument la 
même que la pommade au calomel, qui jouit néanmoins presque des 
mêmes propriétés. 

Ces deux pommades, et plus paiticulièrement celle au précipité blanc, 
jouissent de propriétés siccatives et de cicatrisation tout à fait remar¬ 
quables. M. Velpeau s’en sert dans trois glandes catégories de cas. 

Dans presque toutes les variétés d’affections eczémateuses, elle lui 
est d’un grand secoms ; pai- exemple, chez les personnes qui offrent au- 





( 39 ) 

tour des oreilles ces exsudations croûtêuses à fond rougeâtre ou jaunâtre 
qu’on observe si souvent chez les adultes de constitution lyiUphatiquèj 
et aussi chez les jeunes enfants. Il ne se passe pas de semaine qu’oit lie 
voie^ soit à la considtation publique de la Charité, soit dans les salles 
de l’hôpital, plusieurs sujets tourmentés de cette maladie, et qui en gué¬ 
rissent très-promptement au moyen de la poirimade en question. Daiis 
l’âge adulte, ce genre d’eczéma offre souvent une teinté plus où mbinè 
cuivrée qui tient, dans une foule de cas, à une affection syphUitiquè ân- 
lérieure ; mais qu’il y ait eu syphilis ou non, la pommade au précipité 
blanc n’en est pas moins proscrite, et cela avec des avantages vérita¬ 
blement incontestables. Le chirurgien prescrit au malade de ramollir 
préalablement avec du beurre frais les croûtes ou les écailles qui cou¬ 
vrent la peau altérée, puis d’essayer d’enlever ces croûtes, et d’altstérger 
avec un linge propre toutes les surfaces malades. C’est alors qu’une 
couche de la pommade est appliquée matin et soir sur les téguments 
ainsi préj)arés. Eu général, en agissant ainsi, il suffit de huit à dix 
jours pour éteindre complètement l’eczéma. 

Ce (jue nous venons de dire de l’eczéma de l’oreille s’applique de 
tout point a celui de la lèvre supérieure et des ouvertmes antérieines du 
nez. Ici, la barbe, chez les hommes, exige quelques précautions de plus 
poiii- nettoyer les surfaces affectées. Dahs le nez, ü est plus difficile 
aussi de porter la pommade exactement sür le.S points altérés ; mais le.s 
tlifficultés qui se présentent seront facilement simmontées si l’on réfléchit 
qu’il s’agit tout simplement de porter la pommade à nu sur les surfaces 
excoriées, puisque le tout Se borne à les débarrasser préalablement de 
toirtcs les croûtes capables de la masquer. C’est avec le doigt plutôt 
qu’avec un pinceau tpl’il convient de porter cette ponimâde dans l’m- 
tériem- du nez, en n’oubliant pas que c’est fréquemment dans le cul- 
de-sac qui se prolonge vers le lobule de cet organe, OU à une éértaine 
profondeur sur le fond interne des ailes ott de la cloison, qu’existe l’état 
rroûteux dont nous parlons. 

Les enfants, si sujets au porrigo, sur le front, àui joues, sm‘ lés dif¬ 
ferents points de la ligure et même du cuir chevelu, trouvent égàlemèftl 
ilans la pommade au précipité blanc un topique que M. Vclpèàtt or¬ 
donne fréipicmment. Il conseille là les mêmes précautions, c’est-à-din' 
de nettoyer toutes les surfaces avec du beurre frais, afin dê mettre eu 
usage le topique au précipité blanc. Ce n’est pas seulement à la figure, à là 
tète, (pie les eczémas humides cèdent à l’usage de ce topicpie ; à la marge 
de l’anus, dans le pli des cuisses, au jarret, à l’aissfllc, au pli du bras, 
autour (les bourses, et partout où le contact de la peau peut les faire 
naitre, ils disparaissent avec promptitude sous rinflueiice de cette pom- 



luade. A la vtihe, elle n’est pas d’un inoindie secours; il en est de 
même entre les orteils et entre les doigts, lorsque ces parties deviennent 
le siège d’excoriations sanieuses, de rhagades. 

La pommade au précipité blanc guérit également certaines variétés 
d’eczémas chroniques qui se développent si fréquemment aux mains, aux 
avant-bras et sur d’aub'es régions du corps ; comme il n’y a que des 
écailles, et non plus des croûtes épaisses, sur la peau ainsi altérée, la pom¬ 
made est appliquée d’emblée ; il faut seulement avoir la précaution d’en 
frictionner un peu les parties, et non pas se borner à les en enduire. 

Les individus affectés depuis longtemps de varices présentent souvent 
des plaques d’un rouge grisâtre, ou quelquefois violacées, Ihides, des¬ 
quelles il suinte des liquides roussâtres, et qui sont le siège de dotilcurs 
cuisantes ou d’une démangeaison difficile à maîtriser : cette variété de 
l’eczéma, tpii se coutTe parfois d’écailles assez larges, se trouve égale¬ 
ment très-bien de l’emploi de la pommade au précipité blanc. 

Les rbagades qui s’établissent entre les orteils, et qui offrent un aspect 
si repoussant chez les individus qui ont été infectés de syphilis, dispa¬ 
raissent dans l’espace d’une douzaine de jours au plus quand on les 
lient enduites de pommade au précipité blanc. 

Les pustules muqueuses de la marge de l’anus, soit chez les enfants, 
soit chez les adultes, ne résistent pas davantage à ce même topique, et il 
est rare, quand les malades qui en sont affectés se présentent à la Cha¬ 
rité , de les y voir’ plus de quatre ou cinq jours dans le sendee de 
M. Velpeau. Les ulcérations ou les excoriations de la verge et du pré¬ 
puce sont dans le même cas. Les excoriations de la couronne du gland, 
par exemple, après avoir été lavées, lotionnées, sont enduites de cette 
pommade, puis couvertes d’un anneau de charpie matin et soir, et ne 
durent, .ainsi traitées, que très-peu de jours. 

Comme traitement topiipie, c’est aussi la pommade au précipité blanc 
que M. Velpeau fait appliquer sur les véritables chancres. Les exco- 
ri.ations et les chancres de la vulve doivent être traités de la même fa¬ 
çon ; il n’est pas jusqu’à certaines nuances de blépharites qui ne se trou¬ 
vent bien de l’emploi de cette méthode. 

.Tusqii’ici nous n’avons parlé de la pommade au précipité blanc que 
pour les maladies de la surface libre de la peau et non compliquées 
d’ulcérations, maladies dans le traitement desquelles les topiques médi- 
c<imenteux sont encore généralement admis comme utiles par la plupart 
des praticiens; il nous reste à en montrer les .avantages m.iintemint 
dans les cas de plaies ou d’ulcères. 

l-e eérat, à peu près la seule ponunade qu’on emploie dans tes hôpi- 
laiix de nos jours, a pour but, étant appliqué sur les linge.» troués, sui' 



( 41 ) 

les gâteaux de charpie, d’empêcher ces différents objets de pansement 
d’adhérer aux surfaces malades et délaisser à la nature le soin de la ci¬ 
catrisation. Or, la pommade au précipité blanc, tout en remplissant les 
mêmes indications, ayant l’avantage réel de hâter, de favoriser d’une 
manière évidente la cicati'isation elle-même dans une foule de cas, par 
exemple quand la plaie d’une brûlure traîne, reste grise, sanieuse, s’en¬ 
toure d’un pomtour excorié inégal, la pommade au précipité blanc est 
substituée avec fruit au cérat et aux auti-es topiques, sm- le linge troué 
ou sur la chaipie. La plupart des plaies qui revêtent le même caractère 
sont dans le même cas. 

Une variété de ces plaies a surtout attiré l’attention de M. Velpeau, 
ce sont celles qui résultent de l’ablation des tumeurs cancéreuses. L’en¬ 
lèvement des tumeurs du sein offre souvent cette particularité quand il 
u’a pas été possilde d’en obtenir la réunion immédiate ; après avoir mar¬ 
ché régulièrement pendant huit, quinze, vingt jours, la plaie semble 
s’arrêter, ne se cicatrise plus, reste sanieuse ou se couvre de végétations 
grisâtres. Alors la ponunade au précipité blanc mise à la place du cé¬ 
rat, soit en onctions simples au pourtour de la plaie, soit en applications 
.sur les linges troués, ce qui est mieux, soit enfin, si l’on veut agir plus vi¬ 
vement, en couches sur un plumasseau de charpie, modifie prompte¬ 
ment cet état, et ne tarde pas à compléter la cicatrisation. 

n y a mieux, et là-dessus M. Velpeau s’est expliqué d’ailleurs avec 
une extrême réserve, c’est que des ulcérations qu’on aurait volontiers 
prises pour des ulcères cancéreux appartenant à la variété du noU me 
tangere, pansées avec cette pommade, ont plus d’une fois rétrogradé au 
point de se cicatriser et de guérir sans opération ; dans ces cas, le chirur¬ 
gien de la Charité joint souvent, à l’emploi de la pommade en question, 
quelques attouchements avec le nitrate acide de mercure pour modifier 
profondément les smfaces. A l’appui de ce que nous venons de dire, ü 
convient de citer une observation qui nous a paru curieuse. 

Un vieillard se présente à la Charité pom’ y êtr e opéré d’un phymo- 
■sis congénital. Comme il existait sous la fosse naviculaiie une masse dure 
bosselée sensible, indiquant une induration considérable du prépuce dans 
sa moitié inférieure, M. Velpeau crut qu’il y avait au moins une dégéné¬ 
rescence lardacée ; il s’aperçut qu’il existait aussi des adhérences avec le 
gland; mais comme la peau était restée mobile et souple, et qu’il n’y 
avait pas d’ulcérations appréciaUes, il n’en prit pas moins le parti de 
fendre le prépuce sur l’un de scs côtés. C’est alors qu’on reconnut, au 
lieu d’un prépuce simplement hypertrophié, un énorme champignon 
faisant partie du gland, ayant perforé l’imètre et offrant tous les carac¬ 
tères d’un champignon encéphaloîde, si bien que l’idée de passer immé- 



( 42 ) 

diatemeiit à l’amputation de la rerge lût émise par plusieurs praticiens 
qui éntoiuaient le chiriu-gien aii moment de cette découverte. Gomme 
cette partie n’avait jamais été mise à nu, et que d’ailleurs il n’y avait 
pas lu’geiicej M. Velpeau dit qu’il attendi’ait avant de prendre un parti; 
qu’on allait nettoyer tons ces tissus, qui seraient pansés pendant quel¬ 
ques jours à l’aide de topûpes émollients, et puis qu’on essayerait, avant 
d’en venir à l’amputation, la pommade au précipité blanc, aidée de 
quelques cautérisations. Une première cautérisation fut faite le surlen¬ 
demain, l’emploi de la pommade fut pris deux jours après, èt l’on fut 
tout étonné de voii’ ce champignon s’affaisser, se déterger par degrés, si 
bien qii’il sé trouva plus d’à moitié cicatrisé et réduit en moins de trois 
semaines. Le traitement a été continué d’après ces idées, et le malade est 
guéri de sa tumeur fongueuse et de son idcère,- mais en conservant uné 
petite fistide urinaire. 

Au total, M. Velp'eau emploie avec avantage la pommade au précipité 
blahe, à la manière du cérat, dans toutes les affections eczémateilses de 
la surface cutanée, dans tous les cas de plaies superficielles à surface gri¬ 
sâtre ou sanieuse, partout ofi les bords de la solution de continuité sem¬ 
blent excoriés, dans les ulcérations grisâtres d’aspect cancéreux, tant 
ipi’il n’y a pas de décollement de la peau, de sinuosités dans le fond de 
l’ulcère ; c’est pour lui un incarnatif, un siccatif, un des meilleurs topi- 
(jues qu’on puisse employer pour hâter la cicatrisation des solutions de 
continuité plus étendues en siu-face qu’en profondeur, soit qu’elles pa- 
raisstat être entretenues par quelques dispositions internes, soit qu’elles 
tardent à sé cicatriser à cause de l’état local. 


cànmË Et tBfAABilAcfiÈ. 


6ëS péÉéAftATiONS DoSf Lé lichen d’islàNdé Esï là SasI. 

Le lichen d’Islande, jiai-rapport à scs applications, peut être consi¬ 
déré sous deux points de vue différents, soit comme matière alimentaire, 
soit comme médicament. 

Si l’on a poOT but de préparer le lichen pour l’employer comme ali¬ 
ment , alors il n’y a aucune hésitation à avoir sur les manipulations aux¬ 
quelles on doit le soumettre. En effet, on trouve dans ce végétal deux 
principes dominants, la matière amère et la substance amilacée. La 
substance nutritive, c’est l amidon ; le principe amer (cétrarine) contri¬ 
buera à donner à toutes les péparaüons alimentaiies de lichen une sa- 



( 43 ) 

Velir très-désagréable, sans avantage bien appréciable ; dans ce cas, il 
faut donc l’élitniner; et aucim procédé ne réassit mieux que celui que 
M. Berzélius a donné, et qui consiste, coiimie on le sait, à faire 
tteinper pendant vingt-quati-e beines le licben bacbé dans de l’caii 
froide, à laquelle bn ajoute une ttès-petite proportion dé potasse du 
commercé. L’alcali tbssoùt le principe amer. On terse àiir im bnge, on 
fait égoutter, oh lave le lichen par macération à pliisiems reprises tant 
que l’eau paraît amère et alcahne. On n’exprime pas le lichen, pas plu.s 
qu’on ne l’agite fortement dans l’eau, car une grande partie de l’amidon 
du lichen se séparerait en petits grumeaux ti'ansparents, et serait en¬ 
traîné avec les eâux de lavage. 

S’agit-il d’employer le lichen comme médicament, alors on doit être 
guidé par des principes tout différents : en effet, la matière vraiment 
utile, c’est la cétrarine ; l’amidon de lichen est mie substance très-indif¬ 
férente. La plupart des pharmacologistes modernes sont lom de parta¬ 
ger cette croyance, et dans toutes les préparations qu’ils font suliir au 
lichen Us s’efforcent d’éliminer le principe amer, qu’Us regardent comme 
nuisible, pour ne conserver cpie la matière prétendue adoucissante du 
hchen. Pour attaquer franchement cette opinion, selon nous erronée, 
bornons-nous à parler des applications thérapeutiques du lichen, dans 
le cas où l’on croit l’utUité du principe amUacé le mieux démontrée, je 
veux parler des affections de poitrine en général, et de la phthisie ptd- 
monafre en particulier. 

Aujourd’hui que l’on est éclafré sur la composition chimique du lichen, 
que l’on connaît mieux le rôle de chaque principe immédiat dans l’acte 
de la digestion, personne, je pense, ne sera tenté d’attrUraer des pro¬ 
priétés spécifiques à l’amidon du lichen. Il s’assimile comme toutes 
les matières féculentes, et il ne faut pas lui chercher d’autres propriétés ; 
et cependant des faits nombreux semblent bien étabhr l’utüité du hchen 
dans le début de la phthisie pulmonaire. Si nous n’attribuons pas l’effi¬ 
cacité du lichen à l’amidon, il est tout simple qu’il faudra admettre que 
que c’est là cétrarine qui agit utilement. Cette assertion n’a rien qui 
doive surprendre ; en effet, le temps est passé où l’on attribuait une 
influence curative aux substances féculentes ou mncilagineuses datis lé 
traitement de la phthisie. On admet, au contraire, que les substances qui 
sont propres à réveiller l’énergie des fonctions digestives sans trop ex¬ 
citer, sont extrêmement utiles dans le début de cette cniclle maladie. 
En effet, les accidents qui apparaissent du côté de l’appareil respiratoire, 
sont, selon moi, tout à fait secondaires ; c’est du côté de l’appareil di¬ 
gestif qu’il faut chercher le principe des désordres observés. Si l’on y 
regarde attentivement, on trouvera presque toujours qü0 là phthièic 



( 44 ) 

pulmonaire a pom’ cause essentielle ou un défaut dans les fonctions di¬ 
gestives, ou ime aberration dans l’assimilation. Ces principes étant admis, 
il en découle naturellement qu’une substance telle que la cétrarine, qui 
est un amer franc, sans mélange d’un principe astringent ou d’une ma¬ 
tière stimulante, peut être extrêmement utile dans les cas dont il s’agit. 
Voilà le secret de l’utilité du lichen dans la phthisie. D’après cela, il est 
clair que presque toutes les préparations de lichen de nos dispensaires 
doivent être réformées, car presque tous les pharmacologistes, guidés 
par une idée fausse, ont cherché à l’envi à éliminer ce principe amer, 
qui, selon nous, est le seul coi-ps qui place le lichen au rang des médi¬ 
caments utiles. Nous allons maintenant examiner rapidement les princi¬ 
pales préparations dont le lichen est la base. 

Poudre de lichen. 

Le lichen est rarement prescrit sous cette forme ; c’est cependant une 
bonne manière d’administrer le principe actif du lichen, lorsqu’on a soin, 
comme le veut le Codex., de ne pas le priver de son principe amer. On 
peut, avec la poudre de lichen et quelques gouttes de sirop de sucre, pré¬ 
parer un électuaii’e que l’on peut administrer chaque jour à la dose de 4 à 
10 grammes. 

Tisane de lichen. 

C’est la forme sous laquelle le lichen est prescrit le plus souvent, et 
cependant le Codex ne contient pas de formule de tisane de lichen. On 
prend ordinairement 8 grammes de lichen privé de son principe amer, 
et on fait bouillir dans quantité suffisante d’eau pour obtenir un fifre de 
tisane. Je crois qu’il est convenable de réduii'e la dose du lichen à 2 ou 
4 grammes, et de ne pas le priver au préalable de son principe amer. 

Gelée de lichen. 

Le Codex veut que la gelée de lichen soit préparée avec le lichen non 
privé de sa cétrarine. Cette prescription est conforme aux principes que 
nous avons établis. Cependant quand on prescrit le lichen dans la troi¬ 
sième période de la phthisie, dans des cas où on n’a rien à attendre de 
définitivement utile du lichen, pas plus que d’une autre médication, 
alors il est quelquefois préférable de préparer cette gelée en privant le 
^ichen de son principe amer, car les malades auxquels elle est destinée 
ne la prendraient pas à cause de sa saveur amère ; et comme en défini¬ 
tive on ne peut rien faire d’utile pour eux. à quoi bon leur impo.ser 
une prescription désagréable ? 




( 4â ) 

sirop de lichen. 

Les auteurs prescrivent de prépar er le sirop de lichen par décoction, 
après l’avoir privé de son principe amer. Ainsi formulé, c’est un médi¬ 
cament ridicule. En effet, le principe actif est éliminé, et par la décoc¬ 
tion on obtient une solution miicilagineuse qui domie un sirop d’une 
mauvaise conservation ; il vaut infiniment mieux préparer le sirop de 
lichen par infusion, en réduisant la proportion du lichen au sirop à 1/60. 

Pâte de lichen. 

On prépai-e ordinairement la pâte de lichen avec le lichen privé de 
son principe amer. La proportion du lichen est environ 1/10 de celle 
de la pâte ; il faut la réduire à 1/50 si, comme je le crois préférable, 
il faut laisser la céti-aiine dans la pâte de lichen. Je dois observer qu’on 
ajoute dans la pâte de lichen des hôpitaux de Paris 5 centigrammes 
d’extrait gommeux d’opiiun poiu- 60 grammes de pâte. 

Chocolat au lichen. 

Le procédé qui me parait le plus convenable pour préparer le choco¬ 
lat au lichen est le suivant : 

Pâte de chocolat. 50 

Poudi-e de lichen. 1 

Mêler,. 

k. Bouchakdat. 


EXAMEN CHIMIQUE DE l’hüILE DE FOIE DE RAIE (RAI'A CIÂTATÀ ET K. BATIS '. 

FORMULE d’un NOUVEAU SIROP POUR l’EMPLOI DE CETTE HmLE. 

L’huile de foie de morue et l’huile de foie de raie sont employées de¬ 
puis fort longtemps déjà dans le nord de l’Europe, et smtout en Belgi¬ 
que et en Hollande, poui- le traitement des affections goutteuses et rhu¬ 
matismales, des scrophules et du rachitisme, etc. Or, tandis que l’huile 
de foie de morue a été l’objet d’un assez grand nombre de recherches 
exécutées par MM. Kopp, Hopfer, Hansmann, Gmelin et Stein, qui tous 
se sont accordés à admettre l’iode au nombre de ses principes consti¬ 
tuants, l’huüe de foie de raie, au contraire, n’avait nullement attûé jus¬ 
qu’ici l’attention des chimistes*. Cette lacune vient d’êti'e remplie, 

‘ Je dois pourtant faire remarquer qn'il peut bien se faire que quelques- 
uns des chimistes précités aient agi sur l’huile de raie, croyant avoir affaire à 
de l’huile de morne. Il est au moins certain qu’une parlie de l’huile vendue 





{ 46 ) 

dans le Journal de Pharmacie, par MM. Glrardin et Preisser, pro¬ 
fesseurs de chimie à Rouen. 

L’huile de foie de raie sur laquelle ont expérimenté ces tleu? chimistes 
distingués, avait été préparée pay M. Vingtrinier, médecin en chef des 
prisons de Rouen, qui en a obteu d’excellents effets. 

Caractères de l’huile de foie de raie. —Cette huile a une couleui' 
d’un jaune clair ; son odeiu' rappelle celle de l’huile de baleine pu de 
sardine fraîche. 

Par son exposition à l’air, elle laisse déposer pendant plusieurs jours 
une matière blanche concrète, puis ne se ti-oidile plus sensiblement. 

Le chlore gazeux, qui colore si rapidement en brun foncé les huiles 
de baleine, de sardine, de monte, n’exerce aucune action appréciable 
sur l’huile de raie. 

L’acide sulfurique concentré colore l’huile de raie en rouge clair; en 
agitant le mélange après un quart d’heure de contact, il acquiert une 
couleur violette foncée. L’huile de morue prend rapidement une teinte 
noire par l’action d’un peu d’acide sulftuique froid. 

L’acide nitritjue ne change pas sensiblement la nuance de l’huile de 
raie ; tandis qn’ü colore en brun orange l’huile de morue. 

Dans l’huile de foie de raie, de même que dans l’huile de morue, i} 
existe de l’iode. Ce corps sûnplc s’y trouve en combinaison avec le potas¬ 
sium ; ce résultit analytique confirme les données chimiques de L. Gme- 
lin, relatives à la composition de l’huile de morue. On se rappelle que 
cet habile chimiste a publié le premier que l’iode y existe à l’état d’iodure 
de potassitmi. 

L’huile de raie a donné à l’analyse 0,18 centigrammes d’iodure de 
potassium par litre d’huile, tandis que l’huile de morue n’en a foiumi 
que 0,15 centigrammes. 

L’huile de raie ne contient d’ailleurs aucun autre principe actif diffé¬ 
rent de ceux qui existent partiellement dans les divers corps gras. 11 n’y 
a aucun doute, selon MM. Girardin et Preisser, que ce ne soit à l’iodure 
de potassium qu’il faille rapporter son action. Mais la grande division 
de cet iodnre dans la masse de l’huile, l’état particulier dans lequel il se 
trouve, état qui ne permet pas à l’eau de le lui enlever, doivent, 
au dire de ces deux chimistes, singidièrement faciliter son absorption 
par les tissus, et peuvent ainsi contril)uer, plus que la proportion absolue 
de ce sel, aux effets marqués que l’huile exerce sur l’économie ani¬ 
male. 

actuellement à Paris comme étant de l'huile de morue est réellement de 
l'huile de raie, ainsi que je m’en suis convaincu en répétant les principaux 
résultats analytiques des chimistes de Rouen. 



{ 47 ) 

Qr, comme l’huile de raie renferme toujoiu'E plus d’iodure que oelle 
de morue, laquelle est en outre d’une odem' repoussante, et d’une oeii> 
leur brun foncé, il convient, suivant MM. Girardin et Pi’eisser, de don¬ 
ner la préférence à la premièi'e de ces deux huiles, comme étant à la 
fois plus active, moins désagréable à la vue, au goût et à Todorat. 

Persuadé que les conclusions des deux chimistes précités ne tarderont 
pas à être adoptées par les praticiens ayant loi en ce genre de médica¬ 
tion, nous allons donner ici la formule d’un sirop d’huile de raie que 
nous avons préparé, ce mode pharmaceutique nous ayant paru Iq plus 
propre à faciliter l’emploi de ce nouvel agent thérapeutique. 


Prener ; Sucre. 600 gi’ammes 

Amandes amères.ana 50 grammes 

Gomme arabique pulvérisée. . — 60 grammes 

Huile de raie. 100 grammes 

Eau pure. 350 grammes 


Broyez d’abord les amandes avec la gomme et environ 50 gi-ammes 
de sucre ; ajoutez ensuite, petit à petit, l’huile préalablement mélangée 
avec environ 100 grammes d’eau ; bâtiez bien et longtemps ; ajoutez en¬ 
suite, peu à peu, le restant de l’eau qui doit entrer dans le sirop ; passez 
la liqueur émidsive à travers un blancbet, et faites-y fondre le sucre à 
l’aide d’une température très-faible qui ne dc\Ta pas dépasser 40“ centi¬ 
grades , afin d’éviter la coagulation de la partie albumineuse des 
amandes. Laissez refroidir, et aromatisez ensuite arec eau de fleurs d’o¬ 
ranger, 40 gi’ammcs. 

Ce sirop, bien que renfermant le dixième de son poids d’hidle de raie, 
est aussi peu désagréable que possible; il est mixtilJe à l’eau en toute 
proportion, à la manière du sirop d’orgeat, et peut être facllcmenf sup¬ 
porté par nos organes. Mialhe. 

SOT LA PBÉPAHATION d’uK NOUVBAÜ SmOP FEBEDOINEDX. 

En examinant l’action de la potasse sur le composé gélatineux qui 
se produit en versant de l’albumine dans une solution dé pérsulfate de 
fer, M. Lassaigne {Journal de chimie médicale) a reconnu que ce 
précipité, qui est une comliinaison d’allmmine et de persulfate de fer, 
se redissout dans im léger excès d’alcali, et forme une liqueur qui se 
colore en jaune brun foncé. Ce nouveau composé ne possède plus la 
saveur atramentairc des sels ferrugineux ; sa saveur est légère, alcaline 
et douceâtre ; il n’est plus iinmédiat§ment sensible à l’action du cyanure 
de fer et de potassium. 







( 48 ) 

Ce composé ferrugineux, véritable albuminate de fer et de potasse, en 
raison de la proportion d’oxyde de fer qu’il contient et de l’état parti¬ 
culier où il se trouve dans cette combinaison, a paru à M. Lassaignr 
pouvoir être employé à la préparation d’un sirop à base d’oxyde de 
fer. L’avantage qu’il est appelé à avoir sur les autres sirops ferrugi¬ 
neux est d’exclure toute la saveur qui appartient aux sels de fer, et de 
présenter à l’économie l’oxyde de fer combiné à un liquide aUjumineux 
alcalin assimilable, et par conséquent suseeptible d’absorption facile par 
les organes digestifs. 

Préparation. On prend 100 gi-ammes de blancs d’oeufs, on les bat 
avec 100 grammes d’eau distillée, et on filtre la dissolution albumineuse 
pour la sépai-er des flocons glaneux qui ne sont pas dissous. On verse 
dans cette liquem- 36 grammes de solution de persulfate de fer, à 5 de¬ 
grés aréométriques. Il s’y forme aussitôt un précipité blanc jaunâtre 
gélatiniforme. On verse sur ce précipité 2 grammes de potasse à l’al¬ 
cool, dissoute dans 50 grammes d’eau distillée. Par- l’agitation, le pré¬ 
cipité se redissout peu à peu, et il résulte une liqueur colorée en jaune 
brun orange. 

Pour convertir ce bquide en sirop, on y fait dissoudic à froid une 
fois et demi son poids de suerc concassé, et l’on filtre, soit à la chausse, 
soit à travers un papier joseph. 

Chaque quantité de 32 grammes de ce sirop représente 0,039 de per¬ 
sulfate de fer anhydre. 

—La préparation ferrugineuse qui précède me semble on ne peut plus 
digne de l’attention des praticiens. Les recherches chimiques auxquelles 
je me livre depuis déjà bien longtemps, dans le but d’éclairer l’art de 
formuler, m’ont conduit à adopter entièrement l’opinion de M. Las- 
saigne ', relative à l’union des sels métalliques avec les fluides albumi¬ 
neux du sang. C’est en contraetant avee ces éléments plastiques une 
combinaison plus ou moins intime, plus ou moins stable, que ces eom- 
posés occasionnent dans l’économie un tr ouble modificateur bienfaisant 
ou la mort, suivant leur nature ou la dose auxquels ils sont admi¬ 
nistrés. 

Le sirop ferrique de M. Lassaigne me paraît sm tout bien imagmé, en ce 
qu’il renferme le fer au maximum d’oxydation, mes expériences m’ayant 
porté à adopter, contrairement à l’opinion généi’alement reçue aujour¬ 
d’hui , que les sels de peroxyde de fer constituent à eux seuls la base 

< Je professe depuis bien longtemps l’opinion de M. Lassaigne ; elle a été 
la conséquence forcée de mes recherches. Je ne puis, du reste, que m’ap¬ 
plaudir d’avoir été devancé dans mes publica ions par un chimiste aussi 
distingué. 



( ) 

du traitement martial, les sels de protoxyde ne devenant réellement 
efficaces qu’après avoii' subi rinfluence de l’oxygène contenu daus les 
divers liquides de noti-e économie, c’est-à-dire qu’après leur transfor¬ 
mation en sels de peroxyde. 

Une question importante, qui se rattache à ce sujet, est la suivante : 
Toutes les préparations martiales ont-elles ta propriété de pas¬ 
ser dans les urines, alors qu’elles sont ingérées dans l’économie 
animale? 

M. Berzélius nous apprend que toutes les préparations ferriques qni 
contiennent le fer à l’état d’oxyde ne passent pas dans les urines, 
M. Gélis, par suite d’une longue série d’expériences , exécutées avec le 
plus gi’and soin, est arrivé aux mêmes conclusions. Mes recherches à ce 
-■.ujet m’ont conduit aux mêmes résultats que celles des deux chimistes 
précités. Cependant, des expérimentateurs instruits et consciencieux 
affirment ax'oir rencontré du fer dans les urines des malades soumis à 
un traitement ferrugineux *, et M. Berzélius lui-même dit que l’on a 
observé quelquefois que l’urine des personnes qui consomment une 
grande quantité de préparations martiales est colorée en bleuâtre ou 
A crdàtre par un peu de bleu de Prusse, reconnaissable à ce qu’il existe 
lie l’oxyde ferrique après la comljustion. 

Voici maintenant comment il me semble possible de concilier ces ré- 
■sultats contradictohes ; 

Mes expériences m’ont appris que les sels de peroxyde de fer neutres 
ou légèrement acidés forment, avec les éléments albumineux du sang , 
un composé totalement insoluble, et partant incapable de passer à tra¬ 
vers le parenchyme organique du rein, tandis que l’observation de 
M. Lassaigme démontre que ce composé cesse d’êti’e insoluble alors 
qu’il est mis en contact avec une certaine quantité d’tme base alcaline 
soluble. Il résulte de ce qui précède que le fer, dans les cii’constances 
ordinaires, ne doit pas se rencontrer dans les m'ines, mais que, au con¬ 
traire , on peut l’y retrouver toutes les fois que le liquide excrété par 
le rein, au lieu d’êü-e légèrement acide ou neutre comme il l’est dans 
l’état normal, est alcalin, comme cela arrive quelquefois ; encore même 
un pareil phénomène ne saurait avoh’ lieu que dans le cas où les urines 

' Qu’il me soit permis de rappeler ici aux médecins la source d’une er¬ 
reur que plusieurs d’entre eux ont commise en recberebant le fer dans les 
urines : c’est qu’il ne faut jamais l’y recbereber à l’aide du prussiale ferru¬ 
gineux de potasse, ce composé ayant la propriété de donner du bleu de 
Prusse dans une liqueur tout à fait exempte de fer, il suffit pour cela que 
ladite liqueur soit suffisamment acide pour qu’un pareil phénomène appa¬ 
raisse. 



( ÔO ) 

deviennent albumineuses, circonstance fâcheusd loh du traitement d’une 
maladie dans laquelle les préparations üiaitiales sont indiqbées, l’asSi- 
milation du fer ne pouvant alors être que très-incomplète. 

Mîalhe. 

SDR QUELQUES MODIFlCATIOn'S AD PROCÉDÉ fas GRÉGOHY POUR LA 
PRÉPARATION DE l’hYDROCHLORATE DE MORPHINE. 

M. Michicls, pharmacien à Anvers, conseille de reprendre les eaux 
mères par de l’ammoniaque pour en précipiter de nouveau la morphine, 
au lieu d’essayer de nouvelles cristallisations. Cette recommandation est 
loin d’avoir le mérite de la nouveauté, puisqu’il est de précepte en chi¬ 
mie d’éviter autant que possilile de préparer les alcalis végétaux par 
voie d’évaporation. 

M. Michiels prescrit d’ajouter un excès d’acidé chlôrhydriqüe pour 
faciliter la cristallisation du clilorhych-ate de morphine ; et bien qiie 
MM. Robertson, (Irégory et Robiquet aient recommandé l’additioil d’un 
léger excès d’acide dans la préparation du sel morphique de Grégory, 
M. Vandevelde, rapportem' du travail de M. Michiels, est persuadé que 
ces chimistes n’ont jamais obsen é l’efTct singidier que l’addition d’un 
grand excès d’acide produit dans une solution concentrée d’iiydrocblo- 
rate de morphine. 

M. Vandevelde ajoute : « Nous avons répété pliisieurs fois l’essai en 
faisant dissoudre de la morphine pure dans l’eau avec la ipiantité d’a¬ 
cide bydrochlorique nécessaire pour opérer la solution, et en concen- 
ti'ant la liqueiu’ au point de cristallisation; nous l’avoiis déposée en lieu 
frais. U nous a fallu un jour pom en obtenir la cristallisation. D’un aiiti’e 
côté, nous avons pris une meme solution de morphine, nbus y avons jeté 
im grand excès d’acide chlorlijalrique, et nous avons obtenu, comme par 
enchantement, une cristallLsalion abondantCj et telle, que tout le liquide 
semblait se prendre en une masse compacte. » 

—J’ai répété l’expérience du chimiste bdge, et je puis affirmer qu’éllc 
m’a parfaitement réussi. Le fait de la prompte cristallisatidn du chlorhy¬ 
drate de morphine dans une liqueur fortement acide est très-certainement 
remarquable. Comment agit l’acide chlorhydrique dans la cristaUisation 
qui nbus occupe? Je pense qu’il agit purement et simplement en chan¬ 
geant la nature du dissolvant, le chlorure toorphique étant moins Soluble 
dans i’éku cdhvenablement acidulée que dans l’eau pure. Quoi qu’il èh 
soit de cette explication, la particularité chimique sur laquelle M. hfi- 
chiels a de nouveau attiré l’attention des chimistes est digne d’être si- 



( 51 ) 

gtialëê j àU Jibint dé vlié pratique, car elle abrège de beaucoup le temps de 
la préf)aratioii dé riiydiOcblorate de morphine. 

Mialhe. 


CORRESPONDANCE IMÈDICALE. 

HÉDREtix EMPLOI CE Li SOLUTION DE NITRATE c’ARGENT POUR ARRÊTER 
LA »tARCnE d’un ÉRYSIPÈLE TRAUJIATIQUE GRAA'E, 

Les érysipèles à la suite des opérations sont si grayes parfois et si 
prompteincnt suixis de la mort dans les hôpitaux, qu’on ne sam’ait ac- 
ciieillir avec trop d’empressement les moyens qui, dans cette occasion, 
paraissent efficaces ou simplement utücs. 

Je venais d’opérer, à l’hôtel de Paris, rue Richelieu, M"”' M.d’un 

polype utérin considérable, quand le quatiième jom’, à la suite de petits 
frissons répétés, elle fut prise d’un érysipèle qui commença au pli de 
l’aine di'oite, et qui, dans le cours d’une nuit, s’étendit à la moitié de 
la cuisse du môme côté. Cette nuit fut très-péniblcj lè sôlhüieil étàit 
fréipierament troublé ; malgré l’applieation répétée de liiigés ti’éilHiés 
dans l’eau fi'oidc, les cuissons et la chalem’ de la partie malade étaient 
insupportables. 

Lunili délTiier, 20 juin au matin, je trouvai M™” M.avec la fièvre; 

la bouche était mauvaise, la langue saburrale; un petit fi-isson lui parcou¬ 
rait encore de temps en temps tout le corps ; la partie malade cllc-mcme 
n’eii était pas exempte : celle-ci était le siège d’une rougeur intense qui 
s’étendait depuis le pli de l’aine jusqu’à six travers de doigt du genou; 
laehâleiü- rêsséhtie |lar la malade était intoléralile; on la sentait se dé¬ 
gager eu présentant le dos de la maiii. Le moindi-e toucher était fort 
doidoureiix. Au dire de la garde-malade, l’érysipèle s’étendait à vue 
d'cpil. Je fus efrra 3 'é en pensant qu’eu égard à la circonstance et à la 
constitution très-lymphatiqUe de la malade, cette affection pouvait être 
promptement mortelle. J’ordonnai à l’instant des compresses trempées 
dans une dissolution dé iiitrate d’argeht cristallisé; 1 gramme pour 
200 grniiiihcs d’eau,- avec recommandation de les renouveler toutes les 
deux héul-es. A la seconde application, la inalâde était mieux. Le soir 
le mieux était encore plus Jiroiiortcé ; les frissons ne s’étaient plus hiani- 
ffestes; la fièvre était beaucoup moindre; et le lendemain matin tous les 
symptômes alarmants avaient cessé : la peau de la cuisse était noire, 
brunâü-è, couverte de petits boutons miliaires et blancs; mais la cuisson, 
la chaleur, la tuméfaction de la peau, tout avait disparu pour faire place 




( 52 ) 

à un calme inexprimable. Les jours suivants les mêmes applications fu¬ 
rent continuées en les éloignant de plus en plus, et aujourd’hui, sixième 
joiu’ de cet accident, la malade est en voie de convalescence. ,rr 

On ne peut rien conclure, je le sais, d’un seul fait ; il doit seulement 
inviter à l’observation. J’avais fait usage souvent de nitrate d’argent dans 
l’érysipèle il y a déjà bien longtemps, mais je n’en avais retiré un bon 
effet qu’en badigeonnant, pour ainsi cüi-e, toute la surface malade avec 
le crayon humecté ; du reste, le procédé est long, difficile ; de plus, la 
dissolution de niüatc d’argent qui se produit alors se rassemble en 
gouttes et cautérise inégalement et sur quelques points trop fort. J’ai 
donc préféré l’application permanente et immédiate de la solution elle- 
même sur toute la surface malade à la fois: elle m’a réussi à souhait dans 
cette cû'constance. 

Tanchou. 


BIBLIOGRAPHIE. 

Cours complet de pharmacie, par M. Lecanu, professeur titulaire 
de pharmacie à l’École spéciale de pharmacie de Paris. Deux 
volumes in-8" ; ehez J.-B. Baillière. 

M. Lecanu est depuis dix ans professeiu- titulaire de pharmacie à 
l’École spéciale de phaimacie de Paris ; un savant aussi distingué a dû, 
dans cet espace de temps, réunir les matériaux les plus utiles et les co¬ 
ordonner de la manière la plus heimeuse. 

Le titre du lixTC indique assex le but que l’auteur s’est proposé d’at¬ 
teindre. Est-ce bien, comme il l’annonce, un cours complet de phar¬ 
macie dont nous avons à rendi’c compte aujourd’hui? Avant d’aborder 
cette question importante, commençons par présenter une analyse ra¬ 
pide de l’ouvrage. 

L’habile professciu- de l’École de pharmacie admet cinq grandes di¬ 
visions dans le plan de son cours : 1" la récolte des médicaments four¬ 
nis par les trois règnes ; 2” un exposé sommaû'e du mode de développe¬ 
ment des végétaux, avec des considérations générales sur leim compo¬ 
sition ; 3“ la description des principales opérations pharmaceutiques ; 
4° l’application des manipulations précédentes à la préparation des mé¬ 
dicaments les plus importants, ceux-ci étant divisés en médicaments 
galéniques et chimiques ; 5“ l’examen des procédés propres à reconnaî¬ 
tre la pureté des matières premières que le commerce fournit à la phar¬ 
macie ; 6” l’expo.sé des moyens de conservation des médicaments. 




( 53 ) 

Le premier volume comprend la récolle, le développement des Aégé- 
taux, la description générale des manipulations, et les notions sur les 
médicaments galéniques. Les généralités sur le mode de développement 
des végétaux et sur les cliangcments qu’ils éprouvent dans les diffé¬ 
rentes périodes de leur accroissement, renferment plusieurs notions 
très-importantes et qui trouvent d’utiles applications lorsqu’il s’agit de 
choisir les médicaments ou de leur faire subir les préparations les plus 
convenables. On trouve dans l’article sur la récolte des plantes des no¬ 
tions précises sur les influences diverses de la culture, du climat et du 
terrain. Les différents chapitres consacrés à l’exposition des formes 
pharmacologiques renferment une foiüe de rapprochements heureux et 
de développements pleins d’intérêt. On lira surtout avec plaisir les ar¬ 
ticles sur les huiles fixes et volatUes, et sur les extraits. 

Le second x'olumc est consacré à faire l’histoire des médicaments chi¬ 
miques. Cette partie del’oiwrage de M. Lccanu est traitée avec le plus 
grand soin. Apres quelques considérations générales sur la constitution 
des corps et sur leurs modes de combinaison, il aborde sucressivement 
l’étude des corps organiques, simples ou composés, qui sont employés 
en pharmacie, des eaux minérales naturelles et artificielles, puis enfin 
des médicaments chimiques du règne organique. 

üne des parties les plus neuves, et certes des plus intéressantes de 
l’ouvrage que nous anal3'sons, est celle qui a pour titre De l’examen 
chimique des matières médicamenteuses fournies par le commerce. 
On y trouve réunis des documents très-précieux pour le pharmacien ; 
ils sont intitulés : essais de l’iode, de la limaille de fer, de l’antimoine, 
du merciu'e, de l’argent ; des acides chlorhydrique, azotique, sulfuri¬ 
que ; des oxydes de manganèse, de mercure, de plomb, etc. Des articles 
dignes d’être remarqués sont consacrés aux essais du sel marin, des 
acides acétique, cyanhj'drique, des huiles fixe et volatile, du sulfate de 
quinine et du lait. 

La dernière partie de l’ouxTage, consacrée à la conseivation des mé¬ 
dicaments, a reçu beaucoup de développement ; on traite dans le premier 
chapitre de la conservation des matières médicamenteuses inorganiques; 
l’auteur s’occupe ensuite de la conservation des plantes et de celle de 
leurs parties'; cette étude est précédée de quelipics considérations sur la 
décomposition putride. Enfin on trouve de précieuses notions sur la con¬ 
servation des animaux, de leiu’s parties et de leurs produits, et les règles 
de l’embaïunement. On remarijue dans cette dernière leçon d’utiles ren¬ 
seignements sur la conservation des sangsues. 

L’analyse de l’ouvrage que nous venons de présenter montre en quoi 
il diffère des traités les plus répandus en France. L’auteur a cru devoir 





( 54 ) 

SI' dispenser de consigner les foi-midcs qui en fornient souvent la partie 
principale ; il a pn se dispenser alors des détails andes et minutieux 
qu’elles entraînent : il a pu aussi envisager, sous d’autres points de yiie, 
des questions impoitantes, et il a eu ainsi plus de liberté dans le choix 
des matériaux qu’il a mis en œuvre ; mais le titre qu’il a adopté, cours 
complet de pliarmacie, est-il bien exact? Oui, s’il s’agit de la pharmacie 
telle (ju’elle est, telle qu’elle doit être 'enseignée dans l'École de Paris, 
si l’ons’cn rapporte aux ouvrages les plus accrédités chez nous; mais si 
l’on considère le sujet d’un point de vue plus élevé, on ne saurait ad¬ 
mettre que l’ouvTage que nous vepons d’analyser soit un ouvrage com¬ 
plet de pharmacie, pas plus que tous les autres traités qui ont paru jus¬ 
qu’ici en France. Un véritable coiu-s complet de pharmacie existe en 
Allemagne, c’est le Manuel de pharmacie de Geiger. Là on ne se 
borne pas à considérer la pharmacie telle que l’ont restreinte chez npus 
les exigences de renseignement multiple ; mais l’auteur allemand em¬ 
brasse dans leur ensemble toutes les connaissances inchspcnsables à la 
théorie et à la pratique de la pharmacie ; tout vient concourir au même 
but. Il cmpnmte à la physique, à la chimie, à l’iiistoirc- naturelle, tout 
ce qui peut éclairer la pharmacie ; c’est un véritable compendium des 
sciences pharmaceutiques. Est-ce à dire pom' cela que l’œuvre de Geiger 
serait facilement adoptée eu France? ce n’est pas là ma pensée, car la 
pharmacie allemande difière beaucoup do la pharmacie {raneaise ; et 
puis, il est des connaissances que Geiger a négligées, et tpii seraient indis¬ 
pensables chez nous pour constituer un cours complet de pharmacie, je 
veux parler de la toxicologie et de la partie de la matière médicale (jui 
s’occupe des propriétés des métheaments. Quoi qu’il en soit des remar¬ 
ques que je viens de présenter, je dois dire en terminant que M. Lccanu 
a atteint complètement le but qu’il s’est proposé, celui d’obtenir de ses 
confyères une complète approbation, et des élèves une affectueuse re¬ 
connaissance. Bouchakdat. 

Une saison aux eaux minérales d'Enghien; considérations hy¬ 
giéniques et médicales sur cet établissement; par J.-H. Reveillé- 
Pawse, docteur en médecine-, chevalier de la Légion-d’Hon¬ 
neur, etc. 1 vol. in-18, avec lithographies. 

On ferait certainement une bihhothèque entière avec les ouvrages 
écrits sur les eaux minérales : traités généraux et spéciaux, mémoires, 
analyses chimiques, catalogues raisonnés, etc., rien n’y manque ; c’est 
une mine depuLs longtemps exploitée. Chaque source a son historiogra- 
plie, qui en expose les propriétés dans le plus grand détail, souvent avec 



( 55 ) 

une bonne foi établie siu-une longue expérience, quelquefois aussi avec 
certaines préoccupations. A peu de chose près, ces ourrages, dont plu¬ 
sieurs soAt estimables, se ressemblent et pour le fond et pour la forme. 
Mais celui deM. Reveillé-Parise doit nécessairement faû-e exception sous 
plusieurs rapports : disons d’abord que c’est un job volume, orné de 
btbographies et imprimé avec un soin tout particulier ; la substance de 
l’ouvrage n’est d’ailleurs nullement au-dessous du luxe typographique. 
Il y a là un mélange d’érudition, de médecine, d’histoire naturelle, de 
philosophie, de faits mtéressants, de sages réflexions, d’excellents pré¬ 
ceptes, de vues ingénieuses, présentés avec un style d'uiie clarté, dhrae 
élégance remarquables, ce qiti rend la lecture de cet ouvrage singubèrc- 
mcnt attrayante... Miscuit utile dulci. Sans s’écarter en rien de la li¬ 
gne scientifique, sans perdre un instant de vue le but qu’il se propose 
d’atteimb’e, l’auteur a su tirer’ tout le parti possible d’un sujet en appa¬ 
rence très-ai’ide, ou ne pouvant fournil’que des considérations connues 
et rebattues. Les eaux minérales d’Enghien sont désormais placées au 
rang qu’elles doivent occuper. 

AI. Reveillé-Parise insiste sot ce point, et selon nous avec raison, c’est 
que si en général on doit compter beaucoup sur l’eflicacité d’une eau 
minérale, il ne faut pas non plus oublier l’influence des eaux, des 
airs et des lieux; il doit y avoir ici un accord, un ensemble de modi¬ 
fications dont le résultat, presque cei’tain, est la guérison de la maladie 
ou une amélioration plus ou moins prononcée ; aussi l’auteur fait-il imc 
description brillante de la célèbre vallée de Montmorency, où se trouve 
Veau minérale d’Ei[ighien. Il a en outre consacré tout un chapitre à 
l’influence hygiénique de certains lieux sur la santé, et aux dispositions 
individuelles les plus propres à en recueillir les avantages. Si nous étion.s 
moins pressé par l’espace et le temps, nous en citerions des morceaux 
aussi remarquables par l’importance, par la netteté des aperçiis, que par 
la justesse de l’appréciation des faits. 

.Vinsi l’autcOT pose en principe que tout établissement thermal doit 
réunir les trois conditions suivantes : 

1“ Des eaux minérales d’une action approuvée, etc. ; S” une localité 
saine, agréable, pittores(juc, où les malades puissent jouir de tous les 
avantages d’une température modérée, de l'exercice fait en plein 
air, etc. ; 3“ une méthode hygiénique non-seulement applicable à tel 
ou tel cas pathologique, ce qtd est de rigueur, mais qui consiste dans un 
ensemble de soins, démesurés, de précautions générales, ayant pour but 
de soutenir l’état physhpte, de donner à l’esprit des distractions agréa¬ 
bles, variées, toujom’s utiles à la guérison. 

C'est d’après ces données que l’auteur examine les eaux minérales 



( 56 ) 

(l’Enghien, leur situation topographique, leurs propriétés physiques, 
chimiques et médicales, le mode d’administi’ation le plus convena¬ 
ble, etc. Sans prévention aucune, sans préjugés pour ou contre, il fait 
l’exposé des cas où l’expérience a prouvé refiicacitc de ces eaux, et de ceux 
on leiu- emploi serait évidemment préjudiciaMe; il ne dissimule ni les 
avantages, ni les inconvénients. « Aussi, dit-il, en signalant leurs pro¬ 
priétés très-remarquables, nous sommes loin d’en faire une panacée uni¬ 
verselle, de mettre une absurde étiquette d’infaillibilité... Les eaux 
d’Enghien guérissent plusieurs maladies, elles en soulagent un grand 
nombre, elles sont impuissantes contre certaines afTections. Le succè.s 
dépend du médecin qui les conseille et les emploie, de son savoir, de son 
tact, de sa pénétration à bien siiisir les indications : hors de là, tout est 
incertitude. » Réflexion pleine de sens et de vérité, qu’il serait si né- 
rps.saire de mettre en pratique dans une foule de cas. Plus loin, M. Rc- 
veillc-Parise s’élève contre cette manière banale de se prononcer sur les 
propriétés médicales d'une eau minérale quelconque, elles sont bannes 
dans tel ou tel cas de maladie. Rien de plus vague et de plus insuflisant. 
« En voici un exemple, dit-il, et pris au hasard : cette eau est bonne 
contre les rhumatismes, sans contredit; mais il faut savoir si ce rhuma¬ 
tisme est à l’état aigu ou chronique, et à quel degi’é, surtout quand il 
affecte une articulation; s’il est profond ou superficiel; s’il a son siège 
flans les muscles, dans les parties aponévrotiques, dans le sy.stème ner¬ 
veux, etc.; s’il est fixe ou erratique ; s’il s’agit d’une métastase rhuma¬ 
tismale sur un viscère ; si son siège habituel est dans un organe impor¬ 
tant; s’il est une affection unique, franche, ou compliquée de goutte, de 
principe vénérien. Ce n’est pas tout, il faut encore examiner si le malade 
est jeune ou brisé par l’âge ; si sa constitution est forte ou déliile, lym¬ 
phatique ou sanguine; s’il a subi divers traitements et quels traitements; 
s’il est à sa première, seconde ou troisième saison des eaux ; s’il n’habite 
pas un lieu malsain ; si sa profession ne l’expose pas aux vicissitudes 
atmosphériques; si lui-même sait se défendre des inclémences de la 
températm-e ; s’il aura la prudence de continuer pour ainsi dire l’action 
des eaux par un régime, des précautions convenables. Voyez combien 
de conditions doivent être ici connues, pesées, examinées ; car sans ces 
conditions, relatives à une eau minérale, comment peut-on en détermi¬ 
ner l’emploi, en régler le mode d’administration, en préciser les effets, 
en calculer les résultats? et pourtant la santé est l’ar qu’il faut dégager 
de la solution d’un problème aussi comphqué. » ( Pag. 229. ) Assuré¬ 
ment, il est difficile de le poser dans des termes plus fonncls et plus ex¬ 
plicites que ne le faitM. Reveillé-Parise. 

En résumé, ce livre, de peu d’étendue, est plein de faits et de choses ; 



( 67 ) 


pensé avec savoir et réflexion, écrit avec élégance, on le lit avec d’au¬ 
tant plus d’empressement qu’on trouve à la fois le plaisir et l’instruction. 


Statistique médicale de Vhôpital militaire du Gros-Caillou, 
adressée au conseil médical des armées; suivie de recherches 
théoriques et pratiques sur les fièvres intermittentes et rémit¬ 
tentes, simples et pernicieuses, et sur les maladies typhoïdes, 
par M. le baron Michel. 1 vol. in-8°. 

M. le baron Michel expose dans cet ouvi’age le résultat des diverses 
médications qu’il a successivement appbquées au traitement des maladies 
nomlireuses qu’il a eu occasion d’observ'er pendant un certain laps de 
temps, dans un des hôpitaux militaires les plus importants de la France. 
C’est une chose bien remarquable, que c’est surtout sur les médecins mi¬ 
litaires que Broussais a fait peser le despotisme de son système ; alom 
déjà que dans la pratique civile on voyait se prononcer une réaction 
manifeste contre la doctrine physiologique, les médecins mUitaires ne 
comprenaient même pas que la pensée du maître pût être contrôlée ; et 
sans doute plus d’une fois le nom de pék... a été lâché contre les pre¬ 
miers organes de cette réaction. H est juste de dire cependant que M. le 
baron ûlichel, qui, grâce à immérité réel, est arrivé successivement aux 
postes les plus élevés de la médecine militaire, a toujours été compté 
dans le petit nombre des médecins de l’ai-mée qui ne se sont point ac¬ 
croupis sous la coupole du Val-de-Grâce. Le livre qu’il vient de publier 
peut être bardiment cité à l’appui de ce que nous venons de dire. La 
pratique de ce médecin est celle d’un homme sage, qui conçoit l’impor¬ 
tance des théories dans les sciences, mais qui se réserve le di-oit de con¬ 
trôle quand il s’agit de l’appUcation. L’ouvrage de M. Michel, par cela 
.seul qu’il est un simple résumé d’observateur, n’est guère susceptible 
d’être analysé; toutefois l’auteur quitte de temps en temps le rôle de 
simple statisticien, pour toucher aux questions de doctrine. C’est ainsi 
que dans son livre il traite longuement de la fièvre typhoïde, et émet sur 
la nattu'e de cette maladie les idées les plus saines ; il eût pu à cet égard 
se dispenser de se justifier si souvent de n’accepter point ici l’idée théo¬ 
rique du Val-de-Grâce : qui est-ce, par le monde, qui croit aujourd’hui 
que la fièvre typhoïde est une gastro-entérite ? M. C. B... peut-être ; mais 
cela est sans conséquence; c’est de la piété filiale, c’est bien, mais ce 
n’est pas de la science. L’indication thérapeutique essentielle, suivant 
M. Michel, dans le traitement des maladies typhoïdes, c’est de rétabbr 
les fonctions de la peau, qui est en connexion physiologique évidente 
avec la muqueuse gasti'o-intestinale, et en même temps de calmer l’irri- 



( 58 ) 

t^tion ne»'vciise, qui, suivant l’auteur, joue uu gi’and rôle dans la pa^ 
thogénésie de cçs affectipns, par des sédatifs appropriés ; dans ce double 
but, il met eu usage l’acétate d’ammoniaque et le laudanum à doses assez 
élevées. L’ancien médecin en chef du Gros-Caillou cite de nombreux 
succès en faveur de cette méthode ; mais ici, comme toutes les fois qu’il 
est question du traitement de la lièvre typhoïde, le diagnostic a-t-il’ été 
rigoureux? De quelque manière qu’il faille résoiub-e cette question, cette 
diflicultén'ôte point à l’ouvrage de M. Michel les qualités préçieiwes qui 
le recommandent à l’attention publitpic, les importants résultats théra¬ 
peutiques qu’il signale. 


BDIXETIN DES HOPITAUX. 

Érysipèle épidémique. — Il n’est presque pas d’année où, sous l’in¬ 
fluence; de pertnines conditions atniosphériques, il qe se déyeloppe, aq 
début du printemps et de l’été, dans plusieurs hôpitaux en mégie temps, 
de.s érysipèles qui sç montrent à la fois dans les sçrviçes de médecine et 
dans les salles de chirurgie ; ceUe deinière circonstance indique la cause 
générale, la cause véritablement épidémiqqe de ralîectipn, et signale 
une différence essentielle entre ces érysipjües et l’érysipèle ordinaire, 
l’érysipèle traumatique des chh’urgiens. Il faqt dpnc prendre en grande 
considération, pour le ti aitement, ces épidémies ; car l’affection durm-- 
gicale est ici pqmpliquéc d’un état général qu’il faut ayant tout combattre. 
Ces érysipèles, pomme pn le sait, sont presque toujours sous la dépen¬ 
dance d’une turgescence bilieuse; leur inyasion e.st, chez tous les mala¬ 
des, précédée de frissotis, de céphalalgie sus-orbitaii-c, de nausées, d’en¬ 
vies de vomir et même de. vomissements. Adnunistvpz d®* yomitift et des 
purgatifs, et la cause générale qui agissait sm’ l’organisme, et dont l’é¬ 
rysipèle n’était que le retentissement, sera enrayée dans sa marche ; puis 
combattez par les antiphlogistiques, s’il y a lieu, l’état local. Voilà la 
règle qu’il est utile de recommander au^ chirurgieiis dans ces cas. Dne 
épidémie de la nature de celle dont nous venons deparley a régné, dans 
les mois de mai et de juin, à la Pitié et à rilôtel-pieu, daqs les scryiçes 
chh'm'gicaux de MM. LLsfranc, floux et Blandin, et nous avpps eu l’oc¬ 
casion de voir à l’application le^ résultats des idées médicales que nops 
venoiis d’émettre. Les deux premiers chirurgiens ont opposé à l’érysipèle 
épidémique qui se développait autour des plaies de leurs malades, les, 
évacuants émétiques. Les accidents ont été bien plus sutpinent, bien 
plus promptement enlevés chez eux que dans le service de M. Blandin, 
t[ui s’est presque toujqws borné au traitement antiphlogistiqtte, à l’ap- 



( â9 ) 

plicatiQQ des sapgsucs ^ la racjne des membm affectés an début de la 
îpaladic, pt à la saignée générale lorsque le siège de l’affection ne 
peppettait pas d’appliquer des sangsues. 

Sur un accident qui peut suivre la ponction dans l’hydrocèle. 
—Il n’est pas de petite opération chirurgicale qui ne puisse être sume 
d’accidents plqs ou moins graves, cpie rhahüeté ni la prudence du ]ira- 
tiçipp pe peuvent empêcher. Il faut connaître ces fâcheuses éventualités 
pour en prévenu-les malades. Un homme, d’une trentaine d’amiées, 
entre, il y a quelques semaines, à l’hôpital de la Pitié, et est couché au 
n” Q de la salle Saint-Antoine, service deM. Lisfranc; en outre d’iuic 
affection plus sérieuse, il portait depuis quelques mois une hydrocèle 
assez volumineuse, transparente, dont il désirait être débarrassé. La 
réaction qui devait suivre l’opération définitive présentant pour le 
moment quelques inconvénients, M. Lisfranc se borna à ime ponction 
simple palliative pour diminuer le volume de la ttuneur qui gênait le 
malade. Contrairement à toutes les prévisions, il est sinvenu une inflam¬ 
mation très-rûve, tout comme s’il avait été fait une injection. Cela lit 
espérer que, quoiqu’il n’y eût pas eu d’injection, cette inflammation ser- 
■rirait à la cure radicale de l’hydrocèle, tput comme si elle avait été 
faite ; et l’on fit des pansements avec des compresses imbibées dans la 
décoction vineuse de roses de Provins. Mais pas du tout, les choses ne se 
sont pas passées ainsi : au bout d’un mois do douleurs, le volume de la 
Uimeur était le ^nême que le premier jom-. Le point où la ponction 
avait éfé faite était d’pn rouge ÜTide, la picatrice menaçait de se rom¬ 
pre; le mqla^e avait des fiissonSj de Iq fièsTe, et les symptômes d’un 
emltgrras gastro-intcstipal. Qutre çes symptômes généraux d’une sup- 
piu-ation iptprne, il estait une fluctuation évidente. Force a été à 
M. Lisfranc d’opérer ce malade par incision : il est sorti du pus en 
abondance, et de fausses membranes ; on a ti-ouvé la tunique vaginale 
ayant presque un pouce d’épaisseur; elle a été énucléée et réséquée près 
du testiç\üe e;! dq cordqq. Quelques fausses membranes épaisses, qui 
étçqeqt qdltpentes à la pai-ûe postérieure, sont tombées plus tard en 
gangrène et s,ç sont détachées, et le malade a été rapidement en voie de 
guérisoq. A dateç du joqr de l’opération, la fièvre a cessé chez ce sujet, 
et l’appétit est revenu. 

Bons effets de l’association du mercure à l’iodure de potas¬ 
sium daps un cas de cancer ulcéré fort grave. —Il est important 
d’enregistrer toutes les tentatives éclairées faites par les notalnlités 
de la sçiepce dans le but de Uouvçr un irgitentent efBçaçg contre 



( 60 ) 

une de ces désolantes maladies réputées incimables. C’est à ce titre que 
se recommande l’observation suivante. Il n’est pas question de proposer 
un remède contre le cancer, mais seulement d’indiquer le traitement 
combiné qui, dans une affection grave de cette nature, a apporté au mal 
une modification des plus puissantes et des plus heureuses. Un homme 
de cinquante-cinq ans a été reçu, il y a quatre mois environ, dans le 
.service de chirurgie de M. Ricord, à l’hôpital du Midi. Cet homme 
porlait une affection cancéreuse ulcérée, occupant toute la partie laté¬ 
rale gauche de la face. La région maxillaire, jusqu’au conduit auditif, 
présentait des pertes profondes de substance allant jusqu’aux os, avec, 
des bourgeons de mauvaise nature ; la lèvre infériciu-e et la commissure 
étaient détruites dans une grande étendue. La maladie avait débuté il y 
a trois ans, et depuis, tout avait échoué pour en M’rêter la marche. Tl n’y 
avait pas à songer à une opération et à une réparation ; la perte de sub¬ 
stance était trop considérable, et la peau en trop mauvais état. En dés- 
e.spoir de cause, M. Ricord a songé à combiner ensemble, chez ce sujet, 
l’action du mercure et celle de l’iodurc de potassium. A cet effet, il a ad¬ 
ministré, à dose croissante, le proto-iodurc de mercure et l’iodure de po¬ 
tassium ; le premier, sous forme de pilules, uni à l’extrait de ciguë, à la 
dose de 5 centigrammes à 15 ou 20 centigrammes dans les vingt-quatre 
heures; le second, en solution, à celle de 1 gramme à4 grammes par 
jour. Au bout de quinze joure seulement de ce traitement combiné, une 
amélioration inespérée s’est manifestée dans l’état des parties. Mais un 
ordre de phénomènes fort singtdiers, et que nous signalons aux prati¬ 
ciens, a forcé M. Ricord d’interrompre pour quelque temps l’iodure de 
potassium. Ces accidents, qui n’avaient pas jusqu’ici été notés dans 
l’emploi de ce remède, sont une éruption, sur différentes parties du corps 
et particulièrement à la face et sur le cuir chevelu , de rupia, à larges 
bulles brunes, comme renfermant une matière sangm'nolentc. Les croû¬ 
tes qui ont suivi cette éruption étaient noirâtres et recouvraient des ul¬ 
cérations assez profondes. C’e.st bien à l’administration de l’iodure de. 
potassiiun que l’on peut rapporter ce développement du rupia, cai- ce 
médicament ayant été cessé, tout en continuant l’usage du proto-iodurc 
de mercure, l’éruption s’est éteinte d’ellc-meme ; et quinze jours après, 
M. Ricord ayant cru pouvoir reprendre l’iodurc de potassium, au 
bout de quelques jours de son emploi la meme éruption de rupia s’est 
développée, mais encore plus confluente à la face et sur le cuir che¬ 
velu ; elle s’est encore effacée d’elle-raerae par la cessation de l’iodure. 
(let effet du médicament dépend-il de la disposition individuelle du 
malade, ou est-il susceptible de se reproduire chez d’autres sujets par 
suite de l’iodure de potassium longtemps continué ? C’est à l’observation 



( 61 ) 

ultérieme à résoudi-e cette question. Quoi qu’il en soit, les surlaces can¬ 
céreuses ulcérées ont subi une modification des plus puissantes du traite¬ 
ment que nous venons de détailler : les parties dures, gonflées, se sont 
assouplies, et ont perdu de leiu- volume ; les chairs se sont dégorgées, 
ont pris un meilleur aspect; la cicatrisation a marché graduellement sous 
l’influence de ces seuls remèdes internes, et aujourd’hui l’étendue des 
ulcérations est réduite des quatre cinquièmes. Il est possilile que la même 
médication fasse marcher la guérison plus avant ; mais même dans l’étal 
des choses, c’est un magnifique résultat à signaler. Il ne peut y avoir que 
de l’avantage à essayer, dans des cas pareils, le traitement mis en usage 
dans cette circonstance parM. Ricord. 

Fièvre typhoïde épidémique. —Paris présente en ce moment à ob¬ 
server une épidémie véritable de fièvres typhoïdes. Dans tous les hôpitaux 
on en voit un très-grand nombre offi'ant tous les degrés d’intensité, toutes 
les formes, toutes les nuances , toutes les compheations, et sm' lesquelles 
aussi, il faut le dire, on peut observer toute la désespérante incertitude 
de notre art en face de cette redoutable maladie. Nous avons visité la 
plupart des hôpitaux de Pai'is, et quoique l’épidémie ne dure pas depui.> 
assez longtemps pour qu’il soit possible de constater avec précision les 
résultats des divers services, on peut cependant être fi’appé de ce fait gé¬ 
néral, c’est que partout, et quel le que soit la médication employée, les cas 
légers (et ce sont heureusement les plus nombreux) guérissent, et que la 
plupart des cas très-graves sont partout, et sous l’influence des traitements 
les plus opposés, suivis d’ime terminaison funeste. Telle est l’impression 
qui reste à celui qui voit les choses sans prévention et qui se gai-antit des 
illusions propres à ceux qui préconisent une médication s’adaptant à tous 
les cas. 

A l’hôpital de la Charité, service de M. Fouquier, nous avons vu les 
cas les plus graves. La plupart des malades ont présenté des symptômes 
cérébraux de la plus grande intensité, et sur ceux qui ont succombé, l’au¬ 
topsie a révélé, outre les désordres eiitéro-mésentériques, des altéra¬ 
tions considérables du cerveau , etsm’tout de ses membranes. M. Fou¬ 
quier emploie généralement les émissions sanguines à dose modérée. 

Dans le service de M. Rayer, ainsi que sur quelques malades de 
l’Hôtel-Dieu, on a constaté de larges éruptions lenticulaires d’un rouge 
livide, occupant les membres, et rappelant par lem- aspect les érup¬ 
tions propres aux épidémies de typhus. Les malades présentant cette 
éruption étaient tous très-gravement atteints. M. Rayer n’a pas de mé¬ 
thode générale de ti-aitcment ; il varie sa médication selon les cas et les 
indications : nous l’avons vu prescrire tantôt l’eau de Sedlitz, tantôt les 



{ 65 )■ 

tonitjups, tantôt leè àai^ées, ét le plus soüvent se bornél- à uhë médica¬ 
tion expectante. 

Dans le serrice de M. Andràl c’est l’expéctàtion qui dominé, et ndiis 
ii’aTOns pas tu que la mortalité ÿsbit plus grande qu’aillctirs. 

Pour M. Griireilhier la maladie Cst toujours iine entérite folliculeusë. 
Les cas légem cependant sont ti-aités, dans son service, par de simples 
boissons délayantes ; dans les cas graves on emploie les saignées à baiitc 
dose. 


Emploi des arsenicaux dans quelques ulcérations syphilitiques 
invétérées. — L’on se souvient qii’il y a quelques mbis (tome XXIl, 
page 66) nous parlions de ces ulcérations syphilitujues serpigineuses 
pbagédcniqucs très-anciennes, dont; par qublqbe moÿén ijOë Cé 611, on 
avait pendant un an, deux ans, trois ans, sollicité inntiiemfent la cica¬ 
trisation ; et nous indiquions dans tes cas, comme im des moyens à 
employer utilement, l’adiiniiistration du mercure à dose rapidemetit 
croissante. Eh bien; il est des cas rebellés encore â cette méthode, et 
pour lesquels il a fallu chercher lip modiücaleur plus puissant et d’une 
autre nature. Ce modificateur, que M. Ricord a essayé avec Iruit chez 
quelques malades de cette classe , a été la solution arsenicale de Fowlér. 
Un malade, nommé Lébreton, âge de trente ans, coüché aun” 2 de la 
salle 5, dont noos avons rapporté l’histoire, avait obtenu une amélio¬ 
ration des plus notables par le mercure à haute dose. Ë y a eu retour- de 
la maladie, et, malgré la continuation du même traitement, le mal n’a 
plus rétrogradé. C’est alors que M. Ricord a administré à ce sujet la li¬ 
queur de Fowler à la dose de cinq gouttes d’abord par jour, puis aug¬ 
mentée, après chaque quatre jours d’usage, de trois à quatre gouttes. Au 
bout de quinze jours de cette nouvelle médication, les ulcérations larges, 
profondes ; qui existaient à la racine de la verge, slir le bas dü venh-e, 
et à la cuisse, avaient subi Une modification, et déjà quelques points 
étaient en pleine cicatrisation. On a porté, chez Ce malade, par doses 
graduées, la solution arsenicale jusqu’à vingt et vingt-quatre gouttes ; 
mais on a été obligé aussitôt d’en diminuer la quantité, et même dé la 
suspendre deux oü trois fois à cause des accidents qui se manifestaient, 
et (pt’il est bon de noter. Ce malade avait un pincement à l’estomac, 
une tendance continueRe nu vomissement, mais pas de vomissement. Les 
principaux phénomènes étaient du côté de la tête et du cœur ; il était 
dans un état permanent d’éblouissements et d’étourdissements, et Une 
activité très-curieuse se montrait dans les mouvements du cœur, dont les 
pulsations étaient si rapides qu’on ne pouvait les comparer qu’à im rou¬ 
lement. Tous ces S3rmptômes disparaissaient par Une semaine de repos, 



puis la liqueur de Fowler était reprise à la dose de huit à dix gouttes. 
11 est aujourd’hui à vingt gouttes , et les supporte encore très-bien. Les 
cinq sixièmes des iilcérations sont complètement cicatrisées, et le reste n’a 
plus le caractère serpigineux. Les tissus se sont relevés, et tout lait es¬ 
pérer que cette fois la période de réparation se maintiendra Iranche, et 
que la cicatrisation est prochaine. Du reste, nous verrons. 


Èmpioi de la pommade àunitraté d’argent dans Vêrÿsipèle ,— 
Depuis qitelqties mois, M. Johert emploie coinine moyen topique dans 
l’érÿsipèle, la pommade au nitrate d’argent, qu’il a le premier préconi¬ 
sée dàris le tràlteineiit des tumeurs blanches ; il A recbiinü à cés applica¬ 
tions caustiques la propriété de diminuer la tension douloureuse, insiip- 
portablé, deS parties frappées d’érysipèle, et surtout de liinifer là inarche 
de cette affection. Trois malades, couchés en ce moment dans SeS salles 
à l’hôpital Saint-Louis, ont retiré des avantages de cette médication. Au 
11” 5 dé la salle Saint-Aügüstin, une blanchissciisé, âgée de seize ans, qiii 
venait d’etre opérée d’un strabisme, a été prise d’un érysipèle au bras 
droit; la peau était gonflée et très-douloineùse. Une seule application de 
la pommade a promptement modifié la surface malade, et les douleurs 
ont disparu. Au n” 71 de la même salle, se trouve une feirime dé 
soixante ans, chez laquelle des ulcératioits aux doigts ont provoqué d’a¬ 
bord dès ti-alnées rougeâtres à La peau, puis un véiitablc érysipèle, qui 
de l’avant-bras a gagné le bras, et tendait à s’étendre ait troiic ; il y 
avait chez èette malade des symptômes généraux, de la fièvre, de l’in- 
sOmUie; les dotdeurs étaient violentes et continuelles. Une onctioii sur les 
parties affectées, avec la pommade au nitrate d’argent, a calmé les 
dbtdëürs, etl’élysipèlé s’est borné. Il en a été de mémechezüii homme 
de soixante-cinq ans, qui présentait un érysipèle traumatique gravé avec 
déliré, qui occupait le front, le cou, les oreilles, et ime partie du cuir 
chevelu ; l’érysipèle a été borné encore dans ce cas. La pommade que 
M. Johert emploie à cet effet est celle qu’il a désignée par le n** 2 ; elle 
ttt ainsi composée : 


Axohge. 30 grammes. 

Nitrate d’ârgeht .... 8 gtàmttles. 



( 64 ) 


REPERTOIRE MEDICAL. 


ABCÈS DD CERVEAU consécutif 
dune plaie de tête. Trépanation. 
Mort. L’observation suivante mé¬ 
rite au plus haut degré l'attention 
de nos lecteurs. En même temps 
qu’elle éclaire le diagnostic d’une 
lésion de l’encéphale, encore enve¬ 
loppée d'une grande obscurité, elle 
peut servir d’indication à l’emploi du 
trépan, question importante de mé¬ 
decine opératoire, qui, malgré de 
vives et nombreuses controverses, 
est loin d’être définitivement jugée. 

Une femme de trente-cinq ans 
entreà l’Hôtel-DieuleSoctobre 1811, 
dans le service de M. Blandin ; elle a 
reçu des coups de bouteille sur la 
tête, et iiorteà la région fronto-parié- 
tale droite une plaie contuse, avec 
dénudation des os. Après deux mois 
d’un traitement très-énergique (sai¬ 
gnées, glace sur la tête, séton à la nu¬ 
que, etc.), la plaie fut complètement 
cicatrisée; c)uelques esquilles avaient 
été successivement extraites. A par¬ 
tir de cette époque, la malade accusa, 
dans la région même de la plaie, une 
douleur presque continuelle, et tel¬ 
lement vive, qu’elle ne pouvait se 
livrer au sommeil, et poussait des 
cris plaintifs surtout quand ou vou¬ 
lait remuer sa tête. Les autres symp¬ 
tômes étaient : altération des traits, 
langue rouge, vomissements conti¬ 
nuels; pouls i^tit, à 60, contractilité 
et motilité égales des deux côtés; 
contractilité égale des pupilles, sen¬ 
sibilité normale. 

Les sangsues, les dérivatifs, échouè¬ 
rent contre cet état. M. Blandin, 
croyant à une névralgie sous-orbi¬ 
taire, lit usage de l’hydrochlorate de 
morphine par la méthode endermi- 
que: succès nul. 

Attribuant alors les symptômes 
morbides à l’Irritation des méninges 
par une esquille plus ou moins poin¬ 
tue, le 28 janvier, le chirurgien pra¬ 
tiqua la trépanation sur le point de la 
région fron laie où la douleur était plus 
vive. On ne trouva aucune esquille; 
la dure-mère était saine; M. Blandin, 
par le toucher, crut reconnaître la sen¬ 
sation d’une fluctuation profonde. Il 


attendit jusqu’au l" février que l’ab¬ 
cès fit plus de saillie; ce jour-là, la 
dure-mère est au niveau des os du 
crâne, et couverte de bourgeons char¬ 
nus en suppuration. M. Blandin lit 
une ponction oblique avec la pointe 
d’un bistouri étroit, pour reconnaître 
s’il y avait abcès : aucun liquide ne 
sortit par cette ponction. Pendant 
quelques jours la malade fut mieux. 

Le 10 février, un érysipèle du cuir 
chevelu se déclare, il envahit succes¬ 
sivement, et quoi qu’on fasse, les 

Le 12 février, délire violent pen¬ 
dant la nuit ; c’est la première fois 
que l’intelligence se trouble : cris 
furieux, pouls à 112, altération pro¬ 
fonde des traits. 

Les jours suivants la faiblesse 
augmente, la malade ne se plaint 
plus; quand on lui demande où elle 
souffre, elle montre le côté droit de 
la tête. Le 18 février, la malade suc¬ 
combe; elle avait conservé sa con¬ 
naissance jusqu’au dernier moment. 

L’autopsie découvrit un alxtèsdans 
le lobe antérieur du cefveau; il s’é¬ 
tend de la voûteàla hase, et ne laisse 
en haut et en bas que quelques mil- 
limèlies de substance cérébrale. 
L’abcèsa au moins levolumed'unœuf 
de dinde. {Archives de médecine.) 

—Sans insister sur l’intérêt de ce 
fait, au point de vue pathologique et 
physiologique, il a un côté pratique 
qui nous montre qu’après l’opération 
du trépan, qui d'ailleurs est sans 
gravité pour le malade, et n’ajoute 
rien au danger de la maladie, c’est 
se flatter d’un espoirchimérique que 
d’attendre que le pus surmonte la 
résistance que lui oppose la dure- 
mère. De plus, il nous fait regretter 
que le coup de bistouri de M. Blan¬ 
din n’ait pas été plus hardi; assuré¬ 
ment il serait tombé dans le foyer 
purulent, et peut-être aurions-nous à 
ajouter un nouvel exemple de guéri¬ 
son au faits! remarquable qui est signa¬ 
lé dans la clinique de Dupiiytren. Car 
si l’audace est permise en chirurgie, 
c’est sans contredit en présence d’une 
maladie infaillihlement mortelle. 



( 65 ) 


ASTBMB IMTERMITTENÏ guéri 
par le sulfate de quinine. M. le 
docleur Max Simon a recueilli, dans 
un temps où ii existait un assez 
grand nombre de lièvres intermitten¬ 
tes, quelques observations qui mon¬ 
trent la réalité d’une variété d’asthme 
à laquelle, au milieu de nos préoc¬ 
cupations anatomiques, on n’avait 
guère fait attention; nous voulons 
])arlerde l’asthme franchemenl inter¬ 
mittent. Nous rapporterons seule¬ 
ment la première de ces observations, 
les autres étant identiques. M. l'abbé 
P..., d’une constitution nerveuse, 
après quelques jours d’anorexie, de 
malaise, de faible.sse, se sentit pris, 
pendant i’étéde 1811, d’une oppres¬ 
sion d’abord légère, qui augmenta 
pro^essiventent. Vers une heure du 
matin, il est réveillé tout à coup par 
une oppression alarmante, il est forcé 
de se jeter en bas de son lit et de se 
tenir assis sur un fauteuil. Cette suf¬ 
focation dure trois heures environ, 
puis santé parfaite. Les nuits sui¬ 
vantes, retour des mêmes accidents 
exactement à la même heure, seule¬ 
ment avec des degrés divers d’inten¬ 
sité. Le malade eut ainsi quinze ou 
vingt accès do suffocation, sans qu’il 
opposilt à ces accidents rien autre 
chose que le datera strainmonium 
en fumée et quelques hains de pieds 
sinapisés. Considérant d’une part la 
régularité des accès de sulfocation, 
de, l’autre les circonstances endémi¬ 
ques au milieu desquelles celle-ci 
était survenue, M. Simon conseilla 
le stilfate de quinine à des do.ses 
assez élevées. La nuit du jour où 
M. l’abbé P... lit usa|;c pour la pre¬ 
mière fois de ce médicament, l’accès 
fut plus court et moins intense. Le 
lendemain l’accès manqua presque 
complètement. Pendant huit jours 
eucore, le malade fut soumis à l’ac¬ 
tion du sel de quinquina, et aucun 
accident ne vint iiliis troubler le re¬ 
pos de la nuit.—Quand le quinquina 
agit d’une manière aussi marquée 
siir les accidents auxquels on l’op¬ 
pose, on peut rigoureusement con¬ 
clure que ces accidents étaient sous la 
dépendance du génie périodique, et 
(|ue ce mode de vitalité morbide, si 
l’on peut ainsi parler, est ce qui les 
(Uiractérise essentiellement. { J. des 
Conn. méd.-chir., juin 1812.) 

BI.ÉPBABOFI.ASTIEpar un nou¬ 
veau procédé. L’extirpation d’un 
cancer à la joue droite, comprenant 
le canal do Sténon, ayant été suivie 
TOMK xxtii. a' t.tv. 


d’un double eclropion, et la rétrac¬ 
tion de la cicatrice ayant entraîné 
les paupières en dehors et opéré leur 
renversement, M. Bérard, pour re¬ 
médier à la difformité, a mis en 
usage le procédé suivant : une inci¬ 
sion verticale, longue de trois à 
quatre centimètres, a été pratiquée 
à un centimètre de l’angle externe 
des paupières: la lèvre interne de la 
plaie a été détachée de l’os de la 
pommette sur lequel elle adhérait, et 
l’angle externe des paupières, devenu 
libre, a été peu à peu reporté en 
dedans, de manière à faire cesser 
toute traction des paupières en de¬ 
hors. Pour prévenir la reproduction 
de l’ectropion, M. Bérard a pris un 
lambeau de peau sur la région tem¬ 
porale et l’a cnchüssé dans la plaie 
verticale pratiquée en dehors des 
paupières. L’opération a réussi, et 
l’ectropion a disparu à peu près 
complètement. [Annales de chirur¬ 
gie, juin.) 

CANCER DE L'ESTOMAC. Voici 
un exemple d’une lésion organique 
très-avancée de l’estomac, qui aexisté 
longtemps sans se traduire par aucun 
symptôme, et qui néanmoins a dé¬ 
terminé la rupture des parois de l’es¬ 
tomac et la mort. Un soldat mineur, 
igé de quarantc-cinii ans, ayant un 
embonpoint convenable et "dont la 
face était vermeille, entre .à l’hôpital 
Saint-Éloy de Montpellier plutôt pour 
s’y reposer que pour y être traité 
comme malade, lorsque tout à coup 
il est pris, le 1''' avril 18t2, d’une pé¬ 
ritonite qui l’emporte en deux jours. 
A l’ouverture on trouve un liquide 
lactescent et de fausses membranes 
dans le péritoine; à la face antérieure 
de l’estomac, près du pylore, on con¬ 
state une petite perforation; à l’inté¬ 
rieur de l’estomac, près de la valvule 
pyloriqiie, se voit un champignon 
carcinomateux de matière encépha- 
loide, du volume d’un oeuf; une tu¬ 
meur de même nature, du volume 
d’une noix, occupe le pylore et hoii- 
che en partie le passage dans le duo¬ 
dénum. Ce cancer n’était pas ulcéré. 
— Ainsi chez ce sujet, malgré ces lé¬ 
sions, point de trouble des digestions, 
point de vomissements, point de 
couleur cachectique de la.face. ( Gaz. 
méd. de Montpell., 11 juin 1812.) 

CATALEPSIE et somnambulisme 
avec tranposition des sens. Voici 
des faits antiphysiologiques des plus 
extraordinaires. Il s agit d’une de- 
S 



( 66 ) 

molseHe de Caen, observée par M. le sonnette sur les parties sensibles, ou 
dôcteur Düvdrd, qui pendant des atta- si l’on parlait en posant les lèvres sur 
qües de catalepsie et de somnanabu- une do ces parties, elle entendait 
lisme naturel lui a présenté les phé- loiitcequ’on lui disait, même quand 
nomènes de la transnosilion des sens on parlait assez bas pour que les 
de l’ouïe, du goût, de l’odorat et du paroles ne pussent arriver jusqu’à 
tact au creux de l’estomac, à la pau- ses oreilles, et elle répondait à tou¬ 
rne des mains et à la plante des pieds, tes les questions. Le contact immé- 
C’cst sous toutes réserves que nous diat des lèvres n’étaitpas nécessaire! 
présentons tes principales circonstan- M. Duvard dit avoir souvent fait 
ces de la longueetpresque incroyable usage avec le même succès d’un 
observation recueillie par notre con- long bâton, d’une verge de fer, pla- 
frère. —M"o Mélanie, jeune personne cés comme conducteurs du son entre 
très-pieuse de Caen, âgée de vingt et sa bouche et la plante du pied de la 
un ans, qui n’avait jamais entendu malade, qui l’entendait très-bien 
parler ni de catalepsie, ni de som- quoiqu’il parlât tellement bas que 
nambulisme. fut prise d’une pleuré- les personnes placées entre la tête 
sie dans je ' mois de janvier 1811. de la malade et lui ne l’entendaient 
Cette pleurésie passa à l’état chroni- pas. Le goOt et l’odorat étaient nuis 
que, el nécessita l’emploi d’un séton quand on cherchait à stimuler leurs 
à la base de la poitrine à droite ; six organes. L’on pouvait remplir les 
jours après l’application de ce séton, narines de tabac, d’assa fcctida, pla- 
cette demoiselle est prise d’attaques cer sous le nez de l’ammoniaque 
violentes d’hystérie, qui au bout de concentrée, du vinaigre radical, sans 
six jours SC compiiquent de cala- qu’elle fit aucun mouvement. Mais 
lepsic. Cinq semaines après, à la ca- si l’on plaçait quelques grains de tabac 
talepsie s'ajoute le somnambulisme sur la jilanle du pieu ou dans la 
naturel; c'est sur les phénomènes main, a l’instant elle éternuait; elle 
particuliers et extrêmement remar- toussait quand on présentait le gou- 
qunbles de ce nouvel état que nous lot d’un flacon d’ammoniaque à la 
arrêterons seulement notre attention, plante du pied, co qui n’arrivait pas 
Ces phénomènes se reproduisaient en versant du même li(|uide sur la 
tous les jours. M. le docteur Duvard jambe et en l’y laissant jusqu’à la 

a fait pendant deux mois de suite vésication. Cette jeune personne re- 

de continuelles expériences, en s’en- connaissait les corps de saveur dilfé- 
tourant de toutes les précautions, et rente par la seule apposition dans la 
en présence d’un grand nombre de paume delà main; M. Duvard ne l’a 
témoins, et il atteste avoir mille fois jamais vue se tromper, et il a fait 
constaté chez cette jeune personne ses expériences avec le sirop dia- 
ta transposition positive de quatre code, les sirops de vinaigre, de goin- 
sens, ceux du tact, de l’ouïe, de l'o- me, de capillaire, avec du vin, do 
dorât, du goftt, au creux de i’esto- l’eau, de l’eau sucrée, de l’eau de 
mac, à la paume des mains, et à la fleurs d’oranger, une potionéthérée, 

plante des pieds. Il avait cru d’abord de la gelée de groseilles; une ou 

au transport de la vision, mais il deux gouttes seulement de chaque 
s’est couvaincH que ce qu’il avait liquide snflisaient pour que la ma- 

considéré comme t’eCfet de la vision lade eût le sentiment positif de la 

dans ces points, n'était que le résul- saveur. Du reste il n’y avait pas de 

Lit d’une sensibilité tactile excessi- transposition du sens de la vue, 

vement développée. Chez Siuo Mé- comme nous l’avons dit, il n’y avait 

lanie, toutes les parties du corps, non plus ni clairvoyance, ni seconde 

excepté celles que nous avons signa- vue. Toutes les fois que M. Duvard 

lécs , étaient d’une insensibilité lui a demandé si elle voyait le siège 

complète ; on pouvait la pincer, ar- de son mal, et ce qu'il'fallait faire 

lacher les cheveux, enfoncer des pour la guérir, elle a coiistaroment 

épingles, titiller le nez, les lèvres, rmondu que non, et que c’était son 

les oreilles, décharger une bouteille affaire et non la sienne, 

de Leyde; rien! mais si l’on touchait Nous avons rapporté ces faits 
seulement avec les barbes d’une merveilleux; nous sommes loin de 

plume l’épigastre, les pieds ou les prétendre qu'ils n’ont point été sé- 

mains, elle indiquait une sensation véremeut observés par M. Duvard; 

pénible. Le sens de l’ouïe, quelque mais nous avons vu tant de faits de 

bruit qu’on fit à côté de 1 oreille, slmulationquenousengageronstou- 

paraissait nul; mais si l’on agitait une jours à la plus grande méiianee en 



R {du), nouvel agent thé¬ 
rapeutique. Un médecin anglais, 
M. Conway, a apnelé decenom cette 
partie dure, lourde, bleuàire, métal¬ 
lique, qu’on voit dans te résidu de la 
bouille qui a résiste à la combustion 
dans la forge des serruriers ou des 
forgerons. Ce médecin attribue à 
cette substance une propriété toni¬ 
que et stimulantei il l'a employée, 
dit-il, avec succès dans les allections 
chlorotiques, dans les maladies ca¬ 
chectiques. Voici la manière dont le 
médicament est préparé : les parties 
les plus bleues, les plus pesantes du 
clinkor sont réduites en poudi'c très^ 
fille, ceqni n’est pas aisé; on môle 
line certaine quantité de celte poudre 
atiec de la tberiaque, de manière à 
former une paie ferme, et l’on incor¬ 
pore 15 grammes de magnésieet au¬ 
tant de gingembre en poudre, à 250 
grammes de la paie; on peut rempla¬ 
cer la thériaque par du miel, et ajou¬ 
ter 2 grammesde peroxyde de fer. On 
donne au malade, matin et soir, pen¬ 
dant trois jours uuc cuillerée à thé de 
cette espèce d’opiat. puis on le laisse 
reposer Iroisjourseti’onrecommence, 
et ainsi de suite. Sans ce repos le re¬ 
mède amènerait une trop grande ir¬ 
ritation. Ses premiers effets sont de 
déterminer de la chaleur, de la pe¬ 
santeur à l’estomac, de la soif, de la 
sécheresse à la bouche, de la cépha¬ 
lalgie; mais bientôt il y a plus d’ap- 
péiit ot de force, la peau se colore. 
D’après les expériences faites, le gin¬ 
gembre est nécessaire; sans celte 
substance, l’élecluaire détermine de 
violentes coliques. — Nous avons dû 
mentionner ce nouvel agent théra- 
])cutiquc, quoique la valeur qu'on lui 
prèle soit pour nous très-douteuse. 
( Provincial med. and siirÿical 
Journal.) 


COMMOTION CÉRÉBRALE (na¬ 
ture des lésions anatomiques de la). 
Une dos malheureuses victimes, du 
désastre du 8 mai a succombé .à l'Hô- 
tcl-Dieu, dans les salles de M. Blan- 
<lin, le 18 mai suivant, des .suites 
d’une commotion cérébrale, compli¬ 
quée de phénomènes nerveux graves 
survenus à la suite de plusieurs frac¬ 
tures et de larges brûlures qu’il pré¬ 
sentait. Ce sujet fut, dès le moment 
de son entrée, plongé dans un col- 
lapsus continu, suivi, dans les der¬ 
niers jours', d'un délire tranquille, 
qui dura jusqu’à la mort. Comme on 


a assez rarement l’oedasioti de foire 
des autopsies immédiatement âprèé 
la commotion, car ie' plus souvent 
les malades survivent quelque temps 
à cet accident morbide, ou môme n’y 
succombent pas, on est géuéralemerit 
peu fixé sur la nature des lésions que 
celte commotion peut produire dans 
les centres nerveux. Le fait que nous 
résumons a donc une assez grande 
importance. A l’ouverture du crâne, 
qui n’était point fracturé, on a trouvé 
les méninges très-injectées et pré¬ 
sentant un commencement d'inflam¬ 
mation. En pratiquant des coupes 
horizontales à la masse cérébrale qui 
avait sa consistance normale, on a 
remarqué une foule de points d’ütt 
rouge noirâlfe, formés par de petits 
épanchements sanguins, autour de»^ 
quels la substance cérébrale avait une 
teinte jaunâtre. On observait ici ab¬ 
solument les mômes caractères que 
l’on trouve dans les ecchymoses de 
la surface cutanée, à la suite d'une 
contusion un peu forte; ces nuances 
variaient du violet au jaune verdâtre. 
Ces petits épanchements ont été évi¬ 
demment produits au moment oii ce 
malheureux a été lancé, soit hors de 
la voilure, soit contre le ciel do la 
voiture môme ou contre les voya¬ 
geurs placés en face de lui. M. Blan¬ 
din est convaincu que les lésions 
observées chez ce sujet ont lieu or¬ 
dinairement dans tous les cas de 
commotion cérébrale: seulement ces 
épanchements sanguins, résultat dé 
la rupture des petits vaisseaux, sont 
quelquefois plus petits et en moindre 
quantité. Traités à temps par les 
moyens convenables, ces épanche¬ 
ments, quand ils sont peu considéra¬ 
bles, peuvent très-bien être résorbé», 
et les malades guérir, si l'on prévient 
le développement de l’inflammation. 
Il n’y a pas de différence essentielle 
entre la commotion et la contusion 
cérébrale, ainsi que les traités dog¬ 
matiques de chirutgie l’enseignent; 
ce ne sont que deux degrés différents 
d’un même état pathologique; la 
commotion n'est, pour ainsi dire, que 
le premier degre de la contusion, et 
elle peut, à ce titre, en entraîner fa¬ 
cilement les conséquences funestes. 
Chez ce malade, qui est un très-bel 
exemple de commotion cérébrale à 
un haut degré, on aurait très-proba¬ 
blement VH survenir de nombreux 
abcès disséminés çà et là daqs toute 
la masse cérébrale, si la vie du ma¬ 
lade eût encore continué quelque 
temps. (Gaz. des hdp., juin 18*2.) 



{< 

COMFRESSIOH ASCOMINAU: 

(de la) comme traitement de quel- 
guet symptômes en apparence 
tris-graves. Le rôle que jouent les 
muscles des parois abdominales est 
important; ils servent non-seulement 
à la défécation, mais encore, par la 
pression qu’ils exercent sur les in¬ 
testins, ils diminuent l'expansion des 
gaz contenus dans le canal alimen¬ 
taire. Le gaz acide carbonique, qui 
est sécrété en grande quantité dans 
l’estomac et dans les intestins, est 
dissous en grande partie dans les li¬ 
quides du tube digestif; mais si la 
compression des parois abilominales 
vient à cesser, le {çaz cesse d’Ctre 
dissous et se dégage immédiatement. 
C’est à cette cause qu’on doit rap¬ 
porter le développement tympauique 
nui suit quelquefois presque immé¬ 
diatement un accouchement, ou la 
paracentlièse dans un cas d’hydropi- 
sie ascite; il y a plus, outre le mé¬ 
téorisme, la flaccidité des paroisabdo- 
minales est la source de douleurs 
très-aiguës dans le ventre, augmen¬ 
tant par la pression, de malaise, 
d’anorexie; les digestions deviennent 
d’abord difficiles, puis impossibles; il 
Y a une conslipalion opiniâtre. Une 
femme de riiôpilalNecker, accouchée 
depuis six semaines, se trouvait dans 
ce cas. L’extrôme vivacité des dou¬ 
leurs aurait pu faire croire à une 
péritonite si la fièvre avait été plus 
vive. M. Trousseau fit appliquer un 
bandage de corps bien exactement 
serré et embrassant tout le ventre; 
oour aplatir mieux le ventre sans 
agir sur le thorax ni sur le bassin, 
il fit placer entre la paroi dn ventre 
et le corset, une grande masse de 

3 rosses. La guérison suivit ira- 
atement, les coliques cessèrent, 
ainsi que les douleurs d’estomac; la 
digestion, la défécation devinrent fa¬ 
ciles; l’appétit se prononça; an bout 
de deux jours, il ne restait plus rien 
de fout cet appareil de symptômes 
en apparence si graves. {Gaz. des 
Mp., juin.) 

COTON CARBÉ pour protéger la 
cornée contre les caustiques portés 
sur les paupières. Lorsque dans nue 
opbthalmie purulente on est obligé de 
cautériser fortement les paupières, 
l’on s’efforce de protéger la cornée 
transparente contre l’action consécu¬ 
tive dn caustique. Pour cela on abs- 
terge les parties avec un pinceau 
huilé. H. le docteur Mathias Mayor, 
fie Lausanne, propose, comme ga¬ 


rantissant mieux la cornée, le coton 
cardé. Dès qu’il a passé et repassé 
le nitrate d’argent, le sulfate de cui¬ 
vre, etc., sur la conjonctive de ia 
paupière supérieure retournée, il fait 
placer sur les endroits cautérisés un 
mince tampon de beau coton cardé, 
qui est poussé et maintenu avec la 
tête d’une épingle, pendant qu’il 
abaisse la paupière. Ce coton est 
ainsi interposé entre l’agent causti¬ 
que qu’on vient d’appliquer et la 
cornée qu’on veut protéger. {J. des 
Conn. méd.-cAir., juin.) 

c'trsTiCERQDE celluleux dans la 
conjonctive. Six mois après un coup 
sur l’œil droit, une petite fille de sept 
ans présenta à l’angle externe de 
l’œil droit une tumeur grosse comme 
la moitié d’unenoisetle. Cette tumeur 
indolore, rouge, était placée entre 
la conjonctive et la sclérotique. Une 
pommade au nitrate d’aigent fut 
prescrite dans le but d’en détermi- 
ncrla résolution. Un point de suppu¬ 
ration SC manifesta quelques jours 
après l'emploi de celte pommade. On 
incisa alors la surface de celte tu¬ 
meur, et on découvrit une vésicule 
ronde et du volume d’un pois. Cette 
vésicule, examinée au microscope 
après son extraction, permit de re¬ 
connaître un cysticerque celluleux, 
dont on découvrit aisément les qua¬ 
tre suçoirs et la double couronne 
crochue. ( If^urtemb. correspon- 
dentz blatt. ) 

DOULEURS [Calorique en émis¬ 
sion, appliqué au traitement des). 
Voici un moyen singulier mais fort 
simple, et (lui, atout prendre, n’est 
qu’un diminutif du moxa. Ce moyen 
a été appliuiié par M. le docteur Gon- 
dret aux différentes douleurs nais¬ 
santes ou chroniques; il consiste dans 
l’application sur ia partie souffrante 
d’une allumette soufrée en ignition. 
Presque toujours ce moyen, suivant 
M. Gondret, dissipe assez prompte¬ 
ment la douleur rhumatismale, gout¬ 
teuse ou d’une autre espèce; il com¬ 
pare les effets de cette petite flamme 
a ceux (ju’on obtient de l’électricité 
par la pile de Volta. L’allumette ap¬ 
pliquée instantanément sur ia peau 
produit une douleur assez vive qui 
s’évanouit aussi rapidement qu’elle a 
été produite; il en résulte une petite 
brûlure rougeâtre, qui ne laisse pas 
de trace au bout de quelques jours. 
Chez quelques sujets, il survient une 
peiite ampoule qui disparaît égale- 



ment eu peu de temps. [Bull, de 
l'jîc, des sciences.) 

DTSSENTERlS ÉFIDÊMIQTtE. 

M. le docteur Mondière a tracé le ta¬ 
bleau d’une épidémie de dyssenterio 
qui a régné à Loudun pendant les 
mois de septembre, octobre et no¬ 
vembre 18il. S’il est une vérité dé¬ 
montrée par l’expérience, c’est que le 
traitement d’une maladie épidémique 
quelconque doit varier selon le gé¬ 
nie épidémique qui a présidé à son 
développement. Au début, il y a donc 
pour le médecin une étude à faire 
relativement aux moyens thérapeuti¬ 
ques qui conviennent le mieux dans 
l’affection qui se présenté actuelle¬ 
ment à lui. M. Mondière a suivi ce sage 
principe. Aussi, dès le commence¬ 
ment de l’épidémie, s’étant convaincu 
que les sangsues .à l’anus ne dimi¬ 
nuaient en rien ni la violence des 
coliques, ni le ténesme, ni la sensibi¬ 
lité abdominale, ni les déjections 
sanguinolentes, et que ces émissions 
sanguines amenaient une prostration 
extrême et rapide des forces, il y 
renonça entièrement ; il renonça éga¬ 
lement à l’emploi de l’eau albumi¬ 
neuse dont il avait retiré de si grands 
avantages dans un grand nombre de 
cas de dyssenteries sporadiques et 
scmi-épidémic|ncs, car dans l’épidé¬ 
mie présente elle n’avait plus aucun 
bon effet. Les moyens de traitement 
lesplus efficaces dans celte dyssente- 
rie, qui a présenté les symptômes les 
plus graves et a frappé un grand 
nombre de personnes, ont été les 
bains, les opiacés, les astringents et 
toniques. Les bains ou partiels ou 
entiers ont été répétés dans quelques 
cas jusqu’à trois rois par jour, et tou¬ 
jours avec la plus grande utilité; des 
malades qui depuis trois jours et trois 
nuits n’avaient pas goûté un seul 
instant de repos, ont pu dormir dans 
la baignoire; lescoliquessecalmaicnl, 
les selles devenaient moins frétiuen- 
tes, les ténesmes moins forts, la sé¬ 
cheresse de la peau diminuait. Mais 
de tous les agents thérapeutiques, 
aucun ne s’est montré aussi avanta- 
lageux que les préparations opiacées; 
elles ont été pour ainsi dire la base 
du traitement. A i’exlérieur, ti-ois 
fois par jour, ving-cinq à trente 
gouttes de laudanum de sydenbam 
étaient répandues sur les cataplasmes 
•lui recouvraient constamment le ven¬ 
tre. Quinze à vingt gouttes de lau¬ 
danum entraient dans les demi- 
lavements qui étaient administrés 


aux malades trois, ou même quatre 
fois par jour. Eiétin, une potion ainsi 
composée était administrée en en¬ 
tier par cuillerées, dans les vingt- 
quatre heures : 

Eau gommeuse édulcorée.... 12s gram. 
Erlrailgommeux d’opium... lo contig. 

L’aclionde l’opium étailadmirable- 
ment appropriée à lanalure du génie 
épidémique de cette dyssenicrie ; il 
a constamment procuré du calme aux 
malades, diminué la vivacité des té¬ 
nesmes et i’intensilé des doüieurs. 
Après les bains et les opiacés, la mé¬ 
dication qui s’est montrée la jilus 
utile a été la médication aslrmgenle 
et tonique. On a eu recours au ra- 
tanhia et au quinquina. Le ralanbia 
a été donné en tisane à la dose de 15 
grammes eu décoction dans. 500 
grammes d’eau; il est entré avec le 
quinquina dans la potion suivante: 


Extrait de quinquina. 6 — 

Extrait de ralanliia. 6 — 

Sirop de gomme. So — 

La décoction de ratanbia a été ad¬ 
ministrée aussi en lavement avec ad¬ 
dition de vingt gouttes de laudanum. 
Cette dernière médication modifiait 
avantageusement les selles et en di¬ 
minuait promptement le nombre, 
résultat que n’obtenaient ni les bains 
niles opiacés, qui, eux, étaient dirigés 
principalement contre l’élément ner¬ 
veux de celle épidémie. Supprimer 
les évacuations et remonter les forces, 
a dû être un des points capitaux de 
la thérapeutique de cette affection, 
qui dès son début même se caracté¬ 
risait par une prostration des plus 
grandes. Dans cette épidémie de 
Loudun, non-seulement les émissions 
sanguines ont été très-pernicieuses, 
mais même la diète s’y est montrée 
nuisible. Malgré la vivacité des symp¬ 
tômes abdominaux, la moitié des 
sujets n’ont pas eu de fièvre; ceux-ci 
ont pu continuer leurs travaux et so 
nourrir comme à l’ordinaire; chez 
les dyssentériques qui avaient la liè¬ 
vre, de violentes coliques, et jusqu’à 
vingt ou Ireute évacuations sangui¬ 
nolentes par jour, etc., M. Mondière 
s’est encore très-bien trouvé de per¬ 
mettre des potages gras et maigres, 
de ban bouillon, et au bout de quei- 
(|ucs jours, quand la lièvre avait un 
peu cédé, il ordonnait les mufs, les 
viandes blanches, l’eau de riz coupée 
avecmoiiiéde vin rouge.Chez aucun 
malade il n’a vu par ce régime la fiè¬ 
vre ni les coliques augmenter, ni les 



,( 70 J 


selles deveuirpiusfrëqaeutes;Gomme 
U le dit, cela ponrraitn’étreplus ainsi 
dans une autre constitution médicale; 
mais toujours est-il que celte ligne de 
conduite a été excellente cette fois. 
(Tîetiue niéit; avril 1842.) 

STSPSFSIES {De la mastication 
et du choix des aliments dans les). 
jll. le docteur Lagasquie a fait quel¬ 
ques remarques fort simples, et qui 
néanmoins ont une certaine impor¬ 
tance : c’est qu’un asseï grand nom¬ 
bre de dyspepsies ou de gastralgies 
sont causées ou entretenues par la 
mauvaise habitude qu’ont les sujets 
d'avaler le bol alimentaire sans le 
triturer suffisamment; de lit le pré¬ 
cepte qu’il établit, de recommander 
une masiicalion suffisante et attentive 
des aliments, et de ne pas manger 
avec précipitation. Quelque difficile 
que soit la digestion chez les gas¬ 
tralgiques, la diète est le pis-aller. 
Il faut les nourrir, mais la difficulté 
est dans le choix des aliments. Pour 
cela il faut consulter l'hygiène du 
malade, ses souvenirs, son expé¬ 
rience personnelle, ses goûts, qu’il 
y a toujours désavantage à choquer; 
car il digère beaucoup mieux les 
aliments qu'il mange avec plaisir. 
Les aliments qui nourrissent sous le 
plus petit volume, doivent être pré¬ 
férés; quant il la dose alimentaire, 
ellepeut être subordonnéeà l’appétit, 
mais il faut mettre la plus grande 
régularité dans les heures des repas, 
et en faire plutôt quatre c|ue deux. 
Un fait que M. Lagasquie a observé 
et qu’il signale, c’estqu’une des cau¬ 
ses les plus ordinaires de ia lenteur 
et du malaise des digestions des 
t^stralgiques, se trouve dans la quan¬ 
tité de pain qu'ils mangent. Il leur 
recommande d’en user très-sobre¬ 
ment et de ne pas le manger tendre. 
Les gastralgies asthéniques sont les 
plus communes. Un régime éminem¬ 
ment avantageux est l’usage progres¬ 
sif de beaucoup de viande, principa¬ 
lement rôtieou bouillie, et deboissons 
toniques telles qu’un peu de vin de 
Bordeaux, enfin de substituer gra¬ 
duellement l’habitude anglaise à l'u- 
.sage fi'ancais; même dans ces cas il 
faut recommander de longs exercices 
journaliers au grand air; ils dissipent 
le superflu de la nutrition et déve¬ 
loppent le besoin très-réel de se sus¬ 
tenter. Tous ces conseils sont sans 
préjudice du traitement pharmaceu¬ 
tique qu’il est bon dans quelques cas 
d’ajouter. (Hev.méd.. mai 1842.) 


EPILEPSIS (Jileu de Prusse con¬ 
tre V). M. le docteur Jansion a pu¬ 
blié quelques détails sur l’usage du 
bleu de Prusse contre i’épilepsie; il 
prétend que l’emploi de ce médieSH 
ment fait cesser les accès. A cet ef¬ 
fet, l’hydrocyanate de fer est admi¬ 
nistré à la dose de 15 milligrammes 
(un peu plus d'un tiers de grain), 
le matin et le soir, en augmentant 
progi-essivemeni de 10 milligrammes 
(un cinquième de grain) tous les trois 
jours, jusqu’à ce qu’on soit arrivé à 
10 centigrammes (deux grains) deux 
fois par jour. 

Pendant tout le temps que dure 
l’administration de cet agent, le ma¬ 
lade fuit usage à l’intérieur d’une in¬ 
fusion de valériane. 

Ce traitement, que l’on doit conti¬ 
nuer jusqu’à ce que les attaques épi¬ 
leptiques aient complètement cédé, 
doit ensuite être repris tons les trois 
mois, pendant cinq à six ans, pour 
prévenir les rechutes. {Journ. de 
chim. méd; juillet 18t2.) 

— Bien qu’il ne soit que trop mal¬ 
heureusement vrai que l’épilepsie 
constitue une de ces tristes aueclions 
contre lesquelles viennent s’émous¬ 
ser tour à tour les armes diverses qui 
composent notre arsenal thérapeuti¬ 
que, faut-il pour cela n’avoir recours 
qu’à des agents médicaux d’une ac¬ 
tion à peu près nulle pour la com¬ 
battre? Non, sans doute! Pourquoi, 
donc en pareille occurrence, s’adres¬ 
ser à des substances aussi peu actives 
que l’indigo ou le bleu de Prusse 
par exemple? Qui est-ce qui a pu 
guider le praticien dans le choix de 
ces deux substances? Est-ce par ana¬ 
logie de couleur qu’on les a préco¬ 
nisées tour à tour? On serait vérita¬ 
blement tenté de le croire. 

Le temps a déjà fait justice des 
prétendues vertus anti-épileptiques 
do l’indigo, et tout me porte à pen¬ 
ser qu’il en sera de même du bleu 
de Prusse. Voici du reste le résultat 
de quelques recherches analytiques 
tentees dans le but d’apprécier l’ac¬ 
tion thérapeutique de ce composé 
chimique. Selon moi, le bleu de 
Prusse commercial, c’est-à-dire ce¬ 
lui qui renferme une proportion mar¬ 
quée d’oxyde de fer, doit avoir sur 
l'économie une action analogue à 
celle de tous les sels de fer en gé¬ 
néral; quant au bleu de Prusse pur, 
qui est celui auquel on donne la 
préférence en médecine, je crois ses 
propriétés médicales douteu^, et 
mes expériences de laboratoire nie 



{ 71 ) 


donnent au moins le droit d’engager 
les praticiens à véritier avec soin 
par l’observation clinique l’assertion 
thérapeutique du docteur Jansion. 
Ce composé ne jouit cerlainement 
pas de propriétés aussi énergiques 
gue ce praticien le pense, si Pon en 
juge du moins par les t'aibies doses 
auxquelles il l’administre. 

Mialhe. 

FIÊVBE NERVEDSE [L'épidémie 
de Strasbourg et d'Avignon, signa¬ 
lée comme une méningite, doit être 
considérée comme une). Une épidé¬ 
mie brusque dans ses attaques et 
foudroyante dans sa marche a sévi 
sur plusieurs points de la France et 
y a fait de nombreuses victimes. 
Deux médecins distingués ont publié 
presque en même temps dans la Ga¬ 
zette médicale {osrW et mai 185-2) et 
dans la Revue médicale (mai 1852), 
la relation de la maladie telle qu’ils 
l’ont observée, l’un,»!, le profes¬ 
seur Forget, à Strasbourg, l’autre, 
M. Cliaull'ard, à Avignon. Tous deux 
sont partis des lésions anatomiques 
trouvées à l’autopsie pour dénom¬ 
mer la maladie, qui pour le premier 
est une méningite eneéphalo-rachi- 
dienne, et pour le second une céré- 
bro-spinite. Il est facile, dureblc,de 
se convaincre par la lecture des deux 
mémoires, que ces deux épidémies 
ont été une seule et même maladie. 
M. Cayol, apres avoir étudié les 
symptômes, la marche du l’attéction, 
et surtout l’action des agents théra¬ 
peutiques employés, veut établir que 
l’épidémie n’a point été considérée 
sous son véritable point de vue mé¬ 
dical. Il ressort un trop grand en¬ 
seignement de la discussion soulevée 
par M. Cayol, pour que nous n’arrê¬ 
tions pas un instant l'attention de 
nos lecteurs sur ce sujet. Traçons à 
grands traits la marche de cette épi¬ 
démie, telle que la montre M. Cliaiil- 
fard. Les malades sont frappés subi¬ 
tement et presque sans prodromes ; 
les principaux symptômes semblent 
se rapporter à une lésion du cerveau 
et do la moelle épinière; ce sont une 
céphalalgie violente, une rachialgie 
vive, continue, l’opistolonos,le typhus, 
le coma, un délire furieux ou une 
rêvasserie tranquille, la stupeur, la 
fixité du regard, la dilatation des 
pupilles, la contraction dunluurcuse 
des muscles de la face, le vomisse¬ 
ment, la petitesse, la lenteur, l’irré¬ 
gularité du pouls. Pour comlialire 
ces accidents formidables on emploie 


les traitements les plus énergiques} 
les saignées générales et focales, réi¬ 
térées et torgemenl faites, les appli¬ 
cations froides sur la tête, les pur¬ 
gatifs répétés, les révulsifs cutanés à 
la nuque, au rachis, partout, tels que 
vésicatoires, moxas; le camphre, le 
musc,les frictions mercurielles, etc... 
Mais, ô terreur! celte affection est 
fatale pour tous les malades, en dépit 
de toute méthode; ils meurent fou¬ 
droyés, quelques-uns en moins de 
quarante-huit heures, le plus grand 
nombre avant la fin du premier sep¬ 
ténaire. Trente malades d’une pre¬ 
mière série sont traités parM. Chauf¬ 
fard par ces métliodes présumées 
rationnelles au point de vue de l’a- 
natomisme : vingt-neuf sont morts, 
un seul malade a échappé. On le 
co'hçoit, notre honorable confrère 
était désespéré de l’impuissance de 
son art, il réclamait partout des lu¬ 
mières. Enfin il trouve un modifica¬ 
teur assez puissant pour arrêter ces 
sidérations de l'arbre cérébro-spinal. 
Et quel est cet énergique médica¬ 
ment? Celui gui, théoriquemeut, au 
point de vue de l’école anatomique, 
(levait être le plus contraire, un 
agent proscrit par les idées classiques 
de cette (æole, dans les phlegmasics, 
et principalement dans celles de l'en¬ 
céphale : cet agent souverain, c’est 
l’opium. A peine M. Cliaiiffard a-t-il 
eu employé l'opium, qu’il a dû dé¬ 
plorer .ses fausses idées do localisa¬ 
tion de la maladie. Il s’attendait à 
voir la somnolence augmenter, l’en¬ 
gorgement cérébral s’aggraver : au 
contraire, ils diminuent sensible¬ 
ment. Il renonce dès lors à d’inuti¬ 
les saignées; l’opium est rapidement 
porté à 30, 40, 50, 75 centigrammes 
et davantage dans les vingt-quatre 
heures; il le prescrit dans tous les 
cas, dès le premier jour, quels <iue 
soient les symptômes et le tempéra- 
.inent; aussitôt la mortalité fléchit, et 
les cures se font plus nombreuses à 
mesure qu’il devient plus hardi. Tout 
l'choiiait sans l’opium, avec lui tout 

Est-il rien de saisissant comme ce 
simple exposé? Est-il possible de 
miiConnaUre que c’est à l’opium 
qu’est dû le changement inespéré 
qui s’est opéré dans la maladie, sur¬ 
tout quand M. Forget, à Strasbourg, 
lui a reconnu une ^ale eflicacité, et 
que tout en avouant que les effets de 
l’opium dans culte affection dérou¬ 
tent ses idées classiques, il regrette 
que l’inspiration de son emploi ne 



( 72 ) 


lui soit venue qu'à la Un de l’épidé¬ 
mie, car il aurait sauvé un plus 
grand nombre de malades? 

MM. Forget et Chauffard n'ont en 
pour point de mire dans leur traite¬ 
ment que la lésion cérébro-spinale, 
qne tant d’autopsies leur présentaient. 
Pour M. Cayol, et nous sommes tout 
à fait de son avis, ces lésions n’é¬ 
taient point la maladie essentielle, et 
le résultat l’a prouvé; celle-ci était 
une lièvre nerveuse dont les all'ec- 
tions du cerveau et de la moelle épi¬ 
nière ont été la conséquence. L’em¬ 
ploi de l’opium, cette médication hé¬ 
roïque dans les cas semblables, n’est 
pasunedécouvertc, c’était l’indication 
qu’ils avaient à remplir si leur prati¬ 
que n’avait pas été circonscrite dans 
les théories étroites de l’anatomisine. 
Le diagnostic médical ou thérapeuti¬ 
que n’est pas le diagnostic anatomi¬ 
que. Celui-ci peut bien nousapprendre 
la lésion locale, mais ne nous dit pas 
dans nue fièvre, dans une épidémie, 
quel est le génie pathologique qui 
domine la pneumonie, la pleurésie , 
lu méningite, etc.; en bonne méde¬ 
cine, il ne nous apprend pas s’il faut 
saigner, purger, donner du quin- 
<|uma, do l’opium, ou combiner en¬ 
semble plusieurs de ces médications. 
Ces lumières nous sont fournies par 
le diagnostic médical qui, par des 
considérations plus élevées, tirées du 
tempérament, des causes, des mala¬ 
dies aiitérieurc-s et surtout de la 
constitution medicale, établit la na¬ 
ture de la maladie, la diathèse à la- 
ipiclle répond tel ou tel modilicateiir 
thérapeutique. M. Cayol cite à l'appui 
de son jugement six observations re¬ 
marquables de lièvres nerveuses gué¬ 
ries par l’opium. Ces lièvres étaient: 
1» avec métro-péritonite; 2° avec 
pleurodynie ; 3” avec choléra-uiorbus ; 
i» avec délire chez un ivrogue; 
5» avec cécité et trismus. Ces six 
maladies étaient tout .à fait différen¬ 
tes sous le rapport du diagnostic ana- 
lomiuue, mais tout à fait analogues 
sous le rapiiort du diagnostic théra- 
l'euliqiie ou médical. L’opium a 
opéré avec la même ellicacilé dans les 
six cas, parce que c’clait la même 
nature de lièvre, et qu’il y avait la 
même indication thérapeutique à 
remi>lir. 


UEMOIIRBAGIE NASALE. iVb»- 
veau moyen hémostatique. Quelque 
singulierque puisse paraître le moyen 
hémostatique suivant, il est de notre 
devoir de le signaler aux praticiens. 


puisqu’il est proposé par un confrère 
bonorabie, M. le docteur Négrier, 
(l’Angers, qui apporte d’ailleurs à son 
appui la meilleure recommandation, 
celle de l’expérience et de faits nom¬ 
breux. Laissons parler l’auteur lui- 
même. « Je place le malade la tête 
haute; avec l’index d’une main je 
comprime la narine d’où coule le 
sang, et pendant ce temps je lui fais 
relever perpendiculairement le bras 
correspondant à la narine; je lui re¬ 
commande de le maintenir ainsi 
pendant deux minutes. » 

M. Négrier a recueilli dix obser¬ 
vations qui lui prouvent l’infaillibi¬ 
lité du moyen hémostatique qu’il 
conseille. 

Quant à l’explication qu’il eu 
doune, elle repose tout entière sur 
les lois dynamiques de la circulation. 

<( En supposant, dit-il, que la for¬ 
ce de l’agent d’impulsiou du sang à 
l’extrémité céphalique |)uisse être 
représentée jiar 6 lorsque les bras 
sont dans leur situation naturelle, 
situation telle que la circulation s’y 
effectue en partie par les lois de la pe¬ 
santeur, cette force d’impulsion di¬ 
minuera nécessairement, le bras 
étant maintenu parallèle au tronc; 
elle diminuera pour la tète do tout 
ce qu’elle dépensera à élever dans 
le membre thoracique, et jusque 
dans les doigts, la colonne sanguine 
mue contre son propre |)oids. 

Ou comprendrait alors comment 
la circiilalion capillaire de la tête 
s’opérerait avec plus de lenteur. 
{Areh. générales de médecine, juin 
18i2.) 


HÊMOBRBAGIES UTÉRINES trai¬ 
tées avec succès par le tannin. Le 
tannin est un médicament sur la va¬ 
leur duquel on est loin d’être d’ac¬ 
cord; c’est par les faits que son elli- 
cacité oeut être définitivement jugée; 
aussi laisserons-nous parler l’obser- 

1. llémorihagie utérine iuterniil- 
tento, durant depuis huit mois chez 
une jeune fille de vingt et un ans. 

Le tannin fut administré pour une 
dernière perte qui durait depuis dix 

Prescription : 

Tannin.T ceiiligram. 

Eilr. gom. (l’opium.5 ceolinr. t 

UoDscrvc du rosus q. s. pour 30 pilules. 

Une pilule par heure. A la septiè¬ 
me, l’hémorrhagies’arrêta; on lescou- 
tbiua de trois heures en trois heures. 



Depuis, la persouue a été parruilc- 
raent réglée. 

11. Perte très-abondante chez une 
femme grosse de trois mois. Vaine- 
mciit combattue par l’eau froide, le 
vinaigre, et le tamponnement, elle 
a>da à l'emploi du tannin. 

Prescription : 

Tannin.2 gram. 

KSlrait d’onium.5 cenligr. 

Conserve de roses q. s. pour 22 pilules. 

Une par heure. La femme s’en¬ 
dormit; à la sixième, trois heures 
après, l’hémorrhagie était presque 
arrêtée. Le lendemain plus de perle. 
Cette femme est actuellement grosse 
de six mois, et sent ti-ès-bien les 
mouvements de son enfant. 

Dans le mémoire de M. Dumare, 
de Montpellier, auquel nous em¬ 
pruntons ces deux faits, il .s’en trouve 
trois autres qui contirment la puis¬ 
sance liémostatique du tannin. 

Dans un cas de perte à six mois de 
grossesse, la femme étant dans un 
tel état d’affaibli.ssemenl qu’un ne 

œ songer à lui faire prendre des 
J on substitua à celles-ci la po¬ 
tion suivante : 

Eau de cerises noires.9S grain. 

de lleurs d’oranger. . . . li> grain, 
do lilleul. 4 » grain. 

sirop”diacode.‘ . .’ .' .' .’ .' .' .’ 48 gramf ' 
On fut obligé de se servir d’im 
entonnoir pour faciliter la déglu li- 
lion. La malade put conduire sa 
grossesse à terme sans hémorrhagie 
nouvelle. ( Journal (le la Soc. de 
méd. de Ulonipellier, juin.) 


HÉHSDITÉ de certains vices de 
conformation. M. le docteur S. Pi¬ 
card a recueilli un exemple fort cu¬ 
rieux de la transmission liercdilaire 
de plusieurs vices de conformation. 
Il s’agit de l’enfant mélo d’un paysan 
du département de Seine-et-Olse, 
nomme Duchatel, né lu 9 mars 1839, 
et qui a apporté en naissant de nom¬ 
breuses anomaliesdeconformation en 
tout semblables à celles de son père. 
Ainsi le père avait un bec de lièvre 
double, l’enfant a un bec de lièvre 
double. Le père a depuis sa naissance 
un ectropion de la pauiiière supé¬ 
rieure des deux yeux ; le Dis a hé- 
rilé de cette difformité. Duchatel 
lière a les doigts annulaire et auri¬ 
culaire soudés à l’une et l’autre 
main, la même disposition s’observe 
chez l’enfant. Duchatel père n’a au 


pied droit que deux orteils, le pre¬ 
mier et lè dernier; le pied droit de 
l’enfant n'a également que le pre¬ 
mier et le dernier orleil. (/. des 
Conn. méd.-chir., juin.) 

KYSTE HYDATIQUE DU FOIE 

ouvert avec le caustique de tienne 
et le trocart. Il faut que les 
pralicîcns apprennent toutes les 
tentatives de l’art. Un peintre en 
batiments, âgé de 25 ans, entra dans 
les premiers jours de janvier 1812 à 
i’hôpital de la Charité, dans le ser¬ 
vice de M.Cruveilhier;il fut constaté 
qu’il portait un kyste hydatique 
énorme, occupant toutrhypoconure 
droit. Ce kyste, six mois auparavani, 
n’avait que le volume d un œuf. 
L’élat du malade était mauvais, les 
forces nulles, il n’y avait pas d’ic¬ 
tère. Le 9 janvier, un applique sur la 
tumeur, au niveau de l’ombilic et 
trois pouces en dehors, de la pâle de 
Vienne, dans une étendue de la 
grandeur d’une iiiècc de 2 francs. 
L’escliarre tombe le 17 sans ouvrir le 
kvsle; le 20 nouvelle application.Le 
26 l’escharre est tombée et la poche 
n’est pas ouverte. On enfonce un 
trocart dans ce point, et l’on donne 
issue à trois litres d’une sérosité lé¬ 
gèrement citrine sans acéphalocystes. 
Pendant un mois et demi, le malade 
fut assez bien et sortit de l’hôpital; 
mais le kyste se remplit do nouveau 
cl les accidents se reproduisent. Ou 
ouvre de nouveau avec le trocart, et il 
en sort un litre de pus et des débris 
d’hydatides. Le pus qui sort sponta- 
néineut ensuite rend uneodeur fétide; 
un dévoiement colliquatif se déve¬ 
loppe, et le sujet meurt dans le ma¬ 
rasme le 4 juin dernier. A l’ouver- 
lurc, on a trouvé la portion droite du 
foie énorme et deux kystes au lieu 
d’un. Celui qui avait été ouvert au¬ 
rait contenu une tête d’adulte, et en 
arrière, l’autre, dont on n’avait pas 
soupçonné l’existence, avait le vo¬ 
lume'd’une tète de fétus. Le premier 
contenait du pus cl des déliris d’hy¬ 
datides; le second était également 
rempli de membranes hydatiques et 
d’une seule hydatide iulacie de la 
grosseur d’uuenoix.(Ga*. des Udp., 
juin 1812). 

UQUEUR D’OPIUM acétique de 
Iloulion. 

Pr.opium pur.. 63gram. 

Acide acétique concentre..... 29 — 
Eau distillée. 263 — 










^Faites digérei'pendantquatre jours 

Chaque quatre gouttes de cette 
teinture représente 5 centigrammes 
(1 grain) d opium. 

M. Buchner père, â qui l’on est re¬ 
devable de la publication de cette 
formule, assure que l’action de ce 
vinaigre est si remarquable, que des 
médecins qui l’ont expérimenté dans 
leur pratique ne peuvent assez le 
louer. 

Il calme et apai.se les mouvements 
spasmodiques et les douleurs; il pro¬ 
cure du sommeil, mais sans occasion¬ 
ner de constipation, comme il arrive 
après l’usage de l’opium pur et des 
autres teintures de cette substance. 

On le préscrit à la dose de deux à 
huit gouttes dans une potion. {Jour, 
de chim. méd.) 

— Nous avons été dernièrement à 
même de préparer la liqueur opiacée 
de Uoultou, et voici les caractères 

S u’elle nous a présentés : c’est une 
queur d’un brun rougeâtre foncé, 
otfranl à un haut dégre tous les ca¬ 
ractères organoleptiques qui sont 
propres à l'opium brut lui-memc. Ces 
caractères nous semblent peu propres 
à donner la raison des effets pres¬ 
que merveilleux qu’on se plaît à 
accorder à cette nouvelle préparation 
thébaïque, à moins que l’on n’ad- 
mclle, contrairement aux idées ac¬ 
tuellement reçues, que l’action médi¬ 
cale de l’opium résulte, non d’un ou du 
plusieurs de ses ))rincipes chimitiues 

g ris isolément, mais bien del’ensem- 
le de leur réunion totale; auquel 
cas la liqueur de Houlton devrait oc¬ 
cuper le premier rang 01111x3 toutes les 
prcnaraUous d’opium, attendu qu’elle 
renfernie très-certuiuement tous les 
principes actifs de cette précieuse 
substance. C’est donc à l’observation 
clinique seule qu’il appartient d’as¬ 
signer â celle nouvelle composition 
pharmaceutique le rang qu’elle doit 
occuper. Mialue. 

LUXATION INCOMPLÈTZ: de 
l'extrémité supérieure du radius en 
avant. Dès l'année 1837, M. Goy- 
raud, d’Aix, publia dans la Gazette 
médicale un travail sur celte forme 
de luxation, qui n’est décrite dans 
aucun traite de chirurgie, et dont 
Boyer contestait la possibilité. Très- 
commune, an dire de M. Goyraud, 
chez les enfants de dix-huit mois à 
trois ans, elle se produit lorsque 
repfant, venant à perdre l’équilibre 
en marcnaiii, on le relient par la 


main; le membre placé en pronation 
supporte ainsi tout le poids du corps. 
Il en résulte une déduction des sur¬ 
faces articulaires que ne saurait pré^ 
venir le ligament latéral externe, 
non plus que les muscles faibles et 
peu développés à cet âge. Cette dé¬ 
duction une fois opérée, l’extrémité 
articulaire du radius est portée eu 
avant par le muscle liiceps, en même 
temps qu’elle est tirée en haut par 
tous les muscles qui du bras vont â 
l’avant-hras et à la main, et est ainsi 
fortement appliquée contre la petite 
tôle de l'humérus. 

Les signes de ce déplacement, ja¬ 
mais bien considérable, puisque la 
forme du coude n’est pas même 
changée, sont une douleur vive avec 
immobilité complète du membre, 
qui n’offre d’ailleurs aucune diffor¬ 
mité appréciable. La main est forte¬ 
ment en pronation, et ne peut être 
ramenée en supination; l’avant-bras, 
au quart de flexion sur le bras, re¬ 
pose sur le ventre, les doigts un peu 
fléchis. Présente-t-on quelque chose 
à l’enfant, il le saisit toujours de 

La réduction est facile : le chirur¬ 
gien ombrasse de la main gauche le 
coude, appuyant le pouce sur la tête 
du radius; de la main droite, il 
étend l’avant-bras par une traction 
(|ui porte plus spécialement sur le 
radius, ramène la main en supina¬ 
tion; puis, repoussaut avec le pouce 
la tète du radius en arrière, il fléchit 
brusquement le coude : au même 
instant un bruit caractéristique est 
déterminé par le rétablissement des 
rapports normaux des surfaces arti¬ 
culaires. 

L’expérience a démontré à M. 
Goyraud l’inutilité de tout appareil 
à la .suite de la réduction. Immédia¬ 
tement après, renfant se sert de sou 
membre sans accuser la moindre 
douleur. .Aussi cette luxation n’a-t- 
elle rien degrave. Lors même qu’elle 
est méconnue, ce qui arrive souvent, 
les surfaces osseuses se rétablissent 
dans leurs rapports naturels dès que 
le spasme musculaire a cessé; auti’u- 
nieut, dit JI. Goyiaud, ou ne pour¬ 
rait expliquer l’absence de toute dif¬ 
formité articulaire consécutive. C’est 
à cette luxation du radius eu avant, 
que le même observateur rapporte 
les phénomènes décrits par SIM. Gar- 
dener. Me London medical Gazette, 
1837, et Rendu, Gaz. médicale, 
mai 18(1, comme étant produits par 
une pronation forcée, dans laquelle 



( 75 ) 


la tubérosité bicipitalé du radius, 
portée en arrière, aurait franchi le 
bord externe du cubitus. M. Goyrand 
s’est assuré sur le cadarre, que chez 
les enfants l’espace inte^-ossellx est 
trop large pour que la tubérosité bi¬ 
cipitale du radius puisse toucher le 
bord correspondant du cubitus, et 
s’opposer ainsi au retour de la main 
en supination. La pronalion d’ailleurs 
n’est pas aussi forte dans ce déplace¬ 
ment qu’elle le serait si cette tubé¬ 
rosité bicipitale était engagée derrière 
le cubitus. Enfin, chez deux enfants 
présentant ce déplacement, M. Goy- 
raud a ramené la main en supina¬ 
tion, sans faire l’extension, et la ré¬ 
duction n’a pas eu lieu, ce qui serait 
infailliblement arrivé s’il ne se fût 
agi que d’un déplacement de la tu¬ 
bérosité bicipitale. [Atmalet de la 
chirurgie, juin.) 

MENSTRUATION [Influence de 
la phthisie sur la). Dans sa Mono¬ 
graphie sur la menstruation, couron¬ 
née par l’Académie de médecine, 
M. Haciborski a confirmé par de 
nouvelles observations le fait, connu 
du reste , mais non suffisamment 
précisé, de l’influenee de la phthisie 
pulmonaire sur la cessation ‘de la 
menstruation. Sur 4i malades pré¬ 
sentant la phthisie à divers degrés, 
il a noté chez 38 l’aménorrhée. De 
l’étude attentive de tous ces malades, 
il résulte en moyenne que dans l'af¬ 
fection tuberculeuse qui suit une 
marche ordinaire, et qui offre dans 
l’espace de quelques mois les signes 
du ramollissement, la suppression 
des règles arrive généralement vers 
le quatrième mois de la maladie, et 
le plus souvent, comme le dit AI. 
Louis, au débutdela lièvre hectique. 
Il y a une grande différence entre 
l’inlliience qu’exercent sur la men- 
striiation la phthisie et les différen¬ 
tes formes de catarrhe chronique. 
La première donne presque constam¬ 
ment lieu à l’aménorrhée ; les affec¬ 
tions purement catarrhales occasion¬ 
nent rarement des suppressions per¬ 
manentes des règles. Ce caractère 
distinctif pourrait par conséquent 
servir de moyen de diagnostic dans 
certains cas où les signes physiques 
ne suffiraient pas pour décider la 
question. Quant à l’influence de la 
menslruatinn sur la phthisie, M. Ra- 
ciborski ne pense pas, quoi qu’on en 
ait dit, et nous sommes de son avis, 
qu’on puisse citer un seul exemple 
bien authentique de phthisie pulmo¬ 


naire jugée par l’évacuation mens¬ 
truelle. [Gax. tnéd. de Paris, juin 
1842). 

PARALYSIE CONVULSIVE. Il est 

une névrose des mouvements sur 
laquelle Parkinson, médecin anglaiSi 
a attiré le premier l’attention eh 
1817, et qu’il a désignée sousle nom 
de paralysie convulsive. Cette affec¬ 
tion n’est pas la chorée, mais elle s’y 
rapporte; elle n’est pasledéliretrem- 
blant, ni le tremblement par intoxi¬ 
cation métallique de plomb, de mer¬ 
cure, etc. : les antécédents des sujets 
peuvent l’établir. Le tremblement 
sénile constitue un des degrés, mais 
peu avancé de cette paralysie. Par¬ 
kinson a placé le siège organique de 
celle maladie dans la partie cervicale 
de la moelle épinière, qu’il a trouvée 
durcie dans un cas ; mais des obser¬ 
vations ultérieures sont nécessaires, 
car celle autopsie est la seule qui 
ait été faite. Un médecin allemand, 
M. Canstalt, a publié dans le Corres- 
pondentz Blalt, trois observations de 
cette rare maladie: chez un soldat 
belge, l’affection consistait dans un 
nioiiveinent convulsif de soulève¬ 
ment et do dépression du tronc, qui 
cessait quand il se couchait ou s’as¬ 
seyait. L’agitation convulsive inté¬ 
ressait surtout la tète et les mains 
chez un chirurgien de 70 ans; dès 
(|it'il cherchait S soulever les mains, 
elles entraient dans des mouvements 
cloniquesinvolontaires cominesi elles 
voulaient frapper ; la démarche était 
vacillante. Enfin, une meunière de 
60 ans, qui avait eu deux apoplexies; 
lie pouvait plus se tenir debout tran- 
qiitllcm marcher en ligne droite, elle 
vacillaild’un côté à l’antre, et parais¬ 
sait boiter des deux jambes. 

Les symiitômes généraux de la 
paralysie convulsive sont les sui¬ 
vants ; ics premiers accidents sont 
un sentiment de faiblesse, tendance 
à trembler soit avec la tète, soit avec 
les bras ou les mains; les malades se 
souviennent rarement du début de 
ces accidents, qui augmentent pro¬ 
gressivement; plus lard, d’autres 
parties s’affectent, le sujet ne peut 
tenir l’équilibre en marchant; à la fin 
le corps entier est agité, toutes ses 
parties sont dans un mouvement 
conlibuel, les malades ne peuvent 
pins rien tenir, ni faire un mouve¬ 
ment assuré, ni écrire, ni manger; 
et ou est obligé de leur mettre les 
aliments dans la bouche. Cetremble- 
ment est quelquefois maîtrisé par. 



( 76 ) 


la voloaté, mais il sâ t'opi'oduil bien tôt; 
les malades ue peuvent marcber 
tran(]uillement, leur démarche se 
transforme en un saulillement inro- 
lonlaire; excepté à son plus haut 
degré, l'agitation cesse pendant le 
sommeil; les muscles masticateurs 
et ceux qui sen-ent à la parole s’af- 
tectent; les malades bégayent et 
inéchent difficilement; la maigreur 
survient, les forces s’épuisent, les 
facultés iulelleciuellcs s’affecicnt, la 
paralysie s’empare des organes de la 
dœlutition, enfin la mort arrive pré¬ 
cédée du délire. Tel est le tableau 
des symptômes généraux de la pa¬ 
ralysie convulsive. Ce qu’il y a à re¬ 
marquer, c’est que la sensibilité n’y 
est pas diminuée et que la paralysie 
se borne à l’action musculaire. Quant 
au traitement, il est nul et sans effet 
chez les personnes âgées ou dans le 
cas d’affections organiques ; chez les 
sujets plus jeunes, les indications 
sont de combattre les congestions 
sanguines cérébrales, puis d’em¬ 
ployer les vésicatoires ou le cautère 
actuel le long de la colonne verté¬ 
brale. Les bains avec l’hydrosulfure 
de potasse, qui ont très-bien réussi 
dans la choree, à l'Hôpital dos En¬ 
fants, entre les mains do M. Baudo- 
locqiie, ont été employés avec succès 
par M. Gaustatt cliez le chirurgien 
dont nous avons mentionné le cas. 
{Gaz. médic. de Strasbourg, juin 
18 f 2 .) 

PHTHISIE PULMONAIRE ( Iii- 
fluencedu tabac sur la). Dieu veuille 
qu’il nous arrive un jour un moyen 
médicamenteux ayant la propriété 
d’agir sur le développement des tu¬ 
bercules pulmonaires! Tous les es¬ 
sais, toutes les prétendues décou¬ 
vertes à cet égard, sont bientôt, on 
le sait, réduites à néant. Voici en¬ 
core un agent prophyl.acli(|ue et cti- 
ratlf qui est annoncé; il en sera pro¬ 
bablement de celui-ci comme des 
autres. Un médecin honorable de 
Strasbourg, M. le docteur Ruef, 
signale les émanations du tabac, ar¬ 
rivant dans les poumons chez les 
ouvriers des manufactures, comme 
ayautune influence salutaire sur la 
phthisie; il recueille des matériaux 
pour établir la vérité de ce fait, dont 
il est convaincu par plus de six ans 
d’observations, et il demande que 
les médecins des divers points de la 
France portent leur attention sur ce 
sujet. M. Ruelf assure que la phthi¬ 
sie est rare parmi les ouvriers qui 


sont emplôyés depuis leur jeunesse 
à la manipulation des tabacs, et que 
cette maladie fait des progrès beau¬ 
coup moins rapides qu’à l état ordi¬ 
naire chez ceux qui apportent dans 
les ateliers un germe déjà déve¬ 
loppé. {Gaz. méd. de Slrasb., juin 
18 t 2 .) 

RÉUNION d’une partie de la 
face complètement séparée, par 
M. Odeph., n. M. à Luxeuil. La 
nommée Mourey, âgée de cinquante 
ans, reçut un coup de corne de va¬ 
che qui pénétra dans la bouche, 
jusque derrière les fosses nasales, et 
arracha d’un coup, en venant ressor¬ 
tir au-dessus de la racine du nez, 
tous le.s os et toutes les parties molles 
qui concourent à la construction du 
nez, des fosses nasales, de la voûte 
palatine, du maxillaire supérieur, 
de la paroi interne des deux orbites. 
Toute cetle masse ne tenait plus que 
par un très-léger lambeau de peau 
de quelques millimètres d’épaisseur 
vers la commissure droite des lèvres; 
il y avait là une ouverture hideuse à 
voir. Notre confrère croyant la ma¬ 
lade perdue, tenta, dit-il, un repl⬠
trage ; il lava celle masse charnue et 
osseuse en respectant le petit lam¬ 
beau, et replaça du mieux qu’il put 
les diverses parties daus leur place 
naturelle, puis il maintint le tout par 
quelques points de suture et plu¬ 
sieurs bandes agglulinalives. Aucun 
accident no s’est manifesté, la cicatri¬ 
sation des parties molles était faite 
le dixième jour; la consolidation des 
parties dures demanda deux mois. 
11 y a deux ans que l’accident est 
arrivé, cette femme n’a pas d’altéra¬ 
tions notables dans la forme de la li¬ 
gure. ( J. des Conn. méd.-cMr ., 
juin. ) 

SEIGLE ERGOTÉ {Sur les prin¬ 
cipes actifs du). Nous trouvons dans 
r.Hi*foire médicale et toxicoloqigue 
du seigle ergoté par M. Bonjean, 
quelques narticiilarités qui contredi¬ 
sent les idées généralement re^iues, 
touchant ce médicament, et qui par 
cela même doivent être enregistrées, 
en prévenant toutefois ciu’elles mô- 
rilent vérilicalion. Ainsi l’ergolà cas¬ 
sure blauche est loulaussi énergique 
que l’ergot à cassure violette; le seigle 
ergoté, vieux, piqué ou vermoulu, 
pulvériséetexposéà l’air depuis long¬ 
temps, neperd rien de ses propriétés 
médicaleset vénéneuses, etilest,selon 
cetauteur, inutile de prendre tant de 



soinspoiirsaconsei'valion.M.Boniean 
a reconnu dans le seigle ergoté deux 
principes actifs distincts, un remède 
et un poison; le premier est un ex¬ 
trait mou, rouge brun, très-soluble 
dans l’eau froide, possédant au plus 
haut degré les précieuses propriétés 
obstétricales et hémostatiques; l’au¬ 
tre est une huile lixe qu’il faut ex¬ 
traire par l’éther froid pour qu’elle 
ait ses propriétés énergiques. Plus 
de cinquante observations recueillies 
par des médecins éclairés de Cham- 
lœry, établissent (quoique le docteur 
Yfrigt ait voulu prouver précisé¬ 
ment le contraire, Journ. de pharm. 
juillet 1841). que dans le seigle ergoté 
l’huile est le poison, et l’extrait 
aqueux le remède. Quelle que soit la 
dose, et il a été pris à celle de 8 gram¬ 
mes dans des métrorrhagies fou¬ 
droyantes, suite d’avortement, ce qui 
représente 36 à .10 grammes de seigle 
ergoté, cet extrait n’a jamais causé, 
suivant M. Bonjean, la moindre ac¬ 
tion nuisible. 

— Nous avons vn l’extrait de seigle 
ergoté à la pharmacie de M. Mialbe, 
place des Italiens. Cet extrait, pré¬ 
paré par digestion dans de l’eau à 80 
degrés, puis évai)oré au moyen de la 
vapeur jusqu’à consistance pilulaire, 
comme tous les extraits devraient 
l’étre, pos.sède très-bien toutes les 
propriétés indiquées par M. Bonjean. 
L’extrait de M. Mialbe est seulement 
plus actif, car il n’a pu obtenir en 
extrait qu’un dixième du poids du 
seigle ergoté, au lieu d’un cinquième 
comme M. Bonjean. Ainsi 6 cen'igr. 
d’extrait de M. Mialbe représentent 
50 centigrammes do seigle ergoté, 
au lieu de 25 centigrammes. 

TUMEUR ÉRECTILE, traitée par 
un procédé nouveau. C’est à la mé¬ 
thode par transformation (pi’appar- 
tient ce procédé tout récemment mis 
en usage par M. Bérard. 

Ce chirurgien, dans le but de pro¬ 
voquer une vive inflammation dans 
la tumeur, et d’obtenir plus sflre- 
ment ainsi l’oblitération des vais¬ 
seaux sanguins qui la constituent, 
propose d’utiliser les trous faits par 
les épingles, en injectant dans plu¬ 
sieurs d’entre eux une liqueur irri¬ 
tante. On enfonce dans la tumeur un 
nombre de grosses épingles propor¬ 
tionné à son volume; au bout de 
cinq à six jours on les retire, et on 
pousse immédiatement dans les tra¬ 
jets qu’elles se sont creusés une in¬ 
jection irritante. Pour cette injection, 


M. Bérard adapte à une seringue cft 
verre un siphon en platine du cali¬ 
bre d’une grosse épingle. On recon¬ 
naît à la sortie du liquide, entre le 
siphon et l’orilice du trajet, que la 
liqueur l’a parcouru dans toute son 
étendue. La liqueur employée par 
l’auteur de ce procédé, est le nitrate 
acide liçiuide de mercure. 

Le résultat de cette injection est 
une inflammation pbiegmoneuse; au 
bout de quelques jours ou voit le pus 
sortir par les trous des épingles, ou 
par des ouvertures sponlanées. 

Il reste presque toujours, dit M. Bé¬ 
rard, des points suspects qui exigent 
une seconde application du moyen. 

L'observation relatée par M. Bé¬ 
rard, à l’appui de ce procédé, nous 
apprend que chez la malade affectée 
.d’une tumeur érectile à la lèvre, 
l’inllammalion fut excessive an point 
de produire la gangrène sur (luel- 
ques points. La malade fut prise, le 
soir même de l’opération, de vomis¬ 
sements opiniâtres. La maladie a 
d’ailleurs récidivé doux mois après. 

Si l’idée de ce procédé est théori¬ 
quement ingénieuse, il faut avouer 
qu’elle est on ne peut plus fautive 
dans son application. Il était facile, 
de prévoir ce qui est arrivé, en te¬ 
nant compte des propriétés toxiques 
du médicament mis en usage. Ne 
sait-on pas (ju’il a quelquefois sufll 
d’une cautcribaliou un peu trop 
étendue à la surface d’un ulcère cu¬ 
tané, faite avec le nitrate acide liqui¬ 
de de mercure, pour donner lieu à 
des symptômes d’empoisonnement? 

fortiori cela devait être en in¬ 
jectant si imprudemment ce liquidq 
dans des tissus bssêntiellement vas¬ 
culaires, et par conséquent on ne peut 
plus favorables à l’absorption. 

Il faudra donc, pour que cette in¬ 
novation soit déllnitivement acceptée 
on pratique, que l’on substitue ati 
sel mercuriel un autre liquide irri¬ 
tant, qui n’en ait pas les graves in¬ 
convénients. (ias. nécl de Pari», 
Juin.) 


TUMEURS FONGUEUSES de» 
deux mamelons, inoculées par 
l'allaitement d'un agneau. L’on 
s’est beaucoup occupé dans ces der¬ 
nières années des affections trans¬ 
missibles des animaux à l’homme. 
Celle étude offre en effet la plus 
grande importance, et fous les faits 
qui peuvent la servir doivent être 
soigneusement enregistrés, 
lise développe quelquefois dans 



(n} 


sur les lèvres, une éruption débou¬ 
tons, une espèce de muguet appelé 
muguet noir des agnecauB; cette 
affection peut subir une dégénéres¬ 
cence fongoïde, et l’on a vu sur les 
lèvres de ces animaux des tumeurs, 
de véritables fongus de la grosseur 
d’une noisette, et même d’un oeuf 
de poule quand l’affection a été 
abandonnée à elle-raème. La femme 
Ségala, ègée du 29 ans, de Saint- 
Guilhem-le-Désert, accoucba le 20 
décembre 1810 de son quatrième 
enfant, qui mourut quelques jours 
après sa naissance. Cette femme ne 
voulant pas faire passer rapidement 
son lait, qui était abondant, confia 
la succion de ses mamelles à un 
agneau qui venait de naître, méthode 
quelquefois en usage dans les mon¬ 
tagnes : au bout de (|uinze jours il 
survieut à chaque mamelon de la 
rougeur, une chaleur cuisante aug¬ 
mentant par la succion. On aurait 
dû cesser ce mode d'allaitement, car 
la bouche de l’agneau était déjà ma¬ 
lade depuis plusieurs jours. A des 
taches d’un rouge plus ou moins 
foncé, à des boutons miliaires vio¬ 
lacés ou d’un blanc sale sur le tissu 
gengival et à la face interne des joues 


ment, des tumeurs pédiculées plus 
grosses qu’un fort pois chiche, d'un 
caractère fongoïde, saignant au 
moindre contact, et s’épanouissant 
sous forme do champignon ; tel était 
l’état de la bouche do l'agneau, lors¬ 
qu’au bout d’un mois on éloigna, 
mais trop tard, ce contact impur des 
mamelons de la femme. Mais le mat 
chez celle-ci était déjà trop considé¬ 
rable; à la rougeur r à la cuisson 
dont nous avons parlé, avaient suc¬ 
cédé des taches, des boutons livides, 
grisâtres, iiui, comme chez l’agneau, 
prirent le caractère fongueux, et se 
pédiculèront à leur hase; eu six ou 
sept jours ils acquirent les uns la 
grosseur d'un pois chiche, d’autres 
celle d’un grain de raisin; ils sai¬ 
gnaient au moindre attouchement. 
Enlln le 21 janvier, moins d’un mois 
àprès le commencement de l’allai¬ 
tement de i’agneau, sept boutons 
fongoïdes existaient au sein gauche; 
envmagés dans leur ensemble, ihs 
avaient la grosseur d’une poire or¬ 
dinaire. Trois tumeurs existaient 
seulement au sein droit ; elles avaient 
commencé huit jours plus lard, aussi 


ensemble n'avaient-elles tout au plus 
que le volume d’une amande. Ga 
n’est que le 9 février ISM que la 
malade futconQée aux soins du doc¬ 
teur Nozeran. A cette époque, la 
tumeur du mamelon gauche offrait 
83 millimètres (3 pouces) de diamè¬ 
tre, et 40 millimètres à son pédicule; 
la tumeur de droite avait le volume 
d’une noix. ÏI. Nozeran a présenté 
cette malade à Montpellier à M. le 
professeur Oubreuil, et aux docteurs 
Quissac et Nespoulous. La femme 
s’étant refusée à l’extirpation par le 
bistouri, il a employé, le 11 février, 
pour l’enlèvement des tumeurs, la 
ligature des pédicules au moyen d’un 
cordonnet de soie, en même temps 
qu'il a détruit la masse des tumeurs 
par l’application répétée et journa¬ 
lière du caustique do Vienne. Le 10 
mars, la cicatrisation était complète, 
.solide, et presque pas apparente, et 
le 12, la malade partait pour son vil¬ 
lage, parfaitement guérie. Elle est 
accouchée, depuis, d^un enfant à ter¬ 
me, qu’elle nourrit elle-même en ce 
moment, sans qu’on remarque aux 
seins aucun symptôme. ( Jour, de la 
Soc. de mid. prat. de Montp.; juin 


URETRITE {Seigle ergoté dans 
oertains cas d’). M. le docteur Des¬ 
ruelles, médecin du Val-de-Grâce, 
signale les avantages qu’il a retirés, 
chez plusieurs malades, de l’admi¬ 
nistration de l’ergot de seigle dans 
certaines urétrites intenses siégeant 
dans les portions prostatiques et mem¬ 
braneuses de l’urètre. Le seigle ergoté 
a calmé lus envies fréquentes d’uri¬ 
ner, les chaleurs du col de la vessie 
et les érections. Voici la formule qu’il 
emploie : 



Faire quarante pilules, dont on don¬ 
nera deux ou quatre toutes les deux 
heures, suivant la dose du seigle 
ergoté. 

En injection dans le vagin et dans 
le canal de l’urètre dans les cas de 
vaginite et d’uretrite erithunoide, 
l’usage de. ce médicament employé 
d'après la formule suivante, a produit 
de bons effets : 



Cotte infusion peut être aussi em¬ 
ployée en bains locaux et en fomen- 






( 79 ) 


tâtions autour du pénis et du gland. 
Elie est utile principalement contre 
lés érections dans les urétrites de la 
portion de l’urètre qui traverse le 

Les observations de M. Desruelles 
sont encore trop peu nombreuses 
pour qu’il puisse établir des règles 
sûres pour l’administration de l’ergot 
de seigle dans les urétrites aiguës. 
Cependant il atteste dès à présent 
que les praticiens pourront l’em¬ 


ployer pour calmer les érections, 
éloigner les envies d’urinevj appaiser 
les ardetirs du col de la vessie, èt 
même pour agir sur les écoulements. 
Il a noté quelques accidents légers 
pendant l’adininistration de ce re¬ 
mède; ce sont le ralentissement du 
pouls, une douleur de tête dans un 
point lixe, des étourdissements lé¬ 
gers, la vue de bluelles, un trouble 
passager de la vision. ( Gaz. êtes hôp., 
juin ms.) 


VARIÉTÉS. 


Candidatures à l’Jcadèmie royale des Sciences. — L’héritage 
académique de notre très-rcgreltahle confrère, M. Douljle, sera, tout 
le fait prévoir, chaudement disputé. Déjà les candidatures se pré¬ 
sentent noniljreuses, très-diverses, et embrassant les parties les plus 
différentes entre elles de ce tout qu’on appelle science médicale. 
Médecins et chirurgiens cultivant cl pratiquant les diverses parties de la 
médecine; médecins et chirurgiens spécialistes, anatomistes, physio¬ 
logistes; d’autres enfin qu’il n’est pas possible de classer dans aucune 
de ces divisions, frappent, à l’heure qu’il est, à la porte de l’Académie 
des sciences, qu’ils espèrent tous voir s’ouvrir devant leur bagage scicn- 
tificpie plus ou moins bien fourni. L’Académie sera, sans doute, fort 
emban-assée, non-seulement pom- faire un choix parmi les personnes, 
mais encore pour déterminer la nature des travaux qu’elle voudra ré¬ 
compenser et s’adjoindre dans le successeur de M. Double. Prenth-a- 
t-clle un homme spécial, c’est-à-dire un homme connu par des travaux 
dirigés vers un seul point de la science, cpii l’auraient conduit à quelque 
decouverte importante? Ou bien donnera-t-elle ses sulfrages à un mé¬ 
decin qui, salisse livTcr à l'étude ou à la pratique d’une seule branche 
de l’art, l’aurait cultivé dans son ensemble? 11 est dans ce moment im¬ 
possible de prévoir la decision de l’-Vcadémie. La nomination, selon 
toutes les app.arenccs, sera différée de plusieurs mois à cause de l’ab¬ 
sence d'un ü'ès-gi'aiul nombre de ses membres, et surtout de l’absence 
d'un membre de la section de médecine et de chirurgie. Nous revien- 
drnns bientôt sur ce sujet, car l’éminenle distinction accordée à un de 
nos confrères qui entre à l'Institut, est toujours une chose grave par l’in- 
lluence que ce confrère peut exercer sur la direction de la science et sur 
les récompenses que l’.Vcadémie des sciences accorde tous les ans aux 
recherches et aux travaux qui ont notre science pour objet. 



( 80 ) 

*— A l’Académie de médecine, une place est aussi vacante dahs la 
section d’anatomie et de pliysiologie. Les candidats sont fort nombreux, 
et la liste de présentation, arretée par la commission, quoiqu’elle n’ait 
pas été rendue officielle, est cependant comme, et a soulevé de vives et 
de légitimes récriminations. Ainsi, par exemple, MM. Foville et Mal- 
gaigne, tons les deux aj'ant publié d’excellents travaux anatomiques, 
s’en trouvent exclus au profit de quelques noms fort honoraltles, sans 
doute, mais qui ne sont pas encore aussi bien connus du public médical. 

— Au bureau central des hôpitaux, deux places de chirurgiens 
étaient x-acanlcs. Après un long concours, qui a été fertile en inci¬ 
dents, .MM. (aülcricr fils et Marjolin fils ont été nommés. Plusieurs 
compétiteurs ont sulû leurs épreuves d’une manière très-brillante. Il 
est à désirer pour l’avenir de ces jeunes gens qu’ils ne rencontrent pas 
toujours sur leur chemin des adversaires aussi redoutables que des fils 
de professeurs. 

Mort de M. Pelletier. — Nous apprenons à l’instant une nouvelle 
et très-sensible perte qr.e vient de faire la science. IM. Pelletier, membre 
de r.\cadémie des sciences et de l’-\cadémie de médecine, dont le nom 
est à jamais célèbre par sa découverte, avec M. Caventoii, du sulfate 
de quinine et de la plupart des alcalis végétaux, a succombé aujourd’hui 
19 juillet, à la suite d'une longue et douloureuse nialailie. M. Pelletier 
était le beau-frère de M. llouhle; il n'était âgé que de cinquante-cinq 

Médecins députés. — Nous x oyons ax-ec satisfaction que les électeurs 
ont enx'oyé à la nouvelle chambre des députés quelques médecins qui, 
par leur talent et par leur position, pourront, s’ils le veulent, défendre 
les intérêts de la corporation à laquelle ils ajipartiennent. Pour ce qui 
nous regarde, nous comptons sur les libérales intentions et sur le carac¬ 
tère de notre confrère M. llouillaud, professeur de la Faculté, nommé 
député à Angoulême, comme au.ssi sur M. Dezeimeris, bibliothécaire 
de laFaculté, nommé à Bergerac (Dordogne), et surM. ledocteurTcrme, 
maire de Lyon. A ces députés se réuniront, s’il y a lieu, nous en sommes 
sûrs, deux autres médecins élus, l'im, M. Richoud-Debrus, au Puy 
(Haute-Loire), et l’autre, M. Delavean, à La Châtre (Indre). 

— Le conseil municipal x’icnt de voter une somme de 64,000 francs 
pour réparations à faire à divers hôpitaux, tels que rHôtel-Dieu, la 
Pitié et Bcanjon. 

— AI. le docteur Goyrand vient d’être nommé inspecteur-adjoint des 
eaux thermales d’Aix (Bouches-du-Rhône). 



( 81 ) 


THERAPEUTIQUE MEDICALE. 


SUR t,\ PROPOSITION d’uNE ENQUÊTE CLINIQUE POUR ÉTABLIR LE MEILLEUR 
TRAITEMENT A APPLIQUER A H FIKARE TYPHOÏDE. 

L’Académie de médecine vient d’être saisie d’un étrange projet, celui 
de former une enquête clinique pour établir quelle est la meilleure mé¬ 
thode de traitement de la fièvre typhoïde. Cette proposition, quels que 
soient les arguments par lesquels on a cru pouvoir l’appuyer, ne peut 
donner aucun bon résultat. En effet, que suppose, en premier lieu, un 
projet d’enquête? Il suppose le même point de départ essentiel, une base 
d’investigations d’après laquelle on déterminera, d’une part, la nature 
et la gravité de l’affection, et de l’autre, la méthode et les moyens cura¬ 
tifs les mieux assortis à la nature et au tlegré de la maladie. Maintenant, 
pxiste-t-il une semblable base d’investigation, un critérium enfin, auquel 
on s’accorde à rapporter les diverses appréciations des caractères de la 
lièvre typhoïde? Interrogez les pi'aticiens de la capitale, pour ne parlci' 
que de ceux-là, et vous ne tarderez pas à voir que chacun détermine cette 
fièvre avec des principes et des procédés inverses ou dilférents. Pour les 
uns, la fièvre typhoïde n’est autre chose encore qu’une gasü'o-entérite-, 
pour les autres, elle est une entérite d’une nature particidière, qui n’a 
rien de commun av-ec l’entérite vulgaire. Il y en a qui n’y voient pri¬ 
mitivement qu’une dégénération humorale, tantôt bilieuse, suivant les 
idées de M. Delai-oque, tantôt sanguine, comme le veut M. Magendie. 
Pour beaucoup d’autres, la fièvre typhoïde n’existe ni dans une altéra¬ 
tion humorale ni dans une lésion des intestins : poiu- ceux-là ces phéno¬ 
mènes morbides ne sont que des effets, et la fièvre tyqdioïde se présente 
comme une lésion générale de l’ensemble des organes, dont le contre¬ 
coup seulement peut porter davantage sur tel ou tel système, tel ou tel 
organe isolément. Enfin, des praticiens très-sages, se rappelant qu'il y a 
à peine quelques années il n’y avait aucune maladie du nom de fièvre 
t 3 'phoïdc, au moins comme maladie vulgaire, ont rejeté colleetivcment 
toutes les vues localisatrices des médecins actuels, et ont lait renti-er la 
fièvre dite typhoïde dans la catégorie des fièvres bilieuses, putrides ou 
muqueuses, reconnues dans tous les temps. Nous demanderons donc aux 
conuni-ssaires de l’enquête clinique, si on les nomme, auquel de ces sys¬ 
tèmes ils rapporteront leius investigations? car, encore une fois, jiour 
■ipprécier les caractères d’une maladie et son traitement, il est indis¬ 
pensable de posséder d’avance une loi de détermination. 

TOME XXIII. S'l.iv. G 




Ail surplus, que l’Académie ne s’y trompe pas ; on lui denianJc une 
enquête, non poiu- chercliei- à dccoiU-iir la vérité sur la thérapeutique 
de la fièvre typhoïde, mais pour essayer' à établir, sous l’autorité de son 
nom, tel ou tel ti-aitemcnt particldier. Si les résultats de celte investiga¬ 
tion, en supposant qu’elle lïit assez niai inspii'ée pour s’y liirer, ne se 
trouvaient pas d’accord avec ces vues individuelles, ou peut être bien 
assuré d’avance qu’on ne manquerait pas d’en infirmer les résultats. 
Mais admettons, par impossible, que l’enquête en question fît arriver à 
une conclusion positive, il resterait encore à Ibiunir les moyens de con¬ 
vertir' à la pratique préconisée les médecins étrangers aux motifs déter¬ 
minants de la commission. Et quel moyen pour cela ? Car chacun conser¬ 
vera toujoru's la liberté de les repousser ou de s’y conformer. Voilà 
encore ime irouvelle série d’errU'aves à l’exécution de ce projet. 

Sérieusement, nous ne comprenons pas que des médecirrs qui affrchenl 
un mépris si superbe pour les travaux de leurs devanciers, se morrtrenl 
disposés à accepter aujourd’hui, sur une question de clinique, les déci¬ 
sions de leurs contemporains. Ce qu’ils veiJcnt, eu poussant à une en¬ 
quête, c’est obtenir, si cela se peut, l’assenthnent de leurs confrci'es à 
des prémisses regardées par eux comme l’arche sainte, tout en se réservant 
de récuser leiu- témoignage, si par hasard il contrariait leur parti 
pris. Nous résumerons en deux mots notre opinion à ce sujet, en décla¬ 
rant qu’une enquête clinique siu' le traitement de la fièvre typhoïde nous 
paraît une chose impossible et inutile ; et pour' appuyer notre assertion, 
nous renverrons à qui de di'oit l’argument qid a été employé, argument 
que l’on ne devait pas s'attendi'e à voir soutenir devant une académie 
de médecins, savoir ; que depuis deux mille ans d’études on n’a rien 
appris, ou on n’a appris que peu de chose. Or, si deux mille ans de 
travaux et d’observations n’ont pu nous conduire qu’à une ignorance 
presque absolue de la natui'e et du traitement des maladies, comment 
peut-on se prometti'e d’arriver à la connaissance d’une maladie telle 
que la fièvre typhoïde par ime investigation de quelques mois, de la par t 
de quatre ou cinq médecins, et avec quelques douzaines ou si l’on veut 
quelques centaines de malades? 

Les impossibüités que nous signalons jaillissent d’aillem's de la nature 
même de la fièvre typhoïde. Pas plus que les autres maladies, elle ne 
reconnaît pas une seule et même cause, et ne sam'ait avoir' ni la 
même natiue, ni la même gravité, ni les mêmes symptômes. La fièvre 
typhoïde offre des différences véritablement fondamentales, et la preuve, 
c’est que les médecins ont senti la nécessité d’y introduire dés distinctions 
essentielles ; en outre, les mêmes espèces diffèrent par l’àge, le .sexe, la 
constitution des sujets, et principalement par la con.stifution médicale. 




( 83 ) 

Qui jjelil dii-c feiiliu qilc les (lèvres typhoïdes observées dans la capitale 
sont les mêmes que celles qu’oii observe dans le Midi, et qu’elles con¬ 
servent toujoüi-s à Paris les memés formes et les mêmes variétés? La 
commission d’eilquêie peut-elle se promettre de rassenililer, dans un 
nomlire nécessauement très-borné de malades, toutes ces formes?pourrr,- 
t-elle voir passer sous ses yeux, dans l’espace de quelques mois, les cas 
ilivers qui proviemient de la diversité de circonstances et de sujets? Et 
comment ai'river à une conclusion sans cela? 

Une dilBculté encore capitale de l’enquête proposée, tient au procédé 
employé polir apprécier comparativement les succès des divers ü-aitc- 
ments. Ce procédé, déjà jugé, n’est autre chose, comme on s’en doute, que 
la méthode numérique ; or, ou sait cpie par cette méthode on est paiTenu 
à justifier toutes les opinions, toutes les pratiques ; preuve non équivoque 
lie la défectuosité delà méthode même. En effet, la méthode numérique 
a étabU h la fois, entre les mains de M. Bouillaud, les succès des saignées 
coup sur coup; cnti’e les mains de M. Delaroque, l’excellence des pur¬ 
gatifs; puis l’avantage des toniques; puis celui deschloriu-es; plus loin, 
l’insullisancc de tous ces moyens, et la prééminence de la méthode expec¬ 
tante ; aillem'S encore, le danger des saignées et des pm'gatifs. L’énoncé 
rapide de ces difficultés atteste donc l’impossibilité de ti-ouver ime base 
de détermination pour la nature de la maladie, et le tort ipi’a eu l’Aca¬ 
démie de prendi-c au sérieux la proposition d’enquête. 

Si l’on nomme une commission, ce qui ne nous paraît pas probable, 
on peut pressentir déjà comliien il y aura de dissidence dans la niaiiièrc 
de juger l’action des méthodes tliérapeutiques, quels que soient les juges 
choisis pour cela. Mais en supposant que, par un artifice légitime ou 
non, la commission nommée parvienne à classer en catégories toutes les 
opinions, comment s’y prendi’a-t-elle, au lit des ipalades même, pour 
s’assurer de la valeur relative des diverses méthodes de ti'aitcmcnt? 
Sera-ce en plaçant dans une même salle cinquante ou soixante malades, 
comme le veut M. Bouillaud, et en appliquant à des catcgoiies de huit 
ou dix sujets chaque méthode particuliroe, sous la direction des divei-s 
médecins composant la coimui.ssion d’enquête (sans doute? ), afin déjuger 
par les effets définitils de rexcellence relative des diverses méthodes? 
Sans parler de l’immoralité, du scandale même d’expériences faites de 
cette façon, ne voit-on pas que tous nos arguments relatils à la constitu¬ 
tion médicale, à l’âge, à la saison, existent tout entiers? M. Rayer, que 
nous avons été étonné de voir prêter im certain ajipiii à cette proposi¬ 
tion, car nous connaissons scs hautes lumières et’la sagesse de sou cspiït, 
M. Rayer voudi-ait que la commission jugeât des malades et du traite¬ 
ment auprès des médecins des hôpitaux eux-mêmes cl en se transportant 




(84) 

dans leurs services, llcciserait niatériellement plus raisonnable ; mais les 
memes objertioiis scicntilicjues existent toujours. En résumé, il ressort é\ i- 
demment pour nous, d’après les impossibilités diverses que nous venons 
de signaler, que k projet d’enquête est unecbimère, et que l’Académie 
a eu tort de ne pas trancber la question par l’ordre du jour. 


(jrEI.Ql)ES C.OXSIDÉR^TIOXS SUR RA GASTRALGIE ET SUR SON TRAITEMENT, 

La gastralgie ne doit pas èti’c prise toujours et partout pour une ma¬ 
ladie identique, due à des causes pai'eilles et d’une nature invarialile. 
Malgré la similitude des désordres fonctionnels qui la caractérisent, il y 
a plusieurs sortes de ces douleiu s de l’estomac tpi’on nomme avec raison 
gastralgies; et pour ai-river à une tliérapeutique raisonnable et heureuse, 
il faut en distinguer avec soin les espèces dilférentes, chacune d’elles en¬ 
traînant des indications thérapeutiques toutes spéciales. Qui oserait traiter 
de la même manière certaines douleurs épigastriques propres à une in¬ 
flammation de l’estomac, et celles qui se montrent chez les femmes tour¬ 
mentées p.ar des flueurs blanches, et celles qui apparaissent chez les 
sujets affectés d’un squirrbe ou d’im cancer de l’estomac, et celles qui sont 
propres aux sujets nerveux ou goutteux, et celles enfin qui res'êtent si 
souvent la forme périodique intermittente? Dans tous ces cas, il y a 
douleur à la région de l’estomac, doulem' souvent caractérisée par la 
aivacité des sensations pénibles ressenties à l’épigasti-e, et en même 
temps trouble plus ou moins prononcé des fonctions digestives avec bri¬ 
sement des forces, fit pourtant, sous cette apparence commmie, ilfaudi-a 
pour chaque cas choisir un traitement intelligent si l’on veut qu’il soit 
heureux; car l’énumération des tpielqucs variétés que je viens d’indiquer 
fait comprendi'e tout d’abord que ce traitement aura besoin, pour réus¬ 
sir, de s’accommoder à l’espèce de la gastralgie. 

Je n’ai pas l’intention de résumer la thérapeutique de toutes les 
gastralgies dont je viens de rappeler l’existence. lien est seulement mie 
dont j’ai l’intention de m’occuper ici, c’est la gastralgie proprement 
dite, maladie beaucoup plus fréquente qu’on ne le croirait d’après les 
traités généraux de pathologie. 

Je laisse donc de côté pour aujourd’hui et la gastralgie inflammatoire 
qui cède aux évacuations sanguines locales et à un régime convenable, 
et la gastralgie des Icucorrhéiques qui ne guérit que par im bon emploi 
des moyens capables de faire disparaître les Iluem's blanches, et celle qui 
attaque les goutteux, et celles plus communes qui prennent une forme 
intermittente et périodique. et par conséquent appellent surtout la qui- 



( 85 ) 

nine, et je ne m’occupe que de la forme de gastralgie à laquelle peut 
s’appliquer la description suivante : 

Les malades se plaignent de ressentir brusquement une douleur ex¬ 
trêmement vive et aiguë à l’épigastre ; cette douleur, d’une natime très- 
facile à reconnaître et dont la durée n’est pas toujours la même, vient 
presque infailliblement après l’ingestion des aliments, quelle que soit 
d’ailleurs la nature de ces aliments : il suffit qu’ils y soient introduits 
pour que la douleur se développe, et le plus souvent un espace de dix à 
trente minutes sépare à peine le retour du mal et l’ingestion des matières 
alimentaires. En même temps que la douleur existe, il y a une notable 
oppression, une sorte d’anéantissement des forces morale.s et muscu¬ 
laires , quelquefois des vomitiu’itions et même des vomissements, mais 
presque toujours des régurgitations acides ou glaireuses. Ces accidents, 
après avoir duré pendant un temps qui n’est pas toujours le même, 
finissent par diminuer d’intensité, puis disparaissent tout à coup comme 
par enebantement, pour recommencer de la même manière quand on 
donne lieu à un nouveau travail de digestion. Dans tout cela, point de 
fièvre, à peine un peu de vitesse, d’inégalité et d’agitation du pouls ; 
point de chaleur à la peau, point d’enduit particulier de la langue, point 
de couleur anormale : la langue reste humide, un peu blanche et p⬠
teuse. Pendant la durée de la douleur, la physionomie a pris un aspect 
particulier et une expression indicible, mais très-saisissable de douleur. 

Cet état particulier de l’estomac, que je n’ai point jusqu’ici nettement 
vu dans les livres, mais que la pratique m’a déjà montré nombre de foi.s 
tant en ville qu’à mon hôpital, s’est toujom-s présenté à mon observation 
avec les mêmes caractères, assez complets et assez tranchés pour qu’il 
me fût impossible de le confondre avec d’autres maladies de l’estouiac 
et d’y voir antre chose qu’une névralgie. 

Sur un seid point on peut garder des doutes. 11 arrive souvent dans le 
commencement d’un cancer à l’estomac, et pendant que tous les désor¬ 
dres matériels sont encore à l’état de squinhe et surtout de squirrhe peu 
développé, que le malade présente des phénomènes analogues à ceux que 
je viens de décrire. Dans les deux cas, tout est pareil ; les suites des deux 
maladies me semblent seules devoir les distinguer. 

Dans le squirrhe commençant, il n’y a point encore de tumeur appré¬ 
ciable à l’épigastre; on n’y trouve rien qui autorise un diagnostic 
assmé : les vomissements noirs n’ont point encore eu lieu. D’une autre 
part, les douleurs vives et le ü-oulile de la digestion sont les mêmes dans 
l’un et l’autre cas; dans l’un comme dans l’autre, les vomissements et 
les régurgitations glaireuses et acides sont également conmmns ; dans 
les deux cas, les aliments ne sont pas tous vomis, et il arrive quelque- 



; 86 ' 

fois que les lins sont rejetés et les antres eousenés [lar rcstoiuae; dans 
certains cas même de névraltiies le mieux earactéi'isées, quelques vo¬ 
missements noii'âti'cs résultent de la matière colorante de la bile qqi se 
trouve rejetée, et le faciès névralgique, l’espèce d’altération qije cette 
maladie donne aux traits et à la couleur, leiidont à la faire confondre 
avec le squirrbe ou le commencement du cancer. Tl n’y a donc, je le 
rcpèîe, que l’issue ipii la juge, soit que la gastralgie ne soit dans cer¬ 
tains cas que le commencement d’un cancer, soit q|ic le cancer com¬ 
mençant signale son apparition par des douleurs de l’ordre des névral- 

g'cs- 

Dans l’ctat de perplexité où le médecin se trouve quelquefois jeté par 
la persistance de ces douleurs et par la craipte (ju’eUes doivent lui imspi- 
rei- sur la terminaison probable du mal, je ne connais rien de plus satis¬ 
faisant (|ne de pouvoir conserver encore des doutes sur la nature de 
l’affection qui se présente, et en meme temps la certitude, quel que 
soit le terme des deux chemins qui se présentent, de prcntb-c une bonne 
direction pour celui des deux côtés qui laisse des ressources. C’e.st ce qui 
m’est arriyé précisément dans quelques cas analogues. L’heureux succès 
obtenu à plusieurs reprises dans des cas où des médecins ti'ès-recounnan- 
dables et moi-meme avions craint un squirrbe à l’estomac m’engage à 
insister sur ce point. 

(lu’on ait ou non à craindre un cancer de l’estomac ou du pylore, ou 
bien seidement qu’on ait affaire k une gastralgie, la thérapeutique ne 
doit pas variei’; le pronostic, qui sera toujours tiès-réservé dans ces 
sortes de cas, prendra, suivant la plus giande somme de projiabilités 
d’uit côté on de l’auü'e, juie gravité plus ou moins grande. Mais les in¬ 
dications thérapeutiques restant les memes pour le traitement, il importe 
donc beaucoup moins de constater qu’il y a ou non commencement de 
siptirrhe ou présence seule de gastralgie. 

Mais >1 faut se garder de confondre cette gasti-algic ayec certaines 
autres dont la jhcrapentiqiie a ses lois particulières ; je veux parler des 
gastralgies périodiques intcniiittçntes. Ij arrive souvent en effet que les 
unes cqnnuc les autres sp reproduisent a)ix mêmes heures et se dissipent 
régulièrement pour laisser ensuite un intervalle setphlable de rcpo.s. 
Mais cette sorte de périodicité, qui, si elle était naturelle et fondamen¬ 
tale, aurait ses indications spécifiques de traitement, ne ù’ompera pas 
le nfcdecin qui aura eu soin de constater que le refour régulier des dou¬ 
leurs dépend, dans la gastralgie npo périodique, du retour périodique 
des repas. J’ai vu souvent des névralgies de la face rappelées ainsi par 
les efforts musculaires de la làcc opérés pour la mastication ; j’en ai vu 
qui occupaient exclusivement l’estomac, et qui pe manquaient pas de se 



{ 87 ) 

montrer aussitôt qu'on obligeait ect organe à remplir sps fonctions d'une 
manière active. Dans ces cas, il suffit de changer les heures d’alimen¬ 
tation pour voir des variations dans les apparitions do gasti'algie. Je 
dois même dire qu’après une certaine étude des gastralgies, on n’a plus 
besoin de cette épreuve pour apprécier la nature du mal. On le trouv.e 
si constant pour répondre aux appels qui ont lieu dans l’estomac, que 
presque toujours l’histoii'c de la maladie suffit pour édifier le médecin. 
Si la névralgie gastrique est périodique, si elle arrive le malade éfant 
à jeun aussi bien que quand il a mangé, si elle ne correspond pas néces¬ 
sairement aux repas, on doit la considérer comme intermittente pério¬ 
dique. Si elle s’éloigne de ces conditions, il ne faut pas lui opposer du 
sulfate de quinine : ce médicament, qui aurait été dans le cas précité 
comme une véritable ancre de salut, deviendrait au contraire une cause 
d’exacerbation du mal, comme autrefois j’en ai vu des exemples. 

La gastralgie simple étant bien constatée, je crois pouvoir ainsi dé¬ 
duire le traitement, d’apràs ce que j’ai vu. 

Les malades affectés de gastralgie ne souffrent pas quand ils sont à 
jeun. Presque toujoiu's on les trouve exténués par une longue diète à 
laquelle ils se sont instinctivement soijinis pour ne pas souffrir. Malheu¬ 
reusement le soidageraenf que ce régime leur donne provisohement ne 
fait ({u’empirer leur situation : lepr estomac en est devenu plus sensffile 
à la présence du moindre corps étranger, et comme on ne vit pas sans 
s’alimenter, ils arrivent, eje diètp exténuante en petits repas qui rappel 
lent leur douleur, à un véritable état de consoraption qui les rend encore 
plus acccfisffiles aux névralgies. 

Il me paraît donc indispensable clc chercher surtout h prévenir cet 
affaiblissement en même temps (jn’on cherche à modérer et à faire dis¬ 
paraître le mal. Or voici ce que l’expérience clinique m’avait démontré 
avant que des recherches spéciales sur |a digestion vinssent m’éclairer 
suffisamment à cet égard. 

Les acides en général sont des irritants très-actifs pour le système 
nen eux ; les aliments acides ou qui je deviennent beaucoup dans l’esto¬ 
mac rappellent plus vivement les douleurs névralgiques de cet organe. 
La première indication thérapeutique doit donc consister à éloigner de 
ralimentatioii des névropathiques tous les aliments acides ou ceux qui 
le deviennent d’une manière plus spéciale^ soit par leur nature, soit 
parce qu’il faut pour leur dissolution stomacale un degré plus marqué 
d’acidité du suc gastrique. L’expérience clinique m’avait déjà conduit 
à insister beaucoup, dans ces cas, sur le choix des aliments, avant que 
des expériences directes m’eussent démontré les divers degrés d’acicÙté 
que prennent à jeun, après un repas, et surtout après certains repas, les 
sucs gastriques. 




La première indication à remplir me paraît donc de recommander les 
aliments les moins propres à mettre les parois stomacales en contact 
immédiat avec des acides un peu développés, et cette indication me sem¬ 
ble fortifiée sinjçiilièrement de celte remarque, que l’estomac à jeun , 
c’est-à-dire dans l’état où il ne fait pas soiillrir les névropathiques, ne 
contient que des liquides dont l’acidité est pour ainsi dire à peine appré¬ 
ciable. 

Une seconde remarque faite auprès des malades est venue encore h 
l’appui de cette première, c’est que des sujets m’ont souvent accusé 
sentir dans la bouclie. quelque chose d’aigre, de sûr, comme s’ils 
avaient sucé du citron ; c’est que dans leurs voinituritions ils ont pres¬ 
que toujoiu's senti l’aigre dans les gorgées qui leur remontent ; enfin, c’est 
que dans beaucoup de cas il m’a suffi, pour ôter tout ce malaise et pour 
diminuer la douleur, de faire avaler quelques gorgées d’eau tenant en 
suspension un peu de magnésie décarbonatée et de faire rincer la bouche 
avec le même liquide. J’insiste alors pour que la magnésie soit prhe 
presque immédiatement après le repas, parce cpi’elle me présente ainsi 
un double avantage : d’abord elle fait disparaître ces aigreurs et ces 
vomituritions en même temps que le goût acide dont se plaignent les 
malades ; ensuite elle produit l’effet d’un laxatif pris à petite dose, ce 
([ui n’est pas à dédaigner chez ces sortes de malades, en général sujets à 
une grande constipation. 

Mais ces deux indications remplies, quelque importantes qu’elles 
soient, ne suffiraient pas pour débarrasser le sujet de sa névralgie, si 
on n’y ajoutait pas quelque chose de plus eflicace, et l’expérience a 
prouvé pour moi que ce quelque chose c’est la morphine. 

Le cas qui m’a conduit à faire de son usage une règle générale mérite 
d’etre rapporté. 

M. de M...., après avoir longtemps vécu dans les parties les plus 
chaudes du Nouveau-Monde, en était revenu avec une disposition très- 
prononcpe aux gastralgies ; il en avait déjà plusieurs fois ressenti les at¬ 
teintes, quand il fut pris à la région de l’estomec d’une douleiu- plus 
intense qu’à l’ordinaire. Cette douleur se faisait sentir aussitôt que des 
.aliments étaient introduits dans l’estomac. Elle allait quelquefois jusqu’à 
arracher des ci-is au malade.|La digestion était lente et troublée, et après 
((uelques heures tout rentrait dans l’ordre ; le malade cessait de souffrir, 
jusqu’à une nouvelle introduction d’aliments, quels qu’ils fussent. D’ail¬ 
leurs point d’autres dérangements de la santé qu’une constipation opi¬ 
niâtre au lieu de la diarrhée habituelle que M. de M.... avait rapportée 
des colonies. Point de fièvre, point de rougeur delà langue. J’essayai 
d’abord plusieurs mo 3 'ens (je n’avais pas encore eu le temps de me faire 



( «9 ) 

un plan de conduite raisonné dans des cas de ce genre). Des lavements 
purgatifs rappelèrent la diarrliée supprimée, sans rendre au malade sa 
santé habituelle ; des sangsues furent applitpiées à l’épigastre sans ré¬ 
sultat avantageux, quoiqu’elles y fussent mises en grand nombre et à 
plusiem-s reprises ; des cataplasmes émollients et narcotiques sur la meme 
région fiirent^inutilcs et on y renonça, ainsi qu’au sulfate de quinine, 
qui fut tenté; des bains furent pris au moment de la digestion et n’ob¬ 
tinrent pas plus de succès. Enfin, le malade commençait à désespérer de 
sa guérison, lorsque, considérant la natine de la douleur, l’absence de 
symptômes fébriles, l’exactitude avec laquelle ce mal étrange revenait 
aussitôt que l’estomac était sollicité à remplir scs fonctions spéciales, je 
m’avisai de prescrire une pilule de 25 milligr. ( 1 /4 de grain) de chlor¬ 
hydrate de morphine, à prendre aussitôt que des aliments auraient été 
ingérés. A compter de ce moment le malade se ti’oiiva guéri comme par 
enchantement. Plusieurs jours de suite il termina chacmi de ses légers 
repas par la prise d’une ou iiicmede deux de ces pilules, et il avait tel¬ 
lement cessé de souffrir que, se croyant définitivement guéri, il essaya , 
d’après mon conseil, de manger sans prendre de morphine. Immédiate¬ 
ment ses douleurs premières r evinrent avec toute leur intensité ; puis 
elles cédèrent encore au même remède, administré comme la première 
fois. Cette expérience, répétée à plusieurs reprises, nous donna long¬ 
temps, mais d’une manière décroissante, des résultats semblables, jus¬ 
qu’à ce qu’cnfin ayant continué pendant près d’un mois l’usage du chlor¬ 
hydrate de morphine à doses successivement moins élevées, M. de M.... 
en vint à digérer sans le secom's de l’art. Pendant tout le temps du trai¬ 
tement, qui dura en somme près de ti'ois mois, M. do M.... portait con¬ 
tinuellement sur lui une boîte de ses pilules, dont il ne pouvait se sé¬ 
parer impunément, siu-tout s’il lui arrivait de dîner eu ville. 

Cette première obseiTation, qui m’avait paru assez remarquable pour 
la citer à part dans un mémoire sur les névralgies présenté à l’Académie 
royale de médecine, a été depuis lors suivie d’un assez grand nombre de 
faits semblables pour que je me croie autorisé à en tmer aujourd’hui 
des règles positives sm' l’administration du même médicament dans des 
cas analogues, et voici comment l’expérience m’a prouvé qu’il fallait 
se gouverner : 

Après le repas pris, aussitôt que la douleur se fait sentii’, je prescris 
une cuillerée à café d’une potion faite avec 
Eau sucrée, 45 grammes, 

Chlorhydrate de morphine, 10 centigi'am. 

On renouvelle l’administration de cette cuillerée plus ou moias fréquem¬ 
ment, selon l’intensité et la ténacité de la douleur. On va, s’il en est 



jiesoin, jiisqua consommer toute la potion ; mais presque toujours au 
Itout de quelques cuillerées à café, prises de dix minutes en dix mjnutes, 
l’effet sédatif est produit et le malade soulagé. Je. prélère la solution de 
chlorhydrate de morphine aux pilules que j’avais employées pour M. de 
M...., parce qu’on est plus maître de gouverner à volonté le médica¬ 
ment administré sous cette forme, d’aller jusqu’où il est nécessaire 
pour supprimer la douleur, et de s’arrêter à volonté quand il n’est plus 
nécessaire d’insister. Pour les enfants surtout, cette considération est 
capitale, et l’importance m’en a été bien démontrée dans un cas dont 
je crois utile de dire un mot. 

Une jeune personne de neuf ans était prise pour la seconde fois d’une 
névralgie de l’estomac tout à fait semblable à celle que je viens de dé¬ 
crire. 'Traitée comme je le conseille, elle avait cessé de le soufïrir. Les 
parents avaient néanmoins cm devoir lui donner encore quelques cuille¬ 
rées de la solution de morphine. Cet excès produisit bientôt un véritable 
narcotisme, avec rétention très-douloureuse de l’urine. Heureusement 
on n’avait pas dépassé de beaucoup la dose nécessaire, et ces nouveaux 
accidents, qui commençaient à m’inquiéter, cédèrent, avec quelques 
heures de patience, à un long bain tiède , et, bien entendu, à la sup- 
j)res.sion de tout narcotique. Je ne sais pas ce qui serait arrivé dans ce 
cas, si au lieu de petites cuillerées de solution de morphine on avait 
donné d’invariables pilules contenant toujours une beaucoup plus 
grande quantité du remède. 

Hans les cas que j’ai vus, je n’ai jamais rencontré d’autres accidents, 
et toujours sous l’action coraltinée d’un peu de magnésie calcinée et de 
la morphine, la digestion, horriblement pénible des gastralgiques, s’est 
faite d’une manière satisfaisante. 

On conçoit d’ailleurs quelle extrême restriction je dois mettre ici à 
cette assertion, en ce qui concerne les gastralgies qui peuvent dépendre 
d’une affection cancéreuse ou squirrbeuse de l’estomac. Dans ces cas, Iç 
traitement que je conseille ici soulage toujours, et mieux que tout autre 
moyen que je connaisse ; mais je suis loin de croire et de dire qu’il gué¬ 
risse. C’est néanmoins déjà beaucoup que de soulager les victimes dé¬ 
vouées à ce mal affreux. Ce serait bien plus encore si Ton pouvait 
parvenir toujoiu-s à cette satisfaction que me donne un fait que j’ai 
actuellement sous les yeux, de pouvoir douter de la réalité du 
squirrhe ou du cancer. J’aime à rapporter ce fait pour encourager les 
praticiens dans la même voie. 

Une femme, qui sert maintenant comme infirmière dans une de mes 
.salles, y est entrée, il y a plus de deux ans, dans un état tellement grave 
qu’on a cru à un squirrhe ou à un cancer del’estomac. IJeuxpraticien.s 



( 91 ; 

très-çclaii’és, trçs-jndiçieiix, i[ui m’ont supplée pcndiuit quelque temps, 
ont erp tofls les deux à la réalité de l’affection cancéreuse on sqnirrhçqse, 
et cpiamf moi-même je x'is pour la premièi'c fois la malade, je partageai 
complètement leur opinion. L’émaciation de la malade, sa coloration, 
ses douleurs, ses Tomisseraents perpétuels, nous ax^aient amenés à cette 
rroyancc, qui d’aillem’s ne s’était jamais élevée pour aucun de nous 
jusqu’à la conviction, parce que nous ne sentions au palper aucune 
tumeur distincte vers l’épigastre, et parce que, malgré ce que la malade 
nous racontait sm- des vomissements noii’s qu’elle avait eus, nous n’a¬ 
vions point vu dans ce qu’elle vomissait ce dépôt comme du marc de 
café ou de suie, qui aurait fixé notre diagnostic. D’ailleurs, excepte ces 
deux conditions capitales, toutes les autres raisons de supposer la pré¬ 
sence de cette grax'e maladie se trouvaient réunies chez cette malade, 
lorsque je la soumis au traitement indiqué plus haut. Au bout de trois 
mois de traitement, la malade, dont l’état s’était successivement amé¬ 
lioré, pouvait digérer sans douleur des aliments raisonnables ; elle avail 
repris autant d’embonpoint que sa constitution le comporte, et elle se 
trouve si bien que je croirais ou qu’elle n’a jamais eu qu’une gastralgie, 
ou que l’état plus grave primitivcinent diagnostiqué a été guéri, si de 
temps en temps je n’étais pas obligé de la remettre à la magnésie ef à la 
morphine, pour enrayer les accidents primitifs qui repullulent quelque¬ 
fois , mais toujoiu's dans un degré beaucoup moindre. 

La morphine à l’intérieur n’est pas d’ailleurs le seul remède qu’on 
puisse emplqyer contre ces gastralgies. Je me suis souvent très-bien 
ti’ouvé de tenir sur l’épigastre des emplâtres de thériaque, d’extrait 
aqueux d’opium ou meme de morphine. Presque toujours il est utilp 
d’insister sur ces applications, même longtemps après que la médication 
appropriée a fait céder les premiers accidents. Ces applications conti¬ 
nuent l’action sédative que les autres moyens ont exercée, et il est rare 
que les petits retours de gastralgie auxquels les malades sont encore 
exposés dans leur conx'alescence ne cèdent pas à cette médication suffi¬ 
samment prolongée. Mais je ne puis trop insister sur la ténacité qu’il 
faut mettre à chasser jusqu’aux dernières apparences du mal > caP l'iep 
n’est plus sujet à retour que les affections dpplouteuses du systèinc 
nerveux. 

Une dernière recoujtnandation qu’il importe enfin de rappeler aux 
médecins, est celle de reneffe le régime alimentaire aussi régulier ej 
aussi fortifiant que possible. Des aliments faciles à digérer et dans les¬ 
quels l’économie trouve une ample et réelle réparation sont j aussitôt 
que les symptômes permettent d’y recourir, une des ressources ks plus 
précieuses pour le üaitement ou plutôt pour l’expulsion définitive du 



; 92 ) 

mal, amoiiidi'i pai' l’usage des narcotiques. L’espèce de débUité parti¬ 
culière aux névropathiques ne cède jamais mieux que quand on par¬ 
vient à les soutenir par un bon régime, aidé dans quelques cas de l’usage 
des ferrugineux. Pom le traitement de la névralgie dont je parle, c’est 
à ce rôle que je crois devoir borner l’usage du fer, car je ne l’ai jamais 
trouvé utile que dans les cas spéciaux dont je viens de parler, et par¬ 
ticulièrement chez les femmes mal réglées, qui forment une notable 
portion des névropathiques. 

D' S. ,S.\?[Dn,\s. 


CONSlUKR.tTIONS PRVl’HJtKS SUR i/eCZE.MA ET SOIN Tn.\ITE.M£NT, 

Par M. K.MERT, médecin de l'hôpital Saint-Louis. 

L'eczema est aux dartres humides cc que le psoriasis est aux dartres 
sèches ; c’est la maladie la plus fréquente, et qui sans aucun doute tour¬ 
mente le plus les malheureux qui en sont atteints. 

Toutes les causes excitantes de la peau peuvent le faire naître, et 
souvent aussi il prend naissance sous des influences générales qu’il est 
bien difïicilè de saisir. Ainsi au moment de la cessation des règles, on 
voit des eezema de la tête, des aisselles, des parties sexuelles, qui vien¬ 
nent tourmenter les malheureuses femmes qui arrivent à cette époque, 
et ordinairement ils résistent longtemps aux médications les plus ration¬ 
nelles. Les jeunes femmes d’une constitution lymphatique, qui, après 
sept à huit ans de mariage, n’ont point eu d’enfants, et qui éprouvent 
un peu de dérangement dans les règles, y sont très-sujettes ; mais à côté 
de cela, il n’est pas rare de voir de très-jeunes filles, bien constituées, 
être prises d’eczema avant et après l’an'ivée des règles , quoique rien 
n’annonçât chez elles la moinch'e disposition lymphatique. 11 est des pro¬ 
fessions qui y prédisposent évidemment ; ainsi toutes celles qui forcent 
à manier des substances pulvérulentes plus ou moins actives, ou bien 
qui exposent à l’action d’une chaleur plus ou moins vive, font naître 
des eczema sujets à récidive, si, après avoir- été guéri, on retourne se 
mettre sous l’influence de la cause ejui les a déjà provoqués une première 
fois. L’eczema est caractérisé par l’existence d’une foule de. vésicules 
très-rapprochées les unes des autres, qui peuvent couvrir des siu'faccs 
plus ou moins étendues, mais qui se montrent de préférence dans cer¬ 
tains lieux d’élection, comme le denière des oreilles, le front, les aissel¬ 
les, le pli de toutes les articulations, le dessus des mains, les intervalles 
des doigts, en général les lieux où la peau est plus douce et presque 
constamment humectée par la transpii-ation, et où les follicules sont 
nombreux. Tous les âges y sont assujettis, l’extrême enfance même; mais 



( 93 ) 

l’époque de la puberté che?, les femmes, et l’âge critique y prédisposent 
davantage, et chez celles qui sont peu fortunées, à un âge avancé, l’u¬ 
sage des chaufferettes trop chaudes. Les hommes, qui y sont moins su¬ 
jets que les femmes, lorsque des travaux sédentahes les forcent à rester 
les jambes pendantes, voient aussi cette maladie les atteindre, de même 
que ceux qui ont des varices aux jamljes ; c’est surtout ebez eux que 
les professions ont une grande influence : ainsi les perruquiers, les épi¬ 
ciers, les forgerons, les chapeliers, etc., sont souvent affetés d’eczema 
aux mains. Des médecins très-recommandables ont cru que cette maladie 
était contagieuse, et Biett disait avoir constaté que des eczema des par¬ 
ties sexuelles s’étaient communiqués par le coït. Une autorité aussi com¬ 
pétente est d’un grand poids dans la balance. J’ai, à cause de cela, mis 
beaucoup de soin à rechercher si cette opinion était fondée, et je dois 
dire que tous les résultats que j’ai obtenus, me portent à crohe que Biett 
aura été induit en erreur ; bien que je ne pense pas que des faits négatifs 
puissent infu-mer des faits positifs. Mais cette malaihe est si fréquente, 
on a tant de fois l’occasion de l’observer sous toutes ses faces, qu’il est 
bien cUflicile de se tromper. Alors, ou l’on doit regarder les faits obser¬ 
vés par Biett comme des exceptions, ou, mieux encore, l’on peut crohe 
que l’inchvidu qui a contracté la maladie y était prédisposé, et que le 
liquide qui suintait de l’cczema a agi comme l’aurait fait toute auü'e 
cause hritante. Unesomxe de transmission bien plus sûre, selon beau¬ 
coup de médecins, est l’hérédité. Il faut encore (hre ici que, bien qu’il 
y ait des cas qui laissent peu de doute sm' son mfluence, on l’a considéra¬ 
blement exagérée, et que sur cent cas d’eczema bien observés, il n’en est 
pas dix qui reconnaissent poiu- cause une maladie de même natiu-e du 
père ou de la mère, et que d’ailleius mie personne qui en est atteinte 
par hérédité peut avoir eu des parents qui avaient ou des psoriasis, ou 
des impétigo, ou toute autre maladie darü’euse. Comme mon but n’est 
pas de faire un ti'aité de cette maladie, bien connue et bien décrite de¬ 
puis longtemps, soit qu’on la désigne sous le nom d’eczema ou sous ce¬ 
lui de squammeuse humide, conmie le faisait Alibert, je n’ajouterai plus 
qu’un mot sur une des causes qui peuvent le fah-e naîtie, ou l’augmentei- 
quand il existe : je veux parier des vésicatoires de précaution qu’on ap- 
phque aux enfants et aux grandes persomies sous les prétextes les plus 
Irivoles; fréquemment il se développe, autour, des eczemas intenses qui 
quelquefois envahissent tout le corps. Cette méthode n’est pas plus ra¬ 
tionnelle quand ils existent déjà ; car, au heu de les fahe di.sparaître du 
lieu où ils sont fixés, on les étend à toute la surface du corps. Les exem¬ 
ples d’eczema légers, qui auraient facilement cédé au traitement le plus 
simple, et qui se sont étendus sous cette médication mal (hrigée, ne sont 




jjas lai'ès. Il faut cHcorr ajoiitw qu’ils ont le gl-avi: iticou\-éiiletlt tlo 
pi'oditire des engorgeiiients sous-maxillaires, qui se propagent de pl-otbe 
en proche, et qui quelquefois, eu gagnant les ganglions bronchiques, 
deviennent des causes de phthisie pubnonairc. 

L’eczema a-t-il son siège anatomique dans les folbculcs sébUbés, 
comme quelques médecins l’ont prétendu, où bien dans la membrane 
\ asculairc de Eiebhorn, cominc le voulait Bictt? C’bst ce qui n’est nulle 
ment prouvé, et tant que l’organisation de la peau ne sera pas niifeux 
connue, il sera trcs-diflicilc, poim ne pas dù’e impossible, d’assigner 
at ec exactitude le siège des maUdies (jui peuvent l’atteindi-c. 

Tous lés eczema sont aigus ou chroni([ues, et se divisent en trois 
espèces qui sont désignées par Willan sous les noms de sotate, intpëiiçji- 
rlodes, et rubnnn; et parBiett sous ceux de simplex, à’impetiginodes, 
et de rubrum. Gomme je préfère le mot simplex pour qualifier la pre- 
tnière espèce, j’adopte la dernière classification. La première espèce est 
Caractérisée par une éruption de vé.sicules plus ou moins étendîtes, agglo¬ 
mérées, petites, transparentes, qui surgissent tout à coup sans douleur, 
dont le liquide est tantôt résorbé, tantôt detûent opaque, et qui, éns’ou- 
vt’ailt, forme un petit disque d’écailles qui ne tardent pas à tomber ; sa 
terminaison est souvent rapide, et en huit jours tout est fini. D’autres 
fois la marche est pins lente, et le mal se propage par des éruplioiLs 
succcs.sivcs, mais qui jamais ne donnent lieu à la formation de siu'faces 
enflammées et suintantes, sur lesquelles les squammes se renouvellent 
«•oiLstamment ; elles ne laissent aucune trace après elles ; borné lé plus 
soux eut aux membres supérieiu-s, il existe fréquemment enti-e les doigts, 
et a été pris pour la gale un grand nombre de fois. L’eczema simplex 
est une affection bénigne, facile à guérii"; des boissons délayantes, 
légèrement acidulées, des bains émollients, des lotions de même nature, 
en triouiphent le plus souvent ; mais quand la maladie se prolonge et 
s’accompagne de vives démangeaisons, je fais recouvrir les parties 
malades de cataplasmes de fécule de pouuues de terre, j’augmeute la 
diu'éc des bains, j’y joins de légers laxatifs, et rarement je suis obligé 
tic recourir à d’autres moyens. L’eczema, par'un ti'aitement ûitcmpestif, 
jmut aussi changer de cai’actère ; malheureusement beaucoup de méde¬ 
cins sont complètement étrangers au traitement des maladies de peau, 
et aussitôt qu’ils y aperçoivent quelques écailles, ils recom'cnt aux bains 
sulfureux, aux onguents plus ou moins actifs, dont le soufre et le mer- 
cm e font la base, et changent ainsi une maladie bénigne eu une maladie 
sérieuse, qui a non-seulement l’inconvénient de durer longtemps, d’oc¬ 
casionner de vives démangeaisons, mais aussi d’cmpèchcr ceux qui en 
sont atteints de vacpier à leurs occupations. 



( ) 

L’eczchia irapetigiiiodcs, bien que plus sél'ieux que le simplex, est 
aussi une maladie qui peut céder dès le début, quand elle est traitée 
convenablement : mais malgré lUie bonne direction dès le pl’inci))e, il 
arrive qu’elle se prolonge un temps plus ou moins considérable. 

Son nom indique sa nature ; ce ne sont pas seulement de simples vé¬ 
sicules, mais bien de véritaldcs pustules, qui forment enseinldc l’érup 
tlbn. Ces dernières ne sont-elles que les vésicules du simplex ou du ru- 
brum passées à l’état de suppimation, bu au contraûe leur origine 
ést-ellé véritâblemcnt püstideuse ? C’est ühc question dont la solution 
n’est pas donnée. Ce cpie je peux dii-e, c’est que je vois souvent à côté 
de parties couvertes d’eczema impetiginodes, de véritables pustules 
d’impetigo parfaitement isolées, recouvertes de croûtes comme dans la 
mélitagi-e on impétigo figurata. Yoici au reste ce qu’on observe le 
plus ordinairement dans l’eczema impetiginodes. Des vésicules nom¬ 
breuses agglomérées, jdeines d’uii liquide séro-piu’ulent, recouvrent 
dans une certaine étendue des surfaces rouges et tuméfiées ; le liquide 
qui en suinte s’épaissit rapidement, se concrète, et forme des squammes 
composées de iliverscs couches superposées, au beu de lamelles minces 
comme on l’observe dans l’eczema simplex. En tombant elles laissent à 
découvert des surfaces enflammées d’où s’écoide un bquide roussâtre 
qui reproduit bientôt des squammes semldables si l’on n’y porte remède; 
quand le mal diminue, le suintement devient moins abondant et ne 
forme plus que des squammes minces, des pellicules légères, la rougeur 
s’affaiblit, et en quatre ou cinq septénaires la guérison est complète. 
Mais il n’est pas rare de voir des points malades en voie de retour à 
côté d’autres qui se couxTent de nouvelles vésicules séro-purulentes. 
L’eczema impetiginodes peut passer à l’état chronique, mais comme il 
se confond alors pai' scs caractères avec l’eczema rubrum, et qu'ati lieu 
de pustules on n’aperçoit plus qu’une surface suintante d’où s’élève par 
intervalles de petites vésicules, je les décrirai en même temps, car on les 
guérit par le même traitement. 

L’eczema rubrum est une maladie très-aigue, le plus ordinakement 
accompagnée d’une fièvre assez vive à sou début. Il envahit de larges 
surfaces et quelquefois tout le corps, comme je l’ai observé sur un jemie 
médecm bordelais, où l’éruption fut prise pom- la gale par- un médecin 
honorable, et pour Une variole conunençante par- im autre. Je le trou- 
X'ai dans mes salles au milieu de galeux, fennement persuadé qu’il avait 
la gale, d’après l’autorité compétente cju’il avait consultée. Sur mon af¬ 
firmation , il voulut sorte, malgi’é mes instances pour le retenir et le 
placer dans un lieu plus convenaldc. Le lendemain, il revint couvert 
il’ime éru)>tion générale tic vésicules qui se touchaient cl ne tardèrent 



pas à s’ouvrii' pour laisser suinter un liquide séreux si abondant que j’é¬ 
tais obligé de le faire changer cinq ou six fois par jour de draps et de 
linge. Je le fis saigner deux fois du bras. Je le tenais presque à demeure 
dans des bains d’amidon, et quand il en sortait, je faisais recouvrir sou 
corps de cataplasmes de fécule, car s’il était quelques instants sans en 
avoir, il était en proie à des souffi-anccs vives , étant dépouillé par tout 
le corps de son épiderme. Le derme était rouge écarlate et exü'èmement 
douloureux. Une diète sér ère, de légers laxatif salins , des boissons aci¬ 
dulées , et des potions calmantes pour procurer un peu de sommeil, suf¬ 
firent pour le guérir en six semaines. 

Quand l’eczema rubrum commence, la peau est chaude, rouge, enflam¬ 
mée et couverte de petits points saillants argentés, qui croissent pendant 
trois ou quatre jours pour acquérû- la grosseur d’une tête d’épingle, et 
former de véritables vésicules, qui, au bout de sept à huit jours, se 
flétrissent et se terminent par exfoliation, en laissant au-dessous d’elles 
ime sm’face rougeâti'e parsemée de petits points arrondis, entourés d’un 
liséré blanchâtre irrégulièrement découpé. Cette heureuse ternuuaisonn’a 
pas toujours lieu, surtout si on a opposé un traitement incendiaire au 
mal. Alors rinflammation augmente au lieu de diminuer, les vésicules 
gro-ssissent, se brisent, et laissent suinter un liquide séreux abondant 
qui ne tarde pas à prendre une couleur laiteuse par suite du contact 
de l’air sur une surface enflammée privée de son épiderme et excoriée 
dans tpielipies points. Peu à peu la rougeiu' diminue, le liquide devient 
moins abondant, des lamelles minces et humides se fonnent d’abord, puis 
des squammes sèches tpii sont remplacées par d’autres plus minces, et 
enfin, après quati-e, cinq ou six septénaires, la peau finit par reprendre 
sa couleur accoutumée, en perdant peu à peu de sa rougeur de la cir¬ 
conférence au centre. D’autres fois enfin il passe à l’état chronique, et 
devient une maladie rebelle, grave, cl souverainement incommode. 

Tous les eczema peuvent passer à l’état chronique, soit parce que des 
eru])tious successives ont épaissi le tissu de la peau, soit parce qu’il a été 
irrité par l’éconlement d’un licpnde excitant, soit enfin par une influence 
générale, comme une affection du foie, une phlegmasie chronique du 
tube digestif, l’époque critique, ou toute autre disposition générale qui 
échappe à l’observation. Sous ces diverses causes la peau, au lieu de re¬ 
prendre son étal naturel, s’enflamme, se gerce, s’excorie ; une sérosité 
abondante s exhale ; il se forme des squammes de consistance, de couleur 
et d’éteudue variées. La dméepeut être de quelques mois comme de pli:- 
sieurs années, et au moment où on le croit à son terme, on voit les surfaces 
malades se recouvrir d’une éruption nouvelle quelquefois très-considé¬ 
rable, mais ordinairement moindre que celle qui existait auparavant. 



( !>y ) 

L’eczema chronique, souvent borné à une partie, peut envaliir toute 
la surface du corps. C’est alors une maladie grave qui est fréquemment 
liée avec ime altération plus ou moins profonde des viscères importants; 
tantôt un écoulement de sérosité abondant s’y joint et affaibbt rapide¬ 
ment le malade, tantôt de larges squammes se forment et recouvrent 
des surfaces d’iui rouge écarlate ; elles sont plus ou moins épaisses, sèches 
ou molles, suivant l’abondance de l’écoulement. Dans les eczema impe- 
tiginodes chroniques, ü n’est pas rare de voir des croûtes épaisses recou¬ 
vrir des points fort étendus de la peau, qui après leur chute restent d’un 
rouge intense sur beaucoup de parties, mais d’un aspect violacé quand 
ils occupent les jambes. J’ai vu des eczema chroniques qui atteignaient 
le corps entier, et qui aux membres inférieurs étaient accompagnés de 
pourpre hémorrhagique. Une autre forme de l’eczema est celle dont j’ai 
en ce moment plusieurs exemples à Saint-Louis. La peau se coutTe de 
squammes ressemblant à des écaiUes de poisson qui chevauchent les unc.s 
sur les autres, dont l’éruption est bornée par un eercle rouge plus ou 
moins foncé. Leur chute laisse apercevoir un tissu fortement enflammé. 
Dans d’autres cas, derpoints de la peau ti'ès-rougcs sont recouverts 
d’écailles extrêmement petites, blanches, et qui lui donnent un aspect 
farineux. Les écailles sont plus ou moins épaisses et plus ou moins adhé¬ 
rentes , suivant l’intensité et la durée de la maladie. Dans les anciennes, 
elles sont souvent sèches et recouvrent des parties qui n’ont aucun suinte¬ 
ment apparent. Elles ont alors une si grande ressemblance avec des 
squammes de psoriasis, qu’il faut un œil très-exercé pour les distinguer. 

Le tissu de la peau éprouve des altérations très-variées quand la ma¬ 
ladie a une longue durée ; il s’épaissit, se gerce, se fend, et les ongles 
deviennent malades. D’autres fois, après un suintement abondant, il 
s’ulcère, se boursoufle, et prend un aspect mamelonné. 

Les eczema chroniques de la tête et du cou sont à coup sûr les plus 
fréquents. C’est quand ils sont couverts de squammes blanches qu’ils 
donnent à la tête l’aspect qui a été désigné sous le nom de teigne amian 
tacée : très-rebelles de leur nature quand ils atteignent cette partie, ils y 
sont marqués le plus fi'cquemment par im suintement abondant, surtout 
derrière et autour des oreilles, dont fréquemment la peau s’épaissit au 
point de les rendre hideuses, et de boucher complètement le conduit au¬ 
ditif. C’est dans l’eczema rubrinn clironiquc qu’on a nié l’existence des 
vésicules ; mais c’est parce qu’on n’a pas assisté à son développement, 
et s’il est vrai que le suintement vient de toute la surface à une époque 
avancée, il n’est pas moins wai qu’il naît de vésicules agglomérées. et 
qu’il s'étend par le même mécanisme. 

Quand la maladie se guérit, on voit toujours le suintement eommen- 
TOMR xxm. 5'' Mv. 7 



( 98 ) 

cer k iliniinuor, les sqisammcs devenir de plus en plus sèches et min¬ 
ces , la rongeur diminuer d’intensité, cl la maladie s’effacer en allant 
de la circonférence au centre. 

Quoicjue bien des fois on ait confondu l’eczema simplex avec la 
gale, il ne faut qu’un peu d’attention pour les distinguer : les vésicules 
do l’iin sont groupées, sans démangeaisons ; les autres sont isolées ; des 
sillons qui contiennent dcsacarus les accompagnent, et un prurit insup¬ 
portable les fait facilement distinguer. L’eczema rulirum ne peut èti'e 
confondu avec aucune autre maladie sans un défaut d’attention inex¬ 
cusable. L’eczema impetiginodes à l’état chronique ressemble à l’eczema 
rubrura, et l’absence de pustules isolées ne permet pas de le confondre 
avec l’impétigo. Dans l’état aigu, les larges surfaces qu’il recoim-e, 
l’état de ses pustules , qui ne contiennent qu’une sérosité purulente, et 
qui sont la plupart du temps vésiculeuscs à leur début, et enfin le ré¬ 
sultat de la sécrétion, qui ne forme que des squammes minces, sont des 
caractères qui diffèrent des pustiües isolées, pleines de pus et peu éten¬ 
dues de l’impetigo, et descroiilcs inégales, jaunes, chagrinées, épaisses, 
qui sont le produit de leur sécrétion ; enfin l’eczema impetiginodes ne 
laisse aucune trace apres lui, et des cicatrices très-apparentes peuvent 
être la suite d'un impétigo. 

Je l’ai déjà dit, l’eczema simplex est une maladie légère qui se ter¬ 
mine promptement par les moyens les plus simples ; le rubi nm cl l’im- 
petiginodes peuvent aussi, quand ils sont convenablement traités, n’avoir 
qu’une durée bornée ; mais quand ils occupent de grandes surfaces et 
qu'ils s’accompagnent d’une lièvre intense, ils conslilucnl déjà une in.i- 
ladie grave, qu'une bonne médication peut amener à bien en deux ou 
trois septénaires ; mais si dès le principe on ne les a pas bien dirigés, on 
doit s’estimer heureux si l’on peut les guérir en six semaines ou deux mois 
de traitement ; Irequemment alors ils revêtent la forme chronique , et 
leur terme ne peut cire assigné. 

C’est surtout ceux quixicnnent chez les femmes à leiu'époque critique, et 
les hommes d’un ceilain âge, qui, ax-ec beaucoup d’embonpoint, mènent 
une vie sédentaire, que l’on voit facilement pa.s.ser il l’état chronique. 

Quant à ce dernier, le pronostic peut en être très-grave, s’il occupe 
une grande étendue , s’il dure depuis longtemps, enfin s’il est compli¬ 
qué d’une lésion profonde des organes abdominaux. Ce n’est pas quel- 
quelois impunemcnl qu’on cherche à les guérir- et qu’on supprime un 
écoulement abondant dont l’économie s’est fait une habil-.de, et qu’on 
fait disparaître ce large cxutoii-e. 

Pour traiter cette maladie, il faut en avoir une grande habitude, et 
être médecin capable. 



l 99 ) 

Le lichen agrius est aussi une maladie qui s'accompagne de vésicules 
et de suintement; mais les papules sur lesquelles elles sont assises for¬ 
ment des aspérités qui le font facilement reconnaître. 

Au reste, l’erreur ne serait pas gi-ave, car il se guérit par les mêmes 
moyens que les eczema aigus. 

Traitement. —11 est peu de maladies contre lesquelles on ait dirige 
un plus grand nomlme de ti aitements que contre l’eczema ; voici ceux 
qu’une longue pratique et que des ohservations faites avee conscience et 
bonne foi sur plusiems milliers de sujets, m’ont engagé à adopter dans/j 
les diverses espèces que je viens de décrire. J’ai déjà tracé en quelquest 
mots le mode de traitement que j’emploie dans l’eczema simplex ; il est ei^. 
tout conforme à celui" indiqué par mon ami le docteur Cazenavê ,'^ 
dans son excellent Traité des maladies de la peau. Des boissons dé- " 
layantes, des bains simples, une tisane d’orge , de la limonade légère, 
sulllsont dans le plus grand nombre de cas. Quand la maladie parait 
s’étendre après quelques jours de durée, j’ai l’habitude de purger faible¬ 
ment , et même de rccoim-ir les parties affectées de catapla.smes dé 
fécule. 

Chez les jeunes gens cela suffit quaü'c-vingts fois sur cent ; mais sur les 
fcnmies d’une quarantaine d’années, et sur les jeunes filles qui ont déjà 
été atteintes de cette maladie, l’on Aoit les eczema revenir instantanément; 
ceux surtout qui ont la forme de bracelets et qui envahissent toute la 
circonférence des avant-bras, et près de la moitié de sa hauteur. Ils 
vont en s’étendant, changent de caractère, et passent à l’état d’eczema 
rubrum léger. Une application de sangsues au-dessus et au-dessous du 
mal suffit ordinairement pour l’arrêter, et des cataplasmes émollients 
achèvent la guérison. L’eczema rubrum, quand il débute en cnvahbsant 
tout un membre, le cou en entier ou le front et les oreilles, s’accompagne le 
plus ordinairement d'un gonflement douloureux et d’un mouvement fé¬ 
brile qui se calme au bout d’un, deux, trois ou quatre jom'S. Après vingt- 
quatre heures de diu’ée, je fais saigner du bras, et si besoin est, poser vingt 
à trente sangsues autour des pai-ties malades, qu’on recouvre de cata¬ 
plasmes de fécule. Je tiens les malades à une diète austère, à l’usage 
des bains tièdes avec une deuii-livre d'amidon, et j’administre en¬ 
core deux laxatifs. 

La tisane de pensée sauvage le matin, la limonade dans la journée, 
composent la boisson ordinaire. J’ai rarement besoin d’une autre médica¬ 
tion. Mais il est des eczema qui débutent d’uno manière foudroyante ; 
tout le corps est envahi en quelques heures ; aprè.s trois ou quatre jours, 
répiderme s’enlève, un énorme suintement s’écoiüe d’une surface vive¬ 
ment colorée en rouge, très-enflammée et douloureuse ; du sang même 



( 100 , 

•s’en échappe queltpiefois. Toujours dans ce cas je joins les saignées lo¬ 
cales aux générales ; je coinTe les parties de compresses froides que je 
fais constamment renouveler, et il peut arriver qu’en quelques heures je 
sois assez heureux pour arrêter la marche de la maladie. Des irrigations 
d’eau froide m’ont également réussi dans quelques cas. Cependant j’aime 
encore mieux, apres les compresses d’eau froide et souvent avant, faire 
appliquer des cataplasmes de fécule tiède entre deux linges, et tenir les 
malades pendant plusieurs heiu'es dans des bains de 23 à 27 degrés de 
'’^^cmpératiirc, thermomètre ccntigi-ade. Toujours dans ces cas j’ai recours 
cjwx purgatifs salins, à une diète absolue, à des lavements émollients, 
à une tisane adoucissante et antiphlogistique dans les premiers temps, 
légèrement dépurative après le premier septénaire. Malgré cette mé- 
■ wdication, l’eczema, après avoii- paru céder, peut reparaître avec une 
y intensité nouvelle ; j’ai alors recours aux préparations antimoniales, au 
sulfure, par exemple; j'en administre 20 centigi-ammes par jour, avec 
40centigrain. d’extrait de douce-ampre, et je reviens aux purgatifs tous 
les trois ou quatre jours, en insistant en même temps sur le traitement 
local. L’eczema impetiginodes peu intense disparaît rapidement avec des 
applications de cataplasmes de fécule, des bains, des lavements émol¬ 
lients , des tisanes rafraîchissantes ; mais il n’en est point ainsi quand il 
envahit la tête, le cou et les oreilles, les avant-bras et les mains. J’ai 
vu cette éruption avoir l’air de céder aux médications rationnelles, et 
sévir ensuite avec une nouvelle intensité. 

Les douches de vapeur, et ajn-ès quelques faillies mochficateurs delà 
peau, sont des médications dont on peut retirer de bons effets. Les lo¬ 
tions d’eau de son, d’eau légèrement savonneuse, des pommades com¬ 
posées avec un sixième de cérat soufre et cinq portions de cérat ordi¬ 
naire, ou bien ax'ec 20 ou 30 centigi-arames d’oxyde blanc de zinc avec 
16 grammes de cérat, ou une pommade faite avec ime partie de gou¬ 
dron végétal et 30 d'axonge ou de cérat, qu’on emploie avec pru¬ 
dence, peuvent amener une prompte guérison. 

Le traitement des eczema chroniques doit varier suivant l’état des par- 
lip.s, les causes qui les ont produits et qui les entretiennent, et les com¬ 
plications qui viennent s’y joindre. En général, quand un eczema 
présente de larges surfaces ronges et suintantes qui se recouvrent de 
■sipiammes plus ou moins épaisses, je commence toujours par des cata¬ 
plasmes de férule, des bains généraux et une limonade végétale; après 
quelques jours, je remplace la tisane par une infusion de seabieuse , de 
pensée sauvage ; et si l’éroHlement est abondant, par une limonade mi¬ 
nérale. Si l’inllanmiation persiste quand le mal est borné, je fais faire 
une ou deux applications .de .sangsues autour du point malade, et je 



; loi ) 

pi’eici'is des bains gélatineux, des purgatils tous les sept à huit jours. 
Quand ce traitement a tari l’écoulement séreux et apaisé l’inflammation, 
je commence avec réseive l’emploi des modificateurs ; car si l’on agit 
trop vivement, au lieu de diminuer le mal on l’augmente. Les pom¬ 
mades , les bains alcalins, les eaux d’Engliien ; les lotions d’eau et 
d’extrait de Saturne, quand l’eczema a sou siège aux jaml)es et qu’il 
•s’accompagne de pétéchies, produisent de bons effets. 

Dans les cas d’eczema chi-ouiques qui ressemblent à des psoriasis, où 
des squammes larges, nombreuses, recouvrent une peau rouge sans 
suintement apparent, ainsi que dans les eczema de la tête et du cou, où 
un suintement peu abondant forme des milliers de petites écailles blan¬ 
ches, après huit où dix jours d’un ti'aitement émollient, je fais oindi'e la 
tête avec une pommade composée d’une partie de goudron végétal sur 
vingt d’axonge, et je purge une ou deux fois. Le succès qu’on obtient par 
cette médication mérite de fixer l’attention de médecins praticiens. J’ai 
recueilli récemment vingt-deux observations d’eczema chronique datant 
de quinze mois, deux ans, et de quinze ans chez une jeune femmè de 
trente et un ans, qui en portait un epû,' ayant commencé à l’époque de 
la puberté, avait successivement envahi la tête et le cou, la poitrme et 
tous les membres supérieurs. J’ai été assez heureux pour guérir cette 
dernière en six semaines de temps ; ches les autres, les eczema ont cédé 
avec la même facilité. Eu général, lorsque les eczema suintent peu, cette 
médication réussit à merveille. 

Tous les eczema ne cèdent pas aussi facilement ; il en est de tellement 
rebelles qu’ils font le désespoir des malades et des médecins. Parmi eux 
il faut citer ceux qui atteignent les organes de la géuéi’ation et la marge 
de l’anus. Les démangeabons cjui les accompagnent sont souvent intolé¬ 
rables, et forcent les malheureux patients à se gratter jusqu’au sang. 
L’insomnie est presque continuelle ; il y a perte d’appétit et un décou¬ 
ragement incroyable. C’est aussi cette classe de malades qui a le plus 
souvent recours aux charlatans, à l’homoeopathie, et à tous les arcanes 
qu’on débite sin la voie publique. C’est après avoir passé par toutes ces 
sources impures qu’ib recoinent à vous ; et si vous ne les guérbsez pas 
en quelques jours, ils vous quittent encore pour chercher aUleiu's un 
soulagement à leurs maux. 

Quand on a à traiter des maladies de ce genre, il faut commencer par 
des émollients, des narcotiques, et des préparations de plomb ; des bains 
(le deux ou trois hem es deux fois par jom-, deux ou trois applications de 
sangsues, des lotions d’une décoction de jusquiamc et de têtes de pavots; 
pom-boisson une Innonade minérale et deux ou trob ven’cs d’eau de Sedlitz, 
sont lés premiers moyens à employer; les lotions d’eau de Goidard, les 



( loa ) 

bains et les douches de vapeur j les pommades au calomel et à l’alun, les 
bains avec dix grammes de deuto-cblorm-e, que l’on peut porter jusqu’à 
la dose de 16 grammes, viennent ensuite, ainsi que l’usage interne 
d’eau d’Engbicn ou de toute autre eau légèrement sulfureuse. Il n’est 
pas rare de voir cette maladie résister à toutes les médications les mieux 
dirigées, quand auparavant elle a été exaspérée par des traitements peu 
convenables. 

Les potions calmantes sont quelquefois la seule ressource qu’on ait 
pour apaiser les douleurs. 

U est enfin des eczema qui couvrent toute la surface du corps ; l’aspect 
de ces malheureux malades est hideux; une sm-face rouge, fisse, offre 
partout des plaies ou des cicatrices, des écailles molles qui, en se détachant, 
laissent suinter une quantité de sang quelquefois assez considérable. Le 
corps est amaigri, les fonctions digestives souffrent, le foie est engorgé. 
Une fiètTe lente les consume, le dévoiement est presque continuel, des 
alcérationsintcstinalcsse développent sans qu’on puisse s’y opposer, et la 
mort seule peut metti'e un terme à leur souffrance. Bictt, à qui la thé¬ 
rapeutique des maladies de la peau doit beaucoup , a essayé , contre les 
larges eczema chroniques invétérés, la teinture de cantliarides et les 
préparations arsenicales, dont il a obtenu plusieurs fois des succès re¬ 
marquables. Melim anceps quàm nullum. Pour moi, j’ai aussi em¬ 
ployé ces moyens énergiques dans ces cas désespérés, et dans les pem- 
phigus chroniques qui couvraient toute la peau ; mais sous leur adminis¬ 
tration ou pendant leur emploi, jai vu un dévoiement colliquatU aggraver 
la situation du malade, et je n’ai pas eu le meme bonheur que Biett. •:} 

Lorsque sous l’influence d’un traitement un eczema vient à disparaître 
subitement, et qu’il arrive des accidents graves dans l’un des principaux 
viscères, ou des épanchements dans les séreuses, il finit à l’instant le 
suspendre, recoutTir les parties malades de cataplasmes de farine de graine 
de lin légèrement saupoudi'ée de moutarde, et agir rapidement sur les or¬ 
ganes malades , soit par des évacuations sanguines, soit par des laxatifs, 
si l’on veut empêclier des accidents graves et prévenir quelquefois une 
mort prompte. Les médecins qui sont étiangci-s au traitement des mala¬ 
dies de la peau ne sauraient trop se mettre en garde contre la facilité 
qu’on a depreserfre des bains sulfureux, des pommades au soufre et au 
mcrciu'c dans le traitement des eczema, sm'tout au commencement de 
la maladie : ces moyens, au lieu de le diminuer, augmentent le mal. Dans 
d’autres articles, je reviendrai sin cette maladie, parce que c’est celle 
qui se présente le plus souvent à l’obseivation, et qu’il faut bien la 
connaître ; et je passerai ensuite en revue les diverses maladies de la 
peau. Émerv. 



( 103 ) 


THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


DÊ l’emploi DÈ L’ÉLECTRO-PUÏfCTDIVE DANS LE TRAITEMENT DES SURDITÉS 
TENANT A LA PARALA'SiE DD NERF ACOUSTIQUE. 

La pathologie des organes auditifs, c’est un fait incontestable, a fait 
depuis trente ans de notalilcs progrès. U est plusieui’s affections de 
l’oreiUe dont la cause était jusqu’ici ou négligée ou inconnue, qui, 
mieux appréciées aujourd’hui dans leur nature, guérissent assez faci¬ 
lement par l’emploi des moyens thérapeutiques qui leur sont propres. 
De ce nombre sont certaines surdités catarrhales, et celles qui tien¬ 
nent à un état pathologique du pharynx, des amygdales ou de la trompe 
d’Eustachc. Des gargarismes, des cautéiisations, le cathétérisme de la 
trompe d’Eustache, l’injection de l’air dans l’oreille par ce conduit, 
ü’iomphent assez souvent des altérations dont il est question. 

Mais il n’en est pas de même des surdités par paralysie du nerf 
acoustique. Ici, malgré les travaux remarquables des médecins distin 
gués qui ont fait des maladies de l’oreille l’objet spécial de leur étude, 
toujours même obscurité sur les causes, toujours meme impuissance des 
moyens ciu’atils. 

Mou but, dans cet article, est d’appeler de nouveau l’attention de 
mes confrères sur une méthode pour ainsi dire abandonnée dans ces 
cas, et à laquelle j’ai du, depuis quelques mois, des succès inespérés 
dans la surdité par paralysie du nerf acoustique; cette méthode, ou 
plutôt ce moyen, c’c.st rélcctro-puncturc employée, je crois, d’une 
manière plus directe, plus rationnelle qu’on ne l’avait fait jusqu’à 
présent. 

Avant d’en venh <à la description de mon procédé, et aux obseiva- 
tions particiüièrcs qui en montreront les avantages, dirai-je un mot 
sur quelques-unes des causes qui avaient amené la paralysie du nerf 
acoustique, et la surdité chez les malades que j’ai eu à traiter, soit à 
l’hôpital Saint-Louis, soit en ville? J’ai noté, comme causes les plus 
fréquentes chez ces sujets, l'exposition dans un courant d’air froid, la 
commotion, la dentition. La paralysie du nerf acoustique, du reste, 
peut être, comme toutes les autres, complète ou incomplète ; elle peut 
SC borner h une oreille ou frapper les deux à la fois. L’on conçoit ti’ès- 
bicn que, dans une secousse qui Aient ébranler violemment la tête, 
le nerf très-mou qui conduit le son peut être décliii-é : alors la sur¬ 
dité est complète et incurable. Mais il est des cas, et j’en ai observé, 
où la commotion n’a eu pour conséquence que l’ébranlement du nerf. 



( 104 ) 

qui alors a bien subi une atteinte dans ses fonctions, mais n’a pas été 
désorganisé. Dans cette dernière circonstance, la facidté auditive n’est 
que pour un temps abolie ; elle se rétablit d’elle-même, ou peut être réta¬ 
blie par- le traitement. Le nerf acoustique peut être aussi paralysé par l’ac¬ 
tion des ondes sonores trop violentes. Itard a rapporté des exemples 
d’artilleurs devenus sourds derrière leurs pièces. J’ai connu un indi¬ 
vidu qui avait été frappé de surdité par suite de l’habitation dans un 
clocher où se trouvaient des cloches d’une grande dimension; cet 
homme, devenu sacristain, ayant été enlevé à l’action de cette cause, a 
recouvTé l’ouïe. La dentition peut aussi être une cause de la paralysie 
du nerf acoustique : Itard le pensait. J’en ai observé, il y a peu de 
temps, un exemple chez une petite fdle de l’hôpital Saint-Louis. L’on 
peut comprendre comment, à la suite de l’inflammation des gencives et 
de l’irritation du nerf dentaire, se manifeste cette paralysie, en réflé¬ 
chissant que le nerf acoustique s’anastomose au fond du conduit audi¬ 
tif interne avec le nerf facial, qui donne naissance à une branche que 
l’on appelle corde du tympan, laquelle a des communications avec la 
cinquième paire qui, comme on le sait, fournit le nerf dentaire. 

Quoi qu’il en soit, ce que nous répétons ici, c’est que la cause la 
plus ordinaire de la paralysie chez nos malades, a été l’exposition à 
im courant d’air. Les sujets qui se sont présentés à nous avaient la 
plupart commencé à éprouver les symptômes d’une irritation du con¬ 
duit auditif, de la caisse et de la trompe d’Eustachc, mais sans sup¬ 
puration; puis, peu à peu, après des bourdonnements dans les oreilles,, 
après des douleurs fugaces dans la tête, ils avaient vu graduellement 
l’ouïe perdre de sa finesse, et enfin, après un temps plus ou moins 
long, et jamais instantanément, ils étaient devenus sourds. 

Chez aucune des persoimes que nous avons ti-aitées, il n’y avait 
aucun obstacle à la libre circiüatiou de l’air, ni des sons, ni dans le 
conduit auditif, ni dans les trompes d’Eustache ; la gorge était nette et 
les amygdales avaient leur volume normal. 

Notis dirons encore que ce n’est qu’apres avoir soumis ces malades, 
sans aucun résultat notable, aux divers ti-aiteinents ; qu’après avoir 
employé inutilement chez eux les dérivatifs sm- le canal intestinal, les 
vésicatoires derrière les oreilles, les moxas ; (ju'après avoir’ fait des in¬ 
jections dans le conduit auditif, dans la trompe d’Eustache ; qu’après 
avoir usé de la cautérisation, que, n’apercevant chez ces différents su¬ 
jets aucune amélioration, ou tpte de très-légères, nous avons songé à 
agir dir ectement sur l’orgarte de l’audition lui-même, au moyen de 
l’électr-o-puncture, afin de réveiller la sensibilité du nerf acoustique. 

Voici en effet la manière dont nous employoïrs l’électricité; l’on verra 



( 105 ) 

tjue nous touchons au mécanisme lui-même, en vertu du(|uel le nerf 
acoustique doit être rappelé à ses fonctions, quand elles ne sont pas 
complètement perdues. 

La sonde d’Itard est iiilroduite par la fosse nasale dans la trompe 
d’Eustaclie, et dans cette sonde on fait glisser une longue aiguille fine à 
acupuncture, de manière à venir l’implanter dans un point des parois 
de la trompe d’Eustachc, tandis que l’autre extrémité sort en dehors de 
la sonde ; une autre aiguille à acupunctm-e est implantée dans la mem¬ 
brane du tympan, on arrive dii-cctemcnt et siu-ement sur cette mem¬ 
brane, à travers le condnit auditif externe, en faisant élever le pavillon 
de l’oreille par un aide. Cela fait, l’on passe l’un des fils conductem's 
d’une pile galvanique, dont l’auge est préalablement chargée avec l’eau 
et l’acide hydrochloriqiie, dans l’œil d’une des aiguilles, et au moyeu du 
conducteur de l’autre pôle de la pile on touche l’aiguille opposée. 

J’ai emplojœ d’abord en commençant huit paires de la pile, puis je 
suis arrivé à dix, à douze panes, enfin j’ai été jusqu’à mettre dix-huit 
pmres, et dans ce moment j’ai des malades à l’hôpital Saint-Louis'qui 
ont subi plusieurs séances, et chez lesquels j’agis at cc la pile entière, 
dont l’auge renferme quarante paires métalliques. 

A l’instant on les deux pôles sont mis en communication, il y a un 
ébranlement très-douloureux dans l’oreille et dans la tête, avec mouve¬ 
ments convulsifs de la face ; mais cette secousse et cette doulein cessent 
immédiatement. Chez une sciUe malade, l’impression s’en est fait sentir 
pendant huit jours, mais tout s’est borné à une légère douleur sans acci¬ 
dent , laquelle s’est éteinte d’eUe-mcmc. Il faut ajouter que les malades 
qui sont soumis à l’électricité de cette manière sont pendant quelques 
instants comme étourdis, et conservent quelque temps après rexpérieuee 
un air étonné. 

La séance se borne le plus souvent h une seule secousse, quand les 
malades sont irritables ; j’ai donné deux et même trois seconsses chez les 
personnes dont la sensiltilité est plus obtuse, et qui ont déjà été soumises 
à l’électro-punctnre. 

En général, je mets huit jours entre chaejue épreuve. 

Parmi les faits que j’ai recueillis, je citerai les suivants : 

Obs. I. Une jeune fille nommée Spenger, âgée de douzc'ans, demeu¬ 
rant rue du Faubourg-Poissonnière n° 10 bis, est entrée à l’bâpital 
Saint-Louis le 8 juillet dernier, pom’ y être traitée d’une surdité de l’o¬ 
reille droite, résultant de la parah'sie du nerf acoustique de ce côté. Cette 
paralysie datait desept ans, et était sm-venue sans qu’on pût eu dire la 
cause. Depuis ce temps, cette petite fille ne pouvait percevoir aucun son 
ar ticulé ; quand ou lui parlait, même très-haut, elle n’entendait de cette 



( 106 ) 

oreille qu’un boiu'donnewcut confus. Il y avait eu, il y i quelques an^ 
nées, un écoulement puriforme par le conduit auditif extei-ne, mais il 
avait cessé; la malade n’éprouvait aucune douleiu'. Les injections di¬ 
verses n’ayant en rien modifié cette surdité, qui était complcle à droite, 
je pris le parti de recourir, le 23 juillet, à l’éleclio-punclure. J’introdui¬ 
sis, comme je l’ai dit, la sonde d’Itard, puis l’aiguille à acupuncture, 
puis faisant élever le pavillon de l’oreille, j’implantai la seconde aiguille 
dans la membrane dit tympan, et j’établis le courant électritpie. A l’ins¬ 
tant la malade eut des mouvements convulsifs des muscles de la face, 
et ressentit dans rorcillccl dans la tête connue des coups violents très- 
douloureux; je retirai les aiguilles et la .sonde, l’opération était terminée. 
La malade resta qucbptcs instants comme étourtlie, puis elle se remit 
complètement; je lui adressai alors la parole, et quel fut mon étonne¬ 
ment! la surdité avait complètement disparu par cette seule secousse 
électrique, et la malade percevait, de la manière la plus distincte, tous 
les mots qui étaient prononcés, tous les sons, ([iielque faibles (ju’ils fus- 

Le lendemain et les jours suisants cette guérison se maintint; néan¬ 
moins, je voulus répéter faction électrûpie le 26 juillet ; tout se passa 
comme la première fois ; mais cette expérience ne pouvait rien doimer 
de nouveau, car la première avait complètement guéri la malade, ce 
qui a été sulfisammcnt établi pour tous les assistants par un séjour de 
plus d’une semaine qu’a fait encore cette jeune fille à l’hôpital. 

Obs. IL Marquette, âgée de vingt-sept ans, avait eu une ouïe pai'- 
faite jusqu’à l’àgc de dix-buitans, époque ou elle eut la petite vérole. A 
la suite de cette maladie, celte femme vit ses facultés auditives diminuer 
peu à peu, jusqu’au moment où elle devint sourde à peu près complète¬ 
ment. Lors(pi’elle vint me consulter à l'hôpital Saint-Louis, elle n’enten¬ 
dait qu’avec la plits grande peine, même quand on criait très-fort, et 
encore confondait-elle ce qu’onlni disait. Cette malade présentait une par¬ 
ticularité qu’Itard a notée, c'est qu’au milieu du bruit, étant par exem¬ 
ple dans une voiture qui roulait avec fracas sur le pavé, elle entendait 
ce qu’on lui disait, meme en n'élevant pas la voix, et qu'elle n’entendait 
plus lorsque la voiture s’arrêtait et que le silence se rétablissait. Cette 
singularité tient-elle à f ébranlement imprimé au corps, et par suite au 
nerf auditif lui-même? Nous ne saurions le dire, cl nous nous bornons 
seulement à noter ce fait. 

Comme chez nos auti’os malades, nous avons constaté chez celle-ci 
f absence de toute altération du côté de la gorge et du conduit auditif. 

Nous avons donc songé dès lors à combattre cette surdité par l’élec¬ 
tricité, au moyen des deux aiguilles, l’ime dans la trompe d’Eustaclie, 



{ 107 ) 

l’autre dans la membrane du tympan ; nous avons établi le courant gal¬ 
vanique ; deux secousses, presque coup sur coup, ont été données à cette 
malade, et lui ont fait éprouver de vives douleurs ; elle est restée étour¬ 
die et étonnée quelques instants. Mais immédiatement elle a annoncé 
elle-même qu’elle entendait U'ès-bien. En effet, elle a distingué aussitôt 
avec facilité les paroles que nous lui avons adressées à voix basse. De¬ 
puis lors, et il y a plusieurs semaines, celte guérison ne s’est pas dé¬ 
mentie. 

Obs. in. Uncuré de la Normandie avait éprouvé une douleur d’oreille 
à la suite d’un comant d’aii- ; peu à peu son ouïe avait baissé, enfin il 
était devenu à peu près complètement sourd, car il fallait crier ti’ès-fort 
poiu'se faire entendi'e, même incomplètement. Il est venu àPai'is, où 
je l’ai soumis à l’électricité. Deux secousses lui ont été données comme 
à la malade précédente, dans une première séance, et autant dans une 
seconde, qui a eu lieu huit jours après. Une amélioration très-marquée 
a suivi chaque expérience. Ce prêtre a été obligé d’aller reprendre la 
direction de sa cure, et n’a pas pu terminer son ti’aitemcnt ; néanmoins, 
quand il est parti, il entendait assez distinctement. Cette guérison laisse 
bien quelque chose à désirer ; néanmoins, nous avons appris que le 
mieux que nous lui avons procuré s’est parfaitement maintenu. 

Obs. IV. M. Le B..., demeurant rue Croix-des-Petits-Champs, a 
reçu mes soins pom- une simdité par suite d’une paralysie des deux nerfs 
acoustiques. M. Le B..., d’une constitution nerveuse, a vu graduellement, 
sans cause connue, s'éteindre dans les deux oreilles la facidlé auditive, 
n dit n’avoii-jamais eu de suppm ation du conduit auditif, ni éprouvé 
aucune maladie de la gorge. Son état l’expose à des courants d’air- fré¬ 
quents. Lorsque ce malade s’est présenté à moi, il n’entendait que très- 
dillGcileinent, et encore fallait-il crier à tue-tèteà sesorcilles. 11 a remarqué 
aussi que dans la rue, lorscpi’il y avait beaucoup de bniit, il entendait 
mieux que dans son appartement. Deux séances d’électricité qui ont eu 
lieu à huit jours d’intervalle, et composées chacune de trois secousses 
galvaniques, ont rétabli complètement chez ce malade la fonction de 
l’ouïe. Cette guérison s’est également maintenue parfaite. 

Je pom’rais augmenter le nombre de ces observations, mais comme 
elles se ressemblent à peu près toutes, cela n’ajouterait rien au fait pra¬ 
tique que je veux établir ; il suifira dédire que j’ai traité jusqu’ici au 
moins une cinquantaine de malades, présentant par suite de la paralysie 
du nerf acoustique une surdité complète ou incomplète. Je puis assurer 
que chez plus de la moitié de ces malades la surdité a été entièrement 
enlevée, on considérablement diminuée. 

Nous désirons que les faits rpie nous produisons ramènent les méde- 



; 108 ) 

cins à l’emploi de l’électricité daus la surdité par paralysie du nerf 
acoustique. Itard avait établi l’opimon que ce moyen était tiès-raremciit 
utile; il déclarait n’en avoir retiré aucun effet dans les diverses circon¬ 
stances où ill’avait mis en usage. Mes nouvelles recherches contredisent, 
comme on le voit, l’opinion d’Ttard. Quant à expliquer la différence 
qui existe dans nos résultats, ou ne le pourrait que par la différence du 
procédé employé par chaciui de nous pour mettre en jeu l’électricité ; 
or, Itai’d ne dit p;is la manière dont il a utilisé cet énergique agent de 
cimation. 

Ce que nous pouvons aflirmer, c’est que l’élccU-o-puncture, employée 
par nous comme il a été dit, a amené constamment une amélioration 
marquée chez les individus qui étaient sourds depuis longues années, et 
qui paraissaient complètement incurables ; et que par- son usage, nous 
avons vu chez les personnes moins profondément atteintes, les facultés 
auditives devenir aussi complètes que si le nerf n’avait pas été paralysé. 
Nous ajoutons que les sujets que nous avons suivis assez longtemps 
après leur guérison entendaient aussi complètement, aussi parfaitement 
que le jour meme de l’emploi de l’électricité. 

Ce procédé agit en effet avec beaucoup de force et d’énergie ; l’élec¬ 
tricité balaye pour ainsi dire toutes les voies de l’audition, elle ébranle 
tout le système neiveux de l’oreille; sou action est portée par la corde 
du tympan, qui traverse le tambour sur le nerf facial, et enfin par les 
anastomoses sur le nerf acoustique paralysé. 

Ajouterons-nous, en terminant, un mot relativement à l’action qu’a 
pu avoir chez nos malades la piqîire de la memltrane du tympan? Nous 
savons qu’on a prétendu av où- guéri quelques surdités, par la seule ou¬ 
verture de cette membrane. Nous ne rechercherons pas si ces faits sont 
exacts, nous dirons seulement (pie chez nos malades il n’y a pas eu rup- 
tm e de cette membrane, qu’il y a eu simplement pùjûre par une aiguille 
exüêmementdéliée, qui n’a pu produiie aucune perte de substance. Du 
reste, nous avions acupunetmé cette membi-ane chez plusieurs sujets, 
avant d’employer chez eux l’électricité, et cela n’avait rien produit. 
N’avons-nous pas vu, du reste, certains malades chez lesipielsil a fallu 
recomir deux, trois fois, et même chez quelques-uns, six, sept, et huit 
fois différentes à l’électro-puncture pour obtenir la guérison? Si la piqûre 
.seule du tympan avait pu rendre l’ouïe, elle aurait été efficace à la pre¬ 
mière fois. Cette objection ne peut donc Être laite à l’action de l’électi-i- 
cité, qui à elle seule a pos.scdé l’action cm'ative dans les cas tpte nous 
avons rapportés consciencieusement. 


JoBERT DE L.t.MBALLE. 



{ 109 •; 


np. I,\ r.AtTTÉRISATlON rBARYNGÉE AVF.C LF. NITRATE ACIDE DE MF.RCURE 
DANS QCELQUES AFFECTIONS SPÉCIALES , 

Par M. Patax, chirurgien en chef de iTI61eI-Diea d'A« *. 

L’aiTière-bouclie est une de ces régions du corps qui, thérapeutique¬ 
ment parlant, ne nous paraissent pas aA’oir encore suflisarameiit fixé 
l’attention des pathologistes, bien que de fort habiles praticiens s’en 
soient occupés. Le gosier est en effet une espèce de confluent où finissent 
d’une part les fosses nasales et la bouche, ou commencent le larjnix et 
l’oesophage, et aA'ec lequel Anennent communiquer encore les organes de 
l’ouïe par le moyen des orifices pharyngiens des trompes d’Eustache. La 
membrane murpieuse qui en tapisse la cavité, étant elle-même la conti¬ 
nuation de la muqueuse de la bouche et de celle des narines, va se porter 
ensuite dans les conduits laryngés et œsophagiens pour les tapisser égale¬ 
ment et y éprouver les modifications vitales et sensoriales qui sont pro¬ 
pres à ces organes. * 

■ Que d’autres parties importantes ne reinai-quons-noiis pas encore vers 
la région pharyngée? C’est d’abord le plexus pharyngien, cet admii-able 
entrelacement nerveux formé par les rameaux spéciaux que lui envoient 
le pneumo-gastrique, le glosso-pharyngien, le nerf grand hypoglosse, 
un rameau du ganglion cervical supérieur du grand sympathique, le nerf 
laryngé supérieur et un filet du nerf spinal. Ce sont tons ces rameaux qui, 
inextricablement unis entre eux, forment cette espèce de consensus ner¬ 
veux qui constitue une étroite et sympathique union entre les divers 
organes auxquels leurs filets vont propager l’innenation et la vie. 

C’est encore dans ce voisinage que cheminent le pneumo-gastrique, le 
nerf spinal, le grand hypoglosse, le glosso-pharyngien, que se trouvent 
les deux ganglions cen icaux supérieurs du grand symjiathiquc et le filet 
de communication qui les unit l’im à l’autre. C’est dans le même voisi¬ 
nage que coulent librement les colonnes sanguines des artères carotides 
internes et externes, ainsi cpie le sang noir des x'-olumineuses veines jugu¬ 
laires internes. 

Voyez aussi combien sont nombreux les étals morbides qui se décla¬ 
rent en cette région. Nous troux-ons d’abord la phaiynigite franche avec 
tous les phénomènes qui peuvent caractériser une inflammation de cette 
nature dénuée de toute complication ; ensuite l’angine catarrhale ou ton- 
■sillaii-e, l’angine aphteuse, l’angine couenneuse ou pseudo-membra¬ 
neuse, l’angine gangi’éneuse et l’angine syphilitique. Dans la xrariole, la 
scarlatine, la rougeole, la muqueuse gutturale devient encore le siégé 


' Eslrait «tu Mémoire 





( 110 ) 

d’une pWegmasie que l’on pourrait avec quelque fondement dénommer, 
selon le cas, angine varioleuse , scarlatincüsc, ruLéolique. —Dans les 
maladies chroniques des poumons ou des hronclies, la muqueuse guttu¬ 
rale manque rarement d’être plus ou moins affectée. — D’étroites sym- 
patliies lient la muqueuse gutturale avec la peau, ce qui occasionne par¬ 
fois des états maladifs en ce point provenant de répercussions intempes¬ 
tives de maladies cutanées. 

Depuis que nous avons plus spécialement porte notre attention sur 
cette partie du coi-ps, nous avons reconnu encore en elle d’autres états 
maladifs qui restent souvent inaperçus et dont nous dirons un mot tout à 
l’heure. Qui ne sait enfin que dans bien des affections .spasmodiques, des 
phénomènes remarquables, et qui le paraîtraient bien davantage s’ils 
étaient moins communs, se remarquent encore du côté du gosier? Qui 
ne sait le phénomène encore Lien peu compris de la houle hystérique, 
cette espèce de jugulation nerveuse? Et cet autre phénomène des éti-eintes 
spasmodiques qui, dans certaines conditions nerveuses encore, chez les 
femmes surtout, opposent parfois un obstacle invincible à toute déglu¬ 
tition, même des substances liquides, comme une de mes malades m’en 
offre en ce moment un remarquable exemple ; étreintes spasmodiques 
qui acquièrent leur summum d'intensité dans les cas d’hydrophobie? 

Je disais qu'il existait quelques états maladifs peu étiubés, résidant en 
cette région. Il n’est point rare en effet de trouver des sujets qui, tout 
en ayant les apparences de la santé, se plaignent d’un certain état de 
sécheresse de l'arrièrc-houche, et même parfois de douleurs confuses et 
sourdes à peine perceptibles, qui les portent souvent à vouloir avaler la 
salive, à expectorer des muco.sités que, par une fausse sensation, ils 
croient y exister. Cet état détermine souvent aussi une petite toux sèche, 
assez incommode. On n’attache pas généralement d’importance à ces 
symptômes : on se, contente de conseils insignifiants; cependant ces 
signes morbides méritent plus d'attention, car ils indiquent souvent le 
début de maladies plus sérieuses. Je suis meme assez porté à croire que 
parfois la phthisie peut bien être la conséquence de ces petites toux sèches 
qui ne reconnaissent pour cause qu'une irritation pharyngée. Eh bien, 
si dans ces cas la langue est abaissée par les doigts indicateurs et mé¬ 
dius apputéssur elle, tandis ipic le pouce appuie derrière le menton, 
au-devant de l'os hyo'idc, ce ipii constitue le meilleur procédé explora¬ 
teur de la région pharyngée, et que l'on examine alors ce qui sc passe 
dans l’arricre-bouchc, on sera étonné de trouver généralement quelque 
altération dans ra.spect de la muqueuse qui la tapisse ; tantôt on la verra 
pâle, tantôt d’un rouge très-intense, tantôt couverte d'une espèce de 
pseudo-membrane, tantôt représentant un état comme variqueux, etc. 



( 111 ) 

Je suis entré dans ces détails préliminaires pai'cc que j’ai eu souvent 
recours à la cautérisation avec le nitrate acide de merciue étendu d’eau, 
ou même pur, pour corriger plusieurs des états morbides dont il a été 
question. J’ai relaté aussi les connexions les plus importantes qu’avait le 
plexus pharyngé, car nous aurons à dire comment, par cette même cau¬ 
térisation, nous avons pu parfois stimuler des organes éloignés qui 
avaient besoin de l’être. Comme c’est facile à comprendre, si une forte 
stimulation, telle que celle qui résulte de l’application d’un caustique, 
est produite siu- le pharynx, elle ne peut que se transmettre au plexus 
pharyngé, caché et protégé par la muqueuse de cette cavité, lequel à 
son tour la communique conmie une décharge électrique aux nombreux 
fdets qui viennent commiiniquer avec lui ou qui en partent. Par là en 
effet on peut exciter le poumon, l’estomac, la langue, etc. ; on peut 
même, nous le croyons du moins, tendre de la sorte à régulariser cer¬ 
taines fonctions altérées dépendantes de la vie organique. Quelques 
exemples, quelques observations serviront à démontrer ces assertions ; 
mais avant d’en venir à l’indication des états morbides auxquels la cau¬ 
térisation pharyngée nous paraît devoir s’appliquer avec avantage, 
disons un mot sur la maniéré de pratiquer celle-ci. 

* Nous nous servons à cet effet, au moins le plus souvent, d’un mé¬ 
lange de cinq ou six parties d’eau, avec une-de nitrate acide de mer¬ 
cure pur, ce qui constitue un liquide doué encore de beaucoup de force. 
Si plusieurs cautérisations sont necessaires, ce qui arrive assez souvent, 
les proportions du caustique sont plus fortes ; ([uelqucfois même celui-ci 
doit être pur. quand on se propose par exemple de produire une stimu¬ 
lation d’une très-gi'andc énergie. Pour porter le liquide caustique, nous 
noussenons d’qn de ces pinceaux en poils de blaireau, ramassés en 
faisceau, et fixés à l'extrémité d'un tuyau de plume à écrire, et tels que 
les'marchaïuls de couleurs les vendent. Ce pinceau, étant préalablement 
emmanché d’une lige quelconque, assez longue, nous le trempons dans 
le liquide caustique, et, après avoir mis à découvert l’arrière-gorge, en 
abaissant la langue avec les deux doigts, de la manière que nous avons 
indiquée, nous promenons rapidement le pinceau dans la cavité pha¬ 
ryngée. La sensation jiremiere ipi'éprouve le malade est d’abord assez 
pénible, mais elle se calme bientôt par un gargarisme aqueux, dont on 
fait immédiatement usage. — Quelquefois ces cautérisations sont 
suivies de iimisécs, de quelques vomissements même,- qui ne sont pas dé¬ 
favorables aux malades. — Trois ou quatre jours après une première 
cautérisation, on peut en faire une seconde, etc. —Après la cautérisa¬ 
tion, la muqueuse pharyngée blanchit légèrement ; une excitation assez 
vive est produite sur elle; beaucoup de mucosités sont par suite expec- 



( 112 ) 

torées par les malades ; quelquefois même, dans leiu's eftbrts, ceux-ci 
rendent de véritables débris pseudo-membraneux, surtout lorsque la 
cautérisasion a été faite avec le caustique très-concentré. Dans la pre¬ 
mière journée, les malades sont comme atteints d’une véritable angine 
gutturale ; mais tout ceci ne tarde pas à s’apaiser, et à laisser les mala¬ 
des dans un bien-être réel. 

La cautérisation pharj-ngée avec le nitrate acide de mercure con¬ 
vient contre les angines qui entretiennent la toux ; c’est à nos yeux le 
moyen le plus efficace pour en finir xite avec les irritations ebroniques 
de l’arrière-bouclie, et avec les symptômes morbides qui en dépendent... 

Appelons maintenant l’attention, par des faits, sur quelques autres 
applications de la cautérisation pharyngée, par nous pratiquées contre 
des états morbides où, certes, on ne se serait pas de prime abord avisé 
qu’elle put convenir. 

Irritation gutturale; hémoptysie; palpitations nerveuses; Insomnies, etc. 

Cautérisation pharyngée; guérison. 

M. H..., brasseur de bière, âgé d’environ trente-quatre ans, maigre, ve¬ 
nait d’avoir quelques accès d’hémoptysie, et avait été saigné deux fois. Son 
médecin, à cause de ses nombreuses occupations, le négligeant un peu, il 
me fait prier d’aller le voir. Je le trouve très-préoccupé de .son état, mai¬ 
gre, éprouvant des douleurs vagues çà et là dans l’intérieur de la poitrine, 
croyant avoir un goût de sang dans la bouche, rendant cneore parfois des 
crachats un peu colorés de sang, éprouvant fréquemment des mouvements 
tumultueux du côté du coeur, qui passent ensuite; n'ayant que peu d’appé¬ 
tit. 11 me manifestait le désir que je le saignasse encore, ce à quoi je ne 
voulus pas consentir, m’étant contenté de lui conseiller un régime léger et 
restaurant, du repos, de la tranquillité d’esprit, quelques boissons adou¬ 
cissantes. 

Je le revois quelques jours après; son état ne s'est point amélioré; tou¬ 
jours les palpitations nerveuses, les douleurs vagues de la poitrine, le som¬ 
meil agité, l’appétit incomplet, une toux sèche qui se produit fréquemment, 
quelques picotements du côté du gosier. Le malade a une grande tendance, 
à s’impatienter, et c’est alors, quand il cède à la colère, qu’il éprouve une 
agitation générale qui lui était naguère inconnue, et qui se manifeste princi¬ 
palement dans la poitrine cl lui fait craindre quelque hémorrhagie bronchique 
ou pulmonaire nouvelle. 

Ce qui me paraissait le mieux indiqué dans cette circonstance, c’était de 
régulariser l’action nerveuse de la poitrine, qui, chez ce sujet, était sur¬ 
excitée. Mais quel devait être le moyen d’y parvenir? quelques essais, dans 
des cas analogues, de la cautérisation pharyngée me portèrent à recourir à 
ce moyen, et la confiance qu’avait en moi le malade, qui comprenait fort 
bien, du reste, que les autres moyens que l’on employait contre -son état, 
même la digitale, dont j’avais omis de parler, n’.agissaient t|He comme de 
très-impuissants palliatifs, le porta à consentir à ce moyen. Cautérisant, en 
effet, le pharynx, j’agissais secondairement par là même sur le plexus plia- 



( 113 ) 

ryngé, et par ce dernier et par la transmission do l'cxcitaiion qu’il devait 
éprouver, je pouvais réagir sur le pueumo-gaslrique et môme sur le système 
ganglionnaire, qui, lui aussi, concourt à la formation des plexus pulmo¬ 
naires et cardiaques. Ayant donc abaissé la langue, je promenai le pinceau 
humecté du liquide caustique à un sixième dans le gosier; le malade se gar¬ 
garisa immédiatement après. M. U.cracha beaucoup dans le jour, rendit 

beaucoup de glaires, pour me servir de son expression, éprouva de la cuis¬ 
son vers le gosier. — La nuit d’après fut des plus calmes : le malade dormit 
d’un sommeil tellement tranquille, que depuis un mois il n’en avait pas 
éprouvé d’aussi bienfaisant et d’aussi durable. 

Je revois le malade deux jours après; son état est satisfaisant; il m’an¬ 
nonce que depuis la cautérisation il n'éprouve plus ces bouillonnements de 
la poitrine, ces palpitations incommodes qui l’aifectaient péniblement; l’ap¬ 
pétit est aussi revenu; il se sent en un mot bien mieux; la toux est bien 
diminuée aussi. 

Quelques jours après, à la suite d’une émotion qui lui a été causée par une 
colère, il se sent encore fatigué, agité comme auparavant, et demande lui- 
mème une autre cautérisation. Je porte encore le pinceau jusque dans l’ar¬ 
rière-bouche. Cette nouvelle application du caustique fut la dernière. Comme 
la première fois, il survint encore de la tranquillité et la cessation des symp¬ 
tômes d’agitation nerveuse. Pour empêcher cette fois une autre récidive, 
nous recommandons au malade d’éviter tout ce qui peut lui occasionner 
quelque émotion pénible; nous lui prescrivons de fumer des cigarettes de 
feuilles de belladone, de porter de la flanelle sur le corps, de prendre des 
crèmes au racabout, et même le lait d'ânesse, pour lui donner un peu d’em¬ 
bonpoint. Ces conseils furent suivis, et ce malade n’a plus eu d’hémoptysie ni 
aucun autre des indices qui nous avaient fait redouter l’invasion d’une phthi¬ 
sie tuberculeuse. 

Quelque étrange qu’il puisse paraître d’abord d’avoir employé la 
cautérisation pharyngée pour’ combattre ces spasmes thoraciques, le 
succès que j’ai obtenu, et sm’lequel je comptais, n’en justifie pas moins 
ce moyen thérapeutique d’un nouveau gem-e, que je me permettrai de 
recommander puissamment dans des cas analogues. Voici un autre fait, 
qui pourrait au besoin encourager pour agir de la sorte dans de pareilles 
circonstances. 

M''® Del... avait offert pendant quelques jours les symptômes d’une lièvre 
gastrique; mais nous voyons ensuite, avec quelque surprise, que la conva¬ 
lescence ne se déclarait pas franchement. Ainsi, la malade n’avait presque pas 
d’appétit; la lièvre était presque nulle, mais il y avait parfois, souvent même, 
des palpitations nerveuses qui n’existaient pas avant la maladie. Le sommeil 
manquait, ou plutôt était fréquefnment interrompu : la malade se plaignait 
de toux et de picotements vers le gosier, qui ne paraissaient pas étrangers à 
la production de celle-ci. — Trouvant dans ce dernier symptôme une indica¬ 
tion à l’emploi de la cautérisation pharyngée, je fus d’autant plus enclin à 
y recourir, que j’espérais qu’elle dissiperait l’espèce d’anxiété, d’agitation 
nerveuse de la poitrine. Eu conséquence, sans prévenir même la malade de 
ce que j’allais faire sur elle, je lui lis ouvrir la bouche et promenai rapide- 
tohk xxiii. A' HY. 8 



( 114 ) 

ment le pinceau dans l'intérieur de la région pharyngée. Il se passa alors les 
phénomènes que nous remarquons dans ces cas : il y eut de ta cuisson, mais 
modérément, dans rarrièrc-liouche; la malade crachota beaucoup de muco¬ 
sités épaisses, dans le jour; dans la soirée, elle fut saisie d’un sommeil très- 
calme; toute la nuit, presque, se passa dans un sommeil peu interrompu. Le 
lendemain, l’appétit s’était bien déclaré, la malade se sentait plus forte; elle 
se leva, et cette fois la convalescence fut des meilleures. Rien autre chose 
ne vint déranger la guérison. 

N’est-ce pas, dans ce cas, à la régularisation de l’action nerveuse, 
procurée par la stimulation du liquide caustique, qu’il faut attribuer l’a¬ 
mélioration survenue, et la cessation des palpitations? Nous croyons 
qu’il n’y a pas lieu d’en douter. 

J’ai employé, à l’exemple du doctem' Diicros jeune, de iVIarsciUe, qui a 
surtout préconisé la cautérisation pharyngée dans une brochure qu’il a 
publiée l’an dernier, ce moyen contre l’épilepsie ; mais moins heui-cux 
que lui, car il prétend avoir de la sorte guéri plusieurs fois cette redouta¬ 
ble maladie, je n’ai obtenu que des améliorations, mais non des guéri¬ 
sons. 11 est vrai que dans les quatre cas de cette maladie que j’ai eu a 
traiter, je n’ai pas insisté fort longtemps sur ce moyen. Chaque fois , 
pourtant, la maladie a été amendée pendant la durée des cautérisations. 

M. le docteur Ducros jeune a aussi annoncé avoir obtenu d’excellenb. 
résultats de la cautérisation pharyngée dans des cas de surdité, même 
de surdi-mutité, cpi’il serait quelquefois parvenu à guérir par ce moyen. 
Nous n’avons pas eu occasion de l’employer nous-mênic ; mais (piehptes 
entrevues que nous avons eues av’ee le docteur Dueros ne nous permet¬ 
tent pas de refuser croyance aux résultats qu’il a annoncés. — Nous 
concevons parfaitement, au reste, que la forte stimidation que la cauté¬ 
risation produit sur la muqueu.se pharyngée puisse sc propager, par la 
trompe d’Eustache, jusqu’aux nerfs de l’audition, et exciter utilement 
lem' action, lorsque la surdité ne tient qu’à un état de paralysie , de 
stupeur des nerfs acoustiques. 

Des expériences directes, faites par nous à l’aide de la cautérisa¬ 
tion pharyngée, nous ont démontré qu’il n’y a pas de meillciu- moyen 
d’arrêter les accès d’asthme essentiels. Qui ne sait combien ces états 
morbides de l’appareil respiratoire, qui pour la plupart des auteurs 
sont des névroses, sont parfois insupportables par l’anxiété dans laquelle 
ils mettent les malades, qui semblent à chaque instant menacés d’expi¬ 
rer par défaut d’air, etc., et combien sont généralement inefficaces les 
moyens ordinairement employés, je ne dirai pas pour guérir cette ma¬ 
ladie, mais même poiu calmer les accès paribis d’ime durée ti’ès-fati¬ 
gante? Or, les résultats que j’ai obtenus pour calmer certains états ner 
veux de la poitrine m’ont donné l’idée d’étendre ce moyen à l’asthme ; je 



( m ) 

n’ai eu qu’à m’applaudir de son emploi. On peut en juger par l’obser¬ 
vation'suivante. 

M”' M..., tapissière, âgée d’environ trenle-huii ans, mère de plusieurs 
enfants, commença, il y a une dizaine d’années, à souffrir quelque peu d’ac¬ 
cès asthmatiques rares alors. Ces accès sont peu à peu devenus plus fré¬ 
quents, malgré une foule de remèdes pris et ordonnés par un habile méde¬ 
cin. Enfin, depuis une demi-année, elle ne passait pas de mois sans être 
atteinte de quelque accès dont la durée est de plus de huit jours. — Elle 
vint me consulter, pour la première fois, le 29 octobre de l’an dernier. Elle 
avait alors un accès qui durait depuis huit jours et qui la fatiguait beau¬ 
coup. Je me contentai, pour cette fois, de lui conseiller un bain de pieds sl- 
napisé, une infusion de lierre terrestre pour boisson, une potion àormétisée. 

Le 2 novembre, la malade vient me revoir; elle n’avait, au reste, que la 
rue à traverser pour se rendre à mon cabinet. Je la trouve toujours fort op¬ 
pressée, ne pouvant pas lier deux mots de suite par le besoin incessant de 
respirer. Depuis treize jours, me dit-elle, elle ne dort pas, ou presque pas, 
obligée qu’elle est, à cause de sa suffocation, de se tenir assise sur son lit. 
La pâleur de sa figure, ses yeux cernés d’une espèce d’auréule noirâtre, In¬ 
diquent assez la fatigue produite chez elle par l’insomnie. Elle mé demande 
instamment de lui procurer quelque soulagement. — Je lui déclare alors 
franchement combien nous sommes peu avancés pour le traitement de cette 
maladie; mais je lui fais entrevoir le calme que la cautérisation du pharynx 
pourrait produire chez elle. Elle n’eut pas de peine h y consentir, tant elle 
était ennuyée de cet état. Je la touche donc au pharynx avec le pinceau Im¬ 
bibé du nitrate acide de mercure étendu de cinq parties d'eau. — L’exçit?- 
tioh locale fut vive; pendant une demi-journée la malade rendit beaucoup 
de-glaires; bientôt elle comprit que sa respiration était plus libre : un besoin 
pressant de dormir s’étant déclaré, elle fut se coucher, et pendant dix heu¬ 
res elle ne cessa de dormir. A son réveil, elle s’aperçut du grand calme 
qu’elle avait recouvré, car sa respiration était devenue libre, et elle put re¬ 
prendre dès ce moment ses occupations comme avant son accès. 

Le 6 novembre, je fais une nouvelle cautérisation, par pure précaution. 

La malade resta sans nouvel accès jusqu’au 26 décembre suivant, c’est-à- 
dire pendant un mois et trois semaines. Cette fois, la fatigue plus grande de 
cette personne, à cause des fêtes de Noël, fit renaître une nouvelle atteinte 
d’asthme, et, le 29 décembre, la malade, comprenant que sou accès, quoi¬ 
que moins fort que les précédents, se continuait, vint me demander d’em¬ 
ployer encore le pinceau. Je consentis donc à la cautériser encore, et cette 
fois, comme la précédente, l’accès s’arrêta dans quelques heures, et un pro¬ 
fond sommeil s’ensuivit. 

Cinq mois et demi se sont ensuite écoulés sans nouvel accès; c’est au 
point que je considérais cette personne comme guérie, lorsqu’un nouvel ac¬ 
cès survint, qui fut encore arrêté, dès le deuxième jour, par une nouvelle 
cautérisation. — C’était vers le milieu de juin. 

EnBn, ces jours derniers, savoir le 1.5 septembre, un autre accès durant 
depuis quatre jours, cotte malade est venue réclamer de nouveau la cautéri¬ 
sation, qui, comme précédemment, a été suivie prochainement, après l’expui- 
lion de beaucoup de mucosités, dç la cessation de la suffocation et d’un som¬ 
meil réparateur des plus doux. 



(116) 

Nous avons remarqué chez cette malade : 1“ la cessation prompte des 
accès toutes les fois que nous avons employé la cautérisation, et le retour 
du calme et du repos ; 2“ un retard très-prononcé dans l’apparition des 
nouveaux accès ; 3" moins d’intensité dans la manière d’cti-e de ces der¬ 
niers ; en un mot, une amélioration telle que nous n’aurions pu l’espérer 
d’aucim autre moyen. 

Chez une seconde malade, asthmatique encore, mais à un degré bien 
plus intense, et dont la mère avait été aussi, pendant une vingtaine d’an¬ 
nées, incommodée d’une névrose pareille, j’ai encore employé la cau¬ 
térisation poiu- suspendi-e les accès. J’en venais réellement à bout, les 
accès meme parai.ssaient d’abord moins rapprochés ; touteibis, n’obte¬ 
nant pas toute l’amélioration que j’aurais désirée, j’ai lini par abandon¬ 
ner la malade. 

Nous avons, au reste, la conviction que lorsque l’asthme est essentiel, 
c’est-à-dire qu’il n’est pas syn)ptomatiquc de quelque lésion organique, 
la cautérisation pharyngée constitue un moyen sûi' de diminuer la durée 
des accès et même de les faire cesser ordinaii’eincnt dans quelques heu¬ 
res ; à nos yeux, c'est même le seul moyen h peu près auquel nous ayons 
confiance dans des cas semblables. Nous avons même étendu quelquefois 
cette pratique à certaines gênes habituelles de rcspii’er, vulgairement 
nommées courtes - haleines, et constamment axec une amélioration 
sensible pendant quelque temps. Est-ce seulement à l’abondante ex- 
puition de mucosités qui accompagne la cautérisation pharyngée qu’il 
làut attribuer le mieux que nous obtenons dans ces cas de dyspnée? ou 
bien cst-cc à l’excitabilité puissante qui est par là imprimée à l’innerva¬ 
tion pulmonaire ? Nous n’hésiterons pas à nous prononcer en faveur de 
cette dcinière hypothèse. Dans l’asthme ou les dyspnées intermittentes, 
comme dans les dyspnées continues, qui ne tiennent pas à des lésions 
organiques, nous pensons que c’est le système nei-veux qui est affaibli 
momentanément ou continuellement, et que l’indication la plus ration¬ 
nelle consiste à le stimuler par les moyens qui peuvent être à notre dis¬ 
position. Or, un des plus efiicaces à nos yeux, c’est la cautérisation pha¬ 
ryngée avec le caustique diffusible dont nous parlons. 

Si nous avions plus de temps, nous donnerions plus d’extension à nos 
idées sur la cautérisation pharyngée. I^a thérapeutique, qui est encore 
trop incomplètement fixée siu- ce moyen, me paraît devoir en retirer 
de précieux avantages. Attendons que l’avenir nous éclaire à l’égard de 
cette médication, sur laquelle l’attention commence à peine à se porter. 
11 nous semble qu’il y a là un vaste champ ouvert à l’investigation de 
la pratique médicale. Encore une fois, attendons, et peut-être l’expé¬ 
rience démontrera que par ce moyen on pourra remédier à quelques-unes 





( 117 ) 

de ces névroses pour lesquelles l’art de guérir est, il faut en Convenir, 
encore bien inefficace. 

Payais. 


CHIMIE ET PHARMACIE. 


SUR QUELQUES PRÉPARATIONS OFFICINALES AYANT 


BASE LE CITRATE 


Le Journal de Chimie médicale donne la formule suivante pour la 
préparation du citrate de fer. 

Prenez : Acide citrique cristallisé. . . 3 parties. 

Peroxyde de fer hydraté. . . 2 

Eau distillée.12 

On fait bouillir jusqu’à la dissolution complète de l’oxyde ; on filtre, 
et on ajoute assez d’eau pour remplacer ce qui a été évaporé, et complé¬ 
ter douze parties de liquide. 

Si l’on veut avoir le ciü-ate sec, on n’a qu’à en verser une légère cou¬ 
che sur un carreau de verre que l’on porte à l’étuve bien chauffée. 

Le citrate ferrique obtenu comme il vient d’être dit est d’un beau 
rouge rutüant ; il se dissout très-bien dans l’eau, mais lentement. Sa sa¬ 
veur est fortement acide, astringente et même un peu styptique. 

Depuis quelques années, c’est-à-dire depuis que ce sel a été décidé¬ 
ment introduit dans le domaine de la thérapeutique, on en rencontre 
deux variétés bien distinctes dans le commerce de la dr oguerie : l’une de 
ces variétés offre les caractères que je viens d’assigner au citrate de 
peroxyde de fer pim; l’autre présente des cai-actères tellement op¬ 
posés, qu’il suffit de la plus simple inspection chimique pour se con¬ 
vaincre que l’on a affaire à un composé salin différent du premier. Ce 
dernier citrate est d’un rouge verdâtre foncé ; il se dissout incomparable¬ 
ment plus vite dans l’eau que le citrate pur, et sa dissolution , au lieu 
d’être d’un rouge jaunâtre, est d’im vert tirant sur le jaune. 

Enfin, sa sax'eur est plutôt alcalûie que ferrugineuse : en un mot, ce 
composé est une espèce de citrate double contenant, outre le sel ferrique, 
une proportion plus ou moins forte de soude on d’ammoniaque. De là l’ex . 
plication de la différence de saveur que présente le sirop de citrate ferri¬ 
que prépar é dans telles ou telles phar macies d’ailleurs également recom¬ 
mandables. 

Or, comme il est incontestable pour moi que ces deux préparations 
martiales doivent avoir des propriétés médicales différentes, les alcalis 




c 118 :i 

ne pouvant être impunémcnl introduits dans l'économie, je crois tju’d 
serait convenable que les médecins désietnassent à l’avenir, d’une manière 
toute spéciale, si c’est au citrate de peroxyde de fer acide ', ou bien au 
citrate de fer alcalin auquel ils désii-cnt s’adresser. Voici comment il 
conviendi-ait de régtdariser les fominles phârinaceutiques ayant pour 
base l’oxyde ferrique uni à l’acide citrique. 

Sirop de citrate de fer acide. 

Prenez ; Sii’op de sucre. . . . 500 grammes. 

Citrate ferrique sec. . 8 grammes. 

Faites dissoudre à froid le citrate ferrique dans cinquante giaiiimes 
d’eau ; cela fait, placez le sirop sm' le feu de manière à lui faire perdre 
par évaporation juste la propoi-tion d’eau qui a servi à dissoudre le ci¬ 
trate , chose facile à obtenir en faisant usage de la balance, et ramenez 
ensuite le sirop aii degré de cuisson primitive au moyen de la solution 
ferrique. 

Ce sirop renferme un demi-gramme de citrate de peroxyde de fer par 
trënte grammes. Cette préparation offre une saveur martiale très-mar¬ 
quée. 

Sirop de citrate de fer alcalin. 

Prenez : Sirop de sucre. . . . 500 grammes. 

Gtrale ferrique sec. . 8 gi'ammes. 

Bi-earbonate de soude. 4 gr ammes. 

Faites dissoudre le citrate, ajoutez le bi-earbonate, et opérez du reste 
eoittntè ei-dessus. 

Eau gazeuse ferrée. 


Prenez : Eau. 695 grammes. 

Citrate ferrique sec. ... 1 gramme. 

Aride citrique. 4 grammes. 

Bi-earbonate de smtde. . . 5 grammes. 


Ajoutez d’abord le sel de fer et l’acide citrique, puis le bi-caiironatc de 
soude, et bouchez immédiatement, en ayant soin d’assujettir convenablé- 
nient le bouchon. 

Ces deirx dernières préparations n’offrent presque pas de saveur ferr’U- 
ginfcnse. Le sirop est bien moins désagréable an goût que le précédent, 

1 Je propose de désigner sous le nom de dtrate de fer acide ie citrate 
Jérriqu» des ^imistes, et sous le nom de gitrale de fer alealin le citrate de 
fer pur, saturé par la moitié de son poids de bi-carbonato de soude. 







( 119 ) 

et l’caii gazeuse, bien que contenant 5 centigrain. de citrate pai' 30 gram¬ 
mes , est au moins aussi agréable au goût que l’eau de Vichy ; mélangée 
avec du vin, elle n’en trouble pas la transparence, comme cela a tou¬ 
jours lieu avec cette dernière. Enfin elle est très-certainement plus active 
(|ue l’eau de Vichy ; aussi croyons-nous qu’elle pourrait la remplacer avec 
quelque avantage. 


nu PROTO-SULFURE DE FER HYDRATÉ, GOMME NOUVEL ANTIDOTE ' 

DU SUBLIMÉ CORROSIF, PAR L. MIALHE. 

11 résulte de mes expériences que le proto-sulfure 'de fer hydraté, 
corps tout à fait inerte, décompose instantanément le sublimé corrosif 
en donnant lieu à du proto-chlorure de fer et à du bi-sulfure de mer¬ 
cure, c’e.st-à-dirc à deux substances totalement inoffensives, propriété 
précieuse qui me porte à proclamer le sulfure ferreux à l’état d’hydrate 
comme constituant l’antidote par excellence de ce terrible poison. 

Je pubberai prochainement les détails de mes recherches chimiques, 
ainsi que les résultats physiologiques des expériences auxquelles je me 
propose de me livrer à ce sujet. Mais voici dès à présent une preuve 
chimico-physiologique en faveiu de l’efficacité de mon contre-poison, 
i|ui me pai'aît avoir une valeur bien réelle. 

Lorsqu’on introduit dans Li bouche quchpics centigrammes de bi- 
chlorure de mercure, on ne tarde pas à avoir cet organe infecté par la 
saveur métallique insupportable qui le cai’aclérise. Eh bien, il suffit 
alors de se gargariser avec de l’hydrate de suLfiu-e de fci' à l’état de 
bouillie claire, c’est-à-dire tel qu’il doit toujoiu's être employé, poiu' 
voir disparaître comme par enchantement la saveur mercurielle dont il 
vient d’être question. Ce fait n’a besoin d’aucun commentaire ; il parle 
assez de lui-même, sans «pt’il soit nécessaire d’en donner ici l’explica- 

Le contre-poison que je propose ne borne pas son effet aux seuls 
composés salins fournis par le mercure; il peut également servir à 
annihiler l’action malfaisante de plusiem\s autres genres de sek métal¬ 
liques, et en particulier de ceux de cuivre et de plomb. (Cette note a 
été coimnimiquée, en mon nom, par M. Soubeiran à l’Académie de 
médecine.) 

—Pour préparer le proto-sulfure de fer hydraté, on lait dissoudre une 
quantité quelconque de proto-sulfate de fer pur dans au moins vingt 
fois son poids d’eau distillée privée d’air par l’ébullition, et ou en opère 
la précipitation au moyen d’une quantité suffisante de proto-sulfure de 



( 120 ) 

isodium (hydro-sulfate de soude) également dissons dans l’eau distillée 
non aérée. Ou laye ensuite avec de l’eau piu-e le proto-sulfure obtenu, 
et on le conserve dans un flacon, bouché h l’émeri, jtlcin d’eau distillée 
bouillie. 

Bien que la préparation du sulfure ferreux soit des plus simples et 
qu’elle puisse être exécutée en quelques instants, il convient néanmoins 
de l’avoir toujours préparé à l’avance, afin de ne pas perdre des mo¬ 
ments toujours précieux quand il s’agit d’un empoisonnement. 

La recommandation de conserver ce .sulfure hors du contact de l’air 
doit être exécutée à la letti’e, ce composé ayant une très-grande tendance 
à passer à l’état de sulfate. 


Win-Eta-E FOEMUTIE POUn t,4 PRÉPARATION DU SIROP DE SAPONAIRE. 

M. Coiisseran, pharmacien à Toulouse, a publié dans le Journal de 
chimie médicale une bonne formule pour la préparation du sirop de 
saponaire. Il recommande de se servir de la racine de saponaire recueillie 
avant la iloraison. 

Prener. : Extrait sec de racine de saponaire 


préparé par l’alcool à 56“ c. . 60 graiiiines. 

Eau distillée. 120 

Sirop de sucre.1,000 


On fait dissoudi’e l’extrait dans l’eau chaude, on 61tre, et l’on ajoute 
la solution au sirop suffisamment concentre. 

Chaque cuillerée de sirop contient les principes médicamenteux de 
8 granimes de racine de saponaire. 


CORRESPONDANCE MÉDICALE. 

SUR UN ACCOÜCHE.WENT DE TROIS JUMEAUX VH ANTS -AVEC ENGAGEMENT 

SIMULTANÉ DE DEUX TÊTES. 

Irf 7 juillet 1842, à cinqhem'es du matin, je fus appelé par une 
sage-femme, me des Prouvaires, 36, auprès d’une dame, mère de 
cinq enfants vivants. Cette dame, arrivée au terme de sept mois et demi, 
était en travail depuis la veille au soir, cinq heures ; les eaux n’avaient 
cessé de s’écouler, les contractions utérines étaient languissantes et fai¬ 
bles; cependant une tête d’enfant était parvenue facilement jusque dans 





; 121 ) 

l’excavation; mais arrivée là, elle n’avait fait aucun progrès. C’est dans 
cet état que je trouvai les choses. 

Je fus frappé tout d’ahoril de la forme particulière du ventre, et 
atussi de son développcnient, qui ne me parut pas en rapport avec le 
terme peu avancé de la grossesse ; le palper abdominal donnait aussi des 
résultats qtii méritent d’être notés; les parties fœtales paraissaient 
irrégubèrcment situées ; elles étaient très-mobiles, et semblaient en 
plus grand nomltre que dans les cas ordinaires. Interrogée siu- le lieu 
où elle ressentait les mouvements actifs, M™' B*** me répondit : « Par¬ 
tout. » Je devais croire à une grossesse gémellaire; l’auscultation cou- 
finna tous mes doutes, mais j’avoue que l’idée d’une grossesseüiple ne 
me vint pas à l’e.sprit. 

I.es battements du cœur fœtal s’cntemhiieiit dans toute l’étendue de 
l’alrdomen, mais sans isochronisme, et avec un caractère différent sui¬ 
vant le point où on les percevait. A gauche, en bas et en avant, les bat¬ 
tements étaient assez forts, mais cependant dépourvus de cette netteté 
ipii caractérise les pidsations du cœ-ur fœtal ; on entendait comme plu- 
.sieui's battements combinés; en haut et à droite, au contraire, les pulsa¬ 
tions , saiLS être plus fortes, étaient bien plus nettement déterminées. 
Après ces investigations, je m’occupai de constater la cause qui s'oppo¬ 
sait à l’expulsion du produit. 

La tête qui se présentait en position occipito-iliacpie gauche anté¬ 
rieure , était petite et n’était pas assez exactement serrée dans l’excava¬ 
tion pour que les contractions, quoique faibles, n’eussent du depuis 
longtemps l’expulser ; il dex ait donc exister un obstacle au détroit supé¬ 
rieur. Ma main droite, introduite assez facilement dans la concavité du 
sacrum, pénétra jusqu’au détroit supérieur. Je reconnus alors la cause 
du retard de l’accouchement. Une seconde tête se présentait immédia¬ 
tement après la première, et était fortement fixée au détroit supérieur. 
Elle s’était logée dans l’espace compris entre la tête et l’épaule du pre¬ 
mier enfant, et s’opposait à l’engagement des épaules de ce premier fœ¬ 
tus. Je parvins à soulever un peu cette tête, puis j’adminLstrai à la mère 
un gi'amme de seigle ergoté fraîchement pidvérisé dans un demi-verre 
d’eau sucrée. Sous l’influence de ce médicament, les contractions se rani¬ 
mèrent; au bout d’un quart d’heine le premier enfant franchissait le dé¬ 
troit inférieur, suivi immédiatement du second. Il était sept hem-es du 
matin. Ces deux enfants, tous deux du sexe masculin, étaient asphyxiés ; 
cependant, après quelques minutes de soins soutenus, à l’aide de l’ex¬ 
position à un air fi’ais, des ablutions froides et des frictions sur la poi¬ 
trine , la respiration s’établit, tons deux jetèrent les cris accoutumés. 

De retour auprès de la mère, je ne fus pas médiocrement smpris de 



( m ) 

trouver encore rabdomeu très-développé ; j’auscultai, et j'entendis 
très-distinctement, en haut et à droite, les liattements du cœur d’un 
ü'Oisieinc enlanl. Je praticpiai iininédiatement le toucher, et je sentis au 
détroit supérietu- une poche amniotique volumineuse ; je la rompis, et je 
pus constater la présence de l’extrémité pehiennc en position sacro- 
iliaque droite postériem'e, et même amioncer aux assistants que ce troi¬ 
sième enfant était du sexe masculin ; j’eus soin toutefois de dissimuler à 
la mère la naissance prochaine de ce troisième enfant. Cette extrémité 
pelvienne s’engagea peu à peu, et à huit heures moins dix minutes l’en¬ 
fant , très-bien portant et bien plus fort que ses frères, respira et cria 
immédiatement. LadélixTance ne s’effectua que vingt minutes après l’ex¬ 
pulsion du dernier produit. J’aurais pu la rendre plus rapide, mais je 
me suis bien gardé de hâter l’expulsion du placenta par des tractions 
prématm'ées et trop énergiques ; 1“ afin de laisser à l’utérus, qui avait 
une si grande distension, le temps de revenir gi-aduellement sur lui- 
même , et de prévenir ainsi l’inertie de cet organe, et l’hémorrhagie qui 
en est la conséquence; 2“ parce que je désirais obtenir ce placenta cu¬ 
rieux aussi intact que possilile. Tout se passa au gré de mes désirs; l’uté¬ 
rus se réti'acta foitement après la sortie du placenta, qui lui-même ne 
subit aucune lésion. 

Cette observation présente plusicius circonstances qui ne sont pas sans 
importance : 

1° La présence de trois jmueaux du même sexe, venus -vivants à sept 
mois et demi. 

2“ Le résultat de l’auscultation, qui, aidée du palper abdominal, me 
permit de constater d’une manière certaine l’existence d’une grossesse 
gémellaire ; de reconnaîti’e aussi la position occipito-iliaque gauche an¬ 
térieure du produit supposé seul, et la présentation du pelvis ainsi que 
la position sacro-iliaque droite de l’autre enfant *. 

3° L’engagement simultané de deux têtes, ce qui^constitue un cas de 
dcstocie peu commim à cause de la rareté des grossesses gémellaires ou 
les produits ont tous les deux la tête placée inférieurement, et surtout 
par suite de la difficulté que deux têtes d’un volume ordinaire éprou¬ 
vent à s’engager simiütanément. Cependant on conçoit que deux têtes 

‘ Dans le diagnostic de celle dernière posiiion, il ne m’a pas été possible 
de reconnaître que c’élait une position sacro-postérieure; je l’avais prise 
pour une antérieure. Ce fait vient encore confirmer ce que j'ai depuis long¬ 
temps avancé, c’est-à-dire que s’il est possibio de distinguer une position 
gauche d’une droite, une présentation du siège d’une présentation de la 
face, il est presque impossible de distinguer une position latérale d’une po¬ 
sition postérieure. 



( 123 ) 

d’enfant bien développées puissent s’engager dans un bassin dont le dé¬ 
troit supérieur’ serait très-large, et dont le détroit inférieur n’aurait que 
des dimensions normales. Cette circonstance serait alors fort gi’ave ; heu¬ 
reusement jamais les jumeaux, à pins forte raison les trijumearrx, n’at¬ 
teignent lem- Tolume normal. 

Üans le cas présent, la tête du second enfant était logée dairs le creux 
du cou du premier; il m’a sufB, pour favoriser l’expulsion de ces deux 
enfants, de soulever un peu la deuxième tête, et d’activer les contrac¬ 
tions utérines ; mais si M“' B*** eût été primipare, si les enfants eussent 
été plus voisins de leur terme, l’introduction de la main entre les parois 
du bassin et la première tête eût été impossible, et par suite la répidsion 
de la deuxième tête n’aurait pu être effectuée. Sans doute, des contrac¬ 
tions énergiques poiui-aient encore ti-iompher de cet obstacle ; mais ce¬ 
pendant s’il en était autrement, quelle conduite l’accoucheur devi'ait-il 
tenir? Après avoir ranimé les contractions utérines , et avoh-, malgré 
cela, constaté leur insuffisance, l’accoucheur, ipi’il ait ou non diagnos¬ 
tiqué la présence de deux jumeaux, dans l’impossibilité où il est de 
constater par le toucher la nature de l’obstacle , devrait appliquer le 
forceps sur la tête qui a pénétré dans l’excavation. Souvent les tractions, 
qui devront dans ce cas avoir’ un certain degi’é d’énergie, suffiront à 
détei’miner l’extraction du premier enfant, dont les épaules glisseront 
entre le déti’oit supérieur et la tête du second produit. L’extraction si¬ 
multanée des deux produits, s’ILs n’étaient pas trop volumineux, poiu’- 
rait encore avoir’ lieu à l’aide de ces tractions, et dans ce cas les 
épaules du premier seiTiraient à extrair’e la tête du second exactement 
(qu’on me passe cette comparaison) comme la corde à nœud k l’aide de 
laquelle on retire un bouchon de l’intérieur d’une bouteille. 

EnGn , ce qui ne peut guère être supposé dans ce cas, si le forceps 
était insuffisant, on n’am’ait d’auti’e recours que dans un moyeir ex¬ 
trême , qui consisterait à aplatir la première tête à l’aide du céphalo- 
tribe , potm frayer un passage à la main jusqu’au détroit supériem’, et 
permettre à cette main de constater la nature de l’obstacle. Cette main 
tenterait la répulsion de la seconde tête, si elle n’était pas impossible ; en¬ 
fin , dans ce dernier cas, il faudrait extraire la tête brisée du produit 
par la détroncation, afin d’exti’aire celle du second àl’aide du forceps. 

Mais je le répète, la nalm e, dans ces cas, se suffit le plus ordinaire¬ 
ment à elle-même, parce que les enfants, presque toujours d’un petit 
volume, s’engagent et se dégagent simiütanément. C’est ce qui aurait 
probablement eu lieu tôt ou tai’d dans le cas qui nous occupe, si les 
contr actions avaient été énergiques. 

Cependant la compression de ces deux têtes était assez forte. En effet, 



( 124 ) 

le coronal du second enfant était déprimé longitudinalement et oblique¬ 
ment, et l’on remarquait un sillon rougeâtre assez profond qui s’éten¬ 
dait de la racine du nez à la fontanelle antérieure, et qui résultait de 
l’impression de la mâchoire inférieure du premier enfant. 

La délivrance , que j’ai conservée, présente deux placentas bien dis¬ 
tincts, entièrement séparés, sans commimications vasculaires, mais 
unis par les membranes. A l’un de ces placentas s’insère un seiü cordon, 
lequel appartient au foetus solitaire, qui était plus fort que ses frères ; 
l’antre en possède deux, qui prennent naissance au même point ; celui- 
ci appartient aux deux fœtus que j’appellerai jumeaux. 

D’après la disposition des membranes , chacun des trois fœtus était 
contenu dans un ainnios isolé, mais les deux jumeaux ne possédaient 
qu’un seul choriou, tandis que le fœtus solitaire avait son amnios et son 
chorion parliculiei’. 

Une seule caduque enveloppait les œufs, car il ne fut pas possible, ni 
h M. Coste, ni à JI. Devilliers fds, ni à moi, d’en trouver des vestiges 
dans les cloisons séparatives des œufs. 

La cloison qui séparait l’œuf du fœtus solitaire des deux autres n’é¬ 
tait formée que d’un amnios, d’mt chorion, d’un chorion et d’un amnios. 
La cloison séparative des deux œufs des jumeaux n’était constituée que par 
les deux amnios accolés. 

Ces trois enfants, assez forts pour des enfants de sept mois et demi, 
suçaient facilement l’eau sucrée qu’on leur présentait. Ils furent enve¬ 
loppés de coton et exposés à une chaleur douce. Malgré ces soins, le plus 
fort succomba le premier, le lendemain de sa naissance ; puis mourut 
le plus fort des deux jumeaux ; quant au plus petit, il ne survécut qu’un 
jour à ses frères. 

J’ai regretté qu’on n’ait pas exécuté dans cette circonstance le conseil 
que j’avais dormé d’avoir une nourrice pom' allaiter ces trois enfants, et 
qu’on se soit contenté d’eau sucrée ; car ces enfants étaient dans des con¬ 
ditions de viabilité qui devaient laisser beaucoup d’espoir de les con- 
senœr. 

Chailly-Honobé, 

Ei-chetde clinique d’accouchements de la Faculté de Paris. 


ON MOT DE RECTIFICATION RELATIVEMENT V LN FAIT DE GUÉRISON 
DU RAMOLLISSEME.NT CÉRÉBRAL. 

Dans le mémoire sur la guérison du ramollissement cérébral que 
vous avez bien voulu insérer dans votre numéro de mai 1842, il s’est 
glissé une erreur de diagnostic, que je. m’empresse de rectifier, aujour- 




( 125 ) 

jourd’hui qu’une ouverture cadavérique m’a permis de la reconnaître. 

Il s’agit de la femme Guérineau. Cette femme avait éprouvé, il y a 
trois ans, une attaque apoplectiforme, accompagnée de cirronstances 
telles, qu’il nous avait paru impossible d’attribuer à une liémorrbagie 
cérébrale les accidents qu’elle présentait : ainsi, augmentation graduelle 
de l’hémiplégie pendant deux joins ; immédiatement après l’attaque, 
crampes douloureuses, fourmillements, puis secousses convulsives dans 
les membres paralysés; fièvre assez forte dès le second jour... Cette 
femme avait été vue alors pai- tous les médecins et les internes de 
l’infirmerie de la Salpêtrière, et tous avaient prononcé le nom de ramol¬ 
lissement ou d’inflammation de la pulpe ccràirale. Depuis, la dispari¬ 
tion graduelle de ces accidents, qui n’avaient laissé qu’un peu de fai¬ 
blesse dans les membres di-oits, avait du me faire croire à la guérison 
d’mi ramollissement ; et c’est dans ce sens que j’avais publié cette ob¬ 
servation. 

La femme Guérmeau est morte, ces jours derniers, d’mie seconde 
attaque, mais dont la marche plus régulière a permis de diagnostirpier 
une hémoiTbagie cérébrale. 

J’ai assisté à son autopsie, grâce à l’obligeance de M. Belin, interne 
du service de M. Bouvier, où elle a succombé : voici ce que l’on a 

La couche optique gauche formait un vaste loyer hémorrhagique, 
plein de sang noir demi-liquide, comprenant un peu de la partie ex¬ 
terne du corps strié, s’oimant par une étroite perforation dans la 
cavité du ventricule latéral, et se prolongeant, mais plutôt sous forme 
de sang infiltré qu’épanché, dans la partie antérieure du pédoncule 
cérébral gauche et de la moitié gauche de la protubérance. 

Dans la substance médullaire qui est en dehors de la couche opti¬ 
que, sous les cûconvolutions qui sont en arrière du lobule du corps 
süié, on trouva une poche dont les parois étaient en contact l’ime avec 
l’autre, sans aucune adhérence. Elle avait l’étendue d’une pièce de deux 
francs. Elle était tapissée d’une membrane lisse, d’un jaimc d’ocre assez 
foncé, épaisse, mollasse et facile à soulever, contenant, dans son épaisseur, 
de petits vaisseaux fort déliés. Au-dessous d’elle, les parois de la poche, 
dans ime épaisseur difficile à apprécier, moins d’un millimètre, offraient 
un peu de dureté et de coloration jaune ; puis au delà, elles étaient par¬ 
faitement saines. 

Dans la partie gauche et postérieure de la protubérance, à l’endroit 
ou les fibres s’écartent pour former le pédoncule, on trouva une cica¬ 
trice allongée, ayant de quatre à cinq millimètres de longueur sur deux 
de largeur et d’épaisseur, blanche et très-dure au centre, jaunâtre 



( 126 ) 

tout alentour. Au centre de la moitié droite de la protubérance, ramol¬ 
lissement gri.sàtre, avec structure un peu celluleuse, dans une étendue 
un peu plus grande que celle d’im noyau de cerise. 

11 n’est pas permis de douter de l’origine de cette cavité de l’hémi- 
splicre gauche, certainement contemporaine des accidents auxquels 
nous avons assisté il y a trois ans (Guérineau a en alors une hémorrha¬ 
gie cérébrale). D’où vient donc cette physionomie insolite qu’üs ont 
présentée, cette physionomie tellement inaccoutumée, que je n’ai ren¬ 
contré ni parmi mes observations ni parmi les faits si nombreux réu¬ 
nis dans la science, aucun fait qui puisse être comparé à celui-ci? 

Il est probable que cela est dû aux lésions que nous avons trouvées 
dans la moelle allongée : dans la moitié droite de la protubérance, 
cette trace incontestable d’un ramolli.ssement ancien; à l’origine du 
pédoncule cérébral gauche, cette cicati'ice sur l’origine de laquelle je 
ne veux pas me prononcer ici. Je le crois d’autant plus volontiers, que 
Guérineau nous avait allirmé n’avoii- jamais éprouvé de sa vie au¬ 
cun accident de ce genre, et que, depuis le mois de septembre 1839, 
je suis certain (pi’ellc n’a rien présenté de semblable. Or, conune il est 
difficile d’admettre que ce ramollissement et cette cicatrice aient pu se 
développer, dans une telle région, d’une façon latente, il faut bien 
supposer que c’est la coïncidence de ces lésions midtiples qui a 
donné lieu à ces phénomènes si remarquables et .si difficiles à inter¬ 
préter. 

Je regrette beaucoup, monsiem- le rédacteur, de m’être ainsi trompe 
dans l’analyse de ce fait ; mais peut-être est-il temps encore de répa¬ 
rer mon erreur : et d’aillems, cette circonstance sera un nouvel, et non 
pas inutile exemple de la réserve avec laquelle il faut diagnostiquer 
les affections cérébrales en général, et de l’obsciuité qui règne, eh 
particulier, dans un grand nombre de cas, sur le diagnostic différen¬ 
tiel de l’hémorrhagie et du ramollissement cérébral. 

Agréez, etc. Max. DüRANn-FABDEt. 

BIBLIOGRAPHIE. 

Précis analytique sur le cancer de l’estomac et sur ses rapports 
avec la gastrite chronique et la gastralgie, par le docteur 
Bahbas, 1 vol. in-8“. 

M. Barras, dont le nom se rattache si honorablement à la réaction de 
la philosophie médicale contemporaine contre la théorie de l’irritation, 



( 127 ) 

poursuit ayec un zèle digue des plus gi-ands éloges scs intéressants tra¬ 
vaux sur la maladie du venti’icnle gastrique. Après avoir forcé la très- 
grande majorité des médecins, peut-on dire, engagés dans une fausse 
route, a distuiguer les affections nerveuses et atoniques de eet organe 
d’avec la gastrite chronique, et avoir formulé d’une manière large les 
bases du traitement dilTérentiel de ces diverses maladies, M. Barras a 
pris pour objet d’études nom elles le sejuirrhe et le cancer de l’estomac. 
L’auteur ici se propose un double but. 11 cherche d’abord à distinguer 
de celte affection, plus sévèrement qu’on ne l’a fait avant lui, la né- 
XTOse et la phlegmasie chronique du principal organe de la digestion. 
Quand la maladie est à son début, qu’elle n’a point encore imprimé à la 
phj'sionomie cette teinte et cette habitude si caractéristiques des maladies 
cancéreuses, quand elle n’est point encore arrivée à ce degré ou qu’elle 
n’affecte point cette position où le mal peut être saisi par un palper exercé, 
il ne disconvient pas des difficultés qui entoiu-ent le diagnostic. Cepen¬ 
dant en analysant rigom-eusement les symptômes, en tenant compte 
des dispositions héréditaires, en .suivant avec attention la marche des 
symptômes, on peut, même dans les cas les plus difliciles, arriver à un 
diagnostic au moins très-probable. A cet égard, l’auteur signale du côté 
de la circulation périphérique luie expression symptomatique qui nous 
paraît bien saisie : ainsi dans la gastrite chronique, il y a une petite 
lièvre lente, qui redouble le soir ; une teinte violacée des lèvres, des 
conjonctives, des joues mêmes, plus prononcée pendant les digestions et 
les paroxysmes fébriles que dans les auti-es moments. Cette teinte est le 
reflet de l’inflammation chronique de la mutpieuse de l’estomac, comme 
le teint blême, plombé, est celui du cancer gasti-ique, de telle sorte que, 
sauf les exceptions, ces deux maladies sont peûites sur la figure des sujets 
ipti les éprouvent, et que la différence des couleurs qu’elles y produisent 
peut ayer à les distinguer l’une de l’autre. 

Après ces tentatives de diagnostic différentiel, M. Barras aborde l’im¬ 
portante question du traitement. Ici l’autem- ne partage point le pessi¬ 
misme désolant auquel, il faut bien en convenir, nous inclinons tous. 
Suivant lui, quand la maladie est reconnue à son début, ou même lors¬ 
que déjà elle e.st arrivée à un certain degré de développement, il ne 
faut point encore s’envelopper dans son manteau et faire de la médecine 
élégiaque à la manière des médecins dont Asclépiade se moquait en les 
appelant médicateurs de la mort, l’out n’est point désespéré; la science 
a eircore des ressomres dont une inteUigeuce sagace peut tirer grand 
parti. Les moyens que l’auteur préconise d’aillem-s ne sont point nou- 
r eaux ; ils ont leur place depuis longtemps dans la vieille science : ce 
sont les fondants et les apéiâlils : « Il suflit, dit-il, que le praticien 



( 128 ) 

soupçonne l’existence du mal pour qu’il doive se décider à en tenter 
l’usage. » n y a ici, comme en toute quc.stion de thérapeutique, un 
choix intelligent à faire. 11 ne faut pas choisir des apéritifs stimulants, 
comme les gommes-résines et les ammoniacés : au lieu de dissoudi’c le 
squirrhe, ils deviendraient une cause d’irritation pour les tissus malades 
et accéléreraient la marche du mal. L’iodurc de potassium (c’est là un 
médicament bien nouveau), l’oxyde blanc d'antimoine, la ciguë, le ca¬ 
lomel, l’acétate de potasse, l’eau de Vichy, émoussés avec des adoucis¬ 
sants, si l’on craint que leur action ne soit trop vive, paraissent à 
M. Ban’as les substances les plus propres à faire la base d’une médica¬ 
tion fondante. « Autour de ces moyens principaux, ajoute-t-il, on 
groupe des moyens accessoires, tels que le jus et les cataplasmes de ca¬ 
rottes, les frictions et les emplâtres mercuriaux iodurés, cicutés; de 
petites évacuations sanguines, des exutoires et des bains ; des émollients 
s’il y a quelque apparence de phlcgmasie aux environs de la tumeur ; des 
narcotiques dans les cas de douleur et de névrose. » Tels sont les moyens, 
joints à un régime sévère, ipie l’auteur propose pour conjurer le mal ; 
et ce ne sont pas là de simples conceptions diéoriques basées sur la science 
du passé : AI. Barras cite des faits où la guérison a été le résultat d’une 
méthode thérapeutique ainsi instituée. Vous n’oserions dire que l’auteur 
s’est un peu hâté à conclure ; mais nous n’hésitons pas à donner un en¬ 
tier assentiment à ces généreuses tentatives. M. Barras a déjà beaucoup 
fait ; lui est-il donné encore de reculer les bornes de l’art dans une affec¬ 
tion aussi grave que le cancer de l’estomac? Qu’il continue à marcher 
dans la voie où il est entré : s’il nous y rencontre, ce sera certainement 
pour encourager ses clforts. C’est avec un grand sens que Percy a dit ; 
M On a nié trop longtemps, et en cela on a beaucoup nui aux progrès 
de l’art; car l’homme ne traite guère ce qu’on lui a fait considérer 
comme impossible. » 

Traité sur l’art de restaurer les difformités de la face, selon la 
méthode par déplacement, ou Méthode française, par M. Sebhe, 
professeur de clinique clûrurgicale à la Faculté de médecine de Mont¬ 
pellier, etc., 1 vol. in-S" avec atlas. 

Les plaisanteries, les sarcasmes, aus.si bien que les objections sérieuses, 
n’ont pas manqué à cette tentative hardie de la chirurgie; mais on peut 
le dire hautement aujomd’hui, l’autoplastie est sortie t ictorieuse de cette 
lutte acharnée qui, en somme, a touimé au profit de l’art, en forçant 
celui-ci à creuser plus avant, pour établir d’ime manière plus solide ses 
principes. Il est juste de le reconnaître tout d’abord, dans cette lutte à 



C 129) 

laquelle les chirurgiens les plus célèbres ont pris part, M. Serre se place 
au premier rang, non-seulement par la constance de scs efforts pour 
assurer le triomphe d’idées saines et vraies, mais encore par l’origina¬ 
lité de ses conceptions, et les découvertes réelles qu’il a faites dans cette 
voie pendant si longtemps abandonnée. A lui donc il appartenait sm'- 
tout de produire un traité dogmatique de l’autoplastie faciale, et de 
faire l’inventaire de la science sur ce point important : aussi bien le 
professeur de clinique de la Faculté de Montpellier n’a-t-il point manqué 
à sa mission, et nous ne craignons point de le dire, il a rempli celle-ci 
d’une manière brillante, en publiant le livre dont il s’agit en ce moment, 
Voici d’ailleurs le plan bien simple suivi par l’auteur dans cette impor¬ 
tante publication. 

Après avoir, dans une esquisse historique rapide, mais substantielle, 
indiqué les phases diverses par lesquelles est passée l’autoplastie, depuis 
son origine jusqu’à nos jours, M. Sêrre, dans des considérations géné¬ 
rales qui portent le cachet d’une science profonde, développe les prin¬ 
cipes sm lesquels s’appuie celte nouvelle branche de la chirurgie, et 
montre les heureux résiütats dont celle-ci a le droit de se glorifier. 
Après ces considérations générales, qui initient à la science nouvelle les 
médecins qui n’auraient porté sur celle-ci qu’un regard distrait, l’auteur 
expose, avec l’ampleiu- de détails nécessaire à la conception d’idées 
qui ne sont point encore monnaie courante dans la science, l’ensemble 
des règles qui doivent diriger la pratique de l’autoplastie faciale. Ici, 
M. Serre établit d’une manière péremptoire, suivant nous, la supério¬ 
rité de la méthode par déplacement, sur toute autre méthode. Par un 
sentiment de -patriotisme qui n’éclôt plus guère que sous le soleil du 
Midi, il s’attache h démontrer que cette méthode est d’origine fran¬ 
çaise, et qu’en général, sur la question de l’autoplastie, la France n’a 
rien à envier à l’Allemagne ; pour nous, qui sommes tout à fait étranger 
à ces débats, nous ajouterons, pour être juste, le mot que la modestie 
de M. Serre n’a point laissé échapper, la chirurgie française doit faire 
au chirurgien de Montpellier une large part de la gloire qui lui revient 
dans la création et le perfectionnement de cet art ingénieux. C’est ici 
surtout que l’auteiu- expose les idées qui lui sont propres dans la pratique 
de l’autoplastie : il serait trop long d’analyser ces idées, nous nous con¬ 
tenterons d’observer que M. Serre, fidèle aux principes de la bonne 
école en chirurgie, ne se borne point à fair e de la menuiserie de pelle 
humanâ, il a égard aux diathèssc, aux forces des sujets, aux dispositions 
actuelles de l’organisme, et n’agit que dans des conditions favorables. 
Ces préceptes généraux posés, l’auteur passe ensuite aux détails, et traite 
successivement de la cheiloplastie, de la stomoplastie, de la rhinoplas- 
TOMË XXIII. i‘ Liv. 9 



( 130 ) 

de la gëilopkstic, de la blépliaroplastic, de la restauratioh dn sac 
lacrymal. Il termine enfin par la kératoplastie et l’otoplastie, ou art de 
restaurer les difformités de l’oreille. Tout ceci est traité de main de maî¬ 
tre j on sent là partout l’homme dont la conception originale a fait en 
pal tic la science qu’il expose, cl le praticien qui a fait ce qu’il a dit. Ceux 
donc qui ne savent pas, ne peuvent point choisir un meilleur livre 
pour apprendre ; ceux qui s.avcnt, chercheraient vainement un meil¬ 
leur guide pour la pratique. Il y a donc fort peu de hibliothcques dont 
le traité du ehirurgien de l’hôpital Saint-Éloi ne doive finir par ap¬ 
prendre le chemin. 


BULLETIN DES HOPITAUX. 

Cheiloplastie de la bouche et de la vulve par un procédé «ou- 
vettU. —Dans les cas d’atrésie partielle ou complète de la bouche et du 
vagin, qu’elle soit accidentelle ou congénitale, on sent combien il est dif¬ 
ficile d’obtenir isolément la cicatrisation de cbacnn des bords de l’inci¬ 
sion , et par conséipient d’cmpécber la reproduction de la difformité: 
Presque tous les ebirurgiens se sont préoccupés de ce point de médecine 
opératoire ; elleplus souvent, il faut le dire, leurs efforts ont été insufii-. 
s-mts. M. Dicffeiibach, en recouvrant les Icvi-cs de la plaie avec la mem¬ 
brane muqueuse préalablement disséquée et rcnvpr.séc en dehors, a le 
premier posé une règle opératoire généi’alement adoptée aujourd’hui. 
C’est à cette règle que se rattache le procédé mis en usage avec succès 
par M. Jobert ; identique quant au fond à celui du chirurgien de Berlin, 
ü n’en diflere que par la forme : il est d’ailleurs d'une exécution pluS 
làcüe. 

Obs. I. A la salle Saint-Augustin se trouve une femme de trente-sis 
ans, qui présente une atré.sie incomplète de la vulve. Les gramles lètTCS, 
réunies entre elles dans une étendue de cinq ccntinièlrcs, laissent en avant 
et en arrière de l’espèce de pont qu elles constituent par leur fusion, un 
péitiiis; le perluis antérieur, ovalaire, déprimé, présente à son ccutic 
une houppe de poils. Le pertuis postéi leur est allongé, cl a nue longueur 
de deux centimètres dans son plus grand rliametre. L’urine sort par ces 
deux parties. Lh.aqnc époque menstruelle est marijuée par l’accumulation 
du sang dans le vagin, où il se forme'en cailloLs qui couipi iineut le i ec- 
lum, et donnent ainsi lieu à une constipation par cause directe et tente 
mécanique. Le sang ne coule que lentement par le pertuis postérieur, qui 
est aussi la voie d’écoulement habituelle d’une sécrétion muqueuse asscï 
«diondante. Celte di^osition anatomique anormale de la vulve paraît 



( iâl ) 

avoir etc produite par des brûlures fort anciennes dont la femme n'a pas- 
g.irdé le souvenir, mais dont il existe des traces sur les cuisses et sur la 
vulve clie-nicme, car les lèsTcs, à leur point de jonction, offrent une 
surfaceblancliAlre et d’aspect inodulairc. 

Une sonde cannelée introduite par un des pertuis ressort facilement 
par l’autre ; les parties situées en avant de la sonde ont une épaisseur 
assez grande, il est évident cpi’cllcs sont constituées par la peau, le tissu 
cellulaire et la membrane muqueuse. C’est sur une sonde ainsi disposée 
que M. Jobert incisa d’un seul coup le pont formé par l’union des deux 
lèvr es. On put immédiatement constater l’intégrité parfaite de l’hymen, 
et la fraîcheur de l’orifice du vagin conservé pour ainsi dû-e à l’état natif, 
derrière l’espèce de voile qui le protégeait. 

Immédiatement après que cette incision eut été faite, la surface sai¬ 
gnante de scs deux lèvres s’agi’andit par le retrait de la peau et de la 
membrane muqueuse en sens contraire. A’’oHlant, comme cela a lieu dans 
l’état normal, ramener ces deux memlrrancs-en contact bord à bord, ef 
empêcher ainsi une cicatrisation inodulairc plus ou moins propre à repro¬ 
duire la difformité, ûl. Jobert eut recours au procédé suivant : ij plongea 
d’avant en arrière et horizontalement dans la raeniln-ane muqueuse une 
épingle dont la tête est tournée vers le vagin, et dont la pointe ressort à 
l’extérieur ; puis il fait exécuter à l'épingle un mouvement de bascule 
qui ramène sa tête en dehors, de façon qu’après avoir décrit un demi- 
cercle sans abandonner la muqueuse qu’elle attire avec elle, l’épingle se 
trouve horizontale en sens contraire. Une fois que le renversement de la 
membrane muqueuse est assez étendu poiu- couvi'ir entièrement la surface 
saignante de la lèvre de l’incision, le chirurgien enfonce l’épingle d’a¬ 
vant en arrière cette fois, en traversant toute l’épaisseur de la lèvre, et 
en faisant ressortir la pointe à l'intérieur de la vulve, tandis que la tête 
reste en dehors. La muqueuse est ainsi traversée une seconde fois, et on 
obtient une suture en forme d’ourlet de cette même membrane muqueuse. 
M. Jobert pratiqua ainsi deux points de suture sur chaque Icwe de la 
vidvc. 

Dès le deuxième jour il enleva les épingles, et la guérison eut lieu 
promptement, sans rétrécissement de l’orifice vulvaire. 

06s. II. Ce même procédé a été mis en usage avec un égal succès 
pour un rétrécissement de la bouche consécutif à l’ablation d’une tu¬ 
meur cancéreuse de la lèvre. Après avoir prolongé la commissure dans 
l'étendue de 3 centimètres à gauche,M. Jobert, saisissant avec scs pinces 
les lèvres de la plaie, tailla chacune d’elles en biseau, aux dépens de 
leur face cutanée, à l’aide de ciseaux; ainsi la muqueuse n’avait subi au¬ 
cune perte de substance, tandis que la peau fut enlevée dans une éten- 



( 132 ) 

duc de 7 à 8 millimètres en hauteur sur toute la longueur de la plaie. 
L’opération fut ensuite achevée d’après les principes que nous avons dé¬ 
crits plus haut, et sur lesquels nous croyons inutile d’insister. Plusieurs 
points de suture furent pratiqués; et, au bout de quelques jours après 
l’exti'action des épingles, on constata que la muqueuse adhérait partout 
à la peau; seulement la bouche reste un peu entr’ouverte dans le point où 
la muqueuse a été ainsi renversée : faible inconvénient, si on le compare 
à celui dont le malade était atteint. 


lodure de potasshim dans les ulcères atoniques. — Plus nous 
allons, plus nous reconnaissons l’excellence de la médication par l’iodure 
de potassium dans les cas assez nombreux déjà où ce précieux médica¬ 
ment trouve ses appheatious. La supériorité de ce moyen dans les acci¬ 
dents syphilitiques secondaires et tertiaires est aujourd’hui incontestable 
pour tous les praticiens qui y ont eu recours dans cet ordre de symp¬ 
tômes ; mais ce qui n’ast pas encore sullisammcnt connu, sulTisamment 
établi, c’est la propriété corroborante que possède l’iodure de potassium 
chez ces indmdusmalingi-es, à constitution épuisée ou molle, qui portent 
aux jambes, depuis des années, des ulcères atoniques considérés comme 
incuralrles. C’est sur ces faits que nous voulons porter l’attention; l’on 
verra la vertu cicatrisante du médicament dont il s’agit. 

Au n® 24 de la salle Saint-Louis, à l’hôpital de la Pitié, dans le ser¬ 
vice de M. Lisfranc, a été reçu, vers le milieu du mois de juin dernier, 
un vieillard cacochyme, épuisé, d’une maigreiu’ étique. Cet homme, 
âgé de soixante-huit ans, portait depuis huit ans h la jambe gauche 
deux grands ulcères atoniques rebelles à tous les traitements employés 
dans les hôpitaux. L’un de ces ulcères occupait le côté interne du mem¬ 
bre, dont il prenait plus de la moitié de la circonférence, il avait cinq 
pouces de longueur ; l’autre ulcère avait deux pouces de diamètre dans 
tous les sens et était situé en arr ière et un peu en dehors. 51. Lisfranc a 
simplement traité ce malade par un pansement simple avec le cérat, les 
compresses trouées et la charpie, et par l’iodure de potassium à l’inté- 
rieiu', d’abord à la dose d’un gi-amme par jour, en trois prises, puis en 
augmentant de trente centigr-arnmes chaque six jours. Le résultat a été 
des plus merveilleux. Au bout de six semaines la constitution du sujet 
avait subi une amélioration des plus rrotahles ; la coloration avait suc¬ 
cédé h la pâleur, la peau n’était plus molle et flasque, il avait repris 
un certain embonpoint. Qnarrt airx ulcères, le moins grand a été cica¬ 
trisé complètement en vingt-cinq jours, et aujourd'hui les neuf dixièmes 
du grand ulcère sont guéris et cicatrisés. Il y a deux mois que le malade 



( 133 ) 

est à l’hôpital, et il ne tardera pas à en sortir' ; il prend deux grammes 
d’iodure de potassium par jour. 

ün homme de trente-six ans, d’une constitution qni n’est pas trop 
mauvaise, a été couché au n“ 5 de la salle Saint-Antoine. Il portait de¬ 
puis trok ans deux ulcères rebelles, de la largeur de la paume de la 
main, l’un sur le tiers inférieur de la jambe di-oite , l’auü-e à la même 
partie de l’autre jambe. Il a été mis à Tiodure de potassium et au pan¬ 
sement simple, comme il a été dit; en douze joui-s les deux ulcères 
étaient complètement cicatrisés. Ce malade est encore en ce moment 
dans les salles. 

Voici un fait encore plus remarquable. Un jeune homme de vingt- 
trois ans ayant en dans sa première enfance une nécrose du tibia, et un 
travail élimininatoire ü'ès-prononcé qui avait donné lieu à la sortie de 
plusieius pièces osseuses de la jambe, est enti-é à l’hôpital de la Pitié 
dans la première semaine de juillet dernier, et a été couché au n° 28 de 
la salle Saint-Ijouis. Ce jeune homme, dont la constitution était profon¬ 
dément détériorée, portait depuis plusiem’s aimées un ulcère occupant 
les neuf dixièmes de la jambe di'oite. Cet ulcère était sale, grisâtre, sa- 
nieux, présentait de gros boiu’geoiis chai'nus, mous et saignants. La 
jambe avait doublé de volume. M. Lisfranc a administré l’iodure de 
potassium, d’abord à un gramme par jour, et puis à dose croissante par 
trente centigrammes tous les six joins, de façon qu’aujourd’hui, qua¬ 
rante-deuxième jour de son entrée, le sujet prend trois grammes de mé¬ 
dicament. Il ii’y a eu qu’un pansement simple de l’iilcèrc. En ce mo¬ 
ment la jambe est revenue à son état normal, et il ne reste à cicatriser 
de l’ulcère que la largeur d’une pièce de un franc. La constitution est 
aujourd’hui très-bonne. Ce résultat est si merveilleux que c’est à n’y 
pas a-oire. 

Une chose fort importante qu’il faut noter, c'est que la cicati'ice qui 
SC forme sm’ les ulcères par suite de l’administration de l’iodure de po¬ 
tassium, indique l’action tonique corroborante de ce niédicament sur la 
partie même. Ainsi, ces cicatrices blanchissent au moment meme OÙ 
elles se forment, cl elles ont l’aspect de celles dont la formation a ru 
lieu depuis six semaines, deux mois. 


Sur un cas de pellagre obsercé à l’hôpital Saint-Louis. — 
Un fait pathologique rare et curieux a été obs-erve à l’hôpital Saint- 
Louis, dans le senice de M. Gibert: c’est un cas de pellagre, maladie 
endémique chez quelques paysans de certaines conü'ées de l’Italie, aux 
environs de Milan. de Pavic, de Mantoue, mais qu’on n’avait vue’ eu 



( 134 ) 

France qu’une seule fois, et encore sur deux soldats étrangers venus à Paris 
en 1814 et traités à la clinique d’Alibcrt. Cette affection, nommée aussi 
érythème, endémique, à cause des sjnnptômcs extérieurs qui la çaraeté- 
risent, est, suivant l’opinion de Biett et de AI. Brierre de Boismont, qui 
l’ont tous deux étudiée en Italie, symptomatique des lésions de divers 
organes intérieurs, lésions qui ont km- source dans le système nerveux, 
et siu-toiit dans les voies gastriques. L’éruption cutanée n’est donc que 
le retentissement, la conséquence d’affections graves internes. Aussi la 
pellagre est-elle souvent mortelle, et cnti’aînc-t-clle aussi, dans un grand 
nombre de cas, l’altération du cerveau, et une folie nommée folie pcllw- 
greuse, dont les exemples ne sont pas rares dans la Lombardie. Ceci 
posé, disons un mot sur la malade que nous avons vue à l’hôpilal Saint- 
Louis. Cette malade, âgée de 23 ans, appartenait à une famille très- 
pauvre de Brie-Comte-llobert, département de Seinc-et-AInrne. Au prin¬ 
temps de 1840, elle avait eu de l’inappétence, des nausées, des vomis¬ 
sements, des douleurs d’estomac et de la diarrhée. Bientôt sur le dos 
des (leux mains et sur le front apparut un érythème, qu’on attribua à 
l’action du soleil. Ces rougeurs étaient indolentes, et, à part le dévoie¬ 
ment , qui persista, la malade ne fut pas trop mal juscpi’au mois de mai 
1841, époque où elle devint enceinte. Les maux d’estomac, les vomis¬ 
sements et le dévoiement revinrent; l’ciytlième du front et des mains 
n’avait pas fait de progrès, mais une rougeur nouvelle s’était montrée 
à la partie supérieure du sternum. En décembre 1841, elle accoucha 
avant terme. En avril 1842, la pellagre fait de notables progrès; les 
forces se perdent; elle s’alite. Transportée à l’hôpital Saint-Lcui; le 13 
juin, elle est dans l’état suivant : amaigrissement considérable; pouls 
petit, faible, fré({uent; abattement, tristesse. La peau est rude, sèche, 
chaude dans toute l’étendue du corps; la partie moyenne du front, la 
racine du nez, le pourtour des orbites, sont comme couverts d’une 
rougeur terne et hvide. En ces points, le tégument paraît fendillé, 
comme gercé; des fragments d’épiderme grisâtres, épais et ternes s’en 
détachent. Le dos des mains est le siège d’une rougeur plus intense, plus 
foncée, luisante comme celle de l’érysipèle, mais sans goiiUcmcnt. L’é¬ 
piderme paraît se détacher par une sorte d’exfoliation; sur les doigts la 
couche épidermique offre un aspect parcheminé; au niveau des articula¬ 
tions, elle forme des plis profonds, semblal)les à des gereurcs ; une des- 
quammalion semblable existe sur la plaque du sternum, qui est d’un ronge 
pâle. Les pieds ofl’rent du gonflement autour des malléoles, et une rougeur 
érythéraoïde légère sans desquammation. Cet état a persisté, sans aucun 
changement, jusqu'au 26 juin, on la malade a été prise d’un délire vio¬ 
lent et loquace, qui a commué le 27 et le 28; puis la malade est tomliée 



( 135 ) 

4anj l’affaissenieiit, suivi d’uue agonie paisüjle, et elle est mort» 1« S9 
juin. A l’autopsie, faite avec le plus gi'ancl soin, on n’a noté qu’un ra¬ 
mollissement de la muqueuse gastrique qui avait une couleur gris-verdâtre 
avec quelques arborisations ; un peu d’injection de la pie-mère, un ra¬ 
mollissement de la masse cucéplialique, et principalement de la substance 
grise ; voilà tout. 

Qui ne remarcjuera avec nous, dans ce fait, la disproportion entre 
l’intensité de l’affection cutanée et celle des phénomènes nerveux etgaï* 
triqr.es? Assurément la pellagre est une maladie générale et non une 
affection locale. Une autre réllcxion naît encore de l’insignifiauco des 
lésions anatoraûjues en présence de l’appareil des S3™ptôme5 de celte 
maladie mortelle. 

HhumaCisme et fausse ankilose de la mâchoire infêi'ieurey 
occasionnés par Vapplication de glace sur la tête. —11 a été ap¬ 
porté , il y a quelques semaines, à l’bôpital de la Pitié, salle Saint- 
Antoine, n“ 19, service de M. Lisfranc, un jeune homme de singt- 
deux ans, qui avait fait une chute d’un lieu très-élevé. Ce malade 
a présenté les symptômes graves d’une commotion cérébrale, puis ceux 
d’une méningite. Ces accidents ont été traités énergiquement par les 
antiphlogistiques et par l’application de la glace sur la tète qu’il a fallu 
maintenir pendant douze jours. Après avoir présenté des accidents coma¬ 
teux et couru les plus grands dangers, ce malade a fini par guérir-de 
l’affection cérébrale. Mais il s’e-.t développé un rhumatisme violent de 
l'articulation temporo-maxiilairc, qu'il a liillu combattre. Malgré les 
moyens employés, le mal a persisté, et il y a en ce moment une fausse 
ankilose de l’articulation maxillo-temporale; le malade reste toujours la 
bouche cntr’ouvcrtc. 11 ne faut pas dése.spércr de triompher de cotte 
nouvelle affection, qui tient évidemment à la longue application de la 
glace sur la tête. Ce sujet n’avait jamais eu de rhumatisme. 

Hémorrhagie mortelle par suite de l’extraction d'une dent.~^. 
Il est des personnes qui ont l’appareuce d une constitution robuste, et 
qui au fond n'ont aucune force de réaction. On voit tons les jours ces 
singularités dans la pratique, qui ne peuvent du reste être établies cpie 
p.ar l’expérience. Nous avons vu des forts de la halle qti’tuje petite sai¬ 
gnée abattait pour plusieiu'S semaines j nous avons cité un garçon de 
ferme fort bien musclé, et en apparence d’une bonne sanguification, 
moiu'ii’ d'hémorrhagie par la piqûre d’une seule sangsue, tons les hémos¬ 
tatiques (sauf le fer rouge qui n’avait point été employé) ayant été im^ 



( 136 ) 

puissants. Ces exemples ont leur utilité et donnent être cités; car on 
peut vouloir rendre les médecins responsables dans les cii’constanccs 
surtout où une terminaison fimeste vient suivre le cas le plus simple. 
Est-il rien de plus inoffensif que l’ai-racliement d’une dent? et cepen¬ 
dant voici un exemple de mort par suite d’hémorrhagie après cette 
petite opération. Il prouvera l’importance de coimaîti'e les antécédents 
des sujets, "quand il s’agit d’agir sm- eux d’une façon quelconque, ün ou¬ 
vrier anglais, dont le dernier numéro du London medical Bewiew 
rapporte l’histoire, âgé de trente-un ans, fort bien constitué, et ayant 
toujours joui d’une excellente santé, se fait arracber une dent ; cette 
opération est suivie d’une hémorrhagie assez inquiétante qu’on arrête 
néanmoins par la cautérisation. Quatre ans après , cet homme ayant 
une dent de sagesse cariée, et en soufQ’ant beaucoup, sc présente chez 
le docteur Roberts. Celui-ci, igiiorantThémorrhagie précédente, arrache 
la dent. Une hémorrhagie très-forte a lieu ; on emploie inutilement tous 
les hémostatiques, y compris le fer rouge et la compression; l’hémorrha¬ 
gie continue tout le joiu'. Le lendemain, nouvelle compression, à deux 
reprises cautère actuel sur la partie, solution concentrée d’acétate de 
plomb, solution d'alun. Diminution de la perte de sang, mais elle con¬ 
tinue ; on a beau administrer à l’intérieur les pilules alumineuses, le car¬ 
bonate de fer, la limonade minérale, le quinquina , prendre, cesser 
et reprendre le fer rouge et la compression avec de l’éponge préparée. 
L’hémorrhagie cesse pendant quehiues heures, pendant une demi- 
jomnée , mais reparaît ensuite. Le malade est épuisé, exsangue, tombe 
eu syncope, revient à lui ; enfin , après de pareilles alternatives, qui 
durent vingt jours, le malade uieiut par' suite des pertes du sang qu’il 
a subies. 


UKPERTOlllE MEDICAL. 


ACCOUCHEMENTS. Cu4 d’étioi- 
tisse simple (ht bassin, sans cour- 
bure ni déformation des os. Vue 
(lifformité pelvienne qui n’est jws 
aussi rare qu’on l’avait dit, est celle 
qui consiste dans un bassin rétréci 
dans tous ses diamètres, mais régu¬ 
lier, sans courbure, sans déforma¬ 
tion des os. M. Nichet, chirui'gien en 
chef de l’hospicé de la Charité de 
Lyon, en a publié quatre faits dé¬ 
taillés qui doivent lixer l’attention 
des accoucheurs. Voici les dimen¬ 
sions du bassin chez une des femmes 
dont il est question. 


Detroit supérieur, 
Uijmèlrc sacro-pubien.. 

— oblique. 

Detroit inférieur. 
Iliaiuètre Iransyersc..... 

Excavation. 
Uianièire anléro-poslér.. 


L’on eonçoit l’imporlance d’avoir 
l’oeil ouvert sur de semblables arrêLs 
de développement de bassins parfai¬ 
tement réguliers dans leurs formes. 








( 137 ) 


car un pareil vice de couformaiion 
éiant reconnu pendant la grossesse au 
moyen de la mensuraiion extérieure, 
oui, i|uoiqu’on dise, donne un degré 
d’exaclilude presque rigoureuse, fe¬ 
rait nécessairement recourir à l’ac- 
coucliemenl prématuré provoqué, qui 
trouve toutes ses indications dans ces 
cas où le bassin entier est trop petit 
pour pouvoir être traversé par un en¬ 
fant vivant à terme. M. Stoltz dit qu’il 
faut provoquer l’accouclicmenl toutes 
les fois que ie rétrécissement est au- 
dessons de 8 centimètres 7 millimè¬ 
tres au diamètre antéro-postérienr 
du détroit supérieur. Les bassins 
rétrécis et réguliers, connus jusqu’à 
présent, ne sont pas descendus au- 
dessous de 8 centimètres dans leur 
diamètre sacro-pubien ; mais le prin¬ 
cipal rétrécissement peut porter sur 
le diamètre transversal, comme l'a 
vu M. Nichet, dans un cas où il fut 
obligé de pratiquer la cràniotomie. 
Lorsque le rétrécissement du bassin 
n’est constaté qu’au moment des 
douleurs, c’est au forceps qu’il faut 
avoir recours. Baudelocque a lixé à 
8 centimètres de diamètre sacro-pu¬ 
bien la limite au-dessous de la¬ 
quelle il n’est plus permis d’em¬ 
ployer cet instrument. Mais à 8 
centimètres, il a souvent réussi à 
extraire l’enfant vivant. Dans un des 
cas qu’il cite, M. Nicbet a cru néces¬ 
saire de pratiquer l’accoucliement 
premattire artiliciel; mais comme les 
dimensions le permettaient, c’est avec 
le forceps qu’il a accoucbé la femme 
du bassin de latiuelle nous avons 
donné les mesures; il a amené un 
enftnt mâle très-vigoureux qui a 
continué à vivre. Dans les bassins 
réguliers et rétrécis dans toutes leurs 
parties, on pourrait pratiquer la sec¬ 
tion pubienne, dont les dangers, se¬ 
lon M. Nicbet, ont été peut-être exa¬ 
gérés. Cette opération, pour 5 cen¬ 
timètres 4 millimètres d’écartement 
qu’elle permet entre les pubis, donne 
une augmentation de 9 millimètres 
dans le diamètre transversal, et une 
plus grande pour le diamètre obli¬ 
que; elle agrandit en même temps 
I excavation et le détroit inférieur. 
Beaucoup du femmes, dit-il, ont 
survécu à la symphiséoluniie, et il 
faut mettre une bonne partie des 
événements funestes dans ces cas, 
sur le compte des tentatives d’ex¬ 
traction faites avec le forceps, ou 
d’autres complications. En obstétri¬ 
que, les conditions sont plus f⬠
cheuses que dans la chirurgie pro¬ 


prement dite: s'il y a une affection 
interne, un chirurgien prudent peut 
renvoyer une opération, et ramener 
l’économie à des conditions plus fa¬ 
vorables au succès; un accouche¬ 
ment , au contraire, s’accomplit de 
toute nécessité, à une épo(|iie fixe, et 
les opérations qu’il faut faire quand 
cet accouchement s’écarte de la rè¬ 
gle, ne permettent des préparations 
que dans des cas fort rares. {Journal 
de méd. de Lyon, juin 18t2 ) 


ALIÉNATION MENTALE ( Du 
Traitement de V). La folien’cst pas 
toujours, comme le voulaient Brous¬ 
sais et queltiues médecins encore de 
notre époque, une affection matérielle 
dépendant d’une lésion du cerveau, 
dont les ouvertures des cadavres peu¬ 
vent révéler la nature: elle reconnaît 
quelquefois pour cause une perver¬ 
sion de l’intelligence, une aberration 
des facultés de l’entendement, étran¬ 
gères aux lois générales de la matière. 
Dans ces dernières circonstances, qui 
ne sont lias rares, et où la folie peut 
être considérée comme une maladie 
c.ssentiellu, les agents physiiptcs ne 
peuvent rien contre les passions exa¬ 
gérées ou contre les idées perverties; 
il faut s’adresser a un aulre ordre 
de moyens : c’est le fraitement mo¬ 
ral qu’il faut mettre en usage, trai¬ 
tement qui consiste dans l’emploi rai¬ 
sonné de tous les moyens (|ui agissent 
directement sur l’intelligence et sur 
les passions des aliénés. C’est ainsj 
qu’agit avec le plus grand avan¬ 
tage a Bicêlre, depuis quelques an¬ 
nées, M. le docteur Leuret, qui a la 
gloire d’ètre le rénovateur de celte 
thérapeutique morale, depuis trop 
longtemps oubliée. Mais il s’en faut 
que cet habile médecin néglige les 
symptômes physiques que présentent 
les malades; il n’oublie pas qu’il y a 
deux éléments, la matière et l’intelli¬ 
gence, qui souvent jouent un rôle dans 
la folie; comme les médecins systéma¬ 
tiques, il ne combat pas les idées 
fausses, les opinions délirantes des 
aliénés par les évacuations sanguines, 
les exutoires, les purgatifs, etc. Dans 
les cas où le désordre moral seul 
existe, le traitement moral seul lui 
suffit; quand il y a des désordres 
physiques, tels que la paralysie, la 
lièVre, etc., il s’occupe d’abord de les 
combattre par le traitement physi¬ 
que seul ; de même qu’il a|tpiiquc un 
traitement mixte, c’est-à-dire le trai¬ 
tement moral, secondé par les moyens 
physiques, quand aux symptômes psy- 



( 138 ) 


pVililiies viennent se joindre desphé- 
tels que l’apalhie, l’agiia- 
lion, la loquanté, etc. Le trailuiiienl 
ninraliiecon-is eiiassenlenieiit, pour 
JU. Leiu’el, dans l'unqddi des travaux 
maiiiiels, clans les ciffels de la musi¬ 
que, dans les hienfails de l’ins'riic- 
tion, dans la crainte des douches; 
itar la pitissance de la logiqite, par 
Ja force du raisnimenieni, il faut 
tpte le médecin engage et soutienne 
vigoureusement la Inlle contre les 
liassions et les idées fausses, et les 
delrni.'C. Pour M. Leuret, le Irailc- 
menl moral tic peut cl tie doit pas 
être regarde comme auxiliaire du 
Iraiteineiit |>li>sique; si l’im des trai- 
lemeiils doit être considéré comme 
auxiliaire de rautre, c'est iiidiibilr.- 


11^ 

et pîibliï"-s 
ni physiipie 

J 

1 iVmplô- 

1 1 

lil qu'il 
(lui no^dé- 


t aille et 

d’un 

1 me'';!"s 


érc, de 

M. Parcliappc. de Uniieii. hiir Ireiilc- 
1 l I I 1 le folie 

1 I les al- 

tcra'imis elaieiii milles ou presque 
milles. Cl dans onze antres cas les 
alicraiioiis. siiiiplemeiil livpéréiiii- 
qiies. ne pouvaient rendre compte 
ci I I I f I 11 a plus, 

il résulte ilii resiiiiie desoh.'Crvalions 
I lie, que 
éreiites chez la 
et qu’il n’exisle 
folie chronique 
Ile, une allera- 

.—, .. isciilielle et ca- 

ractéris'j | | i | t consi- 

démi cominu la condition organique 
materielle ne ces firmes ou degrés 
de la maladie. (Gai. méd. de Farts. 
Juillet 1812,. 


de cet a 
les li^io 
plupart dis 
pas plus, pi 
que pour in fl 


ANASARQUB, .niile de scarlatine; 
mort par sn/picalion. Voici un fait 
observe à l’hopilal di‘s Enfants, par 
M. Barrier, aiicieti ittterne des liùpi- 
taux, et consigné avei-de longs et nii- 
nitlieux details d'autopsie, dans le 
n? de juillet dn Journal'des Con¬ 
naissances midico - chirurgicales. 


C'est dans la marche do la maladie, 
c’est dans la nature de la mort, et 
non dans roiiverlnre du cadavre que 
nous trouverons, nous, noire ins¬ 
truction. Que voyons-nous'? Un en¬ 
fant âgé de sept ans et demi, qui, le 
3 mai 1838, est pris, il l'hôpital, des 
symptômes d’iiiio scarlatine Icgèi’j 
dont l’éruption pâlit le 5 mai, len- 
dumaiii de sou a|iparition, et dis¬ 
paraît le qiialricnie jour. La des- 
qiiammatioii s'opère; reiifanl, mal 
surveillé, s’expose à un refroidisse- 
menl; le 10 mai, (cdénie de la face, 


1 11 1 —L f lo t 


t I lâ t 

I Q III 

d I ir J 1 I cl t 


t'M^ I 


plileginasies uenerales et rerentes 
arer fièrre de la naiiire de celle-ci. 
il est toiijo I X I 11 V r 

les bains du vapeur: ils aiiguicnient 
certaineim 11 i I 

ils feriuenl les eiiioncioires naiiirels 
au lieu de les ouvrir. Le iraitemeiit le 
plus enicace c nsisle. dans ces cas, 
dans remploi dus diiircliqiies enur- 
giqiies, des purgatifs cl des vomitifs' 





( 13 ? ) 


qni donnent dn ressort, de rônerqie 
aux fonctions internes, et par l’acii- 
vilé (les excrélions cpi'ils aint'n.ent, 
ouvrent une voie rapide à l’expulsion 
de la st'i'osilé (jui gorpe ions lus 
tissus. Nous avons miscetlenudhode 
en usage avec le plus grand Ijon- 
lieur dans une foul(\ de circonslaii- 
ces, et nolaunneni, il u’y a pas deux 
mois, chez, la je.Hneiille,'ftgi e de huit 
ans, do M. Joiiliannet, tapissier, rue 
do la Micliodü-.re. Celle enfant ('tait 
certainement plus malade quand 
nnus lavons vue (lue le sujet mort à 
riiôpilal des Eufanis. Dans la conva- 
leseeiice d’une lü-vre scarlaline, elle 
avait él('î prise d’une leucopldegmasie 
generale. Celte iietilc malade était 
mmstrueuse; sa tête, soii corps, ses 

]a peau était parnnil tendue, comme 
un tambour, blauclie. ironie, lui- 

L''\’uubVet''n^')ell ' dauru"(*11!^^^ 
plevres; tout le cuir elievelii était 
a'demale.iix ; les [laiipieres. trauspa- 
rmiles et iiilillree.s, ava eiit le voliiuiu 
(1 un petit (eut et iermaieut coiuple- 
leiuuiit les veux : les lèvres et le ne/, 
ctaieul egalemeul houilis uuli'c me- 

eiiiharra.ssee. et s euleiidail peu dans 
lapnilniie. I.a paroi postérieure «ii 
jdiarvnx . les piliers du voile un na- 

amvifdalesqiiise linicliaieiil et eiaieiii 
lulidiies. iiiisuiileseld ou liuiiic nacre, 
comme Iraiispareiit. tli bien; ceiiu 

malade a été complctement g. 

en moins de huit jours, par un irai- 
lemeiil fort simple. J'ai cou 
le premier jour par lui doiiiie! 
tigraiiimus de tartre sliliie coinnic 
vomitif, pour désobstruer les nre- 
müires voies et faciliter la v 
.lion, effet qiié l'eu oblieiit coiisiain- 
inent du ce moyeu dans ces cas. ei 
le soir, j’ai donné 30 ceiiligr 
de calomel (pii ont amené pli 
selles. J'ai fait coiivri.' Incor|is ou lia- 
iiulle, reeomiiiaudé des friclii 
elles et douces sur la peau pli 
fois par jour, et dès le leudemain j ai 
commencé lusdiiiretiques. llsoul uni- 
quemenl consiste en un litre de dé¬ 
coction de hoiiiiUm dans lequel on a 
fait dissoudre 3 grammes d'acétatu de 
potas.se les deux premiers jours, 
jiiiis i grammes les deux jours siii- 
vaiiis; enfin, 5 giainmes. Ce litre 
était bu en entier dans les vingl- 
qiialre heures, et la petite malade 
('tait tenue à la diète. Avant lu trai¬ 
tement, il n’y avait qu'une ou deux 


cuillerées d urine épaisse expulsée 
avec douleur dans les vingt-quatre 
heures. Voici l’effet oblenii. Le pre¬ 
mier jour, deux litres d’iiriiie claire, 
puiiit de selles; deuxième jour, deux 
litres d’urine, deux selles aqueu¬ 
ses ; troisième jour, deux liti'es 
et demi d’iirine, nue selle; qua- 
trième jour, un litre et demi d'iiriiip, 
trois selles. Jiisiiu’au septième jeur, 
la quantité d’urine a été à peu près 
la même, et il y a eu une ou deux 
.selles diarrhéiques par jour. 11 a été 
bien intéressant de suivre la (U'crbi.s- 
saiice de l’Iiydropisic et de l'aiiasar- 
que jour par jour, et l’on peut même 
dire Imure par heure. En voyant les 
yeux s’ouvrir, l’expression des traits 
revenir, les formes du corps repa¬ 
raître du milieu de relie niasse hi¬ 
deuse, ou aurait dit comme une 
statue riante et aniiiu'e (|iii soiXait 
d'un bloc, informe. Au (lemenianl, 
comme nous l'avons dit, celle jeune 
l'iifaiit lie présentait (dus, le hiiilièmo 
jour, la luuiiidre trace de son aim- 
sarqiie, ni des di*ers épanclienicnls 
qu'elle avait aiiparavaul ; idlu était 
cuiiiplclemenl guérie. V(dlà ir Ire 



ANGINE ECAIU.ATINEGSE épf- 
itémiqiie. Une lièvre cr(i| live épidé- 
mi(|uu, (le nature scailatiiieiue, a ré¬ 
gne peiidaiit cinq mois, du l'C juin 
au l'V novembre 18H, dans douze 
cuuimuiies du caillou du Lion-il’An- 
g(;rs ..Maine-et-Loire) 51. le docteur 
Giu relin a eu à liailor dans sa seule 
clientèle quatre-vingt-dix malades, 
de tout âge, aileinis de celte affec¬ 
tion, dont le syiniiléme prêdumiuaut 







( 140 ) 


a été une angine pultacée. Parlant 
de celle lésion iocaic et de la cause 
générale qui dominait celle-ci et fai¬ 
sait sa gravité, notre confrère a dési¬ 
gné celte affeclion par le nom d’an- 
gine scarlatineuse. 

Il est reconnu des bons praticiens, 
et M. Gnéréliu est de ce nombre, 

ne le mouvement insurrectionnel 

e l’organisme, dont la jetée à la 
peau, dans toutes les lièvres érupti¬ 
ves, est la conséquence, est indépen¬ 
dant de celte crise, de cette éruption ; 
en d’autres termes, que itendaiu le 
règne d’épidémies spéciales, il peut 
exister une lièvre rubéoleuse sans 
rougeole, une lièvre varioleuse sans 
variole, une lièvre scarlatineuse sans 
scarlatine. C’est là un des faits que 
M.Guérétin a constatés chez un assez 
grand nombre de sujets pendant ie 
cours de la maladie dont il s’agit. 

L’épidémie, dont M. Guérélin a 
tracé le tableau, a présenté divers 
degrés d’intensité, qu'il a désignés 
sous les noms de forme maligne, 
forme moyenne, fbrme simple. Dans 
la forme légère tout s’est borné à l’an¬ 
gine , et les symptôme généraux, 
(juand il y en a'eu, ont consisté seu¬ 
lement dans un peu de lassitude, un 
lieu do malaise général, une légère 
céphalalgie; et malgré l’angine, les 
enfants continuaient leurs jeux. Ex¬ 
ceptionnellement chez quelques su¬ 
jets il est survenu des rougeurs 
scarlalineusesordinairement fugaces; 
tout dis|)araissait par quatre ou cinq 
'ours de diète et de buissons émol- 

La scène change (|uand il s’agit de 
la forme moyenne, et surtout do la 
forme maligne de l’épidémie. Disons 
d’abord, comme caractère capital de 
ces deux degrés, que l’éruption a 
manqué dans la moitié des cas de 
la forme moyenne, et que même 
celle éruption avait aussi souvent le 
caractère exanlhémateux, miliaire, 
paptileux, que scarlatineux; au lieu 
que dans la forme maligne, l’éruptiou 
cutanée a été constante, et presque 
toujours scarlatineuse. Du reste, l’an¬ 
gine a été l’accident général commun 
a tous les cas, soit légers, soit gra¬ 
ves. Voici, danslescas sérieux, quelle 
a été la marche ordinaire des svmp- 
tômes. Après trois ou quatre joui’s 
de frisson, de lièvre vive, de cépha¬ 
lalgie, de chaleur brôlante à la peau, 
quelquefois de délire, survenait l’an¬ 
gine qui, en vingt-quatre ou qua¬ 
rante-huit heures, prenait toute son 
intensité ; gonOement des ganglions 


sous - maxillaires et cervicaux; les 
amygdales, l’arrière-gorge, d’abord 
d’un rouge vif, se gonflent comme 
par une iutillralion sous-muqueuse, 
et viennent obstruer presque entiè¬ 
rement l’islbme du gosier; gêne de la 
déglutition. Bientôt, le second ou le 
troisième jour, des flocons pseudo¬ 
membraneux caseiformes, peu adhé¬ 
rents, pulpeux, ou bien des plaques 
d’un blanc jaunâtre, envahissent les 
amygdales et les autres parties do la 
bouche, et se prolongent jusque dans 
les fosses nasales; au-dessous des 
fausses membranes les parties sont 
comme excoriées et saignantes ; quel¬ 
quefois la surface des amygdales est 
déchiquelée, comme coupée à pic, 
et les fausses membranes qui la ta¬ 
pissent sont comme enfoncées dans 
l’organe. Presque toujours, et du dé¬ 
but à la lin de l’afl'ection, l’haleinc 
est fétide. Quoique dans quelques 
circonstances il y ait ou un peu d’en¬ 
rouement, une légère douleur au la¬ 
rynx, une toux seche, la re.spiration 
embarrassée, et conséquemment un 
peu de phlogose dans les voies aérien- 
iKîs, il n’a pas fallu croire à l’existence 
du croup et agir en conséquence. Cet 
état de la gorge, i|ue nous venons de 
décrire, est commun à la forme ma¬ 
ligne et à la forme moyenne de l’af¬ 
fection. Ce qui les distingue, c'est 
l’ensemble des autres symptômes. 
Dans la forme moyenne, la réaction 
générale, quoique vive, est toujours 
franche, et (luand l’éruption survient 
presque en môme temps que l’an¬ 
gine, ce qui est heureux, la maladie 
est bientôt terminée ; dans les autres 
cas même, aucun malade n’a péri. 
Mais il n’en est pas de même dans la 
forme maligne : quelquefois la mar¬ 
che est lente; les synqjiômes locaux 
ne paraissaient pas graves, mais il 
leur succède un état de prostration, 
et comme de décomposition des li¬ 
quides, et les sujets succombent du 
huitième au quatorzième jour. Dans 
d’autres cas, la marche de la forme 
maligne est plus aiguë; dès le dé¬ 
but, il y a du délire, des alternatives 
d’excitation et d’accablement, et du 
troisième au cinquième jour, en mê¬ 
me temps qu’un abattement extrême 
des forces, un délire continu et plus 
violent se déclare; il y a des sou- 
bre.sauls dans les lenüous, de la 
carphologie, et la mort arrive du 
troisième au neuvième jour. Sur 
six malades présentant ia forme 
maligne lente, quatre ont suc¬ 
combé; et sur huit atteints de la for- 



( 141 ) 


me maligne aigui",qiiatre sont morts. 

En général, les enrants ont résisté 
mieux à la violence des symptômes 
généraux : chez eux l’éruption s’est 
faite plus facilement, et leurs angines 
ont été moins graves. Lorsqu’au dé¬ 
but d’une recrudescence de l’épidé¬ 
mie un ceriuin nombre de malades 
n’étaient affectés que légèrement, on 
pouvait bien augurer pour ies ma¬ 
lades qui devaient suivre. Le degré 
de l’angine annonçait assez exacte¬ 
ment l’intensilé ultérieure des phé¬ 
nomènes généraux. L'absence de i’é- 
ruplion pendant quatre .à six jours, 
avec une lièvre très-violente, était 
d’un mauvais augure; une réaction 
générale insidieuse ou capricieuse, la 
lièvre persistant, après l’éruption 
achevée, aussi vive qu’auparavant, 
était d’un fheheux pronostic. 

M. Guérétin a essaye de toutes les 
méthodes : quelques saignées géné¬ 
rales et locales modérées lui ont été 
utiles; mais il déelare que la seule 
médication qui lui ait paru parfois 
avoir quelque prise sur l’état géné¬ 
ral inconnu de ces scarlatines épidé¬ 
miques, est celle qu’a recommandée 
M. Bretonneau, et (lui consiste dans 
l’emploi des purgatifs .à dose fraction¬ 
née pendant tonte la durée de la pé¬ 
riode fébrile. Trois, rpiatre ou cm(( 
fois par jour, dans la forme maligne, 
il donnait un paquet composé de 10 
centigrammes de calomel et de 15 
à 25 centigrammes de jalap, de façon 
à obtenir deux à quatre selles par 
jour. Si les selles étaient plus fré- 
(|uentes, il suspendait le remède. 
C’est à l’emploi prolongé de ce pur¬ 
gatif qu’il attribue les meilleurs ef¬ 
fets dans CCS cas. Chez les enfants, la 
dose était moindre. Au début de l’é¬ 
pidémie, quoique le traitement de 
l’angine ne fftt pour lui que bien se¬ 
condaire, notre confrère, craignant 
la propagation des pseudo-membranes 
dans les voies aériennes, cautérisait 
fortement avec le nitrate, d’argent cl 
l’acide hydrochlorique; mais ces cau¬ 
térisations ne faisaient qu'entretenir 
la phlogosc de la gorge, et ([u’aug- 
menter les gonflements ganglionaires 
du cou et la fétidité de l’haleine; il 
y renonça d’autant mieux qu’il avait 
vu rinuoeiiitéeomplèle do l’affection 
du côté du larynx et de la trachée. 
Dès lors il en vint à ne s’occuper de 
la gorge que très-secondairement; 
même quand le pharynx, les pi¬ 
liers, etc., étaient laptsscs presque 
partout de pseudo-membranes, il se 
nornait à des gargarismes émollients 


tièdes, alternés avec les gargarismes 
légèrement a.stringenls, qu’il rendait 
quelquefois détersifs par l’addition 
de 4 à 6 grammes d’alun dans 200 
grammes de liquide. Aussitôt que 
la lièvre était tombée, l’angine s’amé¬ 
liorait promptement. Dès Tors il ces¬ 
sait tout traitement antiphlogistique, 
il suspendait les purgatifs, et pour 
rendre la convalescence plus prompte 
il mettait les malades à un régime 
analeptique et fortiliant, et à l’usage 
des amers et des ferrugineux. {Ar¬ 
chives de médecine, juillet 1842.) 


ANOS ARTIFICIEL, suile d'une 
hernie crurale étranglée; guérison 
spontanée.\o\c\ un Lait bien extra¬ 
ordinaire , publié par le docteur 
Garbe de Forst. Une pauvre vieille 
femme portait depuis plusieurs an¬ 
nées une hernie crurale, qui s’étran¬ 
glait parfois. Un jour ni'i elle souf¬ 
frait beaucoup, la hernie n’étant pas 
rentrée spontanément comme précé¬ 
demment, car elle n’avait jamais 
consulté personne, celte femme s’a¬ 
visa d’un singulier'expédient : pen¬ 
sant se soulager, elle enfonça à plu¬ 
sieurs reprises dans la tumeur une 
lame de ses ciseaux; il sortit à l’ins¬ 
tant, par trois ouvertures qu’elle avait 
pratiquées, des matières fécales, ce 
qui l’clfraya beaucoup et la décida 
à consulter M. Garbe. A son arrivée, 
ce médecin trouva une partie dos tii- 
gnments de la hernie gangrènes, 
deux replis de l’iléum étaient à jour, 
et c’est de ces replis nii’on voyait 
sortir les matières fécales, par les 
trois trous faits par l’instrument; les 
bords des plaies présentaient des 
liourgeons charnus trè.s-animés. La 
malade s’étant refusée ,à toute es • 
pece de traitement, force fut à 
M. Garbe de se borner .à quelques 
compresses trempées dans une infu¬ 
sion de camomille, après avoir, tou¬ 
tefois, excisé les parties gangrenées, 
ce qui fut fait sans douleur. L’art* 
n’intervint donc en aucune façon 
dans ce cas, par suite de l’opposition 
de la malade; néanmoins, trois mois 
après, M. Garbe trouva les ouvertu¬ 
res de l’intestin presttue entièrement 
oblitérées ; depuis, la guérison est 
devenue radicale et complète par les 
seuls efforts de la nature. {Cnsper's 
irochenschrift, juillet 18t2.) 

BANDELETTES (lÿÿ/Hfinn/ieci en 
caoutchouc. L’on étend à plat sur 
une table la toile qu’on veut prépa¬ 
rer, Pt par-dessus on met un petit 



( 142 5 


inorcèau dè caotilchoiic que Von fait 
f. luire en une masse molle en le 
toticliiiiil dans tons les points avec 
un cau'.t'TO rotisii ii hlaiie; un verre 
à vitre de la granileiir de la toile est 
alors applique sur le eaoiilelioue, et 
par la pression sur ee wirie, le 
caiilileluiuc s'étale en coiirlie niinre 
sur la toile et y adlit-re rorleuieut. 
Le verre se sépare raoilemeiit de la 
subslaiii-e eiiiplastiquc. M. Keimtie- 
rer se sert d'empiatres et de hande- 
lelles de celle iialiire. I.a préparation 
eu est iminéiliale, et ils conservent 
toujours la même mollesse. On peut 
satipuuilrer lus emplâtres ainsi laits 
de poudres diverses, ou les arro.ser 
d'Iitiile de croton, etc. {J. des Conn. 
méJ.-chir., juillet.) 


des). Comme toutes les déc. .. 

d'origine récente, l’histoire patholo¬ 
gique des liourses mnipieuses snus- 
culanées von cha(|ue piiir eclore de 
nouvelles oh.scrvaiions qui tendent a 
la compléter, surtout au point île vue 

ptei 

mémoire qui a Irait plus spéciale¬ 
ment au dianiiosiie dillereutiel e 
trailemenl de celle alleciion. 

Il inip I I I t I r 
de la suiv I t i I 
depuis l'I I I 11 I I 

inllamuialion. I hemalocele. iii.sqn a 
Vahcès, lit II 1 

chronique, un mode de traitement 
spécial se ratiachani a chacun iieccs 
étals en I ri 

â l'evam II si 
da menilire iiitcricur. et en premier 
lieu de ht Oo'/rsa mitgneese ttorhan- 
lUieiini'. il Cite une ohservalion de 
ciriedili II I I r 


hygroma, M. Veh-equin, d’accord 
avec Sanson , conseille l'emploi du 
séton métallique : i’aigtiille de Dc- 
mottrs lui parait le meilleur procédé; 
elle détermine autour d’elle une lé- 


I I 




al e 


cnnstiluce par une liemaiocele dont 
l’origine est, en général, traiimali- 

3 lie, la ponction et l’injection iodée 
ans la caiisule ont été suivies de 
succès. 

Uércnie, l’hématocèlc peut dispa- 
raiire par l’emploi du miiriate d’ani- 
moniaqneaidé de la compression, et 
parfois du large, vésicatoire volant. 

Plus tard , le liquide épanché ac¬ 
quiert de la consistance, se solidifie 
en grumeaux lihrinciix, ce qui exi¬ 
ge, outre la ^uuictioii et l’injection 
'souvent alors insiinisantes, l’incision 
du kyste, et son innammalion adhé- 
sive iirlilicielieineiil développée. 

La liniirse muqueuse quelquefois 
s’enflaiiime et se rompt en divers 
points; le pus s’infiltre dans le tissu 
cellulaire, et la maladie olfre ainsi 
1 I I lo avec le phleg¬ 
mon dilliis. A iiti degré avancé, le 
mmnii olTre mie luiiiefactiou telle¬ 
ment considiTiihle qu’on iioiirrait 
croire a iiiie arthrite avec epanche- 
1 1 t tihio-fcmorale. 

On a parle de la récidivé du la m.a- 
II 1 1 1 ; de .M. Ollivier 


. que h 
nde fo 


le li(|uide 


cueilli lini 
jiroiivem i 


B détruire des son nimiiie. 

Pour rhydrop'sio simple de la 
io'irse muqueuse pri-rotuHenne ou 


I iiorte deux cas 
lion des bourses 
llciile interne it 
decolleiiient do la 
du iicroiié cn- 


L iiijeciioii irri antc avec la tein¬ 
ture d’iode, la cautérisation des 
bords de l’ulcère, aidee de la eoiii- 
pression, parvinrent .à guérir celle 
lésion,ipti efll infaillibleiiient envahi 
l'ar.iculuiion si elle fût re.sice nias 




{ 143 ) 

Ce fut par ces mêmes moyens de découvert dans le (luinrtnina Jaën du 
traitement que l’auteur parvint à ci- commerce,qui oslaus.-i lequinqiiina 
calrisi'i' deux ulcères calleux prove- blanc de l,a Coiulamine et i’ecorco 

nanl l’un de l'mtlamiualmu suppii- du chincnna ovala de la Hure du 

raiive de la bourse muipieuse sens- Pcruu, une base vcqclale nuuvelle 

uiélalarso-phalanmeune du gi-os or- qu’il a nommée rinc/iovine ou qui- 
leil, l’antre de celle du lalnu. novine, en raison du nom do ce 

M. Pelreqiiin fermiue son Iravail quinquina ( Ciuchona ou quina 
par l’examen pallioloHiquo de la ncafa). Ce qinnquina, qui a clé ru- 
bourse muqueuse im ialarso-plialan- jeté de la pratique médicale à cause 
qieniie latérale du glus orloil, re- de ses faibles preprii tes fcbr fuges, no 
conuaissaut pour cause la pression conlieul, en elfel, ni quinine ni cin- 
exercéeparlescliaussurestropelroi- ebonine; M. Manzini l’a verilié do 
les. La maladie de celte bourse nui- nouveau, l.a iireparalion de la cin- 

queuseesl cmiiiue sous le nom vul- cliovine est exaclement la même que 

gaire d’oiguoiis du pied. I.’auteiir celle de la quinine. Llle se présen e 

adniel irois iiériodesdans l’évolution sous forme do cri.siaux pii'-nialiqiies 

de celle alfeclion. I,a première c^t allongésiilancs, in ulores, d’une sa- 

consliluée par un opaiicliemenl de veur amère, mais longue à sedève- 

sérosileou de saiigqiii, eu se coagu- lopper, vu son peu'do solubililé. 

l.ini, eu parue, laisse la Icieduiiié- L’alcool la dissout liès-bicnî rèllier 

lalarsieii plus vidumiiicuse. La moins bien; elle esl près lue insolu- 

’le i.rième prrwuc e.-l iiianpiée i>ar lilo dans l’eau, Irès-soiiiblo dans 

1 inflammaiioii proïoi|iice par la per- les acides élcndiis, avec, lesquels elle 

a I qui ont forme des sels qui cristallisent fa- 

preside a 1 invasion ou la luiiieur: il eileineut. l.a solution alcoolique de 
f I 1 lliiiretiui cincliovine est Iré.s-amère; elle ra¬ 
il ' I loureiix mène au bleu le tonriiesid rougi par 

en raioai de 1 épaisseur et de la les acides, et verdil lesiropd'evio- 
consislanrecoriieeduderiiiequi.s’op- leltes. Reste a savoir quelles seront 
posem a .sou developpenieiii par iiiiB les applications Ihérapeiiliques de 

sorte d ciranglemeiit. Dans la troi- celle substance. [Bull, ne 

siriue P'no le, les parois de la cap- des Sriem-cs.) 



I 

I il 


iiiiiqiieases. soi.qii on lésait iiicisius, 
soilqii 011 V au poussiMiuelqiieiiijec- 
lioiinri aii.o. [.lourn.des ( onnniiS. 
tnéd.-elitrurg , juillet 1812.) 

OINCHOVIHE, imtrel alcali ex¬ 
trait du quinquina. M. Manzini a 


veincn! la jinderence a l.assa-leclide. 
« Bien que je sois fort éloigné, du-.l 
daiisson iiiemoire(/éni7j/<)i de l’assc- 
fmti'lu dans la roqueluclie. JSrua el- 
les. 1S12), de regarder 1 assa-fuMida 
comme un spécili.iiie dans la coqiie- 
liicjie, j’ai acquis iiéaniii iiis l.a ci n- 
aiciion la plus iidiniequ’il ronsiiiiie 
un des meilleurs niedicaiiieids que 
possède la maliere medicale cou re 
ce'le maladie. Je puis assurer con- 
seieiirieiiscmeiil que iion-seidemi'lit 
jeii’aipliiseinidepl re la perle d eii- 
ciiii éliront atluiiit decoqueiuch -, en 
faisant un emploi liardi del as.a-lteli- 


m dicameiit.» Plusieurs médecins do 
l’Allemagne et du la Reigiqiie oui 
expériuienté l’assa-feelida et lui ont 





( 144 ) 


trouvé la même efficacité. C’est à 
uos confrères de France ù vérilier, 
de leur côté, les resulials du méde¬ 
cin belge, présentés peut-être d’une 
manière trop avantageuse. 

M. Riekeii administre l’ussa-fœtida 
à ses petits malades en lavements, 
habituellement à la dose de 50 cen¬ 
tigrammes par jour, dissous à l’aide 
d’un jaune d’œuf daus 120 grammes 
d’eau pour deux lavements, dont 
l’un est administré le matin et i’autre 
le soir. Il est bon de faire précéder 
l’injection du médicament d’un la¬ 
vement à l’eau de guimauve ou 
d’une petite injection dliuile d’aman¬ 
des douces pour établir la tolérance 
de l’intestin. Il faut continuer tous 
les joura ces deux lavements jusqu’il 
la disparition presque totale de la 
toux. Même dans le régne des épi- 
demies, fll. Rieken, généralement, 
n’a été obligé de continuer cette mé¬ 
dication que pendant trois semaines 
ou un mois, et jamais aucune co¬ 
queluche traitée par lui n’a duré deux 
mois. Il faut, quelques jours encore 
après la disparition des symplémes, 
donner uu lavement par jour pour 
prévenir les rechutes; iiuelques to¬ 
niques sont bons à la fin de la ma¬ 
ladie. M. Rieken recommande ex- 
pres.sément ipie l’enfant no soit pas 
sorti, même en été, si ce n’est au 
milieu du jour; pondant l'iiivcr, il 
faut qu’il no sorte pas du tout, et 
que la chambre soit constamment 
maintenue à une température douce 
et égale. D’après I expérience de 
M. Rieken, l’assa-fœtida convient 
surtout dans la seconde période de la 
coqueluche, alors qu’on a combattu 
les accidents fébriles et rinilanima- 
tion broneliiqiic tpii raccompagnent, 
ce qui a lieu du huitième au qua¬ 
torzième jour de l’affection. 

ItSTOMAC {Perforalions sponta¬ 
nées (le /■). Il est aujourd’hui éta¬ 
bli par un grand nombre de faits que, 
sans que les sujets aient présenté d’it- 
vance quelques symptômes qui pus¬ 
sent présager de semblables lésions, 
des perforations de l’estomac peuvent 
survenir spontanément et amener la 
mort en ({uelques heures. M. Oha- 
brely rapporte deux observations de 
ce genre (/fu/I. méd. de flordeaux, 
juin 1812,'. Un charron, Sgé devingt- 
buit an.s, sujet au pyrosis, à des dou¬ 
leurs gastralgiques, à des coliques 
fréquentes, est pris tout à coup d’une 
douleur subite atroce vers la région 
épigastrique, et meurt le cinquième 


jour, dans d’horribles tortures, des 
suites d’une péritonite suraiguë. A 
l'autopsie, dans l’epanclieinent abdo¬ 
minal caraclcristi(|uedela péritonite, 
on trouve de l’huile de ricin qu’on 
avait donnée au malade, et l’on dé¬ 
couvre une perforation de la gran¬ 
deur d’un franc, à bords épais, indu¬ 
rés, tailles à pic dans l’estomac, à six 
centimètres au-dessus du pylore. — 
Un serrurier, âgé de vingt-neuf ans, 
se couche bien portant; il se réveille 
vers minuit avec une douleur déchi¬ 
rante à l’épigastre, et meurt le jour 
même avec les symptômes de la pé¬ 
ritonite la plus intense. A l’ouverture, 
on trouve une perforation arrondie, 
de la largeur d’une pièce de quinze 
sous, ê bords épais, commesquirrheiix 
et coupés à pic à quehiues centimè¬ 
tres au-dessous du cardia. 

Voilà bien des perforations spon¬ 
tanées de l’estomac, qui ont eu lieu 
du vivant des sujets, et qui ont ame¬ 
né la mort ; il ne peut y avoir le 
moindre doute à cet égard. Mais il 
est des circonstances, cl elles ne sont 
lias très-rares, où à l’auiopsie on a 
trouvé des perforalions de l’estomac 
sans que les sujets, même à leur 
dernière maladie, aient offert aucun 
symptôme du côté de cet oi^ane. La 
grande question, dans ces circon¬ 
stances, est de savoir si ces perfora¬ 
tions ont été produites par une ac¬ 
tion vitale morbide avant la mort du 
sujet, comme l’ont pensé Chaussier, 
Broussais, et comme le profe.ssent 
M.M. Cruveilhier et Louis, ou si elles 
sont le résultat de l’action chimique 
et dissoivanle du suc gastrique sur 
les parois de l’estomac, après la mort, 
comme l’ont dit Spallanzaui, Jean 
Hunier, Adams, Cooper, etc. 

M. .V. Millet soutieiitcettc dernière 
opinion dans un mémoireenvoyé à la 
Société medicale de Tours, et sur le¬ 
quel M. Haimea fait un lumineux rap¬ 
port. {/(ectieil de la Soc. mé.L d'In¬ 
dre-et-Loire, l'V trim. 1812.) M. A. 
Millet rapporte trois observations 
qu’ilarecueilliesdansles hôpitaux de 
Paris. Voici l’analyse des deux plus 
saillantes. Deux malades, un jeune 
maçon, ùgé de dix-huit à vingt ans, 
et une jeune lilie de-quinze à seize 
ans, entrent presque le même jour à 
la clinique de M. Fouquier, à l’bd- 
pilal de lu Charité. Ils sont tous deux 
atteints de lièvre typhoïde, et sont 
traités, l’homme par les .saignées et 
les purgatifs, la jeune üUe par les 
ptirgaiils seuls; ils meurent tousdeux 
au vingt-cinquième ou vingt-sixième 



( 143 ) 


jour, après avoir présenté toute la 
série des symptômes graves de la 
fièvre typhoïde, mais sans Jamais 
s’ètre plaints ni l’un ni l’autre de 
l'estomac. On fait l’autopsie des deux 
cadavres le même jour, vingt-sept 
heures après la mort, et l’on trouve, 
outre les ulcérations de l’intestin, 
chez l’homme, un épanchement ver- 
dittre dans le péritoine, sans signe 
de phlogose, et trois perforations, 
deux de la dimension d’une pièce 
d’un franc et une d'une pièce de dix 
sous au grand cul-de-sac de l'esto¬ 
mac; et de plus, une perforation du 
diaphragme dans l’étendue d’une 
pièce de trente sous. Citez la jeune 
tille, l’estomac était perforé en cinq 
ou six points: l’une do ces perfora¬ 
tions , de la largeur d’une pièce de 
cinq francs,;élait au grand cul-de-sac; 
les autres, vers la grande courbure 
de l'estomac, n’avaient que la dimen¬ 
sion d’une pièce de cinq sous. M. A. 
Millet croit fermement que la disso¬ 
lution chimique des parois de l'esto¬ 
mac, après la mort, est la seule cause 
qui puisse etre invoquée dans ces 
cas. Ces malades ne s’étaient jamais 
niaiuts d’aifection de l’estomac ni à 
i’Iiopital, ni avant d'y entrer, et ce 
n’est ni la lièvre typhoïde, ni le trai¬ 
tement qui a pu produire ces perfora- 
sions. Le suc gastricfue, devenu acide, 
aura exercé son action sur l’estomac, 
l’aura ramolli et détruit en plusieurs 
points. Du reste, on a trouvé des 
perforations de l’estomac sur des in - 
dividus morts par accident ou subi¬ 
tement, et dans un parfait état de 
santé; et dans ces differents cas, on 
n’a vu aucune trace d infiammation 
autour du rammoliissement ou de la 
perforation, ce qui aurait dft arriver 
si ces lésions avaient été produites 
par une cause pathologique ayant agi 
pendant la vie. 


FIÈVRES PERNICIEUSES pnen- 
moniijues. Pendant combien d’années 
a-t-on jele à la face comme une in¬ 
jure le nom iVontologistes aux mé¬ 
decins qui voyaient line essentiellitc 
quelcoiiquo dans certaines maladies, 
et admettaient en dehors de la textu¬ 
re grossière de nos organes une 
cause spécifique, une enlilê morbide, 
nous tranchons le mot, qui devait 
constituer pour le médecin la véri¬ 
table maladie! Mais un a eu beau se 
débattre, il a fallu admettre avec 
toute leur puissance de tels faits, 
qui, à eux seuls, montrent la fausseté 
des principes sur lesquels les écoles 
TOME XXIII. 4" LIV. 


physiologiques et anatomiques ont 
voulu faire reposer la science. Les 
fièvres iiilermittentes pcrniciiuses, 
avec alfections viscérales quelcon¬ 
ques , munirent dans tout leur jour 
l’importance secondaire des lésions 
locales eu egard au trouble général, 
.à la diathèse, à la fièvre, sous la dé¬ 
pendance desquels elles se trouvent 
placées; trouble général, diathèse, 
(pie le médecin doit considérer avant 
tout dans le trailement qu’il appli¬ 
que. Nous le disons avec assurance, 
il n’est plus qu’un petit nombre 
d’encroûtés systématiques qui nient 
aujourd’hui (ju’il y ait une véritable 
lièvre pernicieuse péripneumonique. 
Il n’est presque pas de mois où les 
journaux de médecine n’enregistrent 
quelques observations nouvelles. 
Avant d’aborder un mémoire inté¬ 
ressant publié sur ce sujet par 
M. Marcé dans le dernier numéro du 
Journal de la Soc. rie Méd. rie la 
Loire-Inférieure , 82= livr., disons 
un mot sur un petit article publié 
parM. Corbin, d’Orléans,surle même 
sujet [Gaz. Mél. de Paris, 2 juil¬ 
let 1.842). M. Corbin a eu à traiter 
une demoiselle de 28 ans, ayant une 
pneumonie des deux tiers inférieurs 
du poumon gauche : crachats san¬ 
glants, oppression, fièvre,etc.; i5sang- 
suessur le côté; les crachats sanglants 
disparaissent, etc. : le troisième Jour, 
la convalescence s’établit. — Mais le 
(luatrième jour, fri.sson , retour de 
1 oppression, de la toux, des craehats 
sanglants ; sull’ale de quinine qui e.st 
coiitimié le lendemain ; disparition 
des accidents. Au jour correspon¬ 
dant, nouvel accès, nouveaux symp¬ 
tômes vers la poitrine : toujours sul- 
fatede quiniue; guérison.—.M. Corbin 
s’est moins occupé de l’état iiiflam- 
■laloire que des phénomènes géné¬ 
raux, et il a bien fait. Mais savez- 
vous comment il raisonne? Le voici ; 
la criliiiuc sera faite par la seule 
exposition de ses idées. — La ma- 
laiie était convalescente de sa pneu¬ 
monie , lorsqu'elle a été prise d’une 
lièvre intermittente qui régnait : à 
l’époque de cliaque frisson, le sang 
était concentré à l’intérieur, con¬ 
gestionnait momentanément le pou¬ 
mon, et faisait reparaître la toux et 
les crachats sanglants ; lu frisson 
passé, la congestion diminuait de 
nouveau et les crachats disparais¬ 
saient. Latente dans les intervalles, 
la pneumonie redevenait apparente 
dans les accès ; et l’on avait ainsi, par 
suite de la complication de la fièvre. 

10 



; 146 ) 


line pneumonie tnlennil/enle, nom 
t|u’il donne à la maladie.—Le leclenr 
n’a pas liosoin qu’on lui monire le 
danger de celle manière de raison¬ 
ner ; en considéranl la pneumonie 
comme primilive et l’alleclion inter¬ 
mittente comme secondaire, on doit 
nécessairement commencer par une 
ou nltisieurs saignées avant d’ad¬ 
ministrer le quinquina, façon de 
procéder qui, le plus souvent, peut 
tuer les malades immédiatement, ou 
faire perdre un temps précieux dans 
cette maladie que nous appelons, 
nous, pàvre pernicieuse pneumoni¬ 
que, et non pneiimciiie inlermitlenle. 

Du reste, M. Corliinest dans l’erreur 
en pensant que les accidents conges- 
lintincls ne persistent pas après le 
mouvement fébrile. On dirait que 
M. Marcé a voulu nous fournir de 
nouveaux faits par h publication de 
Son mémoire pour combattre celle 
opinion. Par plusieurs observations 
qui lui sont propres, appuyées d’un 
certain nombre d’autres recueillies 
par des auteurs modernes, M. Marcé 
établit que l’intermitlonee des acci¬ 
dents par.)xyslique3 n’entmlne pas 
l’intermittence de la fluxion viscé¬ 
rale; l’auscultation et la percussion 
pratiquées pendant la rémission c.liez 
trois malades lui ont constamment 
montré qu'au milieu même de cette 
rémittence fébrile, la congestion 
pneumonique persistait au degré 
même de l’Iiépatisation. 11 a reconnu 
seulement que dans les paroxysmes 
les accidents congeslionnels devien¬ 
nent plus intenses ; dans chaque 
exacerbation, la toux, l’oppression, 
la douleur de côté, le râle crépitant, 
l’expectoration roiiillée se caracté¬ 
risent davantage. -Vinsi, les lièvres 
rémittentes ou intermittentes perni¬ 
cieuses pneumoniques résultent de 
deux éléments essentiels : un élé¬ 
ment fébrile et un élément conges- 
tîonnel. La marche de ces deux 
facteurs d’une seule et même mala¬ 
die est différente ; l’on affecte une 
allure périodique intermittente, l’au¬ 
tre est persévérant au milieu môme 
des oscillations paroxystiques. C’est 
du premier ou de la diathese fébrile 
que ressortent les principales indi¬ 
cations curatives. La valeur de l’élé¬ 
ment viscéral est grande assurément; 
mais elle est secondaire et subor¬ 
donnée au type fébrile qui doit régler 
la condiiito du médecin. La fluxion 
pneumonique ne cède qu’après la 
lièvre, et SC comporte comme l’en¬ 
gorgement splénique dans les lièvres 


intermittentes. Sous l’influence de la 
quinine, les accidents paroxystiques 
disparaissent d’abord ; mais la réso¬ 
lution complète de la fluxion pulmo¬ 
naire ne se fait queidus tard et avec 
beaucoup plus de lenteur. Dans la 
fièvre pernicieuse pneumonique, 
M. Marcé a trouvé bien plus sou¬ 
vent le [loumon gauche pris que le 
droit; il a fait des relevés dans les 
auteurs, et il a trouvé la même 
chose : il conclurait de là à la prédi¬ 
lection de la pneumonie fébrile pour 
le côté gauche do la poitrine, fait 
qu’il rattacherait à une loi plus gé¬ 
nérale, à la convergence qui pousse¬ 
rait vers le côté gauche du corps 
toutes les fluxions de nature inter¬ 
mittente. Cette moitié du corps se¬ 
rait particulièrement le département 
des affections périodiques, et la rate 
n’aurait pas ainsi le privilège exclusif 
do manifester celte diathèse fébrile; 
ce mémo privilège appartiendrait 
aussi aux organes situés dans son 
atmosphère. Cette opinion, qui (leut 
avoir sa valeur, n’est émise par ce 
médecin (|u’avec réserve. Il n’en est 
pas moins vrai que cette pensée le 
domine dans sa pratique, et que 
toutes les fois ipie, dans le cours 
d’une maladie, il voit une douleur, 
une fluxion , une convergence, soit 
Immorale, soit névralgique, vers la 
moitié gauche du corps, il ne peut 
se défendre do penser à l’inlermil- 
lencc, et cette préoccupation, dit-il, 
a été souvent utile aux malades. 

GOURMES chez les enfants tUn 
mot sur le traitement des). Tout le 
monde sait qu’à l’époque de la den¬ 
tition les enfants sont sujets à pré¬ 
senter à la face, au cuir chevelu et 
souvent même sur diverses irarties du 
corps, des éruptions pustuleuses, 
impétigineuses , accompagnée.s de 
croûtes. C’est cet état qui vulgaire¬ 
ment est ilésîgiié par les noms de 
gourmes, d’éruption des dents, de 
croûtes de lait. La question pratique 
est de savoir s’il faut respecter cette 
éruption; et, la considérant comme 
une fonction supplémentaire à l’a¬ 
vantage de l’individu, comme une 
dépuration naturelle, s'il y a désa¬ 
vantage, danger à la guérir. Non 
selon M. Trousseau ; il faut traiter et 
guérir l’affection, fût-elle chronique, 
et le flux étant depuis longtemps 
établi vers la peau de l’enfant. Dans 
ce cas seulement il convient d’appii- 
quer au bras un vésicatoire à de¬ 
meure, de purger l’enfant de temps 



; ) 


«U tenip», et do donner les jours, 
matin et soir, une ou deux cuille¬ 
rées à soupe de sirop aniiscorbnti- 
que, selon l’ége. Il y a deux temps 
distincls dans la manifestation des 
gourmes; la première éruption, à la¬ 
quelle il ne faut pas plus s’opposer 
qu’on ne le fait à la marche des liè¬ 
vres éruptives, car les gourmes suc¬ 
cèdent souvent à un malaise général 
dont elles semblent être la crise : 
alors il n’y a qu’à combattre l’inten¬ 
sité des pbüuomèn»s de réaction; 
niais lorsque l’ériiption eczémateuse, 
impétigineuseou érythémateuse n’est 
plus accompagnée de lièvre, que rien 
n’annonce plus la nécessité d’une 
dépuration, il ne faut point hésiter à 
traiter et à guérir la maladie, qui 
passerait à l’état chroni(|ue et pren¬ 
drait unegrandeextension. M. Trous¬ 
seau trouve en général cette gué¬ 
rison assez facile. Si l’alTection 
cutanée est toute locale, au cuir che¬ 
velu, ou aux joues, par exemple, il 
faut ramollir cl faire tomber les 
croûtes au moyen de cataplasmes, 
puis enduire la partie avec une pom¬ 
made au précipité rouge de mercure, 
ou au calomel, dans la proportion 
do 1 gramme de médicament, sur 10 
ou 15 grammes d’axonge; ces pom¬ 
mades nioililient rapideineot l’étal 
local, et amènent presque toujours 
une guérison rapide. On peut rem¬ 
placer ces pommades mercurielles 
par une pommade sulfureuse, com¬ 
posée avec 2 grammes de suivre de 
calcium, de sodinm,ou de potassium, 
pour 30 grammes de cérat. Quand la 
maladie s’étend h toute la surface du 
cor|is et qu’elle tend à passera l’état 
chronique, 31. Trousseau a retiré 
une grande utilité des bains de su¬ 
blime donnés tous les jours, jusqu'à 
ce que l’afTcction de la peau soit sur 
le point d’être guérie. Il n'est pas de 
jour 011 il ne donne des teins de su¬ 
blimé à l’hflpital Necker, à plusieurs 
fommes et à plusieurs enfants à la 
mamelle, atteints de syphilis consti¬ 
tutionnelle. Malgré son expt'rience, 
aussi longue (lu’élendue, JI. Trous¬ 
seau assure n’avoir jamais vu d’acci • 
donls par suite de l’ateorptinn du sel 
mercuriel, même quand il y avait de 
nombreuses ulcérations à la peau. 
Malgré celte assurance, nous n'use¬ 
rions de ce moyeu qu’avec précau¬ 
tion. Du reste, voici la formule du 
bain qu’il emploie pour un enfant : 


Sublimé. aàj graïu. 

Sel ammoniac.î4s — 

Eau.60 à 80 litres. 

Mêlez et faites dissoudre. 

On peut encore se servir des teins 
suivants ; 


m. Même quantité. 

{J. desConn. méd.-chir., juillet.) 


LUXATION DU STERNUM. Cette 
luxation , nulle part mentionnée 
dans les auteurs classiques, et dont 
la science ne possède qu’un seul 
exemple, publié en 1773 par Auran, 
chirurgien de Rouen, vient d’èire 
l’objet d’un mémoire lu à l’Aca¬ 
démie de Médecine par M. Maison¬ 
neuve. Celle question de chirui^ie, 
complélemont neuve, mérile de lixer 
l’atlention, surlout au point de vue 
pathologique. 

Celle luxaiion a conslammcnt lieu, 
suivant l'auteur, au niveau des 
deux première.'! pièces du siernum, 
enire les(|uelles existe une ain- 
pbiarlhrose dont la soudure ne s’ef- 
feclue pas même dans un âge très- 
avancé, et plus souvent encore, 
comme de nombreuses disseclions 
l’ont montré à M. Maisonneuve, une 
vérilalilc articulation diartbrndialc 
susceptible de mouvements appn-- 
ciables. Les surfaces articulaires sont 
mainlemies en rapport par deux sur- 
toiits libreux, l’on anterieur formé 
de fibres transversales et obliques, 
l’autre postérieur, conslUiié au con¬ 
traire par des libres longitudinales. 

M. Maisonneuve fonde l'iiistoire 
palhologiquc de celte luxation sur 
cinq observations : les deux pre¬ 
mières lui sont propres; la Iroisieme 
a été publiée parM. le doctciirMan- 
noury, interne des hôpitaux ; et la 
quatrième porte exclusivement sur 
nne pièce d'anatomie palbologiqne 
empruntée au musée Dnpuyircn, qui 
offre l’arliculalion sternale supé¬ 
rieure luxée. Quant à la cinquième 
et dernière, la seule qui ait réelle¬ 
ment une valeur pratique incontes¬ 
table, nous nous réservons de la 
donner in extenso à la lin de cet 
article. 

De la lecture des quatre premières 
observations, il rèsiillcque la luxa¬ 
tion sternale a lieu par cause Indi- 
recie le plus sou venf, et qu’une force 





eapable de briser le squelette en 
plusieurs endroits est nécessaire pour 
la produire. Ainsi, nous voyons deux 
des malades atteints de cette luxa¬ 
tion présenter à l’autopsie des frac¬ 
tures du crâne, de la colonne verté¬ 
brale, des clavicules et des côtes. — 
Chez un autre, le sacrum était brisé 
ainsi que le racliis, et, de plus, il 
existait une diaslase des symphyses 
sacro-iliaques. Les deux premiers 
avaient fait une chute d'un lieu 
élevé sur la télé et les épaules ; le 
dernier était tombé sur le bassin. — 
L’examen anatomiciue montra le 
sternum brisé vers son tiers supé¬ 
rieur, les deux fraitments chevau¬ 
chaient l’un sur l’autre, l’intérieur 
était projeté en avant, le suitérienr 
était déprimé en arriére. L’existence 
des cartilages d’encroûtement sur les 
bords correspondants des deux pièces 
du sternum, et celle des facettes 
articulaires, ne permirent aucun 
doute sur la nature de la lésion, qui 
était réellement constituée par la 
luxation du corps de cet os en avant. 
Quant à la situation relative des 
côtes et du sternum, M. Maisonneuve 
a constamment vu les preraié.res et 
les deuxièmes côtes rester adhérentes 
â la poignée de l’os, tandis que son 
corps conserve ses rapports normaux 
avec les troisième, quatrième, cin¬ 
quième , sixième et septième côtes. 
Le chevauchement des fragments 
peut être assez considérable pour que 
le supérieur soit eu partie recouvert 
par l'inférieur, comme le prouve la 
pièce anatomique décrite à la qua¬ 
trième observation. Dans cette luxa¬ 
tion, le surtout ligamenteux anté¬ 
rieur se brise au niveau de l’articu¬ 
lation, taudis que le postérieur se 
décolle seulement de la face imsté- 
rieure de la seconde pièce dans une 
étendue de quelques lignes. 

Quant au mécanisme de ce dépla¬ 
cement ainsi produit par une cause 
indirecte, il est facile à déduire de la 
situation du sternum relativement 
aux côtes, à la clavicule et au ra¬ 
chis. Dans une chute sur la nuque, 
par exemple, le scapulum touchant 
le sol le premier rencontre une ré¬ 
sistance qu’il transmet, au moyen de 
la clavicule, à la partie supérieure du 
sternum, tandis que les côtes trans¬ 
mettent à la partie inférieure de cet 
us la pression énorme du poids du 
corps, accrue de toute la vitesse 
qu’il acquiert eu tombant d’un lieu 
elevé. Ainsi pressé entre deux forces 
qui agissent à‘ses extrémités, le 


sternum, naturellement convexe en 
avant, se courbe davantage et cède 
dans le point culminant de sa con¬ 
vexité, qui est précisément le niveau 
de l’articulation des deux premières 
pièces. Dans la chute sur la partie 
inférieure du rachis, le mécanisme 
est exactement le même. 

Les fractures nombreuses et les 
lésions viscérales profondes qui ac¬ 
compagnent cette luxation, offrent en 
tout un accident pathologique moins 
grave en lui-même que par les cir¬ 
constances dans lesquelles on l’ob¬ 
serve, circonstances dont la mort a 
été jusqu’ici le corollaire obligé. 

Aussi, d’après les faits relatés par 
M. Maisonneuve, est-il à craindre 
que la découverte de la luxation du 
sternum par cause indirecte ne reste 
dans la science que comme monu¬ 
ment élevé à l’anatomie pathologi¬ 
que; nos musées pourront en proliter 
et s’enrichir de quelques pièces de 
plus; quant à la thérapeutique, qu’y 
gagne-t-elle antre chose qu’une cer¬ 
titude plus entière de son impuis¬ 
sance en présence d’un fait qui vient 
s’ajouter à tant d’antres qui placent 
en dehors des conciitions de curabi¬ 
lité le malheureux dont le corps a 
ainsi subi une sorte d’attrition gé¬ 
nérale ? 

La luxation par cause directe se 
présente sons un aspect plus conso¬ 
lant : un seul fait existe dans la 
science, et c’est un fait de guérison; 
oublié dans un âneien recueil de 
médecine, il a été mis en lumière 
dans le travail de M. Maisonneuve, 
et c’est un service qu’il a rendu à la 
thérapeutique en l'éclairant sur la 
marche à suivre dans le cas où un 
faitanaloguesereproduirait. Voici ce 
fait tel qu’il a été publié par Auran 
au tome XXXYD du Journal de 
Médecine. 

Un homme étant au haut d’une 
échelle tomba avec elle. Un des 
échelons enfonça la première pièce 
do sternum sous la seconde. Pour 
replacer ces deux ns, je iis mettre 
un traversin un peu élevé sous le 
dos du blessé , et, appuyant mes 
mains tout à la fois sur la symphyse 
du pubis et sur celle du menton, 
j’excitai la contraction des muscles 
droits du bas-ventre et du sterno- 
mastoïdieu, ce qui dégagea les frag¬ 
ments de l’os et les mil de front. 
Pour maintenir cet effet pendant le 
temps nécessaire à la réunion, il me 
suOSt de mettre un bandage com¬ 
pressif sur la seconde pièce qui teu- 



( 149 ) 


dait toujours à s’éloigner de l’autre, 
et de coucher le tualaae les geuoux et 
la télé élevés, pour prévenir la con¬ 
traction ultérieure des muscles sus¬ 
dits, ce qui aurait détruit l’alTronte- 
menl. Le malade fut, parce moyen, 
guéri en vingt jours. (Arch. gin. 
de méd., juillet 1812.) 


OFHTHALMIE des nouveau-nés 
(Emploi extérieur du calomel dans 
l’}. M. le docteur Laner, médecin 
de riiôpital de la Charité de Berlin, 
recommande comme très-efficace 
l’emploi local du calomel dans 
rophthalmieblennorrhagiqucdes en¬ 
fants nouveau-nés. Cette médica¬ 
tion est, dit-il, définitivement adop¬ 
tée nar les praticiens de l’hèpilal de 
la Charité de Berlin, et à Gœtlingue, 
par le professeur Siébold. On charge 
un petit pinceau à miniature de ca¬ 
lomel réduit en poudre impalpable, 
et par un petit choc du lûnceau sur 
l’ongle, on saupoudre la conjonctive, 
l’œil étant maintenu largement ou¬ 
vert. Une seule application par jour 
suffit le plus ordinairement; cepen¬ 
dant un en fait deux si l’affection 
est très-intense et la sécrétion abon¬ 
dante. Demi-heure après, on baigne 
l’œil dans de l’eau fraîche. Il est bon 
d’administrer aux petits malades qui 
présentent des cas graves, un quart 
de grain, matin et soir, de calomel, 
comme purgatif. Le terme moyen des 
guérisons, selon M. Laner, est de 
quatre à dix jours. M. le professeur 
Kluge, et son collègue, M. Knipfer, 
médecin d’état-major, ont fait, pen¬ 
dant une année tout entière, des 
expériences avec le calomel, dans 
l’ophthalmiedont ilestquestion; c’est 
aux excellents résultats qu’ils ont 
obtenus, que celte médication doit 
l’extension qu’elle a prise à Berlin. 
( Berliner mediziniscke Zeitung , 
juillet I8t2.) 

PÉRICARDITE. Malgré les lumiè¬ 
res qu’ont portées sur la péricardite 
les éludes de ces dernières années 
quant aux ^mptômes et aux lésions 
de celle affection, il n’en est pas 
moins vrai qu’elle passe souvent en¬ 
core inaperçue, confondue qu’elle 
peut être avec une pleurésie, une 
pneumonie, une fièvre typhoïde. Ce 
qui le prouve, c’est qu’on voit fré¬ 
quemment, dans les autopsies, des 
adhérences, des fausses membranes, 
et d’autres lésions sur l’enveloppe du 
cœur, qui accusent l’existence rfus 
ou moins reculée de la péricardite. 


Il n’est donc pas étonnant qu’anté- 
rieurement à l’époque moderne, 
Bayle ait déclaré à peu près impossi¬ 
ble le diagnostic de cette affection, 
et que Corvisart en ail considéré le 
diagnostic comme très-difficile et 
très-obscur. Néanmoins, avec de 
l’altenlion, il est possible d’éviter 
toute méprise. Lorsqu’aux svmptô- 
mes généraux d’une lièvre inflam¬ 
matoire aiguë, il y a vers le cœur 
des battements insolites, et quelque¬ 
fois, mais, il s’en faut, pas toujonrs, 
des douleurs vers cet oi^ane, que le 
pouls est fréquent, très-dur, irrégu¬ 
lier, et qu’on ne trouve rien dans les 
plèvres, ni dans les poumons, on peut 
déjà établir le diagnostic de ia péri¬ 
cardite, surtout lorsque l’affection 
coïncide ou succède à un rhuma¬ 
tisme arliculairc. Mais l’auscultation 
et la percussion donnent bientôt des 
signes plus positifs de l’affecliou : il 
V a matité à la région du cœur, et 
bruit de frottement ou de craque¬ 
ment de cuir neuf à l’oreille; plus 
lard, enfin, il y a voussure de la ré¬ 
gion prècordiale, et effacement des 
espaces intercostaux. Mais la maladie 
ne se présente pas toujours avec cet 
étal de simiiiicité et avec cet ensem¬ 
ble de phénomènes, comme cela a eu 
lieu chez un boulanger âgé de vingt- 
sept ans , couché à l’Hôtel-Dieu, 
n» l-t de la salle des hommes, ser¬ 
vice de M. Rostan, et qui a été guéri 
par un traitement antiphlogistique 
très-énergique. — L’on sait que pour 
Corvisart le pronostic était presque 
toujours funeste. M. Rostan trouve 
ce jugement infiniment trop sévère: 
on doit au contraire, selon lui, con¬ 
sidérer aujourd’hui la péricardite 
comme une maladie peu grave, et 
dont la guérison est le cas le plus fré¬ 
quent. Il fonde cette opinion sur les 
cas de guérison spontanée des sujets 
chez lesquels, par l’absence de symp¬ 
tômes, la maladie a été méconnue 
pendant la vie, et n’a été établie que 
par les altérations matérielles trou¬ 
vées plus tard à l’autopsie. La péri¬ 
cardite, dans ces circonstances, a été 
méconnue, et l’on n’a dirigé, consé¬ 
quemment , contre elle aucun traite¬ 
ment; cependant les malades ont 
guéri. — Cela prouve-t-il exactement 
cequeveul M. Rostan? (Gazelle des 
hôpitaux, juillet 1812.) 


PHTHISIE PDEMONAIRE (Em¬ 
ploi de la vapeur d’iode dans la). 
Encore un moyen proposé pour la 
guérison de la phthisie pulmonaire au 



( 150 


second et an troisième degré. C’esi la 
vapeur d’iode, qu'a employée cher, un 
de scs malades, avec succàs, le doc¬ 
teur Oefiiisseaux. médecin militaire 
belge. L’appareil dont il s’est servi 
est celui du docleur Dixon. Au-des- 
sHs d’on vase en porcelaine contenant 
de l’eau maintenue en rhiillition au 
moyen d’une lampe à esprit-de-vin, 
se trouve maintenu un llacon ren¬ 
versé , renfermant do la teinliire 
d'iode; un bouchon troué ferme ce 
Dacon , ut au moyen de ({uelqucs 
brins du colon qui iraversunt le bou¬ 
chon , il s’écoule incessamment par 
gouttes de la teinture d’iode (cinq 
goiiltes environ par minute). Cette 
teinture d’iode tombe dans l’eau en 
ébulliliun, et se vaporise en même 
temps (|nc l’eau. Cet appareil est 
placé dans la chambre du malade, 
qui respire ainsi ini air chargé de 
vapeur d’iode. L’inhalation s’opère 
ainsi sans efforts, progressivement et 
sans gène. Voilà le (trocédé. Mainte¬ 
nant croirons-nous qu’en trois semai¬ 
nes de son us,ige, dans im cal)inet 
maintenu à 13 degrés de température, 
.M. Defiiisseanx a ftiit disparaître les 
symptômes de la phthisie cher, un 
soldat de vingt-cinq ans, qui, aux 
signes généraux , joignait ceux du 
ramollissement de la matière tuber¬ 
culeuse, et (le la formation de caver¬ 
nes, nialiU’ sous les clavicules, gar- 
garguulllenient, et un 1*11 de pocto- 
ritoqnie? Nous avouons irôlre pas 
convaincu par ce fait, d’ailliMirs uni- 
iiue. I)(>s leclicrches nouvelles doi¬ 
vent donc ('Hreilemantlées. U faut, dn 
reste, prévenir que ces vapeurs 
(I iode »H! pmirraienl être conlinnées 
«ans inconvénients. Elles activent la 
circulation, excitent le cerveau, oc- 
casionneut la toux, l’insomnie, des 
douleurs épigastriques, abdominales. 

On a conseillé, pour constater la 
présence de l'Iode dans réconomic, de 
verser de la solullon d'amidon dans 
l’urine. Ce moyen ii’a pu faire décou¬ 
vrir d’iode elles plusieurs malades de 
M. Defuisseaux, qui en avaient pris 
de fortes doses. [.-Innales tie la Soc. 
Hemid. âe Gand, juin 1812.) 


pieruxi damb l’üiietiii: nn ê- 
tieà fa sintede la Uthotritie.—2^ou- 
vean procédé de désoôslniclion du 
canal. Quelque ingénieux et efficaces 
que soient les moyens généralement 
usités pour prévenir les accidents 

3 ni résultent de l’arrêt et du séjour 
es calculs dans rnrètre à la suite de 
la Htholritie, l’observation vient de 


proavor leur insuffisance sur quatre 
malades lithoirlles par M. Bon¬ 
net de Lyon, qui, en présence de 
difficultés imprévues, a su trouver 
des ressources nouvelles, dont la va¬ 
leur pratique a été chaque fois sanc¬ 
tionnée par uu succès complet. 

Chez uu premier malacie Sgé de 
(|uaiaiite ans, et atteint d’un rétré¬ 
cissement de l’urètre depuis t826, la 
lithoti'itic fut pratiquée au mois (le 
mai 1811 après diliitalion jiréalable 
du rétrécissement. Les cinq pre¬ 
mières séances de litliolriiie fiireul 
suivies de l’écoulement, par les 
urines, de plusieurs fragments peu 
solides, blancs et composés de phos¬ 
phate (le (’liaux. tîne lois seulement 
l’ariét des pierres dans le canal de 
l’urèlre fut suivi de très-vives dou¬ 
leurs et d’une si'crétioii purulente 
provenant du canal lui-iiiéme. Ce uo 
fut qu’après seize jours qu'il fut pos¬ 
sible de rendre au canal sa liberté. 

Après la sixième séance, les mê¬ 
mes accidents sé renouvelèrent avec 
plus d’intensité; pendant dix jours, 
aucune tentative d’extraction ne 
réussit. Dans cette situation difficile 
qui s’aggravait d’un instant à l’autre 
au point de mettre les jours du 
malade en danger, M. Bonnet, re- 
inaninant la composition chimique 
des fragments de pierre qui étaient 
constitués par du phosphate calcaire, 
sel soluble dans l’acide chlorhydri¬ 
que très-affiiibli, songea à dissoudre 
les fragments qui obstruaient l’urè¬ 
tre, en y injectant un mélange d’eau 
et d’acide dans des proportions telie-s 
qu’il pût être mis en contact avec ia 
langue sans inconvénients. Toutefois, 
avant de faire celle injection, M. Bon¬ 
net s’assura de l’action dissolvante dn 
liquide, en y laissant séjourner pen¬ 
dant douze heures l’un (les fragments 
de calcul les plus volumineux (lui 
eussent été rendus par le malade, 
.éprès ce temps, le fragment était en 
partie dissous; ce qui en restait était 
si friable, qu’il suffisait d’agiter ie 
vase pour le réduire en poussière. 
Fort de ces données cxpénmentales, 
M. Bonnet introduisit une petite 
sonde de gomme élastiiiue, ouverte 
par le lient, jusque sur le calcul, et 
injecta dans le canal une petite quan¬ 
tité de limonade chlorhydrique; celte 
îoieclion, suivie d’une sensation 
très-pénible, ne imt être retenue 
plus de deux minutes. Le lendemain 
00 la renouvela, et le soir du même 
jour, les urines entraînèrent plu¬ 
sieurs fragments, tous assez friables 



( 1»1 ) 


^ui-Be riiduire un poussière par une 
faible pression des doigts. I.e sur¬ 
lendemain, nouvelles injections aci¬ 
des: et, deux jours après, lecanal était 
parfaitement libre, ce qui permit de 
broyer et d’extraire quelques frag¬ 
ments qui reslaieut encore dans la 
vessie. — Chez trois autres malades, 
desfragmenls de pierre formée d’oxa- 
lale de chaux s'arrêtèrent eu arrière 
de la courbure de Turèire, et y sé¬ 
journèrent pendant plus de trois 
semaines, chez l’un d’eux, qu’un 
catarrhe pulmonaire très-iutense 
avait surpris dans le cours de l’opé¬ 
ration, sans qu’il fût possible d’ex¬ 
traire ou do repousser ces fragments 
par les moyens connus. Ayant con¬ 
staté l’insolubilité de ces calculs dans 
la limonade chlorhydri(iue, M. Bon¬ 
net songea à substituer è la sonde 
ordinaire ouverte sur les côtés, une 
sonde largement ouverte à son ex¬ 
trémité vésicale, et munie à son ex¬ 
trémité externe d’une boite eu cuir 
.à laquelle pût s’adapter une serin¬ 
gue. A l’aide de cette modification 
apportée au procédé d’injection, dès 
la première tentative, toutes les 
pierres qui encombraient le canal 
rentrèrent dansla vessie, où la sonde 
pénétra immédiatement. 

Ou conçoit sans peine la supério¬ 
rité do la sonde proposée par 
M. Bonnet, sur colle iiui est jour- 
neilement employée.—Ayante mil¬ 
limètres de diamètreenviron, couitée 
perpeudiuuiairemeut à son extrémité 
vésicale, de manière à présenter une 
ouverture égale à son diamètre, elle 
permet d’agir .sur les fragments par 
un jet direct et considérable, cir¬ 
constance qui manque aux sondes 
ouvertes sur les côtés, dans le.s- 
queiies la force d’impulsion du 
liquide s’épuise en partie contre les 
parois de rurètre ou elle se brise, 
de sorte qu’elle n’agit sur les frag¬ 
ments que par un véritable reflux. 
Aussi comprend-on que l’injection 
soit Impuissante à refouler l'obstacle 
opposé par un fragment depuis long¬ 
temps en contact avec le même point 
de l’urètre, cl y adhéraut par des 
concrét ions pseudo-niemitraneuses, 
produit d’une sécrétion muco-i>uru- 
lente, comme celle qui eut lieu dans 
le cas (pii nous occupe. 

En résumé, M. Bonnet vient de 
prouver (|uc si la litbolrilie, en rai¬ 
son du degré de perfection qu’elle a 
atteint, n’est psstiscepliblede modi¬ 
fications fontianieniales sons le rap- 
yiort de l’instrumentation et du ma¬ 


nuel opératoire, il est possible encore 
(ie découvrir des moyens de détail 
propres à faire disparaître quelques- 
uns des accidents inliéreitls à son 
emploi. {J. (le méd. de Lyon, juin.) 


POUDRE DENTIFRICE. M. le doc¬ 
teur E. Kemmerer a reconnu à la 
poudre denlifrice suivante des avan¬ 
tages qu’il refuse aux autres prépa¬ 
rations de même nature. 

Poudre de suie tamisée. 30 grain. 

Poudre de fraisier.20 — 

lîau de Cologne, quelques gouttes. 

line pincée suffit pour maintenir 
la blancheur des dents et tonifier 
les gencives. Selon ce médecin, 
celle poudre conserve les dents et 
arrête la carie. [J. des Conn. méd.- 
chir., juillet.) 


QUININE (.S'ur le lactate et le va- 
lérianate de]. Le prince Lucien Bo- 
naparle a fait administrer par plu¬ 
sieurs médecins le lactate et le va- 
lériaiiate de quinine dans diverses 
maladies à type intermillent spécia¬ 
lement fébrile, et dans les lièvres 
quartes, qui sont endémiques dans la 
campagne de Rome. 

Le lactate a, dit-on, produit de 
bons effets dans les cas où l'actioa 
du sulfate est trop viulente et trop 
vivement sentie pur les organes, sa 
prompie solubilité le rendant plus 
assimilable. 

Le valérianate de quinine élant 
trés-soluble dans l’eau, moins désa¬ 
gréable au goûl, moins amer, moins 
coûteux que le laclale el le sulfate, 
railleur pense qu’on devrait en pro.» 
pager l’emploi surtout dans les cam¬ 
pagnes. 

— Ces essais iliérapeiiliques sont 
très-louables, sans doute, mais leS 
coiiclusiiius en sont tout à fait contes» 
tables. Il n’est millcuient prouvé que 
l'action du sulfalc de quinine est 
plus violenle et est moius bien sup- 
porlée par les organes que le lac- 
(ale. Le sulfate de quinine est, il est 
vrai, plus actif, parce que, à poids 
égal, il coiitienl une plus grande 
proportion de quinine que le laclale. 
1-a différence de solubilité ne saurait 
être un inolif d'cxctiisinn pour le 
sulfate, allendu que les alcalis végé- 
laux trouvent toujours dans le suc 
gastrique plus d’acide qu’ils n’eu 
ont besoin pour s’y dissoudre, leur 
capacité de saliiralinn étant des plus 
faibles. Quant au valérianate de qui¬ 
nine , sa moindre amertume ne mé- 




( 152 ) 


rite pas d’être prise en considération, 
et il est inesact de dire que ce sel 
est moins citer que le siiffate: le prix 
de i’acide suifuriqtte est iniininienl 
moindre que celui de l’acide valiv 
rianiqne; donc iin poids quelconque 
de quinine, coniliiné avec l’acide va- 
lérianique, constitue un médicament 
d’im prix plus élevé que le sulfate 
dequinine. {.fourn. de chimie mid., 
août 18i2.) 

BÉTENTIon D’ÜRINE causle par 
rasage du vin. Il est des faits bi¬ 
zarres et incnmprélionsibles tuu- 
cbant la susccptiliilité spéciale de 
certains organes citez qttelqttes in- 
dividits. En voici un cxetnple re¬ 
cueilli par M. le docteur Deville. Il 
s’agit d’ttti ntarcitand ferrailleur, an- 
ciett niiiilairc, aujourd’hui itgé de 
cini|uanle httit ans, qui depuis l’tlge 
de iiiiit ans n’a pu boire du vin, et 
surtout du vin blanc , sans avoir un 
ténesme vésical très-douloureux , et 
une rétention d'urine. Malgré les si¬ 
tuations diverses où cct homnte s’est 
trouvé, il a donc dû toujours ne boire 

3 lie de l’eau. Deux fois seitlemcnt 
ans sa vie il a commis l’impru¬ 
dence de boire un peu de vin, et il 
l’a payée cher. Eit 1839, il enfreint, à 
la barrière du Trône, sa réserve ha¬ 
bituelle, il boit environ detix verres 
de vin blanc. Peu d’instants après, 
envies pre.ssanles et douloureuses 
d’uriner, mais intpossibililé de rem¬ 
plir cette fonction ; il faut le sonder, 
et l’on retire île sa vessie trois litres 
d’urine limpide. Au mois de décem¬ 
bre dernier, maiCTé celte leçon qui 
l’avait tenu dix jours à l’usage des 
bains, des émollients et des cala- 
pla.'jmes , pour calmer les douleurs 
qu’il avait au col delà vojssie chaque 
fois qu’il urinait, il se laisse entraî¬ 
ner dans un cabaret, où il boit del’cau 
rougie et tout au plus un demi-verre 


^•sclarent; pendant trois heures il 
cûerche vainement, en éprouvant les 
plus vives douleurs, à rendre quel¬ 
ques gouttes d’urine; dans son an¬ 
goisse, il se roule sur le carreau. A 
sept heures du soir, M. le docteur 
Deville relire par la sonde trois li¬ 
tres d’urine, ce qui le soulage; mais 
à une heure du matin, les envies 
d’uriner et les douleurs recommen¬ 
cent; il faut le sonder de nouveau, et 
quoiqu’il n’ait pris que quelques 
gouttes de liquide depuis la pre¬ 
mière opération, on trouve encore 
trois litres d’urine dans la vessie. A 


ept heures du matin, M. Deville est 
encore forcé d’employer la sonde pour 
soulager le malade; il sort encore, 
quoiq'n’il n’ait rien bu, deux autres 
litres d’urine. .Mnsi voilà huit litres 
d’uriiie claire, limpide, sans odeur, 
retirés dans l’espace de douzebenros, 
de la vessie de ce malade qui n’avait 
pas bu en tout deux verres de li¬ 
quide dans cet espace de temps. 
Cüinnie fait saillant, ce qu’il faut no¬ 
ter, c’est l’excitation spéciale portée 
par le vin chez cet homme sur les 
reins et sur le col de la vessie. Il a 
fallu appliquer vingt sangsues au pé- 
rinc, cmiiloyer les Itainsel les adou¬ 
cissants, et'lout est rentré dans l’or¬ 
dre en trois ou quatre jours. {Itevve 
médicale, juin 1812.) 


RBEMATISME AltTlCDEAIRE (De 

( l'emploi de l’iodare de potassium 
dans le). \ l’exemple do queh|nes 
médecins anglais, italiens et alle¬ 
mands, M. le docteur Bouyer, do 
Marennes, a voulu expérimenter l’iu- 
dure de potassium dans l'arthrite rhu¬ 
matismale. Un premier succès qu'il 
avait publié avait été attribué par 
quelques confrères à ce qu'il existait 
chez son malade un principe syphili¬ 
tique; M. Bouyer a recueilli quatre 
nouveaux faits, et il veut établir que 
le médicament réussit également cl 
dans les cas où il n’y a pas de com¬ 
plication syphilitique, etdansceuxoù 
cette complication existe, lors même 
que les Irailcmcnts antisyphilitiques 
ordinaires ont échoué. L’iodure de 
potassium réussit particulièrement 
dans le rhumalisnie articulaire chro¬ 
nique et la périostite chronique; il a 
aussi de bons eifets dans ie rhuma¬ 
tisme articulaire aigu, niais seule¬ 
ment quand le traitement antiphlo¬ 
gistique a été constaté impuissant 
ou incomplètement curatif. Ce trai¬ 
tement a échoué dans le rhumatisme 
musculaire et dans la sciatique. 
M. Bouyer cite une dame de to ans, 
atteinte deimis plusieurs années de 
douleurs aux poignets, aux genoux 
etaux articulations tibio-tarsiennes, 
et d’une périostilq non syphilitique 
du tibia gauche, qui a clé guérie en 
vingt-ciiK) jours par l’iodure de po- 
las.sinm. Une autre dame a été gué¬ 
rie en quinze jours, (lar le même 
moyen, d’un riiiimalisme aux genoux 
et aux lombes cxti’êiiiumeiit doulou¬ 
reux, dont l’état aigu avait été inu¬ 
tilement combattu pendant deux se¬ 
maines par des émissions sanguines 
générales et locales, un régime an- 



( 153 ) 


tiphlogislique puissant et un vésica¬ 
toire aux lombes. M. Boiiyer aiJmi- 
nislre l’ioiiiire de polassium à close 
progressive, eu commençaiU par 25 
ou 40 cenligrammes et en angnien- 
tanl chaque cinq jours de 25 ceuli- 
gramines jusqu’à la dose de 2, i ou 
même 6 grammes; il associe à la pre- 
paralion d’iode une pulile quaulilo 
d’opium dans le but de diminuer 
l’action sur la muqueuse gaslri(|ue, 
et de s’opposer à l’action alrophianle 
du médicament sur les glandes. Voici 
la formule de la potion indurée dont 
il se sert; il va sans direque la pro¬ 
portion d’iodure de potassium y est 
augmentée successivement : 

lodure (le potassium.Q5 cenlig. 

Bail^üisdtlée'.°.*...!?!!60® 



M. Bouyer a ajouté, chez un do 
ses malades, au traitement intérieur, 
l’action localede la pommade indurée 
suivante : 

lodurc ne polassium. i gram. 

Iode. ■ 2 r, cenligr. 

C’est chez un ancien militaire, 
M. B., âge de 3t ans, avant des don- 
leursarticulairesaux deux genoux ex¬ 
trêmement tenaces et (|u aucun trai¬ 
tement n’avait pu guérir complète¬ 
ment depuis trois ans. Le genou 
droit était extrêmement tiiméiié, la 
peau n’offrait aucune trace d’inflam¬ 
mation; il y avait une fluctuation 
profonde, due à une supersécrétion 
de synovie. Les frictions, faites deux 
fois par jour, ayant amené au neu¬ 
vième ou dixième jour la disparition 
de la tumeur articulaire, furent sus¬ 
pendues. Le traitement intérieur fut 
continué. Il procura en moins d’un 
mois et demi la guérison complète 
(le M. B.; depuis cinq moiscettecure 
ne s’est point démentie. {Gaz. mé'I. 
de Paris, juillet 1842.) 

STATISTIQUE. Elle ne conduit 
qu'à des erreurs en thérapeutique. 
Nous donnons place à l'extrait sui¬ 
vant d’une leçon de M. Trousseau, 
à l’hôpilal Necker; l'on v verra net¬ 
tement exprimée l’opinion du pro¬ 
fesseur de thérapeutique de la Fa¬ 
culté, sur la valeur de la statistique 
dans la prali(|ue. Les saines idées 
que nous professons depuis dix ans 
dans ce journal trioinpnent de tou¬ 
tes parts. 

« N’êles-vous pas frappés, mes¬ 


sieurs, d’abord de cette grande vérité, 
sibautement, si universellement pre- 
clamt'e par nos devanciers, savoir: 
que les maladies (|nc nous désignons 
par la même appellation sont bien 
pou semblables à elles-mêmes, quel¬ 
quefois le même jour, à la mên:e 
heure, mais à plus forte raison lors¬ 
qu’on les observe dans des consti- 
tuliniis médicales différentes? Voyez 
la coqueluche du premier semestre 
de 181-1; ses formes violentes, son 
intensité, ses compreations; com- 
parcz-la à celle du deuxième semes¬ 
tre, et jugez si les deux maladies 
sont identiques. 

« Et maintenant, si vous vouliez 
faire de la statistique, dans quelles 
déplorables erreurs ne resteriez-vous 
pas? Essayez des moyennes dans 
votre première épidémie; coniparez- 
les aux moyennes de la deuxième, 
et voyez à quel stupide résultat vous 
arriverez ! Les gens à statistique ne 
se souviennent pas assez de l’im¬ 
mense erreur de rilippocrale des 
temps modernes, du grand Syden¬ 
ham. Ce praticien, auquel on ne 
peut reprocher (jne d’avoir un peu 
trop mis du côté les travaux de ses 
devanciers, était arrivé à la lin d’une 
longue carrière sans avoir vu de 
graves épidémies de scarlaline, et il 
disait de celle redoiilablo pyrexie : 
« P'ix nomen morbi meretur. » 
C’était le résultat de sa pratique. Et 
peu d’annt'es après qu’il eut fermé 
les yeux, on signalait, dans la 
Grande-Bretagne, des épidémies 
de scarlatine plus graves que la 
peste, et qui dépeuplaient des iiays 
entiers. Et les faiseurs de stalisti- 
(pie ne voient pas que ces faits se 
renouvellent tous les jours. Tandis 
que dans leurs hôpitaux de Paris 
ils comptent minutieusement les 
jours de durée d’une maladie, et 
que, après deux années, et souvent 
après six mois d’observations, ils 
établissent ce qu’ils appellent une 
LOI, voici que, dans un départe¬ 
ment de la France, la loi n’est déjà 
plus applicable; la morlalité qui, 
dans la lièvre dite typhoïde ou pu¬ 
tride, n’était que d un cinquième 
ou (l’un quart, frappe la moitié des 
malades, et ailleurs en épargne les 
dix-neuf vingtièmes. Et des faits 
semblables se passent à Paris, sous 
leurs yeux, dans leurs hôpitaux ; 
mais ils refusent de voir. Ils traitent 
deux ans de suite cent (lèvres puer¬ 
pérales si légères qu’elles cèdent 
avec une facilité merveilleuse aux 



( m ) 


éracuantSf A la diète; et voilà <|ue 
tout à coup la maladie revêt les foc' 
mes les plus leirihles ; des plileg- 
ijtons, des phlébites de rulériis, des 
plilegmasies du péritoine, du la plè¬ 
vre, de raracbnoïde, de rovaire, du 
tissu cellulaire du liassin, des vais¬ 
seaux lymphatiques, des articula- 
üons, viennent se jeter au travers 
de nos moyens thérapeutiques qui 
échouent misérablement. Et pour¬ 
tant c’est la lièvre puerpérale d’hier, 
comme la scarlatine des élèves de 
Sydenham était la scarlatine de Sy¬ 
denham Ini-mème; mais des com¬ 
plications uonvelles ont surgi, qui 
ont pe.sé dans la l)alance et renver.sé 
vos i)rétendues lois , auxtpielles il 
manque la sanction de la nature. » 
(Goî. des llàpit., juillet.) 


SUCREHIES COLORIÉES. Il serait 
nécessaire, dans l’intérêt de la santé 
publique, que l’administration fit 
connaître, et imposât aux coniiseurs, 
pastilleurs, etc., qui habileut les dé- 
partcincuts, l’emploi des couleurs qui 
ne peuvent pas nuire à ceux qui font 
usage des sucreries coloriées. Les 
visites incessantes faites sans frais 
chez les coniiseurs, par le conseil 
de salubrité, ont fait pre.sque entiè¬ 
rement cesser dans la caidtale les 
accidents occasionnés par l’einplnides 
couleurs vénéneuses; les saisies et 
las condamuations y sont aujourd’hui 
fort rares. Mais il n’en est pas de 
même dans les deparlemenls, ou la 
surveillance des sucreries n’est pas 
faite de la même manière. Les au- 

iysuns, MM. Chevallier et Habert, 
signalent des accidents graves, et 
même la mort, occasionnés, dans ces 
dernières années, par les substances 
vénéneuses colorantes des bonbons 
ou des papiers qui les envelopiwnt, 
à Besançon, Rouen, Épinal, Beziers, 
iivreux, Orléans. Userait donc de la 
plus grande utilité qn’on fit faire en 
l>roviiice par des pharmaciens habi¬ 
les, quand il n’y a pas dans la ville 
de conseil de salubrité, une visite 
annuelle des magasins el laboratoires 
des coniiseurs, aiiii de voir si dans 
leur fabrication ils u’empioient pas 
des suhslauces susreplihies de nuire 
à la saulé. Ce doiu il faut être pré- 
vemi, c'est que quelques coniiseurs 
des dépariemenis reçoivent les pra¬ 
lines et des sucreries tonies prt'-- 
(larées de Paris, cl que le conseil 
de salubrité a trouvé chez un conii- 
sevr pralines difiereutes, les 


unes vénéneuses, avec du cinabre, 
pour la province, et d’autres pour 
Paris, avec le carmin. En Allemagne 
et un Angleterre, les mêmes abu? 
sont commis et doiveul être surveil¬ 
lés. Au lieu de se servir de sucs de 
plantes et de matières inolfeasives 
servant aux teintures, comme la co¬ 
chenille, le safran, la gaude, le cur- 
cuma, le tournesol, l’indigo, etc., les 
coniiseurs, pour donner plus d’éclat à 
leurs couleurs, ou par économie, em¬ 
ploient des substances dangereuses 
pour la santé ; ce sont principalement: 
la gomme-gutte, le chromaie de 
plomb, le cinabre, les oxydes de 
cuivre, l’arsénite de cuivre (vert de 
Schweinfurt), elc. C’est aux chimis¬ 
tes à constater les divers poisons 
employés dans celle fabrication, et à 
employer tous les moyens de per¬ 
suasion possibles pour faire renon¬ 
cer à leur emploi en province. 
MM. les préfets devraient aussi pren¬ 
dre un arrêté pour rendre applicables 
aux fabricants de bonbons de pro¬ 
vince les mesures prises par le pré¬ 
fet de ])olice de Paris. {Annales 
d’hygiène, juillet 1842.) 

TREMBLEMENT MERCURIEL. Il 
semblerait (|uc dans les maladies 
mercurielles, par cela seul que l’éco¬ 
nomie a été lroul)léc un grand nom¬ 
bre de fois par l’absorption du mer¬ 
cure , elle est plus apte à être 
influencée par ectagent.il est entré, 
le 8 juin 1842, à l’bépital de la Cha¬ 
rité , salle Sainl-Fcrdinand, service 
de M. Oiiveilhier, un rairoilier, 
François Aubry, dont voici Phistoire. 
Après trois ans d’exercice de sa pro¬ 
fession qui l’expose aux émanations 
du mercure, ii fut pris, en 1826, de 
Irembleinents mercuriels qui la niel¬ 
laient dans l’impossibilité de mar¬ 
cher; le côté gauche même était 
comme paralysé. Il entra à l’bôpital 
de la Charité, oà il fut traité et guéri 
par les bains sulfureux. Il abandonne 
son état jusqu’en 1833, el il n’éprouve 
rien. Il repi'eud sou métier de mi¬ 
roitier; au bout de six mois, nou¬ 
veau tremblement que les bains 
sulfureux guérissent comme la pre¬ 
mière fuis. En 183.3, après cinq mois 
de travail, nouveaux accidents: même 
trailemeut ; guérison en six semai¬ 
nes. En 1838, après quatre mois de 
travail, relourde la maladie; guéri¬ 
son par les bains sulfureux en deux 
mois. Eu 1389, après deux mi.is et 
demi de travail, encore môme mala¬ 
die, guérie par le même moyeu à 




: 16 Ô ) 

Saint-Louis, en deux mois et demi, plus tard. Plus de la moitié des per' 
En ISiO, nouveau retour, inéiiie gué- sonnes atteintes ont succombé, et le 
rison. Euiln ce malade a eu deux re- petit nombre de cellcs quî ont sut’.» 
ebutesen 1912, en m^rs dernier, et vécu sont restées soit amaurotique.s 
en juin. Les bains sulfureux l’ont soit sourdes, soit atteintes de lièvre 

guéri comme la première fois, et il licclique. Les raédecius italiens ont, 

sortira parfaitement rétabli, un de ces comme M. Chauffard , essayé avec 

jours. Il est évident que ce sujet de- désespoir, de toutes les méthodes de 

vinit alxindonnersa profession. Deux traitement; ils out pratiqué large- 

choses sont à remarquer dans ce cas, ment des émissions sanguines, géné- 

la guérison eonslaiite, dans les huit raies et locales, qu’ils dirigeaient, 

recTiuies de tremblements, par les selon leurs idées, contre la conges- 

bains sulfureux, et le retour de plus lion, et non, comme en France, cou- 

en plus rapproché des accidents, trerinllammation; ils ont échoué. Ils 

toutes les fois qu'il s’expose à leur n’ont pas été plus heureux avec les 

cause. [Gaz. des hôpitauæ , juil- épispasliqiies, les bains, les laxatifs, 

let 18i2,) les applications froides, le tartre sli- 

_ _ , . blé, le musc, le caslorenm, l’assa-fo». 

TVPBns CONVDI.SIF ÉFIDÉMI- tida, la jiisquiamo, le camphre, le 

QVE. Tel est le nom donné par les sulfate de quinine; toujours les mala- 

médeeins italiens à l'affection que clos mouraient, ou allaient de mal en 

nous avons décrite, dans notre dor- pis. On ne trouve qu’un seul méde» 

nier Répertoire, à l’arlicle/îéorener- cin, le docteur Elepbanli, à Eboli, 

mujte. Pendant que Strasbourg , qui, regardant la maladie comme un 

Avignou , Versailles, La Rochelle, véritable tétanos, l’ait traitée, non 

Meta,etc., étaient ravagés par cette par l’opium, mais par la morphine, 

épidémie, appelée ici par quelques- dans laquelle il trouva, dit-il, un 

uns cér(!6ro-.spiBit«, méningite en- remède souverain et trés-efflcace, qui 

céphalo-rachidienne, Cl& VAVilTa ciAii guérissait en se|>t ou neuf jours, 

des Alpes, les docteurs Semmola, Après avoir débarrassé les premières 

Spada, Julapi,’Elepbanli et de Renzi voies, combattu la complication la 

observaient, dans lesprovinces méri- plus importante, ouvert la veine, etc., 

dionales de l’Italie, une affection il donnait au malade d’un quart de 

identique avec la nôtre par les grain à deux grains de morphme dis¬ 
symptômes, la marche et la lermi- soute dans le sirop diacode, ou bien 

naison rapidement funeste. Nos en potion dans de l’eau distillée; il 

confrères d’Italie, en désignant la relira aussi quelque avantage des 

maladie sous les noms de typhus frictions sur l’épine avec la pommade 

convulsif épidémique, de typhus de ninrpbiiic. Slalheiircusement, ces 

apopleclico-tétanigue, ont été diri- expériences, commencées vers la lin 

ges par des idées dIus médicales de l’épidémie, furent faites sur un 

jue nos confrères françaLs; car ils trop petit nombre de malades.{/faeue 

indiquent ainsi un élatgénéral, une médicale, juin 18i2,) 

flèvre avec diathèse nerveuse, et de --- 

plus, ils la caractérisent par les plié- VIDANGEDHS (iV'bfe sur les). S’il 
pomènes vitaux qu’elle a présentés, est une profession qui mérite deiixer 

et non par les altérations anatomi- l’atleulion des liygiénisles, c’est as- 

ques. Nous ne tracerons pas de surément celle des vidangeurs. En 

nouveau le tableau de la maladie effet, l’extraction des matières féca- 

d’après l’excellent article de M. De- les des fosses, par des hommes ex- 

viliiers fils, que nous avons sous les posés à respirer des émanations mias- 

yeux ; qu'il siiflise à nos lecteurs de niatiques et quelquefois à être as- 

savolrque partout, quelque soit le phxyiès.constUiie une profession tout 

nom qu’on a donné à celleaffeclion, a fait incomniude et en apparence 

elle a préseulé les mêmes symptô- très-insalubre. Eli bien! il résulte de 

mes, offert la même gravité, fait le recherches finies par MM. Briche- 

mème nombre de victimes, donné à leau. Chevallier et Furnari, près îles 

peu près les mêmes altérations coda- maîtres vidangeurs de Pans, que 

vériqoes.En Italie comme en France, cette profession n’est pas aussi iusa- 

toutes les médications ont échoue, lubre qu’on le pense. Le service de 

et la mort a eu lieu, soit dans les la capitale est fait par deux cents h 

premières vingt-quatre, ou quarante- deux cent cinquante ouvriers vi- 
huil heures, soit à la Un du premier dangeurs, qui gagnent de 3 fr.. 80 c. 
éti du second septénaire, rarement à 5 w. par jour; ils sont en général 



( 166 ) 


d’un tempérament bilieux; l’exer¬ 
cice de leur profession ne les empO- 
clie pas de Irouver à se marier. D’a¬ 
près les rcnsei^nemenls pris auprès 
de maiiresqui exercent depuis x’ingt 
OH trente ans, les ouvriers vidangeurs 
suit sains, forts, vigoureux; ils tra¬ 
vaillent jusqu’à un ùge fort avancé, 
jusqu’à soixante-cinq et qucl(|uefois 
soixante-dix ans; leurs enfants et 
leurs pelits-eufauts premieut volon¬ 
tiers la profession de leurs parents, 
et ont des enfants robustes. La mal¬ 
propreté tlii inélier et l’odeur des ma¬ 
tières ne leur a jamais paru nuisible 
à letir saute; aucun vidangeur, ou 
cliarretier, ou ouvrier à la poudreite 
de Monllàucon, n’est mort du cho¬ 
léra. Il est con.slant,deplus. que plu¬ 
sieurs individus se sont faits vidan¬ 
geurs pour guérir d( s maux de la 
peau, dont ils étaient at'eiuts. Un ou¬ 
vrier qui avait profondément altéré 
sa santé dans une fabrique de plomb 
laminé, l'a recouvrée entièreivent en 
travaillant aux vidanges : avisa ceux 
qui ont constaté les bons elfels des 
nréparatioiis sulfureuses dans les ma¬ 
ladies de plomb. La mille, opbthal- 
mie causée par les vapeurs ammo¬ 
niacales. oblige les vidangeurs à ces¬ 
ser pendant quelques jours leur tra¬ 


vail, mais n’a aucune conséquence 
fâcheuse; ils ont aussi bonne vue que 
les autres, et n’ont aucune inlirmilé 
des yeux. La mille est plus fréçiuente 
encore chez les ouvriers en laine, en 
coton, qui sont au milieu de corps 
légers voltigeant dans l’air. Les vi¬ 
dangeurs, (|uoiqu’on en ail dit, ne 
sont pas sujets à l’apoplexie. Leur 
accident le plus grave, c’est l’aspliyxie 
connue sous le nom de plomb; mais 
même cet accident est aujourd’hui 
fort rare, par les précautions de ven¬ 
tilation qui sont prises. Un maître 
vidangeur qui emploie huit à dixou- 
vriers par jour, d’un bout de l’année 
à l’autre, a répondu qu’aucun de ses 
ouvriers n’avait été asphyxié de¬ 
puis vingt ans; un autre, employant 
le même nombre d’individus, n’en a 
vugu’un; un troisième, enlin, n’a ja¬ 
mais eu aucun de ses ouvriers as¬ 
phyxié, et il en emploie journelle¬ 
ment quîtize. Il résulte de ce travail, 
(|u’eii général la profession de vidan¬ 
geur, quoique sale et dégoûtante, est 
moins insalubre qiiune multitude 
d’autres qu’on pourrait citer,ctqu’on 
y trava'lle aussi longtemps que dans 
beaucoup d’autres. ( Annales d'hy¬ 
giène, jniÜKt 1813.) 


VARIÉTÉS. 


Sur une panique répandue depuis quelques jours dans Paris. 
— Des liniits sinistres ont circulé dans les quartiers populeux de la ca¬ 
pitale et ont jeté la terreur dans la classe oim’ière, pins particulière¬ 
ment appelée à venir se faire soigner dans les hôpitaux. Il n’était ques¬ 
tion de rien moins que de la peste, selon les uns , ou du choléra, 
selon d’autres, qui se seraient développés à Saint-Louis et à l’IIôtel- 
Dien, hôpitaux sur lestpicls on mirait arboré le di'apeau noir et dont 
on aurait interdit l’entrée à qui que ce fût. Ces bruits n’ont aucun 
fondement, et doivent être démentis avec d’autant plus d’empresse¬ 
ment que déjà ils prennent créance dans un monde plus élevé et qu’ils 
sont répétés par la presse des départements et de l’étranger. Ce qu’il y 
a de certain , c’est que l’état sauit,au-c de tous les hôpitaux est des plus 
satisfaisants. 


Funérailles de M. Pelletier. —A peine 


lis s’était écoulé de- 



( i57 ) 

puis la mort de M. Double, que l’Institut et l’Âcadémie de médecine 
avaient encore à déplorer la perte d’un de leurs membres les plus distin • 
gués, d’un de nos savants les plus modestes et les plus recommandables, 
de M. Pelletier, dù-ectciu-adjoint de l’École de pharmacie, l’illustre au¬ 
teur de la découverte du sulfate de quinine. 

Fils de Bertrand Pelletier, membre de l’Institut, professeur à l’École 
Polytechnique et pharmacien distingué, M. Pelletier, qu’animait un ar¬ 
dent amour pour l’étude des sciences naturelles, avait embrassé la même 
carrière que son père, et, comme lui, il s’y était placé an premier rang. 
Tout jeune, car il comptait à peine vingt-six ans, quand il reçut les hon¬ 
neurs du professorat à l’École de pharmacie, sur la doidjle présentation 
de l’Institut et des professeurs de cette école, il sut justifier le choix de 
ces deux corps savants par l’éclat qu’il jeta sur renseignement de l’his¬ 
toire natm’eUe générale, et en particulier sur la minéralogie, dontila’éa 
la chaire. 

Élève du célèbre Vauquelin, ses travaux, comme ceux de son maître, 
avaient toujours un but pratique, et c’était dans le noble désir d’êti e utile 
qu’il se livrait à la recherche des corps nouveaux, dont il a eu le bonheur 
d’eiu'ichir la science. 

Mais dans aucune de ses recherches il ne s’était proposé un plus noble 
but qu’en analysant, avec M. Caventou les quinquinas, l’ipécacuauha, la 
fève Saint-Ignace, la noix vomique, le colcldquc, etc., afin d’en extrah’e 
les principes actifs, dégagés de tout ce qui pouvait rendi’e dégoûtant l’em¬ 
ploi de ces médicaments héroïques, et d’arracher à une mort imminente 
les malheureux qui répugnaient à de tels remèdes. , 

Laissons parler M. Dumas dans le magnifique discours qu’il a pro¬ 
noncé au nom de l’Institut sur la tombe de son collègue : 

« Pelletier s’est fait, dans la science, une place qui ne peut pas 
s’amoiiuh'ir. Ses découvertes sont de celles qui ne sauraient ni s’effa¬ 
cer ni s’atténuer, car ce sont des découvertes absolues. Il a trouvé des 
corps nouveaux ; il a doté la science de sulistances inconnues ; et tant 
que la chimie viwa elle-même dans la mémoire des honunes, le nom de 
Pelletier sera cité avec respect, avec reconnaissance. 

U Ce que Paracelse et ses disciples avaient rêvé, ce grand art d’ex¬ 
traire des métiicaments leurs quintessences, de réduire sous un volume 
à peine appréciable de grandes masses de produits pharmaceutiques 
rebutants, Pelletier s’était attaché à l’accomplir, et dans un grand 
nombre de cas il y avait réussi ; mais jamais, il' faut l’avouer, d’une 
manière plus heureuse et plus complète que lorsqu’d paivint à ex- 




[ m ) 

tfaii» Irt quinine du quinquina, dans le travail célèbre qui a fixé sâ ré¬ 
putation et celle de son collaboratciu' M. Caventou. 

cc Le nom de Pelletier demeurera inséparable de l’invention du sul¬ 
fate de quinine, et il ne faut rien de plus pour se présenter avec bott- 
neur à la postérité. 

« Demandez à nos soldats qui s’exposent aujourd’hui aux inclé¬ 
mences du climat de l’Afimjue, demandez à ceux de leurs devan¬ 
ciers qui allèrent porter à la Grèce la liberté et une cnilisafion nou¬ 
velle , demandez-leur s’ils ratifient cc jugement, et vous vcivez 
quelle sera leur réponse; c’est par milliers qu’il faut compter les 
hommes aivachcs à une mort certaine par cc médicament vraiment 
héroïque. 

« Et quand on se rappelle que les inventeurs du sulfate de quim'ne 
ont fait à l’humanité l’abandon complet d’une découverte qui aurait 
pu devenir pour eux l’occasion d’une immense fortune, quand on 
sait (pie M. Pelletier, grâce à cette générosité même, a ni un mo¬ 
ment son patriotisme compromis par une concurrence ingrate, on 
trouve dans la beauté de cette découverte, dans le sentiment philan¬ 
thropique qui a présidé à sa publication, dans la fermeté avec laquelle 
Pelletier a su conserver à la fabrication du sulfate de quinine sa voie 
droite et loyale, tous les caractères qui autorisent en effet à le ranger 
parmi les véritables bienfaiteurs de l’humanité. » 

M. Pelletier était l’homme bon par excellence ; son âme était droite 
et pure, son cœur dévoué et fidèle ; le connaître, c’était l’aimer, c’était 
l’aimer toujours, comme l’a dit AI. Dumas. 

Longtemps il avait su concilier Ses études et ses recherches avec la 
direction d’une pharmacie importante ; mais depuis dix ans, absorbé 
tout entier par ses travaux de laboratoire et par les diverses fonctions 
qu’il avait à remplir, il avait cessé de s’occuper de sa pharmacie, et il 
avait choisi comme associé, parmi les jeuues pharmaciens ses élèves, 
celui qui lui avait paru le plus digne de soutenir son nom et sa réputa¬ 
tion. Ce choix a été des plus heureux, nous devons le dire, et c’est avec 
satisfaction que nous avons vu AI. Duclou venir sur la tombe de son 
bienfaiteur et de son maître, payer un juste tribut à la reconnaissance 
qu’il lui devait. 

AI. Pelletier était âgé de cinquante-quatre ans : il était membre dé 
l’Institut, de l’Académie de médecine, du conseil de salubrité, direc¬ 
teur-adjoint de l’école de pharmacie, officier de la Légion-d’IIon- 
nenr, etc., etc. Ses obsèques, auxquelles se pressaient en foule des 
savants de tous les ordres, des hommes do tous les rangs, les élèves 




l 159 ) 

deâ écoles de médecine et de pharmacie, ont eu lieu à l’église Saint- 
Germain-des-Prés. 

Quatre discours ont été prononcés sur la tomhe de cet homme de bien, 
de ce sarant modeste : le premier par M. Dumas, le deuxieme par 
M. Gaventoti, le troisième par M. Soubeiran, et le quatrième par 
M. Duclou. 

— Mort de M. Larrey. La chirurgie française vient do perdre une 
de scs plus grandes illustrations. Le bar on Liu-rey n’est plus. Celui que 
l’empereur a glorifié, dans son testament, du titr-e « du plus honnête 
homme qu’il eût connu » ; celui qui, d’Héliopolis à Waterloo, a si di¬ 
gnement représenté noti'c art sur tous les champs de bataille, est mort 
le 25 juillet, à Lyon, à l’àge de 76 ans, au retour de l’inspection médi¬ 
cale qu’il avait été chargé de faire en Afrique. Son corps a été trans¬ 
porte à Paris par les soins de son fils, M. Hippolyto Larrey, qui l’avait 
accompagné en Afrique. Les obsèques ont été dignes de l’illustre dé¬ 
funt. Les cordons du poêle étaient tenus par le comte de Kamlruteaii, 
préfet de la Seine, le général Petit, eomniandant l’iiôtcl des Invalides, 
M. Breschet, membre de l’Institut, et M. Aloizin, membre du Conseil su¬ 
périeur de santé militaire. M. Larrey était ancien chirurgien en chef de 
l’armée d’Égypte , inspecteur général du service de santé, membre du 
Conseil supérieur de santé, membre de l’Institut et de l’Académie do me 
decinc. 

— Cne place était vacante .à l’Acadéniie de médecine dans la sec¬ 
tion d’anatomie et de physiologie. Les candidats présentes par la sec- 
bon étaient MM. Poiscuille, Longet, Manec, Nonat, Denonvillicrs et 
Foville. Au second tour de scrutin , M. Poiscuille a obtenu la majorité 
des suflrages. Les candidats qui, après lui, ont eu le plus de voix sont 
MM. Nonat et Longet. 

— Un concours a eu lieu pour la nommation à quatre places de mé¬ 
decins du bureau central. Il n’y avait pas moins de dix-huit coinpéti- 
teius. Ont été nommés MM. Gillette, Marotte, Gueneau de Jlussy fils 
et Baron fils. 


— M. Begin, cbinirgien en chef, premier professeur <lu Val-de- 
Grâce , vient d’être élevé au grade d’inspecteur, membre du Conseil dé 
santé des années, en remplacement du baron Larrey. 

— M. Edwards, membre de l’Institut et de T Académie de méde¬ 
cine , est mort à Versailles le 23 juillet dernier. 



( 160 ) 

— Voici quelques particularités sur les accouchements qui out eu lieu 
en Prusse clans l’espace de douze ans, de 1826 à 1837 inclusivement, 
n y a eu, dans ce laps de temps, 6,128,953 naissances. Sur ce nom¬ 
bre, on a eu 6,057,200 accouchements d’un seul enfant, 70,867 ac¬ 
couchements de deux jumeaux, 871 accouchements de trijumeaux , en¬ 
fin , 15 accouchements de quadrijurne.aux. 

Résultat des revaccinations pratiquées en Prusse. — Dans le 
courant de l’amiée 1841, les revaccinations ont continué à avoir lieu 
en Prusse, sur une large échelle : 44,941 soldats de l’armée ont été 
soumis à cette opération. Parmi eux, 36,132 présentaient des signes 
incontestables d’une première vaccine; 6,192 des signes douteux , et 
chez 2,567 il n’y avait aucun signe. —L’cinption vaccinale s’est mon¬ 
trée et a été régulière chez 23,383 soldats; irrégulière chez 8,035; le 
résultat a été nul chez 13,523. —On a soumis à une seconde revacci¬ 
nation les sujets chez lesquels elle n’avait pas réussi, et l’on a obtenu 
encore des pustules vaccinales sur 2,254 autres soldats. —D’après ces 
résultats, M. le docteur Lolimcyer établit la proportion des rcvaccina- 
tions fructueuses, pour 1841, à 52 pour 100. D’après le tableau que 
ce médecin dresse des revaccinations des années précédentes, il est 
porté à penser que cette proportion augmentera encore. Ainsi, en 1833, 
la proportion des revaccinations fructueuses a été de 31 pour 100; en 
1834, de 37; en 1835, de 39; en 1836, de 43 ; en 1837 et 1838, 
de 45; en 1839, de 46; et en 1840, de 48.—Dans le courant de 
1841 on n’a observé dans l’armée prussienne, malgré le règne des épi¬ 
démies qui ont frappé la population, que 15 cas de varicelle, 34 cas 
de varioloide et 10 cas de variole. 

École de pharmacie de Montpellier. — Une chaire de physique 
est vacante dans l’école de pharmacie de Montpellier, par suite de la 
promotion de M. Balard à une chaire de chimie à la Faculté des Sciences 
de Paris. La nomination à cette chaire doit être faite par le ministre de 
l’instruction publique, sur une double liste de présentation de deux 
candidats, fournie, l’une par l’école de pharmacie, l’auü-e par l’Aca¬ 
démie des Sciences. Le candidat choisi par le ministre sera nommé pro¬ 
fesseur-adjoint et jouira d’un tiaitement de 1,500 francs et des droits 
de présence aux examens. 



( 161 ) 


THÉRAPEUTIQUE MÉDICALE. 


ÉTüDES STO l’action pathogéniqüe DE l’ioddre de potassium, pour 

SERVIR A RÉGLER l’ADMINISTRATION DE CE REMÈDE. 

Les beaux résultats que donne l’iodm-e de potassium dans le traite¬ 
ment de la syphilis, et l’emploi général de ce moyen, depuis nos pu¬ 
blications, par le plus gi’and nombre des médecins qui s’occupent de 
l’étude des maladies vénériennes, m’engagent à signaler quelques-uns 
de ses effèts, qui pourraient devenir des causes d’erreur dans le coui-s 
d’un traitement, ou constituer de véritables complications capables d’en¬ 
traver ou de comprometti'e la cure. 

J’ai déjà fait connaître, dans ce journal, les chconstances dans les¬ 
quelles l’iodm’e de potassium doit être employé, c’est-à-dhe la période 
des affections syphilitiques à laquelle il convient le mieux, et dont il est 
en quelque sorte le spécifique ; comme aussi, j’ai indiqué les doses et les 
formes pharmaceutiques auxquelles il fallait donner la préférence. Au¬ 
jourd’hui , pour compléter l’histohe de ce puissant agent thérapeutique, 
c’est de son action pathogéniqüe dont je vais m’occuper. Et d’abord, 
sous ce point de vue, disons que l’iodure de potassium a ime action très- 
prononcée sur les sécrétions en général, qu’il excite et active. Que ses 
effets sur la peau, sur les muqueuses et sur les reins sont très-remai’- 
quables. Que la circulation et le sang lui-même sont quelquefois influen¬ 
cés, ainsi que le système nerveux et musculaire ; mais qu’il existe dans la 
production de ces phénomènes un certain ordre de fréquence dont nous 
avons cru devoir tenir compte, et d’après lequel nous allons successive¬ 
ment les étudier. Toutefois, il m’importe de faire observer que, bien 
que ce qui va suivre soit déduit d’un grand nombre d’observations, je 
ne dois encore le donner qu’avec réserve, en attendant du temps et 
d’une plus longue expérience des autres praticiens, soit une entière con- 
lirmatioh de mes remai-ques, soit au contraire d’utiles rectifications. 

Action sur la peau. La peau est incontestablement un des tissus les 
plus facilement impressionnés par l’iodure de potassium. Rien de plus 
couunun en effet que de voir les malades qui sont sous son influence, être 
affectés d’éruptions diverses, et plus partieuhèrement d’éruptions de 
formes psydraciées, ressemldant assez aux pustules d’acné, avec cette 
différence, que les limites habituelles de l’acné sont le plus ordinaire¬ 
ment franchies ; aussi, non-seulement on voit ces éruptions avoir pour 

TOME XXIII. 5' LIV. il 




( i62 ) 

siège la face, les épaulesj mais encore on peut les rencontrer sur toute 
l’habitude dll biifj)»; Jîllis febëptidll; 

U n’y a presque pas de formes des éruptions aiguës de la peau, que 
l’iodure de potassium ne puisse êibltëi', Suivant les prédispositions. Chez 
celui-ci c’est un eczéma, chez celui-là de l’herpès, chez d’autres ce sont 
dmplenlënt dë§ fitythctiles. Ori d fu Vbtf ëfttîoïè rébbhlitleilt, dans mou 
senûce, deui ibàlBfles qtii, à dëiix fllfffitbntfeé fdjlWéeS, oilt jitésenté une 
éruption d’eiythème papulciix dans quelques points, et i’erythenia 
twdosurti dâhs d’attffes ; fchtz illi nialadfc àh'eCfé de cdlitiér db la face, 
âti^uël l’iiJrtltrt: dë pbtassitihi a èi( fldinté à assez fortë dosé, tious avons 
vli .H plttsielns repriSës éfe dévélopjit'r ItUë étti{)tlbil d’impétigo sur le 
fctlll- fcltevcUi, utl r^la offl-aitt Ifes carâetferés dit f üpia cachectique sur 
leS janlltcS et stléléS àfatil-llràs, âccidéhtS qUl cessaient presqiie aussitôt 
tpié le remède était suspendu, polir l-eparaltté aussitôt aussi qu’on en 
reprenait l’usage. J’ai vu jdusieurs fois l’ioditre de potassium donner 
liètià untéfiiidile pdiii-pl-e hélllori-liagiqlte. Chez tlU monsieur surtout 
aütjliel j’di dollhé réceihmbnt dés soiiis, à ibois reprises différentes, ce mé- 
dibaliièilt, après llhé qniliitàiiic de joui-s d’adiUinistratlon, a déterminé sur 
lesjUiilbeS une véwtalile lUaladic tàehètée de Warloff. J’aî observé nli 
cas à peu près seittldable shr iltie dame qité j'ai tüe conjointement avec 
iliun hmiSMliie etiiifrèl'6, M. le profcàsëiir CrüVeilhier, et chez laquelle 
l’iôdtll-c de poia.Sslüiii, ijhi avait produit des effets iùiracillcili dans tiu 
ckS de syphilis lerlIairC des plus graves, délerliiina vers là flii de la cure 
üiie éruptioii pétéc-blalë des incriiiuTS itiférietirs, du reste sans aucune 
éspèee de gi-avlté. Quelques iua!ade,s li’éprouVcnt du côté de la peau 
qu’Ull seutihieilt (îfe cliàîeür, de piëôtcmeht, et qUelipiefois uii prurit 
plii.s dit liiOlhs pi’OnoUcé. Oh conçoit combien il est important de con- 
liSltre ees dllîéréfits effets de l’iôdUre de potassltiin sur le derttie, afin 
dé iibpàs les t'oufoildrb avec les àécidchb aiiVqticls On voudrait opposer 
lé remède, bl surtout pomtS’en Shstenii- momentanément chez ceux qui 
anraiétit déjà des hiatâdiës aiiaîôgues, ou des prédispdsitiohs telles qite 
iMbdube de polaSsilini dût ou IcS cxaspà'ër, bu leS développer. 

ÀcUm sur ïeé fofietiôh's digestiveê. l^fobs avons été à même de 
constater, et le plus grand hdtiibre de ceux qtii oUt eipérimenté l’io- 
dUi-ë de potassium sont d’âccord àVCc nous sur cb point, que les fonc- 
tlbhs digestives sont en général activées, éxcitécs dans Uh sens favorable ; 
leà individus gagtieut de l’âppétit, Ira fonctions se font ttieuV, et l’cm- 
Bbiipbiht, t’est un fait toUstant, en est la conséquence là plus ordinaii’c. 

Cependant, il est des circonstances dans lesquelles ce médicament 
péùt produire sur les voie.à digéstiVês des effets pathologiques. Un de 
cbs effets, très-remarquable et assez constant, consiste en tinè douleur 



( 163 ) 

tjhi a |3f)lir riégè lë gl‘àttd 8ul-dé-Sàfc de l’esldhiar, 6t ^U5, jJàl' !a fflàulèté 
dttiit les inaladw rexpriittent, JxJiTrrait ati-i: pl-isfc , ftu pïBiiiii’r âbfil’d, 
potu' une doiüeur plcurodynicpie de l’hypocoiicU-e gauche. Cette dtJlilfclii- 
est qiiclqlietbis tl'ès-tivëj èâns qlie la soif soit augmentée, sahs i}he l’ap¬ 
pétit suit en Suetme fitçdil dérangé, Sans t}ue la langue exprime aücutlfe 
soufBmice de l’eStomac, et saiis sUHOnt qu’il y ait lu riiOihdi'ë téilctioil 
sUr la circulatiDll. La pression n’augmente pas celte dbtdellt-, la dignS- 
tion n’a sur elle aucune Influence ; elle semble entièrement due à ilii état 
gastralgique. Chez quelques indiridUs, l’appétit, d’abord actril d’tiiie 
manière satisfaisante, dericill excessif, exagéré, et Unit par tohstittier uli 
état inorllide. Nous aVoiis eti, à l’hôpital, des malades que le doublé de 
la plus forte ràtibn né pouvait satisfaire. Enfin, cher, un petit nombre 
de personnes, l’emplui de l’iodure de potasailinl est suivi de vérltaldcS 
plileguiasies, soit de l’esloinac séul, soit de l’eiisenible du caUal intesti¬ 
nal ; de lit des vomissements, des diarrhées j et enfin tous les plténu- 
lUènes d’empoLsohliemeiit. Cependant, nous devons noter qite l’àction 
de cet agent sur la muqüeusc intestinale à pour résultat plus fréquêht 
Un Ilux sélo-hiuqUcux. On verra qU’il a Un effet analogue stir les aiitl'cS 
muqueuses. 

Plyalitfné. A prupos de l’actioil pathogéniqtié de l’iodure de po¬ 
tassium sur les voies digestives, je dois insister sur un phénomène ljUè 
j’ai ll-équcmment rencontré ; je wiix parler iVtme salivation parllcu- 
licre que peut déterminer ce mcilicameut. Cher un assez grand nolhliié 
de Sujets, ce remède amène un véritable ptyalistuc, qui peut être très- 
coiisidérahle et aus.si fort que le ptyalisme luercitrlel le plus prononcé. 
Ce phénomène particulier est importaiit à connaître, afin de ne pas lé 
confondre avec l’effet analogue qUe peut déterminer le merciire, 'dah§ 
le cas stu'tout où un traitement mercmiel est administré coilciiii'einmënt 
avec riodure de potassium. Il Uic suffira d’indiquCr les caractères pro¬ 
pres au ptyalisme iodique, sans rappeler ceux produits par le tnercui’e, 
polir qu’on puisse les distingtter l’nn de l’auhe. 

La sàlivatioii à laquelle petit donner fieu riodure de potassium rés- 
scmhlc beaucoup au ptyalisme des ffimlnes enceintes. IlaiiB cesbâS, la 
salive est peu visqueuse ; elle semble iioh-senlement venir dé la caxdlé 
imrcale, mais encore cire le produit d’urte sorte dé régurgitation. La 
muqueuse buccale peut ctreim peu excitée, un peu œdémateuse; mais 
. il n’y a pas de signe d’inflaimuatiort comnlc dans la stomatite mercu¬ 
rielle, et surtout on n'y observe aucune tendance à l’ulcération parti¬ 
culière à cette dernière. Dans la plupart des cas mêtile, il estimpos- 
sildc de noter une altération appréciable quelconque de tissu. Les glandes 
salivaires ne sont le siège d’ancmi gotillement ; les malades se plaignent 



( 164 ) 

que leui- salive est salée, ou qu’elle leur rappelle le goàt de l’iodui’c de 
potassium ; de plus, dans aucun cas la bouche ne fournit d’odeur par¬ 
ticulière. 

Action sur les reins. La sécrétion de l’urine est souvent augmentée 
par l’iodure de potassium. En général, les malades qui sont soumis à 
l’influence de ce médicament urinent beaucoup plus que dans l’état or- 
dinaû'e. Cette augmentation de sécrétion peut, dans quelques circons¬ 
tances, constituer im véritable état pathologique ; on a pu voir, dans 
mon service à l’hôpital des Vénériens, un malade qui fut pris d’une 
diurèse, sous l’influence de l’iodure de potassium. Chaque fois que le 
remède était administré, l’émission de l’iirine augmentait d’une ma¬ 
nière considérable. Ce malade a rendu de quarante à cinquante litres 
d’urine par vingt-quatre heures ; il buvait, du reste, dans la même pro¬ 
portion , et rendait pour ainsi dire litre par litre les boissons ingérées. 
Chaque fois que l’iodm'e de potassium était suspendu, cette supersécrétion 
accidentelle cessait ; mais elle se reproduisait dès qu’on reprenait le médi¬ 
cament. Du reste, dans ce cas particulier comme dans ceux où la sécré¬ 
tion urinaire était infiniment moindre, comme aussi chez les sujets dont 
l’urine n’était pas sensiblement augmentée, ce fluide n’a jamais présenté 
autre chose de notable, si ce n’est qu’on y a retrouvé l’iodine de po¬ 
tassium. 

Action sur la circulation. Le mouvement circulatoire ne nous a 
pas par u sensiblement influencé par Tiodure de potassium ; en général, 
le pouls n’est ni accéléré ni ralenti. Dans quelques circonstances, on a pu 
croire à une action particulière sur la circulation, parce que certains in¬ 
dividus, étant sous l’influence d’un mouvement fébrile avant l’adminis¬ 
tration du remède, ont vu ce mouvement diminuer ou s’éteindre pendant 
son usage ; évidemment pour nous, dans ces cas, la modification du 
mouvement circulatoire n’est point le fait de l’iodure de potassium, elle 
résulte uniquement de l’action médicatrice qui a fait cesser l’accident 
dont la ficATe était un symptôme. Qiez quelques sujets cependant, mais 
comme exception rare à la règle que j’ai formulée, la circulation a été 
activée ; mais ici encore, c’est moins par l’action directe du médicament 
sur la cii'culation, que par l’excitation quelquefois un peu trop forte qu’il 
a pu produire sur les voies digestives, soit qu’il ait déterminé de toutes 
pièces une inflammation gastro-intestinale, soit qu’il eût été administré 
à des malades chez lesquels les voies digestives étaient déjà en mau- 
A'ais état. 

En tenant compte encore de l’action de l’iodure de potassium sur le 
sang lui-même, il nous a semblé que, dans quelques cas, comme nous 
avons eu l’occasion de le dire en parlant de ses effets sur la peau, l’io- 



( 165 ) 

dure de potassium rendait le sang moins plastique, et disposait ainsi 
aux hémorrhagies. Nous avons obserx'é des hémorrhagies nasales, des 
hémorrhagies pulmonaires, et même quelquefois des hémorrhagies in¬ 
testinales pendant l’administration de l’iodure de potassium chez des 
individus dont le sang était déjà appauvri, soit à cause d’un état chlo¬ 
rotique , scorbutique, scrofuleux, soit enfin par le fait d’une syphilis 
ancienne qui avait déjà porté une atteinte profonde àleim constitution. 

jiction sur la conjonctive. A la suite des phénomènes que nous ve¬ 
nons de noter, il en est un qui se rencontre souvent, et qui pourrait don¬ 
ner d’assez vives inquiétudes aux médecins qui n’ont pas l’habitude du 
maniement du remède dont il est question : ce phénomène a trait à ce 
qui se passe sur la conjonctive. 

Les accidents qui ont lieu sur cette membrane muqueuse peuvent se 
manifester seuls, ou bien se trouver liés à ceux qui se passent sur les fosses 
nasales et sur les bronches. On voit fi’équemment, chez les malades qui 
sont sounlis à l’iodure de potassium, les conjonctives d’un côté, ou des 
deux à la fois, se prendre. A une injection vasculaire plus ou moins gé¬ 
nérale, plus ou moins rapide, ne tardent pas à s’ajouter une tuméfaction 
de la membrane muqueuse et une infiltration ordinairement très-pro¬ 
noncée du tissu cellulaire sous-muqueux, qui donnent lieu, du côté de 
l’œil, à un chémosLs quelquefois très-considérable, et, du côté des pau¬ 
pières, à un œdème le plus ordinairement très-prononcé. Cette espèce 
d’ophthalmie, qu’on pourrait appeler catarrho-œdémateuse, présente 
encore le cachet particulier des effets généraux de l’iodure de potas¬ 
sium sim les muqueuses, c’est-à-dire que la sécrétion est accrue, sans ten¬ 
dance, ou avec fort peu de tendance à la suppuration. Il m’a semlilé que, 
chez un grand nombre de malades, ces accidents survenaient plutôt dans 
les premiers jours de l’admirdstration du l’emède que quand ils en 
avaient déjà fait un assez long usage. J’ajouterai qu’il me paraît que 
quand ce phénomène a eu lieu une fois, il est rare qu’on le voie se re¬ 
produire sur le même sujet une seconde ou une troisième fois. Cet effet 
de l’iodure de potas.siura sim les yeux est ti-ès-important à connaître, 
parce que l’ophthalmie particulière qu’il détennine pourrait souvent être 
prise pour un accident vénérien, et plus particulièrement pour une oph- 
thalmie blennorrhagique, avec laquelle elle peut avoir quelque analogie. 

Mtion gur la respiration. Nous avons pu noter, dans un grand 
nombre de circonstances, des effets très-remarquables de l’iodure de po¬ 
tassium sur les voies respiratomes. Chez un certain nombre d’individus, 
dès le pi'craier septénaire de la médication, et chez quelques autres, seu¬ 
lement après un temps beaucoup plus long, on voit survenir un coriza 
particulier, qui pourrait en imposer soit pour un coriza simple, soit pour 



( lëg ) 

une exaspération de syniptpmea syphilitiques du côté des fosses nasales. 
Pans les cas pailicidjevs d’action de l’iodure de potassium sur la luembranc 
de Schneider, ij sunient, comme dans le coriïa .simple, de l’entharras 
dans les fosses nasales, de l’cjichifrcnpiucnt, très-rarcnient des étorniic- 
inejjts; la sécrétion muqueuse est cnnsidérablcmcnt accrue; mais le l|iix 
a cela de particulier qu’il est nrdinah-oment heaucoup moins visqueux, 
‘ t qu’il u’a aucune tendance à passer à l’état purulent. Ce rhimie d’io- 
(liire de ppta.ssiinu ne nuuit pas, popr nous spiTir d’une expression vul- 
;;aire ; pt inêine, si, antérieurement à radmiuisti’ation du remède, i| exis¬ 
tait uuP scevétiuu purulente des fosses nasales, sous son influence, la 
piirulcnce, à moins qu’elle n’ait poiu- origine uiie carie osseusp, ne larde 
pas à diminuer et quelquefois à disparaître. 

^efiqn sur les bronches. Chex quelques malades moins noiuhreux, 
c’est sur la mu(|uei)se bronchique (pie se passent les effets ipio nous t e- 
itons de uienlionnei' pour I3 membrane pituitaire. On voit alors se ipa- 
uifester des syuqitômcs d’une bronchite particulière : la toux ici est peti 
prpnqttpée; il pst rare qu’on observe de la fièvre symptomatique; mais 
Ips inaladcs éprouvent ordinairement une gépe assez, prononcée de la 
respiration, et rendent une assez grande (piautité de «'achats scmblahles 
à roux qu’pn observe dans la première période de la bronchite simple; 
il y a toutefois cette circonstance particulière, que ces «achats ressent 
cnnnnp ils avaient commencé, c’est-à-th’re sans passer à l’état purulent. 
Dit reste, à tiès-pep de chose près, les phénomènes stélhoscopùpies cl 
ceux fournis par la percussion sont les ntèmas qpe dans la brourhite 
simple. 

ytetion sur le syslèine nerveux- Comme effets encore moins fré- 
ipicnts, mais dont il faut tenir compte chez les sujets soumis 3 riodurc 
de potassium, noiis dirons qqe tious avons vu (pielqnefois survenir un 
peu d’excitation cérébrale; des signes de légères congestions ipii ont 
donné lien à quehpie chose d’aualogup à l’ivresse produite pai’ les bois¬ 
sons alcooliques; cette ivTcsse, du rpste, a déjà été notée par d’antres, et 
a été dé.signée sous le nom d’inressc iodique. Dans ces cas particidirrs, 
nous avons aussi observé, chez (pielques malades, une certaine inllncn.rc 
de la médication sur les agents de la locomotion : quehpies sujets ont 
présenté des inouvcnicnts spasmodiques, de légers soiilu'esauts (|ans le.'i 
tendons. SJ. le docteur Gnilfon m’a dit qn'im de nos conû'èrcs croyait 
avoir observé tme amaurose double sur un homme, dont la feimnc pré¬ 
sentait le meme acridcnl, sous rinflucncc de l’iodime de potassium ; mais 
fies faits de CPtte nature opt besoin d’une analyse sévère avant d’etre 
aceneiflis. 

Ration sur les organes génito-uriuaires. L’action fle l’iodnrc de 



( 167 ) 

potassiMm paru poitev sqr )a pmq(i8M5B qpptrple. 4’4 PW) (iW? 
quelques pii'constapces, atpil)uej- à cette pjédjpatiqp Ip petpur çjp }?leanqp- 
rhagies mal éteintes, ou l’exaspération de celles qpi pjcistaippt déjà; dç 
telle façon qufi la présence d’pjie blepnpïpljpgip, e]: sprtpuf 4’upp blcn- 
norrhagip yoisipe de l’état aigp, est pour p}qi pne çpntre-indiqptiqq njq- 
mentaqéfi à l’eipploi do cet qgpnt tjiprap.qutiqiie. Qp popçoit Çepgpdapt 
que, dans quelques ca^ particuliers dç blçppqiqjtée, on c]qif popvQÛ' tjrpr 
un bon parti de J’iodnfp de potasâujn. 

Ce que nous venons de dirp de l’action de pe rpjocdc sur l’urptfe pçut 
j)arfaitement s’appliquer à la p^uqueuse yagiqale et ntpfjpq. Çbpz quel¬ 
ques malades traités par J’iqdure de pqtassiuu} pf affectés de catS^'IlF 
utérin ou utéro-vaginal, j’aj vu la sperétipn jitqrbide s’accroîti’c ppuai- 
dcrablement. Il s’ensuit que l’pxistpncp d’un catanbp ptéfo-vaginaj aigp, 
ou qui est près de PÇt état, co|istituo également une ppntpp-ipdjcatjpi} à 
son emploi. 

Si je votdais maintenant indiquer la proportion dsna laqilpjlg les ac¬ 
cidents que je x'icns de signaler se sont luputrés rpjatiyeinpnt aU PR!)lt>ra 
de malades qne j’ai soiuuis à l’usage de cp ppissant agent tltérapcutjgttp, 
je pourrais dire qne p’est inpontestablemeut clipz le plus petit nptpbi’p ; 
j’ajouterais qu’on voit des ecutaincs de malades trajfés par pe uiPtUca- 
ment, et qui sept ponduils à une guérisqn complète sapa qu’pn ait pq 
noter aucun des effets palbologiqucs que je yieps de déppipe. ,1’ai hâte 
de dire aussi qu’il n’est pas un de ces accidepts, mfine ceux en appa¬ 
rence les plus grayps, qui résiste ait delà 4’nn spptépairc, quand pp sus¬ 
pend à temps Iq ptédicatipn, pu qu’pn la pipdiri.e dans SS .dqsc. Je n’ai 
pas rencontré jusfjn’à présent plus de cinq à six tnalatlp-? fbez Ips.quçla il 
m’ait fallu délinitivemcnt renoncer au } e|nèdp à pausp de l’action patljp- 
génique constante qu’il prodiusait. Cltpf un gran^ P.oipbi'.a j’aj dû .cp 
mo^fier leq doses ou pn suspendre moinPldsqénaent l’emploi, splajrp 
que j’étais pap la ponnaissance des effets que je signale auje ppatlciepa, 
effets qui, c.qqjme ceux que prpduit !p merçurp, d.oivent être pqq}- pous 
comme autant de régulateurs. Dans l’emploi de l’iodure de potassium, 
ou peut se régler sur ce principe banal, qui veut tpie les doses soient 
MiHisantes pour modifier et guérir le symptôme que l’on veut combattre, 
sans arriver à produire aucun des effets fâcheux que nous avons fait 
ronnaître. 

Du reste, un fait pratique que mou expérience me perniel d’établjr 
eonipie positif, c’est que les phénomènes morbides, qui dépendent piu’e- 
mciit et uniquement (le l'action de l’induré de potas.siuin, ne (Içmandcp^ 
jamais, pour (lLspargîl| e eu peu de joiu's, d’autre traitcnicnt que la spp- 
pressipi} du m^içamfnt, ou ja diminution 4® ses doses. Les eljetspjtbo- 



( 168) 

logiques de ce remède sont moins permanents et persévérants que ceux 
produits par le mercure ; ils cessent presque aussitôt qu’on supprime la 
cause qui les a produits. 

Bien que l’esquisse qui précède soit sans doute très-incomplète, elle 
servira, je l’espère, à faire ressortir certaines contre-indications dont on 
ne tient pas ordinaii-ement assez de compte. Elle fera connaître aussi 
que, dans quelques cii’constances, avant d’administrer l’iodure de po¬ 
tassium, il faut faire disparaître certaines complications, ou combattre 
certaines prédispositions qui auraient pour effet d’empêcher le remède 
d’agir- convenablement. De plus, la connaissance parfaite de l’action 
thérapeutique de l’iodiu-e de potassium et de son action pathogénique 
encouragera, j’en suis sûr, les praticiens timides à employer des dosc.s 
assez élevées et convenables, comme aussi elle imposera, je l’espère, un 
frein à ceux qui ont ime malheureuse tendance à les exagérer. 

C’est en procédant de cette manière que nous sommes arrivé à trou¬ 
ver les doses auxquelles l’iodiire de potassium doit être administré. Dans 
la majorité des cas, pour ne pas perdr e un temps précieux en des tâton¬ 
nements inutiles, on peut admirrLstrer ce remède à la dose de 1 gramme 
50 centigrammes par jour, en trois fois. Il faut ordinairement ciirq à 
six jours de l’administration delà même dose, pour juger de l’effet pro¬ 
duit. Si les symptômes que l’on veut combattre ne s’amendent pas, si on 
n’aperçoit aucun des accidents que nous avons signalés, on augmente 
chacune des doses de 50 centigrammes, ce qui fait 3 grammes par- jour. 
On continue de la même mairière pendant cinq ou six jours, et, selon 
les effets produits, on augmente encore dans les mêmes proportions, on 
reste dans le statu quo, ou l’on diminue. Aujourd’hui que mon expé¬ 
rience siu- ce point est très-étendue, je puis dire qu’on a rarement 
besoin de dépasser 3 grammes par joiu-, pom- arriver- comme maximrun 
à 6 grammes, de même qu’il est excessivement rar e qit’on soit forcé d’cit 
doimer moins de 1 gramme 50 centigrantmes par -vingt-quatr-c heures. 

J’emploie beaucoup, dans la pratique privée, le sirop suivant : 

Prenez : Sirop de salsepareille. . . 500 grammes, 

lodure de potassium. . . 16 grammes. 

Mêlez. 

D’abord 3 cuillerées à bouche par jour, puis 6, puis 9, puis 12 ; — 
dose moyenne, 6, à prendre en trois fois dans la journée. 

Ce sirop est pris dans une décoction de feuilles de saponake, de hou¬ 
blon ou de squine. 

Lorsque le tr-aitement doit se composer en même temps de mercm-e et 
d’iodure de potassium, je préfère 4onner ces substances isolément, que 



( 169 ) 

de les faire prendre combinées, soit sous forme de pilules, soit sous forme 
de sirop. D’abord, parce que d’un jour à l’autre la médication doit être 
surtout changée : tantôt il faut suspendi-e l’un des deux médicaments, en 
diminuer seulement la quantité, ou bien au conti'aii'é l’augmenter, d’où 
la perte des prépai-ations faites d’avance; et ensuite, parce que les ma¬ 
lades supportent en général moins bien les composés d’iodure de mer¬ 
cure et de potassium que ces iodures pris séparément, et siu'tout à une 
distance l’un de l’autre, deux Heures, pai' exemple. 

Ce que je viens de dire de.l’iodure de potassiiun s’applique en ü'ès- 
grande partie à l’iodure de fer, médication puissante, que j’ai expéri¬ 
mentée déjà depuis longues années, et de laquelle j’ai également tii-é un 
excellent parti ; médication aussi à laquelle j’aurais donné la préférence 
siu- l’iodure de potassium, si sa composition chimique avait été généra¬ 
lement plus régulière et plus fixe. Mais je puis dire, quant à présent, 
([ue dans la grande majorité des cas, essayé sur une très-grande échelle, 
l’iodure de potassium l’emporte, comme résultats favorables, de cinquante 
pour cent au moins. Si l’iodure de fer doit être préféré dans quelques 
circonstances, bien qu’il soit moins facilement supporté parle plus grand 
nombre de malades, c’est alors qu’il existe des complications scorbuti¬ 
ques chez les individus anémiques, chez ceux, comme on le dit vulgai¬ 
rement, qui ont le sang pauvre, et dans les chconstances où les prépa¬ 
rations ferrugineuses se trouveraient indiquées, et aussi dans les cas où 
l’iodure de potassium est suivi d’effets anti-plastiques par ti-op prononcés. 

Ricord. 

nE LA POLYSARCIE, CONSIDÉRÉE COMME IMMINENCE MORBIDE Oü COMME 
MALADIE, ET DE SON TRAITEMENT. 

Suivant les recherches de Bédard, et qui paraissent assez rigoureuses, 
chez un homme d’un embonpoint médiocre la graisse forme environ le 
vingtième du poids du corps entier. L’obseivation de tous les jours dé¬ 
montre d’ailleurs qu’un embonpoint de beaucoup supérieur, et en même 
temps de beaucoup inférieur à ce chiffire, est compatible avec une santé 
parfaite. Toutefois, même alors que chez un individu abondamment 
chargé de graisse on examine successivement les diverses fonctions, et 
qu’on voit celles-ci s’accomplir avec la plus parfaite régularité, au moins 
quant à leurs résultats physiologiques, déjà on remarque qu’un senti¬ 
ment de gêne très-réel accompagne le jeu encore parfaitement normal 
pourtant des principaux organes. Là sans doute ne commence point 
encore la maladie, mais là déjà certainement commence la nécessité 




( m ) 

d’imq hygiène spéciale. La pplysarcie pu rflccmijujaticu f}e ja gcaissiç 
dans les vésicules adipeuses à un degré qi|i niepape l’éponopjie (Japci-r 
dents plus ou moins graves, et qui constitue par lui-même une affepjion 
morbide ti'ès-réellej suit immédiatement pet étqt tpii est encore la santé. 
Noü-e intention n’est point de faire ici pne mquograpljie complète de 
la pplysarçici) nous lions proposons sepjpnteut de fpii'e sip' ce sujet quel¬ 
ques remarques qui aillent dçoit à la pratique, 

Relativement à l’étiologie de |a pplysgrcic, nous ayons cpu obsera'pr 
que l’hérédité exerce sur ceUe maladie la plus puissante influence. Mais 
pour bien saisir ce résultat, il faut savoir pTioisir, qn’on nous passe cette 
expression, les sujets de son pbservatioii. fanpi les aptitudes, les yir- 
hialités physiologiques .spéciales, que pous imprime le sceau fie l’héré¬ 
dité, il en est un certain nombre qu’use évidemment le frottement de la 
vie, qui s’effacent au eontact souvent rude des ehpses et des hommes. 
Cela arrive surtopt pour l’aptitude physiologiipip dont il s’agit en ce 
moment. Au milieu 4u tpurbillon quj constitue aujourd’hui la vie de la 
société, il est bien peu d’eiifants qui soient appelés à vivre dans les con¬ 
ditions au sein desquelles leurs pères ont vécu ; les mis s’élèveront au- 
dessus, les autres tomberont au-dessous du niveau de leur origine ; de là 
des ebangements profonds dans les habitudes moralps comine dans les 
habitudes physiques, dans les aptitudes morbides même, dont l’héfédité 
posa le germe dans l’organisine. jljalheureusement, cp |iimi' cment qui 
entraîne ainsi la société tend le plus souvent à agir dans le sens même 
des aptitudes congéniales les plus funestes, telles sont les aptitudes scro¬ 
fuleuses, tuberculeuses, et la prédisposition à la polysarcie reçoit au 
contraire, de ces conditions générales, une influence qui tend à l’effacer. 
Aussi, pour saisir ici la loi de transmission héréditaire, faut-il observer 
non pas au sein des gi-aiides cités, où ces causes de perturbation des 
prédispositions congéniales existent à leur maxiniiim d’intensité, mais 
dans les campagnes éloignées des grands pentres dp populatipns, où la 
yic rencontre moins d’pbstaplps à son développement dans |p sens dps 
aptitudes priginclles de furganisme. Le champ tlp l’observation aj/tsi 
limité, on voit éclater d’une manière pvjdenle l'influencp de l’hérédité 
fm' la production de l’obé-sité à ses (livers degrés. Il pst encore quelques 
fiasses dp la société qu sont religieusement observées ccHajnes tradi- 
{ions séculaires, et où l’on voit encore se maflilpstpr cette puissante in¬ 
fluence. Nous connaissons une famille fort ancicmie, dont Ips derniers 
incmbresj pomme le premier qui la fonda, présentaient tous un véritable 
état de polysarcie, ipi’pn a sonvent, mais vaipemeui, essaye dp com- 
battpp. 

Upe phosfi égalemept Ippt reniaïquablp reladyeiiient à lëtiologie de 



( m ) 

4 maladie (Ipjjt il est icj questiqn, c’est qu’on la Vpjt quelquefois sunreT 
pir àla suite d’affectiops plus pu moins graves, et qui opt porté une 
a^eipte plus ou moins profonde à Tovganisme. Daas le cercle de notre 
plrservation, et nous spinmes forcé ici de n’ep point sortir-, par les au^ 
teprs se taisept pomplétement sur cette question, la fièvre typhoïde scr 
rait une do* maladies à la suite desquelles on verrait le plus souvent 
la graisse s’accumuler ainsi suralrondammcnt dans les vésicules adipeur 
ses. Nous avpns vu également survenir une polysarcia véritablement 
iporliide, à la suite d’une fièvre intermittente tierce; nous rapporterons 
plus Ippi cette qbsQi-vation. 

JjSS phénomènes par lesqiiels la polysarcie se manifeste, se rangent 
dans flen? ordres bien distincts, spivant que le fluide gi-aisseux est accii- 
raulé dans le tissu cellulaire sous-cutané, ou dans les vésicules du même 
tissu, à la surface, pp dans l’ppaissem- d’organes internes, au jeu normal 
desquels tout l’organisme est intéressé-, Nous allons successivement, mais 
brièvement, exapmierla maladie sous ces deux fqrnics. 

Quand c’est dans le tissu pellulan-e sous-cutané que s’est opérée l’hy- 
pcrsécrélion morlnde du fluide giaisseiiîc, les membres finissent par- su¬ 
bir une véritable déformation : les muscles entre les fibres desquels 
s’est également interposée que quantité plus ou moins grande de gi-aissc, 
se epotractent difficilement, empêchés qu’ils sont à la fois par la masse 
énorme qu’ils ont à inouvob-, et l’obstacle direct que cqs jetées graisseu¬ 
ses mettent à leur ponti-actipu ; aussi les malades ont-ils une répugnance 
invincible popr le paouvemeut. L’abdomen prend une ampleur- extraoi'r 
dipaire ; Ips ppnebes épaisses de gr-aisse dont sonf surchargés ainsi les 
u)uscles qui circpnscrjyeirt cette cavité, agissent pour errtraver la respi- 
ratipn, comme la masse d’eau cjpi pè^e sur le vcnlre et la puibine lors¬ 
que l’on p-epd tpr boin- Mais l.a gepe de la respirafiop devient bientôt 
e|lc-mê)ne un obstacle à la fibre circulation du sang, qui tend à stagner 
dans les organes, et à y déterminer des désordres pins ou moins gr-aves. 
Lors même qpn la polysarcie n’est point arrivée au degré que nous ver 
npps d’indiquer, elle est déjà une cause de trouble potable pour cepe 
iinportapte fonction, pf c’est de là, sans aucun doute, qne partent Ips 
ipiiniireuces morbides les plus sérieuses chez les personnes pbpses. Dans 
la plppar-t des cas, ce ir’est que lentement que les malades arr-jvpnt à une 
lelle polysarcie ; clans quelfjpes cas cependant on est étonné de la rapi¬ 
dité avec laquelle la graisse s’accumule ainsi d’une manière bypernor-^ 
male dans les vésicules adipeuses. Voici un fait intéressant, que npp? 
croyons devoir citpr avec quelques détails. 

i\I. N**'*', d’une constitution sanguipe, d’imc fqrcp ordinaire, jopis- 
sajit bab|t!iell.emept d'une bonne saplé, fist atteint 4’upe bèVFe jatermiL 



( 172 ) 

tente tierce, qui, après avoir para et disparu plusieurs fois, finit par 
céder complètement à l’influence longtemps continuée du sulfate de qui¬ 
nine. Pendant les premiers mois qui suivent cette guérison, le malade 
ne présente rien d’anormal à l’observation ; puis, dans im espace de 
temps fort com’t, il acquiert un embonpoint qui déjà étonne les person¬ 
nes qui le retrouvent après l’avoir perdu de vue. Peu à peu cet embon¬ 
point augmente d’une manière vraiment effrayante ; pour nous, quand 
alors nous revoyons M. N***, nous ne pouvons nous défencfie d’un sen¬ 
timent profond d’étonnement : la face a presque doublé de volume, les 
joues rebondies, font pcrdr-e aux yeux une partie de leurs dimensions 
apparentes, ils paraissent aussi plus enfoncés ; les seins sont de véritables 
mamelles ; le ventre, très-proéminent malgré les sangles qui l’entou¬ 
rent, touche presque les cuisses ; celles-ci présentent à lein partie snpé- 
riem-e et interne un érythème dû au contact, au frottement des parois 
abdominales, surtout dans la situation assise ; les bras, les cuisses, les 
jambes, offrent également des dimensions considérables, mais non en 
rapport toutefois avec l’accroissement de volume des autr-cs parties que 
irons venons de désigner. Dans cet état de choses, M. N*** peut à peine 
marcher ; à peine a-t-il fait quelques pas, qu’il est essoufflé et forcé de 
s’arrêter. Dans le mouvement, la face, habituellement colorée d’une 
manière intense, devient vultueuse, on dir’ait que le sang va sourdr’c à 
travers les pores de la peau. Les fonctions digestives n’offrent rien d’in¬ 
solite. Consulté par ce malade, qui ne s’inquiète nullement de son état, 
nous lui conseillons, autant qire cela se peut, l’exercice, un régime ex¬ 
trêmement ténu, et desboissoirs alcalines abondantes. Garçon, nous lui 
conseillons de se marier. Ces divers moyens, jusqu’au mariage inclusi¬ 
vement, ne produisent absolument aucun effet, à moins que nous n’at¬ 
tribuions à leur influence la suspension an moins de la progression rapide 
du mal. Chose remarquable même, M. N*** épouse une femme jeune, 
belle, riche, qu’il avait ardemment convoitée ; eh bien, au bout de quel¬ 
ques mois de mariage, il tombe dans une véritable Jindifférence ; et ce 
n’est point là seulement de la satiété morale, c’est presque de l’impuis¬ 
sance physique ; lui, qu’autrefois le simple frôlement d’une robe de 
femme suffisait à exciter, reste froid, glacé, auprès d’une femme prête 
à lui prodiguer toutes ses caresses. Nous avons depuis quelque temps 
perdu de vue le malade, mais nous savons qu’il est toujours à peu près 
dans le même état, heureux que la maladie ait au moins suspendu ses 
progrès effrayants. 

C’est là le cas de polysarcie le plus remarquable que nous ayons ob¬ 
servé ; nous avons cm qu’il méritait d’être cité avec quelques détails. 
Ces sortes de cas sont asseï rares, mais ceux qui le sont beaucoup moins. 



( 173 ) 

ce sont ceux dans lesquels l’hypersécrétion adipeuse se localise dans une 
surface plus ou moins étendue ; il est en effet des individus chez lesquels 
la graisse s’accumule ainsi d’une manière anormale, soit sous la peaii de 
l’abdomen, soit à la surface de la cage thoracique, soit même simple¬ 
ment à la face ; dans ces cas, les autres régions du corps sont sans doute 
également chargées abondamment de fluide adipeux, mais ce fluide n’est 
point réparti d’une manière uniforme ; il est abondamment versé surtout 
dans certaines régions déterminées, de façon à former, si nous pouvons 
ainsi dire, des lipomes de vaste dimension. Nous ne rapporterons point 
ici des faits de ce genre, ü n’est pas de praticien un peu éclairé qui 
n’en ait observé et étudié dans sa pratique. Ces sortes de polysarcie par¬ 
tielle sont la source de troubles divers pour la sauté, et ces accidents 
Varient suivant les régions du corps ous’estfaite l’accumulation insolite. 
Mais si la polysarcie, soit générale, soit partielle, n’entraîne ordinaire¬ 
ment que des imminences morbides plus ou moins gi’aves, et dans les¬ 
quelles les congestions cérébrales tiennent sans contredit la première 
place, il n’en est pas de même des polysarcies internes, qui consistent 
dans l’acciunulation du fluide adipeux autour d’organes plus ou moins 
importants, tels que le cœur, les médiastins, les reins, le mésentère, le 
mésocolon, etc. Dans quelques-uns de ces cas, la mort peut résulter du 
fait seul de ces iufarcinations graisseuses. On lit dans le journal de Cor- 
visai’t un exemple bien remarquable d’obésité générale, compliquée 
de dépôts adipeux dans divers organes internes. Le cas suivant, rapporté 
par Wade, médecin de Lisbonne, et analysé par Macbride', mérite 
d’être consigné ici. « Le malade, après avoir présenté tous les signes 
qui caractérisent une pulmonie, en offrit d’autres qui donnèrent lieu de 
soupçonner un anévrysme du cœur, ou des gi-os vaisseaux, ou quelque 
épanchement dans le péricarde ; enfin il mourut, longtemps après avoir 
été tourmenté non-seulement par la gravité des ^rmptômes qui se suc 
cédaient, mais encore par nombre de remèdes, qu’on cherchait à oppo¬ 
ser àune cause qu’ils ne pouvaient vaincre. On trouva, à l’ouverture du 
corps, l’espace médiastinal rempli d’une prodigieuse quantité de graisse; 
aucun épanchement notalfle dans les cavités pectorales et péricardines. 
Le cœur était, pour ainsi dire, également enseveli dans la graisse, dont 
les prolongements s’étendaient jusqu’aux moindres ramifications des 
vaisseaux coronaires ; il y en avait dans l’espace du thymus ; le mésen¬ 
tère, le mésocolon en étaient sm’chargés prodigieusement. » Malgi’é les- 
méthodes nouvelles dont la science diagnostique s’est enrichie de nos 
jom's, il est douteux qu’aujom-d’hui on parvînt à saisir cette sorte d’alté 
* Introduction méthodi^e d la théorie et à la pratique de la médecine, 
1.1, p. 1S6. 



t ) 

ratio» âanS lés dtçaneâ iitlirieBM Î}iiî pëllVftiil la JJïgâehlét J fcë tpii 
ést du cœur cepëbdànt, U fest possible qub dalis lès cas où lih dépôt dé 
glaisse aussi considérable tpië danS l’obSerntioii précédêntè èé sërait 
efifectué à la sürfkcè de Soh tissu, Ori pût arrirei' à éecOnhâîtré cétté lé¬ 
sion, qüi peut eh àltéïerleS bruits norhiaüx soit en lés éldigilârit, soit 
ihême en les tiiodifiant dahs lem- timbte d’ünè hiâniëtè pal-ticilllête. 
C’éStlà hhC chose ItitûresSàntC à rechètcilBr. Mais aloh (jûe par la pBt- 
cüSsioil bit l’aliscdllâtiOh oii serait amené à técOlihaître bette ràalâtllé, 
quels moyens, dans l’état àctuël dé la science, l’ali: pouh-àit-il lui oppS- 
sèr? C’est ce qui nous leste à dire d’ühe manière silccihcte. 

Autant qu’il est permis de généraliser èil paiiant d’une alfectioii qui 
jüsqu’iel a été légèrement étudiée, et sur laquelle nUds n’àVdlls nouS- 
même que des indices fort cîfcohscrits, nous crBÿons que là thérapeu¬ 
tique pâr laquelle il contient de la combattre doit s’appuyer sur deux 
éléments principaux qil’oll trouye aU fond de cette lUaladie ! lé prewlcr 
de ces éléments, auquel on arritë par la toie de l’inductioh, c’est la 
diathèse tpii commande forcément cette hypersécrétion adipeuse inso¬ 
lite ; le second est atteint par robsCi-tàtion directe, c’bst l’état d’iiiertic 
dans lequel tombent la plupart des organes sécrétem's de l’écohomie 
pendant que la sécrétion adipeuse jouit d’itne si prodigieuse activité. 
Nous croyons en effet avoir obsert'é cet état d’antagortisme reldarquabie 
dahs la simple obésité, et dâits soh exagération morbide, la pOlysareic. 
ta plupart des sécrétions jouissent d’ime activité moins grande que dans 
l’état normal. Sans doute l’immobUité relative & laquelle Sont eotidattl^ 
nés les individus placés dans de telles conditions, a sa pat'tdatiS cet effet 
phjrsiologique ; mais cette cause ne suffit point séide à eipliqüèr le ré¬ 
sultat que nous signalons. C’est ainsi que chex le malade dont nous àvons 
précédemment reh'acé l’histoire, les organes spelUnatiques étâiéht frap¬ 
pés d’une inertie remai-quablë. Sij quand faisant effort pour mataihér, 
oü voit les personnes obèses suer si abondamment, dans la plupart des 
cas cela n’implique point contradiction aved ce qUe nous cherchons à 
établir ; c’est là un phénomène provoqué. Mais la transpiration inseilsi- 
ble, qui est mie des sécrétions par lesquelles nous perdons le plus, est 
très-peü abondante; les sécrétions intestinale, biliaire. Sont fort peU àc. 
tives; aussi, dans cet état de l’économie, Vemarque-t-on le plus Ordi¬ 
nairement qu’d y a constipation opiniâtl-e. L’urine nous a paru égale¬ 
ment sécrétée en moindre quantité que dans l’état rigourcuscnieill 
physiologique. H n’est pas jusqu’à la sécrétion des làrmês elles-mêmes, 
qüi n’ctttre également en antagonisme àvec l’hypersécrétion adipctlsc 
de la polysarcic. Et ce n’est pas sans fondement qu’on suspecte d’égoïsme 
les personnes chargées d’un grand embonpoint ! Observez-le j les indi- 



( i75 ) 

Ÿîdbs grbs plëiitèlit fort Hiénieiit. Gàlrimé dâlls bèâücoâp de Kiàlàdiéé, 
oli -Voit donc dans la polysarcie se roinpre cette ldi d’eijütlilire, de bà- 
lanlcement qlii, dans l’état nortntll, existe entré les diverses sécrétions. 
Mais ici, pins qlt’diUeürs, ott voit se détlatire eèt éqililibrë, parce que là 
maladie qui amène Celte rttptUi’ë est üiië lésion secfétoil-e. Sans l’orga¬ 
nisme vivant, l’antagonisme morbide se produit surtout entre les actes 
homogènes. 

Par quels moyens maintenant remplir la double indication qui sort 
dé la considéràtlbn de ces éléihbiits essentiels de la polysàrCle? tà llàtul'e 
dé la diathèse soiis là déjfiehdance de la qübllé se trohve cette lilaladie 
ne peut être que soupçonnée ; nous croyons, d’après l’ensemble dés jihé- 
nomènes qui la traduisent, qu’elle est le plus oCdihancmélit sthénique. 
Le régime ténu, maigi’e, est donc positivement indiqué ; l’exercice, au¬ 
tant qtl’il est possilde, doit féconder ce régime. Sans oser prétendre 
qtié, dans le cas précédemment rapporté, nous devions attribuer à l’u¬ 
sage des alcalins la suspension des progrès de la maladie , nous peiisons 
pourtant qué ces moyens, comme altérants, pein eut être mis en usage 
avec qüelqués chances de succès. La seconde indication à remplir, c*est 
de réveiller les sécrétions engourdies. Ici viennent se placer les princi¬ 
paux agents de la matière médicale, qu’il faut, en pareil cas, savoir 
manier, combiner avec sagacité : ce sont les diurétiques , les diaphoré- 
tiqUes, les émétocathartiques, les aphrodisiaques, etc. 

Quant à certains moyens qui ont été proposés par divers auteurs, tels 
que les acides, le mercure, l’iode, etc., on peut en effet par là faire 
disparaître la polysarcie, mais en créant des états morbides plus graves 
encore ; de tels moyens doivent donc être proscrits au nom du principe 
que nous ne devons jamais oublier : primo non nocere. 

Il n’est personne qui n’ait eu occasion d’obseiver dans le monde des 
intliridus qiii, sans nlaladieproprement dite, sans trouble appréeiable, 
au moins dâns le jeu des fonctions les plus importantes de l’organisme, 
perdent rapidement leur embonpoint, leur brillant coloris ; un chagrin 
profond, celui surtout qui résulte de la perte d’une fortune laborieuse¬ 
ment amassée, est la cause la plus ordinaire de ce changement, dont 
on chercherait vainement le point de départ, nous le répétons, dans 
quelque localisation morbide. il résulte de ce fait un enseignement pour la 
tiiérapeutique de la polysarcie ; c’est qu’une finie préoccupatldn nmralc, 
habilement provoquée dans cette maladie, peut exercer la plus heureuse 
influence : ce n’est point du reste une main vulgaire qui peut tendre un 
ressort aussi délicat ; le médecin a besoin ici de la plus gi’ande sagacité, 
et d’une supériorité d’intelligence réelle qui lui permette de dôminer 
son malade. Mais il n’est pas douteux pour nous, qu’une idéê dirëèté dti 



( 176 ) 

une passion dépressive mise au cœur d’un individu surchargé d’un em¬ 
bonpoint morbide ne devînt un des moyens les plus sûrs de guérison. 
Cependant en face de cette maladie, tout incommode qu’elle soit, toutes 
graves que soient même les conséquences qu’elle peut entraîner, n’ou¬ 
blions pas qu’il faut sm’tout prendre garde de nuire. 

Max. SiMon. 

DU TRAITEMENT DES EYDROPISIES PASSIVES, ET PARTICDMÈREMENT DES AVAN¬ 
TAGES DE l’emploi d’un vin DIURÉTIQUE PARTICULIER DANS CES AFFEC- 

Par M. Dbbbetîie , D.-M. à la Grande-Trappe (Orne) 

Nous avions, en 1820, fait un petit trat'ail sm’ la thérapeutique des 
hydropisies, uniquement dans le but de rendre plus complète l’instruc¬ 
tion pratique de nos élèves. Cet opuscule manuscrit, d’une cinquantaine 
de pages envhon, renfermait les différents traitements de toutes les 
hydropisies, avec les modifications et les combinaisons appropriées à 
toutes les complications et à toutes les nuances diverses des collections 
séreuses, ainsi qu’aux dispositions individuelles des malades. Ces mé¬ 
thodes de traitement étaient particulièrement fondées sur noli'e pratique ; 
car alors déjà nous avions eu occasion de traiter bon nombre de ces ma¬ 
ladies, et de presque toutes les espèces. 

Yingt années d’expérience nouvelle et toujours croissante, qui ont 
passé sur ce premier travail, ont dû, ce semble, en augmenter et la va- 
lem- pratique et l’étendue matérielle ; porter, pai- exemple, cette der¬ 
nière à cent ou deux cents pages. Il n’en est cependant pas ainsi pour 
ce dernier pomt, car ces vingt années d’observations et d’expérimenta¬ 
tions nouvelles n’ont fait que réduire les cinquante pages au nomlire fort 
modeste de quatre ; quatre pages ont seulement conservé le principe ou 
la base fondamentale de tout ce travail. Or, cette base ou ce principe 
de thérapeutique, dans les hydropisies passives, se réduit pour nous à 

n faut toujours s’assurer une des voies de décharge dont la nature se 
sert d’ordinaire pom- expulser les sérosités épanchées dans les cavités 
splanchniques. Comme dans la curation des hydropisies les évacuations 
séreuses ont beu le plus souvent par les voies urinaires et les voies intes¬ 
tinales, il faut donc combiner les excitants des sécrétions urinaires avec 
les excitants des évacuations intestinales ou alvines, c’est-à-dire les diu- 

t Extrait du Mémoire qui a obtenu le premier accessit au concours du Bul¬ 
letin de Thérapeutique. 



( 177 .) 

rétiques avec les purgatifs ou les drastiques (hydragogues des anciens), 
sous une forme rapprochée et concentrée. De ce principe du mode ou 
de la forme pharmaceutique découle la conséquence que le régime ali¬ 
mentaire doit être sec, absorbant et tonique, essentiellement composé de 
viandes grillées, rôties, de pain grillé, etc. ; d’un peu de vin blanc pour 
boisson, ou de vin rouge si le malade le préfère. D’après cela donc, 
nous retranchons et nous proscrivons toutes les boissons aqueuses, et gé¬ 
néralement toutes les tisanes et tous les apozèmes réputés apéritif et 
diurétiques. Nous recommandons toujours aux malades de ne bone que 
le moins possible, et de tromper plutôt la soif, si elle devient impé¬ 
rieuse, au moyen de quelques fruits rafraîchissants, des oranges, des 
citrons, etc., d’un peu de vin blanc léger, un peu de poiré, de bière, etc. 

Quant aux moyens pharmaceutiques, nous n’en connaissons pas de 
meillem’, de plus sûr et de plus efficace que le vin médicinal suivant : 


Prenez : Jalap concassé.- .... 8 grammes. 

SciUe concassée. 8 grammes. 

Nitrate de potasse. . . 15 grammas. 

Mêlez. 


On fait tremper ces substances dans un litre de vin blanc pendant 
vingt-quatre heures. Cela fait, on en prend trois cuillerées à bouche 
par jour, une matin, midi et soir, et deux heures avant les repas. Au 
bout de deux jours, on en prendra six cuillerées, deux matin, midi et 
soir ; et encore deux jours après, on portera la dose à neuf cuillerées : 
également en trois fois. On continue ainsi si l’estomac supporte bien ce 
remède ; c’est-à-dire si l’on n’éprouve point trop d’irritation dans les 
voies digestives, ni vomissement, ni colique trop forte, ni enfin un trop 
gi'and nombre de selles. Il faut que le nombre des garde-robes ne dé¬ 
passe jamais sept ou huit en vingtquatre heures. 

Nous le répétons, de toute la matière médicale ce remède est pom- 
nous le plus sûr, le plus efficace, le plus promptement et le plus cons¬ 
tamment suivi de succès. Nous le prescrivons ordinairement plusieurs 
fois par semaine, et quelquefois même plusieurs fois par jour. Fréquem¬ 
ment il agit par les urines, c’est la meilleure voie ; d’autres fois il porte 
son action évacuante sur le canal intestinal, et fl. opère par les selles 
séreuses ; quelquefois par ces deux voies en même temps. Dans tous les 
cas donc, une voie é limin atoire est assurée par l’action double et com¬ 
binée de ce puissant agent thérapeutique, et le soulagement par con- 
sétpient est généralement certain. 

Nous pourrions citer, à l’appui de cette médication, un grand nom¬ 
bre de faits de guérison d’hydropisies passives plus ou moins géné- 
TOME XXIII. b' LH'. 12 





( 178 ) 

raies, d’anasarques avec on sans ascite; nous a’entendonS parler i« que 
de l’ascite légère commençante au premier et même an second degré, et 
de celle qui est essentielle et survient chez les sujets jeunes et exempts 
de tout engorgement ou obstruction viscéi-ale. Quant à l’ascite considé¬ 
rable au troisième degré, effet ordinaire d’une affection organique ab¬ 
dominale grave, nous n’avons par devers nous que très-peu de cas de 
guérison solide et durable ! on ne sait que ü-op, d’ailleurs, que ces sortes 
de maladies l’ésistent presque toujours à toutes les médications internes, 
et que pour le traitement on est réduit à l’emjjloi de mojfens purement 
mécaniques, comme le bandage ou la ceiaUu-e élasûque abdominale, et 
enfin à la ponction ou à la paracentèse. Pour les auti'es cas, hors ceux où 
il y avait ascite considérable et à la dernière période, nous les avons vus 
céder ordinairement, quoique quelques-uns d’entre eux fussent aban¬ 
donnés comme incurables., nous les avons tnts céder, disons-nous, en 
moins de deux ou trois semaines ; c’est-à-dire à la deuxième bouteille de 
ce vin diiu-étiqne, qui ordinairement ne commence à agb- qu’au second 
litre. Il est inutile de faire observer que dans ce genre de médication, 
comme dans tous les traitements internes actifs, il faut avoir l’œil con¬ 
stamment ouvert sur l’état des organes digestifs, afin de suspendre, mo- 
(bfier, dimûiuer et approprier le remède à la susceptil)ilité des organes 
et à l’irritabilité des sujets ; et, par-dessus tout, il ne faut pas le com¬ 
mencer s’il existe une notable irritation générale et surtout locale, c’est-à- 
dire gastro-intcsünale. Nous appelons ce remède vin diurétique majeur, 
par opposition à un autre d’une bien moindre efficacité, désigné soas le 
nom de vin diurétique mineur. V oici la formule de ce dernier : 

Prenez : Nitrate de potasse. . . 12 graimiies. 

Baies de genièvre. . . 60 grammes. 

On fait tremper ces substances dans une bouteille de vin blanc pen¬ 
dant vingt-qnalre heures. Au bout de ce temps, on en prend un verre 
par jwir en trois fois, un tiers matin, midi et soir, et une heure avant 
les repas. Nous employons ce vin mineur seulement contre les enflures 
œdémateuses des pieds et des jambes et les hydropisics commençantes. 

Dans les cas rares où notre vin majeur demeure impuissant ou insuf¬ 
fisant, ou lorsque les malades éprouvent nnc trop grande répugnance 
à le prendre, nous le remplaçons pai’ les pilules diurétiques suivantes : 


Prenez : Poudre de digitale. ... 12 grammes. 

Scammonée. 6 grammes. ^ 

SciUe pulvérisée. 6 grammes. 


Extrait de genièvre, quantité suffisante pour 120 pilules. 





( 179 ) 

Une pilule le premier joui-, deux le second, et l’on augmente ainsi la 
dose d’une pilule chaque jour jusqu’à six, que l’on' prend en trois fois, 
un tiers matin, midi et soir, et deux heures avant le repas. Sur chaque 
dose de pilules on prendra trois à quatre cuillerées de vin Uanc dans 
une bouteille duquel on aura fait fondre 12 grammes de nitrate de po¬ 
tasse. Ces pilules sont encore .spécialement employées dans les cas d'hy¬ 
dro-péricarde, et alors on applique ordinairement un large vésicatoire 
snr la région du cœtu' ; dans l’anasarque, suite d’affections organiques 
du cœur, à moins toutefois qu’ü ne se rencontre des cas exceptionnels; et 
enfin dans l’hydrothorax annoncé ordinairement par l’augmentation du 
volume du thorax, le décubitus sur le côté de l’épanchement, la dyspnée 
ou l’opprc.ssion plus on moins considérable, la toux sèche, la matité, 
l’absence du bruit vésiculaire, le souffle bronchique tubaire, le tremble¬ 
ment de la voix; plus l’état général, la faiblesse, la pâleur et laflacci- 
ilité de la figure, l’œdème des paupières, la petitesse et la faiblesse du 
pouls, la diminution des urines, etc. 

Malgré l’efficacité incontestablement reconnue de ces médications, 
nous devons convenir que malheureusement trop souvent les cures ne 
sont que palliatives et temporaires, c’est-à-dire qu’elles n’ont très-sou- 
\ eut qu’une dimée de quelques mois, ou tout an plus d’un à deux ou trois 
ans ; et cette guérison, trè.s-précairc, est encore entrecoupée de fatales et 
fréquentes rechutes. Cette réflexion nous fait rappeler, entre un grand 
nomltre d’autres faits, celui d’un homme atteint depuis longtemps d’ana- 
sarque et d’ascitc légère qui avaient résisté à tous les traitements que les 
médecins de son pays lui avaient fait subir; enfin, abandonné des 
hommes de l’art, il se fit transporter cher, nous. Quelques bouteilles de 
vin majeur le firent désenfler promptement, et le malade parut guéri 
[leiidant quelques mois. Au Imiit de ce temps, retmir de l’hydi-opisie gé¬ 
nérale : nouvelle administration du vin diurétique, suivie d’une prompte 
disparition de l’anasarque ; en un mot, il y eut encore phisieiirs atiü'es 
rechutes, mais aussi toujours cflicaceraent combattues par le même re¬ 
mède. A'ers le même temps, on nous considta pour un homme que l’on 
disait être atteint d’enflure et d’hydropi.sie de poitrine : on ajoutait que 
les médecins, après de longs et inntile.s traitements, avaient fini par l’a- 
liandonner comme im vieillard usé et aux prises avec une maladie abso¬ 
lument incuralile. C’était le sentiment de tout le monde. Le malade ne 
pouvait être transporté ; il gardait le lit et était nrthopnéique. En dés¬ 
espoir de cause, nous hasardâmes le vin majeur, après toutefois nous 
être eiiquis comme nous pûmes de l’intégrité des organes digestifs, et, 
sur ce que l’on nous dit que le malade ne souffrait pas du venti'c, que 
le peu (le nourriture qu’il prenait ne l’inroiimiodait pas, qu’il n’accusait 



( 180 ) 

absolument qu’une extrême oppression qui ne pouvait tarder à le faire 
périr, et qu’enfin il n’avait pas de fièvre, le vin diurétique fut adminis¬ 
tré. Au bout d’environ une quinzaine de jours, le malade était infiniment 
mieux et se disait guéri, au point que, tpielques semaines après, il vint 
nous voii-, fit dix à douze lieues malgré son grand âge et sa faiblesse. 
Quelques mois après, U y eut une récidive qui disparut sous l’influence 
de la même médication. Bref, nous pensons que ce malade a prolongé 
encore sa vie de deux ou trois ans à travers bien des récidives qui se dis¬ 
sipaient toujours à l’aide du vin majeur, dont à la fin il lut obligé de 
faù'e un usage presque continuel. 

Nous avons eu à traiter, il y a peu de temps, une ascite, laquelle , 
pour être assez récente, n’en était pas moins grave et au troisième degré, 
à ne considérer que le volume énorme du ventre. Cette hydropisie nous 
a paru essentielle, c’est-à-dire sans lésion organique viscérale. Elle était 
survenue après une maladie aiguë chez une jeune femme de vingt-cinq 
ans, dont la mère est morte d’hydropisie ascite. La malade a été parfai¬ 
tement guérie à l’aide de deux bouteilles de vin majeur, c’es-à-dire dans 
l’espace de douze à quinze jours. La ciise s’est faite particulièrement par 
les urines. Une autie femme de soixante ans, atteinte d’ascite commen¬ 
çante, et d’enflure aux jambes, en a été très-promptement débarrassée 
par le même vin diurétique. 

Nous pourrions résumer une’foule d’anttes faits de guérison ; mais la 
nature de notre sujet ne comporte pas ce genre de détails, qui, d’ail¬ 
leurs, seraient peu utiles et n’apprendraient rien de nouveau aux prati¬ 
ciens. Nous amions volontiers rapporté un fait ou deux de guérison 
d’ascite grave primitive et à la troisième période , si sur ce point nos 
souvenirs étaient moins confus et moins vagues ; nous préférons donc 
garder un silence absolu plutôt que de nous exposer à être narrateur 
inexact. 

Nous ne proposons pas ces médications comme spécifiques ; elles ne 
sont à nos yeux que spéciales, et ne doivent avoir une valeur réelle que 
dans les hydropisies passives que l’on n’a pu guérir plus rationnellement, 
c’est-à-<fire par la destruction de leur cause ou par les moyens qui pa¬ 
raissent les plus propres à atteindre ce but. 


Debrevne. 



( 181 ) 


THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


MÉMOIRE SUR LE STAPHYLÔME PELLÜCIDE CONIQUE DE LA CORNÉE ( CONICITÉ 
DE LA CORNÉE ) , ET PARTICULIÈREMENT SUR SA PATHOGÉNIE ET SON 
TRAITEMENT , ATEC QUELQUES REMARQUES SUR LES STAPHYLÔMES EN 
GÉNÉRAL. 

La maladie qui fait le sujet du présent mémoire est rare ; son origine 
et sa nature ont été jusqu’ici enveloppées d’épaisses ténèbres. Le trai¬ 
tement a nécessairement dû se ressentir de la même incertitude ; en¬ 
tièrement empirique, il n’a pu avoir que des résultats d’une nullité 
désespérante. Les recherches que nous avons faites sur cette maladie 
nous semblant avoir éclairé sa pathogénie et posé des indications cura¬ 
tives plus précises , noti-e travail, malgié les [détails pathologiques qui 
n’en ont pu être exclus, ne paraîtra pas déplacé, nous l’espérons, 
dans un journal plus spécialement consacré à la thérapeutique. 

I. Quelques, remarques sur les staphylômes en général. — On a 
confondu, sous le nom de staphylôme, des maladies oculaires tiès-hé- 
térogènes qui n’ont de commun entre eUes qu’un seul caractère, celui 
d’une saiUie, d’une élévation au-dessus du niveau des membranes ex¬ 
ternes du globe. Le staphylôme de la choroïde, par exemple, ne res¬ 
semble en rien au staphylôme de la cornée. En revanche, le staphy¬ 
lôme de l’iris, qu’on regarde généralement comme tout à fait différent 
de ce dernier, à une certaine période de[son développement, est parfai¬ 
tement identique à certains staphylômes de la cornée , chose qui jus¬ 
qu’ici a entièrement échappé à tous les observateurs, et que par cette 
raison nous allons signaler en passant. Lorsqu’un staphylôme de l’iris 
a existé quelque temps et a acquis un volume considérable, sa sm-face, 
continuellement UTitée par le contact de l’air ambiant et le froissement 
des paupières , se recouvre d’une matière exsudative fibro-albumineuse. 
Gitte matière se convertit en fausse-membrane acquérant peu à peu une 
épaisseur et une consistance très-notables , et dont le tissu, blanchâtre 
ou blanc bleuâtre, lisse et quelquefois vascularisé à sa surface , repré¬ 
sente une espèce de pseudo-cornée , semblable en tout au tissu du sta¬ 
phylôme cornéen. Le diagnostic alors devient souvent très-difficile, si 
on n’a pu suivre la marche de la maladie dès sa première origine. 

II. Du staphylômepéllucide conique de la cornée. —Le staphylô¬ 
me pellucide conique de la cornée, objet particulier de cet article, comme 



( 382 ) 

l’indique son nom, diffère ti'ès-notablcment des auti’es staphylômes, 
qui sont tous opaques. 11 sc distingue) en ooere, du staphyldme opaque 
de la cornée par la sti-ucture de la membrane malade, qui, à l’exception 
de ses dimensions et de sa forme, n’a subi aucun changement, taudis 
que dans le staphj'lùmc opaque elle est profondément altérée. Par 
cette raison, le nom de cmicité de la cornée, assee généralement 
adopté aujourd’hui, nous paraît de beaucoup préférable. 

III. Ses caractères pathognomoniques. —^ Le caractère pathogno¬ 
monique le plus marejuant du staphylôme pellucide de la cornée suffit à 
lui seiü ])our en assurer le diagnostic ; c’est une saillie plus ou moins 
conique de celte mcmlffane , placée le plus souvent à son centre, mais 
fréipieniment aussi un peu latéralement. Cette saillie peut atteindre un 
volume plus ou moins con.sidcrable, et occuper même quelquefois la 
presque totalité de sa surface; elle affecte toujom-s une forme conique. 
C’est à cause de cette forme que la maladie a aussi reçu les noms de 
staphÿlôme pellucide conique de la cornée, eonicité de la cornée, 
cornée conique ou cornée en pain de sucre [sugar-loaf cornea, 
conical formed comea), noms qui lui ont été imposés en Angleterre, 
où cette maladie a été obsenée le plus souvent, et où eUc scmlile en ef¬ 
fet être beaucoup plus fréquente tpre sur le continent. Les autres déno¬ 
minations qu’on lui adonnées sont : ochlodes, ceratoconus, procidence 
de la cornée, hyperkeratosis, etc., sm- quelques-unes desquelles nous 
aurons occasion de revenir. Quels que soient la durée et le Tolume de 
cette saillie (et je parle ici d’après un assez grand nombre de cas de 
cette maladie rar-e que j’ai observés moi-même), dlc conserve toujours 
la forme d’un cône qui ne fait que s’agrandir et devenir plus olitus et 
comme tronqué à son .sommet. La forme du cône est aussi quelquefois 
un peu plus ir régulière .sur ses Iras côtés et près de sa base, iorsijn’elle 
occupe les jiarties latérales de la membrane. 

A ce caractère anatomitjue cor respond d’une nranière tout aus,si con¬ 
stante, dans rmtlre des symptômes physiologiques, une myopie plus 
ou moins cotLsidérablc. 

IV. Symptomatologie. — Nous avons indiqué comme le symptôme 
padtognomonique principal l’élévation de la cornée en forme de cône. Ce 
cône, qui peirt avoir jusqu’à quatre miUimetres (deux lignes) d’éléva¬ 
tion an-dessus du nivean de la cornée , hauteur qu’il ne dépasse qu’ex- 
eeptionnellcment, paraît tanùrt superpose au centre de la membrane , 
tantôt s’étend umlbrrnément jusqu’à sa circonférence. Lœrsqn’il acquiert 
son plus grand vidiime, on l’aperçoit quelquefois à travers les paupières 
fermées, surtout lor.squ’dles sont très-minees ; il estbieurato que le 
rapprochement des paupières en soit gêné. La drambre antérieure est 




( t8S ) 

agrandie en raison'du volume delà conicité ; dans un seul cas (Textor) 
le toucher a donné la sensation d’nne fluetuation. Le sommet de la 
proéminence, toujoiu-s plus ou moins obtus, présente un éclat luisant, 
quelquefois étincelant, comme un morceau de cristal ; mais ce phéno¬ 
mène n’est ni aussi général, ni tonjoiu’s aussi prononcé que l'ont pré¬ 
senté quelques anteins, et n'a toujours lieu que dans certaines poshions 
et en face d’une vivo lumière solaire. 11 est surtout erroné de ci-oirc , 
comme l’a dit Léveillé, que par suite de cette concentration des rayons 
liunineux la pupille se resserre considérablement; je l’ai en général trou¬ 
vée de sa largem’ normale , et, en face même d'une lumière directe et 
très-forte, je n’ai pas vu qu'elle se contractât plus que sur des individns 
sains, ou que le scintillement empêchât d’apercevoir facilement la pu¬ 
pille et l’iris, qu’en général on voit mieux de côté qu’en fece, à cansc 
de la plus grande difformité de la cornée k son centre et d'une légère 
opacité du sommet de la saillie, dont nous parlerons dans le paragraphe 
suivant. Le reflet luisant m’a sm'tout paru moins marqué lorsque le som¬ 
met de la tumeur était plus obtus ou plus opaque. Regardée de profil, 
où sa forme conique se dessine beaucoup mieux, la tumeur présente, 
dans sa partie antérieure et dans une étendue plus ou moins grande , 
une coulem- jaunâtre tirant sur l’opale ; elle ressemble quelquefois à de 
la come jaime mince et transparente, on à un morceau de topaze pâle. 
Son aspect est difficile à décrire, et encore plus difficile à dessiner; tous 
les efforts de l’habile M. Beau, qui a appris à mi si haut degré d’allier 
l’art à la vérité dans la représentation graphique des maladies oculaires, 
y ont échoué jusqu’ici. 

Nous n’avons pas observé d’antres symptômes dans ectle maladie. 
Toutes les antres membranes de l’oeil sont saines, et nous regardons 
comme des complications accidentelles et très-rai es celles observées par 
quelques auteurs, telles ipie le tremblement de l’iris, sa position anor¬ 
male en forme de concavité, le changement de sa cmdeur, sa vasculari¬ 
sation , un trouble dans la pupille, une cataracte commençante on com¬ 
plète, l’amaurose, etc. ün cas décrit par M. Mueller, où il y avait une 
tendance au staphylôme du corps ciliaiie, nous paraît avoii’ été plutôt 
une hydiophthahnie antérieure qu’une véritable conicité de la cornée. 
L’ophthalnrie concomitante n’a été obswvée qu’à Ja suite de l’emploi de 
moyens irritants. Je n’ai point rencontré chez mes malades d'état pa¬ 
thologique général capable d’être regardé comme la snite ou la cause de 
l’aflèction locale, abstraction faite de la dysménon-liée et de légères con¬ 
gestions cérébrales dont il sera question plus tard. 

En rabon. de i’ahsence de toute complication , la vnie en général ne 
subit «uxm changement autre qu’une myopie plus ou moins grande , 




( 184 ) 

proportionnée au degré de déformation de la cornée, ets’expliquant faci¬ 
lement par le changement que celle-ci doit faire subir à la réfraction 
des rayons lumineux. Comme tous les myopes, les malades sont forcés de 
clignoter, pour voir avec plus de netteté à distance. Au plus haut degré 
de la maladie, lorsqu’elle occupe également les deux yeux, la myopie, 
portée à son maximum et empêchant les malades de se conduhe seuls, 
même à l’aide de verres concaves, équivaut à la cécité. La vision est 
meilleure à une lumière douce et pour les objets placés latéralement, à 
cause de la plus grande déformation de-la cornée à son centre et de la 
légère opacité du sommet du cône. Elle gagne notablement lorsqu’on 
fait regarder le malade à travers un petit trou pratiqué dans une carte; 
mais au plus haut degré de l’affection cette amélioration est nulle ou peu 
sensible. D’après M. Wardrop et plusieurs autres médecins, les corps 
lumineux distants seraient vus doubles ou multiples, ce qui s’explique¬ 
rait, d’après sir D. Brewster, par la présence sur la cornée de petites 
éminences sphériques et de petits creux, éminences et creux dont ce 
savant distingué croit l’existence démontrée par- des expériences de phy¬ 
sique qu’il a faites, sans assurer qu’U les ait aperçus à l’oeil nu ou à la 
loupe. Pour ma part, dans aucune de mes^nombreuses observations je 
n’en ai vu, bien que généralement j’aie examiné à l’aide d’un verre 
grossissant le sommet du cône, à cause de ses opacités .superficielles. 
Aussi aucun de mes malades n’a-t-il accusé spontanément le phénomène 
de la diplopie ou polyopie, et ceux à qui j’ai adi'essé des questions sur 
ce point ont toujom’s répondu négativement. Cette circonstance ne peut 
donc être regardée comme constante. U en est de même de quelques cas 
dans lesquels les objets ont été vus colorés, décolorés ou défigurés. 

V. Sur une légère opaeité qui se trouve constamment, selon 
nous, au centre de la conicité de la cornée. — Les auteurs qui ont 
écrit sur cette maladie ont en général signalé le cône de la cornée 
comme entièrement transparent. Quelques-uns d’entre eux ont cepen¬ 
dant indiqué , comme existant quelquefois accidentellement ou comme 
se formant consécutivement à la conicité et pendant son progrès , des 
points opaques sur cette élévation. Pour ma part, j’ai constamment vu, 
et j’en ai été fi’appé dès mes premières observations remontant au delà 
de quinze ans, une opacité d’ordinaire très-limitée , peu profonde et 
d’une teinte très^!laire, située au sommet du cône ou sur ses côtés, plus 
ou moins près du sommet. Toujours je l’ai reconnue à l’œil nu ; les per¬ 
sonnes auxquelles je l’ai fait voir, lorsque d’abord elles en doutaient, 
ont toujoiu-s fini par- la reconnaîtr e à l’aide de la loupe. C’est une petite 
taie ou dcaUice superficielle blanc-bleuâtre ou blanchâtre, peu foncée 
à son centre et [s’effaçant peu à peu à sa circonférence, dont l’étendue 



( 185 ) 

est variable. Quelquefois il y en a plusieurs, contiguës les unes aux 
autres ; quelquefois aussi la couleur de la taie est plus foncée ; M. Textor 
l’a vue blanc-jaunâtre. Toujours, je le répète, elle est placée sur le 
sommet ou près du sommet ^jamais je n’en ai vu située plus près de la 
cil-conférence. Je ne l’ai pas non plus vue très-épaisse et foncée, de ma¬ 
nière à supposer qu’elle ait pu êü’e la suité d’une ulcération pénétrante, 
bien que, selon M. Schmidt, quelques auteurs disent avoir vu une cica¬ 
trice fine dans la membrane de l’humeur aqueuse. De bonne heure j’ai 
pensé que cette opacité ne pouvait être l’effet d’un simple hasaid, et 
qu’elle devait avoir quelque influence sur la production de la conicité. 
Des observations ultérieures sont bientôt venues me montrer la justesse 
de ma supposition, comme nous allons le voir dans le paragraphe 
VI. Pathogénie. — Personne jusqu’ici n’a expliqué comment se dé¬ 
veloppe cette singubère maladie, et quelle est l’altération de la cornée 
qui la produit. Les uns l’ont attribuée à une espèce d’hydrophthalmie 
antérieure, les autres à une action défectueuse des vaisseaux noiuriciers 
de la cornée, ou à l’amincissement et à la distension de cette membrane; 
d’autres encore à son induration; d’autres enfin à son épaississement et 
à son hypertrophie, ou à une espèce de végétation de son tissu. Cette 
dernière opinion, émise d’abord par Adams, a été adoptée par Himly, 
auteur d’une des monographies les plus complètes sur cette maladie, mais 
qui, chose singulière et preuve suffisante de sa rareté, surtout dans cer¬ 
tains pays, n’en a jamais observé lui-même un seul cas, malgré l’étendue 
très-grande de sa clientèle ophthalmologique. Ce célèbre professeur a 
imposé à l’affection, fort mal à propos, à notre avis, le nom i’hyperke- 
ratosis, expression formée par analogie des mots hyperostosis, hyper- 
sarcosis, etc., se fondant sur une simple hypothèse qui depuis a été 
réfutée positivement par l’anatomie pathologique. Nous croyons au con¬ 
traire que la saillie de la cornée dépend de son amincissement et de sa 
distension, et se développe toujours à la suite d’une ulcération plus pro¬ 
fonde au centre, s’effaçant peu à peu vers la circonférence, ulcération 
dont la cicatrice, étant toujours plus mince et moins résistante que les 
parties saines de la cornée, cède successivement à la projection des hu¬ 
meurs de l’œil produite par le jeu des muscles, et finit par former une 
protubérance. Cette protubérance, plus forte au centre, c’est-à-dire à 
l’endroit de la cicatrice, où la membrane est toujours plus mince et plus 
faible, doit nécessairement, avec le temps, prendre une forme conique. 
C’est au sommet ou dans son voisinage immédiat que doit se trouver, et 
se trouve en effet toujours, selon mon expérience, une petite cicatrice, la 
perte de substance de la membrane étant toujom-s plus considérable au 
milieu. L’opacité est légère parce que l’ulcération est peu profonde, et 



( 186 ) 

qije, lojn d etie taillée à pic, ellç se perd insensiblement vers la (riroearfé- 
rence. Souvent même, comme nous le verrons plus tard, la maladie passe 
par la forme dukéralocèle avant de revêtir celle de la conicité de la cor¬ 
née; or, les kératocèlcs sc guérissent fréquemment avec fort peu d’opa¬ 
cité, semblables, sous ce rapport, aux ulcères en facettes. 

. Cette explication, basée sur l’existence constante, selon noua, d’une 
ptite opacité sim le sommet de la tumeur, est extrêmement importante 
pour la thérapeutique. Établie depuis longtemps, elle est entièrement 
confirmée par le résultat d’une autopsie, dont je n’ai eu connaissance que 
depuis peu, et pai' des observations que j’ai eu occasion de faire, et qui 
n’avaient point été faites auparavant, tant sur la première période du 
développement de la conicité de la cornée, (jnc sur la marche de certains 
kératocèlcs (|ui selransforment en staphylômespellucides coniques, et sur 
la conicité partielle de la cornée. Enfin cetlo Üicorie peut s’étayer d’une 
guérison radicale, d’un cas de conicité très-avancée, obtenue par un^trai- 
tement dirigé d’après des iudications qui nous ont été fournies par- ces 
idées siu’ la pathogenie de la maladie. 

Occupons-nous successivement de ces différents points. 

V^I. Anatomie pathologique. La seule dissection qui ait été 
faite a été pratiquée en 1830 par feu Jaeger, prufesseiu- de clinique 
chirurgicaleà lafaciilté d’Erlangeu, et par M. Wagner, alors prosecteur 
à la même faculté, et actuellement profcsseiu' de physiologie à celle de 
Gottingue. (Schmidt, thèse sim l’byperkoratosis. Erlangen, 1830, §5.) 
I.ÆS deux yeux d’un homme de cinquante-neuf ans étaient affectés de 
conicité de la cornée. Sur l’œil droit il y avait une cicatiice évidente 
superficielle et non également opaque partout, se dirigeant de haut en 
bas ; la distension de la cornée était presque sphérique et plus forte en 
lias. Une légère pression, exercée sur le globe oculaire avant la dissection, 
rendait la cornée saillante. Lorsque, après la ilisscctioii, on saisissait cette 
membrane entre les doigts, on voyait au milieu de sa lace postérieure 
une excavation évidente, entourée d’un épais bourrelet. Le tiers moyen 
(le la cornée, c’est-à-dirc son centre, était trois fois plus mince que d’or¬ 
dinaire, semblable à du papier à lettre ; ses deux autres tiere, formant 
sa circonférence, étaient cimsidérablement épaissis, et cela étidemment 
dans les lames moyennes, ses lames externes et internes, c'est-à-dire anté¬ 
rieures et postérieures, étant restées normales; la substance des lames 
moyennes était homogène. L’épaississement de la circonférence se perdait 
insensiblement dans la paitic amincie, de sorte que cette dernière avait 
une étendue égale à celle d'une pupille modérément dilatée. A la surface 
ûitaaie de la cornée on n’apcrcevait aucune cicatrice; la mombrane de 
rhumeur aqueuse était normale et non épaBsie. 



{ 187 ) 

La cornée gauche présentait une cbnicité plus prononcée. La convexité 
sè dirigeait presque directement du boixl de la cornée vers .son nùlicu, et 
le point le plus élevé semblait être un peu au-dessus du centre, à quel¬ 
que distance au-dessous duquel commençait également une légère opaci¬ 
té, plus forte que celle de l’autre œil, et semblable à une escarre de pieiTe 
infernale. La dissection de cet œil monti'ait la cornée un peu épaissie 
dans sa circonférence, et amincie de moitié environ dans son mUieu. 

Cet homme était aveugle de naissance ; une soeur et un fl’èi'e, morts 
avant lui, l’avaient été également. Ses yeux présentaient les mouve¬ 
ments involontaires ordinaires dans les cécités congéniales ou anoiennes. 
la» iris étaient légèrement concaves, ce qui tenait sans doute aux suites 
d’une ancienne ophthalmie interne, dont quelques traces furent trouvée^ 
lors de la dissection ; car- dans les cas non compliqués, comme nous l’a¬ 
vons déjà dit, la position de l’iris est normale. Sur l’œil gauche, la 
ponction avait été Ëdte sans aucun résultat. 

De cc rapport de M. Schmidt, nous tuons les conclusions suivantes : 
1“ La tonicité de la cornée est l’effet de l’amincissement et de la dis¬ 
tension du centre de cette mcmln-ane, consécutils à une ulcération non 
perforante. 2" Le pourtoiu de la membrane peut être épaissi. 3® Le 
même amindsseinmit arec distmision peut donner beu à un staphylôme 
pcllncide d’une forme pfos sphérique, lorsque la partie amincie l’est ^ 
un moindi'e degré, dans le cas d’ime cicati'ice pins opaque et plus ferme 
par exemple, ou que l’usure des lames de" la cornée occupe une plus 
grande étendue ou est plus nniforme. 

VIIÏ. Caractères de la conicité pendant sa première période. — 
Lors de son début, la conicité de la cornée se montre comme une saillie 
à peine jwrceptible, comme une petite papille conique tran.sparente un 
pen opalescente sur scs côtés, opaque et d’un blanc bleuâtre à sa pointe 
un peu émoussée. On dirait d’une taie de la cornée qni connnence à de¬ 
venir saillante à son sommet. La teinte opaüne, lorsque la maladie 
u’existe pas depuis longtemps, s’étend jusqu’à sa base et même un peu 
au ddà, «n allant toujours en s’éclaircissant, de sorte que, pour la re¬ 
connaître à la circonférmice et an delà, il font quelquefois le secom» 
d’une loupe. En regardant l’œil en faee, un observateur peu exercé ne 
reconnaît pas la saillie ; tout an plus y voitril une espèce de focette de 
la cornée, eonune celles qui résultent des ulcérations superficielles lais¬ 
sées par des phlyctèncs^ mais cette facette e.st surmontée d’une petite 
opacité. Examinée de profil, la cornée présente «ne conicité bien pro¬ 
noncée , Biais très-peu élevée et très-choonsoiite, ocempant le plus sou¬ 
vent son centre. Placée à une hnnière vive et dans nue positioi conve¬ 
nable, eik foit v«ir un certain degré, au sommet du petit £ône, cH 




( 188 ) 

éclat luisant, qui est si caractéristique pour les périodes plus avancées 
de la maladie. En outre, il existe déjà un degré très-marqué de myopie 
que des limettes concaves très-fortes ne corrigent qu’incomplétement, 
myopie qui devient surtout très-frappante quand un œü est seul affecté, 
et qu’avant la maladie le foyer visuel était normal. A cette période, 
l’affection est très-souvent méconnue même par des hommes spéciaux 
et exercés dans le diagnostic des affections oculaires. 

On ne peut se refuser à voir, dans cette phase de l’affection, une cor¬ 
née amincie et superficiellement cicatrisée, qui commence à se soulever 
dans sa-partie centrale. 

IX. Kératocèles se transformant en conieités de la cornée. — 
On sait que le nom de kératocèle (hernie de la cornée) a été donné à 
une élévation diaphane, vésiculeuse et plus ou moins étendue de la cor¬ 
née, formée par la protrusion d’ime ou de plusieurs de ses lames, lorsque 
les autres ont été détruites par'une ulcération de la surface externe ou 
interne de cette membrane. 

Lorsqu’un kératocèle a existé un certain temps sans se réduire et se 
cicatriser, la partie amincie de la cornée qui le forme peut parfois s’é¬ 
paissir dans quelques parties, par suite de l’imtation qu’y exercent d’un 
côté l’air ambiant et le froissement des paupières, et, d’autre part, la 
pression incessante exercée par les humeius de l’œil, poussées vers la 
membrane affaiblie pendant chaque contraction des muscles. Mais que 
cet épaississement existe ou mon, toujours la portion distendue de la 
membrane devient de plus en plus saillante, et finit peu à peu 
par prendre une forme et un aspect tout à fait semblables à ceux de 
la cornée conique; seulement le cône, lorsque le kératocèle a été volu¬ 
mineux, est beaucoup plus large et plus plat à son sommet. Ceci s’ex¬ 
plique facilement par les considérations suivantes. Dans le kératocèle 
d’une étendue limitée, une portion mince (et peu résistante, mais cir- 
consa-ite de la cornée est entourée d’une autre partie de cette mem¬ 
brane, dont l’épaisseur va toujours en croissant, les bords de l’ulcéra¬ 
tion primitive ayant d’ordinaire été taillés en biseau. La pression des 
muscles et des humeurs incessamment chassées vers la membrane la 
moins résistante agira sur chaque partie de la cornée en raison de ses 
dimensions ; donc la portion centrale, la plus mince, doit supporter la 
distension la plus forte, devenir beaucoup plus saillante, et former le 
sommet plus ou moins pointu d’un cône. J’ai été à même plusieurs fois 
d’obseiver quelque chose de semblable dans des ulcérations de la cornée. 
Encore tout récemment j’ai_ vu sur l’œil d’un enfant nouveau-né une 
idcération assez étendue et plus profonde au centre ; après vingt-quatre 
heures il y avait à la place de Fulcération une protrusion conique de la 



( 189 ) 

cornée. Dans le kératocèle étendu, au contraire, occupant la presque 
totalité de la surface cornéenne, la pression de dedans en dehors, l’im- 
petus à ter go des anciens, en agissant sur une membrane également 
amincie dans une grande étendue, la soulève presque uniformément 
dans tous ses points, et produit tantôt un cône à sommet tronqué ou 
aplati et d’une forme moins régulière, tantôt même une élét'ation plus ou 
moins sphérique. Lorsqu’une ulcération a été précédée d’infiltration in- 
terlamellaii’e, et que celle-ci persiste en partie après la formation d’un ké¬ 
ratocèle, la circonférence de la cornée peut être épaissie dans le pourtour 
de la hernie et de la conicité qui y succède ; c’est ce qui a eu lieu dans le 
cas décrit dans le paragraphe vu. 

Nous voyons de temps à autre à notre clinique une femme chez 
laquelle un staphylôme pellucide de la cornée, formé depuis plusieurs 
années à la suite d’un kératocèle, trahif encore aujourd'hui son origiue 
par quelques caractères qui lui impriment un cachet particulier. Ainsi 
la proéminence de la cornée est moins régulièrement conique et ressemble 
moins à un morceau de cristal massif qu’à une élévation à parois vitrées 
minces. La transition de la partie saine de la cornée en sa partie dé¬ 
formée est plus brusque, et on peut encore à un certain degré recon¬ 
naître à la base de la tumeur les bords de l’ancienne ulcération qui 
l’encadrent. Un dessin que nous conservons n’a pu qu’imparfaitement 
rendre ces caractères. 

En parcourant, pendant la rédaction de ce mémoire, les auteurs qui 
ont traité le même sujet, j’ai trouvé avec une grande satisfaction un 
nouvel et puissant appui à l’opinion que je viens de développer, dans 
celle d’un opbfhahnolopste distingué, M. Benedict (de Breslau). Nous 
ne pouvons nous empêcher de traduire textuellement ce qu’il dit(rrat<é 
d’ophthalmologie pratique, t. ni, p. 237) sur l’origine et la nature du 
staphylôme pellucide de la cornée. « Le nom àe procidence de la 
cornée [fprolapsus corneœ) nous semble préférable à celui de sta¬ 
phylôme pellucide conique de la cornée, par les raisons suivantes. Cette 
membrane n’a subi aucune ulcération notable dans sa stnicture, et géné¬ 
ralement aucune de ses parties n’a éprouvé pai’ la phlegmasie une des¬ 
truction considérable. La maladie, au contraire, consiste essentiellement 
dans le changement de la forme convexe de la surface de la cornée en 
une forme conique, et en ce que cette membrane, la cohésion de ses 
lames et fibres étant diminuée, est réellement poussée en avant et forme 
pour ainsi dire procidence. La maladie se développe de deux manières. 
Tantôt elle est la suite d’une kératite qui a produit une ulcération au 
milieu delà surface de-la memb/'aue. C’est probablement cette idcération 
qui, en frappant le centre de l’organe dans lequel se réunissait et sm- 



( 190) 

lequel s’appuyait pouv ainsi dire la convexité dh reste de la membrane, 
donne lieu au cbangeraont successif delà forme convexe en conique. L«s 
quelques cas de prolapsus [o’est-h-dire tonicité] de la cornée que 
j'ai observés avaient tous été développés de cette manière. La 
phlegmasie était éteinte depuis longtonps ; mais la petite cicatrice cir¬ 
culaire du milieu de la cornée restait comme suite de l’idcération, et la 
proéminence conique présentant à son sommet la cicatrice mentionnée 
s’était peu à p«idéveloppée sous ces circonstances. Tantôt, selon l’asser¬ 
tion de plusieurs médecins, la maladie survient sans aucune trace d’in¬ 
flammation.» 

La phrase que nous avons soulignée est pour nous de la plus hante 
importance. Quant au nom de la maladie, nous avons déjà dit que nous 
«royons préférable celui de conicité de la cornée, les mots de proci¬ 
dence ou de prolapsus de cette membrane étant synonymes de celui de 
kératocèle. Or, tout kératocèle ne se tiansforme pas nécessairement et 
constamment en staphylôme pellucide conique. 

Dans un prochain article, après avoir tertainé ce qui a trait à la pa¬ 
thogénie de cette singulière affection, nous nous occupeinns de son étio¬ 
logie , de sa marche, et surtout du traitement rationnel qu’elle nous 
semble exiger. Sichf.l. 

SUR LE TRAITEMEJiT OE l’hYDROCÉPUALE CHRONIQUE, PAR LA PONCTION 


Le docteur Ch. West ayant remarqué que toutes les opinions et tous 
les faits relatifs à la ponction du crâne, dans l’hydrocéphale interne, 
étaient demeui-és jusqu’ici complètement isolés, a entrepris de les 
réunir-, afin de pouvoir- coiLstater avec certitude les résultats de l’expé¬ 
rience que la science a actuellement acquise siu- ce sujet '. 

M. West a recueilli 63 cas de poiicliori du crâne dans l’hydr-océ- 
pliale chronique. Dans deux de ces cas, la ponction fut accidentelle . 
produite une fois par un clou, une autre fois par un coup de corne de 
vache. Cinq autres faits sont trop incomplètement rapportés pour pou¬ 
voir être appréciés. D reste donc 56 cas. 

Parmi ces faits, 16 ont été donnés comme exemples de guérison,— 
40 fois la mort est suiTcnue à la suite de ropération : cela fait une pru- 
portion de 1 guérison sur 2,5 morts. Ce résultat doit paraître fort satis- 

* London medical Gazette, for april 18i2. An enquiry on to lhe results 
of pnneture of thehead, in cases of chronic internai hydrocephalns, by Char¬ 
les West, M. D. 





( 191 ) 

faisant au premier abord ; mais malhemieusetnent l’cxameii des faits par¬ 
ticuliers en amoindrit singnlièremcnt l’importance. En effet, comme 
le fait très-justement remarquer l’auteur de cette note, l’hydrocépliale 
mterne étant une maladie lente et graduelle dans ses progrès, souvent 
intermittente, s’arrêtant quelquefois des mois et même des aAnésS, 
pour s’accroîti-e ensuite sans cause évidente, on ne peut admettre la 
guérison, dans tm cas donné, que lorsque les malades ont pu être ob¬ 
servés longtemps après l’opération. Or, sur nos 16 cas de guérison, 4 
seulement se ti’ouvent ilans de semblables conditions. En voici une ra* 
pide indication. 

ün enfant de quatre mois, dont la tête était volummeuse depuis sa 
naissance, sans [qu’il paraisse avoir présenté d’autre symptême, fol 
ponctionné onze fois en six mois. On put [con.statcr, dix-neuf mcrts 
après, son entière guérison. (Graefe.) 

ün enfant de vingt mois fut ponctionné une ibis ; la tête s’ëlait dé¬ 
veloppée gi-aduellement depuis six mois. Deux ans et demi après, la 
santé et l’intelligence étaient en bon état. (Ginquest.) 

Enfant de cinq mois, hydi'océphale congénitale, boquet, vomisse¬ 
ments, rcgai'd hébété : une ponction. 11 se portait bien huit ans aju’ès. 
(Conquest.) 

Un enfant fut ponctionné cinq fois. 11 était bien portant cinq aUs 
après. (Conquest.) 

Voici, dans 5 autres cas, les seuls renseignements qui sont donnés sur 
les suites de l’opération. 

ün enfant de quatorze mois fut ponctionné neuf fois en quati-e mois. 
Une grande amélioration suivit la première ponction ; les autres le lais¬ 
sèrent dans un état très-satisfaisant. Il mourut, plus d’un au api-ès, 
d’ime pneumonie. (D' Bédor.) 

Un enfont de douze semaines paraissait avoir une assez bonne 'santé ; 
mais depuis sa naissance il présentait du strabisme, des mouvements 
continuels des yeux, et sa tête était volumineuse. Tl fut ponctionné 
quatre fois en trois mois. Il était bien portant quatre mois apins la 
dernière ponction. (D' Russell.) 

Enfant de quatre mois et demi. Depuis l’âge de six semaines, accès 
convukifs, élaigissement de bi tête, strabisme, regard idiot. Dix-huit 
ponctions en «piatrc mois. Mais l’observation est datée du jour de la 
dernière ponction. (I> Lizars.) 

Dans un quatrième cas, il s’agit d’un enfant de onze à douze ans ; 
l’hydrocéphale était smvenne à la suite d’une chute ; une seule ponction 
lût pratiquée; il s’écoula six livTes d’eau en vingt jours. D est dit seu¬ 
lement ; « Le malade lut sauvé. » (Monro.) 



( 192 ) 

Enfin dans un cinquième, où une seule ponction avait été pratiquée 
chez un enfant de dix mois, hydrocéphale depuis sa naissance, on 
s’exprime ainsi : « Bien que le petit malade fût pendant quelque temps 
dans un état précaire, il recouvra la santé, et c’est maintenant un 
très-bel enfant, n’ayant jamais éprouvé le moindre retom- de sa ma¬ 
ladie. » (M. Marsh.) 

J’ai rapporté textuellement ces indications, pour mettre le lectem- à 
même de juger du degré de confiance que mérite chacun de ces faits. 
Or, il est évident que si une observation datée du joiu- de la dernière 
ponction est tout à fait insignifiante, que si un inteivallc de quatre 
mois ne semble pas suffisant pour assurer la guérison, que si les termes 
de l’observation du docteur Bédor ne paraissent pas assez explicites, 
d’un autre côté la manière dont s’expriment Monro, et surtout M. Marsh, 
peuvent autoriser à considérer leurs obseivations comme des cas de lé¬ 
gitime guérison. 

Restent maintenant sept cas appartenant au docteui- Gonquest, rap¬ 
portés comme exemples de guérison, mais sans aucun détail ni aucune 
date. Le docteur Gonquest a pratiqué dix-neuf fois la ponction du crâne, 
et il prétend avoir obtenu dix fois la guérison de l’hydrocéphale. Sur 
ces 10 cas, 3 seuls présentent des détails suffisants. Quant aux autres, 
ils ne sauraient inspirer beaucoup de confiance, et il est fort probable 
que ce médecin se sera laissé abuser par des cas où l’opération aura été 
suivie d’une amélioration passagère. 

M. West a présenté un tableau détaillé et ti-ès-bien fait de ces cin¬ 
quante-six observations, et a consigné avec soin toutes les circonstances 
un peu importantes qu’il a trouvées mentionnées. Mais malheureuse¬ 
ment la plupart de ces observations sont incomplètes , non-seulement 
sous le rapport des suites de l’opération, mais encore sous celui de l’ori¬ 
gine de la maladie, des phénomènes présentés par les petits malades, etc. 
Ces tableaux n’offrent donc pas toute l’utihté qu’on aurait pu y trouver 
s’ils avaient été faits sur des observations complètes. Voici cependant un 
résumé rapide des principales cfrconstanccs qui ont pu être indiquées. 

Le sexe est noté 42 fois : on trouve 24 garçons et 18 filles. 

Parmi 32 cas suivis de mort, l’âge est ainsi réparti : moins de six 
semaines, 2 cas ; de deux à trois mois, 7 ; de quatre à six mois, 8 ; de 
sept à neuf mois ,11; seize mois, 3 ; deux ans, 1. 

La date de la maladie est indiquée dans 27 cas terminés par la mort. 

Elle était congénitale 7 fois ; elle a débuté dans les deux premiers 
mois, 9; dans le troisième mois, 6; dans le quatrième mois, 4; dans le 
cinquième mois, 2. 

Je dois faire remarquer que ce tableau indique, pour la plupait des 



( 193 ) 

cas, l’époque à laquelle la maladie a été reconnue, mais non pas celle à 
laquelle elle a réellement débuté. 

Voici quel a été le nombre des ponctions dans les 40 cas suivis de 

1 ponction dans 15 cas ; 2 ponctions dans 7 ; 3. ponctions dans 2 ; 

4 ponctions dans 5 ; 5 ponctions dans 5 ; 6 ponctions dans 2 ; 7 ponc¬ 
tions dans 1 ; 8 ponctions dans 1 ; enfin, 10 ponctions dans 2 cas. 

Dans les 16 cas donnés comme exemples de guérison, nous trouvons : 

1 ponction dans 7 cas ; 2 ponctions dans 2 ; 3 ponctions dans 2 ; 4 
ponctions dans 1 ; 5 ponctions dans 1 ; 9 ponctions dans 1 ; 11 ponc¬ 
tions dans 1 ; 18 ponctions dans 1. 

Dans 30 cas on a indiqué l’espace de temps écoulé entre l’opéra¬ 
tion et la mort ; la mort est survenue, après la première ponction : 

6 fois, 4 joiu-s; moyenne, 53 heures. 

6 14 jours; 6 jours 8 heures. 

3 1 mois ; 20 jours 16 heures. 

9 3 mois; 56 jours 10heures. 

Pom- les 6 auti-es cas, la moyenne a été de 3 mois, 4 jours, 12 heures ; 

I .seulement a été jusqu’à 6 mois. 

Chez 18 de ces 30 malades, il y a eu plusieurs ponctions. Aucun n’a 
survécu à la dernière ponction plus de 35 jom's (moyenne, 12 jours 
22 heures). 

« Les cas où la vie aurait été prolongée par l’opération sont donc bien 
peu nombreux. Ceux où, une semaine après l’opération, ü pouvait res¬ 
ter quelque espoir de succès, bien moins nombreux encore. 

« L’opération a été quelquefois suivie immédiatement d’une aggrava 
tion des symptômes cérébraux et de la mort. Habituellement cependant 
un certain degré d’amélioration snivait la première ponction ; mais 
l’épanchement se reproduisait, et la deuxième ponction était suivie d’une 
moindre amélioration. 

« Dans l’hydrocéphale chronique, la vie se termine habituellement 
par mie fièvre légère, avec émaciation générale, à laquelle succèdent 
des convulsions et un coma fatal. Or, ce sont précisément des phéno¬ 
mènes tout semblables qui se sont montrés à la suite des opérations, si 
ce n’est que les symptômes cérébraux avaient ime violence que, sans la 
lésion mécanique, ils n’eussent sans doute pas présentée. » 

Enfin, après ce résumé, que je ti-aduis textuellement, M. West ter¬ 
mine son travail en (bsaut : « Les faits mentionnés ci-dessus ont con¬ 
duit l’auteur à se former une opinion défavorable à l’opération de la 
ponction de la tête, comme moyen de guérir l’hydrocéphale chro- 



( 194) 

Je ne veux pas précisément nte déclarer ici le partisan de cette opé¬ 
ration; cependant je crois que, s’il a été juste de ne pas accepter sans 
examen cette apparente proportion de 16 guéiisons sm- 40 morts, il 
n’importe pas moins peut-être de se tenir en garde contre l’impression 
fâcheuse que pourraient laisser les conclusions de ce travail. 

Ce que l’on appelle hydrocéphale chronique n’est pas une maladie 
unique et toujours scmhlahle à elle-mcpic, D y a plusieurs espèces d’hy¬ 
drocéphales bien différentes. Or, au point de vue du pronostic et de la 
possibilité d’obtenir de hoiis résidtats d’un traitement quelcpnque, ce 
sont précisément ces différences qu’il ijiipprlp le plys de considérer. Je 
crois pouvoir, sous ce point de vue , diyiscr les faits d’hydrocéphale 
en quatre groupes. 

1° Il y a un vice de conformation de l’encépjiale, une anencéphalie 
partielle ; 

2° On constate une disparition coniplète de tpielque partie de l’en- 
céphalc, sans qu’il soit toujours po.ssible de reconnaître si cette altéra¬ 
tion est primitive et tient à un vice de développement, ou si elle dépend 
d’un travail pathologique ; 

3“ Le cerveau e.st complet quant n ses parties essentielles, mais 
aminci par l’épanchement du liquide dans ses cavités, à tel point qu’une 
grande partie de sa substance a réellement disparu ; 

4“ Que le licpiide épanché ait son siège dans les ventricules ou à l’ex- 
téficur du cerveau, eehli-ci n’est pas tellement altéré dans sa forme et 
sa consistance, qu’il ne hii soit matériellement possible .de revenir à 
son état nornwj- 

Il est de la plus entière érâlence .que, pour Les faits compris dans les 
trois premiers gi’oupes, l’art est tout à fait impuissant, et la guérison 
absolument intpossible. Aussi je prétends que), n’eussicz-vous guéri par 
la ponction que 4 enfants sur 50, si chez tous ou presque tous ces der¬ 
niers vous trouvex le ceneau dans un état tel qu’il fut matériellement 
inipossibk de le ramener d’aucune manière à son état normal, vous ne 
dewz pas yous repentir d’avoir pratiqué cette opération- L’hydrpcé- 
pbalc chronique sera toujours ime maladie .que l’op ne gjjérij'a que très- 
rarement J mais etjfin il n’est pas juste de mettre en balance des cas 
alrsolument impossibles à gnérir et des .cas où il est permis d’espérer que 
l’emploi d’un traitement quelconque ne soit pas sans une possible efli- 
caâté. Ce sont ces derniers faits seulement qu’il faut comparer entre 
eux. Que si leur exacte appréciation n’est pas toujonrs très-aisée, il n’en 
est pas moins certain qu’avec un peu d’attention xm arrivera à des don¬ 
nées fort approximatives. 

Voici maintenant ce que nous trouvons dans les tableaux présentés 
par le docteur West : 




{ 195 ) 

Les lésions onçépLaliques sont décrites dans 25, cas : tjpe Ibis en 
termes trop pçii claii's pour qu’elles puissent ê|re appréciées ; jes 24 
autres cas peuvent être rangés dans les trois groupes suivants : 

'1" L’absence presque complète du cerveau dans 8 cas. 

La maladie e.st notée congénitale 4 fois ; 3 fois son débuj est fixé çlç 
1 mois à 6 semaines, 1 fois au (juatrième mois. Saiw doute H faut en- 
teneb-e par ces dates l’épo^ie où pu s’est aperçu de l’altération 4e l’em 
cépbale , et non celle où elle a véritajfiement commencé. 

2“ Dans 7 autres cas une grande partie de la substance céré|)ra!e 
avait disparu par suite de l’amincissement des bémispbères, considéra¬ 
blement distendus par le llnide épanebé dans les ventricules ; la sub- 
.stance céi’ébrale était comme macérée dans la sérosité, les parois des 
^ cntricules, leur plancber surtout, plus ou uiojns compléteinen|; désor¬ 
ganisés, souvent à peine reconnaissaliles. 

Cliez la plupart de ces enfants, les phénomènes caractéristiques de 
l’bydrocépbalc s’étaient montrés vers 3 ou 4 mois ; chez quelques-uns 
l’origine en peut être suivie jusqit’à la naissance. 

3“ Enfin, restent 9 cas dans lesquels le cerveau m’a paru moins pro¬ 
fondément altéré que dans les précédents : dans presque tous cependant 
il était encore fort malade ; les ventricujes cojisidérablement distendus, 
la substance cérébrale ramollie, etc. 

Peut-être les faits contenus dans ces deux dernières catégories n’of- 
frent-ils que des différences du plus au moins j mais ce qu5} y a de 
certain, c’est que ceux renfermés dans Ja première doivent eu être ex- 
pre.sséincnt distingués. Si n.oiis supposons inajnfenant que dans les Ifi 
autres observations suivies de mort, et sans autopsie, les lésioiis analo- 
iniques se soient présentées dans une seinblajrjç proportion, nong fi-ojivc- 
rons qu’il y en a 13 apparjenant à .des vices de conformation )’ea- 
( épbale, et dont jl est par conséqueiit impossibjc tenir compjfi. 

Re.stent donc 27 cas. Nous poufTÎons en sép.arpr encore 12, dans 
lestpicîs les altérations du ceivyaii, plus profondes que dans les antres, 
scinjjlaient rendre toute idée ,de gnérisoja impossible. IVIais ne pouvant 
établir entre ces différents faits une ligne d.c démai-catipn certaine, nous 
les comparerons en masse aux cas de guérison. 

Rappelons tpie sur Je cliilTre de JÇ cas de guérison donné par Jes au¬ 
teurs, nous en ti’ouvons : 

4 où la guérison est certaine pour nous ; 

2 où eUe e.st inliuiment probable ; 

2 ou nous ne pouvons constater (pi’une amélioration d’une certaine 
durée, 

Et 8 autres où nous sommes privés de tous renseâgnem.çuts qui nnns 
pennettent de contrôler les résultats indiqués. 




( 196 ) 

Eh bien ! je dis que ce résultat thérapeutique tel qu’il est ici présenté, 
avec tous ses doutes, n’est pas sans importance, lorsqu’on le compare 
surtout au nombre des cas suivis de mort, tel que nous avons cru devoir 
le réduire, et si l’on songe à la gravité de la maladie appelée hydrocé¬ 
phale et à la nature des lésions trouvées chez tous les sujets autopsiés. 

Je ne saurais donc admettre la conclusion suivante, ainsi formulée par 
l’auteur du travail que je viens d’analyser : « Si les symptômes observés 
durant la vie n’encouragent que faiblement à pratiquer l’opération, les 
lésions trouvées après la mort (c’est-à-dii-e les altérations organiques 
et les vices de conformation) fournissent im puissant ai’gument contre 
elle. » 

Si l’examen des cadavres nous montre le plus souvent des lésions 
irremédieiles dans l’encéphale, nous ne risquons donc rien de pratiquer 
une opération qui ne saurait par elle-même apporter des chances défa¬ 
vorables dans des cas où il n’y a aucune ressource, et qui, d’un autre 
côté, a plusieurs fois réussi dans des cas d’une natm'e nécessairement 
différente. Je m’exprime ainsi, parce que, excepté lorsqu’il existe un 
vice de conformation très-étendu de l’encéphale, les phénomènes obser¬ 
vés chez ces petits enfants sont en général loin de répondre exactemnit 
à la nature et à la gravité des lésions de l’encépbale, et par conséquent 
ne permettent pas haljituellement de porter durant la vie ni un diagnostic 
ni un pronostic certains. 

Suivant M. Breschet, une condition essentielle pom’ que l’hydrocé¬ 
phale soit curable est que le fluide épanché ait son siège dans la cavité 
extérieure de l’arachnoïde ' : « La connaissance de l’état anatomique 
des parties, dit-il, démontre qu’on ne doit rien espérer de ce moyen 
dans les hydrocéphales congéniales, soit que le cerveau n’existe qu’en 
partie, soit que le liquide distende les cavités ventriculaii-es. Cette éva¬ 
cuation amène la mort plus ou moins promptement, et, en désespoir de 
cause, rien ne peut excuser la pratique d’une opération qui accélère la 
fin des malades et qui leur fait souffrir des douleurs inutiles. » (p. 545.) 

Nous savons maintenant que cette opération ne mérite point un juge¬ 
ment aussi sévère, puisqu’elle a pu dans plusieurs cas être suivie d’mie 
guérison certaine, et je ne crois pas que l’on puisse présenter comme 
une objection sérieuse la douleur causée par la ponction du crâne chez 
un petit enfant. Cependant nous nous trouvons natiuellement amenés à 

‘ Breschet, Dict. de méd., 2® édit., t. XV, p. 5i3, art. Htobocéphale 
CHRONIQUE. Suivant cet auteur, l’hydrocéphalie interne, ou des ventricules, 
appartiendrait toujours à un vice de conformation originelle, et l’hydrocé¬ 
phalie chronique arachnoïdienne extérieure, serait un des phénomènes de 
l’arachnile chronique, et dépendrait de cetic inflammation (p. 540). 



( 197 ) 

étudier les eflfcts immédiats et les suites de la ponction du crâne chez les 
enfants qui y ont été soumis, afin de juger quelle gravité elle paraît 
avoir par elle-même et comme opération. 

Je vais présenter sous forme de tableau une analyse rapide des faits 
dans lesquels ces circonstances sont mentionnées : 

Effets immédiats de l’opération, c’est-à-dire observés après 


la première ponction. 

(Nous les trouvons indiqués dans 24 cas.) 

On n’obsei"ve rien de particulier.6 fois. 

Amélioration.7 

Accidents insignifiants.2 

Accidents légers, consistant en vomis.sements, pâleur de la 

face , cris.4 

Accidents plus graves, consistant en quelques convulsions. 1 
Accidents les plus graves qui aient été observés, tels que col- 
lapsus, affaiblbscment considérable comme s: l’enfant allait 

mourir, refroidissement. 4 

Suites de l’opération. 

(Elles sont indiquées dans 25 cas.) 


Les malades paraissent avoir succombé sans avoir offert d’ac¬ 
cidents spéciaux, seulement un affaissement graduel.4 fois. 

La mort est survenue à la suite d’une amélioration notable, 

.sans que l’on parle des phénomènes qui ont pu la précéder. . 1 

Dc,-> accidents graves, tek que violentes convulsions, stu- 
pem', sümennent à la suite d’une amélioration manifeste, dans 
deux cas plusieurs jours, dans trois cas plusiem-s mois après 
la première ponction ; dans deux de ces derniers, deux jours . 

après la dernière ponction.5 

La mort n’est précédée que d’accidents légers.3 

La mort est précédée d’accidents cérébraux dont la nature 

ni l’mtensité ne sont indiquées. 1 

Des accidents graves ont précédé la mort, consistant à peu 
près uniquement en des convukions, puis du coma. De gran¬ 
des variétés exktent enti’c l’époque de leur apparition, leur 

dwée, le nombre des ponctions pratiquées.11 

.Suites de l’opération dans les cas indiqués de guérison. 

Dans 3 cas de guérison bien constatée : 

1” Chaque ponction (onze) était suivie d’affaissement, de pâleur, d’af 












( 198 ) 

lâibli'sseinent de l’action du cœur pendant plusieurs heiues, d’insomnie 
pehdànt une ou deux nuits. (Graeife.) 

2“ Une convulsion suivit la ponction, puis survinrent d’auti'cs symp¬ 
tômes 'â’iiTitation des méninges. (Couipicst.) 

3° L’intensité des divers .syniptôines (hoquet, vomis.sements, mouve¬ 
ments convulsifs des yeux) diniinuc peu à peu. (Coüquest.) 

Dans un cas de guérison constatée seulement jusqu’au quatrième mois 
après la dernière ponction : 

Il y eut un peu de fièvre après la première ponction, point après les 
aütfps (quatre). L’enfant alla mieux.(Russell.) 

11 n’y a sur les autres faits que les)brèves indications que j’ai mention¬ 
nées précédemment. 

Il me semble que ces faits prouvent (juc l’opération de la ponction 
du crâne n’est pas une opération très-grave en elle-mcmc, puisque, dans 
le plus grand nombre des 'cas, elle n’est immédiatement suivie d’aucun 
accident, et que souvent meme elle eommcnce par déterminer une véri¬ 
table amélioration ; puisque enfin la ponction a pii être très-fré<piem- 
ment répétée chez, un meme individu et en particiib'er dans des cas de 
guérison. 

Cette operation ne peut être suivie de succès ipie dans un petit nombre 
de cas : il suffit pour s’en convaincre de jeter un coup d’œil sur les au¬ 
topsies des individus chez, qùi elle à été p’ratiqnée. Ces aiitopsics mon¬ 
trent en même temps que la véritable cause de là] raoii n’est pas dans 
l’opération', mais dans l’état du cerveau ; que l’opération a pu seiilement 
la hâter, parce que le fait seul d’un changement brustpiement siuvchù 
dans des cerveaux pai'eillcment désorganisés doit suffii’e potu’ déveloji- 
per des accidents graves. Maïs une telle conséquence est-elle en réalité*, 
d’une très-grande importance dans des càs du genre de ceux que noiis 
étudions? Enfin il est bien certaïn que cet état du cerveau a précédé et 
non suivi l’opération, puisque dans les cas on la mort est survenue foit 
peu de temps après cette dernière, on trouve exactement les memes 
lésions (pic dans ceux où elle a tardé de plusieurs semaines ou de plu- 
siciu's mois. On trouve en outre notée dans la plupart de ces autopsies 
l’absence de toute inflariimation et de toute àpparencè de lésion récente. ’ 

Si l’opération de la ponction du crâne dans l’hj'ih'océjihale chronique 
ne paraît pas aussi riuisilile en elle-même qu’on^le répète souvent, est-ce 
une opération utile? Pour pouvoir répondi'e à cette question, il faudrait 
compai-er les résultats obtenus à l’aide de la ponction du crâne avec 
ceux qu’ont fournis d’autres méthodes de traitement; mais nous ne 
voulons pas sortir du cadre ti-acé par l’auteur du mémoire que nous 
avons examiné, et ïioiis devons nous coiitéhter d’avoir bien constaté 



( 199 ) 

l’efiicacite de la ponction du crâne dans un certain noiuljre de cas d’hy- 
drocéphalê chronique. 

Max. Duhand-Fardel. 


CHIMIE ET PHARMACIE. 

SUR DE RÉCENTES SOPHISTICATIONS DE l’hYDRO-SULFATE DE SOUDE 
ET DE h A CODÉINE. 

Les nombreuses falsifications que l’on fait joiü’nellement subir à di¬ 
vers produits pharmaceutiques ont porté tout dernièrement les rédac- 
leiu'S du Journal de Chimie médicale à engager les pharmaciens amis 
de leur art à lisTer à la publicité ces inanœuxTcs frauduleuses, nui¬ 
sibles à la fois aux transactions commerciales et à la santé publique. 
C’est pour répondi’e à ce louable appel que je m’empresse de faire 
connaître deux substitutions aussi coupables que grossières : la première 
a rapport au sulfhydi-ate de soude , et la seconde a ti-ait à la codéine. 

Le prétendu sulfhydi-atC sodique, .soïimis à l’analj'se, s’est ti-ouvé for¬ 
mé, en presque totalité, par du carbonate de soude; il ne renferme 
que des traces de .sulfure de sodium ; pour se convaincre de cette vé¬ 
rité, il suffit de le traiter par de l’acétate ou du nitrate acide de plomb ; 
la proportion de sulfure auquel il donne naissance est pre.sque in¬ 
signifiante. 

L’addition au sel pomlnque d’un assez grand excès d’acide est une 
chose indispensalile , sans quoi la proportion dé sulfure métallique, 
quelque fadile qu’elle soit, suffit néanmoins pour communiquer au pré¬ 
cipité de carbonate de plomb, que le sel sodique occasionne, une co¬ 
loration U'ompeuse capable d’indune ai errem- les personnes peu ha¬ 
bituées à ce genre d’expérimentation. 

Comment a été fabriqué le produit salin qui nous occupe ? Est-ce 
en ajoutant un peu de sulfhydrate de soude à du caibonate de la même 
hase ? Nous avons peine à croire qu’un falnicant de produits chimi- 
(jucs tel que M. P... ait pu songer à une pareille sophistication. Se¬ 
rait-ce en faisant passer un courant d’acide sulfliydrique dans une dis¬ 
solution concentrée de carbonate sodique, en place de soude caustique? 
Nous le croirions volontiers, si une telle ignorance pouvait être soup¬ 
çonnée chez un lauréat de l’Ecole de phannacie de Paris, l’expé- 
ricncc nous ayant démontré qu'une partie de la soude que ce composé 
renferme s’y ti'ouve à l’état de bi-c;ubonate. 



{ 200 ) 

Quoi qu’il en soit de nos explications, cette sophistication est des 
plus condamnables; elle doit être signalée à l’attention de tous les phar¬ 
maciens qui voient dans leur profession un autre but tpie celui de 
tromper. 

La fraude qui concerne la codéine n’est pas moins grave que la pi é- 
cédente, et les motifs qui ont pu amener à mettre en œim’e une sem¬ 
blable sidjstitution sont encore peut-être plus difficiles à explicpicr. 
Comment peut-on avoir eu l’idée bizarre et coupable de remplacer un 
alcali végétal par un composé salin inorganicpie, par l’arséniate de ]ifi - 
tasse ? car la pseudo-codéine que j’ai soumise à l’examen de la Société de 
pharmacie n’est autre chose que de l’arséniate potassique. 

Je ne chercherai pas à faire ressortir ici tout ce que des substitulioii' 
de cette nature peuvent avoir de fâcheux , ce sont des faits qui pailciit 
d’eux-mêmes; il suffit de les signaler pour que chacun puisse aisémcu.t 
en apprécier les tristes conséquences. 

Miai.he. 


NOTE SUR UES PILULES DE CALOMEL ET LEUR TRANSFORMATION EN SUBLIMi:. 

Par M.Deschamps, d’Avallon. 

Beaucoup de médecins pensent que les pilules de calomel ne doivent 
point constituer un médicament officinal paixc qu’elles contiennent . 
disent-ils, lorsqu’elles sont anciennes, du chlorure mercuricpie. Ils aji- 
puient leur croyance sur les sjTnptômes qui se manifestent chez quelijues 
personnes apres l’administration de ce médicament. M. Deschamps a 
désiré savoii- si cette manière de vol- était fondée, en admettant que Ic.s 
pharmaciens préparent les pilules de calomel, comme cela doit être, 
d’après la formule suivante : 

Prenez clilorure mercureux. 10 grammes. 

Gomme adragant. 30 centigrammes. 

Sirop simple.Q. S. 

poiu’faire 200 pilules qui représentent chacune O*''- 03 de chlorure. 

51. Deschamps a fait différentes espèces de pilules : avec du calomel, 
de la guimauve et du sirop ; avec du calomel, de la réglisse et du .sirop ; 
avec les mêmes sub.stanccs et du miel; avec du calomel et du miel ; avec 
du calomel et de la conserve de roses. Il a pris des pilules préparées 
d’apres la formule iiulicpiéc, et des pilules préparées avec une partie de 
calomel et deux parties de jalap, faites depuis très-longtemps ; et seu¬ 
lement après quatre-vingts jours de préparation de ces pilules, il les a 





( 201 ) 

traitées avec de l’eau distillée seule, et avec une petite quantité d’eau 
et de l’alcool ; et, dans aucun cas, il n’a pu découvrir la moindi’e trace de 
sublimé. 

H conclut de ces faits : que ce serait commettre une erreur que de per¬ 
sister à publier que les pilules de calomel préparées depuis quelque 
temps contiennent du sublimé ; que l’on ne doit pas penser que les 
symptômes alarmants qui se manifestent après l’ingestion de ce médica¬ 
ment sont provoqués par du chlorure mercurique existant dans les pilules, 
si ces pilules n’ont point été préparées avec des extraits, etc., etc., con¬ 
tenant des chlorures. Du reste, le médecin ne doit plus adminisü-er le calo¬ 
mel à un sujet qui a éprouvé des accidents fâcheux de ce médicament, car 
il e.st présumable qu’il se forme alors dans l’estomac de ces malades, sous 
une influence idiosyncrasique, une grande quantité de cblorure mercu- 
ri([ue. L’on sait, d’après les belles expériences de M. Mialhe, que la 
mcinbrane muqueuse de l’estomac laisse suinter du chlorhydrate ammo¬ 
niaque , (|uc dans ces cas les chlorures mcrcureux, après avoir- été trans¬ 
formés en chlorure mercurique, peux-cnt agir comme poison. 11 faut 
donc que le médecin se souvienne qu’il ne doit point faii-e entrer dans la 
composition des pilules de calomel des extraits ou d’auti-es principes qui 
contiennent des chlorures. 


DE l’emploi du peroxyde de fer hydraté , COMME CONTRE-POISOiX 
DE l’aRSEIXIATE DE POTASSE. 

On lit, dans le Jomrnal de Chimie médicale, la relation d’un casd’ein- 
poisonnement par l’arséniate de potasse (60 centigrammes), traité avec 
le plus grand succès par l’hydrate de peroxyde de fer (environ 90 gi-.). 

Le fait de la réaction de l’hydrate ferrique sur l’arséniate de potasse 
m’ayant paru douteux, l’expérience est venue confirmer ce cpie la théorie 
me faisait pressentir, c’est-à-dire que la réaction, en cette circonstance, 
est complètement nulle. — Cette observation, examinée à la légère, 
tendrait à faire conclure que rien ne se passe dans le corps de l’homme 
qui puisse être comparé aux réactions que le chimiste opère dans son la¬ 
boratoire, ainsi que le proclament encore un bon nombre de praticiens 
on ne peut plus estimables. Mais par bonheiu- poiu- les esprits jaloux de 
faire marcher à la fois l’expérience et la théorie, que l’explication du 
fait chimique relaté plus haut est des plus faedes à donner : il suffit pom- 
cela de se rappeler que le liquide de l’estomac est acide, (pi’il renferme 
au moins les acides chlorhydrique et lactique, lesquels, après ax-oir été 
saturés par l’oxyde ferrique, ont pu déterminer ensuite la décomposition 



( 202 ) 

de l’arséniate potassique, en donnant lieu, par double décomposition, à 
deux nouveaux sels à base de potasse, et à de l’arséniate ferrique. 

Toutefois, malgré l’heureux résultat obtenu par M. Josse, auteur de 
l’observation qui nous occupe, nous ne conseillerions point aux prati¬ 
ciens d’avoir recours à ce peroxyde en pai cille cil-constance; l’emploi du 
perchlorure de fer bien neutre, ou meme un peu basique, nous paraît 
incomparablement préférable. L. M. 


BIBLIOGRAPHIE. 


Des fonctions et des maladies nerveuses dans leurs rapports avec 
l’éducation sociale et privée, morale et physique. Essai d’un 
nouveau système de recherches physiologiques et pathologiques sur 
tes rapports du physique et du morale par le docteur Cerise. 
1 voliune 10-8°. 

Depuis que l’anatomie, poursuivant jusejue dans l’intimité des organes 
les ramifications les plus déliées du système nerveux, a montré l’organisme 
enveloppé dans une sorte d’atmosphère nerveuse, toutes les questions 
de la physiologie et de la pathologie se sont compliquées de questions 
plus ou moins ardues sur cet élément si important’de l’organisme himiain. 
A partir de ce moment, le système nerveux est devenu de tous côtés 
l’objet d’études plus ou moins sérieuses, de travaux plus ou moins éten¬ 
dus. Mais la plupart de ces ti-avaux, conçus au point de vue matéria- 
hste, ont constamment isolé l’appiireil qu’ils étudiaient de l’ensemble des 
conditions qui exercent sur lui la plus puissante influence. Quand, nous 
dépouillant des halntudes matérialistes' qu’iuie mauvaise direction scien¬ 
tifique nous a fait conU-acter à tort, il nous sera devenu plus facile de 
nous occuper des réalités qui ne tombent point sous les sens, nous au¬ 
rons peine à comprembe comment on a pu entreprendre d’aussi nom¬ 
breux travaux sur le système nerveux, sans étudier en même temps 
l’atmosphère spéciale, si nous pouvons ainsi dbe, dans laquelle res¬ 
pire , vît ce système, c’est-à-dii'e l’ensemble des idées et des institu¬ 
tions qui régissent le monde des intelligences. Le livTC de M. Cerise, 
se brâmât-il à signaler cette lacune immense dans les études relatives au 
système nerveux, et à insister sur la nécessité logique de rattacher l’é¬ 
tude de ce système à celle des -s icissitudes vai-iées de son excitant normal, 
qu’il sufibait, dans notre opinion, de cette conception originale pour 
a'Murër à cet autciu- une place distingftéc parmi les homtncs-ipii pensent 



( 203 ) 

que lé scalpel n’est point le seul insti’ument applicable à l’étude des 
sciences pnysiologiqucs. Qu’on n’aille point supposer, d’après ce qui pré¬ 
cède , qu’à force d’élargir ainsi le cadre de scs éludes sm le système ner¬ 
veux , iVt. Cerise n’ait fait que de la métaphysique à propos de physio¬ 
logie ou de pathologié. Il y a dans cet auteiu- nu esprit éminemment 
pratique, qui constamment le ramène aux réalités palpables et aux ap¬ 
plications. Ainsi son travail débute par une analyse profonde du phé¬ 
nomène d’impressionnabilité et d’innervation, considérées dans leiu-s 
éléments. Ces éléments sont : l’élément affectif, l’élément sensorial et 
l’élément intellectuel. Ce n’est point là une distinction nouvelle assiu’é- 
ment, elle se trouve dans tous les traités élémentaires de physiologie; ce 
qui est nouveau, c’est l’analyse des actes de la vie dans lesquels inter¬ 
viennent ces éléments, et la part qu’on y lait à chacun d’eux. Dans le 
jeu normal delà vie, ces éléments sont rarement isolés dans leur action, 
et les sympatliies n’expriment qu’un des accidents les plus simples de 
eétte vie composée ; ils s’associent presque toujours de la manière la plus 
intime, ils se meuvent d’une seule pièce, si nous pouvons ainsi dire. Le 
granà moltile, le levier puissant de ces virtualités physiologiques diver¬ 
ses, c’est l’idée. Si vous faites abstraction des appétits, qui disposent 
d’appareils spéciaux doués chacun d’un sens egalement spécial, toute 
impression sensoriale et ganglionnaire chez l’homme s’associe forcément 
à fidéc qui la détermine, la complète. Mais, sans nous engager dans une 
discussion tpi nous condunait trop loin, qu’est-ce que l’idée au point de 
vue ou nous nous plaçons en ce moment? C’est l’honime mteUigent et 
moral, tel que le fait l’enseignement par le langage et par les institutions 
sociales. Nous avons dit que M. Cerise, tout en faisant largement usage 
de l’induction, ne quitte jamais terre, n’abàntlonne jamais les laits ma¬ 
tériels et pàlpables. Voici,pour justifier convenablement cette assertion, 
un passage de l’auteur, qui va montrer mieux que tout ce que nous poiu- 
rions dire , comment la tiiéorie qui précède se rattache aux faits de l’or¬ 
dre physiologique, tel que nos conceptions étroites l’ont fait : « Ainsi 
se trouvent représentés dans le système nerveux de l’homme, et par des 
appareilsdistincts, les trois ordres d’influences qui interviennent dans les 
fonctions et les maladies neiveuses. Les influences de l’organisme, dési¬ 
gnées par les noms de tempérament, de prédispositions générales, origi- 
ginellcs ou acquises, de troubles fonctionnels de la vie, de nutrition, de 
besoins, de penchants, etc., sont représentées par l’appareüganghon- 
naii-e. Les mfluences du monde physique, ou les sensations qui ont joué 
un si grand rôle dans la théorie des sensuahtés, sont rejrrésentées par¬ 
les appareils sensoriaux ; les mfluences du monde spirituel ou les idées 
sont représentées par l’appar-erl psycho-cérébral, darrs lequel chacune 



( 204 ) 

d’elles imprime une modification distincte. Ces trois appareils concourent 
à la production des phénomènes de la vie morale et intellectuelle, au 
moyen de connexions établies entre eux, et avec l’appareil dé la loco¬ 
motion par la centralité méso-cépbalo-racbidienne ou sensorio-mo- 
trice. » 

Ces préliminaires posés, l’auteur poursuit l’analyse de l’influence 
exercée sur les fonctions et le développement du .système ueiTCUx, au 
moyen des signes du langage d’abord, puis au moyen des institutions so 
ciales. Ici s’ouvrait devant l’auteur une carrière immense ; il a dû néces¬ 
sairement limiter le champ de scs recherches. Pour M. Cerise, cette in¬ 
fluence est toute-puissante ; pour lui l’individu qui serait complètement 
et dejmis son enfance soustrait à l’action évolutrice du milieu soical, ne 
pourrait arriver à l’état d’organisation achevée. Non-seulement le sj's- 
tème nerveux, manquant de son excitant normal, avorterait, mais, les 
irradiations sympathiques étant presque nulles, cet arrêt de dévelop¬ 
pement s’étench'ait jusqu’aux systèmes musculaire et osseux eux-mêmes. 
Bien qu’il y ait, dans les nombreux chapiti-es que nous résumons par la 
proposition qui précède, un gi'and nombre d’aperçus des plus intéres¬ 
sants, une multitude d’idées qui séduisent, nous l’avouerons, nous crai¬ 
gnons que l’auteur n’ait ici un peu trop abandonné le commerce des faits 
pom- suivre la marche logique de l’induction. On rencontre non-seule¬ 
ment dans les hospices d’aliénés, mais çà et là dans les campagnes, des 
individus atteints d’idiotisme congénial, et dont l’organisme, malgré les 
conditions physiques défavorables dans lesquelles ils ont été'souvent pla¬ 
cés, est arrivé à un développement complet. Les obseivations de M. Itard, 
dont M. Cerise s’étaye, sont loin, d’un autre côté, d’avoir la signification 
étendue qu’ilscmble leur supposer dans le]sensde son idée. Quant aux cré¬ 
tins , qui sont un exemple bien remarquable de l’influence pernicieuse 
que l’absence de tout enseignement peut exercer sur l’organisme, il nous 
semble que dans ce résultat il est clifflcile de distinguer rigom'eusement 
les effets de cette influence de ceux qui appartiennent aux mille condi¬ 
tions fâcheuses qui pèsent sur ces pauvres êtres dégradés. Pom- nous 
donc , sans aucun doute, il y a dans l’instruction, dans l’éducation, dans 
les institutions sociales, des moyens puissants d’action sur les fonctions 
et le développement du système nerveux ; mais nous ne pensons pas que 
cette influence, toute puissante qu’elle est, aille aussi loin que le suppose 
l’auteiu: : nous croyons que la force plastique, la force évolutrice, qui 
commande le développement du foetus durant la vie intra-utérine , con¬ 
tinue d’agir pendant un temps fort long encore dans le milieu nouveau 
où l’enfant se trouve placé , et que, de même qu’avec le sang maternel 
cette force a conduit le système nerveux comme le reste de l’organisme 



( 205 ) 

à un certain degré de développement, ainsi, pendant longtemps encore, 
avec le secours des seuls agents physiques de la vie, elle pomTa achever 
le développement de l’organisme. 

Séduit par la profondeur des idées de M. Cerise, autant que par la 
forme élégante qui les revêt, nous nous sommes laissé entraîner au delà 
des limites dans lesquelles nous aurions dû nous renfermer pcut-êti-e : il 
ne nous est plus permis que d’indiquer d’une manière générale les 
pointsprincipaux qui sont traités dans le reste du livre. Nous signalerons 
principalement ici le chapitre où l’auteur traite de la coordination des 
phénomènes généraux de l’imprcssiomiabiUté et de l’innervation, puis 
celui où il propose un nouveau système de coordination des phénomènes 
généraux de l'habitude. C’est surtout dans ces deux chapitres, aussi 
riches d’idées que de faits rigom’cusement interprétés, que les médecins 
pourront apprendre qu’en dehors de l’amphithéâtre ou peut encore fane 
delà science, et de la science qui va droit à la pratique. Du reste tout 
ceci n’est qu’un pitoyable parlageà propos d’un des ouvrages les plus mé - 
thodiques et les mieux écrits qu’on ait faits depuis longtemps : qu’il nous 
soit permis, manquant du temps qui nous serait nécessaire ponr mieux 
faire, de terminer eu rapportant textuellement la conclusion générale 
de l’auteur : sa pensée sera là plus au large : 

« L’éducation publique et privée, morale et physique, intervient 
dans les fonctions et les maladies nerveuses ; 1” d’une manière générale, 
en se confondant avec toutes les influences natm'elles et sociales qui nous 
entourent, en se mêlant intimement et nécessairement à l'atmosphère 
spirituelle et matérielle dans laquelle nous vivons ; 2“ d’une manière spé¬ 
ciale, en dirigeant les faits de ch'culation, de déperdition et de nutritiou 
générales ou partielles , qui sont placés sous l’enlphe du régime et des 
exercices, en dirigeant les phénomènes d’impressionnabilité et d’inner¬ 
vation qui sont placés sous l’empire des idées et des sentiments. » 
_ S. 

Muséum d'anatomie pathologique de la Faculté de médecine de 
Paris, ou Musée üupuytren, pubhé au nom de la Faculté. 2 vol. 

in-8“ avec aüas. 

Bien que l’anatomie pathologique soit une science qui se compose de 
données dont la valeur est encore loin d’être nettement déterminée, les 
faits nombreux, intéressants qu’elle a péniblement recueillis, méritent, 
sans aucun doute, la plus sérieuse attention. La publication dont il s’a¬ 
git, et qui est en grande partie due au tèle éclahé de M. Orfila, a donc 
un droit bien réel au suflrage bienv'eillant du public métUcal. Le plan 



( 206 ) 

que jusqu’ici les auteurs ont suivi, est celui tjiii, dap^ l’état actuel de la 
science, nous paraît le plus rationnel. Il ne préjuge ep rien la valeur 
des matériaux scientiflques qu’ils InTcnt à l’étvidé et à la méditatiop 
des médecins ; c’est purement une description gra]plii(pe des altéra¬ 
tions que-les maladies laissent dans les divers tissus ejui entrent dans la 
composition de l’organisme humain ; c’est la géo^’aphie physique , si 
nous pomons ain-si dire, du microcosme pathologi(|ue. Il est fort peu 
de livres, depuis vingt ans surtout, cpii, traitant une question (juelcon- 
que en médecine, n’accordent une large place à l’anatomie moihide, et 
cette science nouvelle se trouve ain.si presque tout entière dissémiqée 
dans de nondn-f-ix et vohmiineux ouvrages ; mais là, partout les don¬ 
nées intéressantes de cette science sont en quelque sorte passées à la 
fiüèrc des théories, et sont soumises <à toutes les fantaisies des exjjjî- 
cations arhitraii-cs. Dans les quelques livres ex professa meme que 
nous avons sur cette matière, cette cause d’erreur, de sophistication 
s 3 ''stématique, éclate presque à chaque page : U n’en |)ouvait d’ailleurs 
être autrement ; ces auteurs, que nous nous plaisons du reste à raeltj-e 
en première ligne, sont des médecins <pii ont formé leur théorie, leur 
doctrine ; il était impossible qu’ils s’en séparassent en faisant l’iiistoire 
d’une science qui touche par tant de points à la théorie générale de Ja 
pathologie. Les auteurs du ÎMiisée d’anatomie pathologique ct^ienjt à cet 
égard heaucoup mieux placés ; ils ont pu aborder, dégagés de touje 
préoccupation systématique, le travail dont ils s’étaient ch^gés : cette 
circonstance répond de leur fidélité dans la description des altérations 
qu’ils ont à exprimer. Les deux premiers vohnnes qui commencent cet 
important travail sont consacrés à la desciiption des altérabons mor¬ 
bides du squelette humain : la précision des termes, ^i, loin d’j^pê- 
cher, favorise au contraire une certaine lai-geur de description ^ an¬ 
nonce dans les auteurs une tpralité qui était ici essentielle, c’està saygir 
une grande habitude de l’anatomie pathologique. Ce sera là, sans aucun 
donte, un ouvrage des plus intéres.sants, et nous ne doutons pas qu’il 
ne fasse rapidement son chemin dans le monde savant, si les volumes 
suivants sont confiés à des plumes aussi exercées, et si, en même temps, 
on y joint des planches d’une exécution aussi soignée que celles qui 
accompagnent ces deux premiers volumes. 




( 207 ) 

COIWESPONnANCE MÈDIGALB. 


UN MOT d’explication SUR UNE FORMULE DES PJEIILES DE LARflffUE 
CONTRE LA GOUTTE. 

Monsieiu’ le rédacteur, j’ai à vous signaler une difficulté qui intéresse 
eu ce moment la prfitique de plusieurs médecins du département que 
j’habite, relativement aux pilules de Lartigue, médicament que votre 
journal m’a fait connaître, et dont j’ai constaté les avantages dans un 
article que vous avez bien voulu msérer dans le BulleHn de thérapeu¬ 
tique. J'ai d’autant plus de confiance que vous répondrez à l’appel que 
j’ai l’honnem- de vous faire , que votre publication a rempli jusqu’ici, 
avec conscience et avec zèle, la mission qu’elle a prise, celle d’éclairer 
les médecins sur la valeiu' des médications proposées. 

Or, je vous dirai qu’après avoir obtenu pendant longtemps les plus 
beaux résultats des pilules de Lartigue, j’ai eu depuis quelque temps des 
mécomptes tellement constants chez tous les malades auxquels je les ai 
ordonnées, que j’ai été stupéfait de la différence des effets, et que j’ai 
eu à en rechercher la cause avec soin. Je n’ai pas tardé à me convaincre 
que mes malades avaient reçu, non des pilules confectionnées par M. Lar¬ 
tigue , comme les précédentes, mais bien des pilules faites dans les 
phaiTiiacies même, d’après une formule puliliée par M. lloucbard^t, 
pharmacien en chef de riIûtel-Dieu de Paris, dans son Annuaire de 
thérapeutique de l’année deniière, formule qui est la suivante : extrait 
de coloquinte composé, 20 grammes ; extrait alcoolique de semences de 
colchique , 1 gramme ; extrait alcoolique de digitale, 1 gramme. Faites 
des pilules de 15 centigrammes. 

Il est de mon devoir de vous transmettre ces particularités et de vous 
demander, dans l’intérêt des médecins qui ont copfiance aux pilules de 
Lartigue, quelques éclaircissements propres à diriger leur conduite ulté- 

Ces pilules sont-elles réellement les pilules de Lartigue, comme dwis 
leur bonne foi les phai'macicns qui les préparent en sont convaincus? 
Et, dans ce cas, comment expliquer leur différence totale d’action? Si 
M. Lartigue a réellement donné sa formule à M. Bouebardat, .celui-ci a 
réellement commis quelque eiTeur capitale en la transcrivant , car elles 
n’ont aucune action curative, et déterminent, sans aucmi profit poul¬ 
ies malades, des superpurgations suivies d’une inflammation gastro-in¬ 
testinale plus ou moins rebelle, comme je m’en suis convaincu tout ré¬ 
cemment chez deux personnes auxquelles je les ai administrées comme 



essai. Nous devons nous attendre à une rectification à ce sujet : votre 
position à Pai-is, vosjrelations avec M. Lartigue et avec M. Bouchardat, 
vous mettent, mieux que tout autre, en mesure d’avoir une explication 
catégorique, que j’attendrai, pour ma part, aveci mpatience. 

Veuillez agi-éer, etc. 

Crodigneau (de Fronsac), 

Chirurgien à l’hôpilal mililaire de La Rochelle 
(Charente-Inférieure). 

P. S. Ce n’est pas seulement à La Rochelle que des mécomptes ont 
eu lieu avec la formule de M. Bouchardat. A Libourne, plusieurs con¬ 
frères ont eu à se repentir de les avoir administrées chez des goutteux. 
Je citerai, enti-e autres, M. le docteur Liarès, qui s’est vu forcé de re¬ 
noncer à leur emploi. 

Vous verrez encore l’importance de corriger la formnle de M. Bou¬ 
chardat dans le sens de la préparation suivie par M. Lai-tigue, par la 
lettre que j’ai reçue de M. le docteur Senné de Siu-gères, votre abonné, 
que j’ai l’honneur de vous atb’csser. 

Eûcplications données par M. Bouchardat au sujet de la lettre 
précédente. 

Mon cher confrère, voici tout ce que je puis répondre à la lettre de 
M. Crouigneau et à toutes celles de même nature que vous avez reçues. 

M. Lartigue ne m’a pas communiqué la formule de ses pilules contre 
la goutte. Ce n’est pas non plus la sienne que j’ai voulu donner dans 
mon Annuaire de thérapeutique; il n’y a qu’à lire ce tpie j’en dis 
pour en être convaincu. 

Ma formule est intitulée pilules anti-goutteuses, et non pilules de 
Lartigue. 

Ce n’est pas ma faute si le Journal de Chimie médicale et plusieurs 
journaux de médecine ont induit en erreur quelques médecins et quelques 
pharmaciens, en publiant ma formule sous le titre de pilules de Lar¬ 
tigue. Je ne suis pom' rien dans cette publication. 

Si M. Lartigue n’avait pas tenue secrète jusqu’ici la formule de ses 
pilules, tpte je reconnais être un bon médicament, je n’aurais pas pu¬ 
blié celle que j’ai donnée. J'espérais, par cette insertion, le déterminer 
à nous faire connaître la véritable composition de son remède. 

Les pilules dont j’ai doimé la formule ne sont dune pas l)?s pilules de 
Lartigue; mais elles sont au.ssi des Ridules anti-goiit'teuses, jouissant 
d’une ellicacitc constatée par un grand nombre d’expériences. 

Quant aux inconvénients et au défaut d’action que quelques-uns de 



( 209 ) 

vos abonnés vous ont signalés dans l’usage de ces pilules, je dirai qu’a- 
près de nouveaux essais j’ai cru moi-même devoir modifier la formule 
précédemment publiée ; qu’au lieu d’un gramme d’extrait de colcLique, 
j’en mets aujourd’hui 20 grammes, et que j’ai supprimé l’extrait de 
digitale pour le remplacer par ime égale propoilion d’exti-ait d’opium. 
J’espère que ces notables changements rendront plus constante l’effica¬ 
cité de ces pilules, dont voici la nouvelle formule : 


Extrait de coloquinte composé. 20 grammes. 

Exü’ait alcoolique de semence de colchique. . 20 — 

Extrait d’opium. 1 _ 

Faire des pilules de 15 centigrammes. 

Ce 14 septembre 1842. 


Bouchardat, 

Pharmacien en chef de l’IIOlel-Dieu de Paris. 


SUR l’association du sülpate de quinine a l’acide carbonique dans 
LE traitement des FIÈVRES DES MARAIS. 

Le quinquina a été reconnu, jusqu’à ce jour, le plus efficace des re- 
incdes qui ont une action spéciale sur le prmcipe des fièvres intermit¬ 
tentes et rémittentes marécageuses. Parmi'ses différentes prépai'ations, 
le sulfate de quinine est celle dont on fait le plus souvent usage ; mais 
cette préparation, indépendamment de son action curative, exerce sur 
l’estomac et les intestins une action locale d’autant plus sensible, que 
ces viscères sont souvent, chez les fiévreux, dans un état d’irritation et 
de susceptibilité qui contrarie les effets de ce précieux médicament au 
point qu’il faut, dans ces circonstances, en procurer la tolérance avant 
de l’administrer, en employant des tempérants, des anti-spasmodiques, 
et surtout l’opium. 

La plupart de nos fièvres des mai'ais sont accompagnées, dans la pre¬ 
mière période du paroxysme, de vomissements spasmodiques que l’on 
combat avec succès par la potion anti-émétique de Rivière ; cette po¬ 
tion, donnée toutes les deux ou trois heures, a souvent guéri seule des 
fièi res intennittentes chez des individus d’un tempérament nerveux : 
sous ce point de vue, on pourrait la regarder comme un excellent fébri¬ 
fuge , avec d’autant plus de raison, qu’il arrive quelquefois qu’en dé¬ 
truisant l'état inflanunatoire gastrique ou nerveux qui complique les 
lièvres d'accès, celles-ci cèdent aux forces de la nature sans l’adminis¬ 
tration dn quinquina. 

tome XXIII. 6' LIV. li 





( 210 ) 

J’exei'cc, depuis longues années, la médecine dans une contrée ma¬ 
récageuse, où les fièvres intermittentes sont endémiques. J’ai doimé le 
quinquina sous toutes les formes ; mais dans certains cas, voyant que le 
sulfate de quinine ne répondait pas à mon attente, j’ai associé ce set 
avec le gaz acide carbonique, pour combatti'e avec plus d’avantage les 
effets de l’infection paludéenne qui se compliquent d’un état spasmodi¬ 
que; dans ce but, j’ai fait un mélange d’acide tartrique, de sulfate de 
([uiniue, de bi-caibonate de soude et de sucre ; j’ai fait prendre dans 
l’intervalle des accès, et à plusieurs reprises, cette poudre aérophore fé¬ 
brifuge dans le temps de l’cffcn esccncc, après l’avoir délayée dans un 
demi-verre d’eau ; les malades la boivent sans répugnance, et les accès 
disjiaraissent ordmaircmeiil apres trois ou quatre prises de cette poudre 
gazeuse. 

En la mettant dans un litre d’eau, je composais aussi une eau miné¬ 
rale gazeuse ipii avait une vertu assurée contre les fièvres intermittente.s. 
(le mode d’employer le sulfate de quinine m’a pain rationnel, et l’ex¬ 
périence est v enue conlirmer la propriété de ce médicament pour aii- 
niliilcr l’action toxique du miasme pyrogénétique, non-fcidcmcnt dans 
les lièvres intermittentes simples, mais cneorc ilans toutes les lièvres du 
plus mauvais caractère, tirant leur origine du principe délétère des ma- 

J’ai obsen é, dans ma pratique, que le sulfate de quinine, rendu so¬ 
luble par les acides sulfurique, tartrique ou citrique, agit avec plus d’é¬ 
nergie, et à bien inoindi'e dose, que le sulfate de quinine ordinaire. 

Voici la préparation de la poudre aérophore fébrifuge : 

Prenez ; Acide tartrique. 9 grammes 

Sulfate de quinine.10 centigrammes. 

Triturez bien ensemble et ajoutez au mélange : 

Bi-carbonate de soude. 1 gramme SOcentig. 

Sucre en poudre. 2 grammes. 

Pour une dose à prendi-e dans un demi-verre d’eau à l’instant de 
l’effervescence. Ou bien on dissout séparément,'dans 30 grammes 
d’eau, les mélanges de l’acide tartrique, du sulfate de quinine et de 
sucie; on mêle les deux solutions, que l’on boit au moment de l’effer¬ 
vescence. 

Voici la composition de ïeau gazeuse fébrifuge ; 


Prenez ; Sulfate de quinine. 60 centigrammes. 

Acide tartrique. 4 grammes. 

Bi-carbonate de soude. 5 grammes. 








( 211 ) 


Sueie en poudje.30 gi aininos. 

Eau. 1 litre. 

U faut avoir .soin d’introduire d'abord dans la bouteille le sucre, le 
sulfate de quinine dissous dans l’acide tartrique, et innnédiatement après 
le bi-earbonate ; on bouche aussitôt hermétiquement, poui- empêcher la 
sortie du gaz. Cette eau se prend à la dose d’un demi-verre ou d’un 
verre toutes les deux heures. 

Dans les établissements d’eaux minérales artificielles gazeuses, il serait 
facile d’en faire préparer une plus simple que celle que j’ai employée, 
en ajoutant à un litre d’eau de 50 centig. à 1 gram. de sulfate de quinine 
dissous préalablement dans une égale quantité d’acide tarti-ique ou citri- 
(pie, et charger ensuite cette eau de cinq à six fois son volume d’acide 
carbonique. 

N'ayant pas à ma disposition un appareil pour la faltrication des 
eaux gazeuses, j’ai guéri dernièrement un individu atteint d’accès de 
lièvre, avec une faible solution de sulfate de quinine tartarisé, 30 ccu- 
tigi’aniraes , pris dans l’intemlle du paroxysme , et mélangés avec 
de l’eau de Seltz. Cette dernière manière de prendre le sulfate de 
([uinine comme moyen prophylactique ou cm-atif des lièvres intermit¬ 
tentes serait peut-être plus a la portée de beaucoup de monde ; elle n’a 
rien de désagréable. 

11 est plusieurs autres substances médicamenteuses que l’on pourrait 
l'aire prcndi’c ainsi associées avec l’acide carbonique, et on offrirait par 
là à la thérapeutique un nouvean procédé de guérison ; mais je me 
borne pour le moment aux combinaisons gazeuses que j’ai indiquées. 

Je n’ai pas cru nécessaire d’énumérer dans cette note tous les cas nom¬ 
breux de guérison que j’ai obtenus par cette méthode. J'ai voulu seu¬ 
lement engager les praticiens h employer mes moyens et à en observer 
les effets. 

MEmiEüpère, D. M., 

Médecin de t’taospico do Saint-Gilles (Gard). 


ex MOT SITH t.A TR.\XSMIS.SION DES DARTRES DE l’aXIMAL A e’hOMME. 

Depuis que nous avons publié dans ce journal que les dartres des 
animaux pouvaient se transmettre à l’homme, beaucoup de faits sont 
seniis corroborer notre opinion, et prouver que les bases sur lesquelles 
était appuyée la .science dermatologique pouvaient présenter entre 
elles de nombrcuse.s dissidences. Je ne sais si les auteurs du .siècle der¬ 
nier, qui ont admis que le principe herpétique entraînait avec loi la con¬ 
tagion, n’avaient pas, pour valider leur opinion, l’observation ; il n’e» 





( 212 ) 

est pas moins vrai que ces opinions contagionistcs se sont transmiscsparmi 
les préjugés vulgaires. Mais, quel que soit le peu de confiance que l’on 
doive ajouter à ces opinions, quelle que soit la'grossièrcté des procédés, il 
est certain qu’elles ont toutes poiu- point de départ la matérialité d’un 
fait, et qu’elles sont le reflet d’opinions médicales qui ont existé dans un 
temps plus ou moins éloigné. 

Je ne viens pas, dans cette circonstance, proclamer que la contagion 
doive être la compagne inséparable des darü-es, comme le virus syphili¬ 
tique de la syphilis, et l’acarus de la gale ; je ne viens pas, dis-je, me 
montrer l’adversaire des auteurs qui ont le plus contribué à détruii’e que 
le principe de contagion, pour les dartres, était tout hypothétique et 
spéculatif, et prouver pie Willan et Bateman, AlDiert et Biett, ont faussé 
et mal interprété les faits. Ce n’est pas dans les contradictions et les 
dissidences sans nombre qu’existe la médecine ; elle prend sa force dans 
une manière plus sûre et plus eertaine, l’observation. En procédant 
ainsi seulement, elle peut arriver au progrès ; aussi dois-je me contenter 
de rapporter les faits, sans chercher à les commenter. 

L’historique des maladies, malheureusement, n’a pas toujom-s le degi'é 
de véracité que les observateurs seraient en droit d’exiger : obligé de s’en 
rapporter au souvenir des malades, leur peu d’intelligence dans la plupart 
des cas, dans d’autres leur indifférence, nuisent à ces comptes-rendus 
nosologiques, qui ont pom’tant une gi-ande valeur. Ce que je relate, je 

Au mois de mars dernier, un enfant d’une ferme voisine me lut ap¬ 
porté, ayant sur la ligure, le dos, les mains, en un mot sur toutes les 
pai’ticsdu corps, une affection herpétique. Après avoir examiné la na¬ 
ture de cette affection, il me fut facile de pouvoir la rapporter à cette 
variété d’Alibert, désignée sous le nom à'herpes furfuraceus cir- 
einnatus, l’eczéma de quelques auteurs. A l’aspect, d’après ce que j’a¬ 
vais observé dans d’auti-es circonstances, il me fut facile d’en reconnaître 
la cause. Je le questionnai sur le début; cet enfaut avait à peu près 
onze ans, et était pàti’e, conmie ils le sont tous à cet âge-là ; il me dit tpie 
dans leur éciuie il existait un veau, nouvellement introduit, et couvert 
d'une éruption dartreuse, et qir’obligé de liri donner des soins, c’était là 
qir’il avait contracté le germe de cette maladie. Les remèdes vulgaires, 
dont se servent ordinairement les gens de la campagne, avaient été sans 
effet ; amssi verrait-il réclamer les secours de la nrédecirre. Inutile sans 
doute d’entrer dans tous les détails thérapeutiqrres pour une affectiorr si 
simple dans sa forme. 

Cet enfant ne fut pas la seule victime ; ils étaieirt nombreux darrs cette 
làmillc, et ils firrent presque tous obligés de pay’er le tribut à la conta- 



( 213 ) 

gion. Son père et ses frères fiu-ent pris; mais ce qui devrait ébranler 
l’opinion des anti-contagionistes, c’est qu’une toute jeune enfant, cou¬ 
chant avec sou père et ne s’exposant pas aux mêmes causes que ses pa¬ 
rents, en fut aussi atteinte. En im mot, cette maladie produisit dans cette 
famille la même chose que produit la gale quand un des membres en 
est atteint. 

(iomme il nous était facile de pouvoir examiner ce jeune veau, qui 
avait aussi transmis cette maladie à ses voisins de crèche, voici ce que 
nous ohsen'àmes. Cette affection herpétique existait principalement au 
cou et sur le dos de l’animal, et les dartres, qui étaient à l’état rudimen¬ 
taire, présentaient une tumeur assez élevée qui disparaissait pour 
s’étenche. Elles étaient identiques à Vherpes circinnatus de ce jeune 
enfant. 

Ce n’est pôint dans les idées spéculatives que nous devons rechercher 
l’explication de l’obseiTation compliquée que nous venons de signaler, 
mais bien dans les faits matériels. En effet, il ne doit pas rester de doute 
aux esprits les plus sévères sur la nature de cette affection. Cet enfant, 
jouissant d’une bonne santé, et ne présentant aucune trace de vice scro¬ 
fuleux , est atteint d’une dartre par le contact obligé d’un animal ma¬ 
lade ; la même affection se reproduit sous la même forme ; en un mot, il 
y a identité parfaite dans la cause et dans les effets. 

Pour moi, comme je l'avais déjà signalé, ce fait avait une x^aleur cer¬ 
taine et palpable ; mais une chose qui peut occasionner du doute, c’est 
l’intoxication générale. C’est à la région palmaire qu’a eu lieu la pre¬ 
mière trace de la maladie, et de là elle s’est portée sur toutes les parties 
du corps. Pour l’explication de ce fait, il ne faut pas croire que cela est 
arrivé par continuité de tissus et extension de la maladie, car ce n’est 
pas au point de départ du mal qu’elle s’est produite à la figure d’abord, 
et au dos ensuite. Ainsi, il faut donc qu’il y ait eu absorption, je ne dis 
pas de virus, puisque rien ne prouve qu’il en ait existé, mais bien du 
germe de la maladie ; c’est-à-dire, pour se servir d’un langage plus 
médical, la maladie a été locale dans le principe, est devenue générale, 
et a réagi sur tout l’ensemble de l’économie. 

. D'après cela, la transmission des dartres doit être un fait palpable et 
appréciable, et dont la véracité ne peut être mise en doute. Les observa¬ 
tions des praticiens sont identiques, et si ces faits n’ont pas été déjà pu¬ 
bliés, clcst indifférence des obserx’atem's. Ainsi, toutes les fois que, par un 
hasard quelconque, un individu a donné ses soins à des animaux atteints 
de dartres, malgré les précautions qu’ils ont pu y apporter, rarement 
ils ont évité la contagion. Cette affection, il est vrai, est légère dans sa 
forme et dans son essence, mais comme variété morbide elle doit être 
inscrite sm- les tableaux nosologiques. 



( 314 ) 

Jusqu’à présent, dans tout ce que nous avons dit, nous avons pro¬ 
cédé du connu à l’inconnu. Pour compléter nos réflexions, il nous reste 
à examiner une dernière question qui présente un ti-cs-grand degré d’in¬ 
térêt, c’est la transmission des dartres du père à la fille. 

Une question qui semblait à jamnis résolue, et qui ne devait plus prc- 
■•■enter de controverse, c’était la non-contagion des dartres : tant que 
l’observation, cette pierre de touclic de toute opinion médicale, n’est 
pas venue nous montrer le contraire, nous y avons ajouté une très- 
grande confiance; mais les faits s’opposent à y croire d’une manière ab¬ 
solue. 

La cause de l’affection herpétique de cette jeune fille présente un si 
grand degi-é de simplicité, qu’elle n’a pas besoin d’être commentée. Eu 
effet, que l’on rroie à la contagion herpétique, ou que l’on suppose que 
ce n’est qu’en forçant les analogies qu’on peut l’expliquer, il n’en est 
pas moins vrai que le fait est patent et évident. Ce n’est pas dans la 
constitution de cette jeune fille qu’il faut en recberchcr le gaune, ce 
n’e,st point dans une idiosyncrasie qu’on doit en trouver le principe, 
puisqu’elle présente une affection identique à celle de son père, dont la 
cause était palpable et matérielle. Ainsi les dartres ont été contagieusc.s 
de l’animal à l’homme pour le père, et du père à la fille. Je livre ces 
faits h la sagacité et à l’observation des dermatologues. Quant-à nous, 
notre devoir médical nous imposait l’obligation de les signaler: nous 
l’avons fait. 

F. Dassjt, D.-M. 

A Confolens (Charenlo). 


OBSERVATIOS d’aBOÈS FISTÜLEÜX PNEU.UO-SOÜS-TÊGUMENTAIBE. 

Les oljservations d’aljcès fistuleux pnenmo-sous-tégnmentaires, que 
M. le docteur Senné a publiées récemment dans votre journal, m’ont 
d’autant plus intéressé que j’ai eu, l’an passé, un cas analogue dans 
ma pratique. Permettez-moi de présenter les principales circonstances 
de ce fait, qui aima un plus grand intéi'êt par son rapprochement avec 
ceux de M. Senné. 

Paul Garrouticy, de la commune de Saint-Pié-de-I.Ærcn, canton de 
Salies, âgé do vingt-quatre ans, et doué d'im tempérament sanguin 
fortement prononcé, était domestique chez un de ses parents , (piand , 
dans la première quinzaine d’avril 1841, il fut subitement pris d’un 
violent accès de fièvre. Malgré mi traitement antiphlogistique des plus 
énergiques, la fièvre dtma trois jours avec la même intensité, sans que 
je pusse en aucune manière en connaître le point de départ. J’étais dans 



( 215 ) 

un vague pénible, et croyais avoir affaire à une de ces anciennes fièvres 
inflamraatoû'es, lorsqu’une douleur qu’accusait le malade à l’aisselle 
di'oite attira mon attention vers cettepai'lie. J’y trouvm, en effet, une 
petite tumeur d’un rouge violacé et très-sensible au toucher ; des sang¬ 
sues en gi'and nombre furent appbquées à deux ou trois reprises, ainsi 
que des cataplasmes emoUients ; mais le mal, loin de décroître, s’ag¬ 
grava de jour en joiu-, gagna toute la pai'tic latérale de la poitrine, 
s’étendit jusqu’à l’épaule, et causait au malade de vives souffi’ances, La 
fluctuation, que j’attendais avec impatience, se manifesta enfin ; je fis 
l’ouverture de l’abcès, et une gi’ande quantité de pus de bonne nature 
s’écoula. 

En même temps epic l’abcès se formait aux parois de la poitrine, il 
■se déclarait ime toux fréquente avec point pleurétique ; le patient ex¬ 
pectora même des crachats rouillés. L’auscultation m’ayant appris que 
l’inflammation était arrivée jusqu’au poiunon, deux nouvelles saignées 
furent pratiquées, et l’émétique à haute dose fut adminisU'é pendant 
trois jours. Vains efforts ! Bientôt après, une quinte de toux si forte se 
déclara, qu’on crut pendant (pielques instants que le malade allait s’as¬ 
phyxier. Cotte quinte se termina par une expectoration très-abondante 
de véritable pus. Dès ce moment, je ne me dissimulai ni la gravité 
du mal, ni les dangers que courait le malheiueux Garrouticy. Je vis 
clairement que l’inflammation avait gagné les detix feuillets de la plèvre, 
le tissu même du poumon ; qu’un al^cès énorme s’était formé dans toutes 
ces parties, et qu’il s’était fait jour et à l’extérieur et dans les bronches. 
Depuis ce jom-, qui était la fin d’avril, juseju’au mois d’octobre, où 
Garrouticy partit pour, les eaux, il fut toujom's dans un état de débilité 
alarmant. Quand il crachait beaucoup, rouvertiu’e pratiquée aux parois 
ne donnait rien ou presque rien, et ipiand cClle-ci donnait beaucoup, la 
toux et les cracliats dispai'aissaicnl. A cela se joignait une fièvre conti¬ 
nue avec accès (piolidiens, des sueiu’s noctutnes et une diarrhée colli- 
quative. Ce cortège effrayant de symptômes n’était pas de nature à 
rassurer. En désespoir de cause, il me vint dans l’idée de l’envoyer 
aux eaux de Bastennes. Le jom- est fixé, il part avec sa mère. Pendant 
(juiuze joins, il se trouva à merveille de ces eaux. Sa toux, ses crachats 
et la suppination du côté avaient disparu ; son appétit était revenu, et 
avec lui im embonpoint reraarqualile. U voyait donc avec délices son 
état changer et ses forces revenir, il se croyait même guéri, quand un 
mouvement fébrile assez intense le jeta dans son fit. Un médecin expé¬ 
rimenté, aux soins duquel il fut confié, le saigna deux fois, et diminua 
ainsi son étal de phloguse ; la fistule se rouvrit, et les crachats reparu¬ 
rent. Le malade quitta les eaux, rentra chez lui, et, liien qu’il ait été 



( 216 ) 

convalescent pendant quelques jours, il s’est remis tout à fait, et se 
trouve aujourd’hui dans un état j)lus que rassurant. Tous les fâcheux 
symptômes qu’il a présentés pendant si longtemps ont disparu ; depuis 
longtemps il n’y a plus de suppm’ation ni par les parois de la poitrine, 
ni par les bronches; toutes ses fonctions se font parfaitement bien; il a 
déjà repris les ti'avaux pénibles de la campagne, et tout m’annonce (|ue 
sa guérison est radicale. 

Je lie saurais reconnaître assez haut l’action xTaiment miraculeuse 
qu’ont eue chez ce malade les eaux de Bastennes. Quand il est parti. je 
lui donnais quel(|ues jours à vivre, et voilà que dans deux semaine' il 
passe pour ainsi dhe de ti’épasà vie. Je ne connais pas d’analyse de ces 
eaux. M. Pâtissier les mentionne bien dans son tableau statistique de- 
eaux minérales de France, mais n’en donne, dans son ouvrage, ni la 
composition ni les effets. Tout ce que je saLs, c’est que Bastennes est n 
petit village du département des Ijaiides, à six lieues de Saint-Sca cr. Je 
crois que ses eaux sont sulfurenses froides, et analogues aux eaux d’Eu- 
ghicn et d’üriage. 

Ala.man, D. M., 

A LabasUde-Villefrancho (Basses-I’ïrénéej •. 


BULLETIN DES HOPITAUX. 

De l’aménorrhée causée par l'engorgement deVutérm. —S’il est 
un axiome en pratique, c’est assurément que pour guérir une maladie il 
faut combattre la cause qui l’entretient. On doit donc porter toute son 
attention à apprécier cette cause. Rien n’est plus commun que de voir 
raménonhée exister chez les jeunes filles : il en est qui à seize, dix-huit, 
vingt ans même, n’ont pas eu leurs règles. Les toniques, les eraménago- 
gues ont été donnés à pleines mains, et, loin d’avoir amené le résultat 
désiré , ils ont au contraire occasionné des accidents d’irritation géné¬ 
rale, des irritations des organes digestifs, de la fièvre. Dans ces cas, ([ue 
fait un sage praticien ? il s’ai-rête, il se borne à combattre les syuqttômes. 
G’est bien sans doute, car ainsi il ne fait point de mal; mais on doit exiger 
de lui plus que cette abstention de remèdes ; on attend de son art le rét:i- 
blissementcïe l’équilibre fonctionnel troublé. Nous devons donc signaler 
comme une des causes les plus souvent méconnues de l’aménorrhée chez 
les jeunes filles, l’engorgement de l’utérus. Nous en avons en ce moment 
un exemple sur une jeune fille âgée de vingt-un ans, couchée ati n" B? 
delà salle Saint-Augustin, à la Pitié. Cette fille n’a encore jamais eu ses 
règles ; elle en a eu les prodromes à plusieurs reprises différentes ; depui - 



( 217 ) 

longtemps elle a des pesantem’s, des donleurs dans les reins qui aug¬ 
mentent par la marche, de la sensibilité à l’hypogastre par la pression. 
Malgré cela on a insisté pendant plusieurs années sur les toniques et les 
emménagogues. Le flux menstruel n’est point venu. Entrée à la Pitié, on 
a constaté, en outre de ces symptômes, un écoulement blanc par les 
organes génitaux. Comme cette fUle n’était point vierge, M. Lisfranc l’a 
touchée, et comme il en avait la pensée, il a trouvé un engorgement con¬ 
sidérable de l’utérus qui avait plus que doublé de volume. C’était là la 
cause de l’aménorrhée ; le traitement qui avait été fait avait dû aug¬ 
menter rùritation et l’engorgement. On a combattu par les moyens 
appropriés l’affection utérine, on a détruit l’engorgement, et l’iiTuption 
menstnielle s’est effectuée. L’engorgement de la matrice comme cause 
d’aménorrhée n’est pas assez généralement apprécié. Il faut le combattre 
avant tout, car un organe (pii est malade ne peut remplir scs fonctions. 

Hydropisie dans la gaine du jambier postérieur traitée par 
l’injection iodée. —Depuis quelcpie temps M. Velpeau a attii-é l’atten¬ 
tion de ses élèves sur une maladie dont les auteurs ne parlent point, et 
dont l’existence à l’état aigu n’est pourtant pas très-rare. Cette affec¬ 
tion pourrait bien être, dans certaines circonstances, le point de départ 
de CCS collections synoviales qui se font dans les gaines des tendons, et 
qu’on observe si souvent aux doigts, dans la paume de la main, au poi¬ 
gnet; Dupuyti'en les a décrites sous le nom de tumeurs en bissac. La 
grande analogie qui existe entre ces tumcins, auxquelles on n’ose point 
toucher, et l’hydropisie inflammatoire, sous l’influence rhumatismale ou 
autre, des gaines des tendons, nous engage à présenter à nos lecteurs l’ob¬ 
servation suivmite ; 

Le nommé Defrance, âgé de ti-ente-six ans, journalier, couché à la 
salle Sainte-Catherine, n” 14, est entré à l’hôpital de la Charité le 8 sep¬ 
tembre 1842. Huit ou (bx jours avant son entrée, ce malade, dans un 
état de transpiration consklérable, s’était étendu presque nu sur le sol. 
A la suite du refi'oi(bssemcnt subit qui en fut la conséquence, il éprouva 
une lassitude générale, des douleurs dans les articulations, une. soif ar¬ 
dente; les douleurs se fixèrent principalement aux genoux et aux pieds. 
Il fut obligé de suspendre son travail. Un repos de trois ou quatre jours, 
(juelques bains, firent disparaître le gonflement et la douleur des genoux. 
Pourtant, comme le gonflement et la doiilem’ persistaient aux pieds, et 
qu’il ne pouvait marcher, il se décida à entrer à l’bôpital. A son entrée, 
on put constater un gonflement notable placé en arrière de la malléole 
interne; à gauche, le gonflement était plus considérable qu’à droite; la 
fluctuation était manifeste. Par une pression alternative des doigts le 



c 218 3 

long du trajet du tendon du jambicr postérieur, on produisait un dépla¬ 
cement du liipiide avec sensation de crépitation, qu’on doit attribuer à la 
coUectioii sjTioviale qui, en se concrétant, avait donné beu à la formation 
de petits grains analogues au riz cuit. La tumeur, des deux côtés, était 
sans changement de couleur à la peau; la douleur existait à peine. Des 
cataplasmes émollients fiu-cnt prescrits; le malade garda le lit. Mais 
comme la timieur no diminuait point, siu'tout à gauche, où elle était plus 
étendue, M. Velpeau se décida, le 12 septembre, à pratiquer avec le 
trocart une poncüon qui ne laissa sortir par la canule que quelques 
gouttes de synovie. Une petite ([uantité de teinture d’iode au tiers fut 
injectée. La douleur dîna jusqu’au soir; un cataplasme fut appliqué. Le 
lendemain il n’y avait point de douleur; le gonflement était un peu plus 
considérable. Depuis la résolution se fait, quoique lentement. Il existe 
encore un peu de fluctuation à droite comme a gauche; de sorte qu’il est 
dinicile de dire si l’injection iodée pratiquée à gauche a été utile, puisque 
la maladie ne marche pas plus vite vers la guérison que du côté droit, où 
les seuls émollients ont été employés. Mais ü est important de constater 
ce fait, que l’injection d’iode faite dans une gaine tendineuse a été sans 
inconvénient. Nous attendrons d’autres faits pour conclure. 

Accouchement prématuré artificiel. — Ce n’est pas une question 
tout à fait résolue encore dans l’esprit d'un certain nombre d’accoucheurs 
français, que celle de savoir s’il est permis, s’il est utile de provoquer 
prématurément l’accouchement, dans les cas où les dimensions du bas¬ 
sin ou quelque diffonnité ne doivent pas permettre le passage d’un en¬ 
fant à terme. Les accoucheurs anglais et allemands professent cependant, 
depuis longtemps, la doctrine des accouchements prémalmés, et les 
excellentes raisons qui légitiment, qui commandent même cette manœuvTe 
ont été présentées avec force et talent par IM. Stoltz, de Strasbourg ; 
MM. les professeiu's Paid Duliois et Velpeau ont à leiu' tour soutenu la 
légalité et la moralité de cette opération, ipù avait été blâmée et re¬ 
poussée par nos anciens accouchem-s Baudelocque, Gardien, Capuron. 
Aujourd’hui donc, lorsque l’enfant estvialile, c’est-à-dire après le sep¬ 
tième mois, et tpt’il y a un rétrécissement du bassin, on peut provoquer 
l’accouchement ; il est même des médecins ipii ont votilu étendre cette 
pratique à tous les cas où une maladie tenant à la grossesse compromet- 
ti-ait prochainement la vie de la mère. Du reste, l’on peut dire que, 
lorsque l’accouchement prématuré artificiel est fait dans un temps con¬ 
venable, et que toutes les précautions voulues ont été prises, le résultat 
e.st le plus souvent hem'eux. En voici un nouvel exemple récemment 
publié. Une femme d’nne trentaine d’années, qui avait été déjà délivrée 



( 10 ) 

Quatre fois d’enfants morts par la version, entre enceinte pour la cin¬ 
quième fois à la clinique de Gœttinguc. On constate chez cette femme 
(jiie l’angle sacro-vertébral est trcs-saillant, surtout à gauche, et (pie le 
diamètre antéro-postérieur du bassin n’avait que trois pouces et un quart. 
On était dans la trente-troisième semaine de la grossesse. M. le profes¬ 
seur Siebold pensa, avec raison, qu’il fallait aussitôt recourir à l’accou- 
chement prématuré artificiel. Il fiit pratiqué au moyen de l’éponge 
préparée au mucilage de gomme arabique, introduite dans le col de la 
matrice. Une fois que l’orifice fut complètement dilaté, on s’assura que 
l’enfant avait une position vicieuse, et qu’il fallait faire la version par les 
pieds. Avec beaucoup de soin on le conserva vivant. Encore aujour¬ 
d’hui , la mère et l’enfant se portent bien. — Nous avons vu pratiquer 
deux accouchements prématurés au terme’de sejit mois et demi, ou même 
de huit mois de grossesse, et toujours l’enfant est venu vivant, et il n’y 
a pas eu d’accidents pom' la mère. Quelques détails sur la manière dont 
nous avons vu employer réjmnge dans ces cas ne seront pas inutiles. 
Après avoir, pendant quehpies jours, fait prendre des bains émollients 
tièdes à la malade, recommandé des injections vaginales et des lave¬ 
ments i après avoir’ vidé la vessie et le rectum au moment de l’opération , 
on introduit dans le vagin im spécidmn plein, qui embrasse le col uté¬ 
rin. Avec de longues pinces, on porte alors dans l’orifice de là matrice 
un cône d’éponge préparée, ayant de ô à 6 ccntimèü’es de longueur, et 
1 centimètre et demi de diamètre à sa base. On introduit la petite ex¬ 
trémité du cône dans l’orifice de la 'matrice, et on pousse lentement 
dans le col ; pendant cinq ou six minutes on le maintient, puis on retire 
les pinces et le spéculum, et l’on garnit le fond du vagin pour mainte¬ 
nir le cône en place, soit avec de la charpie, soit avec tmc grosse éponge 
douce î on soutient le tout avec lui bandage sous-cuisse. L’éponge pré¬ 
parée s’imbibe des sucs sécrétés, se dilate, excite et ouvre le col de la 
matrice, et détermine, au bout de cinq à six heures, des contractions. On 
peut, si le travail ne se car actérise pas, et si la dilatation n’est pas suffi¬ 
sante, mettre tme plus forte éponge ; il e.st rare que cette seconde appli¬ 
cation n'amène pas le résultat voulu. 

Kyste de la thyroïde traité par l’injection d'iode- — L’injection 
d’iode, substituée avec tant d’avantages au vin chaud dans le ti’aite- 
ment de l’hydi’ocèle par M. Velpeau, devait nécessairement conduire 
ce praticien à utUiser ce médicament pour la cure des kystes synoviaux, 
des bourses muqueuses, des hygroma, des kystes du sein, etc. C’est 
une véritable conqu('’to pom la chirurgie que ce nouveau mode de trai¬ 
tement de ces tiuneurs, qu’on était obligé d’enlevei- en totalité, ou de 



( 220 ) 

faire suppurer pour les guérii'. La teintui’e d’iode injectée dans l’inté¬ 
rieur de ces kystes y déteimine une inflammation adhésive qui amène 
l’oblitération de la carité séreuse. Des succès nombreux ont établi l’in¬ 
nocuité de cette méthode, et ont prouvé que l’injection d’jpde n’a aucun 
des inconvénients qu’aurait incontestablement une injection vineuse. Le 
ü-aitement dont il c.st question -vient d’être appliqué, U y a peu de jpurs, 
aux kystes de la glande thyroïde. 

Un maçon, âgé de vingt-deux ans, d’une bonne constitution, n’ayant 
jamais en d’engorgements strumeux ni au cou ni aillems, éprouva, il y a 
un mois environ, un peu de raideur dans le cou du côté droit, et s’a¬ 
perçut en même temps de l’existence d’une petite tumeur, cpii fut prise 
pour un engorgement ganglionnaire. N’ayant du reste aucune dou¬ 
leur, il s’en occupa peu, et continua ses travaux. Cependant, voyant 
la tumeur augmenter ainsi que la gêne dans les mouvements du cou, il 
entra, le 2 septembre dernier, à l’hôpital de la Charité, et fut couché au 
n“ 17 de la salle Sainte-Vierge, sei-vice de M. Velpeau. La tumeur, située 
nu bas du cou, était assez volumineuse et soulevait le muscle sterno-mastoï- 
dien, qu’elle débordait en avant ; elle était sans changement de couleur à la 
peau ; au toucher, on sentait très-distinctement les impulsions artérielles, 
l’œil même apercevait des mouvements de soulèvement tpti auraient pu 
en imposer pour des mouvements d’expansion, et faire croire à im 
anévrysme ; mais l’oreille, ne distinguait aucun bruit anormal, et en em¬ 
brassant la tumeur latéralement avec les doigts, on sentait bien encore 
les mouvements de soulèvement, mais on n’éprouvait point le choc la¬ 
téral d’une véritable expansion. La tumeur se déplaçait bien un peu , 
pourtant sa base était large, et, en engageant fortement les doigts à .son 
côté interne, il était impossible de l’Lsoler de la partie inférieure du 
larynx. Une fluctuation des plus évidentes indiquait la présence d’un 
bquide ; il était impos.sible de croire à l’existence d’un ané-vrysme; l’ab¬ 
sence de tons symptômes inflammatoires, de douleurs, d’élancements, 
le développement rapide de la tumeur, ne permettaient point non plus 
d’admettre comme probable l’inflammation suppurative d’un ganglion 
- lymphatique. 

Pour éclairer la que.stion d’une manière incontestable, M. Velpeau 
prativjua une ponction exploratrice avec une aiguille droite en fer de 
lance : l’introduction de l’aiguille permit d’apprécier l’existence d’une 
cavité assez grande ; il sortit par la piqêire quelques gouttes d’un liquide 
séreux, de couleur brune assez foncée ; une certaine quantité de liiptide 
s’infiltra dans le tissu cellidaire, ce qui diminua un peu les dimensions 
de la tumeur. Au bout de quelques jom-s, elle avait recouvré son volume 
primitif. La ponction exploratrice n’avait amené aucune douleur. Le 




( 221 ) 

12 septembre dernier M. Velpeau a vidé la tumeur au moyen d’un 
trocart lin; il en est sorti environ quatre onces d’un liquide d’une couleur 
brune. Une injection iodée a été portée dans le kyste, où une par¬ 
tie du liquide injecté a été laissée. La matière de l’injection contenait, 
pour un tiers de teinture d’iode, deux tiers d’eau. La douleur n’a pas 
été très-vive ; cependant elle a dm’é quelques heures, et a occasionné un 
peu de céphalalgie. Le lendemain matin, la tumeur avait dépassé le vo¬ 
lume prmutif; elle était pourtant peu doulom'euse, et seulement au tou¬ 
cher. Depuis ce temps, la tumeur marche vers la résolution, et se com¬ 
porte exactement comme il arrive dans l’hydi'ocèle traitée par cette 
méthode ; le malade est, aujourd’hui 19 septembre, en voie de prochaine 
et parfaite guérison. 

Conduite à tenir àVégard des esquilles volumineuses. — On ne 
saurait assez rappeler les saines règles de pratique, ni les appuyer par 
trop de nouveaux exemples. Uncouvrem-, âgé de trente-six ans, tombe 
delahautem' d’un troisième étage sur le pavé, et est apporté à l’hôpital 
de la Pitié avec des désordres très-gi-aves. Il présentait une luxation en 
arrière des os de l’avant-hras di-oit sur le bras; elle a été réduite, et il en 
est guéri ; ü avait une entorse ti’ès-forte du pied di'oit, il en est guéri ; 
mais l’accident le plus sérieux était tme fracture comniinutive, existant 
à l’union du tiers moyen de la jambe gauche aA'CC le tiers inférieur, 
avec épanchement sanguin considéralde dans le membre , et étrangle¬ 
ment inflammatoire ; les saignées largement faites et répétées, le ré¬ 
gime antiphlogistique, la diète, ont conjuré le danger. Mais le point sur 
lequel nous voulons fixer l’attention, c’est l’existence, à la partie anté¬ 
rieure du membre, d’une esquille du tibia de la longueur de cinq centi¬ 
mètres sur trois centimètres de largeur. Cette esquille, qui était tout à 
faitmobile, devait-elle être enlevée? Non, car cUe atait encore quel¬ 
ques adhérences avec les parties molles, et elle était assez volumineuse 
pour reprendre vie et se consolider. C’est en effet ce qui est arrivé ; au- 
jom-d’hui l’épanchement du membre et l’inflammation ont disparu, la 
consolidation de la fracture est très-avancée, l’esquille est parfaitement 
soudée au reste de l’os, et forme sous la peau une légère saillie. Ce ma¬ 
lade guérira sans raccoincissement delà jambe. 

Gangrène amenée par la rougeole dans une partie de la peau 
déjà infiltrée. — Lorsqu’une inflammation spécifique vient à se dé¬ 
velopper sur un tissu infiltré, et qui a déjà subi une atteinte dans ses 
propriétés vitales, la gangrène peut à l’instant s’emparer de ce tissu. 
Nous en avons vu un cas singulier au n” 8 de la salle Sainl-Ixtuis, h la 



( 929 ) 

Pitié, ün jeune enfant de cinq ans est renversé par une voiture dont la 
roue lui passe sur le pied; il n’y a ni fracture, ni luKation, ni entorse. 
Cet accident n’a pour conséquence qu’une bosse sanguine du volume d’un 
œuf de poule, située sous la malléole, et s’étendant également en avant 
et en arrière ; du reste point de douleur, point de signe marqué d’in¬ 
flammation. On se borne à des applications d’eau-de-vie camphrée, et 
en quarante-huit heures la résolution était presque complète. Sur ces 
entrefaites l’enfant est pris, le troisième jour de son entrée, d’une rou¬ 
geole assez intense avec forte fiewe. Le cinquième jour, la totalité de la 
peau qui entrait dans la composition de la tumeur est frappée de gan¬ 
grène. 11 en est résulté un vaste ulcère qui se cicatrise en ce moment. 


RÉPERTOIRE MEDICAL. 


ACGOUCBEMENT. De Vauscul- 
ttttton pour déterminer les pré¬ 
sentations du fœtus, Qui ne sait 
aujourd’hui qu au moyen de l’aus- 
culiation l'on peut roeonnaltre une 
grossesse douteuse; que des balle- 
ments doubles entendus à travers les 
parois d’un utérus développé indi¬ 
quent la présence d’un fœtus vivant; 
une l’existence de ces battements 
uansdes points opposés et leur défaut 
d’isochronisme sont l’indice d’une 
grossesse multiple ; enlin que ces bat¬ 
tements ne peuvent être confondus 
avec un autre bruit appelé bruit de 
soulQe, que quelques-uns pensent se 
passer dans le placenta ? Mais un point 
plus important et qui n’est pas en¬ 
core, il s’en faut, complètement 
éclairci, consiste à faire de l'auscul¬ 
tation, à une époque rapprochée de 
l’accouchement, un moyen de diag¬ 
nostic des présentations et positions 
du fœtus dans la matrice; chose im¬ 
portante, car le loucher peut ne pas 
fournir les renseignements néces¬ 
saires dans certains accouchemeuls 
laborieux où l’art devra intervenir. 
C’est à préciser par de nouvelles ex¬ 
périences quel est le parti que l’on 
peut tirer de ce moyen; à voir dans 
quelles limites il faut le restreindre; 
enOn, à examiner la valeur des opi¬ 
nions émises par plusieurs accou¬ 
cheurs modernes, qu'est destiné le 
Mémoire de MM. les docteurs Devdl- 
liers üls, et Chailly-Honoré. 

Le fœtus étant presque toujours 
courbé sur la face antérieure dans le 
sein de la mère, c'est par sa région 


précordiale postérieure que se trans¬ 
mettent les battements doubles du 
cœur. Ces battements seront perçus 
à leur summum d’intensité dans le 
point de l’abdomen où cotte région 
correspondra. Un autre fait, c’est que 
l’oreille seule ou armée du stéthos¬ 
cope ne peut percevoir ce bruit de 
manière à le localiser convenable¬ 
ment qu’autant que les régions du 
fœtus qui le fournissent se trouvent 
contiguës avec le segment antérieur 
de l’utérus; car vers les flancs et à la 
région postérieure ou lombaire, il est 
impossible de le bien distinguer, à 
cause de l’épaisseur des parties et de 
l’éloignement de la matrice. 

Tirez deux lignes sur la partie an¬ 
térieure de l’abdomen d’une femme 
enceinte. Tune perpendiculaire de 
l’appendice xipboïde jusqu’à la sym¬ 
physe pubienne, en suivant la ligne 
blanche et en passant sur l’ombi¬ 
lic; l’autre transversale d’un flanc à 
l’autre en passant également sur 
l’ombilic; vous aurez deux quarts 
supérieurs, l’un droit, l’autre gauche ; 
deux quarts inférieurs de même 
droit et gauclie. Si le summum d'in¬ 
tensité des battements s’entend 
dans un des quarts Inférieurs, le 
fœtus se présente par la tête; si le 
bruit est perçu dans les deux quprls 
supérieurs, ce sont les pieds qui 
tendent à sortir les premiers, Le 
summum du bruit entendu à droite 
ou à gauche de la ligne indique les 
positions droites ou gauchesdufœtus, 
que la présentation soit par la tête on 
les pieds. Plus le summum des 



( 223 ) 


battements se rapproche de la ligne 
blanche, plus on doit croire que la 
position est antérieure; plus il s’en 
éloigne, plus on a lieu de penser 
qu’elle est postérieure. 

Néanmoins ces données ne sont 
point absolument certaines, elles ne 
donnentquedes probabilités; il faut, 
pour un diagnostic plus exact, appré¬ 
cier par l’inspection et le palper les 
inclinaisons de rutérus, apprécier le 
sié^e et la nature des mouvements 
actifs du fœtus, enfin quelquefois 
s’aider du toucher vaginal. 

Il est des cas où l’épaisseur des 
parois abdominales est peu considé¬ 
rable, où la quantité du liquide am¬ 
niotique est peu abondante ; dans ces 
cas, en exerçant d’abord une pression 
modérée, puis plus forte sur l’abdo¬ 
men avec les doux mains, on peut 
saisir, même asscu distinctement, les 
formes du fœtus. Un corps rond, 
plus dur que les autres, impossible 
ou très-dilBcile à déplacer, indique 
la tête; un autre corps à surface plus 
étendue, d’une courbure plus large, 
d’une résistance un peu moindre, 
peut être le tronc. 

Il ne faut pas négliger le siège des 
mouvements actifs du fœtus. Lorsque 
la main appliiiuée sur l’abdomen sont, 
non pas un mouvement de totalité, 
mais de petits mouvements brusques, 
on doit jienser que là sont les extré¬ 
mités inférieures ou supérieures. Du 
reste, la femme a elle-même la per¬ 
ception du lieu où se passent les mou¬ 
vements de l’enfant; si dans les der¬ 
niers mois de la grossesse clleéprouve 
de la pesanteur dans le bassin tandis 
qu’elle ressent dans l’un ou l’autre 
côté, à l’hypocondre, de petits coups 
précipités, brusques, douloureux, 
on doit supposer que ce sont les 
pieds qui produisent ces derniers 
mouvements et que la tête est à la 
partie inférieure. 

Au demeurant, ces signes, auxquels 
isolément on ne peut accorderqu’une 
confiance restreinte, prennent une 
plus’ grande valeur quand ils con¬ 
cordent avec les données fournies 
par le stéthoscope. Le toucher vagi¬ 
nal, dans quelques cas plus obscurs, 
vient compléter le diagnostic. 

Ainsi, chez une femme enceinte 
l’auscultation fait-elle entendre le 
summum du bruit de battements 
doubles dans le quart gauche et infé¬ 
rieur de l’abdomen, on peut penser 
que le fœtus présente le sommet, 
parce que le summum des battements 
s’entend en bas, et de plus qu’il est 


en position occipito-lliaque gauche, 
parce que ce bruit s’entend à gauche ; 
si le summum du bruit se fait enten¬ 
dre au contraire dânsle quart supé¬ 
rieur, mais toujours à gauche, on a 
lieu de penser que le fœtus se pré¬ 
sente par le siège, en position sacro- 
iliaque gauche. Ces deux diagnostics 
auront ensuite plus de certitude si 
le développement de l’abdomen est 
à gauche, si le palper y trouve des 
formes solides, arrondies, volumi¬ 
neuses, tandis que cos formes sont 
petites .et mobiles à droite et en 
haut, où les mouvements sont forts et 
fréquents, tandis qu’ils sont lents et 
circulaires en bas. Dans le second cas 
de présentation, au contraire, la main 
trouvera le corps arrondi et dur en 
haut et à gauche, et les petits mou¬ 
vements seront en bas. Ce que nous 
venons do dire fera facilement com¬ 
prendre le diagno.sticdans lés autres 
points du côté droit pour les présen¬ 
tations du sommet et du siège. 

Nous n’entrerons pas dans l’exa¬ 
men des nombreuses observations 
particulières renfermées dans le long 
Mémoire do MM. Devillicrs et Gbail- 
ly ; il nous suffira de dire que dans le 
tableau qu’ils ont drossé de 38.5 ac¬ 
couchements, la terminaison a con¬ 
cordé 233 fois avec leur diagnostic, 
tandis qu’il s’est trouvé on opposition 
avec lui dans 68 cas. Los erreurs por¬ 
tent principalement sur les positions 
et non sur les présentations. car sur 
13T présentations do l’extrémité cé¬ 
phalique annoncées, ils ont rencon¬ 
tré juste 133 et se sont trompés 4 fois ; 
et sur 6 présentations du siège, juste 
4 fois, et faux 2 fois. On peut bien 
aussi discerner les positions droites 
on gauches du fœtus, car sur 98 posi¬ 
tions droites ou gauches annoncées, 
ils ont rencontré 79, et ne se sont 
trompés que 18 fols. Mais là où ont 
été les plus nombreuses erreurs, 
c’est lorsqu’il s’est agi de distinguer 
les positions antérieures des pos¬ 
térieures du même côté. L’auscul¬ 
tation ne peut suffire pour établir ce 
jugement. 

D’après cet exposé, l’on volt l’uti¬ 
lité dont peut être l’auscultation dans 
les accouchements. Seule, ello ne 
peut indiquer exactement les pré¬ 
sentations du fœtus, comme l’onl 
prétendu certains observateurs. Aidée 
des autres moyens, elle trompe 
même assez souvent; car non-seule¬ 
ment dans le dernier mois de la gros¬ 
sesse, mais même à un moment très- 
rapproché deraccouohemont, le fœtus 



( 224 ) 

peut changer de position dans la ma- serré, constipation, matières grises 

trice, soit par un mouvemenl de ro- et décolorées, urines safranées. Les 

tation sur son axe qui change sa po- flancs, ies hypocondres, la région 

sition, soit, ce qui est beaucoup ptiis ombiiicale et l’épigastre sont le siège 

rare, par une véritable culbute qui d’une tumeur qui soulève fortement 

modifie sa présentation. Néanmoins, les dernières côtes et l’appendice xi- 

il est incontestable que l’ausculta- plioïde. En palpant cette tumeur, 

tion aidée de l’examen du ventre, évidemment formée par le foie, on 

du palper, de l’appréciation du siège croit sentir, au premier abord, un 

des mouvements du fœtus, fournit corps dur et solide dans toute son 

des données précieuses que l’homme étendue ; mais en examinant plus at- 

de l’art ne doit pas négliger :’il faut tentivementon découvre, à une assez 

surtout recourir à ces ressources grande profondeur, une abondante 

pour le diagnostic, lorsque peu de collection de liquide. Dans toute l’é- 

temps avant l’accouchement ou pen- teudue de la tumeur, qui donne à 

dant le travail, le toucher, ce moyen la partie supérieure du ventre de ce 

par excellence, laisse des doutes, ou malade le volume de celui d’une 

ne permetpasdedistinguer la position personne atteinte d’hydropisie ascite, 

de l’enfant, connaissance qu’il est si rauscultation ne fait percevoir ni la 

important d’avoir dans ce moment. respiration ni aucun bruit. Le cas 

(Rev. méd., juin et Juiltet 1812.) était des plus graves. Vingt sangsues 

- et des cataplasmes émollients sont 

ABCÈS et hydatides du foie; gui~ appliqués sur le centre de la tumeur 

Hson par l’ouverture artificielle, sans amener aucun changement. Le 

Voici un beau fait de pratique re- mal empire à tel point, que le 30 avril 

cueilli et publié par M. Obeix, mé- le malade est à toute extrémité; ni 

decin à Savenay. Jean Hémery, la- les opiacés, ni les émollients, ni qua- 

boureur, aujourd’hui ügé de trente- tre nouvelles applications de sang- 

quatre ans, tomba tout à cmi|), sans sues n’ont diminué les douleurs ni 

cause connue, à l’âge de vingt-deux arrêté la marche rapide du volume 

ans, dans un état tel, qu’il paraissait du ventre. 

aux médecins être au dernier terme Le 31 août, deux morceaux de 
de la phthisie pulmonaire. Toux sè- potasse caustique, du volume d’une 

che,hémoptysiesintercurrentes,dou- petite noisette, sont appliqués au 
leur au côté droit du thorax , fièvre centre fluctuant de la tumeur, à 

hectique, maigreur extrême, rien n’y droite de la ligne blanche et à 15 

manquait. Cessation de tous les re- centimètres au-dessous des der- 

mèdes ; usage exclusif du lait de chè- nières côtes. Le lendemain, l’es- 

vre; point d'arrêt dans le mouvement carre, qui avait 10 centimètres de 

de dégradation qui emportait cet iu- diamètre, est fendue cruclalement. 

dividu. Enfin, retour à la convales- Le 3 septembre on enlève l’escarre, 

cence et guérison qui coïncident avec et au fond de la plaie on applique un 

l’expectoration, tous les jours, de nouveau morceau de potasse caustl- 

plusicui's livres de matières purifor- que. Les forces du malade diminuent 

mes, fétides, nauséeuses. de jour en jour. Le 5, ablation nou- 

Jusqu’à la fin d’avril 18H, c’est- velle de l’escarre, troisième applica- 
à-dire pendant plus de dix ans, la tion dans la plaie delà pierre à cau- 

santé de cet homme fut parfaite. Il tère. Le6, l’etat dusujet est des plus 

commença â ressentir alorsdansl’hy- alarmants.On enlève l’escarre, mais 
pocondre droit ime douleur vive, on n’ose renouveler la potasse caus- 
fixe, exacerbante, qui le quitta et le tique. On se borne à pratiquer plu- 
reprit quatre fois pendant les mois sieurs scarifications au fond de la 

de mai, juin et juillet, sans qu’il fit plaie avec une lancette, et les 8, 9 et 

autre chose que de garder quelques 10 septembre on panse avec de Tou¬ 
jours de repos au lit. Une nouvelle guenisuppuraiif.Enfin,leil,IU.Oheix 
attaque, mais bien plus violente, le enfonce perpendieulairement au cen- 
déciua à appeler, le 8 avril, après si tre, déjà creusé par la pnlasse, un bis- 
jours de douleurs atroces, les secours’ touri à lame iMroite à la profondeur 
de M. Oheix. Notre confrère constata de 7 à 9 centimètres; il fait seulement 
l’état suivant : amaigrissement géné- une ponction; il sort aussitôt, en jet 
rai, traits altérés par la souffrance, rapide , deux litres environ d’un 

cris perçants, peau sèche et brûlante pus clair et séreux. On introduit une 

sans coloration ictériqiie, cépbalal- mèche de charpie entre les lèvres de 
gie frontale, pouls fréquent, petit et la plaie, que Ton recouvre avec un 



( 225 ) 


énorme morceau de sparadrap. Le 
lendemain et les jours suivants, il 
sort par cette ouverture du pus par 
litres, une grande quantité de débris 
d’hydatides, et plusieurs centaines 
de ces acéphatocysles entiers, allant 
du vdurae d’un grain de millet à 
celui d’une aveline; plus tard, quand 
on a agrandi l’ouverture pour leur 
donner passage jusqu’à donner à la 
plaie une étendue de 9 centimètres, 
il en sort de plus considérables, quel¬ 
ques-uns ont la grosseur d’un œuf. 
Un mieux manifeste avait suivi l’ou¬ 
verture de la tumeur, mais il se carac¬ 
térise encore mieux le 14 et le 15 sep¬ 
tembre. Le 19, la fétidité du pus en¬ 
gage à pratiquer des injections d’eau 
miellée dans la cavité du foie : pour 
la remplir, il faut introduire près de 
trois litres de liquide. Il sort ues by- 
datides jusqu’au 6 octobre, jour où 
on en extrait deux du volume d’une 
orange et des poches ayant apparte¬ 
nu à d’autres plus volumineuses en¬ 
core. A partir de ce moment, la sé¬ 
crétion diminue jusqu’au 15 novem¬ 
bre, où eile est tarie complètement. 
Il ne restait qu’une listule biliaire 
dans laquelie on pratiqua des injec¬ 
tions avec une solution de nitrate 
d’argent; elle ne fut fermée qu’en 
janvier 1842. 11 y avait une dépres¬ 
sion profonde au point de la cica¬ 
trice ; elle a üni par disparaître ; au 
commencement d’avril 1842, la santé 
d’Uémery était aussi bonne que ja¬ 
mais elle eût été. {Jour, de Méd. de 
la Loire-Inférieure, 83” liv.) 


AlilÉNÉS {De la tuméfaotion des 
oreilles chez les), tar suite de la 
paralysie générale qui frappe certains 
aiiénes en démence, la circulation 
est beaucoup moins active dans les 
extrémités; de là le froid qu’on ob¬ 
serve aux pieds, aux mains, au nez 
et aux oreilles chez ces individus; 
de là encore une tuméfaction parti¬ 
culière des oreilles, qui survient, l’é- 
quilibrecirculatoire étant rompu, soit 
à la suite de coups ou de chocs sur 
ces parties, soit encore par suite des 
tractions du pavillon de l’oreille par 
les gardiens. C’est sur ce phénomène 
déjà observé en Angleterre, que 
M. le docteur Belhomme iixe l’atten¬ 
tion de ses confrères de France, en 
leur présentant quelques faits de sa 
pratique. Ces tumeurs, dont le vo¬ 
lume varie depuis la grosseur d’une 
noisette jusqu’à celie d’uue noix, se 
forment dans le tissu cellulaire en¬ 
vironnant le cartilage de l’oreille, et 


toujours à sa partie externe; ce sont 
de véritables poches ind oIentes,dures, 
qui se remplissent de liquides; la 
peau qui les recouvre est rouge, 
violette, fortement tendue, il y a de 
la chaleur. M. Belhomme a pratiqué 
la ponction chez un entrepreneur de 
maçonnerie en démence et paralyti¬ 
que, qui présentait une tumeur du 
volume d’une noix , en dehors du 
pavillon de chaque oreille; il en est 
sorti d’abord de la sérosité sanguino- 
fente, puis par la pression du sang 
pur et caillé. L'a plaie s’est cicatrisée 
et la poche s’est remplie de nouveau ; 
une nouvelle ouverture a donnéissue 
à un liquide séreux d’une odeur 
forte et nauséabonde. Une troisième 
ponction et trois semaines de temps 
ont été nécessaires pour obtenir la 
cicatrisation, qui s’est accompagnée 
d’un plissement, d’une sorte de 0é- 
trissure du paviilon, dont les anfrac¬ 
tuosités ont disparu. Ce malade étant 
mort, on a constaté que cette affec¬ 
tion avait eu pour conséquence une 
véritable hypertrophie des cartilages 
des oreilles, surtout de la gauche. Le 
tissu cellulaire était dense, épaissi, 
serré, etee^n’était qu’aveepeinequ’on 
pouvait le séparer des cartilages. 
( Bull, de VAcad. de méd. , août1842). 


BLENNORRHAGIE {Stir le traite¬ 
ment abortif de la), par les injec¬ 
tions de nitrate d’argent d haute 
dose. Il est une méthode qui compte 
un certain nombre de partisans et 

S îonsiste, au début de la blennor- 
ie, à arrêter le développement de 
ammation spécilique au moyen 
d’une irritation artiticielle produite 
dans le canal de l’urètre par une ou 
plusieurs injections d’une solution de 
queiques centigrammes de nitrate 
d’argent cristallisé par 30 grammes 
d’eau. Cette|méthode, qui est celle de 
MM. Ricord et Serre, de Montpellier, 
et qui a été préconisée par eux au 
commencement de l’urétrite blennor- 
rhagique et dans quelques cas d’uré¬ 
trites chroniques de même nature ,’ 
n’a pas pris, malgré l’autorité de ces" 
deux chirurgiens, une très-grande 
extension dans la pratique de ieurs 
confrères; ceia tient à la répugnance 
des malades pour ce moyen, et aussi 
peut-être à la timidité de certains 
praticiens qui craignent les consé¬ 
quences ultérieures de ces injections 
sur le canal de l’urètre. Ceux qui ont 
cette appréhension vont conséquem¬ 
ment frémir lorsque nous leur dirons 
qu’il s’est rencontré un médecin qui. 



( 'âS6 ) 


rfiprcHarit les injneiiohs eaiistlqiie!4 
Pl'ejiosêes fa** C&rmicliaël, elilt’iirKlen 
eh chef üe l’hospice des vénérichs 
de DübliO, ne craint i)as d’annoncer 
qu’il emploie codrammont et sans 
hésiter eniniections, dés le Commen¬ 
cement de la maladie comme h la 
lin, dans l’état aigu comme dans 
l’état chronique, non pas duelqnes 
cénilgrammes de nitrale d ai'gent, 
niais 00,70,80 céniigrammes de ce sel, 
par 80 grammes d’eau distillée; ()ui 
assure iiue même à un gramme et 
plus du médicament,"ces inleclioua, 
pratiquées h toutes les périodes do 
la blennorrhagie, sont sans danger, 
rt’amcnent aueunaccident conséentif, 
et éteignent iininédiateinent l’in- 
Bammalton. 

Ce médecin, c'est M. lo docteur 
Debeney, cliirnl^ien aide-major dn 
12» de ligne. Nous l’avouerons, c’est 
avec prévention que nous avons ou¬ 
vert son mémoire; si nous l’analy¬ 
sons ici, c’est (ine nous avons trouvé 
dans la lecture des faits qu'il contient 
un intérêt pratique réel, et un cacliel 
do bonne foi qui nous a séduit. Or, 
comme en thélaipeiitiquo slirlout on 
ne petit Juger que par l’expérience, 
noua en appelons h celle de nos luo- 


Jcls alleints de hlonnorrhagieit diB’é- 
rentcs iMîi'iodes, mais présentant des 
cas simples et sans coitiplicailnns, et 
chez tons 11 a employé cimihie moyen 
uni((Ue les injeetions avec lu nilratu 
d’argent cristallisé, h la dose do 00 
ccnligrammesd’aliordparao grammes 
d’eau distillée. puis porté chez cer¬ 
tains malades a 70, h 80 centigram¬ 
mes. C'élüloni (les officiers ou des 
soldats ieiinos et vigoureux, cl con¬ 
séquemment dans les conditions les 
plus favoraltles à la réaction inllam- 
matoîre. M. Debeney ne rapport!; 
pas toutes les observations, mais il 
eii diyine vingt assez détaitiéos pour 
bien mire juger de l’emploi de la m»'- 
dicatlon et de ses effets. Sur ce.s 
quatre-vlngt-trois malades, Il n’y a 
en d’accidents consécutifs (jue chez 
un seul, qui a eti un buiion, lequel a 
coïncidé avec rinjection, et que, à la 
rigueur, on peut rapportera l’irrila- 
tlon sympathique des ganglions in- 

æ ' aux (lélerminéeparl’nrétritear- 
elle produite parla cautérisation. 
Quel but se propose-t-on par les 
injecHons dans la Idenuorrhagie ? de 
changer le mode de vitalité de la 
membrane. Or, pour M. Debeney il 


n’est pas de modltlcataur plus puis¬ 
sant et plus sOr t(üe l'injectioii caus¬ 
tique qu’il emploie. Par les Injections 
à Ihibles doses quand l’écoulement 
est accompagné de douleur, l’irrita¬ 
tion estaligmentéo, et l’on Ostobligé 
à diverses reprises de suspendre le 
remède, do donner des bains, d’ap- 

n uer des sangsiios, ut même quand 
’y a pas de douleurs on n’obtient 
la guérison que dans un espace de 
temps varlabledo six, douze ou (juinze 
jours. Par l(>s injections à forto dose 
on évite ces suivxcitations succes¬ 
sives et les longnetirs qu’elles en- 
iratnent; on fait disparaître subiie- 
iiieni les traces de pblogose, les 
malades ne sont pas exposés à celle 
oxagératinn morbide dans la sensi¬ 
bilité de la mliqtieiise signalée par 
plusietirs praticiens. 

Voici l’effet de l’injection cansli- 
qtie, tel que l’a observé sur lui- 
mème M. le docteur Debeney : 

A neufhenres du soir, la membram; 
miiqueiiseélant à l’état normal,ce mé¬ 
decin s’est fait dans le canal de l’ii- 
rèlro une injection à la dose de so 
ccnllgramnics do nilialu d’argent 
pour 30 grammes d’eau distillée. 
Voici ce tiu’il a noté : l’inlroduclion 
do l’injection ne produit d’autre sen¬ 
sation que celle d’un liquide froid ; 
an boni de trente à quarante se¬ 
condes une douleur atroce éclate 
tout à cou|> et retentit dans les lesti- 
cule.set lo long des cordons; cllediire 
prf-s do cinq minutes avec la même 
violence; alors elle commence à dé¬ 
croître, et au bout d’une heure elle 
est parfaitement supportable, et I(; 
sommeil arrive. La matière d’une sup¬ 
puration épaisse et blanche coule pen¬ 
dant la nuit. A sept heures du malin, 
les urines rendues avec gêne et une 
três-forle cuisson, expulsent devant 
elles en débris do pellicules l’escar¬ 
re de la muqueuse. X dix heures, 
il reste un peu d’écoulement; l’émis¬ 
sion des urines a lieu librement et 
sans douleur, ce qui annonce que 
tout gonflement a ce6S4:>el que l’irri¬ 
tation est terminée. A midi le canal 
est sec, l’étal normal est rétabli et 
persiste. 

Cet effet a été constamment celui 
que nous venons de décrire aux 
divers degrés de la phicgmasic 
chez les sujets que M. Debeney 
a traités; seulement l’inflammation 
a été plus ou moins violente, plus 
ou moins vivement ressentie, sui¬ 
vant le d^é de sensibilité des indi¬ 
vidus; mais elle s’est dissipée com- 



( 2 ^ 

lilélemenl amès lioiiüe ou ((uiiizo 
liaui'us, no faissanl aucune Iracu bi 
il’ellc-hifime, ni des siaites aigus de 
la plilogose sur laquelle elle s’i'tait 
(léTeloppée. 

Pour faire apprécier les résüliats 
delà mclbode, nous allons présenter 
les séries des malades soumis aux in- 

’les périodes de la maladie, et indi¬ 
quer le nombre d’injections qui ont 
été nécessaires pour la guérison. 

Les injections causticiuos ont été 
faites du premier au qunlriêmo jour 
de la blennorrhagie chez 23 mala¬ 
des; du cinquième au buitième Jour 
riiez 12; du huitième au qidnzième 
chez 15; du quinzième au ifentième 
jour et au delà chez 17 ; enlin les in¬ 
jections ortl été faites chez seize su¬ 
jets qui ont été perdus de vue pour 
cause de départ : chez ceux-ci on n’a 
pu constater qu’une chose, c'est qu’il 
n’y a pas oit d’accidents immédiats ; 
total 83. 

12 malades do la pi’cmière série 
fdu premier au quatrième jour) ont 
été guéris par une seule injection 
caustique à 60 centigrammes: cliez 
l il en a fallu deux à ringt-qilatre 
heures d’intervalle; chez 5 sujets 
trois injections; quatre chez 1 ; enfin 
sept chez lin malade qui a eu trois 
reproductions do l’écoulomont. 

Dans la seconde série (du cinquième 
au huitième jour), nous voyons 3 
blennorrhagies guéries par une seule 
injection ; 2 par deux injections, tou- 
ji urs à vingt-quatre heures d’inter- 
vaile; 2 par trois ; 2 par trois, plus les 
astringents; 3 par cinq injections, 
dont deux avec 70 centigniinnies de 

Dans la troisième série (du huitiè¬ 
me au quinzième jour), nous voyons 
iiiiesculc injection guérir un malade; 
il en faut deux chez 2 autres; trois 
dont une à 70 centigrammes chez i ; 
trois, plus les astringents, chez 3; 
quatre chez 2; cinq, dont deux à 70 
■centigrammes à dix heuros d’inter¬ 
valle, chez 3. 

Enfin dans la quatrième série (du 
(juinzième au trentième jour et au 
delà), nous trouvons 2 guérisons par 
une injection ; 2 par deux ; 3 par trois, 
la troisième faite dix lieures après la 
sei nnde; 2 par trois, plus les astrin¬ 
gents; 2 par quatre, dont une plus 
forte et les astringents; i par cinq 
injections, dont les deux dernières à 
dix heures d’intervalle, et les astrin¬ 
gents. Chez deux seuls sapeurs la mé¬ 
dication n’a pas amené la guérison. 


/ ) 

Les dslriugetlts employés cK Ifijec- 
tions et edinine adjiivdhfspdrm. Di‘- 
beney, sont le plils srtbveilt, l’édt) 
blaiiühie rtvec l’extrait de saluèbe. ht 
dans quelques cas la sdhdioli dbStil- 
faie de zinc. 

Nous ne pouvons donner que des 
résultats géfiéraux, rioüs scriditë èp- 
tralné trop loin si boUs voûtions dtei’ 
des observations individiielles. OûaUl 
au temps qu’il à fallu pour là gué¬ 
rison, il peut être calculé à peu près 
exactement par le noriihi-è des injec¬ 
tions, car généralement elles ont été 
faites à vingt-quatre hedreS d’inter¬ 
valle. Les cas ofi on a ou recours aux 
astringents ont demandé pluS de 
temps, cal- cet ordre de thoyehs 
était continiié trois ou quatre jours 
avant de revenir aux Ihjectidhs catis- 

^Une chose que nous avons notée, 
c’est que chez Un certain nombre de 
malades, dont le chiffré s’élève ati 
dixième des cas, il y a eU, quelutied 
heures après l’injeclion, exptilsidn 
de quelques gdhttes de sang par l’ti- 
rètre. M. Debeney s’est coiivaiiicti 
que cette circiinslance b’avail rien 
(le iàcheux; il ne l’a jamais Vue siii- 
vie d’accidents ; il no la regardé- pas 
comme sérieuse. 

Quant à la crainte des rétréci; e- 
mentsqUe pourraient amener ces in¬ 
jections caustiques, noire confrère là 
regarde comme n’étant iiülleineht 
fondée. 11 est admis, dit-il, que les 
iH-trécissemcnls provieiiuent de l’é- 
paissîssemenl de la inuqiietise uré- 
trale; de riiiflllration on de l'endtir- 
cissemeiit du tissu cellulaire sous- 
muqueux, oit bitm de la cicatrice ré- 
sttUabt de quelque iilcéràtlon. tous 
cesrésullats sont produits par la plilo¬ 
gose chronique, et suivant lui le 
meilleur moyeh de prévenir la chro¬ 
nicité et de supprimer les plilæmà- 
sies (l’injection caustique) est aussi 
le plus puis-sani moyen de prévenii- 
les rélrccissemenls. 

M. Debeney n’ajainais pris la pré¬ 
caution de comprimer le périné aü 
moment de l’injeefion, et il n’â ja¬ 
mais vu d’accidenlssiirvenir par suite 
de la pénétration du liquide causti¬ 
que dans la vessie; les faits d’ischurie 
et de straiigurie qu’on a cités comme 
suite des injections à faibledose, se¬ 
raient pour lui une nouvelle preuve 
que le nitrate d’argent en petite pro¬ 
portion agit comme stimulant, et 
qu’au degré caustique il agittoutau- 
trement. 

Cest à nos confrères à juger du 



{ -228 ) 


mérite de la médluatiun proposée par 
M. Debeney. Historien lidêle de la 
marche journalière de l’art, nous nous 
bornons à leur présenter aujourd’hui 
l’analyseexacte de son travail, (/ourn. 
de Méd. de Lyon, juillet 18i-2.) 

BonCBC {Sur une affection mor¬ 
bide nouvelle de la) produite par le 
contact du chanvre. Un grand nom¬ 
bre d’auteurs, Morgagny,Ramazzini, 
Juneker, 'NVickemann, Bertrand, 
Gosse de Genève, d’Adruu, etc., 
ont écrit des traités sur les maladies 
des artisans ; d’autres, tels que 
Berti, Rigoli, Marcandier, Nuvo- 
lone, Calvini, etc., se sont occupés 
plus particulièrement des ouvriers 
qui travaillent au chanvre; mais au¬ 
cun de ces auteurs n’a parié d’une 
lésion particulière occasionnée sur 
la langue et la muqueuse buccale par 
le contact prolongé du chanvre. C’est 
sur cette affection, non décrite jus¬ 
qu’ici, que M. Toulmouche,-pro- 
tes-seur à l’école de médecine de 
Rennes, vient iixer l’attention de ses 
confrères. 

M. Toulmouche est médecin de la 
maison centrale de détention de 
Rennes, oit les prisonniers de l’un et 
de l’autre sexe sont principalement 
occupés à la fabrication des toiles à 
voiles. Cette industrie comprend 
trois opérations, 1» le peignage et le 
pliage du chanvre; 2° son blage; 
3» son tissage au moyen des métiers. 

Dans lesateliers de peignage et de fi¬ 
lage, les ouvriers respirent aü milieu 
d’une atmosphère ctiargée de pous¬ 
sière et d’aigrettes fines irritantes 
qui qxcrcent une fkcheuse influence 
sur les organes respiratoires. Les in¬ 
dividus les plus robustes résistent 
seuls à ces fâcheux effets. Chez un 
grand nombre d’autres il survient 
des bronchites aiguës et surtout 
chroniques, des pneumonies, des em¬ 
physèmes pulmonaires. Les récidives 
de ces irritations de la poitrine y en¬ 
tretiennent un état fluxionnaire qui 
finit par développer l’affection tu¬ 
berculeuse chez plusieurs prison- 

Quoique l’affection spéciale de la 
bouche dont il va être question ait 
été observée chez quelques ouvriers 
pileurs et chez quehiues femmes qui, 
par la nature de leurs travaux, n’a- 
v.dent pas besoin de porter la filasse 
à leur bouclie, et que dans ces cas 
la maladie fût évidemment produite 
par l’action locale de la poussière ir¬ 
ritante et délétère se dégageant du 


chanvre, néanmoins on doit établir 
que c’est au contact continuel sur la 
muqueuse buccale et sur la langue 
de cette substance végétale qu’est due 
l’inflammation spécifique observée 
par M. Toulmouche, et dénommée 
par lui inflammation érosive des 
papilles et de V épithélium de la 
langue, et érythémateuse de la mu¬ 
queuse palatine et staphylienne de 
la bouche. 

C’est dans les ateliers de filage du 
chanvre, où plus de deux cent cin¬ 
quante femmes détenues sont sans 
cesse occupées, que cette maladie est 
presque exclusivement observée. Les 
causes qui la développent sont, d’une 
part, l’action du chanvre lui-môme, 
donttoutes lesiiarties sont très-âcres, 
et qui est porté à la bouche pour y 
être insalivé, puis l’action mécanique 
et continue des doigts sur la langue 
dans l’acte du filage. Il résulte de ces 
actes une excitation continuelle des 
glandes salivaires, l’éréthisme, la 
rougeur et l’état douloureux de la 
muqueuse qui tapisse la face interne 
des lèvTes, des joues, la voûte et le 
voile du palais, et la paroi posté¬ 
rieure du pharynx ; et sur la langue 
une destruction partielle ou totalcde 
l’épithélium qui en recouvre la face 
dorsale. Ces accidents seraient évités 
si on pouvait déterminer les fileuses 
à se servir d’une éponge mouillée au 
lieu de leur salive pour façonner leur 

Les symptômes les plus constants 
de cette maladie, sont : une saliva¬ 
tion abondante, de la chaleur dans 
toute la bouche, de la douleur avec 
ou sans sentiment de brûlure dans 
l’action de mâcher, dans celle d’ava¬ 
ler soit la salive, soit les aliments, 
ou celle de parler, surtout le soir, 
une sensibilité exquise de la langue 
allant jusqu’à la souffrance dans ses 
mouvements et son contact avec les 
arcades dentaires ; dans quelques cas 
la douleur s’étend du pharynx jus¬ 
qu’à la partie inférieure du cou, et 
donne une sensation de constriction 
à la gorge. — Si l’on examine l’inté¬ 
rieur de la bouche, on trouve la face 
supérieure de la langue d’un rouge 
vif, scs papilles de même couleur, hé¬ 
rissées, très-douloureuses lorsque les 
aliments, les dents ou les doigts les 
touchent. Il y a diverses érosions de 
l’épithéiium de ces organes; quelque¬ 
fois elles sont triangulaires, en com¬ 
mençant à la liase et s’élargissant à 
la pointe; d’autres fuis elles forment 
de l’un Pt de l’antre cftté de la ligne 



{ 229 ) 


médiane deux bandes rouges. Quand 
l’affection est à un faible degré, les 
papilles sont seules enflammées,mais 
la membrane muqueuse est intacte 
ou seulement érodée par petits points ; 
mais dans les cas les plus graves, l’é- 
pilhélium est en majeure partie dé¬ 
truit ; la langue est fisse, d’un rouge 
vif, sans aucun velouté, cl çà et là 
elle est labourée par des fissures su- 
perlicielles ou plus profondes.—L’in- 
llammation commence toujours par 
la langue et s’étend ensuite au reste 
de la muqueuse buccale. Alors on 
voit à la voûte palatine une rougetir 
érythémateuse consistant en une 
quantité, innombrable de petites émi¬ 
nences miliaires ou points d’un rouge 
vif, s’étendant presque toujours au 
voile du palais; la paroi postérieure 
du pharynx et les amygdales sont 
fréquemment rouges, de même que, 
mais plus rarement, la face interne 
des joues. Les gencives sont généra¬ 
lement saines. Jamais cette affection 
n’a été accompagnée de lièvre. 

M. Toulmouche a reconnu quatre 
degrés à cette affection; le premier 
est caractérisé par l’érythème et l’in¬ 
flammation des papilles sans érosion 
de l’épithélium ; dans le second il y 
a destruction partielle de l’épithé¬ 
lium; le troisième se distingue par 
l’aspect lisse général de la face dor¬ 
sale de la langue, dû à la totale des¬ 
truction de son épithélium ; enfln le 
quatrième est caractérisé par la des¬ 
truction générale ou partielle de l’é¬ 
pithélium, et des fissures plus ou 
moins nombreuses. 

Du reste, cette maladie n’est point 
grave ; sa durée moyenne a toujours 
été de trois à cinq jours; jamais elle 
n’a été moindrede trois, mais, excepté 
dans quelques cas exceptionnels, elle 
n’a pas dépassé sept jours. M. Toul- 
moucho a expérimenté les gargaris¬ 
mes émollients avec l’eau d’orge et 
le miel, les gargarismes avec lesous- 
boratc de soude à la dose de i à 8 
gramm. par .500gramm. de liquide; 
ceux avec le sulfate acide {l’alumine 
et de potasse à la même dose; 
enfin des gargarismes opiacés tantôt 
avec 2i gouttes de laudanum, tantôt 
avec 30 ou 60 centigrammes d’extrait 
gommeux d’opium. 11 donne la pré¬ 
férence aux gargarismes opiacés et 
aux gargarismes émollients, quoi- 

3 n’il n’ail observé qu’une Irès-faible 
iffércnce de durée avec les antres. 
Les récidives sont fréquentes si 
les lileuses qui ont été atteintes de 
l'affecJion continuent à porter la fi¬ 


lasse à leurs lèvres et leursdoiglssur 
leur langue; elles n’auraient plus à 
craindre de rechute, ou du moins 
beaucoup plus rarement, si elles évi¬ 
taient de le faire, en se servant d’une 
éponge mouillée ; mais il est difficile 
de les y assujettir, car sur un relevé 
de 318 malades, M. Toulmouche a 
noté 161 cas de récidive. [Gaz.Méd. 
de Paris, août 18i2.) 


CALCULS D£LAFItOSTATE(/Jef). 
Sous ce litre M. Velpeau vient de 
faire publier un arlicle qui résume 
très-exactement les diverses circon¬ 
stances pathologiques dans lesquelles 
on observe les calculs de la prostate, 
en même temps qu’il fait connaître 
l’opinion de l'auteur sur les moyens 
généralement usités pour obvier aux 
graves inconvénients que ces calculs 
(léterminent: c’est là un travail essen¬ 
tiellement pratique, et l’extrait que 
nous en donnons mérite de fixer l’al- 
tention de nos lecteurs. 

On rencontre dans la prostate plu¬ 
sieurs espèces de calculs qui se loca¬ 
lisent, soit dans son tissu lui-même, 
soit dans une caverne, ou seulement 
dans la portion dite prostatique de 
rurètre. Leur dt'pôt dans ces parties 
ne s’effectue pas toujours de la même 
manière. Ils peuvent directement 
provenir de la vessie et s’engager 
dans la prostate i)ar l’effort d’impul¬ 
sion (jui leur est communiqué par 
les urines au moment de leur émis¬ 
sion. On les observe non moins 
frè(|uemment après l’opération de la 
taille, surtout lorsque la pierre est 
friable et qu’on n’a pas pu l’extraire 
en entier : il est possible dans ce cas 
que quehiucs parcelles écailleuses 
restent enfermées dans la prostate; 
troischoses alors pourront arriver : ou 
la plaie se fermera complètement et le 
fragment deviendra ainsi le noyau 
d’un abcès dans le tissu de la glande 
qui le contient ; ou la plaie de la pros¬ 
tate ne se cicatrisant que dans une 
portion de son étendue, s'e convertira 
eu fistule ; ou enfin celte plaie se ci- 

côtés et enserrera de toutes parts le 
calcul, qui s’accroîtra lentement au 
pointdenedécelersoncxistencequ’au 
bout de dix ou quinze ans, terme 
dont Louis a cité plusieurs exemples 
dans un mémoire à l’Académie de 
chirurgie. Notez que le fragment de 
pierre a d’aulant plus de tendance à 
s’engager dans le tissu même de la 
prostate, que c’est cette glande tiui 
est surtout divisée dansla lithotomie. 



( 230 ; 


î-es cî||culspi’oslaiiques pauvent en¬ 
core se (lévoloppor par le procédé 
spiïanl : mi individu a subi l’opé¬ 
ration de la taille; la plaie n’est pas 
cicatrisée au périnée; il y a alors là 
une espèce de cul-de-sac dans Iciiiiel 
l'urine va stagner; il peut s’y former 
iiu dépôt des sels urinaires comme 
dans la vessie, ou une [larcelle du 
calcul extrait s’y fixera : dans les 
deux cas il en résulle un calcul qui 
proéminera bientôt du côté de l’u¬ 
rètre oi( du périnée. Kntin on trouve 
encore dans la môme région les cal¬ 
culs qui s’accumulent dans le petit 
creux qu’on trouve sur les côtés du 
vérumnnianum. 

Ën résumé, les calcids prostatiques 
forment trois classes principales : 

1» Les calculs qui y sont arrêtés 
alors qu’il y a destruction et altéra¬ 
tion de la glande; 

a» Ceux qui résultent de l’opéra¬ 
tion do la taille, soit (pi’ils se déve- 
iuppeni dans le tissu même do la 

3° du (pi’ils soient retenus dans la 
Iiortinn prostatique do l’iirètro sans 
i|u’aucune altération do la glande 
coïncide avec cette rétention. 

Pour extraire ces calculs, les pro¬ 
cédés varieront suivant les cas. 

On incisera le périnée nu même le 
rectum, si le calcul proémine vers 
ces parties; s’il est au contraire ac- 
ce.ssible par l’urètre, on tôchera de le 
saisir avec les pinces de Hunier, ou 
antres semblables. Dans le ras où 
celte extraction devient impossible, 
lits praticiens sont partagés entre 
deux procèdes, qui consistent l’un 
à pratiquer une boutonnière au canal 
de l’urètre , l’autre à repousser le 
çalculdaus la vessie, ainsi que le con¬ 
seille M. Ségalas; M. Velpeau pense 
(pie la boutonnière ne doit être ac¬ 
ceptée que comme pis-aller, et qu’en¬ 
tre elle et le second moyen il n’y a 
pas à hésiter, quoiqu’il soit souvent 
très-difficile d’agir sur ce fragment de 

Î lierre, une fois qu’on l’a rejeté dans 
e réservoir urinaire.C’est là un incon¬ 
vénient très-minime en comparaison 
des accidentsde la boutonnière; aussi 
(vartageons-nous l’opinion du profes¬ 
seur de la faculté. (Gai. des Udp., 
août 1812.) 


SIABÉTÈS SUCBÉ. M. le docteur 
Combes, profe.sseur à l’école de. mé¬ 
decine de Toulouse, rapporte une ob¬ 
servation de diabétès sucré remar- 
((uable par la cause qui l’a produit et 
(lar la rapidité de la guérison. Un 


curé ôgu de trente-quatre ans, grand 
et bien constitué, et n’ayant jamais 
eu le moindre accident du côté des 
voies urinaires, but une grande quan¬ 
tité d’un vin qu’on appellel'i'n doua: 
dans le pays, et qui consiste dans le 
suc de raisin soutiré et rais en fu¬ 
tailles avant lu fermentation. Veu de 
jours après il éprouva une indispo¬ 
sition dont voici les symptômes prin¬ 
cipaux : bouebe sèche, pharynx brû¬ 
lant, soif vive, appétit assez prononcé, 
sommeil court, lassitude spontanée, 
faiblesse musculaire générale. Bien¬ 
tôt la soif devint de jour en jour plus 
ardente, la sécrétion urinaire et l’é¬ 
maciation augmentèrent d’une ma¬ 
nière effrayante. Le malade buvait 
en vingt-quatre heures S kilogram¬ 
mes de liquides, et rendait dans le 
même espace de temps 6 kilogram¬ 
mes 1/2 d’urine d’une couleur légè¬ 
rement ci trine, n’ayant pas l’odeur 
caractéristique de ce iluide, et ayant 
une saveur manifestement sucrée. 
Les procédés chimiques démontrè¬ 
rent dans cette urine une notable 
quantité de sucre. Le malade fut sou¬ 
mis à un traitement tonique et nu¬ 
tritif; son régime fut complètement 
animal; à peine lui fut-il permis du 
manger 50 grammes de pain avec des 
viandes rôties et grillées; il fut mis 
à l’usage du vin de Bordeaux, et nu 
prit pour boisson ordinaire qu’une 
décoction concentrée de gentiane, do 
Colombo et desubstoncesastringunles. 
On proscrivit absolument toutes les 
substances dans lesquelles entrulesii- 
cre et les fécules diverses. Au bout de 
six jours du traitement il y avait déjà 
une grande diminution dans la sécré¬ 
tion des urines, dans la soif et dans 
l’appétit ; l’urine avait son odeur ca¬ 
ractéristique et une couleur jaune 
paille prononcée. Déjà, par les réac¬ 
tifs, on y trouvait de l’urée qui n’y 
était pas auparavant. Par la conti¬ 
nuation du même régime, l’amélio¬ 
ration fnt croissante, et ce prêtre, 
était, au bout do six semaines envi¬ 
ron, en ki bon état de santé, qu’il 
voulut reprendre les fonctions de son 
niinislère. Ayant voulu, à la lin du 
carême, observer les lois d’abstinence 
que prescrit l’Église, la suif et les 
autres symptômes diabétiques repa¬ 
rurent; il fallut qu’il revint promp¬ 
tement au régime tonique pour faire 
disparaître les accidents et obtenir 
un retour graduel à la santé, qui est 
aujourd’hui parfaite. — Les change¬ 
ments survenus dans rurino chez ce 
malade ont complètement confirmé 



( 2 »! ) 


CBlluossiiilion cieM. Bmidiarilal.quo 
chez les diabétiques comme cliez les 
personnes en santé, la proportion 
d’urée contenue dans l’iirine est 
relative à la quantité d’aliments azo¬ 
tés dont ils font usage. L’on y a vu 
aussi que la soif des malades, la 
quantité de leur urine et sa compo¬ 
sition sont en rapport avec la quan¬ 
tité des aliments siiorés et féculents 
dont ils font usage; que si on dimi¬ 
nue ou que l’on supprime ces ali¬ 
ments, la soif et les autres symptômes 
suivent immédiatement une marche 
rétrograde. (Oai. méd. de Paris, 
umH 18ta.) 


HERMIE ÉTBANeï-ÉE {Corps 
étranger dans l'intestm mettant 
obstaoleau cours des matières après 
le débridement d’une). Il est peu de 
((uestions en chirurgie qui aient été 
plus étudiées que celle des hernies; 
rétranglement do ces tumeurs sur¬ 
tout a été le sujet de recherches si 
nombreuses (lu’il semble que l’ob¬ 
servation ne puisse plusrien y ajouter. 
Voici cependant un tait signalé par 
M. Denonvitliers, chirurgien sup¬ 
pléant de riiôpital Saint-Antoine, 
fait dont la pralitiue pourra s’éclairer 
dans un cas analogue. 

Un homme de soixante-di.v ans se 
présente leasjuilletà l’hôpital Saint- 
.Vntoine; il porte depuis trois jours 
dans l’aine une tumeur survenue 
après des efforts infructueux pour 
aller à la garde-robe; eette tumeur 
est rouge, dou|nureu.se, s’accompagne 
(le voinissemeols de matières ver¬ 
dâtres, et les selles sont complète-! 
ment suspendues depuis son appari¬ 
tion; la présaînee d’une hernie cru¬ 
rale étant constatf'u, et toutes les 
lunlativesderéduction ayant échoué, 
l'opération du débridement fut prati¬ 
quée le â9au matin; il porta d’abord 
sur le collet du sac, que le ebirurgien 
attira le plus possible au dehors à 
l’aide de deux pinces à disséquer; 
la réduction tentée après ce premier 
debridement fut tout à fait impossi- 
bln ; le doigt porté dans l’anneau 
crural apprilque le cureté qu’il forme 
était fort étroit et très-rràislant. Une 
sonde cannelée fut alors introduite 
entre l’intestin et le ligament do 
Gimhernat, qui fut à deux reprises 
dill'éreutes incisé dans l’étendue d’un 
centimètre, pour parvenir à réduire 
rintestin. Le malade succomha dans 
ht soirée avec tous les symptômes 
d’une péritoniie, sans qu’un ait pu 
nblenir une seule garde-robe, malgré 


l’administrai ton du calomel et d'un 
lavement purgatif. 

L’autopsie permit de constaier 
l’cxistenced’adbérencescouenneuses 
entre l’anse intestinale réduite et les 
parois de l’abdomen : l’anse herniaire 
répondait à l’union des deux tiers su¬ 
périeurs de l’intestin grêle avec son 
tiers inférieur; toutes les anses intes¬ 
tinales supérieures étaient gorgées 
de matières fécales, gonflées, en¬ 
flammées, couvertes de pseudo-mem¬ 
branes : les anses inférieures étaient 
modérément tendues, sensiblement 
moins volumineuses et se laissant 
dé|)rimcr facilement ; dans l’anse lier- 
niaire avant qu’elle fût ouverte, et à 
travers ses parois, on sentait un corps 
globulaire résistant, du volume d’une 
bille ordinaire. L'anse ayant été ou¬ 
verte, on en vit sortir une petite 
masse, arrondie, jaune, lisse et dans 
laquelle on reconnut une cerise en¬ 
tière qui paraissait avoir été préparée 
par la macération dans l’eau-de-vie, 
et à laquelle manquaient la queue ut 
le noyau. Ce corps étranger était 
placé précisément vers le point le 
plus inferieur do l’anse herniaire, et 
forinait là une sorte de bouchon em¬ 
brassé par la iiartie correspomlantn 
de l’intestin. Nul doute qu’il n’ait 
contribué beaucoup par sa présence 
à empêcher le rétablissement du 
cours des matières, otiiu’il n’ait été 
en grande partie cause de leur rélen- 
tion. 

Ce fait ne sera pas perdu pour les 
praliciens; ils y trouveront undnubie 
enseignement: d’abord, pour ne par¬ 
ler que de rétranglement, chez le 
malade qui fait io sujet de celte oli- 
sorvation, il n’est pas douteux qu’il 
n’ait été produit à la fois par le collet 
du sac et parl’anneau crural. Quepen- 
ser dès lors de l'opinion de cerlains 
anatomistes qui ont nié que les an¬ 
neaux aponévrotiquos pussent ôtre 
une cause d’étranglement dans les 
hernies? — Si maintenant nous nous 
reportons à la présence du corps 
étranger dans l’anse intestinale, en 
supposant qu'il s’y trouvèl au mo¬ 
ment do la réduction, le précepte sera 
d’attirer au dehors le plus possible 
de la partie inférieure de l’intestin, 
et d’y engager par des pressions mo¬ 
dérées ce corps étranger, pour peu 
<|u’cn mison do son volume ou de go 
consistance on soit porté à craindre 
qu’nprès la réduction de la tumeur 
herniaire il ne puisse, par les seuls 
efforts de l’intestin, franchir le point 
de l’anse intestinale sur |eqaef l'é- 



( 232 ) 


Iranglemcnt aura plus particulière¬ 
ment agi. 

Dans l’observation gue nous avons 
rapportée, il paraîtrait que la cerise 
ne s’est engagée dans l’anse intesti¬ 
nale herniaire que consécutivement 
à la réduction. C’est un cas que le 
chirurgien ne pouvait prévoir et au¬ 
quel il lui était impossible de remé¬ 
dier. {Gaz. des Udp., août 1840.) 


PaiLOSOPHIE MÉDICALE. La 

manière de raisonner en médecine est 
bien différente. Les uns ne veulent 
faire consister la science que dans 
une théorie, dans un système, dans 
une doctrine capables de rallier tous 
les faits; ils pensent qu’il ne peut y 
avoir de médecine ni de vrais méde¬ 
cins sans la condition d’une loi au¬ 
tour de laquelle viendraient se grou¬ 
per les cas pathologiques, qui, géntV 
ralisés ainsi, permettraient de re¬ 
chercher leurs rapports commtms et 
de remonter alors des effets atix cau¬ 
ses. Nous nous plaisons à reconualtre 
que le but de ceux (lui raisounent de 
cette manière est noble et élevé, qu’il 
serait beau de le poursuivre s’il était 
possible d’espérer d’atteindre un jour 
celte perfection si désirée de la 
science médicale, savoir, une doc¬ 
trine irréprochable, ayant des lois 
Bxes comme l’astronomie et la chi¬ 
mie, d’après lesquelles l’on pût tout 
connaître, tout expliquer. Mais en 
peut-il être ainsi, loi-sque nous voyons 
depuis tant d’années des systèmes si 
opposés se succéder les uns aux au¬ 
tres, se renverser mutuellement et 
ne laisser après eux que des décom¬ 
bres? Force a été à la génération ac¬ 
tuelle, après tant de mécomptes, de 
revenir à la philosophie médicale an- 
tiçiue, étouffée depuis q^uaranle an¬ 
nées sous ce pèle-méle d’idées et de 
doctrines, du choc desquelles il a pu 
résulter quelques vérités de détail, 
mais non une seule idée mère et fé¬ 
condante. 

Ces réflexions nous sont venues à la 
lecture d’une discussion iiui a eu lieu 
dans l’intérieur de laSociétéde méde¬ 
cine de Gand, Société connue dans 
le monde médical par la distinction 
de ses membres, le 13 juillet dernier, 
à l’occasion d’un mémoire sur les 
Systèmes en médecine, envoyé par 
un des correspondants de cette Com¬ 
pagnie, M. le docteur Jourdain. Nous 
nous associons complètement, nous 
qui nous adressons aux praticiens, 
aux sages paroles suivantes, pronon¬ 


cées dans cette occasion par M. le 
professeur Guislain ; 

« Eh! messieurs, à coup sûr l’au¬ 
teur n’a pas éprouvé encore au lit du 
malade ces mécomptes par lesquels 
nous sommes tous passés au début 
de notre carrière, quand, la tête far- 
ciedesystèines,nouscroyions pouvoir 
tout comprendre et tout expliquer. 
C’est la pratique qui tue le système, 
quelque brillant qu’il soit, et qui le 
tuera toujours du moment qu’on 
voudra trop le généraliser. C’est la 
pratique qui a renversé les pompes 
de Boerhaave, qui a renversé l’inci- 
tabilité de Brown; c’est la pratique 
qui a réduit à sa juste valeur le sy.s- 
tème de l’irritalion.... 

«Ondiracequel’on voudra,la seule 
voie de progrès se trouve dans la 
marche qu’ont suivie les médecins,les 
hommes de la pratiipte et de l’expi - 
rimentalion : elle réside dans l’accu¬ 
mulation des faits et dans leur sage 
interprétation.... 

»On aura beau proclamer que la 
théorie est l’ancre de salut du mé¬ 
decin, on au ra boa u vanter les systèmes 
généraux, toujours nous trouverons 
la bonne médecine d’observation de¬ 
bout, et elle écrasera toujours de tout 
son poids ceux qui croient qu’il y a 
une médecine possible en dehors des 
faits; elle écrasera ceux surtout qui 
sont allréhés jiar la nouveauté et la 
facilitéque peut présenter un système 
à vues générales. J’aime à le répéter : 
dans les systèmes généraux se trou¬ 
vent uos fables, nos romans médi¬ 
caux; dans l’appréciation des faits 
isolés se rencontre l’histoire, le VTai 
de notre science.... 

«Voilà plus de vingt-deux siècles 
((ti’il y a une science médicale, et on 
prétendrait que le raisonnement en 
a été exclu jusqu’ici! On voudrait 
peut-être me faire dire qu’il n’y a que 
l’empirisme qui puisse faire avancer 
la science. Non, messieurs, le méde¬ 
cin raisonne, mais il a un raisonne¬ 
ment à lui, distinct du raisonnement 
suivi dans la plupart des autres scien¬ 
ces. Il est plutôt artiste, appréciateur 
intelligent des faits qui se passent 
sous ses yeux, qu’homme argumen- 
tateur et tôle métaphysique. Et que 
l’on envisage la question comme on 
le voudra, en médecine tout doit,en 
dernière analyse, venir aboutir à ce 
point artistique, savoir : guérir. Or, 
qu’on raisonne anatomie, physiologie, 
pathologie, thérapeutique, le dernier 
mot sera toujours celui qui a trait à 
la guérison du malade; et parlant, le 



( 233 ) 


raisonnement des succès ou des in¬ 
succès des remèdes employés sera 
toujours celui qui préoccupera le plus 
souvent le vrai médecin, le médecin 
qui traite des malades et sait les gué¬ 
rir. Qu’on ne s’y trompe pas; au dé¬ 
but de sa carrière on est bien plus 
scientifique qu’après quelques années 
d’observations; on connaît un bien 
plus grand nombre de faits généraux; 
mais à mesure qu’on s’attache davan¬ 
tage au lit du malade, les faits géné¬ 
raux se perdent, mais la connaissance 
des détails augmente dans les mêmes 
proportions. A la fin, le médecin ne 
connaît plus que des détails, il ne 
connaît plus que le raisonnement de 
l’expérimentation. » [Annales de la 
iSocUti de médec. de Gand, juillet 
18i2.) 


PHTHISIE PDIMONAIRE (litude 
comparative de la) chez l’homme 
et les animaux. M. Rayer, dont les 
nombreux travaux offrent toujours 
un cachet original et une incontes¬ 
table supéiiorité, s’est occupé de cette 
grave et importante question dans un 
mémoire (|u’it a lu récemment à l’A¬ 
cadémie des sciences. En attendant 
(pie le mémoire de M. Rayer soit pu¬ 
blié et que nous puissions porter à 
la connaissance de nos lecteurs les 
faits qu’il renferme, nous croyons 
devoir donner quelques-unes des 
conclusions (pii se rapportent le plus 
directement à l’étude de la phthisie 
chez l’homme; les voici : 

La phthisie tuberculeuse est de 
toutes les maladies chroniques la plus 
généralementrépanduechezl’homme 
et chez les animaux. 

Les concrétions tophacées ou cal¬ 
caires (principalement composées de 
carbonate et de phosphate de chaux 
et d’une matière animale) qu’on ob¬ 
serve dans les poumons chez l’homme 
et les animaux ne doivent pas être 
considérées, ainsi qu’on l’a fait jus¬ 
qu’à ce jour, comme étant presque 
toujours une dernière modification 
du tubercule ; elles sont souvent chez 
l’homme, et très-souvent chez le che¬ 
val, le résidu d’un petit dépôt de pus. 

La phthisie est héréditaire, mais 
elle n’est (iresque jamais congéniale, 
même à l’état rudimentaire. 

Chez les phthisiques, le sperme 
contenu dans les vésicules séminales 
offre peu ou point d’animalcules 
spermatiques; 

Les ulcères du larynx, de la tra¬ 
chée et des bronches n’ont pas la 
même signification chez l’homme et 


chez les animaux; chez le premier 
ils indiquent presque toujours la 
phthisie pulmonaire et parfois la sy¬ 
philis; chez les quadrumanes une 
affection tuberculeuse générale; chez 
les solipèdes, presque ioujours la 
morve. 

Nous regrettons de ne pouvoir, à 
cause de leur étendue, donner les 
autres propositions dans lesquelles 
M. Rayer résume ses études sur la 
phthisie étudiée chez les divers sujets 
de l’échelle animale ; néanmoins nous 
devons reproduire quelques aperçus 
généraux sur lesquels M. Rayer a ap¬ 
pelé l’attention, en finissant la lec¬ 
ture de son beau travail. 

«La continuité que l’anatomie et 
la physiologie démontrent dans la 
série animale se manifeste aussi par 
la pathologie; c’est en vertu des com¬ 
munautés d’organisation que la 
phthisie tuberculeuse se propage 
dans tant de vertébrés, jusqu’à ce 
qu’enlin, les oiganismes s’abaissant, 
les caractères du tubercule se con¬ 
fondent et cessent, dans l’état de nos 
connaissances, d’être appréciables. 

Une cause prépondérante dans la 
production du tubercule chez les ani¬ 
maux, c’est la captivité ou la domes¬ 
ticité, et plus généralementim chan¬ 
gement notable et prolongédans les 
conditions naturelles d’existence. 
—Le renne venant du Nord, le singe 
venant du Midi, arrivent tous deux, 
mis en captivité, au même terme, 
quelque opposés que soient les points 
do départ. Cette cause peut être com¬ 
parée, en raison delson intensité, 
aux mauvaises conditions de nourri¬ 
ture et de gîte qui, chez l’homme, 
déterminent si énergiquement la 
phthisie tuberculeuse. Captivité et 
domesticité pour l’animal, misère ou 
fatigue pour l’homme, causes eflS- 
caces de phthisie. 

Enfin, dans cette vaste série de 
lésions tuberculeuses variables dans 
leur aspect, mais toujours les mêmes, 
chez des animaux éloignés les uns 
des autres, on reconnaît que la phthi¬ 
sie est le terme commun où abou¬ 
tissent des perturbations variées de 
la nutrition, et l’on peut entrevoir 
que la science, qui, à l’égard du tu¬ 
bercule, est absolunient impuissante 
à guérir, excepté dans de rares oc¬ 
casions, ne doit pas être insignifiante 
à prévenir. [Bull, de l'Acad. des 
Sciences, août, 18t2.) 

SANGSUES [Sur les moyens d’éco¬ 
nomiser les). Autrefois remploi des 



( 234 


«qngsues elnit nioiiis tm|uuiil ul 
moins considérablo, aussi ùlaienl- 
elles moins chères, ot les jetait-on 
presque toujours lorsqu’elles avaient 
servi. .Vigourd’hui qu’elles coftient 
quelquefois 10 ou 50 centimes cha¬ 
que, on cherche h les faire servir do 
nouveau; pour cela il faut Unir faire 
dégorger le sang qu’elles, ont sucé, 
plusieurs procédés de dégoigemeiil 
sont employés; le premier consiste 
dans une poudre irritante ((ii’on jette 
sur la sangsue; quelques-uns em¬ 
ploient le sel, d’autres le. tahac, et 
lorsque la sangsue a rendu tout le 
sang qu’elle, avait pris, on la met 
dans de l’eau, où elle reste jusqu’à 
nouvel emploi. Un autre moyen a 
été mis en usage; c’est un moyen 
inérani(|iie iiiii consiste à pres.ser for¬ 
tement les saiigsims entre les doigts 
et à opérer cette pression siiccessive- 
inent à partir du disque (losterieiir 
jusqu’à la houclie; de cette façon le 
sang contenu dans les cæcums et les 
rcnllenients ou poches iionihreiises 
qui entourent le canal intestinal est 
refoulé vers la partie antérieure, sur¬ 
monte l’obstacle que lui présente 
d’abord le sphincter de cette partie 
du canal, ensuite l’obstacle formé 
par le sphincter do l’iesophago, et sort 
eufln par la bouche. 

M. Derheims, pharmacien à Saint- 
Omer, qui a fait de nombreuses re¬ 
cherches et a publie uu ouvrage sur 
l’histoiro naturelle et médicale des 
sangsues, s’est convaincu par do 
nombreuses expériences que ce der¬ 
nier mode, celui de la compression, 
est de iieaucoup plus avantageux. 
Ce pharmacien a envoyé à l’Acailemie 
de médecine une note à ce sujet, sur 
laquelle AI. Iluzarda faituii rapport. 
C’est par le dégorgement mécanique 
qu’on vide le mieux la sangsue du 
sang qu’elle contient, qu’on la rend 
le plus promptement apte a une nou¬ 
velle succion , et qu’on en perd le 
moins; c’est encore i>ar cette ma- 
na>iivro()u’onnietcesanimaux le plus 
complètement hors d’etat de dégor¬ 
ger du sang sur les morsures nou¬ 
velles qu’ils sont appelés à faire. 
Pendant quelune temps les sangsues 
sont malades des .suites do ce vomis¬ 
sement forcé, elles ne cherchent 
point à mordre; mais bientôt elles re¬ 
viennent à |a santé et elles se trou¬ 
vent dans la même position que si 
elles n’avaient point servi à l'usage 
médical. Si l’on vent chercher à uti- 
li^r les sangsues pour de nouvelles 
mjccjons, la méthode que nous ve¬ 


nons de faire coimallre est donc in- 
liniment préférable à la plupart de 
celles qu’on emploie ordinairement. 
(/iii/l. (le l’y/cail. rotj. l’e méd., 
août 18 ta.) 

SUBITE (Sur quelques ras île) 
obsenr's à Paris. M. le docteur Ala- 
l'otte signale trois cas de suette ((u’il 
a observés h l’Hélel-Dieii dans le 
service de Al. Honoré. Celle affection 
épidémique, qui a régné celte année 
sur plusieurs points de la France 
où elle a frappé un grand nombre 
d’individus, est extrêmement rare 
à Paris. Al. Honoré, dans le cours 
do sa longue pratique, ne l’a jamais 
rencontrée, et Al. Rayer, qui con¬ 
naît [larfailement cette affection 
puisqu'il la observée et très-bien 
décrite, ne l’a jamais vue. Est-ce que 
celte affection tendrait à.se dévelop¬ 
per dons la capitale? c’est là la ques¬ 
tion (lue l’on peut s’adresser à la lec¬ 
ture de ces faits. Cependant nous 
n’avons pas connaissance que de 
nouveaux cas aient été signalés de- 
puis que ceux-ci ont été observés. 

Le premier maladealtointde suette 
est entré à l’Ilôtel-Dieu le 2B juillet 
dernier; c’était un homme de grande 
taille, garde-magasin cher, un pape¬ 
tier; il était âgé de vingt-trois ans. 
1.0 second malade, entré le 13 août, 
était un imprimeur, âgé de irenie 
ans, ayant plus do six pieds et des 
plus vigonrmisement constilués. Le 
troisième, un charretier, ùgo de viugt- 
(luatro ans. Tous trois ont présimlé 
I ensemble des phénomènes qui ca¬ 
ractérisent la suette. Après quelques 
jours lie malaise et d'inappétence ils 
sont pris tout à coup do céphalalgie, 
d’abaitcmentconsidérableavecQèvre, 
de soif vive, qui les forcent à s’aliter; 
à cela se joignent bientôt des sueurs 
qui accompagnent dès le début ces 
symptômes, ou ne tardent pas à s'y 
joindre, de l’anxiété épigastrique et 
une lassitude générale. Après cinq à 
sept jours de maladie on observe une 
véritable exacerbation des symptô¬ 
mes ; c’est alors que les sueurs de¬ 
viennent véritablement profuses et ne 
ces.sent de couler avec la même abou- 
dapce la nuit et le jour; c’est alors 
que l’abattemeutdesiorces, la somno¬ 
lence signalés par les auteurs comme 
plus particuliers à celle période, se 
montrent dans toute leur intensité; 
qu’on voit une éruption dp papules 
rouges élevées, irrégulièrement dis¬ 
posées, qui (lonueut à la |mau 
un aspect ctuigriné, éruption ana- 



( ?35 ) 

logue il celli! uii'onl ciiicrilc Tes- el ([u’il croit avoir reçu un coup sur 
sier (épidémie tl'Hardeviiiiers, 1773), lemollel, M. Laroche indiquecomme 
et M. Bayer (épidémie de 1821). Chez signes d’ime rupture incompiéte les 
aucun de ces malades les sueurs ni symptômes suivants : 
l’éruption n’ont eu le caractère véri- A âceiitimètresau-dessus du talon, 
lablerpent critique. Les symptômes il existe une dépression transversale 

ont conservé pendant huit à di.x de 15 à 18 millimètres de largeur 

jours au moins toute leur gravité, sur 9 millimètres de profondeur; 
L’anxiété épigastrique et l’oppros- au-dessus do celte cavité il y a un 

sion ont existé en môme temps que gonflement léger.L’extension dupièd 

les sueurs, ce qui est un des signes n’est pas douloureuse, el diminue à 

cpraclérisliques de la suette. Enfin, peine l’étendue de la cavité; dans la 

les symptômes n’ont commencé à flexion au contraire cette cavité aiig- 

s'amehder que deux septénaires au mente ainsi que la douleur, 

jiioins à dater de l'invasion, et En saisissant le tendon d’Achille 
les sueurs constituaient encore un au-dessus et au-dessous de la dé¬ 
dos phénomènes principaux à la lin pression, on remarque que cette dé- 

de la troisième semaine; circon- pression change de place et suit le 

stance notée par tous les médecins tendon dans les mouvements lalé- 

qqi ont observé la siiolle. Tous ces raiix qu’on liiiimprime, si bien qu’on 

malades ont passé rapidement de peut la rendre oblique si l’on pousse 

la maladie à la convalescence, et l’on en sens contmire les deux extrénii- 

a noté chez eux l’influence heureuse lés du tendon partiellement rompu : 

qira eue la ventilation du point de la le doigt couché dans la dépression ou 

salle où ils étaient placés sur la tli- sillon transversal sent une résis- 

minuliop des sueqrs et (a rapidité de tance élastique qui cède, et revient 

leurrélablissement. (Gqs.dwJïdp., lorsqu’on cesse décomprimer. Nous 

auflt 18i?,) pensons avec M. Laroche que le 

- changement do forme do la jambe 

TGNpON D'AGHII,I,|! {De ta rup - sur le trajet du tendon d'Achille est 

(lira incomplète du). La possibilité bien le résultat de la rupture incein- 

delaruptiirecomplètedu tendond’A- plèle do celui-ci; que les signes en 

chiite, quoique vivement contestée sont évidents, et que la dépression 

à réplique ou J.^L. Petit en publia horizputale qu’il indique est due à 

|a première observation, est un fait )a rétraction en sens contraire des 

maintenant acquis à la science; il libres tendineuses qui se sont rom- 

n’en est iigs de même de la rupture pues; quelle autre cause, en effet, 

inooniplèle; bien qu’indiquée dans pourrait-on lui assigner? serait-ce 


possibiiifé, el maigré l’autorité de dont i’existence d’ailleurs ne repose 

Bpyer, qui dit eii avoir observé doux sur aucune prouve anatomique, ne 

cxepipics, l’opinion du premier fait nous parait pas une explicationad- 

encpi’c lui pour beaucoup de chirur- ipisaible des symptômes qui précè- 

giens. c'^t donc là un point de pa- dent ; ajoutons qu’au point de vue 

lliologie à examiner en môme temps du pronostic, la rupture incomplète 

qu’une question de diagnostic à ré- du tendon d’Achille est plus grave 

soudre, et c’est dans ce double but que la rupture complète. Cette re- 

d’utilile ^tique que nous repro- marque n’a point échappé à Boyer, 

duisonslestraits principaux d’un tra- et elle se trouve justibée par les 

vaii que vient de publier M. Laroche, deux malades de M. Laroche, no- 

professeur à l’école d’Angers. Pour tamment le second, qui cinq mois 

ce praticien la rupture incomplète après son accident continuait à boi- 

dli tendpu d’Achille est le résultat ter et pe pouvait marcher qu’en 

d’un violent effort produit par ta con- s’appuyant sur toute l’étendue do la 

Iraclipn des muscles trèsTTenergiqués surfaceplantaireetentenantla jambe 

du mollet; il l’a observée chez deux à demi fléchie, 

individus qui en furent atteints en Quant au mode de cicatrisation des 
dansant. libres tendineuses qui ont été rom- 

Outreladonleuryiveetinstantanée pues, M. baroche constata sur le 
qui,comméd^ns|a'riipturcrnmpléte, trajet de la dépression horizontale 
surviepi immédiatement aprèsque le qui les avait remplacées t une petite 
bjessé à entendu gq fort rraqueinept Ipmeur- de S oentimôtres d’étendue, 


A. Pal'o, el puis lard demoutree par la rupture du plantaire grêle, ainsi 
l.-L. Petit, elle est loin d’ôtre gène- que l’ont avancé MM. Sanson et 
râlement admise. Sabatier en nie ia Bégin? Pour nous cette rupture. 



véritable sorte de cal qui n’avait pas 
été indiqué avant lui : aussi cet ho¬ 
norable confrère a le mérite d’avoir 
contribué à prouver par des faits 
l’existence d’une lésion anatomique 
contestée à tort par quelques patho¬ 
logistes. ( Bulletin de la Soc. médi¬ 
cale d’Angers, 1812.) 

TRACHÉOTOMIE faite avec suc¬ 
cès dans un cas d'angine scarlati¬ 
neuse. La scarlatine a régné épidé- 
miquemcnt à Boulogne-sur-Mer 
pendant les premiers mois de 18i2. 
Il y a eu des angines graves ; mais 
aucune n’a présenté un danger aussi 
prochain ([uc celle dont a été atteint 
le lils, Jaé do sofit ans, du conser¬ 
vateur des hypothè(iues de cette 
ville. .V la suite de la scarlatine, qui 
a débuté le 13 janvier, une angine 
générale épouvantable est survenue; 
ni les saignées générales, ni les sang¬ 
sues, ni les fumigations, ni les pur¬ 
gatifs n’ont pu rien contre elle; les 
amygdales proéminent fortement en 
dehors des piliers; leur tissu est 
ferme, résistant au toueher; elles 
sont le siège d’une exhalation abon¬ 
dante de mucus iilant. Le 20 janvier, 
la déglutition est impossible, la res¬ 
piration est très-bruyante, et telle¬ 
ment gênée qu’il y a quatre-vingts 
inspirations par minutes. Le 2i jan¬ 
vier, l’enfant est sans connaissance, 
la face violacée, livide, l’anxiété de 
la respiration extrême, le pouls irré¬ 
gulier, petit : la mort était immi¬ 
nente. c'est alors que M. le docteur 
Gorré, chirurgien adjoint de l’hôpital 
de Boulogne, qui soignait cet enfant, 
proposa, comme la seule planche de 
salut, l’opération, quoique chanceuse 
et très-incertaine, de la trachéoto¬ 
mie. Il la pratiqua le jour même en 
présence des docteurs Rouxel et 
Gros. La trachée fut ouverte facile¬ 
ment et sans accidents; une canule 
d’assez fort calibre fut laissée dans 
la plaie. Bientôt la respiration dimi¬ 
nua de fréquence et le pouls se régu¬ 
larisa; le lendemain, la connaissance 
n’étant pas revenue et l’affaissement 
continuant, M. Gorré, pour stimuler 
le malade, crut utile de faire arriver 
plus d’air dans les poumons; à cet 
effet, il adapta à la canule trachéale 
l’extrémité d’une forte seringue, et 
il en Ut jouer le piston à dix à douze 
reprises. L’enfant entr’ouvrit les yeux 
et sembla Bxer les objets ; la même 
manœuvre avec la seringue fut ré¬ 
pétée chaque demi-heure pendant 
trois jours, l'état du malade ne cessa 


pas de s’améliorer. Lequatrième jour 
aprèsl’opération, la respiration s’exé¬ 
cutait librement par la partie supé¬ 
rieure du tube aérifère; la connais¬ 
sance était entière, la déglutition 
exempte de gêne. La résolution de la 
phlegmasie gutturale étant complè¬ 
tement effectuée par la seule force 
médicatrice de la nature, M. Gorré 
retira la canule devenue inutile. Pas 
un accident n’est venu entraver la 
convalescence. Un moiss’étaità peine 
écoulé depuis l’opéralion,’que l’enfaiit 
jouissait d’une santé excellente; la 
plaie était presque cicatrisée et la 
voix avait repris son timbre naturel. 
{Journ. des Conii..mêd.cAir.,juillet 
18t2.) _ 


ÜECÉRATIOW de l'artère tliuroi- 
dienne inférieure. Le fait pathologi¬ 
que que nous lâgnalons n’enipruule 
pas son intérêt seulement à sa ra¬ 
reté, il est encore la source d’un en¬ 
seignement pratique. 

John Redmond entre à l’hôpital de 
New-York pour s’y faire traiter d’un 
engorgement ganglionnaire du cou 
dont il est atteint déjl depuis quel¬ 
que temps. Des abcès se sont ouverts, 
il en est résulté des trajets fistuleux 
indolores. L’état du maladq est assez 
mauvais; d’une maigreur assez avan¬ 
cée, il a perdu l’appétit. Pendant le 
traitement, dont la base est l’iode à 
l’intérieur, une inflammation' s’em¬ 
pare des masses ganglionnaires, de 
nouveaux abcès se forment, et plu¬ 
sieurs clapiers s’établissent sous la 
peau qu’ils décollent. 

Le malade était dans cette mau¬ 
vaise situation, lorsque le 8 novem¬ 
bre 18t0 une hémorrhagie légère se 
fait jour par une des fistules les plus 
profondes, située au côté gauche du 
cou et vers le milieu de cette région. 
Dans la matinée du 9, nouvelle hé¬ 
morrhagie plus abondante; lesangest 
rouge, mais ne jaillit pas par saca- 
des : compression légère, suspension 
de l’hémorrhagie. 

Le 10, hémorrhagie si violente, 
qu’on dut soupçonner la perforation 
d’un vaisseau important. 

Compression méthodique en atten¬ 
dant qu’on prit un parti définitif. 
Dans une consultation de plusieurs 
chirurgiens, et pendant qu'on se li¬ 
vrait à l’examen des parties, le sang 
jaillit avec force du fond de la plaie 
aune distancedesix pieds|:ie malade 
devint pâle et son pouls Uliforme. Le 
docteur Prost procéda immédiate¬ 
ment à la ligature de la carotide. 



( i» 

L’inctsion des téguments fut faite dans 
le point correspondant à ce vaisseau, 
où existait une masse de librine réu¬ 
nie et confondue avec les tissus en¬ 
vironnants ; après une dissection mi¬ 
nutieuse et très-difficile, on arriva sur 
la gaine de l’artère, que l’on incisa ; 
un corps cylindrique, du volume et 
de la couleur de celle-ci, fut alors re¬ 
connu par tous les chirurgiens pour 
Être l’artère, nonobstant l’absence 
de pulsation. Le 111 fut serré autour 
de ce que l’on crut être l’artère, mais 
l’hémorrhagie continua, on comprima 
vainement; le lendemain, le malade 
avait succombé. 

Unedissection altentivemonlra que 
la ligature avec laquelle on avait cru 
embrasser la carotide avait été serrée 
autour d’une masse de fibrine, à la 
vérité contenue dans la gaine du 
vaisseau : ce caillot s’étendait en ar¬ 
rière et en bas du côté de l’artère 
sous-clavière ; au fond de la plaie se 
reconnaissait la-glande thyroïde ainsi ‘ 
que l’artère thyroïdienne'inférieure, 
détruite par ulcération dans l’éten¬ 
due d’un pouce. Cette artère était 
oblitérée au-dessous de l’ulcération 
par le travail inflammatoire. Les au¬ 
tres artères étaient saines. {JYew- 
Fork, Medical Gazette, fév. 1842.) 

—Cette observation renferme poul¬ 
ie praticien plusieurs indications pré¬ 
cieuses : d’abord elle le prévient du 
danger auquel on s’expose en lais¬ 
sant subsister dans le voisinage de 
vaisseaux importants une pbtegma- 
sie ganglionnaire dont le progrès lent, 
mais incessant, peut déterminer une 
lésion anatomique promptement mor¬ 
telle. De là, en thèse générale, le 
précepte d’extirper le ganglion lym¬ 
phatique du cou et desautres régions 
dès que l’on ne peut plus rationnel¬ 
lement en espérer la résolution. 

La persistance de l’hémorrhagie, 
après l’opération pratiquée sur le 
cou en vue de l’arrêter, ne doit pas 
surprendre ; comment, en effet, pour 
un vaisseau aussi volumineux que 
la carotide, et placé à si peu de dis¬ 
tance du cœur, un chirurgien peut-il 
se décider à faire une ligature sans 
avoir préalablement constate l’exis¬ 
tence des pulsations artérielles, et à 
fortiori quand il s’est assuré qu’elles 
n’avaient pas lieu? L’état de faiblesse 
dans lequel se trouvait le sujet de 
l’opération ne nous semble point une 
raison siiDisanle pour couvrir la mé- 
priseduchirurgien. Lemalade n’a-t-il 
pas encore vécu jusqu’au lendemain 
nonobstant cet état de prostration? 


7 ) 

Aussi cebit, faussement interprété, 
à notre avis, dans sa partie opéra¬ 
toire, n’infirme aucunement le pré¬ 
cepte fondamental de la ligature des 
artères, qui prescrit de ne jamais lier 
définitivement le vaisseau sans en 
avoir à plusieurs reprises exploré et 
reconnu les battements. 

UTÉRUS (Des injections dans V). 
Les injections intra-utérines ont 
donné lieu, dans ces derniers temps, 
à une vive controverse. Les faits à 
l’appui de cette médication ont été 
combattus par des faits opposés, et, 
après discussion, chacun a emporté 
ses convictions, se promettant bien 
sans doute de les appliquer à la pre¬ 
mière occasion. C’est donc là une 
question de thérapeutique dont la 
solution est encore à trouver; or, 
pour arriver dans cette voie à un 
résultat utile, il nous suffit de laisser 
parler l’observation. 

La fille L..., âgée de vingt-trois 
ans, accoucha, le 14 août, très-péni¬ 
blement et dans des circonstances 
telles que l’intervention de l’art fut 
à plusieurs reprises necessaire. (Lais¬ 
sant de côté les détails de l’observa¬ 
tion, passons au point qui nous in¬ 
téresse.) Tout allait bien, lorsque le 
12 octobre, à la suite d’une injection 
vaginale dans laquelle l'olive de la 
canule fut portée très-haut, et le li¬ 
quide poussé brusquement, la fille 
L... ressentit aussitôt dans les lombes 
une horrible et accablante douleur. 
On fut obligé de la transporter dans 
son lit, tant les forces l’avaient aban¬ 
donnée. 

La figure était froide et d’une p⬠
leur violâtre, les pieds et les mains 
étaient glacés, le pouls était imper¬ 
ceptible; la malade pouvait à peine 
articnler quelques plaintes. (Potion 
éthérée, vin chaud, sinapismes sur 
les bras et les jambes.) 

Le lendemain, tension de l’bypo- 
gastre avec très-vive douleur à la 
pression la plus Ifeère, ballonne¬ 
ment intestinal, faiblesse extrême, 
pouls filiforme et rapide. 

Le troisième jour, le poids se re¬ 
lève, 130 pulsations. Sous l’influence 
des purgatifs et des frictions mercu¬ 
rielles, la fille. L... échappa à un 
danger imminent. Au huitième jour, 
l’accident avait disparu. 

Chez la femme P..., le résultat ne 
fnt pas aussi satisfaisant. Nouvelle¬ 
ment accouchée, elle fut soumise à 
des injections intra-utérines, avec 
une légère infusion de quinquina et 





( MÈ } 


(le camonilllu, dans le Inii de d(*baN 
rasser I’uIim'us des caillots titi’il fon- 
fei'inait. M. Nd^rier pcaliqilü liii- 
nulme la troisième ihjectiori; la ca¬ 
nule fut introduite ù la ((COfondetir 
de 2 centimètres dans le col, et le 
liquide fut poussé par une pression 
vive et assez forte. La quantité de 
liquide injectée peut être estimée à 
60 grammes. 

La malade ressentit instantané¬ 
ment une dotileur lombaire et un 
extrême accablement, sensation d’un 
froid intérieur subit, et tremblement 
général très-pénible. Elle répéta plu¬ 
sieurs fois qu’elie allait mourir. Les 
traits du visage se grippèrent, la res¬ 
piration s’embarrassa presque aussi¬ 
tôt, et la malade, malgré tous les 
soins qu’on lui aonna , succomba 
vingt-neuf heures après l’injection. 

Ou constata des traces d’une in¬ 
flammation modérée de la matrice et 
du péritoine pelvien. 

En présence de ces deux faits rap- 

f tories par un honorable confrère, 
ongteni|)s partisan lui-même des 
injections intra-ut(M'ines, il n’est 
pins permis de douter des chances 
funestes qu’elles font courir aux ma¬ 
lades. Aussi doit-on les proscrire 
d’une manière absolue, surtout pour 
les femmes nouvellement accouciiées 
chez lestiuelles, en outre des trom¬ 
pes utf'riiies où l’injection peut pt‘- 
nétrer pour être de là portée dans le 
péritoine, l’ouverture bt'anlo des si¬ 
nus utérins permet aussi le passage 
du' liquide et de l’air dan.s les vei¬ 
nes, autre source d’accideuLs iiromp- 
tement ntortels, et qu’on ne peut ré¬ 
voquer en doute depuis les expé'- 
riences de M. le docteur Nélaton. 
(Bull, de la Société, médie. d'^dn- 
gers, 18i2.) 

VIHIUTÉ i^Exempleremarquable 
de la perte des insignes de la). laî 
virus syphilitique a d’étranges elfols, 
maisnousn’enconnaissonspas de plus 
extraordinaires que ceux qui se sont 
montrés chez Un graveur, âgé de 
trente ans, nommé Charles Prince, 
conclié au n» 1 de la salles, à l’hôpi¬ 
tal du Midi, dans le service de 
M. Puche. Cet homme, fort, vigoti- 
reux, bien développé, dont la barlie 
était noire, longue et bien fournie, 
a servi sept ans et n’a (■u son conge 
qu’à la lin de 1839 en revenant d’A- 
uâque. La jeunesse de cet homme a 
été fort orageuse ; adonné aux fem¬ 
mes, il a pris successivement et pres¬ 
que chaque année depuis 1830, de 


l’hOpitsl du Midi et au , 

Ce Sont d’abord des cilàncre.? au glhilii 
et au prépuce éti iSsid et en 1832, 
puishn bubon etdesciidricresehlSSS, 
suivis d’uicéfhtidns â la gorge eli 
183.S, en 1836 de syphUides sur id 
peau; enlln eli lS98, â l’iiôllltal dil 
Dey, à Alger, il est pris d’ühe céphà- 
latgie d’une acuité extrême, suivit; 
plus lard d’une exostose dÜ fi'onial 
et d’une carie avec ramollissement 
des os propres du nez. 

C’est bien là un exempie de sy¬ 
philis constitutionnelle îles mieux 
cohdilionuées. Mais voie! des jihé- 
domèttes insolites et des plus cu- 
riclix. Au bout d’un mois de la cé¬ 
phalalgie dont nous vehohS de parlot, 
les formes athlétiques que présentait 
ce malade ont disparu: ses mem])re.s 
sont devenus chétifs et grêles, ses 
cheveux , sa barbe, ses favoris, ses 
moustaches s’en sont allés pOil par 
poil; les poils du pubis tombent éga¬ 
lement tous sans exception; la verge, 
les testicules, autrefois d’Une dimen¬ 
sion normale, s’atroiihicnt mitre mi>- 

Enlréle 26 janvier dernier à l’hôpi¬ 
tal du Midi pour la cinquième fois, Cet 
lioinhte, qu’on avait connu bien dé¬ 
veloppé, vigoureusement constitué, 
olfre les formes et les allures de la 
femme; sa podü est d’iiite blancheür 
parfaite, douce au touclier; un léger 
duvet recouvre à peine les régions 
oit le système pileux était atttmra- 
vant fort développé ; sa dépiarcfie est 
nonciialante, ses roouvemettls lents et 
mesurés, son regard craintif : à ne 
voir que la main et les gracieux con¬ 
tours que donne à tout son corps tilt 
tissu cellulaire abondant, on Uleràll 
le sexe. Les organes génitaux sont 
ceux d’un enfant de cinq ans; leur 
blancheur, leur forme, leur volunle, 
tout le ferait croire; le loücher per¬ 
çoit deux apparences de testicules de 
la grosseur d’une noisette. Le moral 
s’est montré esclave du physîqué 
chez ce sujet ; en perdant les organes, 
il a perdu les sentiments; son ca¬ 
ractère est doux, soit tnlciligonce 
obtuse; il n'a plus de mémoire. C’est 
le type du tempérament lymphatique. 

Par suite du traitement qui a été 
fait depuis six mois à ce malade, 
entré avec des douleurs ostéocopes 
générales, une tumeur lacrymale et 
une carie des os du nez, sa constitu¬ 
tion s’est améliorée. Les progrès ef¬ 
frayants de cet étiolement général 



( m ) 


ont été arrêtés; le léger duvet qui 
recouvrait les régions autrefois abon- 
daiiiinenl pourvues de barbe et de 
poils devient plus touffu et noircit ; 
cela se remarque surtout aux mous¬ 
taches. Les organes génitaux eux- 
mêmes reviennent un peu de leur 
inertie; il y a eu deux érections, les 
seules qtl’il ait éprouvées depuis son 
bon temps. Du reste, toutes les dou¬ 
leurs ont disparu, et la carie dos os 
du nez s’améliore. On a obtenu ce 
resullal par une bonne alimentation 
et l’usage journalier de 2.5 à 100 
grammés d’un sirop dont les médica¬ 
ments actifs sont indiqués dans la 
formule suivante: 
lodhydrargirate neutre de po- 


lode pur. 1 — 

Proloiodure de potassium... 100 — 
Eau distillée. 398 — 


600 gram. 

{Bull, de l’^cad. deméd., août 
181.2.) 


VOMIQUE, suite d’apoplexie pul¬ 
monaire. L’on a révoqué en doute 
qu’il pût se faire au milieu même du 
parenchyme pulmonaire des collec¬ 
tions purulentes, suite de l'inflam¬ 
mation, qiû, trouvant tout à coup une 
issue dans les bronches, donnêt lieu 
à une expectoration subite et très- 
abondante de pus. On a dit que les 
vomiques, dont les auteurs anciens 
nous ont laissé de nombreux exem¬ 
ples, ne pouvaientêtrelaconséquence 
du tissu pulmonaire enflammé et de 
la gangrène, ni le résultat de la fonte 
d’une grande niasse tuberculeuse ag¬ 
glomérée dans un seul point : car dans 
ce dernier cas c’est successivement 
que les tuberculesdoivent se ramollir 
et se fondre, et la matière se faire 
peu à peu, et successivement, jour 
au dehors ; l’on a voulu donc établir 
l’opinion qu’il n’y avait de véritables 
vomiques que celles qui se consti¬ 
tuaient de l’expulsion d’une niasse 
puriforme ramassée dans la plèvre et 
se faisant jour dans les bronches. 
Cette opinion de nos modernes pa¬ 
thologistes était trop absolue. Voici 
un fait bien authentique, bien clair, 
dont nous allons présenter l’analyse, 
qui, joint à ceux que l’on possède 
déjà, prouvera la fausseté du principe 
qu’on a voulu établir. 

A riiûpital de la Charité, dans le 
service de M. Rayer, a été reçu, le 
17 mars 18f2, Baptiste Moreau, ma¬ 
çon , âgé de trente ans, et d’une ex- 


cellenteconstitutinn. Étant au travail 
et parfaitement bien portant le 12 
mars, il but, ayant très-chaud, un 
verre d’eau froide. Aussitôt il fut pris 
d’un vomissement de sang pur, dont 
la quantité est évaluée par lui à deux 
grands verres; il suspendit son tra¬ 
vail et se mit au lit. L’hémorrhagie ne 
reparut pas. Le 17, se sentant plus 
malade, il salit apportera la Charité. 
Le 18 il avait une fièvre violente 
avec délire; il avait de l’oppression 
et une douleur dans tout le côté gau¬ 
che de la poitrine. L’auscultation ne 
fit rien reconnaître à droite; à gau¬ 
che, pour tout phénomène, on ne 
hota, dans tout le cours de la mala¬ 
die, que l’absence de sonoréllé an¬ 
térieurement et extérieurement à la 
partie moyenne; le sommet dupou- 
monestd’ailleurssain.Pendant vmgt- 
cinq jours la médication antiphlogis¬ 
tique la plus énergique (six saignées, 
quarante ou cinquante ventouses sca¬ 
rifiées et plusieurs vésicatoires sur 
la poitrine) n’avaient nullcmentamé- 
lioré l’état du malade; il y avait là 
quehiue chose d’anormal et d’insolite 
qui rendait le diagnostic irrésolu. 
Enfin, le vingt-sixième jour dans la 
nuit, ce sujet qui, malgré sa toux et 
ses douleurs, n’avait que fort peu 
maigri et ne présenlait aucun des si¬ 
gnes ni physiques ni rationnels de la 
phthisie pulmonaire, fut pris tout à 
coup d’une expectoration abondante, 
ou plutôt d’un vomissement de pus; 
il eu rendit dans cette nuit une bas¬ 
sine [ileine. Pendant les douze jours 
(jui suivirent il remplit encore chaque 
jour de pus plusieurs crachoirs. Dans 
les cinq ou six derniers jours que 
dura cette abondante expectoration, 
le pus changea de nature; il devint 
jaune, vert ensuite, et il fut mêlé de 
détritus, en morceaux assez considé¬ 
rables quelquefois pour égaler la 
grosseur d’un haricot. A peine le pn^ 
eut-il commencé à être rejeté qu’une 
amélioration des plus frap[ianUis se 
manifesta dans l'état du malade; la 
lièvre cessa; la douleur ne tarda pas 
à devenir moindre, puis à disparaître; 
l’apimlit commença à revenir peu à 
peu, les forces se rétablirent, l’expec¬ 
toration cessa, et le malade ayant re¬ 
couvré la santé, sortit de l’hôpital. La 
poitrine auscultée et percutee avant 
la sortie ne présente aucun signe de 
tubercules; 1 état general était extrê¬ 
mement satisfaisant, cet homme pa¬ 
raissait plein de force et de santé. 
( Gazette des Uôp., août 18i2. ) 




( 240 ) 

VARIÉTÉS. 


Ordonnance de police sur la morve. — Une ordonnance de po¬ 
lice qui prescrit des règlements sanitaires en vue de s’opposer à la con¬ 
tagion de la morve, et de préserva- de cette hori-Dde maladie les in¬ 
dividus qui font leur état de panser les chevaux, a été rendue en date 
du 21 août dernier. Cette amélioration était lugente, et a été vivement 
et longuement sollicitée par les médecins qui, dans ces derniers temps, 
ont vu de si tristes et de si nombreux résultats de l’incm-ie qui régnait à 
cet égard. Il faut espérer que les mesures prescrites auront l’eflicacité 
qu’on en attend, et que les hôpitaux de Paris ne présenteront plus le 
d^lorable spectacle d'individus en proie à toutes les horreurs d’une 
affreuse infection pour laquelle l’art est jusqu’alors stérile et impuissant. 

Fraudes des drexistes. — Le tribunal de police correctionnelle 
vient de condamner à 500 francs d’amende un droguiste-pharmacien 
de la rue des Lombards, dans l’officine duquel se commettaient les 
fraudes les plus coupables. Ainsi, il a été reconnu que le laudanum 
ne contenait pas un atome d’opium, que l’onguent mercuriel était com¬ 
posé d’axonge et de noir de fumée, que la farine de graine de lin n’é¬ 
tait cpie de Ta sciiue de bois, que tous les sirops étaient adultérés, etc. 
La sévérité du tribunal sera, nous l’espérons, d’un bon exemple, et 
mettra im terme à ime .spéculation si complètement immorale. Les fraudes 
commises par les pharmaciens-ih-oguistes sont d’autant plus dangereuses, 
que c’est chez eux que se foiu-uissent de médicaments la plupart des phar¬ 
maciens et des médecins rm-aux. 

Modifications aux examens et aux concours. —D’après un arrêté 
récent du conseil royal de l’instruction jniblique, le troisième examen 
pour le doctorat en médecine comprendra, à dater du l'' avril prochain, 
outre les épreuves déjà en vigueur, une épreuve de médecine opéra¬ 
toire. 

D’après un autre an-êté, à l’avenir, lorsque dans les concours de l’a- 
p'égation le nombre des concurrents sera double du nombre des places 
à donner, le jury dressera une üste, après la première épreuve, d’après 
laquelle seront seuls aptes à subir les autres epreuves du concours ceux 
que le jiu-y y aura inscrits. 

Retraite de M. Rihes. — De gi-andes mutations viennent d’avoir 
lieu dans le persoimel des médecins et cliirurgicns des hôpitaux mili- 
tah-esi Un fait qui a étonné et douloureusement impressionné le pnbbc 
médical, c’est la mise en retraite de l’honorable M. llil)cs, qui occupait 
très-dignement le poste de médecin en chef des Invalides. On ne se rend 
pas compte de cette tlisgrâce imméritée, qui frappe un des plus dignes 
représentants de la médecine militaire, et un hoimnc qui pouvait encore 
rendi-e à la science et à l’humanité de nombreux services. 



( 241 ) 


THÉRAPEUTIQUE MEDICALE. 


QUELQUES RÉFLEXIONS SUE l’aBUS DES MEDICAMENTS OU POLYPIIAEMACIE. 

RAPPEL A LA SIMPLICITÉ DES FORMULES. 

Le mot polypharmacie, qu’on emploie toujours en mauvaise part, 
exprime l’usage où sont quelques médecins d’administrer beaucoup, ou 
pour mieux dire, trop de médicaments. Cet abus, si répandu dans la 
pratique, peut s’offrir sous plusieurs formes ; il consiste : 1° à donner des 
médicaments très-composés, tels que ceux dont on rencontre encore les 
formules dans les recueils les plus modernes, voire même dans le Codex; 
2“ à prescrire des remèdes simples, mais en gi aiid nombre à la fois ; 
il est tel praticien qui se croit obligé de grever régidièrement son ma¬ 
lade 1“ d’une tisane, 2“ d’une potion, 3” de pilules, 4° d’un lini- 
ment, etc. ; 3® à cbanger souvent les remèdes, simples d’ailleurs, qui 
sont mis en usage. Le peuple estime particubèrement le médecin cpii 
chaque jour varie les prescriptions, et nous savons tel praticien qui 
croirait voler ses honoraires et porter atteinte à sa réputation s’il ne 
modifiait à chaque visite les prescriptions précédentes. 

Pour facUiter la narration, nous conviendi-ons de désigner ces trois 
formes sous les noms de polypharmacie 1“ complexe, 2“ multiple, 
3“ changeante. 

Les gi'ands praticiens de tous les temps se sont élevés conti'e l’abus 
des médicaments. La polypharmacie complexe était ignorée des médecins 
de l’antiquité, de ceux de l’école hippocratique en partieuher, lesquels 
n’employaient guère que des substances simples. Ils usaient également 
fort peu de la polypharmacie multiple, car ils mettaient toute leur gloire 
à tirer de profonds pronostics et à guérir lem-s malades. Quant à la po¬ 
lypharmacie changeante, elle est déjà slygmatisée dans les œuvres d’Hip¬ 
pocrate, et notamment dans l’aphorisme ui de la section H® : « Quand 
votre conduite est rationnelle, et cependant sans succès, ne vous hâtez 
pas de passer à d’autres moyens, tant que subsiste ce que vous avez vu 
dès l’origine, n {^phor. d’Hipp., trad. de Paiiset.) 

Celse condamne impheitement la pol}'pharmacie en posant cet axiome : 
« Un aliment administré à propos est un excellent remède. » (üe re 
med.) 

Galien, au rapport de Botal, a parfaitement signalé le principal incon¬ 
vénient de la polypharmacie, au point de vue scientifique : « Il n’e.st 
TOME xxin. 7' LIV. 16 



( 242 ) 

rien, dit le médecin de Pergaine, qui rende la médecine plus conjecturale 
que la quantité des médicaments, » (Botal; de Curât, per sang, miss., 
cap. XXIV.) 

La polypharmacie, en général, fut une mvention propre des Arabes 
et des chimistes des siècles passés. Le mordant Guy-Patin désignait les 
polypharmaques de son temps sous le nom de cuisiniers arabesques. 
« Ce sont surtout les médecins aralies, dit Gliirac, qui, par un charlata¬ 
nisme indigne de notre art, ont appris à leurs successeurs à multiplier 
et à prodiguer de petits rcmèdts dont le succès se réduit à amuser le 
caprice des malades ml à les assen ir {dus longtemps à une avidité 
honteuse. » (Qiirac, Fiêv. malig.) 

Néanmoins l’époque de la renaissance, eu rétahlissitnt le libre arhitre 
scientifique et le culte de la raison, n’a pas détrôné la polypharmacie. 
Ce phénomène paradoxal dérive de deux causes : c’est tpt’en t-enversant 
les théories surannées ou mystiques des siècles passés, on a cru devoir 
conserver les drogues dont 1.1 routine, déguisée sous le hean nom d’ex¬ 
périence, avait, dit-on, sanctionné l’elllcacité. En second lieu, les au¬ 
teurs, tout ch fulminant contre la polypharmacie, n’y sacrifiaient pas 
moins eux-memes, soit par imitation, soit pour satisfaire à leurs propres 
théories, soit ciicoii; pour suppléer à l’iiisuflisance des remèdes plus ra 
tionnels. Aussi sera-t-on peut-être étonné de voir figurer, dans l’exposé 
qui va suivre, des noms qui se rattachent à des compositions bien et dtl- 
ment réputées polypharmaques. 

C’est ainsi ipte le grand Sydenham, si prodigue d’apozèmcs, de pou- 
dies, de teintures, pourrait fournir des armes pour et contre la thèse 
dont il s’agit : en donnant l’efiVayant catalogue des substances compo¬ 
sant son Éleetuaire antigoutteux, l’illusUe praticien anglais laisse 
échapper cette hérésie ; « Je crois que toutes ces plantes opéi’cronl mieux 
si l’on eh mêle plusieurs ensemble que si on ne se sert que d’one à la 
Ibb...... Quand il s’agit, pour guérir un malade, de remplir telle ou 

telle indication, chaque ingrédient y contribue de son côté, et plus il 
en entre dans un remède-, plus ce remède â de vertus!!! » Mais comme 
Correctif de celte déplocablé etreur, l’honUne de génie ajoute bientôt : 
« Il est Vrai que les renièdes qui ont une vertu spécifique sont d’autant 
plus efficaces qu’ils sont moins associés à d’autrès. a (Sydenham, Mêd. 
pra<., p. 460.) Et, àpropos de spécifiques, Sydenham exprime ailleurs 
sa pensée en ces termes i U Si l’on m’objecté qu’il y a beaucoup de re¬ 
mèdes spécifiques, j’avoüe sincèrement qu’ils me sont inconnus, et je 
crains fort que ceux qui les vantent ne soient aussi ignorants que moi. » 
{Ibid., de la Goutte.) 

Hnxham est plus explicite aU sujet de la polypharmacie : « Le méde- 



( 243 ) 

cin, dit-il, peut faire choix, pour son usage, d’un petit nombre de mé¬ 
dicaments qu’il croira les plus ellicaces, et s’y borner, plutôt que de 
parcourir un immense fati’as de drogues dont certains médecins font 

parade.J’ai vu, dans la pratique de quelques médecins et dans 

quelques auteurs, des formules où l’on avait entassé tant de drogues, 
qu’Apollon lui-nicme aurait été cml)arrassé de deviner le but qu’on 
s’était proposé. » (Des Fièvres, préface, p. xxxiij.) 

Nous avions besoin de faii'e précéder de pareilles autorités pour pro¬ 
duire le jugement d’un auteur qu’on n’apprécie guère aujourd’hui ; 
O On doit, dit Chirac, regarder les inventeurs de ces remèdes si compo¬ 
sés, non comme des médecins, mais comme des cmpinques qm ont ras- 
seralrlé des di-ogucs dont la raison, ni la physique, ni l’expérience, n’ont 

jamais dicté l’assemblage, et dont l’eflct est toujoui-s incertain.La 

multiplicité des remèdes et lem-s différentes combinaisons marquent bien 
moins In connaissance distincte de la cause qu’une idée très-confuse de 
l’état des organes, etc. » (Chirac, Fièvr. malig.) 

Guy-Patin, qui avait trop d’esprit pour acquérir le renom de prati¬ 
cien, mais à qui on ne refuse pas le titre de médecin philosophe, répé¬ 
tait, après Bacon, que « la quantité et la variété des métlicamenls sont 
filles de l’ignorance. » Et il ajoutait, pour son propre compte, que t; les 
médecins sages et dociles aux lois de la nature savent avec des moyens 
simples opéi-er des effets multipliés. » (Lettres.) 

Puisque, chemin faisant, nous nous permettons de rectifier les réputa¬ 
tions antiques, l’envie nous vient de célébrer un vieil auteur de pharma¬ 
copée qui n’est plus guère connu que des érudits, et dont pourtant les 
préceptes généraux sur l’art de formuler sont ce que je connais de mieux 
pensé, voire même do plus complet, n’en déplaise à nos modernes. Un 
seul trait suftira, nous le verrons, pour accréditer ce jugement ; auteur 
d’un Formulaire, Gaubius, il y a un siècle, ne cessait de pi-êcher la sim¬ 
plicité dans les formules ! Nous eraindi ions, en le traduisant, d’altéicr la 
beauté du texte suivant : « Simplicitati quàm maxime in pr<escribcndis 
remediis studeat medicus, nec adeo molem et numcrinn, sed concisam 
brevitatem, non pompant sedcflîcaciam affectet. » (Ganbius, de Meth. 
concimmdi formai., prop. 31.) A ce pas.sage, nous pourrions en 
ajouter vingt autres; nous nous bornons au suivant, que nous recomman¬ 
dons aux modernes empiriijucs : « N’opposex pas de remèdes à tous les 
symptômes, mais bien aux symptômes urgents, dont l’amendement fera 
cesser les antres. » (/6(rf.,prop. 45.)C’estlà,jecrois,dupurphysiolo- 

gisme; voilà le douloureux mobile de Broussais.Mais n’allotis pas, 

pour exalter Ganbius, nous mettre sur les liras la Franrc piélendue ré¬ 
générée. 





( 244 ) 

Ce nom nous en rappelle un aub'e non moins vénérable, celui de Mur¬ 
ray, qui dit, avec sa naïve candeur ; « Accuser nos pharmacopées de pé¬ 
cher plutôt par excès que par défaut de remèdes, est une récrimination 
ancienne et méritée. » {Apparat, meliic. prœfat.) Nous regrettons de 
ne pouvoir produire ici ses profondes considérations sim l’eXpéricnce en 
thérapeutique. 

Ün autre pharmacologue, implacable ennemi de la polypharmacie, 
car il fut en même temps un médecin illustre, Cullen, dans sa Matière 
médicale, fait une guerre acharnée aux drogues compliquées, aux ar¬ 
canes, aux spécifiques et à tous les médicaments à réputation douteuse et 
usurpee. A propos de la thei’iaque, il rappelle cet anathème du vieux 
Pline, pom’ qui le mithridate était « manifestement un monstrueux pro¬ 
duit de la vanité de la science et de la jactance de l’ait. » (Pline, Hist. 
nat,, lib. XXIX.) Et lui, Cullen, tance vigoureusement le collège de 
Londres pour avoir, dans sa Pharmacopée de 1746, admis la panacée 
d’Andromaque. Combien peu de pharmacologues se sont élevés, depuis, 
à la hautem- philosopliique de Gaubius, de Murray, de Cullen, vénérable 
trinité thérapeutique qui tira notre science du chaos vers lequel elle sem¬ 
ble incliner de nouveau ! 

Dans maint passage de sa Médecine raisonnée, Frédéric Hoffinann 
prodigue le mépris à l’abus des drogues; bornons-nous à quelques fi-ag- 
ments : « En général, dit-U, il faut être persuadé qu’ily a une infinité de 
médicaments simples et composés qui sontinutiles. » (T. Il, p. 360.) « Les 
boutiques sont remplies d’une si grande quantité de médicaments, qu’on 
en peut aisément supprimer la moitié sans faire tort à la médecine. Cela 
est surtout vrai des compositions ^e les anciens nous ont laissées, parce 
que, comme ils ne connaissaient pas exactement les vertus des remèdes, 
ils faisaient entrer dans une préparation une infinité de choses mal as.sor- 
ties. » {Ibid., p. 355.) « Il faut rejeter des boutiques, avec les inepties 
des anciens, tous les remèdes qu’on ne prescrit pas une fois en deux ans. » 
{Ibid., p. 356.) Voici, vous en conviendrez, un ancien qui traite ses 
prédécesseurs avec bien peu de révérence! Il devait avoû peu d’amis 
parmi les pharmaciens, non plus que parmi ses confrères : « Bien des 
médecins, dit-ü, s’imaginent que la multiplicité des formiJes leur fait 
honneur à proportion. Les apothicaires ne se plaindront jamais que le 
médecin soit dans cette idée, mais elle est une preuve que la science 
Il est pas bien solide. » {Ibid., p. 351.) Mais il ne sulllt pas de conspuer 
les drogues, il faut encore légitimer la réprobation : or, Frédéric Hoff¬ 
mann justifie la sienne avec une hauteur de vues où l’œil du vulgaire des 
praticiens ne peut guère atteindre : « Le principal caractère d’un méde¬ 
cin éclairé et qui raisonne, dit notre auteur, est d’écarter la multiplicité 



{ 245 ) 

et la vai'iété d^emèdes, et de clioisir dans mi petit nombre ceux qui 

sont appropriés à la maladie qui se présente.Les causes des maladies 

ne sont point eu grand nombre ni très-Tariées; elles sont simples et en 
petit nombre, bien que, suivant les différentes parties qu’elles attaquent, 
elles produisent des effets très-differents. Il n’est donc pas besoin d’une 
si grande abondance de remèdes, pom-vu qu’on les administre dans l’or¬ 
dre, le temps et de la manière convenables. » {Ihid., t. III, p. 299.) 

Passons rapidement, car la matière est dilatable à l’infini : « En méde¬ 
cine, dit Baglivi, U faut beaucoup savoir et agir peu. » « Souvent c’est 
faire preuve d’babileté que de ne rien fane », a dit Tissot. « S’unaginer, 
dit le même auteur, qu’un remède est inutile parce cpi’il ne déti-uit pas 
la maladie au gré de notre impatience, et le rejeter pour en prendre un 
autre, c’est casser une montre pai-ce que l’aiguille emploie douze heures 
h fane le tour du cadran. » 

Le célèbre Debaën est un de ceux qui ont fait à la polypharmacie la 
guerre la plus acharnée : dans sou chapitre de Medic. in morb. août., 
il combat avec chalcin les remèdes composés et violents; il fait une sortie 
r igoureuse contre les drogues recherchées, les arcanes, les spécifiques du 
dispensaire de Vienne : « Nous vivons, dit-U, dans un siècle trop éclairé 
pour ajouter foi à ces vétilles. Mais, chra-t-on, l’expérience nous a dé¬ 
montré l’utilité de ces remèdes ! Et la mienne (répond Debaën) m’auto¬ 
rise à les traiter de billevesées. » (Et nos experientià didicimus bæc cre- 
pundia vituperare.) « Le médecin avec sa cuisine fastueuse (ciun fastuosâ 
suâ cidinâ) pèse plus sur le malade que la maladie elle-même. » [Ratio 
medendi, part. I.) 

L’illustre successeur de Dehaën à la clinique de Vienne, Stoll, a dog¬ 
matisé dans le même sens : « De nos jours encore, dit-ü, on voit quelques 
médecins qui s’efforcent mal à propos de rassembler dans ime même for¬ 
mule les substances opposées à tous les symptômes d’une maladie : assu¬ 
rément celui-là ne connaît pas la maladie. » [Méd. prat., 1.1, p. 6.) 
Dans maint endroit de ses œuvres, StoU insiste beaucoup sm' le précepte 
d’Hippocrate, de ne pas changer les remèdes sans nécessité, car, dit-il, 
certaines maladies ont une marche déterminée; principe dont les obser¬ 
vateurs superficiels ne peuvent se pénétrer, non plus que de l’inutilité et 
même du danger des remèdes nombreux et violents dans certaines mala¬ 
dies chroniques, à l’égai-d desquelles, ditStoll, le praticien sera sobre de 
médicaments, dans l’intérêt du malade et de sa propre réputation : « Que 
ceux-là, dit-il ailleurs, formulent dès prescriptions apprêtées, qui sont 
forcés de flatter le palais des femmes ou de donner des médicaments 
dont le haut prix fait tout le mérite. » (Méd. prat.) 

Médecin et naturaliste, Linné a proféré ces paroles sévères ! « Celui 




( 246 ) 

qui peut guérir par des moyens simples et qui en cherche de complnpiés, 
se donne une peine inutile, ou agit avec foiu-herie (dolosè). » {Censura 
simplic.) 

Nous n’en finirions pas si nous voulions reproduire tous les anathèmes 
lancés par l’auteur du traité de l’Expérience, le rancunier Zimmer¬ 
mann, lequel s’épuise en sarcasmes eontre l’ignorance et l’improhité qui 
déshonorent notre profession, c’est-à-dire contre les empiriques, les po¬ 
lypharmaques et les charlatans de tout genre. 

Joseph Frank, dont les œuvres sont classiques encore aujourd’hui, it- 
vient fréquemment sur les avantages des médications simples : « llare- 
ment, dit-il, nous associons plusieurs remèdes ensemble, car nous avons 
horreur des mélanges.» « Les médicaments composés, outre la ré¬ 

pugnance qu’ils inspirent et leur prix élevé, sont mauvais, surtout en 
ce qu’il devient impossible par eux de déterminer l’effet de telle sub¬ 
stance en ce qu’il aura été nuisible ou avantageux.Changer dans le 

milieu du jour les médicaments ordonnés le malin, rejeter le soir ceux 
prescrits en dernier lieu...., dénote bien l’ignorance ou la pusillanimité 
du médecin. » (Joseph Franc, Méd. pral.) 

Notre sage Pinel a dit : « Les remèdes simples, si conformes d’ailleurs 
aune saine doctrine, ontdumoinsravantagedc produire les effetslcsplus 
directs, de ne point compliquer l’histoire delamaladie. » (Nosographie) 
A ce témoignage du père de l’école française moderne, nous pouri ions 
ajouter ceux de la plupart de nos plus illuslros contemporains; en vain 
s’agiteront le savoir-faire et la médiocrité, ces principes ont été, sont 
et seront toujoiu’s ceux des amis éclairés de la science et de l’humanité. 
Qu’il nous soit permis de terminer cette esquisse historique par un ex¬ 
trait emprunté à l’homme dont il y a, aujourd’hui, quelque courage à 
proclamer le nom : « Celui qui guérit une maladie sans avoir apprécié 
avec justesse les modifications physiologiques au moyen desquelles il a 
opéré cette cure, n’a pas la certitude de reconnaître ni de guérir la meme, 
maladie lorsqu’elle se présentera de nouveau ; d’où résulte que ni les 
succès ni les revers des empiriques ne peuvent servir, ni à les rendre 
praticiens, ni à leur donner des moyens d’en former d’autres. » (Brous- 
•sais, prop. 467.) Le principal inconvénient et l’inévitable résultat de la 
polypharmacie sont, en effet, d’éterniser les ténèbres. 

On voit quel édifiant accord a régné de tous temps panni les prati¬ 
ciens les plus illustres à l’égard de la polypharmacie, dont, effective¬ 
ment, les vices et les dangers sautent aux yeux de la raison. 

ÎAi hasard, dit-on, nous a révélé les remèdes les plus efficnees. Ce 
paradoxe peut être vrai pour quelques-uns des remèdes simples que nous 
ont légués les siècles passés ; mais, à coup sur, il ne l’est pas pour les 





( 247 ) 

remèdes complexes, lesquels sont, presque de nécessite, le produit d’idées 
préconçues. La polypharmacie, que Bacon, ainsi que nousl’av'ons vu, a 
fait naître de l’ignorance, est au moins fdlo de l’incertitude et de l’iiy- 
polhèso. En associant une foule de substances, le praticien espère qu’une 
d’entre elles, au moins, atteindra le but : c’est une sorte de décharge à 
mitraille dont quelques éclats pourront frapper l’ennemi. Tel fut le prin¬ 
cipe avoué qui dicta la monstrueuse panacée d’Andromaque. Mais en¬ 
core faut-il bien que les éléments ne se neutralisent pas, et celte neutra¬ 
lisation est, au dire deFréd. Hoffmann, ce qui existe pour la thériaque 
clle-mcme. {Méd. rais., tom. II, p. 355.) La polypharmacie prit nais¬ 
sance dans les siècles ténébreux, où la composition des agents médicinaux 
était aussi profondément voilée que la structure de l’homme. « L’igno¬ 
rance des lois de l’économie animale et de celles de la nature a enfanté 
tous les remèdes superstitieux », dit Zimmermann. Le cerveau d’un 
prétendu savant, phus ou moins renommé, fermente sur les causes plus 
ou moins hypothétitjues d’une maladie donnée ; un remède complexe 
surgit do celte associalion'd’éléinents imaginaires, et voilà le médicament 
en vogue ! On s’en sert d’abord sur la foi de l’auteur, et plus tard, bien 
que la théorie qid l’a fait naître et que l’auteur lui-même soient oubliés, 
on en continue l’usage, en invoquant ce mot magique et mensonger 
Yexpérience, qui trop souvent n’est que la routine consacrée par la vé¬ 
tusté. Telle est, on ne peut en douter, l’origine de la prcs(juc totalité des 
remèdes complexes. Nous ne voulons point examiner ici à quelles con¬ 
ditions nomltreuses, délicates, souvent impossibles, on pourrait être en 
droit d’invoquer l’expérience ttram à l’égard de ces remèdes; nous nous 
bornons à faire observer que, dans les cas d’associations multiples, même 
en admettant leur eflicacité souvent contestable, il reste presque tou¬ 
jours à décider si la maladie n’eût pas aussi bien, ou même mieux guéri 
par un ou plusieurs des éléments constituants isolément administrés ’. 

Il reste donc démontr é de par l’histoire et la raison, que la polyphar¬ 
macie est à la fois le produit et la source d’une foule d’erreurs ou de 
préjugés thérapeutiques. On pourrait réduire à trois chefs principaux les 
inconvénients qu’elle présente en application : 

1“ Dans certains cas, les amalgames dont il s’agît donnent lieu à des 
dégagements volatils, vaporeux, à des décompositions patentes ou in¬ 
aperçues qui dénaturent le remède et le transfonnent en un produit nou¬ 
veau d’action inconnue, inerte ou même dangereux : c’est ce que nous 
appellerions inconvénients chimiques. 

> Voir noire Mémoire : De la réalité (le la médecine, et de les dogmes 
fondamentaux, et celui sur les obstacles aux progrès de la thérapeutique. 
Chez J.-B. Baillière. 



( 248 ) 

2® D’autres fob, on y voit figurer des substances réfi’actaires au mé¬ 
lange, insolubles les unes dans les autres, et donnant lieu à des troubles, 
des coagulations, des dépôts, enfin à des magmas de toute espèce qui 
révoltent tous les sens à la fois ; tels sont les inconvénients ‘pharmaceu¬ 
tiques. 

3“ Le genre d’inconvénients le plus grave et le plus commun peut- 
eti'e, et que nous désignerions sous le nom d’mconvénients thérapeuti¬ 
ques, se subdivise en deux espèces : dans la première, le praticien associe 
des substances d’actions diverses ou même opposées, lesquelles se neutra¬ 
lisent plus ou moins complètement. La seconde espèce consiste dans la 
combinaison d’éléments tellement nombreux, que les effets deviennent, 
en quelque sorte, indéchiffrables et sans aucun profit pour l’art et la 
science. N’oubliez jamais que le critérium d’une bonne formule est de 
laisser clairement apercevofr l’intention rationnelle qui l’a dictée. Or, ce 
précepte du bon sens est violé presque à chaque page des foimulaires, 
officiels ou non , et Dieu sait ce que couvrent les mystères de la pratique 
journalière! Les mélanges sont presque toujours à titre de spécifuincs, 
c’est-à-dû e qu’on se garde bien de les soumettre aux analyses physique 
et physiologique, de sorte que le pharmacologiste et le médecin demeu¬ 
rent éternellement dans l’ignorance et des agents réels qu’ils adminis¬ 
trent, et des effets organiques qu’ils vont produire. A ces ai-cancs appar¬ 
tiennent les anti de toute espèce, sirops, élixirs, électuafres, pilides, etc. 

Personne ne niera que l’association des médicaments ne réclame, de 
la part du médecin, de profondes connaissances en histoire naturelle, en 
chimie, en pharmacie, en physiologie pathologique, etc. Or, combien 
sont rares les praticiens qui réunissent au degré voulu toutes ces connais¬ 
sances ! Donc, plus les formules seront simples, moins les-médications 
seront variées, et plus elles offriront de lucidité, de sécurité, de 
chances de succès ; moins aussi elles compromettront la santé, la vie des 
malades, sans parler des sacrifices dispendieux que nécessitent les médi¬ 
cations fastueuses; moins encore elles exposeront la réputation de l’hon- 
jicte praticien qui cherche à édifier sa renommée sur d’autres bases que 
le vulgaire charlatanisme des drogues. 

Cependant ici, comme en toutes choses, l’excès est un défaut : In 
vitium ducit calpai fuga. La simpbeité thérapeutique, de même que 
tous les principes les plus généraux et les plus salutaires, comporte des 
exceptions basées sur la science et sur l’art eux-mêmes. Certaines for- 
mides complexes peuvent être justifiées par des considérations ration¬ 
nelles, impérieuses, auxquelles un habile médecin sait sacrifier à propos ; 
telles sont les suivantes : 

1® Une cûconstance qui domine tontes les considérations scientili- 



( 249 ) 

ques, est celle où l’expérience bien et dûment constatée a sanctionné la 
prééminence d’un composé médicamenteux en opposition aux remèdes 
simples. Mais combien de fois n’a-t-ou pas confondu l’expérience réelle 
avec la routine et les préjugés théoriques ! 

2° Les mélanges sont indiqués, lorsqu’on associant des substances di¬ 
verses ou veut et l’on peut obtenir l’ensemble des effets partiek propres 
à chacune d’elles. C’est ici surtout que la pente est ghssante, car les po¬ 
lypharmaques de tous les temps ont invoqué ce principe, lequel étant 
fondé sur les idées dominantes de l’époque, repose, en effet, sm' la base 
la plus mobile. Dans tous les cas, il n’est jamais certain que la natiu’c 
voudi’a bien se prêter au départ que supposent vos théories, et que vos 
éléments prendront les chemins divers que vous leur assignez. Quoi qu’il 
en soit, veillez à ne pas associer des ingi'édients qui se combattent et se 
neutralisent ; veillez surtout à ce qu’ü n’en résulte pas d’effets contraires 
à ceux que vous attendez. 

3“ Plusieiu-s substances peuvent être associées, lorsqu’on veut obtenir 
un produit ou un effet mixte, différent de la composition et de l’action 
de chacim des ingrédients isolés. Encore est-il préférable d’employer 
d’emblée le produit mixte lorsqu’il existe tout prépai-é dans les oflicines. 
Ainsi, je n’ai jamais bien compris poiuquoi l’on ne préfère pas l’eau 
gazeuse à la potion de Rivièi’e, et peut-être aussi le carbonate de fer aux 
pilules de Blaud. Il me semble qu’à l’égard de ces remèdes, et autres 
analogues, on n’a guère émis que des suljtilités. 

4“ 11 est pai’fois convenable de chercher à favoriser r'acliou de cer¬ 
tains remèdes : c’est ainsi qu’il est des menstrues qui facilitent le déga¬ 
gement de quelques principes fortement combinés ; c’est ainsi que cer¬ 
tains coiTectifs font supporter un médicament auquel les organes sont 
réfractaires ; exemple : l’acide sulfurique favorise la solution du sulfate 
de quinine, que l’extrait d’opium empêche de produire la diarrhée. Or, 
dans bien des cas, on prétexte ce motif pour associer des agents pm’e- 
ment congénères, alors qu’il suffirait tout simplement d’augmenter la dose 
de l’agent principal : à quoi bon, par exemple, associer l’absinthe ou la 
gentiane au quinquina, la jusquiame à l’aconit, etc. ? 

5“ 11 peut être utüe, au contraire, de mitiger un agent trop actif : il 
est évident, par exemple, qu’il faut étendre ou diviser les substances 
vénéneuses sous un petit volume, l’arsenic, les acides minéraux, etc.; 
mais encore ici abuse-t-on souvent du précepte en usant de correctifs 
superflus, alors qu’il suffirait de diminuer simplement la dose du médi¬ 
cament. C’est ce que Quarin fait très-bien observer : « Afin, dit-ü, que 
les malades puissent prendre une plus forte dose d’acides minéraux, 
quelques médecins les combment à la gomme. Mais est-il raisonnable de 



( 250 ) 

modérer les forces d’un médicament, afin de pouYoii- le donner en plus 
grande quantité? » (De Febreputridâ.) 

6" Le motif le plus ordinaire, et en quelque sorte obligé des associa¬ 
tions médicamenteuses, c’est d’abord de faciliter la préparation du re¬ 
mède : il est clair, par exemple, que pour obtenir la solution d’une sub¬ 
stance résineuse, il est nécessaire d’employer un dissolvant approprié ; 
que poiu- donner à un produit sec ou liquide la consistance pilulaire, il 
faut user d’un intermède quelconque. IjCs mêmes considérations s’appli¬ 
quent à la nécessité de produire le médicament sous une forme accommo¬ 
dée à l’état pt au gofit du malade. 

Voilà poim ce qui concerne la poljqdiarinacie complexe ; quant à la 
polypharmacie multiple, elle est encore autorisée dans de certaines 
bornes : 

7° C’est ainsi qu’on peut prescrire en même temps, nu même malade, 
soit une tisane adoucissante et un loocli, à part les saignées, dans une 
inflammation de. poitrine ; unefboisson tempérante, un cataplasme et un 
lavement dans une irritation abdominale, etc. Ce sont là des procédés 
rationnels, et qui ne justifient pas ces médicastres qui se croient obligés 
de mettre à contribution toutes les formes pharmaceutiques à la fois. La 
science et la conscience médicales étaldissent parfaitement la limite entre 
l’art et la jonglerie. 

La polypharmacie changeante, elle-même, peut s’autoriser de cer¬ 
taines exigences créées par la pratique : 

8“ Ainsi, l’on reconnaît que l’action de certains remèdes s’use par 
l’habitude ; il est alors indiipié de les changer pour d’autres dont l’action 
analogue converge au même but. 

9“ Ou bien les malades se lassent, se dégoûtent des mêmes médica¬ 
ments : force est bien alors d’obtempérer à ces répugnances. C’est ce qui 
arrive dans les maladies de longue durée, chez les inciuables, les hypo- 
chondriaques, etc. C’est alors que brûlent les ressources réelles du tlié- 
rapeutiste : « Il est, dit Gaulmis, un juste milieu entre ropiniâtrclé 
stupide et la frivole inconstance. » (Formulaire.) 

Telles sont, je crois, les circonstances principales qui peuvent ration- 
naliser la polypharmacie. En dehors de ces préceptes, dont pourtant en¬ 
core il est si facile d’abnser, il n’y a plus qu’ignoranre ou calcul. Ce¬ 
pendant de graves auteurs, et ce même Gaubius, si sévère à l’égard du 
charlatanisme, admettent naïvement quelques autres motifs, que nous 
reproduisons pour le plaisir plutôt que pour l’édification du lecteur, car 
nous n’hésitons pas à les stygmatiscr comme des procédés se rattachant 
à ce qu’tm appelle honnêtement le savoir-faire ; a H faut parfois, dit 
notre auteur, suWr l’exigence du ten^ et des opinions, car il y a des 



( 251 ) 

gens qui exigent de longues formules. » Eh bien ! à ces gens-là le pra¬ 
ticien ferme sur scs devoirs répondra qu’il ne sait point transiger avec 
sa conscience ; et si celle-ci lui ordonne de lutter conü-c l’cntiaîneinent 
général, il prendra la devise de Caton : Fictrix causa diis , etc. 
L’axiome : Fulgus viiU deoipi, decipialitr, plus politique que moral, 
peut d’ailleurs avoir do trop graves conséquences pour qu’il soit permis 
de l’ériger en prmeipe. Aussi blâmons-nous également cette autre né¬ 
cessité admise par Gaubius, fondée sur l’obligation où se trouve le pra¬ 
ticien de SC conformer, par prudence, aux usages reçus dans la localité ; 
pessimè quidem, ajoute l’auteur, pour corriger l’humoralité du pré¬ 
cepte. A cette nécc-ssité nous sacrifierons moms encore qu’à la précédente, 
car pour celle-ci, l’individualité seule était en cause, tandis que dans la 
dernière il y va de la santé des popidalions. 

Si l’on a bien saisi l’esprit de ce travail, on verra que, loin de nous 
ériger en réfonnateur, nous ne sommes que l’écho des législateurs de la 
science, et que nous restons dans les limites posées par l’illustre Jos. 
Frank [Méd. prat., préf.) : « Je désirerais, dit-il, une thérapeutique 
déduite de l’expérience, tenant le milieu entre une méthode trop active 
et compliquée, et une méthode trop molle et trop simple ; qui serait 
fondée sur des indications tirées du diagnostic, autant que la chose est 
po.ssihle; (jui cxclm'ait les formules médicales trop nombreuses; qui 
inculquerait plutôt la défiance des remèdes nouveaux, vénéneux, prô¬ 
nés comme spécifiques, et qui placerait en première ligne le régime 
diététique. « 

Fouget. 


DES AVANTAGES Qu’oNT PRÉSENTÉ LES ÉMÉTO-CATHÀRTIQDES ET LES 
PURGATIFS DANS LE TRAITEMENT DES ÉRYSIPÈLES BILIEUX QUI ONT 
RÉGNÉ rXT ÉTÉ. 

Tous les praticiens ont rcmanpié le gi'and nombre de maladies ame¬ 
nées celte année par la longue sécheresse ef la grande chaleur de l’été. 
Sans nous arrêter aux affections de toute sorte mises sur le compte de 
cette constitution atmosphérique, et ipiiontété fort diversement jugées, 
nous parlerons en particulier des érysipèles, dont le règne survit encore 
aux aub-es maladies. Les érysipèles dont il s’agit se sont reproduits en 
très-grand nombre à côté des affections fébriles suscitées par l’été ; ac¬ 
compagnés eux-mêmes de fièvre, ils ont offert beaucoup de dangeis 
s’ils ont été mal traités ; mais ils ont guéri, au contraire, avec une facilité 
extrême si on leur a appliqué le traitement convenable. Citons qudques 
exemples parmi ceux que nous avons vus en ville et dans les hôpitaux, ce 



( 252 ) 

sera le meilleur moyen de laii’e juger de la natime de ces affections et 
de leur thérapeutique. 

Obs. I. M..., apprenti menuisier, d’un tempérament lymphatique, et af¬ 
fecté d’une carie scrofuleuse des os du métatarse, pour laquelie on avait 
employé mal à propos d’abord un traitement antiphlogistique, mais qui 
s’était amendée depuis par l’emploi de l’hydriodate de potasse, l’usage des 
bains lixivielsel un régime tonique, fut atteint dans le mois de juillet dernier 
d’un gonflement érysipélateux de la face. Appelé auprès du malade, après 
deux ou trois jours à dater des premiers symptômes, nous apprîmes que la 
maladie de ce sujet avait débuté par plusieurs jours d’un malaise général ac¬ 
compagné de dégoût, de nausées, de mal de tête, de fièvre, et d’un commeu- 
cenient d’angine. A notre arrivée, nous constatâmes un gonflement érysipé¬ 
lateux de la face, avec tous les caractères locaux de cette phlogose spécifique, 
et en outre l’existence des signes d’un embarras saburral. Une fièvre vive 
complétait cet ensemble de symptômes; il s’y joignait un mal de tôle in¬ 
tense très-voisin du délire. Sans nous arrêter à l’inteu.sité du mal de 
tête, mais pesant mûrement les circonstances de la constitution régnante, 
sècbe et chaude, qui Ihvorisait de tous côtés le règne des affections bilieuses, 
de quelque nom qu'on veuille la qualifier, nous avons procédé immédiate¬ 
ment d’après cette considération importante, et nous avons prescrit l’usage 
de la limonade pour boisson, dix centigrammes de tartre stibié à prendre 
dans trois verres d’eau à titre de vomitif, et une diète absolue. L’adminis¬ 
tration du tartre stibié a provoqué des vomissements réitérés de matières 
bilieuses extrêmement amères, d’une couleur verte et jaune, ainsique 
plusieurs garde-robes liquides. Après l’eflet de ce remède, la tumescence 
de la face est tombée, la lièvre a cessé, la céphalalgie elle-même a entière¬ 
ment disparu, et la convalescence a été décidée. Le lendemain, une potion 
purgative composée avec trente grammes de sulfate de soude, deux grammes 
de follicules de séné et trente grammes do manne en larmes pour un verre, 
a secondé l’effet de rémétho-cathariique employé la veille, et le malade a 
été parfaitement guéri le lendemain de la médecine. 

Les réflexions suggérées par cet exemple ressortent d’elles-mêmes. On 
a sous les yeux un érysipèle de nature bilieuse comme ils le sont pres¬ 
que tous plus ou moins, et comme l’étaient eu 'particulier tous ceux 
qui ont régné pendant le long été de 1842. Les preuves du caractère bi¬ 
lieux de ces érysipèles se déduisaient, en premier lieu, de l’action spé¬ 
ciale des chaleurs atmosphériques sèches et'longues, de l’ensemble des 
symptômes gastriques, du type même de la fièvre continue-rémittente, 
si aucune compUcation ne s’associait au caractère büicux de cette ma¬ 
ladie; aussi, ce qu’il y avait de mieux à faire était d’attaquer de front 
ce caractère, sans se laisser intimider par la céphalalgie, ni par la 
crainte chimérique d’une méningite ni d’une gastrite; c’est le parti 
que nous avons pris, et bientôt un succès prompt a justifié notre 
diagnostic. Supposons maintenant qu’au lieu d’obéir à l’indication que 
nous venons de signaler, on se fût borné à poursuivre localement l’éry^ 



( 253 ) 

sipèle, à le traiter par des applications réitérées de sangsues, à le con¬ 
sidérer, eu un mot, comme le point de mire du traitement. Que serait-il 
résulté d’une semblable méthode? On peut aisément le prévon, la fièvre, 
entretenue par l’affection bilieuse, aurait acquis plus de force ; avec 
l’accroissement de la fièvre, la céphalalgie serait devenue plus intense ; 
quelques points d’in-itation se seraient développés en même temps 
dans le trajet de la muqueuse gastro-intestinale; et, si l’on avait persé¬ 
véré dans une méthode désastreuse, bientôt le délire se serait mis de la 
partie, et l’on n’aurait vu autre chose dans une affection primitivement 
simple et bénigne, qu’une fièvre grave, une fièvre typhoïde. C’est jus¬ 
tement ainsi que se forment la plupart des affections qualifiées de fièvres 
typhoïdes, faute de les reconnaîti'e pour ce qu’elles sont dès leur dé¬ 
but, et faute de leur appliquer de prime abord le traitement qui doit 
en faire justice. Nous n’hésitons pas à le dire, parce que nous en avons 
été souvent témoin dans la pratique ; bon nombre des fièvres appelées 
typhoïdes ne sont, en piincipe, qu’une fièvre simple et bénigne, le plus 
souvent bilieuse, muqueuse ou gastrique, qu’un traitement mal entendu 
fait dégénérer bientôt après, et rend graves et pernicieuses. Les cha¬ 
leurs opiniâtres de cet été nous ont offert de nombrenses occasions de 
constater ces faits. Presque toutes les affections observées pendant sa 
dm’ée avaient une empreinte profonde des affections bilieuses propres à 
l’été ; et la plupai’t des fièvres typhoïdes dont on a tant parlé cette an¬ 
née n’étaient que des affections de ce gciu-e, mal ti-aitées et très-forte¬ 
ment exprimées. 

Obs. II. La sœur du même sujet, jeune ülle de dix ans, lymphatique et 
scrofuleuse, ne tarda pas à éprouver la même maladie. Son érysipèle affecta 
pareillement la face, et s’accompagna aussi de symptômes gastriques avec 
une lièvre continue rémittente; la céphalalgie; la douleur épigastrique, l’agi¬ 
tation fébrile, les douleurs intestinales, offrirent à peu près la même intensité, 
et les conséquences de ces symptômes auraient été les mêmes, si on ne les 
avait pas enrayés par les mêmes moyens. Le tartre stibié fut administré 
ici comme dans le premier cas, dès l’apparition de l’érysipèle, à la dose de 
deux grains aussi. Le surlendemain, un purgatif composé de la même ma¬ 
nière suivit l’administration du tartre stibié. Les effets de ce traitement 
n’eurent pas moins de succès chez la sœur que chez le frère : après les vo¬ 
missements provoqués par l’émétique, le gonflement de la face tomba, la 
rongeur érysipélateuse pêlit, sa surface se dessécha, et la desquamniation 
commença. Ou s’étonnera peut-être de la dose des médicaments employés 
dans ces deux cas, surtout chez la jeune fille êgée de dix ans à peu près; 
mais il faut remarquer que les deux sujets dont il s’agit étaient d’une consti¬ 
tution molle, lymphatique et scrofuleuse, chez lesquels il y a généralement 
peu d’irritabilité. Or, chez les malades ainsi constitués, et c’est là une re¬ 
marque pratique qu’il est permis de généraliser, les médicaments n’opèrent 
communément qu’à des doses supérieures à celles qui leur conviendraient 



( 2Û4 ) 

s’ils n’étaient pas frappés d'une sorte d’inertie. Les sujets de ce tempéra-i 
ment et de cette structure organique se rapprochent de la condition des in¬ 
dividus dont on a ciu pouvoir dire qu’il laliait les écorcher pour les cha¬ 
touiller. 

Nous n’avons cité jusqu’ici que des cas d’érysipèle dont les càmplica- 
tions, si l’on en rencontre, réclament la meme thérapeutique que l’érysi¬ 
pèle bilieux; mais il en existe d’autres où, indépendamment des contre- 
indications à l’usage delà méthode antihiheuse, la méthode en question île 
réussit pas avec le même bonheur. Cependant, dans lés cas mémo où le 
traitement préconisé ici n’opère pas avec itn égal succès, il est aisé de Voir, 
lorsqu’il règne une constitution aussi fortement bilieuse que celle de l’été 
dernier, <pie la méthode évacuante est encore la plus efficace. Un 
exemple établira ce nouveau fait. 

Obs. III. J. B., ùgée de quatre ans, faible et maladive, portant coiislam- 
ment un gros ventre, signe de l’engorgement des glandes mésentériques, 
fut atteinte, à la Un du mois d’août, d’engorgement érysipélateux de la tète 
et de la face. La maladie débuta par la lièvre, par des vomissements spon¬ 
tanés, et par une grande agitation. Appelé auprès de ce sujet, nous avons 
trouvé la face rouge, gonflée outre mesure, tondue, la langue sèche, les 
yeux fermés par le gonflement, le ventre tendu, mais sans douleur, la peau 
sèche, brûlante, le pouls accéléré et très-petit, et un commencement de dé¬ 
lire; quelques garde-robes liquides se joignaient à ces symptômes. L’irrita¬ 
tion générale ne nous permit pas do songer momentanément è l’emploi de 
l’émétique; nous procédâmes, en conséquence, pendant vingt-quatre heures, 
par une boisson délayante et des topiques émollients sur le ventre. Le jour 
suivant, la langue s’humecta un peu et se chargea d’un limon épais. C’est 
alors que nous administrâmes soixante grammes do sirop d’i|)écacuanhn, de 
peur que le tartre stibié n’augmentât l’irritation du tube digestif. Quelques 
vomissements suivirent l’emploi du sirop; dès lors, l’érysipèle glissa do la 
tète et de la face vers le cou, le dos et la poitrine; mais le ventre restait tou¬ 
jours ballonné d’une manière alarmante. Une infusion de rhubarbe pour 
boisson détermina quelques garde-robes sans diminuer le ballonnement du 
ventre.Lesjours suivants, l’assoupissement se reproduisit,etavec ce symptôme, 
le pouls, toujours accéléré, devint de plus en plus faible; enfln, la petite 
malade parut dans l’imminence d’une congestion céphalique mortelle. Dans 
ce péril, le plus pressant était de détourner la congestion. On remplit cette 
indication en promenant sur les membres plusieurs cataplasmes sina- 
pisés, qui réussirent parfaitement à dégager la tète. Une nouvelle prise de 
sirop d’ipécaeuanba, administrée le lendemain, assura, à l’aide de vomis¬ 
sements réitérés, la marche rétrograde de la maladie : l’érysipèle continua 
dès lors à glisser vers les parties inférieures, et disparut au Iwut de quelques 
jours, après avoir envahi successivement la tète, le cou, la poitrine et le 
dos. Un seul symptôme survécut au reste de la maladie, c’était le gonflement 
du ventre, gonflement non douloureux, mais qui gênait la respiration, et 
simulait une hydropisie ascite. L’usage du petit-iait .aiguisé de quelques 
centigrammes de nitrate de potasse, joint â celui du raisin bien mér pour 



( 255 ) 

tonte nourriture, triomphèrent onfln de ce ballonnement au bout de sept à 
huit jours. 

Nous n’avons pas osé recourir inunédiatement sur cette petite malade 
à l’administration du tartre stibié en vomitif, et nous avons eu tort. 
L’expérience acquise depuis nous a donné la conviction que nous aurions 
eu bien meilleur mai'ché de cette maladie avec ce médicament qu’avec Id 
sirop d’ipécacüanha. Le tal'tre stibié, en effet, quoique agissant commd 
l’ipécacuanlia à titre de vomitif, ne détermine pas le vomissement de la 
même manière que le tartre stibié; Sans nous engager dans une étude 
comparative de leur action respective, nous retnarquerons seulement que 
le tartre stibié est le médicament le plus approprié au traitement des af¬ 
fections bilieuses, dont la maladie actuelle portait aussi les ti-aitS; Tou¬ 
tefois, l’ipécacuanba a eu ici un bon effet ; mais il a été moins prompt 
et moins efficace que le tartre stibié dans les deux premiers cas cités. 11 
estA'i ai que chez le dernier sujet la maladie était beaucoup plus intense, 
et que d’ailleurs nous avions affaire à une constitution bien plus délabrée. 
Néanmoins, nous persistons à dire que, dans tous les cas analogues, le 
tartre Stibié se montre ici plus efficace que les autres vomitifs. Hésumon^ 
maintenant les caractères des érysipèles dont nous venons d’offrii’ quel¬ 
ques exemples particuliers. 

Les érysipèles de cet été commençaient par quelques jours de fièvre, 
avec de la céphalalgie, des nausées ou du dégoût, un brisement général, 
des coliques ou de la diarrhée. Cette fièvre préliminaire redoublait assez 
souvent dans l’après-midi, et s’amCndait i-égulièremciit dans la matinée. 
Bientôt apparaissait la plilogose érysipélateuse : elle af fectait préféra¬ 
blement la face, où elle débutait par une rougeur diffuse et doulou¬ 
reuse, avec gonflement et tension, comme tous les érysipèles. La phlo- 
gose augmentait ensuite par degrés, envahissant de proche en proche le 
nez, les joues, le front, la face et toute la tête. Sur ces entrefaites, la 
fièvre s’exaspérait, ainsi que le brisement des membres, des douleurs va¬ 
gues traversaient le corps, et une faiblesse universelle accompagnait toits 
ces symptômes. A l’apogée delà maladie, il n’était pas rare de voir sul- 
venir le délire; la langue était en même temps rouge aux bords et à la 
pointe, chargée d’uii enduit blanc jaunâtre, très-épais ; la peau brû¬ 
lante et aride; le pouls fréquent, dur et développé. Au bout de cinq ou 
six jours, lorsque la maladie mardiait régidièrement, l’érysipèle s’affais¬ 
sait, pâlissait en contractant une teinte jaunâti-e, pendant que les phlyc- 
tènes, s’il s’en était formé, s’ouvraient spontanément, et que la surface 
de l’inflammation s’en allait en écailles plus on moins larges. Alors la 
fièvre tombait, et le ventre, jusque-là resserré, fournissait coup sur 
coup plusieurs garde-robes en consistance de purée; une moiteur géné- 



( ?56 ) 

raie, et plus rarement la sueur, accompagnaient la solution de la mala • 
die. Bientôt après les malades entraient en convalescence. Telle était la 
marche ordinaire de ces érysipèles, quand rien n’embarrassait leur déve¬ 
loppement régulier. Mais tous n’avaient pas cette simplicité, surtout 
quand on en troublait la marche : dans ces circonstances, la tête s’af¬ 
fectait de plus en plus et un délire doux on frénétique se déclarait, ou 
bien le ventre se météorisait, des points d’irritation s’établissaient du 
côté de la fosse iliaque droite, ou enfin les deux ordres de lésions, ccUes 
de la tête et du ventre, se rencontraient ensemble. Ces coïncidences f⬠
cheuses redoublaient la fièvre, qui prenait dès lors tous les attributs des 
fièvres du plus mauvais caractère, s’accompagnant de soubre-sauts des 
tendons, d’une aridité extrême de la peau, de la décomposition des 
traits, de l’abattement des forces. Nous n’avons pas besoin de remar¬ 
quer que le danger était alors urgent, et que, à moins d’une très-grande 
habileté de la part du praticien, la plupart de ces malades succombaient; 
et ceux qui parvenaient à se relever tramaient une convalescence si labo¬ 
rieuse, que beaucoup ne sont pas encore rétablis. Ce tableau abrégé 
montre l’analogie de ces érysipèles avec les fièvres dites typh&ides, et 
cette analogie est d’autant plus vraie, qu’im grand nomlire de malades 
ont été atteints de tous les phénomènes de la fièvre éiy-sipélateuse, sans 
avoir eu d’érysipèle. 

Le traitement convenable était tout tracé dans l’histoire des éiysipèles 
laissée par les grands maîtres. Il comsislait à négliger entièrement la 
phlogose érysipélateuse, qui n’était jamais que symptomatique, pour 
s’attacher à combattre la fièvre même. Quant à l’indication fondamen¬ 
tale de cette fièvre, elle résultait de sa nature essentiellement bilieu.se. 
Aussi les éméto-cathartiques au début, suivis bientôt après des purga¬ 
tifs , en étaient-ils les remèdes par excellence. Cette indication fonda¬ 
mentale n’exduait pas toujours la présence d’autres indications; mais 
celles-ci n’intervenaient qu’à titre secondaii'e, ou comme auxiliaires de 
la première. Par exemple, au début de la maladie, si les malades étaient 
forts, jeunes ou pléthoriques, une ou deux saignées préparaient l’admi¬ 
nistration du tartre stibié. Mais malhem' à ceux qui considéraient le trai¬ 
tement antiphlogistique comme la base de la méthode curative ! D’autres 
fois, quand l’irritation pouvait faire appréhender d’qn venir immé¬ 
diatement à l’éméto-cathartique, un ou deux joins de l’usage d’une eau de 
chiendent nitrée ou de limonade végétale froide suffisait pour abattre 
l’excès d’iivitation et frayer la voie à l’ingestion du sel émétique. Quand 
le tartre stibié avait été indiqué, un seul émétique ne suffisait pas tou¬ 
jours , et l’on se trouvait bien de le répéter le lendemain. Nous avons eu 
occasion de procéder plusieurs fois ainsi, non-seulement sans danger, 



( 257 ) 

mais avec le plus gi-and succès. Le point important dans l’administration 
d’un médicament c’est son indication ; tant que cette indication est con¬ 
statée , il n’y a que profit à y satisfaire largement. 

La purgation réitérée était un complément de l’exhibition des éméto- 
cathartiques ; mais il fallait bien se garder, comme on le fait encore en 
ce moment, de commencer le traitement de la maladie par la purgation. 
Le plus petit inconvénient de cette méthode vicieuse, c’est de ne pas en¬ 
rayer le mal ; très-souvent même l’emploi prématiué des pm gatifs exas¬ 
père tous les symptômes et provoque les plus graves accidents. C’est à 
tort qu’on placerait sur la même bgne l’action des émétiques et des pur¬ 
gatifs , sous le prétexte ridicule que les uns et les autres produisent des 
évacuations. De quelque manière qu’on veuille expliquer les effets de ces 
deux ordres d’agents, un fait expérimental incontestable, avoué et pro¬ 
clamé par les praticiens de tous les lieux et de tous les temps, c’est que 
les émétiques et les 'purgatifs ne sauraient se suppléer réciproquement; 
cette expérience atteste au conti-aire que les émétiques pris au début des 
affections hSicuses réussissent à merveille quand ils sont appbqués à 
propos ; au beu que les purgatifs manquent presque toujours le but du 
praticien, alors même qu’ils ne sont pas nuisibles, quand on y a recours 
à la période initiale de ces affections. 

Fuster. 


UN MOT SUR LA CHLOROSE AIGUE ET CHRONIQUE, ET SUR SON TRAITEMENT 
PAR UN NOUVEAU MODE DE PRÉPARATION FERRUGINEUSE. 

n n’est plus permis aujourd’hui de restieindre, avec Gullen, Sauva¬ 
ges, Gardien, Pinel, Roderic à Castro, Mercatus, Primerose, etc., etc., 
la dénomination de chlorose à une affection qui serait caractérisée par 
la décoloration de la peau, avec détention, suppression ou diminu¬ 
tion des règles; mais on doit, avec Frédéric Hoffmann, considérer la 
chlorose comme une affection générale, cai-actérisée par un chan¬ 
gement survenu dans tonte l’habitude du corps par la coloration 
blanche, verdâtre ou jaunâtre de la peau, l’altération des humeurs, le 
trouble de la circulation, de la menstruation, des accidents nerveux, 
l’atonie des viscères et une prostration plus ou moins marquée. A cet 
ensemble de sjrmptômes qui la distingue déjà des autres affections du 
cadre nosologique, nous devons encore ajouter la flaccidité des tissus et 
des muscles, la décoloration des muqueuses, les modifications survenues 
dans la composition du sang, et les suffusions séreuses. 

On a cru pour les besoins de la théorie, ou pour faciliter l’intelligence 
TOHE XXIII. 7 ' LIV. 17 



(258 ) 

et l’élude de cette affection, deroir créer des espèces et des variétés diffé¬ 
rentes de chlorose, suivant que les symptômes neiTcux se développaient 
sur tel ou tel organe. D’après notre observation, rienn’aiitoriseuneparcille 
distinction ; car nous voyons que la chlorose, affection essentiellement 
générale, n’éveille la souffi-ance de tel ou tel organe que parce que 
celui-ci, par une prédisposition individuelle, ou à cause d’antécédents 
particuliers, souffre plus qu’un autre de l’influence qu’il reçoit. 

C’est pour éviter cet écueil que nous nous rattacherons aux faits prin¬ 
cipaux les plus ordinah'cs, et partant les plus saillants, et qn’ainsi nous 
établirons de prime abord une division de la chlorose en aiguë et en 
chronique, ou, si l’on veut, avec Marshall-Hall, en confirmée et en in¬ 
vétérée . Coock, M. Hlaudet d’auti'cs auteurs avaient reconnu des chloroses 
aiguës, mais ils entendaient pay là une chlorose qui débute subitement 
après une cause appréciable, comme ime frayeur, une émotion, etc. 
Pour nous, l’observation nous monti'ant tous les jours qu’il existe beau¬ 
coup de chloroses qui dans l’espace de quinze jours ou trois semaines se 
dévelopjieut et se confirment, tandis qu’elles s’amendent et disparais¬ 
sent dans un temps à peu près égal sous l’influence d’une médication 
convenable ; qu’il en est d’autres, au contraire, qui surviennent lente¬ 
ment avec des phénomènes insensibles'et graduels, minant sotmdement 
et profondément la constitution, éveillant plus particulièrcraeut les sym¬ 
pathies nerveuses de divers organes, et ne cédant qu’à ime ti'ès-longuc 
et très-persévérante médication. Ne voit-on pas, en outre, que toutes 
ces névroses suivent la chlorose et ne lui préexistent, ou peut dire jamais? 
Or, nous ne saurions admettre la pensée de M. Monneret et de notre an¬ 
cien camarade de Laberge, que la chlorose varie suivant la part qu’y 
prend tel ou tel organe. Pour nous, il peut y avoh- des anémies et des 
hydroéinics sjTnptomaliqucs ; mais il n’y a pas de chloroses de cette 
natiue. De telles idées repousseraient la science dans les ténèbres dont 
elle cherche à sortir. 11 y a du reste assez de causes qui peuvent faire 
varier la durée comme la forme de la chlorose : l’âge, la constitution des 
sujets, la persistance de la cause qui l’a produite, les conditions hygié¬ 
niques, les influences morales, les moyens thérapeutiques, etc. Mais notre 
division en aiguë et en chronique ne préjuge rien; elle ne fait que tra¬ 
duire exactement les faits, et avertir le praticien de la conduite qu’il aura 
à tenir selon telle ou telle drconstance ; c’est l'essentiel à notre avis, car 
le but de notre science est avant tout d’assurer et de déterminer, autant 
que possible, nos moyens et leur application. Tenir en éveil contre l’er¬ 
reur, c’est la prévenir. 

Ne pouvant faire ici l’histoire de la chlorose, ni présenter les nom¬ 
breuses observations intéressantes que nous avons recueillies, nous nous 



( 269 ; 

houieioiir, irinrher à iiiditjilci' lo tfaitenienl qui nouâ est pni ti- 
culier et qui nous a toujours réussi, à di i‘C qUel(|ucs mots siir les principaux 
caractères dilfcrcnliclsdc la chlorose aiguB cl de la chlorose chronique. 

Le premier caractère différentiel de ces deux états consiste dans le 
temps que la maladie met à se développer et à ai-river- à un certain degi-éj 
mais une fois le sang altéré dans scs proportions chimiques à un point 
déterminé, peut-être alors identique dans l’un et l’autre cas, les symptô¬ 
mes sont souvent analogues. .4insi même pAlcur, mêmes essoufilementsj 
mêmes palpitations, mêmes inquiétudes, tristesse et lassitude, Toutefois 
il existe tin caractère trairaent important à noter, et qui d’ailleurs est 
commun à toutes les maladies chroniques, c’est que l’habitude des souf¬ 
frances, on leur établissement successif et gradué, rendent l’état chro- 
niqr.e bien jdus facilement supportable. 

Dalis la chlorose aiguë, l’inappétence, le dégoût est .subitement 
porté ([uelquefois h ne pouvoir supporter l’idée des aliments. Les lassitu¬ 
des sont exü-êmes et vont souvent jusqU’à la défaillance. Dans la chlo¬ 
rose chronique, au contraire, la marche n’est pas toujours pénilde ; la tris¬ 
tesse est moins profonde, etc. ; tandis que les douleurs névralgiques, les 
trouilles fonctionnels, gastriques, intestinaux, les douleinsutérines, en¬ 
céphaliques , sont plus fréquents et surtout plus fixes et plus rebelles > les 
attaques d’hystérie sm viennent fréquemment i je né les ai jamais obser¬ 
vées dans la chlorose aiguë. 

En analysant plus profondément ce sujet , nous trouvons encore îa 
même coucordaitce dans les phénomènes j ainsi dans la chlorose aiguë 
les palpitations sont plus tumultueuses, pluslai-ges, plus étendues, Je 
n’oserais pas allirmbr si le bruit du sonfile les accompagne plus souvent, 
mais je puis dire que dans la chlorose chr onique on entend plus ordi¬ 
nairement le bruit de diable des ar-tères, et surtout divers bruits musicaux 
plus aigus, plus sifflants. 

—11 est des médicaments qui résistent à tous les chocs des révolutions 
médicales, à toutes les frénésies des systèmes ; leur action bienfaisante 
est devenue tellement populaire que les doctrines qui les réprouvent ne 
peuvent les repousser entièrement. Le fer est donc demeuré dans la pra¬ 
tique médicale malgr é la réprobation générale qu’avait portée an* toni¬ 
ques la médecine phy.siologique, Cependant, Comme tout ce qui touche à 
la thérapeutique, il en avait éprouvé une influence fâcheuse, soit parce 
qu’il avait été administré avec plus de timidité, soit jiarcc qit’on en avait 
restreint l’nsage, ou qu’on ne se décidât à y recourir que lorsque les moyens 
de prédilection avaient échoué. Tous ces motifs avaient donc retardé les 
progrès de nos connaissances sm' les ferrugineux. D’ailleiurs, soit par le 
manque d’observations précises slir la nature des maladies auxquelles 



( 260 ) 

ils conviennent, soit par le défaut de connaissances suffisantes sur la 
composition cliiinique des sels de fer et du sang lui-même, les médecins 
étaient restés dans une erreur funeste, celle de regarder le fer comme un 
emménagogue. Ce point de vue complètement faux, et d’autant plus 
ttompeur qu’il paraissait plus certain, avait empêché longtemps même 
la recherche de la vérité, et était tellement établi dans l’esprit des mé¬ 
decins , qu’aujourd’hui que des travaux nombreux mais disséminés ont 
démontré le contraire, beaucoup de médecins de province, même les 
hommes les plus recommandables, ne peuvent se départir de ces idées qui 
pour eux avaient toujours passé comme une vérité thérapeutique la mieux 
établie. Ainsi, dans le cas de chlorose aménorrhéique, c’est moins à la 
chlorose qu’on adresse les préparations ferrugineuses qu’au défaut de 
flux cataménial, et la preuve, c’est que tous les jours la chlorose est 
méconnue ; ou bien on voit administrer le fer dans des cas de dysménor¬ 
rhée ou d’aménorrhée sjTnptomatique d’une lésion organique. 

n résulte donc de ce manque d’idées bien arrêtées, que non-seulement 
on a adressé les préparations ferrugineuses à des maladies qui ne les récla¬ 
maient pas, mais que, dans certains cas, on s’est privé d’une ressource 
précieuse et que rien ne pouvait’remplacer. 

Une autre conséquence d’une première erreiu’, c’est la croyance où l’on 
était que le fer activait la circulation utérine, qu’il augmentait par con¬ 
séquent la congestion de l’organe, et pouvait ainsi devenir funeste dans 
le cas d’une lésion organique dans le tissu ou les aimcxes de la matrice. Or, 
le fer n’a aucune action spéciale sur l’utérus ; s’il est effectivement très- 
efficace dans plusieurs de ses affections, c’est poiu- combattre des phéno¬ 
mènes particuliers, tels que l’hémorrhagie et l’anémie qui les accompa¬ 
gnent d’ordinaire ; mais il demeure sans action sur la lésion organique 
elle-même, qui marche indépendante du remède, dont elle n’éprouve l’in¬ 
fluence que d’une manière générale. Aussi, loin d’être défavorable, l’ai-je 
vue aussi concourir à l’amélioration du mal. 

On a cru pouvoir établir que les préparations ferrugineuses, étant des¬ 
tinées à rendre au sang des matériaux et des propriétés qu’il avait per¬ 
dus, devaient .être solubles pour être plus facilement assimilées. Cette 
idée adonné naissance à une foule de préparations, depuis afGrmer ici 
que j’ai expérimenté toutes les préparations ferrugineuses sur de grandes 
proportions, et que je n’ai nullement trouvé que leur action fût en rai¬ 
son directe de leur solubUité. 

Disons, du reste, que toutes les préparations de fer guérissent la chlo¬ 
rose ; que par conséquent il ne reste plus que deux questions à résoudre , 
la substance étant là, c’est 1“ d’établii- quel est le mode qui amène le 
plus promptement ce résultat, 2" qui fatigue le moins l’estomac. 



Ainsi ii s’agit donc, non de trouver le remède pour guérir la chlo¬ 
rose, mais d’indiquer un mode d’administration qui puisse, sans obstacle, 
être administré à diverses susceptibilités, et qui triomphe du mal avec 
une rapidité suffisante pour ne pas dégoûter les malades, fatiguer leur 
estomac ou les exposer à une chlorose chronique. 

En jetant un coup d’œU sur mes nombreuses observations, et en cher¬ 
chant à me rendre compte de ma pratique de tous les jours, j’ai vu que 
les sels de fer s’assimilaient moins par leur solubilité que par l’action que 
paraissaient avoir sur eux les acides et les sucs de l’estomac. Je me suis 
convaincu que le carbonate ferrique, malgré ses inconvénients, est en¬ 
core celui dont les effets sont les plus avantageux. J’ai pensé dès lors 
que s’il était possible d’administrer le carbonate ferreux en empêchant 
sa rapide oxydation, tout le problème serait trouvé. Mon ami le doc¬ 
teur Gerdy jeime m’ayant appris que M. le docteur Derouet-Boissière 
avait incorporé, après sa précipitation, le carbonate ferreux dans de la 
pâte de froment poiu en faire du pain, et que ce mode avait réussi chez 
un grand nombre de malades de la capitale, je songeai à utiliser ce ren¬ 
seignement en province. En effet il fallait renoncer à ce mode d’ad¬ 
ministration par le pain, comme complètement impraticable. Je ne tardai 
pas à penser que si l’action du gluten dans la pâte s’opposait à l’oxy¬ 
génation du carbonate ferreux, un mucilage de gomme adragant très- 
consistant aurait la même propriété. Je chargeai donc M. Narsan, phar¬ 
macien haltile, d’incorporer, de suite après la précipitation et la filtra¬ 
tion, la pâte du carbonate ferreux avec le mucilage, puis d’y ajouter la 
quantité de sucre nécessaire pour faire des pastilles aromatisées avec uj,_ 
essence. J’obtins ainsi des pastilles très-agréaliles, contenant chaque 18 
centigrammes de carbonate ferreux hydraté, ou 9 centigrammes anhy¬ 
dre. Ces pastüles se conservent sans altération. J’en ai qui datent de 
plus de cinq mois, et qui ont toujours à la cassure la même couleur ver- 
dâti’e, et la même âpreté stiptique qui rappelle le goût de l’encre. Ce¬ 
pendant je dois dire que, si après quelques jours ou plusieurs mois, on 
fait fondre ces pastilles, le carbonate ferreux se précipite sous la forme 
d’une poudre volumineuse encore verdâtre, mais n’ayant plus l’éclat de 
la blancheur première d’un précipité instantané. Cette coloration dé¬ 
pend probablement d’une certaine quantité d’oxygène que l’oxyde fer¬ 
reux a soustrait à l’eau interposée pendant la dessiccation des pastilles, 
quantité pourtant de beaucoup insuffisante pour le faû-e passer à l’état 
ferrique, car ce n’est que plus tard, et à l’exposition à l’air, qu’il passe 
au rouge safi'ané. Du reste, dans cet état il parait être encore suffi¬ 
samment soluble dans les acides de l’estomac, qui se l’approprient plus 
facilement que toute autre substance. Ce moyen a la propriété de préser- 



( 262 ) 

ver, jusqu'ici, mieux que tout autre, le carbonate ferreux de sa prompte 
oxygénat-.on ; il fournit un remède facile pom- la préparation pLarmaceii • 
tique, et surtout pour ses applications thérapeutiques; il est agréable au 
goût des malades, qui le mangent comme des bonbons ; je n’ai trouvé 
encore personne, pas même les plus difiScilcs, et qui n’avaient pas voulu 
continuer les autres traitements, qui manifestassent la moindre répu¬ 
gnance. Sans action irritante sur l’estomac, il peut être donné à jeun, ce 
qui, d’après mon observation, en double aumoûis l’effet. Ajoutons cpic 
par la rapidité de son assimilation il dispense des doses élevées qui sont ren¬ 
dues nécessaires avec les autres moyens, doses élevées qui ne laissent pas 
que de finir par fatiguer l’estomac, et toujoiu’s par dégoûter les malades. 

Siir trente-trois observations de chloroses aiguës recueillies avec soin, 
dix-buit malades ont été traitées après deux mois et demi à trois mois 
d’invasion, et ont été guéries après avoir’ pris 260 pastilles à la dose de 6 
par jour ; quatre autres malades, après un mois et demi d’invasion, ont 
été guéries avec 150 pastilles, toujours prises à la même dose. Des onze 
dernières, chez lcs(jHelles la chlorose datait de trois à cinq mois, et qui 
avaient fait, pour la plupart, divers traitements antérieurs, cinq ont été 
entièrement guéries après 300 pastilles. Les six autres ayant cessé leur 
traitement à diverses reprises, sont aujourd’hui sous l’empire d’une 
chlorose clu’oniqu'e dont nous n’avons pu jusqu’ici déterminer la durée. 
De sorte que l’on peut dire que, dans la grande majorité des cas, 200 
à 260 pastilles de carbonate ferreux suffisent pour guérir la chlorose 

’ië. Ajoutons néanmoins qu’en nous appuyant sur le tableau com¬ 
batif qui précède et sur nos observations de chaque jour, nous ne 
pourrions établir une moyenne rigoureusement exacte de la durée 
du traitement de cette maladie, pai’ce que cette durée est en raison 
directe de l’ancienneté de son invasion ; que d’ailleurs, si l’on ne s’culcnd 
pas bien sur la valeur des mots, on peut faire varier cette moyenne 
d’une manière entièrement favoralile à la durée du traitement, si l’on 
considère comme guérison la cessation des accidents de la chlorose. Or, 
nous l’avons déjà dit, pour nous la guérison n’existe qu’alors tpie les trou¬ 
bles nerveux et circiüatoires ont disparu depuis longtemps, et que la 
coloration de la peau a repris ses caractères normaux et même la fraî¬ 
cheur de la santé. 

Un antre avantage des pastilles de carbonate ferrènx qu’aucune pré¬ 
paration martiale n’a encore possédé, avantage qui simplifie beaucoup 
leur administration et les rend précieuses surtout poim les praticiens des 
campagnes, qui ont plus besoin que tons autres de précision pour être 
compris de leurs malades, c’est qu’il n’est pas nécessaire de donner celte 
préparation à doses successivement croissantes. Elles ne fatiguent jamais 



( 263 ) 

l'estomac, on n’a donc pas besoin d’babituer ccl organe à les tolérer. 
Aussi je lés administre toujours de la même manière et pour toute la 
durée du traitement. Je donne tous les jours 6 pastilles, 2 le matin à 
jeun, 2 dans le courant de la journée, et 2 le soir en se couchant, après 
les digestions. Mes malades prennent ainsi par jour 90 centigrammes de 
carbonate lèrreux hydraté, qui correspondent, d’après les calculs faits, 
à 45 centigrammes anhydre. Cette dose m’a paru tonjom-s suffisante. 
J’ai reconnu d’ailleins qu’une plus forte ne conduisait pas à des résultats 
meilleurs ni plus prompts. Serait-ce parce que l’économie ne peut s’ap¬ 
proprier dans un temps donné qu’une quantité de fer déterminée, et 
que tout ce qui s’éloigne de cette proportion devient du superflu? J’inter- 
rogci-ai l’olworvation, elle seule peut me répondre. Je dois ajouter en 
terminant que, comme tous les praticiens, j’ai cherché à aider l’action 
des feiTugineux, quelquefois par l’usage simultané des toniques, mais 
toujours par une noinriture succulente, généreuse et réparatrice, et par 
réloigncmont de toutes les causes affaiblissantes qui avaient pu concourir 
à l’établissement du mal. 

A. Dauveroxe, 

médecin de l’hospioe do Manosque (Dasses-Alpes), 


thérapeütioüe chirurgicale. 


rO.-NSinÉnATIONS sur QU.VTRE fOUYPES nu RECTUM OBSERVÉS SUR DE 
JEÜSES GARÇO.XS DE DEUX AXS ET DEMI A SEPT ASS, BT SUR LEUR 
TRAITEMENT. 

Les polypes du rectum chez l’adnltc, sans être très-rares, ne sont ce¬ 
pendant pas une affection qu’on rencontre fréquemment; ils doivent être 
encore moins communs chez l’enfant, car les auteurs que j’ai pu consul¬ 
ter à cet égard, même le mimitieux Boyer, qui s’est occupé, en quelque 
sorte, spécialement des maladies chirurgicales de l’anus, ne citent aucun 
cas de ce genre, C’est ce qui m’a engagé à publier quatre observations de 
tumeurs polypeuscs rectales que j’ai été h même de rencontrer depuis 
dix-huit mois chez de jeunes enfants du sexe masculin. Les tumeurs 
avaient entre elles la plus parlàite analogie. Trois de ces enfants étaient 
d’une excellente constitution; le troisième offrait seul une organisation 
lymphatique et légèrement viciée. Tous quatre appartenaient à des pa¬ 
rents sains, n’avaient jamais eu de maladies, ni d’accidents analogues. 
Le plus âgé avait sept ans; les trois autres n’avaient pas passé trois ans et 



( 264 ) 

demi; chez tous, et sans cause connue, il survint, après les évacuations 
alvines, un écoulement sanguinolent, d’abord léger, qui ne tarda pas à 
augmenter, et fut suUi, chez un d’eux au bout de quelques jours, chez 
les trois autres après quelques semaines, de la sortie d’une tumeur rouge, 
offrant l’apparence d’une fraise, qui ne se présentait qu’après les selles, 
et ne rentrait quelquefois qu’au bout d’une heure. Dans aucun cas le sang 
n’était combiné aux excréments; jamais non plus l’écoulement sanguin 
ne devint inquiétant par son abondance. Ces tumeurs ne paraissaient pas 
détermina’ de douleiu’, et la santé des petits malades n’en fut jamais 
affectée d’une manière apparente; mais, on le concevra facilement, les 
parents étaient vivement toimmentés de la maladie de leurs enfants. 

La tumeur a constamment présenté une forme aiTondie, légèrement 
aplatie latéralement ; son segment inférieur ou externe était plus volu¬ 
mineux que celui qui correspondait à l’intestin; sa face supériem’c offrait 
dans son centre l’insertion du pédicule, toujours assez étroit. La gros¬ 
seur du polype était celle d’une fraise ; sa surface, d’un rouge vif, sur¬ 
tout à sa paierie inférieure, était comme papilleuse, et avait beaucoup 
d’analogie avec le fruit dont je viens de parler; sa consistance était 
ferme. Après avoir divisé le polype avec le bistouri, on reconnaissait 
que son organisation était fibro-cellulcusc, peu vasculaire, d’un blanc 
grisâtre. Trois fois le pédinde mince a offert 4 à 5 centimètres de 
longneur ; son tissu était dense, sa couleur blanchâtre ; son extré¬ 
mité supérieure allait s’implanter sm’ la muqueuse rectale, au-dessus 
du spliincter interne, au niveau du bas-fond de la vessie. Dans le qua¬ 
trième cas, ce pédicule, rouge, plus vasculaire et plus épais que les pré¬ 
cédents, n’avait qu’un centimètre de long, et s’insérait en arrière du rec¬ 
tum, entre les deux sphinctere. 

Quelle a pu être la cause du développement de ces excroissances? Il 
est assm-ément difficile de le préciser. En effet, chez nos quatre malades, 
nous ne trom'ons aucune affection morbide][analogue : trois d’entre eux, 
je l’ai dit plus haut, étaient d’une santé excellente, et n’avaient, que je 
sache, jamais été dérangés d’une manière notable; le quatrième, bien 
que sujet à la diarrhée, à des éruptions herpétiques, n’a rien eu non 
plus qui pût expliquer le développement de l’affection qui nous occupe. 
Comment se fait-il qu’une maladie qui s’est offerte quatre fois à mon 
observation dans un laps de temps assez court, ne soit pas signalée 
d’une manièi’e spéciale par les auteurs? On ne peut assurément en 
donner la raison que par cette singulière coïncidence, qu’on pourrait 
presque appeler loi du hasard, qui fait que lorsqu’on vient à rencon¬ 
trer en médecine, et surtout en chirurgie, im cas rare et extraordinair e, 
il est pi’esque constant d’en voir bientôt plusieurs d’une même nature, 



( 265 ) 

ou de nature analogue, se présenter simultanément à l’observation, bien 
que ces faits ne reconnaissent aucune cause générale qui ait pu leur donner 
naissance dans le même temps. Je ne ebereberai pas non plus à expli¬ 
quer d’une autre manière la présence de ces pol 3 q)es chez de jeunes gar¬ 
çons seulement ; car il est très-probable que les deux sexes y sont éga¬ 
lement prédisposés. 

Le diagnostic de cette affection devi’a presque toujours être facile; 
lorsque la tumeur est sortie, il est impossible de la méconnaître à sa cou¬ 
leur rouge, à son isolement complet du pourtour de l’anus, à sa forme 
même, à sa disposition pédiculée, et à l’absence complète de douleur. On 
ne poniTait guère la confondre avec des tumeurs hémorrboïdales. Mais, 
outre que ce gem-e de mal est tiès-rare dans l’enfance, il occasionne ba- 
bituellcment une vive douleur ; sa coloration est livide, sa surface lisse, 
et sa forme beaucoup plus irrégulière, et elle n’est pas ou très-rar-ement 
pédiculée. Quant aux autres tumem’s de cette région, telles que rhagades, 
condylomes, etc., la plus légère attention suffira pour éviter toute mé¬ 
prise ; et d’ailleurs on sait que les enfants sont encore plus rarement at¬ 
teints de ces dernières excroissances que des bémorrhoïdes : je ne parle 
pas du renversement du rectum, toute confusion est ici impossible. Lors¬ 
que le polype n’a pas encore Irancbi l’ouverture anale, que l’enfant 
éprouve un simple suintement sanguinolent pendant et après les garde- 
robes, on pourrait croire à l’existence d’un flux bémorrboïdal. Dans les 
deux cas, eu effet, il y a écoulement sanguin, absence de tumeur ; le 
sang n’est pas combiné aux matières; mais dans le flux bémorrboïdal, 
presque toujours il y a un sentiment de pesanteur dans le siège, un état 
de malaise, un molimen enfin qu’on n’observe pas dans la maladie qui 
nous occupe ; et puis, le flux dont nous venons de parler est aussi peu 
commun dans l’enfance que les tumeurs du même nom. L’exploration à 
l’aide du doigt ferait facilement reconnaître la présence du polype, si les 
efforts de défécation ne venaient pas, en poussant le mal au dehors , 
éclairer d’une manière certaine son diagnostic. 

Cette maladie, abandonnée à elle-même, finirait-elle par devenir 
dangereuse? La tiuneur acquerrait-elle un volume considérable? Les ob¬ 
servations que j’ai faites ne me permettent pas de répondre d’une ma¬ 
nière absolue à ces questions ; pourtant je ne crois pas que ce mal soit, 
en raison de l’âge des sujets affectés, susceptible d’aucune dégénéres¬ 
cence fâcheuse; je ne suppose pas non plus qu’il puisse acquérir un dé¬ 
veloppement considérable. Un inconvénient qu”il pourrait peut-être 
entraîner serait le renversement de la membrane interne du rectum; 
mais dans tous les cas, je ne pense pas que le pronostic puisse jamais en 
être fâcheux. 



( 266 ) 

Le ti'aitement de ces polypes consiste, connue celui des tumeurs du 
meme genre, dans leur ablation. La première fois que j’eus occasion d’en 
rencontrer, n’ayant pas de précédents pour nié guider, je crus devoir 
recourir à la ligature, dans la crainte d’uije béraorrbagie plus ou moins 
abondante. Ainsi, après avoir fait coucher le petit malade sur le ventre, 
les fesses écartées par un aide, je saisis le polype avec une pince, puis 
je tirai dessus afin d’agir le plus haut possible sur le pédicule ; l’enfant 
fit alors un inouvcmcnt, et cclui-oi se rompit à quelques millimètres du 
corps de la tumeur. Un léger écoulement sanguin eut lieu ; il s’arrêta 
spontanément. Curieuï de savoir ce qu’était devenu ce pédicule, jeportai 
le doigt dans l’intestin, et malgré mes recherches, je ne pus le retrouver. 
Depuis ce temps, l’enfant n’a rien éproin é qui pût faire croire h l’exis- 
tenre d’aucune excroissance dans le rectum. Ce fait m’engagea à suivre, 
dans les autres cas, une règle de conduite que le hasard m’avait tracée. 
Ainsi je me contente depuis de faire l’extirpation do ces polypes à l’aide 
des doigts. Pour cela, l’enfant étant fléchi à angle droit, le devant du 
tronc appuyé sur les genoux d’un aide vigoureux qui lui écarte les fe,«scs, 
je glisse l’indicateur droit, enduit d’un corps gras, entre l’excroissance 
et le pourtour do l’anus ; puis je le recourbe en tirant sur le mal, que 
je saisis simultanément avec le pouce, et, par un seul effort do traction 
et de torsion, je romps le pédicule, qui se sépare à une distance plus ou 
moins considérable du corps charnu ; un léger écoulement sanguin suit 
cette rupture, et tout revient bientôt dans l’état natiu’cl. Tel est le mode 
opéi-aloire qui me semble le plus convenable lorsque la tumeur est sortie, 
ce qui a lieu oïdinah ement après les évacuations alvines. Dans le cas où 
le polype ne se présenterait pas au dehors, on chercherait à déterminer 
sa sortie à l’aide de lavements simples, et môme laxatifs ati besoin. Si on 
n’y parvient pas par ce moyen, et qu’on ne puisse attendre, il faut aller à 
la recherche du mal, copime j’ai été obligé de le faire une fois, et tôcher 
de l’amener à l’extérieur, ou bien reporter un second doigt dans l’in¬ 
testin, le saisir' entre ces deux organes, et rompre le pédicule en tirant à 
soi. Je ne pense pas que l’hémorrhagie soit vraiment à craindre en pareil 
cas ; si le sang coulait en certaine abondance, quelques lavements froids 
sufl'u'aicnt pour s’en rendre maître. On conçoit du reste qu’il n’est besoin 
dans ce cas d’aucun régime diététique ; le petit malade peut reprendre 
de suite ses habitudes. 

Obs. I. Le nommé Bénard, âgé de sept ans, bien constitué et bien 
portant, rendait depuis quelque temps, en allant à la selle, une cer¬ 
taine quantité de sang sans paraître souffrir do cet écoulement. Con¬ 
sulté sur sa position, je ne savais trop à quoi l’attribuer, lorstpio, au 
bout de deux ou trois semaines, la mère aperçut une excroissance char- 



( 267 ) 

nue, d’im rouge vif, (jiii sortait après la défécation cl rentrait au bout 
d’un certain temps. L’enftmt m’étant présenté de nouveau, je reconnus 
de suite un polype sujiporté par un pédicule long de quatre à cinq 
centimètres-, qui allait s’implanter sui- la pai-tic anterieure de l’intestin 
rectum ; je conseillai l’extirpation dtimal, et je la pratiquai le 1" fé¬ 
vrier 1841. N’ayant aucun prérédeiit pour me guider, j’eus l’idée 
d’attirer le plus possilde au dehors le polype pendant qu’il était sorti, et 
do faire la ligature de son pédicule. Pour cela, je fis placer l’enfant 
dans la position indiquée plus haut, tandi.s qu’avec une pince à polype 
nasal, que je pris de la main droite, je saisis la tumeur, et eu cher¬ 
chant à l’attirer à moi avec un certain effort, son pédicule se rompit 
et rentra de suite. Un peu de sang s’écoula par l’anus, et il fut impos¬ 
sible de constater ce qui restait du mal. Quoitpt’il en soit, l’enfant ne 
s’est ressenti de rien depuis cette époque. 

L’examen de la tumeur polypeuse me fit reconnaître un corps charnu, 
arrondi, un peu aplati latéralement, à surface papilleiise, d’un rouge 
vif, surtout à sa partie inférieure ; sa face sirpérieure offrait une légère 
dépression avec perte de substance, correspondant à l’insertion du pé¬ 
dicule; sa gros.sciir était celle d’une forte fraise ; son tissu, d’un blanc 
grisâtre, était dense, peu vasculaire, presque céllulo-fibreux. 

06s. n. Le nommé Charpentier, de la commune de Dannemois, 
enfant de deux ans et demi, fort et bien constitué, rendait sans dou¬ 
leur, depuis quelque temps, une certaine quantité de sang après avoh’ 
été à la selle, lorsque sa mère, alarmée, s’aperçut qu’il lui sortait par¬ 
le fondement une grosseur d’un rouge vif, qui rentrait seule peu de 
temps après la défécation. Les parents me prièrent alors d’aller visiter 
leur enfant; je m’y rendis le 5 avTil 1841. La grosseur n’étant pas 
sm'tie, je lui fis administrer sans succès plusieurs lavements simples et 
même rendus laxatifs à l’aide d’un peu de savon. N’ayant pu réussir à 
faire sortir l’excroissance, je fis placer l’enfant comme dans le cas pré¬ 
cédent , et j’introduisis l’indicateur dans l’anus, ce qui me permit de 
sentir la tumem- qui flottait dans l’intestin, appendue à sa face antérieure, 
au niveau du bas-fond de la vessie, au moyen d’un pédicule long de plu¬ 
sieurs centimètres ; ne pouvant l’amener au dehors avec le seul doigt in¬ 
dicateur, je glissai le medius à côté de celui-ci, ce (pii me permit de le 
saisir entre ces deux doigts et de l’arraeber en tirant modérément. Un 
peu de sang s’écoula ; l’enfant ne parut pas soufirir, et retourna même 
jouer immédiatement. 3’ai appris depuis qu’il n’avait rien éprouvé de 
nouveau vers-lc lieu primitivement malade. L’absence de tout accident, 
après l’opération du petit Renard, m’engagea à agir de la manière ,què 
je viens d’indiquci-. 



Le polype était de même forme et de même grosseur que le précé¬ 
dent; sa surface également rouge et comme papilleuse ; son tissu cellulo- 
fibreux ; le pédicule s’était déchii’é à quelques millimètres de son 
insertion. 

Obs. m. Le jeune Hubert, âgé de trois ans et demi, d’une constitu¬ 
tion lymphatique, ayant eu une dentition assez dilîQcile, fut pris, vers 
le commencement du printemps dernier, d’un écoidement sanguinolent 
assez abondant chaque fois qu’il allait à la selle ; au bout de quelque 
temps, on s’aperçut qu’alors il lui sortait par l’anus une grosseur arron¬ 
die , d’un rouge cerise, d’une sm-face légèrement granideuse, ressem¬ 
blant assez exactement à une fraise ; cette tumeur restait sortie pendant 
une demi-heure environ, puis rentrait spontanément. La mère de l’en¬ 
fant me pria un jour de l’examiner, et ayant reconnu de suite un polype 
absolument de même nature que les précédents, j’en pratiquai l’extii'- 
pation le 28 juin 1842. L’excroissance étant sortie, je fis, comme dans 
les deux cas précédents, placer l’enfant le ventre appuyé siu' les genoux 
d’un aide, qui, avec ses deux mains, lui écartait les fesses; puis j’intro¬ 
duisis l’indicateur droit, huilé, dans l’anus, à côté de la tumeur, dont 
le pédiciüe, étroit et long de plusieurs centimètres, prenait naissance 
sur le devant du rectum, au niveau du bas-fond vésical : je tii’ai un peu 
sm- le poljqje, saisi enü-e ce doigt et le ponce, et le pédicule se rompit à 
quelques millimètres de son corps. Sa texture, sa forme et sa couleur 
étaient complètement identiques à celles des précédents. Un léger écou¬ 
lement sanguin suivit ; l’opération à peine terminée, l’enfant se remit 
à jouer, et depuis lors il n’a rien ressenti vers le point malade. 

Obs. IV. — Lejeune Robillard, âgé de trois ans et demi, garçon 
fort et bien portant, rendit tout à coup, en allant à la selle, il y a quel¬ 
ques semaines, une assez grande quantité de sang ; sa mère s’aperçut 
bientôt qu’il lui sortait par l’anus une espèce de cerise, comme elle 
l’appelait. Depuis ce temps, cette gi-osseur s’est toujours représentée dans 
les mêmes circonstances ; elle restait sortie ime demi-heure ou une heure, 
puis rentrait d’elle-même ; elle ne s’accompagnait, du reste, d’aucune 
altération dans la santé de l’enfant. Le 29 jnUlet dernier, j’en pratiquai 
l’extirpation de la même manière que dans les autres cas ; ü y eut ce¬ 
pendant cette différence, qu’ici le pédicule était court, assez épais, et 
qu’au lieu de s’implanter dans la partie antérieure de l’intestin, il se 
fixait en arrière de celui-ci, entre les deux sphincters de l’anus. Au lieu 
de le rompre, je le coupai avec l’ongle du pouce ; l’enfant ne jeta pas 
un seul cri; le peu de sang qui sortit s’arrêta bientôt; depuis lors, il ne 
s’est rien manifesté de nouveau. La tumeur était en tout semblable aux 



( 269 ) 

Comme on vient de le voir, la ressemblance la plus frappante existe 
entre les quatre observations que je viens de décrire; dans tous les cas, 
la tumeur a la même forme, la même organisation, le même volume ; 
une seule fois, elle dilïèrepar son insertion, quia lieu en arrière. Tous 
les enfants sont du même sexe ; rien, chez eux, ne peut faii-e reconnaître 
la cause de la maladie ; la marche de celle-ci présente également, chez 
tous, une ressemblance complète. Comment se fait-il qu’une affection 
que j’ai rencontrée quatre fois dans un assez court espace de temps ne 
se trouve décrite nulle part? Doit-on attribuer le silence des auteurs à 
l’innocuité du mal, ou à sa rareté? Dans tous les cas, j’ai pensé qu’il ne 
serait pas sans intérêt de faire comiaître les faits qui précèdent, et le trai¬ 
tement qui m’a toujours réussi. Sans doute que d’autres praticiens auront 
été à même d’en recueillir d’analogues sur les deux sexes ; je serais heu¬ 
reux de les voh également publiés, dans l’intérêt de la science, et pour 
compléter une lacime dans les maladies de l’anus chez les enfants. 

Bourgeois, 

chirurgien en cher de l’hdpilal d’Ëtampei. 


MÉMOmE SUR LE STArHYLOME PELLUCIDE CONIQUE DE LA CORNÉE (cONICITÉ 
DE LA cornée), et PARTICULIÈREMENT SUR SA PATHOGÉNIE ET SON TRAI¬ 
TEMENT, AVEC QUELQUES REMARQUES SUR LES STAPHILOMES EN GÉNÉRAL. 

( Suite. ) 

X. Du staphylôme pellucide partiel. —11 existe une espèce de 
staphylôme pellucide qui n’a pasjune forme conique bien prononcée, qui 
n’occupe qu’une portion de la surface de la cornée, et que par ces rai¬ 
sons on peut appeler staphylôme pellucide partiel. Cette affection n’est 
qu’une modification de la conicité' de la cornée, et se forme comme elle 
à la suite d’une inflammation ulcéreuse de cette membrane, lorsque la 
cicatrice ne devient pas assez ferme pora' résister à l’action des muscles 
et à l’impubion qu’elle donne aux humeurs. L’observation suivante en 
donnera une idée fort nette. 

R...., homme de peine, âgé de quarante-deux ans, a été traité à ma 
diniqne en 1835. Affecté depuis longues années d’une ophthalmie pro¬ 
duite par sa constitution lymphatique, et étant sorti sans amélioration 
considérable de différents services d’hôpitaux, il ne distingue plus le 
jour de l’œil gauche, le plus malade'des deux. La partie supérieure de 
la cornée présente des vascularités. A la jonction de ses deux quarts su- 
péiieurs on voit une cicatrice transversale étroite, formant une bande- 



( 270 ) 

lette presque linéaire, d’une eoideur blanc-bleuâtre assez foncée. L’iris est 
adhérent par son bord pupillaire supérieur à celte cicatrice qui est assez 
épaisse, mais nullement élevée au-dessus du niveau de la cornée. Au- 
dessous de cette cicatrice foncée et étroite ou en voit une antre occupant 
environ les deux quarts moyens de la membrane, plus claire et plus 
large, d’une teinte bleu-blanchâtre lactescente, un peu plus foncée au 
centre et se perdant inserrsiblement à la circonférence. Regardée en 
face, elle paraît un peu élevée et d’un aspect opalescent qui a quelque 
chose de particulier ; un oeil exercé y recomiaît même quelque arralogie 
avec le staphylôme pellucide de la cornée ; mais il est impossible de pré¬ 
ciser davairtage cette analogie ou de l’exprimer par le dessin. 

Mais, examiné de profil, l’ceil change cntiàement d’aspect. On voit la 
partie supérieure de l’iris s’avancer en forme de petit toit et adliérer for^ 
tement, par sa marge pupUlaire supérieure, à la cicatrice épaisse et 
étroite. Elle est tellement tiraillée en avant, qu’en regardant de bas en 
haut on peut voir sa face postérieure uvéenne ; les fibres ii’idicnncs sont 
tiraillées de bas en haut, vers l’adhérence ; ce tiraillement change nota¬ 
blement leur couleur. Les deux quarts moyens de la cornée, dans toute 
l’étendue de la cicatrice large et superficielle, ne se présentent plus opa- 
cpes et plats, mais transparents et élevés au-dessus du niveau normal de 
la cornée : ils forment une e.spèee de cône aplati dont la base Com¬ 
mence en haut an bord inférieur de l’opacité transversale et étroite, et 
se termine en bas dans la circonférence inférieure de la cicatrice snpcrfi- 
cielle ; les côtés de cette espèce de pyramide aplatie s’élèvent très-insensi¬ 
blement; sa base, mesurée de haut en bas, de profil, est de cinq milli¬ 
mètres (deux lignes et demie) environ, tandis que son diamètre antéro¬ 
postérieur, du sommet à la base, est d’un peu plus de deux miUitnètres 
(une ligne) au-dessus du niveau normal de la cornée : le sommet est 
apUti ou arrondi. Yoici pourquoi nous avons dit que dans ce cas il n’y 
avait pas ime conicité proprement dite de la cornée. Tonte Cette pmHie 
saillante, regardée,de profil, avait une teinte jaime-doré un peu opaline 
et un reflet luisant comme dans la conicité ordinaire, sauf l’éclat étin¬ 
celant, qu’on ne pouvait produire dans aucune position ni à aucune 
lumière ; chose facile à expliquer, cette forte réflexion des rayons lumi- 
nenx ne pouvant avoir lieu que quand le sommet du cône est plus ou 
moins pointa, et non quand il est aplati. Cet aspect de l’élévation a éié 
très-bien reproduit par le dessin ; c’est le seul cas où l’affection ait été 
raprésentée d’une manière satisfaisante par l’artiste. 

U est évident qu’ici le staphylôme pellucide s’est formé dans toute l’é- 
tenthie de la cicatrice mince, tandis que la bandelette opaque et presque 
linéaire dans le trajet de laqiielle la cornée a acquis de la feimeté a 



( 271 ) 

sisté à l’impulsion donnée aux humeurs par les muscles, et est testée 
aplatie malgré son adhérence avec l’iris, Ces circonstances, en Confim 
mant notre opinion sur l’origine de la conicité, sont en opposition avec 
la théorie de Beer sur le staphylôme de la cornée, théorie dans laquelle 
l’adhérence entre cette membrane et l’iris est regardée comme essentielle; 
or, c’est juste dans la partie adhérente que la cornée a conservé tous ses 
caractères normaux, à l’exception de sa ti’ansparence. 

Le malade qui fait le sujet de l’observation ci-dessus rapportée a été 
traité pour l’oidithalmie chronique ; mais, vni la cécité complète de l’œil, 
dépendante d’une altération des membranes internes, rien n’a été tenté 
contre la conicité partielle delà cornée. 

XI. Quelques niots sur le staphylôme pellucide sphérique de la 
cornée- —Ce que quelques auteurs ont décrit sous ce nom a été regardé 
par d’autres comme une hydrophthalmie antérieure. Je doute que cette 
dernière maladie existe réellement sans que la chambre postérieure de 
l’œil y participe à un certain degré. Il me paraît Irès-vraê emblable que 
les tumeiu's de cette natiue, où la cornée augmente de voluiiie selon son 
diamèn-e antéro-postérieur, sans accroissement de sa circonférence et des 
autres diamèti-cs du globe oculaire, n’appartiennent point à la classe des 
hydrophthalmies, mais bien plutôt à celle des simples distensions de cette 
membrane par l’amincissement de son tissu. NouS’avons déjà prouvé, 
en traitant de l’anatomie pathologique et du kératocèle, que la cornée, 
an lieu de devenir conique, peut, en s’accroissant selon son diamètre 
antéro-postérieur, prendre, dans certaines conditions, imc forme Voisine 
de la sphérique, surtout lorsepie l’amincissement de sa substance occupe 
une plus grande siu'face. Pourquoi, lorsque plusiem's de ses lames sont 
usées et détruites presque uni formément dans toute son étendue, sans avoir 
beaucoup perdu de leur transparence, nefmmerait-elle point un staphy- 
lôme pellucide complètement sphérique? La présence d’une légère opa¬ 
cité plus ou moins apparente de la membrane malade poiurait servir à 
confirmer cette opinion. Nous n’entrerons point dans des détails ultérieurs 
sur ce point qui sort de notre sujet, et qu’il suffira d’avoir signalé à l’at¬ 
tention de nos confrères, on nous rapportant à ce que nous avons dit 
dans le paragraphe X. 

Xn. Causes. —D’après ce que nous avons dit jusqu’ici, l’on voit 
que nous ne devons admettre que deux causes directes ou occasionnelles 
de cette affection, savoir : 1® la kératite ulcéreuse, l’amincissement de la 
cornée qui en résulte, et la formation d’nne cicatrice trop peu ferme 
poiu’ résister à l’impulsion donnée aux humeurs de l’œil par la contrac¬ 
tion de ses muscles, et 2° le kératocèle. M. Chélius a fort bien reconnu 
la première de ces deux causes ; mais il attrilme à tort, selon nous, une 




( 272 ) 

part dans la production de la maladie à la pression de l’humeur aqueuse 
trop abondante et à une espèce d’hydropisie de la chambre antérieure. 
Quant à l’ulcération et à l’opacité de la cornée, les malades nient en gé¬ 
néral avoir eu des ophtbahnies ; mais ils ont pu en être affectés dans 
leur enfance et n’en avoir pas eu connaissance, comme cela arrive jour¬ 
nellement pour des taies non accompagnées deconicité. C’est ainsi que le 
malade de Demours père n’a éprouvé les premiers symptômes du sta- 
phylôme pellucide que quinze ans après la variole. Le staphylôrae pel- 
lucide conique se développe souvent longtemps après cette première 
ophthalmie, probablement sous l’influence d’autres causes locales et gé¬ 
nérales encore inconnues. Ainsi, un travail assidu, l’habitude du cli¬ 
gnotement , une irritation accidentelle des yeux produite, par exemple, 
par la présence d’un coips étranger, en sollicitant une conti’action forte 
et continue des muscles oculaires, pourraient donner lieu à la distension 
d’une ancienne cicatrice accompagnée d’amincissement de la cornée, et à 
la formation de la conicité de cette membrane. Sous de pareilles circon¬ 
stances, la maladie parait quelquefois pouvoir se développer rapidement. 
C’est ainsi qu’on rapporte que, dans un cas, la maladie s’est formée brus¬ 
quement par suite de l’aspect d’un mur vivement éclairé et de la con¬ 
traction très-violente des muscles de l’œil ; que, dans d’autres, des ef¬ 
forts faits pendant le vomissement et la toux l’ont fait augmenter rapide¬ 
ment. Peut-être que l’observation si singulière d’une distension énorme 
des deux cornées sur le cadavre d’un criminel exécuté par la corde, 
rapportée par Bmgman (dans Haller, Disput. chirurg., t. I), où ces 
membranes pendaient sur la joue en forme de longues cornes, trouve¬ 
rait son explication dans l’existence antérieure d’une cicatrice peu ferme 
ou d’un kératocèle. 

Des causes générales, en donnant lieu à une congestion cérébro-ocu¬ 
laire, semblent favoriser le développement de la maladie. Plusiems fois 
j’ai vu des personnes du sexe affectées en même temps de conicité de la 
cornée et de dysménorrhée; j’aurai à revenir sur ce point à l’occasion 
du traitement. Toutes les circonstances capables de produire ime inflam¬ 
mation de la cornée, avec idcération ou kératocèle, peuvent d’ailleurs 
devenir des causes éloignées de conicité. D’après mon expérience per¬ 
sonnelle, je dois me ranger de l’avis d’Adams, qui pense que cette mala¬ 
die n’appartient en propre à aucun âge. Bien qu’il soit le seul qui ait vu 
cette affection sur une femme septuagénaire, et que pour ma part je n’en 
aie trouvé atteintes que des persoimes âgées de moins de cinquante ans; 
bien que je l’aie plusieurs lois observée sur de jeunes filles à l’âge de la 
puberté, et jamais, comme le dit fort bien Phipps, avant l’âge de quatorze 
ou quinze ans ; je ne puis néanmoins admettre, comme semble l’avoir 



( 273 ) 

fait ce dernier, qnc la maladie soit plus particidièrement l’apanage de 
l’époque de la puberté ; elle m’a d’ailleiu-s paru à peu près également fré¬ 
quente chez les deux sexes et chez les personnes jeunes et âgées. Adams 
l’a vue plus souvent sur des femmes et sur des individus peu âgés. On 
comprendra .au reste qu’il est difficile de fah-e de la statistique sur des 
affections en général aussi rares. 

XIII. Marche. — La maladie, qui se voit quelquefois au même de¬ 
gré .aux deux yeux, débute d’ordinaire dans un seul œil, ce qui fait que 
le plus souvent on la trouve beaucoup plus avancée d’un côté. Elle mar¬ 
che très-lentement et reste souvent stationnaire pendant un grand nombre 
d’années, comme nous avons pu voir, peut-être même quelquefois pendant 
toute la vie, à l’état de petite proéminence peu prononcée, de la nature 
de celle décrite dans le paragraphe VIII. Sa marche, à part quelques 
faits isolés et exceptionnels d’un développement rapide, déjà mentionnés 
dans le paragraphe précédent, est toujours très-lente, mais assez géné¬ 
ralement continue; quelquefois la maladie semble s’arrêter en entier, au 
moins pendant longtemps. Plusieurs .auteurs disent qu’elle s’arrête tou¬ 
jours lorsqu’elle est arrivée à une certaine périodejdc son développement; 
d’autres, qu’après un certahi temps de son existence elle est suivie de 
l’opacité du sommet du cône. Je crois qu’il est dangereux de se fier à la 
première de ces assertions, par la raison que, lors de l’arrêt spontané de 
la marche de l’affection, la myopie sera le plus souvent devenue l’étjui- 
valent de la cécité. Quant à la seconde, je la crois basée sur une erreur : 
j’ai déjà dit que l’opacité du sommet s’est montrée à moi constante ; ja¬ 
mais je ne l’ai vue augmenter, ce qui ne pourrait guère avoir lieu que 
par suite d’une nouvelle ophthalmie. Il est probable que, dans les cas 
mentionnés par les autem's, l’opacité exbtait dès le commencement et 
u’ax'ait été reconnue que plus tard ; ou peut-être l’opacité existante aug¬ 
mente quelquefois par suite d’une phlogose chronique produite par l’ex¬ 
tension incessante de la membrane. Il a été dit, dans le paragraphe V, 
rpie nous n’avons pas to de cas où cette cicatrice lut épaisse ; mais en 
rappelant bien nos souvenirs, noms en avons cependant trouvé deux, dans 
notre pratique, où le sommet de la conicité se terminait par- un véritalde 
leucôme ou albugo, et nous en avons rencontré un troisième depuis la 
publication de la première p.irtie du présent travail. 

Quelle que soit la mitrche de cette maladie, elle n’est suivie d’oph- 
thalmie que dans le cas d’un volume extoordinaire de la tumeur, où les 
paupières ne peuvent se fermer qu’imparfaitement et en froissent conti¬ 
nuellement le sommet; dans celui de l’emploi de moyens irritants capa¬ 
bles de produire de l’inllaramation, ou enfin lors de l’action accidentelle 
d’autres causes de phleginasie. Je ne puis admettre qtie l’opacité du som- 
TOME xxni. 8' I.IV. 18 



. ( 374 ) 

met dont j’ai parlé plus haut puisse aller jusqu’à la transformation de la 
tumeur en slaphylôme opaque ordinaire. Sous ce rapport, Demours a 
commis une faute en disant (t. I, p. 316) : « La protubérance augmente 
dans quelques cas rares, se montre accompagnée d’oplithalmie, et sort 
de cette classe particulière pour entrer dans le nombre immense des sta- 
phylomes de la cornée (t. Il, p. 430). » Dans l’observation sur la¬ 
quelle Demours se base ici, la nature de l’affection n’était bien constatée 
ni lors de son début, ni lors de son entier développement. Quelle con¬ 
fiance, d’ailleurs, peut inspirer un auteur qui, dans une maladie aussi 
rare que celle dont il s’agit, après avoir dit (t. I, p. 316) posséder « dans 
les journaux de son père et dans lcs siens des notes relatives à plus de 
cent cas de lésions de cette c.spèce », n’en donne pas une seule observa¬ 
tion complète et bien faite ipii lui soit propre, et se borne à communi¬ 
quer l’histoire obscure d’un cas racontée par un malade et envoyée au 
père de l’auteur près d’un siècle avant la publication de son ouvrage (en 
1747)! 

Il n’est pas probable que jamais le véritable staphylome pellucide co¬ 
nique de la cornée, à l’état simple, se termine par la rupture de cette 
membrane. Dans un cas de cette terminaison, rapporté par Demours, la 
maladie n’était point une conicité de la cornée bien avérée. 

XIV. Des différents moyens employés jusqu’ici contre la coni¬ 
cité de la cornée. — Si l’on consulte les auteiu-s sur le traitement du 
staphylome pellucide conûpie, on trouve que l’empirisme le plus dé¬ 
solant règne dans leur thérapeutique, comme le vague a régné dans leur 
théorie. Les moyens employés par eux peuvent se réduncaux catégories 
suivantes que nous allons successivement passer en revue. 

1“ Topiques irritants, surtout les irritants narcotiques dont l’action 
est transitoire et ne produit qu’une injection passagère de l’œil sans 
phlegmasie. Ces agents tiennent lemilieu entre les simples irritants et les 
narcotiques. Ce sont surtout F infusion concentrée de feuilles de tabac, par¬ 
ticulièrement vairtée par Ware, qu’on emploie trois on quatre fois par 
jour, et le laudanum de Sydenham ou la teinture d’opium, instillés une 
à deux fois par jour dans l’œil malade. Le premier de ces moyens avait 
probablement été choisi dans le but de stimuler localement la résorption 
et de diminuer la quantité trop abondante de l’humeur aqueuse, cause 
supposée de la maladie. M. Bénédict a mis en usage lapomraade d’oxyde 
rouge de mercure, d’autres ont employé celle de précipité blanc. On a 
essayé de rendre plus actif le laudanum par l’addition d’éther sulfurique 
alcoolisé, etc. 

2“ Les astringents, tels que les fomentations d’eau froide, les bains 
d’yeux froids, la solution plus ou moins concentrée de sulfate de zinc, de 



( 275 ) 

ciii\Tc, de fer, de eadmiiilti, celle de pierre divine, et, dans des deriiiei 'î 
temps, celle de nitrate d’argent. Gilwnn a particulièrement vanté nue 
solution d’alnn dans une décoction d’écorce de chêne. 

3“ La compression, employée auti-efois contre le staphylôme opaque 
de la cornée, moyen inefficace et dangereux, jugé depuis longtemps, 
bien qn’on ait tenté de nos jours de l’introduire de nouveau dans la pra¬ 
tique, la compression a aussi été mise en usage contre la conicité. Demours 
a indiqué et figuré un bandage particulier destiné à cet effet. D’après ce 
que nous avons dit sur la pathogénie de la maladie, on comprend faci¬ 
lement qne la compression la plus méthodique ne saurait exercer d’ac¬ 
tion durable. Aussi n’en a-t-on retiré aucune utilité; peu de malades, 
d’ailleurs, comme l’a constaté M. Bénédirt, et comme on le conçoit faci¬ 
lement, .supportent une pression continue exercée sur un organe aussi 
délicat. M. Desmarres m’a cependant dit avoir observé, dans un ou 
detix cas, une diminution très-notable et presque la disparition de la tu¬ 
meur; mais comme il n’a pas revu depuis longtemps scs malades, il n’a 
pu se convaincre si la guérison s’est maintenue. Nous pensons donc que 
la compression, employée avec les ménagements nécessaires et associée à 
d’antres moyens rationnels, pourra avoir quelque utilité. 

4" I^es caustiques, surtout la cautérisation du staphylême avec le ni¬ 
trate d’argent en sulistancc. Elle a été employée de bonne heure, mais 
sans méthode. 

5“ Im ponction de la cornée, pratiquée avec une aiguille à cataracte 
droite et large, ou avec la pointe d’un kératotome, et répétée à plusieurs 
reprises à des intervalles plus on moins longs. La lame de l’aiguille oti 
la pointe du kératotome doit être laissée pendant quelques instants entre 
les lèvres de la plaie, et être touniée doucement de côté et d’antre, afin de 
1 es écarter un peu et de faciliter l’écoulement de l’humeur aqueuse. On peu t 
aussi se servir dans ce but d’une petite spatule mousse introduite après que 
l’instrument tranchant estretiré. Ceux qui connaissent la prodigieuse rapi¬ 
dité avec laquelle ce licpiide se reproduit en peu de minutes quand il s’est 
écoulé complètement, n’auront que peu de foi dans son évacuation comme 
mo3'cn de guérison de la maladie qui nous occupe. Aussi se plaint-on 
généralement de son inefficacité ou de son action trop passagère, même 
comme moj'en palliatif, action que la compression et les astringents, 
employés comme auxiliaires, n’ont pas rendue plus puissante. Au moins, 
pour en obtenir les bons effets que M. Bau seul dit en avoir retirés, fau¬ 
drait-il suivre son exemple, et fane des ponctions fréquemment répétées 
pendant longtemps, ou, selon le conseil de M. Chélius, pratiquées jonr- 
nellcment ou tous les deux jours. Alors, on le conçoit bien, ce n’est plus 
l’évacuation du liquide qui produit l’effet principal, mais la phlegma.sie 



( 276 ) 

traumatique et exsudative de la partie amincie de la cornée qui, en 
épaississant cette partie de son tissu, la fait contracter et lui donne de la 
résistance, de sorte que l’impulsion des liquides ne peut plus la distendi-e 
de nouveau. La vacuité presque constante de la chanibrc antérieure et 
l’affaissement de la cornée peuvent tout au plus coopérer, en modérant 
la pression que subit cette membrane. Ainsi employé, ce moyen devien¬ 
drait l’analogue de la cautérisation, pratiquée d’après le mode que nous 
allons exposer plus loin. Pour ne pomt aggraver le mal au beu de l’a¬ 
mender, il faut éviter la procidence ou l’adbércuce de l’iris, l’extension 
de l’opacité et la blessure du cristallin et de sa capside, infailliblement 
suivies de cataracte. Ces accidents, et surtout le dernier, priveraient le 
malade du peu de vision qu’il conseiTC, lorsque l’affection n’a pas en¬ 
core atteint son plus haut degré. Pour les éviter, il faut ponctionner la 
proéminence au sommet, comme le conseille M. Ghélius, ou, mieux en¬ 
core, ail centre de la petite cicatrice, ou à sa partie lajplus opaque. Par 
ce moyen, on évitera non-seulement les dangers signalés, mais encore 
on agû-a lürectement sur la portion de la membrane dans laquelle la réac¬ 
tion inflammatoire est nécessaire, et au delà de laquelle elle ne doit 
point s’étendre. Mais la plupart des médecins, d’après une théorie erro¬ 
née, n’ayant eu jioiir but que de vider la chambre antérieure, ont pé¬ 
nétré à une distance plus ou moins gi'ande du sommet, et n’ont, par 
conséquent, pu retner aucun avantage considéralilc de l’opération. Par 
des raisons faciles à concevoir, il est inutile et meme dangereux de sub¬ 
stituer à la simple ponction l’incision simple ou cruciale de la proémi¬ 
nence, proposition purement théorique jusqu’ici, à ce qu’il pai-aît, et 
qu’on semble avoir faite d’après l’analogie inadmissible du staphylôme 
cornéen opaque. 

Pour terminer ce mémoire, il nous restera à examiner, dans un der¬ 
nier ailicle, pai-mi les différents moyens employés jusqu’ici contre la 
conicité de la cornée, quelle a été l’action des ré\Tilsifs, des moyens 
internes, de l’expectation, de l’ablation du ci'istallin ; et enfin, dans un 
dernier paragraphe, à exposer quelle est la méthode curative ration¬ 
nelle appuyée par’ notre expérience. 

SlCJlEL. 

NOUVELLES RECHERCHES SUR LE TRAITE-MENT DE L’AM.iüROSE 
OU GOUTTE-SEREINE. 

Je me propose, dans cette note, d’exposer la suite de mes études pra¬ 
tiques sur le traitement de l’amaurose. La première pai'tie de mes re¬ 
cherches (voy. Bull.de Thérap., t. XV, p. 28 et 286) avait pour objet 



( 277 ) 

d’apprécier l’influence des préparations de noix vomique et de strychnine 
dans cette affection ; j’ai fourni plusieurs observations pour préciser les 
indications pratiques. Cette seconde partie de mes recherches aura pour 
but l’étude des cas de goutte-sereine où cette médication ne convient 
pas, et qui exigent une méthode toute différente. C’est pour n’avoir pas 
bien compris les détails précis de diagnostic différentiel et de thérapeu¬ 
tique spéciale, que j’ai vu depuis quelques praticiens, venant à l’usage 
intempestif de ces moyens, les employer sans résultat. Le meme remède 
ne convient pas dans tous les cas; il faut bien se garder d’appliquer les 
préparations de noix vomique dans toutes les especes d’amaurose, on ne 
saurait trop le répéter : j’en produirai ici de nouveaux exemples. 

11 faut le dire nettement : toutes les amauroses ne sont point identi- 
tiques et ne doivent pas se traiter de même. Au fond, c’est une paralysie 
de la vue ; mais rarement elle se présente dans un état de simplicité : 
tantôt il y a complication d’anhémie ou d’hyperhémie oculaire ; tantôt 
c’est une sulnnflammation chronique de la rétine, ou une asthénie-visuelle 
(jui survit à une congestion ou à une phlegmasie; tantôt c’est une névrose 
dyscrasique de la rétine qui entraîne une amaurose toipide, etc. Ce sont 
là autant de variétés morbides, et autant d’indications spéciales dont j’ai 
eu soin de donner des exemples. C’est donc, je le répète, à dégager la 
goutte-sereine de ces complications, à la réduire à son état de simplicité 
en décomposant et détruisant à mesure les divers éléments morbides qui 
s'y combinent, qu’il faut s’attacher avant d’attaquer l’amaïu'ose elle- 
même. Cette distinction fondamentale ne doit jamais être perdue de 

La symptomatologie spéciale guidera; je noterai seulement qu’il y a 
contre-indication si la maladie tient à un ramollissement du cerveau, à 
ujie altération des os, à l’état variqueux de la rétine, à une tumeur or ■ 
bitaire, à une phlegmasie latente, surtout chez les sujets pléthoriques 
à une iodiosyncrasie inflammatoire ou apoplectique, etc. 

Citons quelques exemples nouveaux pour servir de guide et de com¬ 
plément aux huit observations que j’ai déjà fait connaître. 

01)s. I. Amaurose traumatique complète, avec commotion cérébrale à 
la suite d’un éclat de mine; guérison. — André Salomon, trente ans, mi¬ 
neur, de Tirange (Hadle-Loire), fort et sanguin, est apporté le 27 mai 1838, 
blessé à Couzon (Rhône) par un éclat de mine qui l’a renversé et jeté à 
quinze pas, lui a brûlé la figure et la poitrine avec ses vêtements, et a fait 
des plaies contuses aux deux bras, avec œdème des paupières et ecchymose 
de la conjonctive; il y a cécité complète. (Saignée, lavement et tisane laxa¬ 
tifs, diète, compresses d’eau blanche, cataplasmes.) Je préviens et détruis 
toute complication cérébrale. 

Il juin, amaurose complète de l'œil droit, iMîrsislanl, avec douleurs dans 



( *278 ) 

le front et l’orbite; la vue est un peu revenue à gauche. (Seize sangsues ii 
l’oreille droite.) La vue s’éclaircit, mais n’est pas encore égale, le 17, à celle 
de l’œil gauche, qui est revenu à peu près à l’état normal. Pupilles inégales, 
iris bleu tacheté (laxatif); la vue s’améliore et égale celle de l’œil gauche 
le 20. État général bon; appétit, fonctions normales. Le malade sort le 2i, 
en très-bon état, et voyant bien. 

Je n’ai eu garde d’employer ici les préparations de noix voniitjuc, 
qui me semblaient contre-indiquées. On a vu par quels moyens j’ai triom¬ 
phé de la lésion vitale produite par le traumatisme. Je passe à un 
exemple d’un autre genre. 

Obs. IL Ambhjopie double, précédée de myopie et compliquée de sur¬ 
dité; guérison. — Auguste More], chapelier, âgé de quarante et un ans, 
entré à l’IIôtel-Dieu le 29 janvier 1838, dans le service de M. Coirat. Lus 
moyens employés n’amenèrent pas de changements sensibles dans la goutte- 
sereine. 

Le 12 février, M. Pétrequin, chargé du service par intérim, constata ce 
qui suit : 

La vue a toujours été peu étendue, mais elle était nette; depuis trois ans, 
surtout, elle s’est beaucoup affaiblie, et, depuis dix mois, elle s’est trou¬ 
blée; les brouillards ont augmenté au point que le malade, ne distinguant 
plus, a pris la physionomie des aveugles. Un affaiblissement de l’ouïe est 
survenu et a fait des progrès dans ta même proportion. 

Los yeux sont gros et saillants, la cornée très-convexe, l’iris d’un roux 
brun, et la vue^très-attérée. Il voit encore un peu de très-près, mais à deux 
pas de distance il ne peut recounattre une personne; la vue est non-seule¬ 
ment myope, mais encore trouble; il ne peut pas se conduire seui dans les 
rues; des brouillards grisâtres voltigent devant ses yeux et s’épaississent du 
plus en plus; il n’aperçoit pas même les objets (pd lui sont ie plus familiers. 
Du reste, pas d’inflammation ni de douleurs dans l’œil, point de pholnpsie 
ni de ebriopsie; mais parfois des étourdissements, des éblouissements; le 
sommeil est troublé; il y a des rêves pénibles. La constitution du malade est 
forte, son tempérament légèrement sanguin. Surdité progressive et inleiise. 
Pour qu’il entende, il fhut qu’on lui parle très-fort et qu’il soit prévenu 
que c’est à lui qu’on s’adresse. État général bon; digestions normales. 

1+ février, potion purgative avec une once et demie de sulfate do souile; 
selles nombreuses. (Tisane de veau; deux pilules d’aloès.) 

16, peu de sommeil; rêves pénibles; quelques maux de tête. (Saignée ilu 
bras de 1+ onces.) Le lendemain, état et sommeil plus calmes; la vue no 
s’améliore pas; les brouillards persistent; le malade perd l’espoir. 

18, frictions sur te front et les tempes avec un demi-gros d’onguent napo¬ 
litain en deux fois, poiu' un jour; petit-lait tamariné; une pilule d’aloès et 
une de calomel. 

20, la tête est dégagée, le sommeil tranquille; la vue commence à s’éclair¬ 
cir un peu. 

22, les brouillards diminuent; il commence à distinguer lus objets; il est 
dans la joie. 

2t, la physionomie perd sa stupeur, les yeux reprennent leur jeu naturel; 



( 279 ) 

la portée do la vue s’agraudil. Lui qui, à son euü’éo, ne reconnaissait pas 
une personne à trois pas, et n’entrevoyait qu’une ombre confuse, commence 
à distinguer à trente ou quarante pas de distance. 

25, les progrès sont rapides; les brouillards disparaissent; la tête et les 
yeux se dégagent, la vue devient de plus en plus nette et étendue; il lit 
bien. La surdité elle-même a beaucoup diminué. Des aCfaires pressantes do 
famille l’obligent à se rendre à Châlons-sur-Sa6ne. On peut présumer que 
la guérison eût été plus beile encore et plus complète sans ce départ préci¬ 
pité, qui vint le soustraire au traitement. (Recueillie par l’interne.^ 

On remarquera que cette heureuse terminaison fut très-rapide, sur¬ 
tout eu egard à l’ancienneté de la maladie. Outre l’effet des frictions 
napolitaines, je dois faire observer que, d’apres les évacuations sanguines 
ou purgatives, les pilules de calomel et d’aloès ont une action dérivatrice 
très-avantageuse dans l’amblyopie congestive. Je ne devais pas ici re¬ 
courir aux prépai’ations de noix vomique, non plus que dans le.cas (|ui 
suit. 

Obs. III. Amblyopia congestive; guérison. — Michel Joannès, ûgé de 
quarante et un ans, cordonnier, est entré à l’IIôtei-Dieu do Lyon, salle d’Or¬ 
léans, service de M. Pétreiiuin, le 29 septembre 1839; il est natif de Saint- 
Symphorien-sur-Oise (Rhône), et demeure à Saint-Ktlcnne (Loire); sa con¬ 
stitution est forte, son tempérament lympbatique-sanguin. Il y a quinze 
mois environ qu’il fut atteint d’une opblhalmie catarrhale, laquelle dura 
quarante jours, et fut suivie d’une guérison radicale après ce laps de temps. 

Vers le milieu du mois do juin dernier, ce malade étant occupé à coudre 
des souliers, fut pris, sans cause connue, d’un aDaiblissement subit du la 
vue, ce qui ne lui permit pas do continuer son ouvrage. Cet affaiblissement 
nu fut précédé ni de pesanteur ni de douleur de tète, et apparaissait pour la 
première fois; depuis qu’il existe, jamais aucun de ces symptômes ne s’est 
présenté jusqu’à ce jour; la vue a constamment faibli, mais d’une manière 
lente. Le malade voit tout d’une manière confuse, à travers un nuage jaun⬠
tre; il ne peut pas reconnaître le malade qui occupe le lit placé en face de 
lui, à huit pas; il n’aperçoit jamais d’étincelles; l’iris est mobile, la pupille 
peu dilatée, régulière; la sclérotique est sillonnée de quelques vaisseaux 
variqueux. Point de couleur anormale dans le fond de l’œil; toutes les 
fonctions s’exécutent d’une manière régulière. 

Le 2 octobre, quinze sangsues à l’anus; diète; bains de pieds avec la 
moutarde le soir. 

Le 3, amélioration marquée; le malade distingue des objets qu’il n’aper¬ 
cevait avant que d’une manière confuse. Bouteille d’eau de Sedlitz, autre 
bain de pieds. 

Le i, le malade assure y voir comme avant sa maladie. Il reste encore deux 
jours à l’bôpilal, et huit jours après son entrée, il demande a sortir, en se 
servant de celle expression pittoresque: «Je vois si bien, que ce serait pé¬ 
ché que de manger davantage le pain de l’hôpital. » (Recueillie par M, Per¬ 
ret, interne.) 

I.Æ traitement de la goutte-sereine est Inen loin d’avoir dans tous les 



( 280 ) 

cas line terrainaisoii aussi prompte que dans l’obserration qui précède. 
Elle fournit une nouvelle preuve déjà portée d’un diagnostic précis, et 
montre à quels cas on doit restreindre l’usage des préparations de noix 
vomique, qui se trouvaient ici conü-e-indiquées. L’exemple suivant, où 
une première erreur fut commise par un autre praticien, montre quel 
avantage on peut retirer des principes que j’établis. Il s’agit d’une dame 
que j’ai traitée conjointement avec M. le docteur Piéron, qui en a lui- 
même recueilli l’iiistoire. 

Obs. IV. Amaurose double, d'origine congestive-, guérison. — Madame 
M., propriétaire, demeurant à la campagne, d’un tempérament nervoso-san- 
guin, a été affectée, au mois d'aoftt 1837, d’une fièvre typhoïde grave; elle 
s’aperçut dès lors que sa vue faiblissait. Elle ne pouvait plus travailler à la 
lumière; des brouillards se formaient devant ses yeux. Un éiysipèle à la 
face, qui se manifesta vers la fin d’avril 1838, fit encore faire des progrès 
plus rapides à cette maladie, et bientôt elle ne put plus lire de gros carac¬ 
tères, ni reconnaître à une distance rapprochée les personnes qui l’entou¬ 
raient. A cette époque, huit sangsues, que j’ordonnai d’appliquer aux tem¬ 
pes, amenèrent une amélioration sensible, mais de courte durée, ce qui 
n’empêcha pas madame M. de se livrer pendant tout l’été aux pénibles tra¬ 
vaux qu’exige l’exploitation d’une vaste propriété. L’état de sa vue, qui do 
jour en jour diminuait, lui donnant enfin de sérieuses inquiétudes, elle 
consulta un médecin de Lyon, le 22 août 1838, qui, entre autres choses, 
ordonna des pilules avec la strychnine et un vésicatoire, ammoniacal sur le 
synciput. Ce traitement, peu rationnel, n’eut aucun résullat avantageux. 

Le 17 septembre, je conduisis madame M. auprès de M. Pétrequin, dont 
je désirais avoir l’avis; elle éprouvait alors des douleurs dans les tempos; 
des brouillards de couleur grisûtre sont sans cesse devant ses yenx, tout lui 
liarait plus sombre. Souvent, le soir en se couchant, elle voit des étincelles 
rouges, le soleil la fatigue; le soir et au clair de lune la vue est plus nette ; 
elle distingue mal les couleurs, les objets lui semblent plus éloignés qu’ils 
ne le sont réellement, elle ne peut reconnaître des lettres de quatre lignes 
de haut. Les pupilles, très-bleues, sont étroites, inégales et angulaires. 
Nous prescrivîmes dix-huit sangsues à la marge de l’anus; le lendemain, un 
purgatif avec le sulfate de magnésie, douze pilules d’un grain d’aloès et 
douze pilules de 2 grains de calomel, à prendre une de chaque tous les 
soirs; des frictions sur les paujiières et les tempes avec onguent napolitain, 
quatre parties, extrait de belladone, une partie; un régime doux, l’usage 
de bouillon aux herbes tous les matins, et le petit-lait. 

Le 19 octobre, nouvelle consultation avec M. Pétrequin. Nous constatons 
moins de douleur frontale et temporale, moins de resserrement aux pu¬ 
pilles, qui se contractent encore inégalement et forment trois angles mar¬ 
qués; la vue n'est guère plus étendue, mais il y a un peu moins de brouil¬ 
lards. Nous prescrivons encore vingt sangsues au fondement, deux purgatifs 
à trois jours d’intervalle, un collyre avec eau de roses, i onces, extrait de 
belladone, 6 grains, eau de laurier-cerise, demi-once; des pilules d’aloès et 
des pilules d’extrait de ciguë d’un gimn; après les deux purgatifs, l’applica¬ 
tion d’un vésicatoire camphré à la nuque. Le 22 octobre, après l’application 



des sangsues, il n’existe plus de douleurs aux tempes, presque plus d’étin¬ 
celles; mais il y a encore des brouillards. La malade reconnaît des lettres 
de 4 lignes de haut, et à l’aide de lunettes elle en voit de 2 lignes. Elle dis¬ 
tingue parfaitement toutes les couleurs d’une tapisserie. Il est des jours où 
la vue est plus nette; elle l’est toujours davantage le soir, surtout au clair 
de la lune. Le 28 octobre, lors de l’application du vésicatoire, les brouillards 
deviennent très-rares. 

Le 2 novembre, nous trouvons que la pupille forme encore deux angles 
obtus, mais peu sensibles; la malade, du cabinet de M. Pétrequin, découvre 
les maisons de l’autre côté du Rhône et les distingue les unes des autres ; 
dans les rues, elle lit les enseignes. Nouvelle prescription de sangsues à l’a- 
niis, (lu collyre, des pilules de calomel et d’aloès; deux bouteilles d’eau de 
Sedlitz. Le 4 novembre, après les sangsues, madame M. distingue pour la 
première fois un village distant d’un quart de lieue de son habitation. Elle 
fait remarquer que presque tous les jours après avoir mangé, elle y voit 
moins; il est des jours où la vue est plus nette que d’autres. 

Examinée de nouveau le 30 novembre, nous trouvons que madame M. a 
les pupilles moins contractées, mobiles, irrégulièrement ovales transversa¬ 
lement, n’a point de douleur autour des orbites, point d’étincelles; elle voit 
encore des brouillards grisâtres, et les objets qu’elle fixe lui paraissent plus 
sombres; si cette attention] se prolonge un peu, ses yeux se remplissent de 
larmes; elle déchilfre avec peine des caractères de deux lignes, distingue 
assez bien les personnes qui passent sur le qiiai et la couleur de leurs vête¬ 
ments: elle reconnaît quelques fenêtres de l’autre côté du Rhône, l’impres¬ 
sion (le la lumière et du soleil n’est plus douloureuse; elle distingue les 
nuances des couleurs, paraît voir mieux qu’il y a un mois. État général 
meilleur qu’au début. 

Le 7 décembre, les sangsues aux tempes ont peu saigné, douleurs de tête 
et douleurs dans les yeux. Deux bouteilles d’eau de Sedlitz sont prises du 6 
au 10 décembre. Les douleurs de tête et des yeux ont cessé; les pupilles sont 
moins ovales que le 30 novembre, cependant elles le sont encore un peu. La 
vue est de même. 

Depuis, madame M. a cessé toute espèce de traitement et a repris son 
genre de vie habituel; l’amélioration obtenue par le traitement qu’on lui a 
fait subir s’est à peu près maintenue jusqu’au 25 décembre 1839 >. (Rédigée 
par M. Piéron, D. M. P.) 

La médication lut ici basée sur un diagnostic précis, dont les élé¬ 
ments avaient échappé au premier médecin. M. Piéron a lui-meme 
tiré pai-ti de ces principes dans le cas suivant, qu’il m’a communiqué. 

Obs. V. Amaurose double complète; guérison. — Mademoiselle Deviego, 
âgée de neuf ans, à la suite d’une terreur panique occasionnée par la mort 
de sa grand’mère, qu’elle s’imaginait voir revenir dans la clarté vive d’un 
rayon solaire passant par un trou du plancher, fut tout à coup frappée de cé¬ 
cité, au point qu’elle ne pouvait discerner le jour d’avec la nuit, et que tout, 
autour d’elle, lui semblait également noir, sans qu’elle pût recoimaltre la 


' Cette dame est morte en 1842, d’une attaque d’apoplexie. 



( 282 ) 

forme d'aucun objet. Eu meme temps les pupilles étaient très-dilatées, et il y 
avait céphalalgie. 

Je la vis dans cet état le deuxième jour, et j’ordonnai huit sangsues à l’a¬ 
nus, des pédiluves, la diète, le repos au lit : dès que les sangsues eurent 
saigné, la vue commença à revenir, et quatre jours après il n’existait plus 
aucun accident. Depuis celte époque, aucun trouble ne s’est manifesté du 
côté des yeux. 

J’ai lieu de croii-c que la méditation de ces faits, ajoutes à ceux qui 
précèdent, pourra conduire à l’emploi rationnel des méthodes spéciales 
qui coneeraent les différentes espèces d’amaurose. 

Je terminerai par un fait où l’amblyopie arait, par suite de la sensi¬ 
bilité exagérée de l’œil, favorisé le développement d’une ophtbalmic ca¬ 
tarrhale. Le tout, ici, est de distmguer ramaïu-ose de l’ophthalmie inter¬ 
currente. 11 n’est pas diilicile de concevoir ce mode de complication, et 
l’on doit se tenir en garde contre une erreur de diagnostic qui, en 
trompant le malade sur son vérital)le état, pourrait conduire à InLsscr 
exaspérer l’affection plus grave de la rétine, qu’il porte concomitain- 
inent. 

Obs. VI. Amaurose double, compliquée d’ophthalmie catarrhale; gué¬ 
rison .—Madame F., cinquante-cinq ans, propriétaire, demeurant à la campa¬ 
gne (Isère), sentait depuis longtemps sa vue s’affaiblir; cet état s’était ag¬ 
gravé surtout depuis quelques mois et l’incommodait beaucoup, lorsqu’elie 
vint me consulter dans le courant de juin 1839. Elle est d’une constitution 
sèche, mais assez bien conservée; la vue s’est tellement affaiblie qu’elle ne 
peut plus vaquer aux occupations de son ménage: dos brouiiiards grisâtres 
lui semblent envelopper les objets; l’impression du grand jour lui est de¬ 
venue pénible, elle ne peut supporter l’éclat du soleil ni celui d’un fou ai’- 
dent; à la longue, les yeux sont devenus douloureux ; il y a actuellement 
une double ophthalmie catarrhale; le grand air impressionne péniblement 
la malade comme le grand jour; les pupilles sont contractées, très-mobiles, 
du reste, mais irrégulières. La muqueuse, surtout aux paupières, est rouge 
et injectée; il y a larmoiement; de plus, elle ressent dos pesanteurs sus-or¬ 
bitaires, quelquefois de la céphalalgie, des étourdissements, etc. Je diagnos¬ 
tiquai une amaurose congestive; ne regardant l’ophthalmie que comme une 
complication consécutive, je soumis madame F. au traitement suivant ; pen¬ 
dant une semaine elle prit le malin des bouillons aux herbes; le troisième 
jour quinze sangsues furent placées au fobdement; le cinquième, elle but 
une bouteille d’eau de Sedlitz; une seconde médecine fut prise le douzième 
jour. Je la mis ensuite à l’usage du petit-lait, et prescrivis tous les deux 
soirs un bain de pieds à la moutarde. En même temps on pratiqusit quatre 
fois par jour, dès le principe, des instillations d’un collyre composé de 15 
centigrammes de sulfate de cuivre et 10 gouttes de laudanum sur 133 gram¬ 
mes d’eau de roses. Sous l’inQiience de ce traitement, l’opbthalmie catar¬ 
rhale ne tarda pas à disparaître, l’amblyopie elle-même diminua peu à peu, 
s’effaça entièrement, une guérison complète fut obtenue. J’ai revu la malade 
en janvier 1810, la vue était en bon étal. 



( 283 ) 

Ces divers exemples me semblent suffisantspoiu’ éclairer les praticiens 
sur la conduite à tenir dans les cil-constances analogues. Les principes 
que je formule ici sont d’une application générale; je les ai développés 
et discutés plus amplement datis un jMémoire spécial sur le ti-aitement 
des paialysics, et en particulier sm- les indications à l’emploi des prépa¬ 
rations de sü-ychnbe et de noix vomique (Voyez Bull, de Thérap., mars 
1840, t. XVni, p. 143). A côté des cas qui en réclament l’emploi, j’ai 
pris soin de noter ceux qui doivent en contre-indiquer l’usage : c’est à 
cette dernière catégorie qu’appai-tiennent toutes les observations qui 
composent cette note. Mon but a été de différencier nettement ces deux 
ordres de faits, dont la tliérapeutique doit êti-e aussi vai-iée que l’étio¬ 
logie. 

Pétrequin. 


CHIMIE ET PHARMACIE. 


HOTE SUR LES PROPRIÉTÉS HÉMOSTATIQUES DU SEIGLE ERGOTÉ 
ET DE l’eau de MOHTEROSSI. 

En continuant mes recherches sm- l’action des sels les uns sur les 
autres, envisagée au point de vue de l’art de formuler, je suis arrivé à 
découvrir des règles générales relatives à l’absorption animale, dont j’ai 
déjà communiqué les principales bases à l’Académie des sciences ; règles 
générales dont j’aurai à déduire ppochainement les applications théra¬ 
peutiques qui en découlent. 

Avant de parler de l’action hémostatique du seigle ergoté et de l’eau 
de Monterossi, je rappellerai qu’il résulte de mes recherches que la plu¬ 
part des substances iiiti-oduites dans l’économie agissent chimiquement 
siu- le sérum du sang, soit immédiatement, soit médiatement ; les unes 
coagulent l’albumine que cettehumeiu- renferme; les autres, au contrair e, 
la fluidilient. Dans la première classe, ou les coagulants, se trouvent 
tous les agents toniques, astringents et hémostatiques; ainsi, la plupart 
des acides minéraux, un gi-and nombre de sels métalliques, le tannin, 
la créozote, le seigle ergoté, etc., font partie de cette classe, 

La seconde classe, on les fluidifiants, renferme tous les agents véri¬ 
tablement diurétiques, un gi-and nombre d’altérants et d’excitants géné- 
raïuc, etc.; ainsi la plupart des acides végétaux, l’ammoniaque et ses 
sels, les iodures, suUures et chlorures alcaUns, et autres composés à la 
base alcabne, etc., fout pai-tie de ce groupe de corps. 



( 284) 

Un fait bien digne de remarque, et que je crois fertile en applications 
thérapeutiques, c’est que certaines sidjstances coagiüantes, au moment 
où on les administre, rentrent plus tard dans la classe des fluidifiantes; 
tel est, par exemple, le sublimé coiTosif; tandis que d’autres, qui n’ont 
d’abord sur le sérum aucune action apparente alors qu’elles sont intro¬ 
duites dans la circulation générale, deviennent, quelque temps après 
leur introduction, des coagulants très-marqués, et constituent une classe 
de corps digne au plus haut degré de fixer l’attention des praticiens ; tel 
est le seigle ergoté. 

La connaissance des faits qui précèdent, outre qu’elle donne la clef 
d’un grand nombre d’anomalies physiologiques relatives à l’alîsorption 
animale, ouvre aux thérapeutistes une voie nouvelle, appelée à jeter le 
plus grand jour stir le traitement des maladies. Ainsi, par exemple, 
c’est à la classe des fluidifiants qu’il faudrait, selon moi, s’adresser pour 
enrayer le travail plastique qui caractérise-le déhut de certaines affec¬ 
tions, telles (jue la phthisie et les scrofules; tandis que cette même classe 
de corps, administrée à une époque plus avancée de la maladie, loin 
(l’amener de l’amélioration, hâtera au contraii'e le travail désorganisa- 
leur que l’on sait être l’indice certain d’une terminaison fâcheuse. 

Seigle ergoté. Les propriétés hémostatiques du seigle ergoté étant 
pour moi incontestables, c’est une des premières substances que j’ai sou¬ 
mises à nies investigations, et, ainsi que mes théories me le faisaient pré¬ 
voir, j’ai constaté, à ma gi-ande satisfaction, (pi’il exerce sur l’albumine 
une action très-remarquable : au premier abord, l’action semble nulle; 
puis il y a épaississement très-sensible, puis enfin coagulation réelle, 
ayant cependant plutôt l’air d’une sorte d’organisation que d’une simple 
coagulation. De là l’explication des effets physiologiques et thérapeuti- 
(jues de l’ergot de seigle. 

Que l’on ne pense pas que le champignon du seigle soit le seid qui ait 
de l’action sur les dissolutions albumineuses : la fausse oronge {agaricus 
pseudo aurantiacm) possède aussi un pouvoir coagulant des plus remar¬ 
quables. Enfin, je me suis assuré que le champignon de couche {aga¬ 
ricus erfitiis) jouit aussi de la propriété d’agir sur l’albumine, quoiqu’à 
un degré incomparalflement moindre. En conséquence, je me crois au¬ 
torisé à penser que la plupart des espèces du genre agaricus et autres, 
renferment une certaine proportion d’une sulrstancc agissant sur l’eau 
albumineuse à la manière des ferments en général, et de la présure en 
particulier. 

Eau hémostatique de Monterossi. — Si mes données physiologiques 
sont exactes, il devient évident que toutes les eaux hémostatnpies doi¬ 
vent faire partie de la classe des coagulants. Or, M. Guibourt ayant 



( 285 ) 

donné dernièrement la formule de l’eau hémostatique de Monterossi, j’ai 
dû me hâter de m’assurer, par la voie de l’expérimentation, si mes pré¬ 
visions théoriques étaient réellement fondées. 

Voici tout d’abord la formule un tant soit peu bizarre de l’eau de 
Monterossi, employée, dit-on, avec succès, contre toute espèce d’hémor¬ 


rhagies. 

Prenez : Menthe poivrée (if/enifea pipm‘<a). . . 250grammes. 
Balsamine {Momordka halsamina). . . id. 

Herbe forte (7’eucrmmînarMm). id. 

Calamiis aromaticus {Acorus calamus). . id. 

Diclame de Crète {Origanum dictamus). id. 

Catake (Nepete cataria) . 1,000 

Pouliot {Mentha pulegium) . id. 

Romarin (Rosmariniis ofjicinalis) ... id. 

Sauge {Salviaojfiçinalis) . id. 

Athanasie (Diotis candidissimd) .... id. 

Eupatoire {Eupatorium canabinmi. . . id. 

Sanicle {Sanicula europea) . id. 

Mille-feuille {Achillea mille-folium). . . id. 

Centaurée mineure (fîrÿ<hrcafe/i<ajtnwm). id. 

Cyprès {Cupressus sempervirens). ... id. 

Sumac {Rhus coriaria) . id. 

Plantain (Plantagomajor et lanceolata). id. 

Ortie {ürtica dioîca) . id. 

Écorce de chêne (Quercus robur) .... id. 

Racine de grande consoude [Sympkitum 

officinale) . id. 

Racine dehistorte {Polygonum' bistorta). id. 

Racinedetormentille (l’orwienh'Haerecêa) id. 

Bois de Campcche {Hœmatoxilum cam- 

pechianum . id. 

Poix noire. id. 

Agaric blanc (Boletus laricis). ' . id. 


Toutes ces matières, réduites en une poudre grossière, sont mises dans 
la cucurhite d’un alambic, et arrosées avec une sufiisantequanlitéd'eau. 
Après quarante-huit heures de macération, cette eau se trouvant ab¬ 
sorbée, on en remet une nouvelle quantité, et l’on clistiUe lentement jus 
qu’aux deux tiers du liquide. I^e produit est l’eau antihémoribagique, que 
l’on conserve dans des bouteilles bien fermées. 

Si l’on veut rendre le médicament plus efficace, il faut distiller d’abord 















( 286 ) 

]es substances jusqu’à siccité, et ensuite faire une .autre opération arec 
les mêmes doses de substances, et en ycrsant l’eati hémostatique dans la 
cucurbite pour faire une cohobation. 

J’ai fait préparer cette eau, dans mon laboratoire, avec toute la 
ponctualité désirable, mais en en supprimant l’athanasie, qu’il m’a été 
impossible de me procurer. C’est im liquide légèrement roussâtre, d’une 
odeur vive, empyreumatique, et d’une saveur fortement créosotée. 

Prise à l’intérieur, elle cause un sentiment de gêne, une sorte de spasme 
difficile à décrire; phénomène qu’elle emprunte sans aucun doute à son 
action sur le sériun du sang ; car, de même que le seigle ergoté, elle ne 
tarde pas à troubler l’e-iu albumineuse, et à y déterminer une quasi- 
organisation. Tels sont les faits nouveaux qui me paraissent dignes de 
quelque intérêt. 

Mialhe. 


Stm LES RÈGLES A OBSERVEE DANS LA PRÉPARATION DES TISANES. 

La tisane est la boisson ordinaire des malades : c’estl’eau très-peu char¬ 
gée de principes médicamenteux; c’est l’agent par lequel on prélude à 
une médication plus active; c’est enfin le moyen prophylactique et curatil 
d’un gi-and nombre d’affections, d’une foule d’indispositions. On sait que 
la diète, le repos, une boisson délayante,jtempérante ou émolliente, quel¬ 
ques lavements, un ou deux bains de pieds, une condition hygiénique 
appropriée, suffisent, dans la[très-grande majorité des cas pathologiques, 
pour ramener la santé à sou état prinJtif. On sait encore qu’à part le 
besoin impérieux que tous les sujets atteints de fièvres, de pldegmasies 
aiguës, éprouvent d’ingérer beaucoup de liquide aqueux dans l’estomac, 
afin de tempérer la soif qu’ils éprouvent, d’adoucir la chaleur qui les 
tourmente, il est dans les habitudes de toutes les personnes malades ou 
simplement indisposées de boire quelques tasses de tisane dans la journée. 
Un médecin véritablement praticien respecte toujours ces habitudes, y 
condescend, fussent-elles inutiles. Il lui est prouvé d’ailleurs qu’une pa¬ 
reille médication emploie le temps du malade, l’occupe, trompe ou di¬ 
minue son appétit, lui persuade qu’il est traité. Ne l’est-il pas, en effet, 
puisque, dans l’art de guérir, il est de précepte de ne rien faire d’actif 
quand il n’y a rien d’actif à faire? 

Malgré la définition que nous venons de donner de la tisane, de cette 
boisson que nos pères préparaient a’cec l’orge, à lacpielle ils ajoutaient 
quelques autres substances, et en particulier des fécides, de manière à en 
faire tout à la fois un agent thérapeutique et un agent alimentaire ; mal¬ 
gré cette définition, qui annonce im médicament des plus simples dans 



{ 287 ) 

sa composition, et des plus usuels parmi tous les autres, il ne sera pro¬ 
bablement pas hors de propos de rappeler ici quelques-unes des règles 
générales que le pharmacien ou les personnes chargées du soin des ma¬ 
lades doivent suivre dans la confection des tisanes. 

Les médecins doivent également connaître ces règles, ces modi fa- 
ciendi, afin de ne prescrire que les plus simples possible, les plus fa¬ 
ciles à se procurer, les|plus promptes et les moins difficiles à faire. Ils 
doivent savoir qu’avec une seüle substance, deux au plus, on prépare 
une tisane. Ces liquides d’ailleurs agissent moins par les principes qu’ils 
tiennent en solution ou en suspension que par l’eau qui les constitue et 
qui SC trouve absorbée. 

Le miel, le sirop de sucre de préférence au sucre, les sirops ou mel- 
lites simples ou composés, la racine de réglisse coupée et écrasée, sont les 
corps édulcorants des tisanes. 

Quand une tisane doit contenir une substance très-active, le pharma¬ 
cien doit seul être chargé de la préparation; dans les cas contraires, on 
peut l'abandonner à rintclligence des personnes qui entourent le malade. 

Le médecin doit toujours êti'e dans le cas de s’assurer par le goftt, 
l’odorat et la vue si la préparation a toutes les qualités (ju’cllc doit avoir, 
si elle n’en a pas de désagréables, de nuisibles. Ces petits soins, minu¬ 
tieux en apparence, .sont ü-ès-importants sous plus d’un rapport. Bien 
préparées, non désagréables, peu concentrées, presque transparentes, 
exemptes de dépôt, de filaments, etc., les tisanes sont bues en abondance, 
et leur action médicatrice, ou plutôt leur effet prophylacticpie, est plus 
probable, plus assuré. Depuis longtemps ce fait pratique ne fait plus doute 
dans notre esprit, et depuis longtemps aussi nous avons eu mainte fois 
la preuve que, dans les hôpitaux par exemple, la majorité des malades 
jettent dans leur vase de nuit ou ne prennent pas les boissons dont la 
saveur, l’odeur, la couleur, l’aspect, etc., leur paraissent désagréables. 
Heoreux encore quand leur aversion, leur répugnance ne va pas plus 
loin! 

Les attentions, toutes pratiques, nous le répétons, toutes médicales, 
de constater les bonnes quabtés physiques et chimiques des tisanes, doi¬ 
vent se porter sur tous les médicaments. Le médecin devrait toujours (il 
le peut quelquefois) pouvoir être à même de reconnaître la bonne confec¬ 
tion des préparations pharmaceutiques. Nous disons denrait, car on 
n’aimait pas eu à déplorer, on n’aurait plus à redouter les accusations 
fausses portées sur l’instmction, le scrupule et la loyauté de telle ou telle 
officine. Mais revenons an but de cette note, aux règles à observer dans 
la préparation des tisanes. 

I^es tisanes se font avec les racines, les tiges, les feuilles, les fleurs, les 



( 288 ) 

bom-geons, les fi'uits et les semences des végétaux. Quelques-unes se pré¬ 
parent avec des substances animales (ce sont les bouillons médicinaux). 
Enfin il y en a que l’on rend plus actives par l’addition de epielques 
produits minéraux, salins ou autres. Cette énumération indique de suite 
une grande hétérogénéité de composition parmi les substances qui font 
la base des tisanes, et nécessite par conséquent différents modes de trai¬ 
tement ou de préparation. Six opérations principales sont employées en 
pbannacie pour enlever aux sidrstances natm-clles ou aux produits clii- 
miques les principes actifs qu’ils contiennent. Ces opérations sont : la 
décoction, l'infusion, la macération, la solution, la digestion et la 
lixiviation. Les cinq premières surtout sont applicables à la prépara¬ 
tion des tisanes. 

Qu’on ne pense pas qu’un article .sur les tisanes soit déplacé dans un 
journal qui s’adresse aux praticiens. Nos tableaux , basés sur l’analyse 
cliimique des substances, redresseront, nous en sommes sûr, un certain 
nombre d’erretirs, corrigeront certains usages. Notre expérience nous 
a appris <{ue beaucoup de médecins sont embarrassés lors(ju’il s’agit de 
déterminer si telle ou telle plante, si telle ou telle racine doivent être 
traitées par décoction ou par infusion ; que très-souvent ils font bouillir 
ce qui ne doit être qu’infusé, ce qui, dans certains cas, a quel(|ue im¬ 
portance pour la médication suWie. Or, sans recbcrclier des détails 
disséminés dans les fornudaires, les tableaux synoptiques suivants indi¬ 
queront, d’un coup d’œil, la conduite qu’il faut tenir. 

1° On traite par- décoction les produits végétaux suivants : 

Les racines L’orge gerniée ou malt. de morelle, 

de Colombo', Le pain. de mercuriale, 

de nympbæa, Le lichen d’Islande '. les écorces 

de gayac % Le seigle ergoté de buis, 

de consoude, Les dates. de garou, 

d’ipécacuanha'. Les jujubes. de saule, 

dejalap, Les ligues. de quinquina’, 

decaînea*. Les feuilles fraîches de chêne, 

de chiendent’, de chicorée, de sureau (deuxième), 

de pjrèthrc, de laitue, de racine de grenadier, 

de fougère mâle. de bourrache. Les coings. 

Les substances animales. de belladone. Les pruneaux. 

Le café cru ’. de jusquiame. Les pommes. 

Les glands. de stramonium. Les nobi. 

Les fécules. de tabac, l.es raisins de eais.se. 

L’orge mondée*. d’oseille, 

' Dans les cas de dyssenterie. — ’ Décoction prolongée. — * Dans les cas de dyssen- 
lerie. — 'Décoction précédée de la macération ou de la digestion. — 'Jeter le pre¬ 
mier décoctè. — ‘Comme fébrifuge. — ’ Comme fébrifuge. L’addition d’un acide mi¬ 
néral quelconque assure la propriété fébrifuge. — • On jette le premier décodé. — 
’ Comme léger émollieni, dans les rhume.', les catarrhes. — L’infusion peut égale¬ 
ment être employée. 



( 289 ) 

2“ On traite par infusion les produits végétaux suivants : 


de Colombo 
de chicorée, 
de parcira, 
d’asperges, 
de bardane, 
de valériane, 
de patience, 
de polygala, 
de bislorle, 
de ratanhia, 
d’année, 
de simarouba, 
de gentiane, 
de sassafras, 
d’ipécacuanha", 
de gingembre, 
do raifort sauvage, 
de cabaret, 

de serpentaire de Virginie, 
de salsepareille 
de saponnaire, 
d’iris de Florence, 
d’angélique, 
de rhubarbe S 
de réglisse. 

Cacbou. 

Café torréfié. 

Têtes de pavot*. 
Coloquinte. 

Buis. 

Badiane. 

Carvi. 

Fenouil. 

Coriandre. 

Cardamome. 

Pliellaudrie. 

Baume de toln. 

Tamarin. 


Poivre de cubêbe. 
F.spèces béchiques. 

— vulnéraires. 

— vermifuges. 

— aromatiques. 
Cinq racines apéritives. 

Housse de Corse. 

Les feuilles fraîches 
de cresson, 
do cochléaria, 
de chou rouge. 

Les feuilles sèches 
de saponnaire, 
de ciguë, 
d’oranger, 
de chicorée, 

d'absinthe, 
de Sabine, 
d’armoise, 
de fumeterre, 
d’hysope, 
de rhus radicans, 
de digitale, 
de séné, 
d’origan, 
de ealament, 
de bourrache, 
de belladone, 
de jusquiame, 
de stramonium, 
de tabac, 
de mercuriale, 
de morelle, 
de dictame de Crète, 
de thym, 
de stoechas. 


de marrubc blanc, 
de lierre terrestre, 
de mentlie, 
de romarin, 
de lavande, 
de sauge. 

Les fleurs 

de camomille, 
de violette, 

d’oranger, 
de houblon, 

de guimauve, 
de bourrache, 
de coquelicot, 
de safran, 
de bouillon blanc, 
de roses rouges, 

— pâles, 
de mélilot, 
de petite centaurée, 
dîœillet rouge, 
de pensée sauvage, 
de pécher, 
de giroOe, 
de sureau, 
d’bypérienne, 
de chèvrefeuille. 
Écorce d’orange. 

— de citron. 

— de quinquina. 

— de cannelle. 
Baies de genièvre. 
Germes de peuplier. 
Bourgeons de sapin. 
Colchique. 

Ail. 

Oignon blanc. 

Scille. 


3" On traite par macération, précédée de la contusion, les végé¬ 
taux suivants : 


Bacinc de Colombo. — de guimauve. Feuilles de mauve. 

— de nymphœa. — de réglisse. Berberis. 


■ Comme tonique. On peut le traiter également par macération. — ’ Comme vomitif. 
— * L’usage a prévalu. On traite généralement la salsepareille par décoction. — • En 
ajoutant un peu de carbonate de potasse â la liqueur, on dissout une plus grande 
quantité de partie résineuse, et on augmente la propriété tonique et purgative. — ■ 11 
faut jeter les semences. — *11 faut passer la liqueur à travers une chausse de laine, 
afin d’enlever les parties provenant de l’aigrette et qui a’altachenl â la gorge. 

TOME XXIH. 8' Liv. lit 



Groseilles. 


Grenades. 

La graine de lin. 


La mousse de Corse. 

Feuilles de guimauve. 
Oranges. 

Citrons. 


Baies de sureau. 

— d’jèblo 

— de nerprun. 


4° On traite par solution les produits suivants : 

Aeides végétaux. SubslaHéés satinel. Mannes, 

— minéraux. Gommes. Miel. 

.5“ On traite par digestion, suivit: dë là 'd'ecDctien, les produits vé¬ 
gétaux suivants : 

Gayac. CàThéâ. 

Ces tahleailx syiiopliqucs, renferhiàiit, comme on le voit, le nom des 
substances le plus généralement administrées sous forme de tisane, se¬ 
ront, nous respérolis, d’une grande utilité, non-seulement polir tous les 
ieunes pràlicieiis, inais encore pour tpielques-uns parmi les plus anciens. 

Chacune des substances ci-dessus énumérées, devant scndr à faire mie 
tisane, doit être mondée ou lavée, privéë jdës corps étrangers qtii peu¬ 
vent lui être adhérente ou mélangés; elle doit encore être divisée à l’aide 
du couteau, des ciseaux ou du mortier (les fleurs exceptées), afin d’offrir 
plus de surface à l’action du liquide qui doit agir siu- elle. 

Les tisanes sont clarifiées, soit par filtration, quand ce ne sont que de 
simples solutionSj soit en les passant à travers un linge de tdile ou dé 
laine, soit eitriri par le repos et la décantation, quand ce sont des décoc- 
tés, des infusés, des macératés. 

La température à laquelle on doit adiiliifistrcr la tisane est la tempé¬ 
rature froide, celle de la glace fondante, quand les sujets sont atteinte 
de violentes inflammatioiLs autres que celles des voies de la respû atioh ou 
de la pël’spiratidh tUtàhée, quand la chàlfelit de l’atmosphère est forte et 
brûlante, que l’on veut faire cesser des vomissements spasmodiques, 
donner du ton à toute l’économie, etc. On donne les boissons tièdes dans 
les cas où il faut accélérer les fonctions exhalantes de la peau, des bron¬ 
ches, de l’appareil luinairc. 

Quant à la quantité de tisane à donner dans la journée, elle dépend 
de la soif ressentie, de l’idiosyncrasie du malade, de la natiu'e de l’affec¬ 
tion. Un liti’e de liquide suffit ordinairement pom’ les vingt-quatre heu¬ 
res; mais il y a des malades qui en consomment jusqu’à trois et ciiuj. ün 
l’administré par petites (juanlités à la fois : ces quantités sont plus ou 
moins souvent répétées. 


F. Foy. 




( mi ) 

CORRESPONDANCE MÉDICALE. 


1.4 VIEILLESSE SiE CONTBE-IWDIQUE 1>AS LES OPÉBATIONS DE CANCEES. 

Je ne sais pourquoi l’on à écrit, dit bt répété que l’opération dd cttu- 
cer chez les vifeillârds ne réiississaitpasj qu’elle les précipitait plus vile 
vers la tonibe. Aux nombreuses observations qui existent déjà jpour 
prouver le contraire ^ j’ajoutel’ai quelqües réflexions et quelque nouveaux 
exemples. 

Obs. I. Le nojhmé Qiiilu (Sébastien), dit Dondainb, propriétairej âgé 
de soixante-douze ans, était d’une constitution robuste^ d’un fempératnettt 
sanguin j grand fuirieur de professionj et avait tolijours à là bdnclie hne 
de CCS grosses pijies à tuyau court qü’bn appelle brûlot^ pipe vraiment 
funeste^ et à aquelle tant de cancers des lèvres doiveht leur origine. De¬ 
puis environ quatre ans, Qnilu portait sür la lèvre inféiieure, du côté 
de la commissure gauche, une tumeur dure; calleuse-, indolehte, d’un 
blanc grisâtre tirant un peu sur le bleu, qlii resta stationnaire jusque 
daiis le courant de l’année 1831. A cette époque la conStitutidn dit ma¬ 
lade s’altéra profondément. Une doldeur lancinante se réveillant dàlis 
la partie malade, obligea le fumeur à placer sa pipe de l’autre côté de la 
bouche. Peu à peu le squiiehe devint gros; dur; et forma une substance 
cornée de couleur x iolette, qui tombait en desquammation, Iburnissant 
en iliême temps par son céntre un pus fétide el sanieux. En piésbncb dé 
la gravité du lHàl qui l’empêchait de fiimcrj Qitiln essaya inutilement 
plusieurs topiques cbnseillés par des commères ; mais Ife cancer fit des 
progrès rapides ; les lèvres devinrent livides; blafardés; et furent le siégé 
d’une suppuration abondante. 

An édmmcncement de l’année 1832, le malade se décida à subii- l’o¬ 
pération. A cette époque le cancer avait envahi presque tonte la moitié 
de la lèvre inférieure, et tendait à se diriger vers le mbnton; où déjà le 
mal àxait poussé quelques racines; aussi les veines y avaient-elles grossi; 
leur couleur bleue se dessinait parfaitement. La physionomie de Quiln 
exprimait à la fois la souffrance et le désespoir. Attaché à la vie, et en¬ 
silant se débarrasser d’une affection si cruelle, il sollicita lui-même l’d- 
pération, qu’il ne voulait pas seulement remettre à huitaiile. Elle fiit 
faite : il là suppbrta avec courage et résignation et sans pousser un soupir. 
Ce fut l’incision en V que j’adoptai, fce procédé pai-àissant le mieux 
seconder mes vues. Les deux bords de la plaie furent réunis, doit pas 
avec la suture entortillée, tîcs inconvénients de laquelle j’ai été plusienbs 



( 292 ) 

fois témoin, mais avec des bandelettes agglutinarives, qui atteignent 
parfaitement le but ; pour cela, il faut avoir soin de bien attirer la peau 
des joues, qui par sa texture même est trcs-élasticpie, très-extensible, 
afin que la lèvre opérée ne soit pas tiraillée, que les deux bords de la 
plaie maintemis rapprochés puissent suppurer et se coller ensemble. Le 
malade garda le lit quelques jom's, s’abstint de rire et de parler, il 
prit du bouillon et de la tisane à l’aide d’im biberon. Malgré l’âge ax'an- 
cc de ce sujet, l’opération a chez lui très-bien réussi; dix .ans se sont 
écoulés depuis, et il n’a cessé de jouir d’une parfaite santé. Les lèvres 
n’offreiit rien d’anormal, quoiqu’il ait fumé et qu’il fume encore de temps 
en temps des cigarettes. D’après mes conseils, il a eu la prudence de re¬ 
noncer à son fatal brûlot, et il x'eut, si cela est possilde, pousser encore 
plus loin sa longévité. 

Obs. n. Catherine Rilllard, née Ardigier, âgée de soixante-onze ans, 
portait depuis dix-huit mois un ulcère cancéreux à l’aile droite du nez, 
qui|, gagnant vers la joue, commençait à s’étendre en profondeur et en 
circonférence. Les bords de l’ulcère étaient déchirés, squirrheux, ren¬ 
versés , douloureux ; de son centre, ouvert à pic comme un bubon véné¬ 
rien, s’échappait une sanie âcre et fétide. Je crus pouvoir arrêter les 
progrès du mal par l’application des pâtes caustiques, quelquefois 
utiles en pareilles circonstances ; la poudi'e arsenicale de Dupuytren, 
appliquée le 18 mai 1834, sembla produire de l’amélioration par la 
chute d’une escharre qui donna à l’ulcère un aspect assez satisfaisant; 
mais quelques mois après le mal se raxiva de noux eau ; des fongosités 
blafardes, lardacées, vinrent attester que le virus cancéreux n’était 
point déb-uit, et que l’extirpation était indispensable. Elle fut proposée, 
acceptée avec répugnance, ajournée au 16 août, où elle fut pratiquée avec 
le bistouri promené circulairement autour de l’ulcère rongeant. La plaie 
fiit pansée simplement avec du cérat et de la charpie. Le quatrième joui- le 
milieu était d’une belle couleur- rose, et des bourgeons charnus s’élevaient 
avec un bon aspect. Le cancer n’était pas profond, et ne portait guère 
ses ravages que dans l’épaisseur du derme ou tout au plus du tissu cellu¬ 
laire superficiel ; mais si nous l’eussions laissé gagner plus avant, le nez 
aurait peut-être été détruit en entier, conune nous en avons en ce mo¬ 
ment des exemples sous les yeux dans les pei-sonnes de la veuve Pic et de 
Jean Cure, qui n’ont jamais voulu se soumettre à l’opération, à cause de 
leur âge, disent-ils. Us se sont bornés à quelques caustiques, qui non-seu¬ 
lement ont échoué, mais ont exaspéré le mal. Aiq’ourd’hui ils traînent 
une existence pénible, et leur ulcère carcinomateux inspire à tous le dé¬ 
goût. L’observation suivante est peut-être plus curieuse que les précé¬ 
dentes. 



( 293 ) 

Obs. in. La nommée Daudet (Marie-Amie), veuve Véray, rentière, 
âgée de 79 ans, ayant été rarement malade dans le com-ant de sa vie ac¬ 
tive et laborieuse, vint me consulter, le 5 mars 1842, pour savoir 
les moyens qu’elle poun'ait mettre en usage pour se délivrer d’une 
grosse verrue saignante qu’elle portait depuis bientôt trois ans sous toute 
l’étendue de l’œil gauche ; verrue, disait-elle, qu’elle n’avait encore 
montrée à aucun médecin, et contre laquelle elle ne voulait rien faire 
sans avoir mon avis, etc. La vieille rusée me débitait un mensonge, car je 
savais de bonne source qu’elle avait déjà consulté plusiem-s empûiquesqui 
avaient employé chez elle quelques topiques impuissants. Deux confrères 
l’avaient aussi visitée ; l’un d’eux avait essayé quelques causfrpics, l’autre 
ayait jugé l’opération nécessaire et ne l’avait pas pratiquée. D’autres en¬ 
fin lui avaient assuré que son âge, le siège du mal, son ancienneté, ren¬ 
draient toute tentative inutile, dangereuse même. Le physique et le mo¬ 
ral de cette femme se trouvaient profondément accablés. C’est sous 
la pénible impression de ces divers pronostics que Marie Véray vbit im- 
])lorcr mes conseils. Sacliant qu’elle était décidée à se livrer aux mains 
d’un charlatan si je ne lui donnais pas de bonnes raisons, je ne la laissai 
pas sortir-de mon cabinet sans conclure quelque chose. Mon premier soin 
fut de la rassiu-er, mon second de conseiller l’opération comme la seule 
ancre de salut. Elle s’y décida, et je la pratiquai le même jour. 

Le squirrhe de la veuve Véray offrait bien le caractère de ceux que 
les anciens appelaient crafte. A la suite d’une ophthalmie chronique qui 
avait duré plusieurs mois, il s’était manifesté une petite excroissance sous 
la paupière inférieure ; la malade y avait fait peu d’attention, elle l’a¬ 
vait même écorchée plusieurs fois avec scs ongles. Peu à peu la tumeur, 
ainsi violentée, avait acquis de l’importance ; on l’avait brûlée, mais la 
carrtérisation, imparfaite sans doute, n’avait servi qu’à redoubler l’éner¬ 
gie du mal, qui avait dégénéré eh noii «te tangere. 

Le 5 mars 1842, jour de l’opération, le cancer s’étendait depuis la 
pommette jusquevers le nez, compromettant une partie de la joue. U éga¬ 
lait le volume d’un petit œuf de potrle. Le globe oculaire était refoulé.en 
haut, et la paupière cessait de le couvrir ; des larmes involontaires s’é¬ 
coulaient à chaque irrstant ; la vue était incomplète, trouble ; la malade 
ne pouvait regarder en bas sans baisser la tête. Du centre de la tumeur 
carcinomateuse découlait un ichor abondant, sanieux, infect, qui exco¬ 
riait la partie de la joue sur laquelle il coulait, et y produisait, par son 
âcreté, de petites phlictènes qui allaient jusqu’au menton. La figure était 
décomposée, le teint pâle, Uvide. 

L’opération était indiquée urgente, indispensable ; voici comment j’y 
procédai. Ayant saisi et soulevé la tumeur avec des pinces à dissection, 



[ 204 ) 

je la détacl^ai par deux coups de bistouri ; le tissu en était dur et criait sous 
l'instrument. La dépei-dition de substance fut considérable. Il y eut tine 
foi'te bémorrhagie par les reines et les artères palpébrales ; je m’en 
rendis maître cependant sans recourir à la ligature. Pour cela, après aroir 
inutilement mis à contribution le nitrate d’argent, j’employai une pou¬ 
dre composée de gomme kino, de gomme arabique et d’extrait sec de 
ratanhia. La plaie fut bien saupoudrée avec cette poudi’e faite très-fine, 
et par-dessus j’appliquai de la râpurc de vieux linge, que j’imbibai de 
temps en temps avec de l’eau qui tenait en suspension de la magnésie 
calcinée ; de celte façon, il se forma là un mastic très-dm’, au-dessus du¬ 
quel j’établis des bandes circulaires passant autour de la tète et exerçant 
une compresion convenable. L’appareil resta fixé quatre jours, an bout 
desquels il fut enlexx. De petits bourgeons charnus s’étaient déjà déve¬ 
loppés, mais ils n'étaient pas de bonne nature; poiu'les ilétruiro, je me 
.servis de la pondre de Rousselot, composée comme on sait de sulfure de 
ineraire, de .sang-dragon et d’oxyde d’arsenic. Cette poudre escharfo- 
tique fut appliquéo.sur du cérat, et maintenue au moyen de la charpie 
mollette. Vingt-quatre heures après l’effet fut produit, mais non pas 
sans de vives donleius. Plusieurs fois la malade fut sur le point d’arra¬ 
cher l’appareil pendant la nuit. Une lar ge espharre, car tel était mon 
projet, fut fqrmée : je la laissai suppurer' et tomber d’elic-même. La 
nouvelle chair fut bonne. Tous les deux ou trois jours les boitrgepus trop 
mpus furent réprimés ayee la pierre infernale, de manière à fah'c tra¬ 
vailler les chairs uniformément. Le 10 avril 1S42, Marie Véray, très 
hicit guérie, venait me remercier de mes soins ; on ne se Int pas douté 
qu'un mois et quelques jours auparavant elle portait un eaupcr aussi 
diObrrne. Toirt le monde a été étonné d’une guérison aussi rapide, «pu a 
débarrassé cette femme d’une plaie repoussante poiu' tons. ■Aujour¬ 
d’hui, sept mois sont passés, et tout porte à croire que le caqcer ne se re¬ 
produira plus. 

J’ai cru que ces observations pourraient figurer dans votf e journal, es¬ 
sentiellement pratique ; elles prouveront une fois de plus que la vieillesse 
ne contre-indique pas l'opération du cancer, et que l’on peut, au con¬ 
traire, la pratiquer avec succès dans les circonstances analogues à celles 
que je rapporte. A. MmuEi,, D. M., 

4 Barbeelape (gaHohes-dg-ntiApc). 

UN mot sur use ÉProÉMIE DE SUETTE MILIAIRE. 

Depuis le commencement de jpin IfiA? Ü U PilfU dqns le dépavtcment 
de la Gbarcnte-Inféi'iem'e, et partjadièieuicpt 4at»s |g cpifpnijue dp Saint- 



( *295 ) 

Cicrs-Champagne, ime épidémie de suette miliaire. IjCS symptômes et la 
marche de eette affection, qui se montre pour la première fois dans cette 
conti-ée, sont tels qu’ils se trouvent décrits par les aiitem-s anciens et par¬ 
les médecins modernes. 

La maladie débute ordinairement d’une manière brusque : elle va sai¬ 
sir les habitants dé la campagne au milieu de leurs ti-avaux ; elle s’an¬ 
nonce tout à coup par un violent mal de tête accompagné souvent de 
vertiges, par une douleur profonde dans la région éjiigastrique, qui se 
fait sentir quelquefois juscpie dans l’abdomen ; par une faiblesse excessive 
dans les extrémités infériciji-es, par une sueur très-forte. Les malades 
sentent le besoin de se tnettre au lit : alors la sueur augmente con¬ 
sidérablement, au point d’obliger à les changer de linge dix fois^ 
quinze fols et vingt fois meme par jour ; bientôt après se manifeste une 
éruption miliaire des plus abondantes, de petits boutons blancs, quel¬ 
quefois rouges à leur base, mais toujours saillants et offrant à leur som¬ 
met une petite vésicule remplie d’une sérosité roiissàtre ; la soif est des 
plus vives, la bouche est amère, la langue large, blanche, couverte d’un 
enduit blanchâtre et muqueux ; la fièvre est peu intense. 

Tel est en général l’état de la maladie telle que nous l’avons obscivée à 
son début, |pr.squ’elle q’offre aucune gravité; mais, dans les cas sérieux, 
les S 3 miplümes présentent beaucoup plus d’intensité. Lorstjue la réaction 
s’établit, que la sueur et l’éruption veulent se développer, le malade 
ressent une oppression extrême, une anxiété précordiale, accompagnée 
quelquefois de violentes palpitations qui l’obligent à sortir du lit ; le 
délire survient, l’agitation est extrême, la fièvre est forte, et le malade 
succombe dans les vingt-quatre ou trente-six heures, offrant tous les 
signes d’une congestion cérébrale et pulmonaire. 

Le traitement que nous avons employé avec succès, et que nous em¬ 
ployons encore, consiste dans l’administration, dès le début, d’une tisane 
légèrement sudorifique de bourrache et de fleurs de sureau, continuée 
du commencement à la fin de la maladie, puis dans un léger purgatif, 
qui a été chez mes malades l’huile de ricin ; dans quelques cas, j’ai donné 
un éméto-carthartique. J’ai remarqué que tous mes malades, qui ont été 
au nombre de soixante, ont éprouvé un soulagement réel et immé¬ 
diat du purgatif : il a enlevé chez eux le sentiment de gêne et d’em- 
ban-as, si incommode, qu’ils éprouvaient à l’estomac. Je me suis très- 
bien trouvé, chez les sujets menacés de congestion au cerveau où aux 
poumons, des révulsils sur les membres inférieurs : les cataplasmes sina- 
pisés et les vésicatohes aux jambes sont pan'cnus à déplacer souvent le 
mouvement fluxionnaire qui se portait sur ces organes importants. 

La durée ordinaire de la maladie a été de dix à douze jouis ; rarement 



( 296 ) 

elle s’est prolongée jusqu’à la lin du second septénaire. Alors la fièvre 
cesse complètement, l’appétit commence à revenir, les forces se relèvent, 
la sueur diminue sensiblement, et enfin la période de desquammation 
arrive. 

C’est particulièrement, comme nous l’avons dit, dans la commune 
de Saint-Ciers-Gbampagne que l’épidémie a fait irruption. Le rayon 
qu’elle occupe n’est pas très-étendu : il comprend vingt-cinq à trenle 
villages assez agglomérés, situés dans un bas-fond, dominé de tous 
côtés pai- des coteaux et des forêts, planté de bon nombre d’arbres de 
toute espèce. Il n’existe dans cette locabté ni dans ses environs aucune 
cause d’insalubrité au moins apparente ; on n’y remarque ni étangs, ni 
marais, ni rivière; le sol y est ti’ès-fertile et l’agricidtiu-e y est très- 
florissante. 

Du reste, la suette miliaire qui règne en ce moment (25 juillet) 
n’affecte point de prédilection pour l’un ou pour l’autre sexe ; elle s’at- 
taclie de préférence aux fortes constitutions : c’est là qu’elle a choisi le 
plus grand nombre de ses victimes. Les vieillards et les enfants ont été 
généralement épargnés. Sur nos soixante malades, six ont succombé. 

J. Geneoil, D. M. 
h Jonzac (Charente). 


EECTIFICATION AU SUJET DE tA FALSIFICATION DE LA CODÉraE. 

Aluicz-vous, mon cher confrère, la bonté de dire que, des deux 
falsifications que j’ai signalées demièrement, celle qui a trait à l’hydi-o- 
sulfatc de soude doit seule être rapportée à M. Paton. La substitution de 
la codéine ne doit nullement lui êü'e imputée, comme j’ai regret que 
quelcpies personnes l’aient pensé d’après ma phrase. L’auteur de cette 
fraude coupalde m’est totalement inconnu, ainsi que je l’avais, du reste, 
fonncllement déclaré à la Société de pharmacie. 

J’ajouterai que M. Paton'afBrme que l’impureté de son hydrosiüfate 
de soude ne tenait rpi’à ce que la soude caustique, qui avait servi à le 
préparer, n’avait été (involontairement) que très-imparfaitement décar- 
bonatée : explication qui n’a rien d’impossible et |que j’admettrai volon¬ 
tiers, mais en me r&ervant toutefois le droit d’engager son auteur à 
mieux surveiller, à l’avenir, les produits qui soitiront de sa fabrique. 


Mialhe. 



( 297 ) 


BIBLIOGRAPHIE. 

De la menstruation, considérée dans ses rapports physiologiques 
et pathologiques , par A. Brierre de Boismont. —■ Ouvrage 
couronné par l'Académie de Médecine. 

Il est peu (le sujets tpii aient proToqué autant de travaux (pie celui 
qu'a traité iciM. Brierre de Boismont : l’impoilance de la menstruation, 
considérée coniuie fonction physiologique, les désordres vaiiés qu’elle 
peut présenter, les atteintes funestes (jue l’organisme peut recevoir de ces 
désordres (piand l’art ne vient point les faire cesser, ont du tout d’ahord 
conduire l’auteur à soulever’ les questions les plus intéressantes sur l’his¬ 
toire (le cette fonction. Ces questions surgissant partout et à propos de 
tout dans notre science, elles ont clù recevoir des solutions)bien diverses, 
suivant le point (le xvie théorique auquel les auteurs se sont successive¬ 
ment placés. Pénétré de cettc)dernière idée, et voulant apporter ici la ri¬ 
gueur des sciences modernes, M. Brien-e de Boismont a fait un grand 
usage (le la statistique dans son beau travail. Plusieurs fois déjà nous 
nous sommes élevé contre l’emploi irrationnel qu’on a fait de cette mé¬ 
thode en médecine, en l’applitptant à la solution de (piestions qui ne la 
comportaient pas, et nous avons surtout fortement insisté sur la nullité 
absolue des résultats, quand ceux-ci n’étaient point l’expression d’un 
grand nombre de faits, inteiprçtés suivant les règles d’une critique rigou¬ 
reuse. Beaucoup de faits qui se rattachent à l’histoire physiologique de la 
menstruation appellent naturellement l’emploi de la méthode statistique. 
L’iuiteur a parfaitement compris la nécessité de la double condition que 
nous venons d’énoncer, poim assurer la valeur des résultats, et y a large¬ 
ment satisfait en général. Les points principaux que M. Brierre de Bois¬ 
mont s’est efforcé d’élucider par l’emploi rigoureux de cette méthode, 
sont ceux-ci: A (piel âge la menstniation s’étaWit-elle dans nos con¬ 
trées? Quelle est la dm-ce de la vie utérine? Quelle est l’époipie de la 
ménopause? Quelle inlluence les constitutions, les localités, la couleur des 
cheveux et la taille exercent-elles sur la menstniation? Toutes ces questions 
n’offrent certainement pas toutes le même degré d’intérêt, mais leur so¬ 
lution mérite de trouver place dans la science. Avant d’aller plus loin, 
nous ferons ici une comte ob.ser\ ation qui ne s’adresse pas à M. Brierre 
de Boismont seulement. Qu’entend-on dire par l’influence (pie la couleur 
des chet eux, la taille, la longueiu’ des cils, la coloration de l’iiis, etc., 
exercent sur la constitution de l’homme, sur telle ou telle fonction, ou 
sur le développement des maladies? En vérité, cette influence est bien 



{ 298 ) 

facile à déterniinei-, car elle est évidemment nulle. Est-ce parce qn’nn 
individu a les cheveux blonds ou d’un noir d’ébène, parce qu’il a des 
yeux noirs ou bleus, des cils fort longs, etc., qu’il :est devenu phthisi¬ 
que? Non, sans auciin doute ; niais le vjee constitutippnel qui fait genner 
à qne époque donnée les tubercules dans les divers organes, est l’in¬ 
fluence qui imprime en même temps à 1^ constitution Jes cai'aclères qui 
la spécifient. La couleur des cheveux, de l’iris, la dimension des cils, 
n’exercent pas plus d’influence sur les maladies, que la forme hippo¬ 
cratique des ongles n’en exerce sur le dés cloppement des tubercules 
pulmonaires ; l’un et l’autre sera l’expression d’une constitution parti¬ 
culière. Nous savons bien que dans l’espiit dcM. Bricn’c de BoLsmont 
les choses sont ainsi conçues, mais il faut convenir au moins que la 
(jucstion est mal posée ; nous lui demanderons la permission de le lui 
l'aire remartpicr. Nous n’indiquerons point les solutions intéressantes 
auxquelles l’auteur est arrivé sur ces diverses (piestions, cela nous con¬ 
duirait trop loin; nous renverrons à son livre, on l’on trouvera sur tous 
ces points science réelle et judicieuse interprétation. 

Nous passons immédi.atemcnt à une partie.plus importante encore de 
l’ouvrage, celle où la menstruation est étudiée du point de vue de la 
pathologie. Ici, les questions qui intéressent le plus vivement la prati([ue 
sont tour à tour agitées. Parmi ces questions, nous indi(|uerons comme 
ayant plus spécialement fixé notre attention celle qui est relative à 
l'intluencc que les règles exercent sur les maladies, puis celle qu’à leur 
toiu’ les règles reçoivent de celles-ci. Sur la première question, M. Brierre 
de Boismont résunic ainsi les faits nombreux où il a puisé l’élément de 
son travail : l’influence des menstrues sur les maladies est avantageuse, 
nulle, ou défavorable. Cette conclusion, cqmmc'on le voit, ne peut guère 
guider le praticien auprès du lit des malades. Cependant, sur ce point 
scabreux de pratique, il pose quelques règles générales que nous croyons 
sages, et que nous allons reproduire en partie en laissant parler l’au¬ 
teur ; « Il y a cependant des règles qui ont pour elles la sanction de 
l’expérience. La maladie est-elle grave, compromet-elle les joims de la 
patiente? il ne faut pas balancer ; on doit, dans ce cas, l’attaquer éner¬ 
giquement par les moyens indicpiés ; ce serait une imprudence extrême 
de s’en rapporter aux efforts de la nature médicatrice. Si la femme est 
atteinte d’une phlegmasie locale, d’une pneumonie, par exemple, il faut 
saigna’, quand même les règles couleraient ; car l’obsenation a montré 
maintes fois qu’alors elles venaient plus abondamment, et qu’il en résul¬ 
tait souvent une amélioration notable. » Ceci n’est point particulier à 
la pneunmnie et à la saignée. Plus loin, l’auteur, qm semble atüilnier 
une grande efiicacité à l’emploi de l’éanétique à dose vomitive dans les 



( 299 ) 

violents accès de dyspnée, dont la cause organique réside dans un em¬ 
physème pulmonaire, ne se laisse point arrêter dans l’emploi de ce moyen 
par la préspnee des règles. Ça été là, en effet, la pratique des médecins 
les plus illustres. Tels sont de Hacn, Vauswieten, Sydenham, Stoll, 
Fr. Hoffmann. G’est encore aujourd’hui,'dans des limites pinson moins 
étendues, la pratique des médecins les plus sages. Quant à l’influence 
que les maladies exercent à leur tour sw les règles, elle peut se rattacher 
aux ti-ois chefs suivants : elles les dérangent, les diminuent où les suppri¬ 
ment. Suivant les cas, suivant les indications, il faut agir sur la fonction 
tfpuhlpe, PU bien ne point s’eu occuper, car on le ferait en vain 5 ou bien, 
à supposer qu’pn réussît, ce serait un résultat précaire et sans influence 
sur la maladio qni commande cet accident. Tout ceci, nous le répé- 
tmis, est de la bonne science et de la bonne pratique tout à la fois. Des 
livres de la valem’ de celui de M. de Boismpnt n’éclosput point tous les 
joins sur le terrain en apparence si plantm-eux de la médecine. Le pu¬ 
blic confirmera, npus en sommes sftr, la distinction bonpiable dont cet 
ouvrage a été l’pbjpt dp la part de l’Académie. 


HOPITAUX. 


De l’emploi de l’emplâlre de Vigo curp, tperpwrta dans les affec¬ 
tions SUPMlitiques de la peau. —M. Émeiya eu la pensée d’utiliser 
les propriétés réspli)tives et spécifiques de l’empjâtrc dp Vigo cum mer- 
cipio dans quelques fomes de syphiljdcs. Il a voplq voji' si, sans aucun 
traiteipeqt intéricqr, rqctipn de cette médication serait assex puissante, 
d’abord, pour flifldificr localement le mal, ensuite, pom- imprimer à l’orr 
ganisme lui-même, par l’absorption des moléculps tpereprieUcs, pnq 
modification suifisante dans le sens de la cnratiop dp l’infection ponsti- 
tntioppellp. f.'ps résultats ne sont encore ni assp? nombreux, ni assez 
complets poim qu’on puisse établir rjen d’absolument ppsitjf ; néanmoins 
i|s Sfipt purjpux, ponune op va le voir, pour mériter une attention sé¬ 
rieuse de la part des praticiens, et pom' faire considérer, en tout cas, 
cp topiqqe potpm® P** adjnvant ptile daps des cirponstances déterminées. 
Les formes de syphilides. sip- lesqneljps M. Épipry a appliqué l’emplâtro 
de Yigosqnt : la lubercnleusp, la papuleuse, I 3 pustulense, la bujlense et 
l’nlcéreusc; jl no l’a pas eipi>loyé dans Ipsformos sqnammeuses ni vési- 
culpuses, à caqsc de Icqr peu de graYrt® » "i dab® la ^bilido secpjgi- 
neusfi. Le mgde d’applicaliBP Wplei PP laiUlî^ fflPïfeauî do 



( 300 ) 

l’emplâtre delà dimension de la plaque, du tubercule ou de l’ulcération, et 
ou les applique par-dessus. On renouvelle le topique tous les six ou huit 
jours. La durée de l’appUcation s’est renfermée entre douze jours, et six 
ou sept semaines pour quelques cas de tubercules. Les phénomènes pro¬ 
duits ont été différents, suivant que la syphilide était ou non ulcérée. 

On a vu l’emplâtre de Vigo appliqué sur les tuliercules ou les papules, 
en modilîer à la fois la coloration et le volume. La teinte cuira-ée dispa¬ 
raît peu à peu, et est remplacée par une teinte terne et grisâtre, légè¬ 
rement ardoisée, qui s’efface pour faire place à la coloration blanche 
et brillante des cicatrices. Concurremment avec ces changements, la 
saillie morbide de la peau diminue ; la tiuneur semble d’abord se fléü ir 
et se rider, puis elle s’affaisse. Mais ce qu’il y a de remarquable, c’est 
(lue cet affaissement ne s’arrête pas au moment où la peau a repris son 
état normal ; le travail de résorption continue, et l’on voit alors peu à 
peu une dépression se former au niveau du point où existait précédem¬ 
ment une saillie ; alors il y a des cicatrices blanches déprimées et comme 
gaufrées, ressemblant h celles de la vaccine. Il faut le noter, tout cela s’est 
passé sans solution de continuité, sans ulcération. C’est d’autant plus 
curieux, qu’on ne peut expliquer ce phénomène par une suppimation 
survenue dans l’épaisseur de la peau. 

Les choses ne se passent pas de la meme manière dans les cas de sy- 
philidcs pustuleuses et bulleuses ulcérées, les seules où l’emplâtre de 
Vigo a été appliqué. Dès qu’au moyen des cataplasmes on a eu fait tom¬ 
ber les croûtes et mis à nu les ulcérations, on couvre celles-ci du médi- 
dicament. Son premier effet est de tai-ir graduellement la suppuration; le 
piui,de séreux et brunâtre qu’il était, devient lié et jaunâtre; il se forme 
des granulations rosfes qui s’élèvent du fond de la perte de substance et 
la comblent ; les boixls taillés à pic s’affaissent ; enfin, la cicatrice se 
forme ; elle est un peu déprimée, blanche, brillante et sillonnée de rides 
légères et irrégulières. 

Ce sont là incontestablement des effets fort curieux, car, nous le répé¬ 
tons, aucune médication autre que le topique n’a été employée chez les 
divers sujets, et cependant les syphilides ont guéri un peu plus vite peut- 
être que si on les eût soumises au traitement intérieur, et aux applications 
locales dont on l’accompagne quelquefois. 

Maintenant, l’emplâtre de Vigo n’a-t-il eu chez ces malades qu’une 
action locale, n’a-t-il porté son influence que sm‘ les tégmnents? S’il en 
est ainsi, l’affection constitutionnelle syphilitique n’est point guérie, et 
le mal se reproduira certainement. Nous n’oserions affirmer que cela 
n’arrivera pas. Cependant il est incontestable que le mercure a été ab¬ 
sorbé; car chez plusieurs sujets l’emplâtre a déterminé une salivation ex- 



( 301 ) 

trêmemcnt abondante et tous les accidents de l’hydrargyrie. Nous 
extrairons quelques faits de la note que nous a communiquée M. Racle, 
interne de M. Emery. Une femme, âgée de vingt-buit ans, fut couchée, le 
5 a\Til 1842, salle Sainte-Martlie, n" 9 : elle portait depuis deux ans 
des tidDercnlcs syphilitiques sur les bras, sur les côtés du corps et les 
reins. Aucun traitement antérieur n’axait été fait. IjC 11 ayril, on ap¬ 
pliqua de petites pièces d’emplâtre de Vigo siu- les points affectés. Le 13, 
c’est-à-dire deux jours après, la malade fut prise d’une salivation peu 
intense, mais qui, les joins suivants, devint telle, qtie des ulrA-ations 
caractéristiques survinrent sur la langue et sur les gencives. Il fallut sup¬ 
primer, pendant quelques jours, l’emplâtre. Au demeurant, cette malade 
est sortie complètement guérie de scs tubercules, le 12 mai 1842, après 
avoir présenté les phénomènes de guérison que nous avons décrits. — 
Une autre malade, âgée de trente ans, domestique, couchée au n" 13 de 
la même salle, traitée sans aucune amélioration par les moyens ante¬ 
rieurs, depuis le mois de juillet 1841 jusqu’au 2 mars 1842, pour des 
tubercules syphilitiques d’un centimètre au moins de diamètre chacun, 
et couxTant tout le corps, excepté le milieu des reins, fut soumise à l’em- 
plâti'e de Vigo, qu’on n’employa pas chez elle par morceaux, mais pai- 
bandelettes autour des bras, et par larges bandes autom du corps. Cette 
femme eut, au bout de huit joins, une salivation assez forte ; on fut obligé 
de suspendi’ele traitement commencé le 2 mars, pendant une quinzaine de 
joins, nfiit repris; la salivation se déclara encore une seconde fois. De 
sorte qu’elle a consax'é tout au plus pendant six semaines les emplâtres. 
Cette malade est sortie, le 10 mai, presque guérie; il lui restait encore 
une certaine coloration cuivrée des plaques. — Le n® 53 de la .salle 
Sainte-Marthe offre un exemple plus saillant de l’action puissante du 
médicament. Cette femme, entrée le 11 février dernier, portait sin la 
face palmaire des deux avant-bras des anneaux énormes formés par des 
plaques syphilitiques de nature mixte, qu’on pouvait rapporter aux tu¬ 
bercules aussi bien qu’aux affections squammeuses. La païune des 
mains présentait en outre un psoriasis palmaire syphilitique. Des cm- 
plâti’es mercuriels sur ces points peu étendus, qui n’avaient pas une 
surface d’un décimètre carré, ont amené en quarante-huit heures une 
salivation tellement intense, que depuis on n’a plus o.sé les renouveler. 
— Des faits de salivation se sont encore montrés chez deux autres ma¬ 
lades. L’im, âgé de vingt-cinq ans, était couché au n“ 29 de la salle 
Saint-Thomas. Entré du reste le 22 juin 1842, il est sorti guéri de .scs 
tubercules le 28 août suivant. 

Assurément, on ne peut considérer encore comme résolu le fait de la 
curation définitive de l’affection syphilitique constitutionnelle par l’em- 



( 302 ) 

plâti-e de Vigo ; dé hoBvellts expériences sont nécessaires. En attendant, 
les olJsertations que nous venons de rapportée prouvent l’action géné¬ 
rale incontestable qui résulte de Tfemploi de ce médicamèht. 

Jmmrose guérie par la porntUade de GUndret. — Vbiei ufa 
exemple qui prbuvfe la persévérance qu’il faut de la part du médecin 
et de la part du malade dans l’emploi des moyens propres à triompher 
de la plupal't des lilaladies chroniques, ét surtout de l’amaurose, qui est 
peut-êti-e la plus désespérante et la plus rebelle de toutes. H y a quelques 
mois, M. Lisli-anc reçut, au n” 9 de la salle Saint-Louis^ à la Pitiéj un 
homme db vingt-huit ans, qui depuis un an, sans aucune cause appré¬ 
ciable coililue, avait été frappé d’une amaurbsc à peu près complète ; il 
distinguait un peu la lumière des ténèbreSj mais il lui était impossible 
de sé conduire. Ou a attaqué, pendant deux inois, cette amaurose paf 
les saignéesj par les vomitifs répétés, par les dérivatifs puissants et con¬ 
tinus sur le canal intestinal ; on n’a pas obtenu le moindre effet. M. Lis- 
franc s’est adressé alors aux cautérisations syncipitales, àu moyen de la 
pomhiade de Gondret. Tous les jours, pendant trois mois consécutifs, on 
a fait une application de ce remède sur lé même point, à la partie an¬ 
térieure et supérieure de la tête. Ce caustique posé jburnellemcnt sur une 
plaie vive, déteniiinait des souffrances que le malade supportait avéfc 
courage. Cependant, à deux ou trois reprises ilifférentcs, il est survenu 
des douleiu's tellement violentes de la tetej qu’il a fallu les combattre par 
une petite saignée révvilsivc du pied, de 90 grammes ; ces déhltiirs dis¬ 
paraissaient en viligt-quatrc on quarante-huit heures, et l’on reprenait 
aussitôt la pommade de Gondret. Cette constance, qui n’a pas été altérée 
par trois mois d’insuccès, a eu sa récompense. Dès les premiers jours dit 
quatrième mois de l’emploi du moyen, la vue a cominencé à s’amélidrèr ; 
on a continué la pommade, et chaque jour, dès ce moment, Ib mieiik 
s’est prononcé davantage ; ce malade voyait sa vue cofflihe renaître. Le 
succès a été tel, qu’aujourd’lmi ce sujet lit des caractères assez fins d’im¬ 
primerie. U n’y a pas encore quatr e mois révolus que la médication a été 
commencée. 

Ligature des artères radiale et cubitale pour une hémorrhagie 
par la paume de la main. — Voici une observation intéressaiite à 
plus d’im titre. Le 9 juillet dernier, Arnal, ouvrier en parapluies, âgé 
de quarante-trois ans, bh vonlant placer une pierre derrière la roue 
d’une charrette pesamment chargée, eut la main gauche écrasée. Il entre 
à l’hôpital Saint-Louis, dans le service de M. Jobfft. La patnne de la 
main est traversée par une vaste plaie contiise qui contourne le bord 



( 303 ) 

cubital du métacarpe, dont les tjiiatrièhie el cinquième os sBttt Brliïs 
comminutiTcment ; la plaie passe sur le dos db là main et s’étend jUSqü’à là 
partie moyenne; les tendons sont à nu ; poiut d’héirioithagie. Oh lüi fait 
une saignée du bras ; on applique des cataplasmes frdids, qu’on main¬ 
tient jusqu’au 16 : la suppuration est bien établie et a chassé au dehors 
plusieurs lambeaux de tissu cellulaire mortillé. On se bdlne à deë pan¬ 
sements avec la charpie treinpéb dans ime débtictibn al’bmatiqiie, et à des 
bains de maih avec le même liquide. — I^es choses allàient atissi bien que 
possible le dixième jour de l’àeeidellt, Idrsque lé 19, sa iHaiM étant dans 
l’eaii, il se déclare une hémuiïhagie à la fa'cb pàliuali-ë : BU vbit, ad 
fond de la plaie, l’orifice de la petite artètë qui dardb lé sang; malà drt 
ne peut agir sUr place pour l’arrêter, cai‘ Ifes tutiiqtléà ëhflaiilmébs du 
vàisscaji se déchirent par la pression de la ligature oU pat la tBtSion; Ib 
tamponnement et la compression légère, la seule qd’bn puisse faite sur là 
plaie, sont impuissants.',On Coiuprûnb énergiquement les al térés radiale 
et cubitale à la partie inférieiU-e db rataiit-btas. L’iiéiiiorrliaglfe s’ariêté 
jusqu’au 26, jour où cUe se déclare plus gi-ave qiib précédeminéfat. 
Cette fois la compression des artères ne fait lieu. M. Jubéi t sé décide 
alors : ü pratique à la fois la Ugattü-e des artères tàdiàle bt Cubitale h 
la partie inférieure de l’avant-bras, et réunit lés plaies artc dès ban¬ 
delettes de diachylon. Les ligatures tombent le !«'■ àtlÛt. 11 li’ÿ à pllis eb 
d’iiémon-bagie. —Maintenant, (juelle a été l’action db ebtlb dbllblb ligà- 
ture sur cette main, où l’on a vu des désordres si gi-aves? Y a-t-il eu 
gangrène spliacèle, comme oit a prétendu que bêla devait àvoit lieu 
par l’intenniptlon de la circulation des deUx troheà àttéribls? Lbs parties 
étaient assurément dans un étàt assez mauvais pour (jtib tblà àrrMt plu¬ 
tôt dans ce cas que dans tout auti'e. Eh bieti ! Üoli, il ü’eàt rien arrivé de 
cela. Au contraire, les accidents Inflamillalbircs ont semblé éprdÜtrerUhë 
modification avantageuse après l’opéTatidtt, et là suppUTatian a été 
moins abondante. Il a bien fallu, après, éhlëVer les esquillbà tjui Së Sépa¬ 
raient du cinquième métacarpien, lettanchei’ avec llbs ciseaux la det-: 
mère phalange du petit doigt, qui déjà était frappée de mort, Büvrir là 
gaine des tendons des fléchisseurs de l’aiiniilail-è qui s’étaient bxfohés, et 
qui contenait du pus; mais tout a marché admlràblembiit, et la gnérisbh 
de la plaie est achevée. La circulation s’est parfaitement létablie par 
les anastomoses, et l’on sent mès-bicn aujourd’hui les battements des ar¬ 
tères radiale et culntale au-dessous des hgatures. 

Bons effets d’un oési'catoire et de l'induire de potassium dàni Un 
cas d’exostose très-douloureuse, réputée tloA syphilitique.— Ce sont 
les cas courants de pratiqtie qui sont les plus précieU* à cbnnàftrb. Ün 



( 304 ) 

jeune paysan, âgé de vingt-sept ans, assurant n’avoii- jamais eu de sy¬ 
philis, portait depuis huit mois une exostose volumineuse à la partie 
inféiieure de la jamlie gauche, au-dessus de la malléole ; le relief du 
memhie, dans ce point, était élevé de plus de deux centinièües. 11 y 
avait des douleurs vives et continues; mais au lien d’être plus fortes la 
nuit que le jour, elles diminuaient au conti-aire pendant cette période. 
Ce malade est cnü-é à l’hôpital de la Pitié, salle Saint-Antoine, li" 11, 
service de M. Lisfranc. Ce cliirurgien a comliattu ces douleurs, qui 
étaient intolérahles, par- plusieurs applications de sangsues et les cata¬ 
plasmes émollients. Ces moyens, mis en usage avec persévérance, n’ont 
amené aucune diminution dans les souffrances. 

Malgré les assertions du malade, craignant qu’il n’y eût eu un principe 
syphilitique sous jeu, M. Lisfranc administre l’iodure de potassiiun à la 
dose d’un gramme, et en même temps il fait appliquer sur l’éxostose 
un grand vésicatoire. En quarante-huit heures , toutes les douleurs 
avaient disparu. La tuméfaction osseuse a diminué ensuite très-rapide¬ 
ment sous rinÜuence de la médication, de telle sorte quiau bout de douze 
joins elle était réduite des cinq sixièmes. Les douleurs ne sont plus reve¬ 
nues. On a laissé suppurer le vésicatoire pendant un mois, et aujourd'hui 
le malade est complètement guéri et va sortir de l’hôpital. Il marclie 
sans douleurs comme auparavant, scidcment il existe encore un peu de 
tuméfaction du tibia. 

Consolidation d’une fracture chez un vieillard, malgré l’exis¬ 
tence d’une affection syphilitique constitutionnelle et pendant un 
traitement mercuriel. Une opinion généralement admise, c’est que l’exi¬ 
stence d’une syphilis constitutionnelle s’oppose à la consolidation des frac¬ 
tures ; une auti e idée également accréditée aussi, c’est que l’administration 
du mercure est contie-indiquée pendant l’existence d’une fr acture : les 
propriétés liquéfiantes ou antiplastiques de ce médicament devant s’oppo¬ 
ser à sa consolidation. Ces principes, qui ne sont point exacts, ont un 
grand danger, car- ils peuvent empêcher certains praticiens de traiter la 
syphilis par les mercurianx chez un sujet actuellement en traitement pour 
une fractiH-e, et ce retard dans l’emploi du remède peut aggraver les 
coaséqnences de l’empoisonnement sypliilitique constitutionnel. Il est 
donc important de mettre sons les yeux de nos lecteurs une observation 
qui les rassure sur la portée que peuvent avoir sur la solidillcaüon des os 
la syphilis et le mercure. 

Un marchand revendeur dans les rues, âgé de soixante ans, mais 
affaibli, mais décrépit par- suite d’excès de tous genres, et auquel on au- 
raildonné, à son extérieur, .soixante-ipiinze ans, fait unechutedonze jours 



( 305 ) 

avant son entrée à l’hôpital, et se fracture la clavicule droite à la partie 
moyenne. Le 2 septembre, il est reçu à l’hôpital du Midi pour cette lé¬ 
sion, et placé dans les salles de chirurgie de M. llicord, où il est exa¬ 
miné. En outre de sa fr'acture, cet homme portait sur tout le corps une 
sjfphilide papulo-squammeuse ; on vo 3 'ait sur le gland les cicatrices in¬ 
durées de plusieurs chancres qu’il avait pris, disait-il, deux mois aupara¬ 
vant, et, déplus, des engorgements ganglionnaires inguinaux. 

On appliqua siu- ce malade le bandage au bonnet de coton de M. Si¬ 
monin de Nancy ; mais comme c’était la première fois qu’on l’employait, 
et (pie sans doute il n’était pas bien disposé, il ne maintint pas bien la 
fr-acture, et il fut remplacé par le bandage en écharpe. Dès le même 
jour, le malade fut mis aux mercuriaux poiu’ le traitement de sa syphi- 
lide : il prit d’abord une pilule de 5 centigrammes de proto-iodiu'e de 
mercure, et, le dixième jour, deux pilules du meme remède, aidé dans 
son action par la tisane et le sirop sudorifiques. Le douzième jour, on 
remaripiait déjà une modification des plus avantageuses dans les plaipics 
syphilitiques de la peau. Enfin, malgré l’âge avancé du malade, malgré 
sa faiblesse, sa décrépitude, en dépit de l’infection syphilitique consti 
tutionnelle bien constatée par des preuves irrécusables, malgré encore 
le traitement mercuriel que le sujet a continué et qu’il suit encore, sa 
fi'acture était parfaitement bien consolidée au bout du vingtième jour 
du traitement. En ce moment cet homme est presque entièrement guéri 
de sa syphilide; il ne reste plus tpie les taches brunes de la période de 
réparation. 

REPERTOIRE MEDICAL. 


CANCEa du col de l’utérus, guéri 
par l’emploi du cautère actuel. Tout 
observateur qui a suivi le cancer uté¬ 
rin dans les dilTérentes phases de son 
déveIop))emenl, et constate l’impuis¬ 
sance de la thérapeutique conire les 
progrès de cette cruelle maladie, ac¬ 
ceptera avec beaucoup de réserve le 
Tait suivant. 

La femme Peyssey, âgée de i7 ans, 
a une suppression de règles le i6 
août 18ie. Pendant 9 mois, gonfle¬ 
ment du ventre, consécutif. Au bout 
de ce temps, inétrorrhagie durant 
15 jours, suivie d'un écoulement 
blanc strié de sang et fétide ; absence 
totale de douleurs lancinantes. Lu 
malade reste au lit. Pendant dix 
mois, amaigrissement général. 

TOME XXIII. 8' LIV. 


Le 15 août 1841, le docteur Daniel 
trouve le col dur, gros comme une 
bille de billard, assez ouvert pour 
laisser pénéu-er l’extrémité du doigt 
index, qui est retiré avec un enduit 
sanieux, fétide. Le vagin est déco¬ 
loré; la partie qui tapisse la sur¬ 
face interne du museau de tanche 
est détruite; le tissu musculaire est 
mis à nu; il est couleur lie de vin, 
et offre des granulations. — Jl s'en 
écoule des sanies sanguines. 

M. Daniel porta le fer rouge sur 
tonte cette surface interne du museau 
de tanche : il se servit d’-im cautère 
olivaire, et le laissa appliqué pendant 
une minute. Ce temps suffit, dit l’o¬ 
pérateur , pour détrm're les tissus 
dans une épaisseur d’un centimètre 
20 




( aofi ; 


el demi en tout sens. La malade ne 
fit entendre aucune plainte. Elle 
avait été liée préalablement .comme 
pour l’opération de la taille. Cauté¬ 
risée le 25 août, la malade se prome¬ 
nait le 28. Le 31 décembre, M. Da¬ 
niel trouve sur le col une solution do 
continuité transversale et linéaire. Il 
l’attribue à l’ériiplion des règles, qui 
s’est faite quelques jours auparavant. 
(/. des con. in <d.-cMr., sept. 181.2.) 
—Les détails de cette observation dé¬ 
montrent toute la justesse du préam¬ 
bule que nous y avons ajouté, et pré¬ 
viennent les praticiens do se tenir 
en garde contre l’extraordinaire de 
certains faits si fastiietisemcnl an¬ 
noncés, et si eu dehors des données 
de l’expérience. Où se trouvent, en 
effet, les caractères de ce prétendu 
cancer, si miraculeusement guéri par 
tine seule cautérisation? Pour tous 
ceux qni ont un peu l’habitude d’ob¬ 
server les lésions anatomiques du cul 
utérin, c’est bien lit un cas d’hypen- 
tropbie de cet organe, avec ulcéra¬ 
tion fongueuse à sa surface. Dans 
celle interprétation rigoureusement 
déduite de la lettre même de l’obser¬ 
vation précitée, le tout s'explique et 
le résultat du traitement devient, 
pour les cas analogues, un enseigne¬ 
ment qui ne doit pas être perdu en 
pratique. 

Ajoutons que s’il eût connu le 
Iteau travail de M. Jobert de Lam- 
halle sur les nerfs utérins, AI. Da¬ 
niel n’aurait pas soumis sa malade à 
l'effrayant système de déligalion que 
les plus obstinés conservateurs des 
vieilles trailitions chirurgicales ont 
abandonné, même pour l’opération 
de la taille. — Dans le travail que 
nous venons de citer, M. Jobert, 
après de nombreuses dissections des 
organes génitaux do la femme, et 
des femelles de plusieurs animaux, 
est arrivé à celle conclusion, qui 
contrarie beaucoup les croyances ac¬ 
ceptées jusqu’alors; savoir, qu’il 
n'existe pas de nerfs dans la partie 
de l’utérus qui fait relief dans le va¬ 
gin. — Puis de ce fait anatomique 
fl induit que le col utérin est dé¬ 
pourvu de celte sensibilité qu’on lui 
a attribuée, et dès lors qu’il peut 
supporter les opérations qu’on n’au¬ 
rait pas osé pratiquer si elles avaient 
excité une violente douleur qui, 
transmise par la continuité des filets 
nerveux dans la nlupart des viscères, 
eût jeté un trouble profond dans la 
vie organique et dans l’économie 
tout entière. — A l’appui et comme 


corollaire confirmatif de ses aperçit.s 
anatomiques et physiologiques, le 
chirurgien de l’hôpllal Saint-Louis 
rapporte plusieurs observations qui 
démontrent'les lieureux effets de la 
cautérisation par le fter rouge dans 
les affections graves du col de l’u- 
lérus. ( mémoire de l’Académie des 
sciences, tome VIIL) 


CBAüDS-PissB SÈCHE. Les ob¬ 
servations autbeniiques de chaudes- 
pisses sîtehes étant très-rares, nous 
donnons jilace à celle-ci, recueillie à 
l’hèpital des Vénériens dans le ser¬ 
vice de AI. Vidai. Cremor, manmu- 
vre, âgé do dix-neuf ans, n’avait ja¬ 
mais eu de rapport avec aucune 
femme, lorsqu’il va voir une fille pu¬ 
blique. Le lendemain même de ce 
coït il se développe une douleur dans 
le canal de rurèlre. Quand il entre 
à l’hôpital, ces douleurs existent 
très-fortes depuis trois mois, sans 
écoulement aucun par le canal. Les 
douleurs, d’abord bornées au méat 
urinaire, se sont propagées dans toute 
l’étendue de rurèlre, et les érections 
se faisaient avec beaucoup d’angois¬ 
ses. On s’est borné pendant les six 
[iremiers jours, à l’hôpital, à îles 
nains locaux, puis on a appliqué 
vingt sangsues au périné, répétées 
trois fois à trois jours d’intervalle. 
Les douleurs de l’urètre continuant, 
et aucun écoulement ne se manifes¬ 
tant, M. Vidal introduit une bou¬ 
gie d.ans le canal, el le jour même 
l’écoulement apparaît. Au bout de 
(juelques jours il devient très-alion- 
danl et jaunùlre. A partir de ce mo¬ 
ment les douleurs s’apaisent peu à 
peu. On commence le cubèbe, qu’on 
est bientôt obligé de suspendre à 
cause de l’inflammation du corps ca¬ 
verneux, pour se borner pendant un 
mois à la tisane de graine de lin ni- 
trée et aux bains locaux émollients. 
Enfin l’on reprend le cubèbe, el cette 
fois avec succès. Il a fallu près de 
deux mois pour que ce malade sortit 
parfhltementguéridcrbôpital.Ondoit 
noter cette circonstance, que ce jeune 
homme n’avait Jamais connu de fem¬ 
me avant le coït qui avait amené se.i 
douleurs, afin de ne pas confondre 
cette espèce d’nrétralgieavec un état 
analogue observé chez des sujets qui 
ont eu des blennorrhagies ou ([ni 
sont affectés d’un rétrécissement ou 
d’une affection du col de la vessie. 
Ce point est important, car il établit 
une vraie différence entre les deux 
maladies, très-importante pour le 



pronnslirei pour lelraitenienl. (Gaz. 
det Mp., septembre UU.) 


GBACBATS TUBEBCnUtlIX (Etu¬ 
des microscopiques sur les). Il n'y a 
point de caractères pliysiqu&s ni ciii- 
miqiies qui puissent faire distinguer 
le mucus du pus, sinon dans leurs 
degrés extrêmes; et malgré les re¬ 
cherches nombreuses faites depuis 
quelques années par MM. Mandl, 
Gluye, Vogel, Cérutti et Gruby, et 
l'an passé par M. Canstatt, le micros¬ 
cope n’a pas encore résoiu le pro¬ 
blème. Dans le mucus comme-dans 
le pus, on découvre, en outre de la 
sérosité, deux éléments microscopi¬ 
ques; i°les globules depus oudemu- 
cus (qui sont des corpuscules ponc¬ 
tués, irrégulièrement arrondis, à 
bords dentelés, ayant un volume de 
un deux-centième ou iiu irois-cen- 
lième de ligne, et dont la cuticule 
blanebèlrc est dissoute par l’acide 
acétique),et 3° des cellulosités conte¬ 
nant généralement une gianulation. 
Maison ne découvre aucun caractère 
diflïérentiel entre les deux liquides. 

D'anrèsM.Can$latt,quiarépétéaYCC 
soin les expériences des auteurs que 
nous avons nommés, il ne serait pas 
plus facile, au moyen du microscope, 
do distinguer le pus tuberculeux des 
autres sortes de pus, que de différen¬ 
cier le pus du mucus. C'est pour cela 
qu'il voudrait qu’on rejelftl la déno¬ 
mination de globules du pus, pour 
prendre celle de globules ponctués, 
qui n’exprime qu’une apparence phy¬ 
sique sans rien préjuger des carac¬ 
tères intimes.—Voilà sommairement 
où en est la science à cet égard ; 
le diagnostic de la phthisie n a pas 
fait, comme on le voit, un grand pas 
dans celle roule. 

M. Sandras, médecin de l’Hôtel- 
Dieu annexe, s’est livré à de nou¬ 
velles études, et il annonce être ar¬ 
rivé à des résultats plus positifs, 
nous le désirons. Cet honorable con¬ 
frère a fait recueillir sous ses yeux 
dans un petit tube des crachats de 
quaranle-oeuf malades atteints de 
piithisie bien constatée, et il les a 
examinés au microscope avec un 
grossissement de trois cents dia¬ 
mètres. Il a trouvé dans ces crachats 
les caractères suivants : globules 
nombreux, arrondis, isolés les uns 
dos autres, d’une couleur gris blan¬ 
châtre, comparables pour le volume 
et la forme aux globules du pus, mais 
en différant néanmoins en ce que 
oes derniers sont neilement cir¬ 


conscrits, tandis que les'globulc.s des 
crachats sont entourés à leur surface 
d’une couche comme lomenteuse, qui 
ne peut être enievée par le lavage. 
Un des caractères de ces petits corps, 
dont il ne faut pas accumuler une 
trop grande quantité sur le porte- 
objet du microscope poiu' les bien 
voir, est d’être complètement opa¬ 
ques vers le centre, et do prendre 
une teinte de plus en plus claire à 
mesure qu’on approche de leurs 
bords. —Notre confrère ne considère 
pas du reste le pus de ces crachats 
comme étant formé par les tubercules 
eux-mêmes; il pense qu’il provient 
d’une sécrétion faite par les parties 
au milieu desqueiies le tuliercule est 
déposé. 

AI. Sandras a examiné comparati¬ 
vement les crachats provenant de 
simples catarrhes. Ils sont en appa¬ 
rence semblables à ceux dus phthisi¬ 
ques; mais ils sont dépourvus de glo¬ 
bules. On y voit des corpuscules qui 
diffèrent des globules tuberculeux en 
ce qu'ils ne sont point isoiés les uns 
des autres, qu’ils n'ont pas tous un 
même volume, que leur surface offre 
des stries, et que ces corpuscules dis¬ 
paraissent, ou paraissent d’une ma¬ 
nière fugace au microscope. 

Néanmoins, maigré ces caractères 
différentiels, lorsque les signes phy¬ 
siques et la marche du mal sem¬ 
blaient contredire ies indications 
fournies par le microscope, M. Sau- 
dras est resté dans l’incertitude et ne 
s’est point prononcé. Dans ces cas 
douteux,n éanmoins, l’autopsie a (lui 
par donner raison au microscope. 

L’auscultation et la iiercussiou élan t 
impuissantes imurétablir un diagno.s- 
tic bien précis entre les affectjous 
catarrhales des bronches et la phthi¬ 
sie tuberculeuse au début, les don¬ 
nées nouvelles fournies parM. San¬ 
dras, par l’examen microscopique 
des crachats, seront importantes si 
son jugement est confirmé par d’au¬ 
tres observateurs. (Bull, de l‘.4e. de 
Mid., septembre IStS,) 

CROUP (Trachéotomie suivie de 
guérison chez deux enfants atteints 
du). Nous pourrions nous élever 
contre l’extension qu’a prise., depuis 
quelques années, l’opération de la 
trachéotomie. Les exemples ne nous 
manqueraient pas si nous voulions 
prouver qu’elle a été pratiquée dans 
des cas où elle n’était point néces¬ 
saire, et, chose pins sérieuse à dire, 
où la mort a été la conséquence soit 



( 308 ) 


immédiate, soit consécutive de la ten¬ 
tative chirurgicale que la gravité de 
la maladie ne réclamait pas. Mais nos 
récriminations s’adresseraient ici, 
non à ro[iération en eile-méme,mais 
à d’imprudents chirurgiens que la 
manie d’instrumenter emporte au 
delà des bornes raisonnables de l’art. 
La trachéotomie est une opération 
grave, une ressource extrême. Il ne 
faut y avoir recours ((u’aprcs mûres 
réflexions, (iit’alors que l’imniiiience 
du danger est patente,incontestable, 
que tous les moyens ont été ou vont 
être impuissants pour empêcher la 
suffocation. Dans ces cas seulement 
recourez à l’ouverture de la trachée, 
car, quelque chanceuse qu’elle soit, 
elle vous offre encore une espérance. 
Nous trouvons, dans le dernier fasci¬ 
cule des travaux delà Société médi¬ 
cale de Tours, deux nouvelles obser¬ 
vations de trachéotomie pratiquée 
dans la période extrême du croup. 
Nous nous hfttons de le dire, ce n'est 
point à ces faits que peuvent s’appli¬ 
quer nos réflexions précédentes. L’o¬ 
pération était, danscescas, impérieu¬ 
sement commandée; elle a positive¬ 
ment sauvé la vie aux deux enfants 
auxquels elle a été pratiquée. L’un 
était une petite tille, Henriette Bour¬ 
don, Agée de quatre ans sept mois, 
dont la suffocation était imminente 
an quatrième jour de l’invasion du 
croup. La trachéotomie, faite le 
avril I8i2, et siiivielesjours suivants 
de cautérisations dans la trachée au 
moyen d’une éponge imbibée de ni¬ 
trate d’argent au 12°, a amené la 
désobstructiondes voies respiratoires. 
Le septième jour, la canule a pu être 
retirée, et, dés ce jour, l’enfant n’a 
pas tardé à être guérie. Les ehoses ne 
se sont pas passées aussi simplement 
chez un petit garçon de deux ans et 
huit mois, opéré le 18 avril 1812, 
également au jour du croup, par 
le même praticien, M. le docteur 
Thomas. Pendant douze jour.s la vie 
a été à chaque instant eu péril, la 
respiration difficile, les accê„s de suf¬ 
focation fréquents; on n’a pu retirer 
la canule que le seizième jour; il a 
fallu recourir aux purgatifs, aux ré¬ 
vulsifs sur les membres inférieurs, 
aux expectorants, etc., pour conjurer 
les divers accidents qui se sont déve¬ 
loppés. En résumé, ces deux malades 
ont guéri, et MM. les docteurs Tho¬ 
mas, Blanchet et Charcellay, aux¬ 
quels ils étaient conliés, ont bien fait 
de proposer et d’exécuter l’opéra¬ 
tion , sans le secours de laquelle ils 


n’auraient point tardé à succomber. 

Mais nous trouvons dans l’exposé 
qui uous est donné de ces faits ma¬ 
tière à des réflexions qui ont quelque 
importance. Il s’agit de la méthode 
de traitement qui a été suivie pour 
s’opposer à la marche du croup. Sa¬ 
vez-vous tout ce qui a été fait chez 
ces deux malades, avant la trachéo¬ 
tomie? Rien autre chose que la cau¬ 
térisation du pharynx. — Le médecin 
est appelé : la toux est croupale; les 
iuiqiiratious sifflantes ; il y a mcnacede 
suffocation; les amygdales sont ta¬ 
pissées de fausses membranes gris⬠
tres, le voile du palais et ses piliers 
sont rouges; le pouls est très-accé- 
lén?, etc.; — cautérisation avec le 
crayon do nitrate d’argent sur les 
amygdales. —Le lendemain les acci¬ 
dents sont aggravés; — seconde cau¬ 
térisation avec une éponge imbibée 
d’une solution d’un quart de nitrate 
d’argent dans trois quarts d’eau. — 
L’état empire encore; troisième, qua¬ 
trième, cinquième cautérisations 
dans la même journée. —Le lende¬ 
main on recommence les cautérisa¬ 
tions de la même manière. On agit de 
la même façon le jour d’après; et 
quand on a eu posé des sinapismes 
aux membres Inférieurs et un vési¬ 
catoire au sternum, cl que l’enfant 
est sur le point de s’asphyxier, alors 
on pratique la trachéotomie. 

Nous avons beaucoup de considé¬ 
ration pour nos confrères de Tours-; 
mais, en vérité,nous croyons qu’ilya 
une manière plus rationnelle de trai¬ 
ter la période initiale du croup que 
celle qu’ils ont employée chez les 
deux sujets dontilest question. Quoi ! 
pas une application de sangsues, 
pas le moindre vomitif? Ces deux 
moyens héroïques n’ont-ils pas eu, 
entre les mains d’un grand nombre 
de praticiens qui savent les manier, 
des résullatsassezheureuxpourqu’ils 
soient pris en considéralion par tous 
ceux qui se trouvent en présence 
d’une maladie telle que le croup ? 
Pourquoi leur exclusion? pourquoi 
cette seule médication, la cautérisa¬ 
tion? Elle a certainement ses avan¬ 
tages, mais elle n’exclut pas le .se¬ 
cours des émissions sanguines, des 
frictions mercurielles, qui combat¬ 
tent l’inflammation, et surtout de 
l’émétique à bonne dose et répété, 
qui, par les secousses de vomisse¬ 
ments qu’il provoque, détermine 
l’expulsion des fausses membranes, 
et quelquefois même de longs tubes 
membraneux entiers, et enlève ainsi. 



( 309 ) 


à la satisfaclion du médecin et au 
grand bénéfice du malade, la cause 
pathologique qui bientôt aurait obli¬ 
gé à recourir au moyen extrême qu'il 
laut, avant tout, chercber à éviter, 
la trachéotomie. {Journal de la So¬ 
ciété méd. d’Indre-et-Loire, 2““ 
Irimest. 18i2.) 

D3EXIRIDM TREMEKS guéri par 
l’opium. Rien n’e-st plus propre à 
faire réfléchir le médecin sur la na¬ 
ture intime des maladies et à le pré¬ 
munir contre l’interprétation de cer¬ 
tains symptômes pour asseoir son 
jugement et diriger sa thérapeutique, 
(|ue ce qui se passe dans cette affec¬ 
tion singulière et grave désignée sous 
le nom de delirium tremens'. Ici nous 
rencontrons tout l’appareil formida¬ 
ble d’une surexcitation cérébrale en 
apparence de nature inOammatoire, 
et cependant ce ne sont pas les anti- 
phlogisliques'qui conviennent ; il faut, 
si l’on veut voir disparaître les phé¬ 
nomènes qui semblent se rapportera 
uite phlegmasie dit cerveau ou de ses 
membranes, administrer précisément 
le médicament qui serait le plus 
dangereux si l’on en croyait ces symp¬ 
tômes. L’on puise, dans ces eas, l’éle-' 
ment capital de détermination dans 
la cause de l’affection, dans les anté¬ 
cédents du sujet. On va voir un exem¬ 
ple saillant de ce genre. — Un gar¬ 
anti de magasin, ôgé de trente-trois 
ans, entre le 8 septembre dernier à 
l’hôpiial de la Charité, avec une cé¬ 
phalalgie vi ve, des vertiges, des bour¬ 
donnements d’oreilles! la faee est 
animée, les pupilles dilatées, la soif 
vive, l’intelligence est complète; la 
parole est tremblante, les membres 
supérieurs et inférieurs sont agités 
par des mouvements continuels ; la 
langue est sans déviation. M. Mon- 
neiet, remplaçant M. Andral, pres¬ 
crit un bain de pieds sinapisé et une 
saignée de trois palettes. Dans la jour¬ 
née le malade perd connaissance, il a 
une attaque épileptiforme. Le len¬ 
demain 9, un délire violent se dé¬ 
clare: il vocifère, il cherche à sortir 
de son lit; on est obligé d’appliquer 
la camisole de force. Les renseigne- 
mouis que l’on obtient des parents, et 
qui établissent que ce sujet abusait 
souvent des liqueurs fortes, permet 
sctilcment à celte époque de la ma¬ 
ladie d’asseoir un diagnostic auquel 
on n’aurait pas pu arriver par l’exa¬ 
men dessymptômes. Immédiatement, 
le 10, M. Monneret prescrivit à ce 
malade une imlion avec 25 centi¬ 


grammes d’opium; avant qu’il en eût 
pris une certaine quantité, le délire 
avait cessé comme spontanément. 
Le 11 an soir', il tend à reparaître; 
une nouvelle quantité de 20 centi¬ 
grammes d’opium lui est administrée. 
Le 12, le tremblement persisleencore, 
mais moins marqué; on administre 
une nouvelle dose de 25 centigram¬ 
mes d’opium ; le délire ne reparaît 
plus. — On voit que l’étiologie pou¬ 
vait seule établir la vraie nature de 
cette maladie; que les symptômes 
extérieurs étant parfaitement sem¬ 
blables, la nature intime de la cause 
qui les produit peut être tout à fait 
différente, enün que la spécificité des 
affections ne peut pas se découvrir 
toujours par l’élude des phénomènes 
morbides. {Gas. des Mp., septem¬ 
bre 18i2. ) _ 

DENTITION ( Exemple de troi¬ 
sième). Les exemples de troisième 
dentition, publiés par les auteurs, 
out presque tous rapport à des vieil¬ 
lards; de tous les faits connus, ou 
n’en pourrait guère trouver qu’un 
seul, celui d’Euslacbi, qui, comme 
celui que nous allons rapporter, eut 
poursujetunepersonneencore jeune; 
d’un autre côte, cette troisième den¬ 
tition est ordinairement incomplète, 
et se borne en général au renouvel¬ 
lement d’une ou deux dents ; sous 
ce double rapport, ce cas présente 
un extrême intérêt, car les deux cir- 
constance.s les plus rares dans celte- 
espèce d’anomalie s’y trouvent réu¬ 
nies. — Une des filles de la comtesse 
Z.... n’avait rien présenté d’anormal 
dans révolution de ses premières 
dents lorsque, àTêgedeslx ans, elles 
commencèrent à tomber. La même 
régularité s’observa dans les phéno¬ 
mènes de la seconde dentition, de 
manière que toutes les dents de lait 
avaient été successivement rempla¬ 
cées par des dents permanentes à 
l’époque où celle jeune personne en¬ 
trait dans sa douzième année. C’est à 
cet âge que, sans cause extérieure 
connue, lesdenlsincisives tombèrent. 
Celle perte affectait vivement la ma¬ 
lade et ses parents; ils pensaient 
qu’elle était irréparable, lorsqu’on 
vit de nouvelles dents apparaître et 
se développer à la place de celles-ci. 
La même chofc eut lieu pour toutes 
les autres dents qui tombèrent aussi, 
et furent remplacées successivement, 
de sorte qu’ayant la fin de celte an¬ 
née, une troisième dentition coin- 
plèle s’était opérée de la manière la 



; 310 ) 


plusrégulii'i'e. —Ou lie saurait adres¬ 
ser à celle observaiion le reproche 
de début d'authenlicité que des ail¬ 
leurs sérieux ont cru pouvoir appli- 
uuer, sans exception, h tousiesfails 
(lu même ordre : la malade dont il 
est question était, par son êsccl sa 
position sociale, du nombre (les per¬ 
sonnes qui sont surveillées avec la 
vigilance la plus minutieuse dans 
tout ce qui a rapport aux avantages 
extérieurs, dont une denture régu¬ 
lière constitue, sans contredit, un 
des principaux. {Gazette méd., sep¬ 
tembre 18t2.) 


DOtJLEOns NEBVEUSES {Feuil¬ 
les de belladone en cataplasmes 
dans les). La belladone est le sé¬ 
datif par excellence du certaines dou¬ 
leurs nerveuses et niusciilaires. Une 
malade ressentait une douleur brû¬ 
lante vers l'épaule gauche, prlnci|ia- 
leinent vers l’acromioii et vers le 
point d'insertion du deltoïde à l'hu- 
ipérus; aucun mouvement du bras 
êt même des doigts n'était possible; 
il y avait de la lièvre. Après avoir, 
pendant plusieurs jours, employé 
inutilement pourcaliiiur ces douleurs 
les cataplasmes émollients, les fric¬ 
tions anodines, les sangsues, les cal¬ 
mants ù rintérieur, M. le docteur 
Avoyne, de.s batigunlles, eut recours 
chez cette luaiaile aux cataplasmes 
(le belladone. A midi, une poignée 
(le feuilles sèches de cette plante flil 
mélangée avec du cataplasme de fa¬ 
rine de graines de lin et appliquée 
sur l'épaule. Dès six heures du soir, 
il n’y avait presque plus de douleur, 
et la nuit fut bonne. Le lendemain, 
les feuilles fraîches de belladonercm- 
placent les feuilles sèches : la jour¬ 
née et la nuit furent également bon¬ 
nes. Ainsi quarante-huit heures de 
l’application de ces cataplasmes ame¬ 
nèrent, sans autre traitement, une 
guérison (lui s'est maintenue. Dès le 
troisième jour, les mouvements do la 
main et de l'épaule s’opéraient sans 
souifrance. {Joum. de Médec. et 
Cftintrg. prat., septembre I8ia.) 

emfoisonneméht d'un nou¬ 
veau-né par une goutte et demie de 
laudanum. Le docteur Everest at^ 
coucha une pauvre femme d’une pe¬ 
tite fille robuste; avant de la quit¬ 
ter il prescrivit contre ses coliques 
13 gouttes de teinture d’opium (tans 
30 grammes de liquide. Le lende¬ 
main, la nourrice donna à l'enfhnt 
une enillerée à café de la potion fioHr 


la calmer et Tumpècher de crier, l.e 
docteur Everest trouva à son retour 
la petite tille dans un coma profond, 
et malgré tousses efforts, la mort eut 
lieu quatorze heures après l'ingestion 
du liquide. — Le docteur Christison 
a rapporté le cas à peu près sembla¬ 
ble d’un enfant de trois jours qui 
mourut pour avoir avalé le quart 
d’une potion qui contenait 10 gouttes 
de laudanum, c’est-à-dire 8 gouttes 
et demie du médicament narcotiiiiic. 
{Foreingand Britlsh revfew, et Ar¬ 
chives de méd. .septembre, 1818.) 


ECTROPIOM guéri par la méthode 
sous-cutanée. En même temps iiiie 
l’observation suivante reiifterme une. 
nouvelle et heureuse appiicaiion de 
la ténotomie sous - cutam'e, ellu 
éclaire le chirurgien sur l’une des 
causes d’une difformité très-fré- 
(piente, et sur le remède à y oppo¬ 
ser, du moins dans certains cas. 

Zacharski, âgé de 18 aus, eut 
des octroniotis aux deux yeux, à la 
suite d’oplilhalinie scruphuleuse dou¬ 
ble. Les cils, tournés contre la cor¬ 
née , l’irritaient à un tel point, (pi’à 
droite cette incmbrane était presque 
opaque, et qu’à gauche son segment 
supérieur seul restait Iransparcnl. M. 
Neumann pratiqua l’opénition sui¬ 
vante : ii engagea d’abord, cuire le 
globe de l’tt-Tl et la paupière siipi'-- 
rieure, une plaijne de corne; pui.( il 
enfonça un ténolome dans la tempe, 
à un (leml-poiice de l’angle externe 
de l’(Bil, en poussa la pointe entre 
la peau et la lace supérieure du mus¬ 
cle releveur de la jiaiiplère jusqu’à 
l'angle Interne; arrivé là, il tourna 
le tranchant de l’instriiment en de¬ 
dans et divisa le muscle releveur de 
la paupière et tous les tissus appli- 

3 ués sur la plaque de corne chargée 
e protéger le globe oculaire, et re¬ 
tira le tènotome par le point oit il 
l’avait introduit. 11 agit de même sur 
la paupière inférieure, en pénétrant 
par la plaie existant déjà à ta tempe. 
Les cils de la paupière reprirent alors 
une direction normale, et la conser¬ 
vèrent à l’œil gauche, où la vue s’est 
complètement rétablie. A droite, l’o¬ 
pération fut réitérée au bout de trois 
semaines, encore l’amélioration ne 
fut-elle que légère à cause de l’opa¬ 
cité delà cornée. {Jour, des Connais, 
mé’t.-chirur., septembre 18t2.) 

EH&OT DE SEIBEE ( A'oiivelfes 
Recherches sur la nature et la for¬ 
mation de l'). lA ih'gcHérescencc 




( 311 ) 


([iiü subissent eerlaines gi'aniinées 
pour se convertir en ergot a étô l’ob¬ 
jet de l’étude deplusieursnaturalisfes 
et de plusieurs médecins. Cependant 
l’on n’est pas encore l)ien lixé sur le 
mode de Ibrmatiou et la nature de 
cette excroissance. On a attribnécetie 
production à une maladie du grain; 
on lui a donné pour cause des piqû¬ 
res d’insectes. MM. Pauletet de Can- 
(lolle ont considéré ensuite l’ergot 
comme une espèce de champignon; 
enfin, M. Lcveille neveu y a vu deux 
parties, l’une, l’ergot proprement dit, 
<iu’il a considéré comme une sub¬ 
stance inerte, puis un champi¬ 
gnon déliquescent qu’on voit seu¬ 
lement sur le grain frais, et dans 
lecpiol résident toutes les propriétés 
médicales et obstétricales. 

M. Üebourges de Rollot considère 
toutes ces opinions comme des hypo- 
llicses inadmissibles; ila étudié avec 
lu [)lus grand soin la manière dont 
cette singulière production se forme, 
et voici ce qu’il a vu. Les grains de 
seigle qui doivent se convertir eu 
ergots se ramollissent, deviennent 
d’une extrême friabilité, subissent 
une sorte defermeutation, et exhalent 
une odeur nauséeuse désagréable. La 
surface de ces grains se sillonne de 
nomlireuses et fuies crevasses, qui 
laissent exsuder une liqueur blan- 
chfltrc, sucrée, visqueuse, qui se 
ramasse à la iiartie supérieure, s’é¬ 
panche et agglutine les parties de la 
Heur ; cette liqueur est acide et rou¬ 
git le papier do tournesol. Déjà, à cette 
époq lie, excepté.à la partie supérieure 
du grain, le pèrisperme, ce corps 
(‘pais qui envelojipe le germe dans les 
semences, est partout détruit. Il 
n’existe même plus de traces du ger¬ 
me. On peut écraser plusieurs de ces 
grains et les délayer dans de l’eau, 
la teinture d’iode n’y dénote pas la 
moindre proportion (l’amidon. Bien¬ 
tôt le grain devient jaunâtre de blanc 
(|u’il était; il commence à brunir par 
la partie inférieure, où la consistance 
augmente et où les gerçures s’effa¬ 
cent, et les mêmes changements s’o¬ 
pèrent graduellement vers la partie 
supérieure du grain, qui prend pro¬ 
gressivement les dimensions et les 
caractères que nous connaissons à 
l’ergot. 

Ce qui a été pris à la partie supé¬ 
rieure pourun champignon n’est que 
la portion nondétruitedu pèrisperme, 
et l’amas plus ou moins abondant de 
la liqueur visiiueuse dont nous avons 
parle, laiiuelle a agglutiné les sti¬ 


gmates flétris et les poils soyeux que 
tous les grains offrent à cette extré¬ 
mité. M. Debourges recommande de 
faire macérer pendant quelques jours 
(les grains ergotés frais dans l’eau, 
d’en écraser ensuite sur une plaque 
de verre la parue supérieure, puis 
d’examiner à la loupe ou au micro¬ 
scope ; il assure que, dans toutes les 
circonstances, on reconnaîtra l’exis¬ 
tence de ces pillosités. Ce qui lui 
prouve encore que la portion Jaun⬠
tre supérieure n’esl point un corps à 
part, et que c’est, au contraire, la 
continuation du inèlne tout, c’est la 
continuité du sillon longitudinal (|(ii 
existe sor toute la longueur du grain 
à toutes les époques de son dévelop¬ 
pement morbifique ou normal. .Si 
dans l’ergot était un champignon (pii 
se fût développé dans l’ovaire à la 
place du grain, pourquoi ce cham¬ 
pignon serait-il pourvu du même sil¬ 
lon longitudinal et des mêmes pillo- 
sités ((ue ce grain? ( Journal de la 
Société mériie. d’Indre-et-Loire, 
2»>e trim. 18t2.) 


FÉcULi: de pommes de terre. La 
fécule do pommes do terre lie con¬ 
stitue pas seulement un excellent 
aliment pour les estoraats faibles, 
elle est (le plus aujourd’hui fort em¬ 
ployée en iiiédocine pour la confec¬ 
tion des cataplasmes. On la préfère 
surtout lorsqu’il s’agit de calmer l’ir¬ 
ritation (le la peau dans la plupart 
des affections dartreuses. L’expé¬ 
rience a prouvé que ces cataplasmes, 
qui sont appliqués froids, ont des 
vertus calmantes supérieures à celles 
(le la farine de graines de lin, même 
pure: et l’on sait du reste qu’elle 
est SI souvent falsifiée, soit avec du 
son, soit avec de la sciure de bois, 
soit avec du tourteau dont on a ex¬ 
primé l’huile. Il est donc avanta¬ 
geux pour le praticien d’avoir un 
procédé siinpie du préparation pour 
conserveries pommes de terre et les 
rendre propres à donner une meil¬ 
leure et jilus belle fécule. Ce moyen 
, est donné par 'le célèbre chimiste 
SI. Liebig. Il faut laver les pommes 
de terre, enlever la pelure, les cou¬ 
per en tranches de 5 à 6 millimètres 
d’épaisseur; puis on les Jette dans 
une cuve en bois, où on tes couvre 
d'eau à laquelle on a ajouté a à' 3 
p. (00 d'acide sulfuriijue conceptré. 
On les laisse dans ce mélange pen¬ 
dant vingt-quatre ou trente-six heu¬ 
res; on soutire ensuite et on verse 
dessus de l'eau porc, qui doit être 




( 312 ) 


plusieurs fois renouvelée pour entraî¬ 
ner complètement l’acide. Les pom¬ 
mes de lerre, parfaitement rincées, 
sont séchées à l’air sur des claies. 
Leur dessiccations’opère rapidement; 
elles restent d’un blanc éclatant, et 
elles peuvent être converties en une 
line farine qui peut servir à l’usage 
médical, et, dans beaucoup de cas, 
remplacer même, pour les besoins 
domestiques, la farine de blé. Sans 
remploi de l’acide sulfurique, les 
pommes ont l’apparence d’une sub¬ 
stance cornée; elles sont difficiles à 
sécber et noircissent facilement. — 
L’on sait, du reste, que pour extraire 
la fécule on rêpe les pommes de terre 
sur un tamis sur lequel on verse en¬ 
suite de l’eau, qui entraîne la ma¬ 
tière féculente. Celle-ci, séparée par 
le repos et la décantation, est en¬ 
suite lavée et desséchée. 

FIÈVRE typhoïde [De l'emploi 
(lu sulfate de quinine à haute dose 
dans le traitement de la). Que n’a- 
t-on pas expérimenlé et que n’expé- 
rimentera-t-on pas encore avant d’a¬ 
voir trouvé pour ta lièvre typhoïde 
un traitement qu’on pourra décorer 
avec quelque raison du nom de spé- 
ciliqne! Nous avons aujourd’hui à 
rendre compte de quekiues essais 
nouveaux faiisdanscesderniers temps 
avec le sulfate de quinine à haute 

Un médecin de Plaisance, M. le 
docteur Broqua, est le principal ins¬ 
tigateur de cette méthode. Désireux 
de prouver la supériorité du sulfate 
de quinine à haute dose qu’il annon¬ 
çait avoir produit, entre ses mains, 
des merveilles, administré, dans la 
Iièvretyphn1de,a ladose de i0à20 cen¬ 
tigrammes toutes les heures, soit 
<iu jour, soit de la nuit, il est venu 
tout exprès à Paris au mois de mai 
dernier. M.BIache, àrhôpitalCocbin, 
a soumis quelques malades à ce trai¬ 
tement; nous ne dirons rien encore 
de ces essais, car tes observations qui 
ont été publiées ne nous fonrnisseut 
pas tous les renseignements désira¬ 
bles. Mais voici, à cet égard, les ré- 
• sultatsobtenus,à l'Uètel-Dieu, dans 
les salles de M. Uusson, et publiés 
par M. Saint-Laurent, son interne. 

Onzemaladesontététraités, à l’Hô¬ 
tel -Dieu, par la méthode en question. 
1» Deux malades ont présenté une liè¬ 
vre typhoïde à forme advnamiqnebien 
prononcée; 2» un, unehèvre typhoïde 
très-légère; 3»chez cinq, la maladie 
présentaitunegravilémoyenne;*‘>en¬ 


fin, chez trois, la Bèvre typhoïde à 
forme ataxo-adynamique était très- 
mve. Sansentrer dans tous lesdétails 
de ces longues observations, exami- 
nons-cn scrupuleusement et conscien¬ 
cieusement. avec nos lecteurs, les 
princ.ipalescirconslances. Et d’abord, 
quelle a été l’issue du traitement? 
Des deux malades de la première ca¬ 
tégorie , un est encore dans un état 
tel qu’il est impossible de savoir si 
on aura à s^repentirdumodedu trai¬ 
tement ; l’autre est guéri, mais au 3!)= 
jour. Le malade de la 2“'’ série est 
guéri au 33' jour. Des cinq qui com¬ 
posent la 3“', un est mort ; les quatre 
autres soht guéris au 26'jour, au 3.’)' 
jour, au 18' jour; enfin, quant aux 
trois malades de la i”*' série qui ont 
présenté des symptômes réellement 
très-graves, deux sont morts, l’un 
.au li', l’autre au 8« jour; un seul a 
guéri, encore est-ce au bout de soi¬ 
xante-sept jours, et après avoir pré¬ 
senté au huitième jour du traitement 
une hémorrhagie intestinale assez in¬ 
tense pour inspirer des craintes sé- 
rieu.ses pendant trois jours, et faire 
cesser immédiatement l’usage du sul¬ 
fate de quinine qui, jusque-là, avait 
été donné à la dose de 2 gram. 40 par 
vingt-quatre heures. 

Ainsi voilà déjà un fait établi, c’est 
que ies malades de l’Hôtel-Dieu ii’onl 
guéri ni plus vileni mieux qu'ils l’au¬ 
raient été par toute autre méthode; 
iln’ya,pours’en convaincre, qu’a voir 
la mortalité qui est de 1 sur 3, 6, et 
à examiner le temps qu’il a fallu pour 
la guérison des autres. 

M. Broqua aurait-il trouvé (pie le 
sulfate de quinine n’aurait pas été 
porté à assez hautes doses ni continué 
assez longtemps chez quelques mala¬ 
des? Voyons. il n’y a presque lias uir 
malade f)ui n’ait pris 2 gram. 40 ceu- 
tig. par jourde sulfate de quinine par 
vingt-quatre heures. Chez un grand 
nombre, il a été porté à 3, 4 et même 
5 grammes. Ce médicament était don¬ 
ne sous forme de pilules, une chaque 
heure ou chaque deux heures ; la ti¬ 
sane était de la limonade. Lorsque les 
vomissements ou la répugnance des 
malades s'opposaient à son adminis¬ 
tration par la bouche, on le donnait 
en lavements. En moins d’un mois, 
du 29 mai 1842 au 26 juin, Basile 
Mangeard, charretier, âgé de 26 ans, 
qui faitlesujetdel’obs. V. deM. Saint- 
Laurent, a pris par laboucbe72gram- 
mes de sulfate de quinine ( 2 onces 
3 gros), et cela, sans interruption 
du remède un seul jour. On a com- 



( 313 ) 


niencu a 1 gramme 20, portés le 
cinquième jour à 2 grammes 20, puis 
à 3 grammes, puis à ♦ grammes, où 
il a .été mainleou pendant 8 jours, et 
enfin à dose décroissante jusqu’à ta 
cessation. Chez les deux individus de 
la dernière série qui ont succombé, 
le sulfate de quinine a été administré 
dès l’entrée, à l’un, à deux gr. 40 
pendant 4 jours, à 3 grammes 1 jour, 
et à 4 grammes jusqu’à la mort; à 
l’autre, 3 grammes le premier jour, 
4granimespendant3jours, elOgram- 
mes ensuite jusqu’à ia mort. 

Ces détails étaient importants à 
connaître, car il faut bien que nos 
lecteurs puissent tirer avec nous la 
conséquence de tels faits. 

.\ous signalerons comme dignesde 
remarque quelques effets assez tran¬ 
chés du sel de quinquina. Chez neuf 
de ces onze malades l’administration 
du sulfate de quinine a été suivie 
d’une rougeur très-prononcée, avec 
sécheresse de la langue accompagnée 
d’une soif vive qui a été même insa¬ 
tiable chez un ou deux de ces neuf su¬ 
jets; clicz trois il y a eu des vomis¬ 
sements très-abomlants qui se sont 
accompagnés une fois d’une douleur 
snus-sternale et épigastrique forte, 
qui a obligé à cesser le remède. Chez 
huit malades il y a eu une diarrhée 
(|u’on a pu attribuer au traitement; 
elle a été très-abondante trois fois, et 
modérée trois antres. En dehors des 
organes gastro-intestinaux, il a été 
noté encore une action évidente sur 
le rieur : trois malades surtout ont 
présenté un abaissement plus ou 
moins considérable du pouls, tantôt 
immédiatement après le premier jour 
du traitement, tantôt seulement quel¬ 
ques jours après. Le sulfate de qui¬ 
nine a occasionné chez sept malades 
sur onze une céphalalgie qui chez 
trois a été très-intense, et persistante 
chez les quatre autres. 

Mais un phénomène remarquable 
dû au sulfate de quinine, sur lequel 
nous avonsdespremiers donné l’éveil 
enl8l0{voyez Bull.de Thér.,t. XIX, 
p.382),cesontlestinlementsd’oreilles 
et la surdité. On les a constatés sous 
l’inlluence de l'administration du re¬ 
mède chez dix des onze malades. 
M. .Saint-Laurent ne mentionne dans 
sonrésumé.cesacridentsqucchezhuit 
sujets, mais la lecturedesobservations 
elles-mêmes nous montre bien réel¬ 
lement que dix malades ont offert la 
surdité et les tintements d’oreilles à 
un degré d’intensité très-notaltle. 
Deux ou trois fois ces accidents exis¬ 


taient, mais légers avant le traite¬ 
ment; ils ont augmenté parlesulfate 
de quinine, et ont persisté après sa 
cessation. 

Ilestimportantd’ajoutergu’il a été 
tenu compte, dans l’expose qui est 
présenté des effets du sel de quinine, 
des symptômes ordinaires de la fièvre 
typhoïde : on n’a attribué la cépha¬ 
lalgie, le dévoiement, etc., etc., au 
traitement que lorsque leur intensité 
ou leur apparition ont coïncidé avec 
l’administration du remède. 

Si l’on avait toujours cédéaux désirs 
de M. Broqua, dit en terminant M. 
Saint-Laurent, on aurait eu à citer à 
l’Hôtel-Dieu un bien plus grand nom¬ 
bre de guérisons, car ce médecin est 
disposé à donner le sulfate dequinine 
aux malades qui présentent les plus 
légers symptômes ayant quelque 
analogie avec les symptômes d’in¬ 
vasion de la fièvre typhoïde ; 
mais comme il était arrivé sou¬ 
vent que de simples boissons aci¬ 
dulées avaient mis le malade, au 
bout de 4 ou 5 jours, en état de sortir 
de l’hôpital, il est certain que, si le 
sulfate de quinine eût été administré, 
on lui aurait tout assi bien attribué 
la guérison. Ce n’est donc que dans 
les cas d’une certaine gravité que l’on 
pouvait juger la méthode. Dans ces 
cas même, il ne faut pas se laisser abu¬ 
ser par la tolérance apparente de cer¬ 
tains malades ; il suffit qu’on lui ait vu 
provoquer des accidents du côté de 
l’estomac et de l’intestin, et du côté 
du cerveauchezquelquessujels, pour 
qu’on doive, selon M. .Saint-Laurent, 
s’abstenir d'employer le sulfate de qui¬ 
nine dans les cas où d’autres moyens 
sont pourlemoins aussi bonsquelui. 
Quant à son administration dans les 
cas réellement gravas, sa supériorité 
est-elle si grande qu’on doivelepréfé- 
reràtouteautre médication?Les ob^ 
servalionsdeM. Saint-Laurent (deux 
morts sur trois malades) ne le portent 
pas, on le conçoit bien, à se pronon¬ 
cer pour l’afiimiative. {^■irchiues de 
Médecine, septembre 1842.) 

FIÈVRE typhoïde chez une fem¬ 
me de cinquante-six ans. M. Cho- 
mel déclarait en 1834, dans son ou¬ 
vrage sur la lièvre typhoïde, qu’il ne 
connaissait pas un seul exemple au¬ 
thentique de cette maladie chez un 
sujet ayant dépassél’àgede cinquante- 
cinq ans. Cependant, en 1837, M. Prus 
a présenté à la Société de médecine 
l'observation d'une femme morte de 
la fièvre typhoïde à l’âge de soixante- 




( 314 ) 


quatorze aus. Aujourd’hui, M. Rayer 
vient de mettre sous les yeux de l’A¬ 
cadémie les pièces anatomiques pro¬ 
venant dei’autopsie d’une autre fem¬ 
me qui a succomiié le second jour 
de son entrée dans ses salles, à la Cha¬ 
rité, à la lièvre typhoïde la mieux ca¬ 
ractérisée. Une quinzaine de plaques 
de Péyer, de diverses dimensions, 
faisaient une saillie considérable à la 
surface de la membrane muqueuse; 
les plus étendues étaient situées à la 
fin de l’iléon ; aucune ne paraissait 
ulcérée. [,Siancedel’Aead. deMéd., 
septembre, 18i2.) 

BÊMOFTTSIB inlermittenle. 
M. Fantonetti a ainsi dénommé l’af¬ 
fection qu’il a eu à traiter chez deux 
malades. Cette dénomination est vi¬ 
cieuse, comme nous l’avonsdéjà dit ; 
car le médecin n’a point à traiter 
ici le symptôme qui est l’hémorrha¬ 
gie; c’est à l’état général, à la lièvre, 
iiu’il faut qu’il adresse les moyens 
(le curation s’il veut triompher de la 
maladie. Le résultat l'a, du reste, 
prouvé à notre confrère. En cllet.que 
voyons-nous ? un homme de 30 ans 
(|ui, le soir, est pris d’une hémop¬ 
tysie qui dure une heure, et dis- 
naralt. L’hémorrhagie se i’eproduit 
le lendemain à la même heure. — 
Saignée copieuse, glace à l’intérieur, 
digitale : intermission complète jus¬ 
qu’au soir du Soiv jour, ou elle re¬ 
vient; seconde saignée. Les doux 
jours suivants, à Ta même heure, 
même phénoméue ; saignée, chaque 
fois, c'est alors que M. Fantoneiyi 
administre 1 gram. SO rentigram, de 
sulfate de quinine, en huit prises, 
dans l’intervalle; l’hémoptysie ne se 
reproduit pas. médicament est 
continué encore deux jours; les ac¬ 
cidents ont cessé. Comme on le voit, 
la puissance du quinimina a été ici 
aussi souveraine que l'incfiicacité do 
traitement antiphlogisti(|ue le plus 
actif a été démontrée. La seconde 
observation a pour objet une jeune 
femme de 26 aus, nouvellement ac¬ 
couchée. Cette malade, en outre de 
riiémorrhagie intermittente, offrait 
quelques symptômes thoraciques 
d’apparence inflammatoire; niais, 
évidemment, ces symptômes étaient 
trompeurs, car cinq saignées coup 
sur coup n’ont pu les enrayer, tan- 
disqneqnelques grains deseldequin- 
quina les ont fait disparaître avec tes 
accèshémorrhaglques. On voit encore, 
chez cette dame, le crachement de 
sang, atTètë |>ar le quinquina, repa¬ 


raître dès i(u’uu suspend le médica¬ 
ment , pour cesser de nouveau dés 
qu’on recommence à l’administrer. 
Mais l’histoire des derniers jours de 
la maladie est bien autrement déci¬ 
sive pour éclairer la nature de l’af¬ 
fection. Après une inge-stion prolon¬ 
gée du quinquina, l’économie tout 
entière ressent l’influence tonique de 
cet agent, et le système circulatoire 
manifeste, par les signes les moins 
douteux, une excitation générale ; et 
néanmoins, quelque influence qu’ait 
un pareil état pour établir une fluxion 
sanguine, à plus forte raison pour 
faire reparaître celle qui venait à 
peine de s’éteindre, la convalescence 
suit [laisiblemeut son cours, et une 
guérison rapide vient nous montrer 
que le principe du mal ne procédait 
pas d’une surexcitation de l’organis¬ 
me, mais, au contraire, d’une dis¬ 
position spécifique que le quinquina 
a neutralisée, bien que son action 
elle-même ait produit, dans ce cas, 
une surexcitation véritable. ( Ga¬ 
zette médic., septembre 1812.) 


HERNIE ÉTRAN&EÉE réduite 
par l’arrosion d’éther. L’un des 
moyens rationnels employés pour la 
réduction des liernies étranglées , 
c’est le froid. La glace, la neige en 
applications locales ont, dans plus 
d’une occasion, amené la rentrée de 
l’intestin. N’e.st-ce pas à l’action ré¬ 
frigérante do l’éther que M. le doc¬ 
teur Vigier d’Amfreville ( Calvados) 
a dfl la disparition de la hernie étran- 

S lco dont il va être question? Nous 
! croyons. Voici le cas : lo28 février 
dernier, au matin, notre confrère est 
appelé auprès d’un homme de 56 ans, 
chez lequel une lioriiie inguinale 
droite, qu’il portait dopiiisdouzc aus, 
s’était étranglée depuis la veille, à 
onze heures du soir. Ce malade avait 
des vomissements abondants, et la 
tumeur était considérable. Il tenta 
de réduire la hernie, mais il ne put 
y parvenir. Avant de proposer l’opé¬ 
ration, il songea à pratiquer sur toute 
la tiimutir des irrigations continues 
d’éther. En même temps que le li¬ 
quide tombait, il frictionnait Ifeère- 
ment la partie. 20 grammes diether 
furent employés de cette manière : le 
malade s'endormit; à son réveil, au 
bout de deux heures, il trouva la 
hernie moins tendue; à six heures 
du soir, 20 autres grammes d'éther 
furent dépensés de la même façon ; 
le sommeil suivit comme le matin, 
«t qtraod le sujet s’éveilla, la hernie 



( 315 ) 


était complùteiiienti'éduile. C'eslaiix 
seules imgations tl’éthev que M. Vi- 
gier fait bouueiir de celte guécisoii. 
Nous avons dit onnimeiit nous com- 
preiiiéiis les effets de ce moyen. (Jouv. 
rfe Mid. et CMr'. prat., seutembre 
1812.) ___ 

HTDARTBROSE volumineuse du 
genou (De l’incision sous-cutanée 
apptiqùéeau traitement d'une). Plu¬ 
sieurs chirurgiens ont bien déjà ap¬ 
pliqué avec succès la méthode des 
incisions sous-culanées à des collec¬ 
tions séreuses peu étendues, telles 
(|u’(m les observe dans les bourses 
muqueuses par exemple ; maisaucun, 
<iue nous sachions, n'avait osé, avant 
M. Goyrand d’Aix, s’en servir contre 
le.s vastes épancbementsintra-articu- 
laires; aussi lira-t-on avec intérêt 
l’observation qui suit. 

Augier, âgé de cinquante et un ans, 
lit, au mois de septembre 18ti, une 
chute sur le genou droit, à la suite 
de laquelle l’articulation resta dou¬ 
loureuse pendant quelques jours, et 
cjuand la douleur se dissipa, il resta 
iiu gonflement et de la gène dans le 
mouvement. Cependant cet homme 
reprit ses travaux. Le 27 décembre 
suivant, le genou ayant continue à se 
tuméller de plus en plus chaque 
jour, Augier entra à l’hOpital d’Aix. 
A celle epoqiie, l’articulation a un 
volume considérable, il y existe' un 
épanchement synovial qui soulève la 
rotule et les expansions aponévroli- 
quesqu! s’insèrent à cet os, ainsi que 
la partie inrérletiredn triceps crural : 
il ne pouvait exister aucun doute 
sur la nature de l’affection. — Nous 
avions affaire, dit M. Goyrand, à un 
épanchement articulaire non suscep¬ 
tible de résorption, comme les épan¬ 
chements synovio-sanguinolents, qui 
se rorment immédiatement après 
((u'un article a subi une contusion. 
Dans le cas présent, la contusion 
avait déterminé une véritable hydar- 
throse. Connaissant par expérience 
l’inefficacité du traitement médical et 
le danger de la ponction directe, je 
résolus de vider l’article par une in¬ 
cision sous-culanêe, et de tâcher en¬ 
suite de prévenir la reproduction de 
l’épancfaemenl par une cumpresslon 
convenable. » 

En conséquence de cette manière 
de voir, M. Goyrand pratiqua l’opé¬ 
ration ainsi qirll suit, — Le 27 dé¬ 
cembre il souleva la peau de la cuisse 
au-dessus de la partie supérieure ex¬ 
terne de la tuméitr eu un Mrge pli 


traiisver.sal qu’il contia à un aide, 
ensuite il reloula le liquide en haut 
on pressant de la main gauche sur la 
rotule et sur la partie inférieure de 
la tumeur, dont la partie supérieure 
se trouva ainsi fort distendue. Un 
lii.stouri à lame étroite, tranchantdans 
une longueurdelroiscontimèlres seu¬ 
lement, fut plongé à travers le feuil¬ 
let supérieur du pli cutané jusqu’au 
talon ; le bistouri était émoussé par la 
lime dans le reste do sa longueur. 
Glissant ainsi sous la peau l’instru- 
mciit, l’opérateur incisa à plein tran- 
cliant l’aponévrose, les portions ex¬ 
terne et moyenne du triceps et le 
cul-de-sac supérieur externe de la sy¬ 
noviale. 

L’articulation étant ouverte, il lit 
exécuter à son bistouri un mouve¬ 
ment de demi-rotation qui dirigea le 
tranchant en avant, puis il débrida 
de la cavité articulaire vers la peau 
toutes les parties profondes, de ma¬ 
nière à donner à l’incision une éten¬ 
due de 15 à 18 millimètres. Le bis¬ 
touri fut alors retire, et le pli de la 
peau fut lâché : le retrait de celle-ci 
lit remonter la plaie cutanée à 4 cen¬ 
timètres au-dessus de l’incision pro- 
fbnde, celle plaie n’a guère que 2 mil¬ 
limètres d’étendue. — Une légère 
pression exercée sur la tumeur fit 
sortir un peu de synovie qui entraî¬ 
na quelques bulles d’air qui avaient 
Iiénetré sous la peau et se trouvaient 
entre la piqûre do celle-ci et l’inci¬ 
sion profonde. M. Goyrand ne cher¬ 
cha pas à évacuer la synoviale qui, 
une fois Inflllrée dans le tissu cellu¬ 
laire de la cuisse, devait être bientôt 
résorbée. 

Ce chirurgien nous apprend que 
le surlendemain de l’opération, la ro¬ 
tule put être appliquée contre la 
trochlée fémorale, qu’il n’y avait plus 
de liquide dans l’article, et qu’une tu¬ 
meur non iluctuantc, résultat de l’in- 
lillratloü de lasynovie, existait dans le 
tissu cellulo-adipeux interposé entre 
le fémur, la synoviale et rextrémité 
inférieure du triceps crural. La com¬ 
pression fut établie sur le genou au 
moyen de bandelettes imbriquées; 
un bandage roulé fut placé sur toute 
la longueur du membre au-dessous 
du genon. La compression fut con¬ 
tinuée jusqu’au 15 janvier, et lé 8, 
le malade marchait sans gène et sans 
douleur. LetSllquiitarhSpital; {.An¬ 
nal. delà Chir., septembre 1812.) 

— Tout en applaudissant à l’heu¬ 
reuse lentnlive de M. Goyrand, et en 
le félicitant de la voie nouvelle qu'il 



( 316 ) 


semble ouvrir à la méthode des inci¬ 
sions sous-cntanées, nous ne pouvons, 
dans l’espèce, partager entièrement 
ses idées de thérapentique médicaie. 
Sa manière de raisonner sur la na¬ 
ture de répanclienient et sur son in¬ 
curabilité, quoi qu’on fasse, ne nous 
a nullement convaincus. Son expé- 
rience|lui a démontré, dit-il, l’impuis¬ 
sance du traitement médical contre 
l’affection dont il s’agit; mais nous 
lui demanderons d’abord de quel 
traitement il veut parler, puis, ce 
point éclairci, nous insisterons pour 
connaître l’esprit dans lequel le trai¬ 
tement aura été dirigé; car ne sait-on 
pas que l’insuccès en lliérapeutique 
dépend souvent bien moins do l’inefli- 
cacité des moyens que de leur mode 
d’adminislrati'on;? Pour nous, peu 
d’accord en cela avec M. Goyrand, 
nous iiensons qu’avant de recourir à 
une opération qui, en définitive, ne 
laisse pas (pie d’offrir quelque dan¬ 
ger, le chirurgien devra préalable¬ 
ment mettre en œuvre toutes les res¬ 
sources médicales, convaincus que 
nous sommes que l’expérience nous 
donnera le plus souvent raison contre 
l’assertion tant soit peu hasardée du 
chirurgien d’Aix, surtotit s’il s’agit, 
comme chez son malade, d’un épaii- 
chement synovial simple, n’existant 
ps depuis longtenqis, et qu’aucune 
h'sion anatomique appréciable ne ve¬ 
nait compliquer. Nous profiterons de 
celte occasion pour signaler, en les 
condamnant, les efforts d’envahisse¬ 
ment de la chirurme militante dans 
ledomainede la médecine: sans doute, 
les innovations par le fer ont un grand 
retentissement; mais lorsqu’elles sont 
tenti'es sans discernement et uniipie- 
ment en vue des suffrages de la pu¬ 
blicité, nous rappellerons à nos con¬ 
frères que ces démangeaisons opéra¬ 
toires entraînent trop loin ; que la 
chirurgie est avant tout conservatrice, 
et (jue les succès obtenus par les voies 
médicales sont plus profitables à l’hn- 
manité et plus satisfhisants pour la 
conscience du médecin qui a quelque 
souci de la dignité de l’art qu’il pro¬ 
fesse. ,_ 

kystes des os maxillaires. En¬ 
trevue par Hunier et Bordenave, 
l’existence des kystes des os ma.xii- 
lairesa été surtout bien constatée par 
Dupuytren, dont les travaux ont jeté 
de vives lumières sur le diagnostic 
et le traitement de ces produits mor¬ 
bides, confondus avant lui avec des 
maladies essentiellement différentes. 


et surtout avec l’osléo-sarcôme. Le 
travail le plus récent sur ce même su¬ 
jet est de l’un de nos collaborateurs, 
M. le docteur A. Forget; il résume très- 
judicieusement les faits nombreux 
épars dans la science, les corrobore 
par des observations originales, et de 
cesélémenls divers qu’il soumet préa¬ 
lablement au contrôle d’une sévère 
analyse, il déduit pour les kystes os¬ 
seux' des lois générales de pathogénie 
qu’il faitservirdehaseàleurclassiflca- 
tion anatomique, fait capital de leur 
histoire, puisqu’il est lui-même une 
source féconde d’indications pour la 
thérapeutique ([ni devra se modifier 
suivant la nature du produit morbide 
auiiuelelle s’adresse. Ainsi M. Forget 
distingue parmi les kystes à çroduits 
liquides, des kystes séreux, séro-san- 
guins, muqueux etpnrnlents; et parmi 
ceux à produits solides, des kyslesli- 
brenx, fongueux, sanguins, et fibro- 
carlilagineux. Or, cette division, loin 
d’être théorique, repose sur l’observa¬ 
tion directedes faitseux-mêmes. C’est 
encore l’observation qui démontre à 
l’intérieur des kystes osseux l’exis- 
tenced’iinemembranedont les carac¬ 
tères varientcommeceux desliquides 
qu’elle renferme. Lisse, polie, analo¬ 
gue aux séreusesquanci delà st'rosité 
baigne sa surface, elle est épaisse et 
tomcntcuse quand la sérositéesl mt'- 
lée à du sang ; enfin elle est rouge et 
d’apparencemuqiieuse lorsqu’elle sé¬ 
crète du pus.|Cette disposition anaio- 
miqueesltr(’'s-inléressanleàconnatlre 
en pratique, puisque c’est de la des- 
tructiou complètede cette membrane 
accidcntelleque dépend renlie'’re gué¬ 
rison du kysteosseux,etqu’en laissant 
siibsistcrquelquepartie on s’exposeà 
voir s’établir des fistules qui la retar¬ 
dent indéfiniment. 

C’est à ce genre de kystes osseux 
à produits liquides qu’appartient ce¬ 
lui dont nous trouvons l’histoire rela¬ 
tée parM. Mirault dans le Bulletin de 
la Société de médecine d’Angers : 

M. A. porte nne tumeur derrière 
la lèvre supérieure; son origine re¬ 
monte à douze ans environ : située 
derrière la base du nez et le bord 
adbérentde la lèvresupérieure qu’elle 
soulève fortement, elle a pour ainsi 
dire changé en museau cette partie 
du visage. Arrondie, égale, non cré¬ 
pitante, élastique, dépressible, elle 
est évidemment formée par une lame 
osseuse recouverte de la membrane 
muqueuse; elle s’avance à deux cen¬ 
timètres (le chaque côte de la ligne 
médiane dans le sillon alvéolo-labial. 



( 317 ) 

Les deux grandes incisives sont va- an après la seconde opération, cette 
cillantes. En arrière, la voûte du pa- cavité offrait encore la moitié des di- 
lais, saillante et convexe, a subi une mensions qu’elle présentait lors de 
sorte d’affaissement, sa consistance est cette operation, sans qu’il résultat 
normale; près de l’orifice antérieur d’ailleurs pour le malade aucune In¬ 
des fosses nasales, le plancher de ces commodité de la présence de celle 

fosses est soulevé et forme une vous- espèce de siuus accidentel, 
sure. Le diagnostic s’étant arrêté sur Celte observation nous conduit à 
la présence d’un kysteosseux, M. Mi- remarquer, dans l’intérêt du diagnos- 

rault plongea dans la tumeur un bis- tic des kystes osseux, que la crépila- 
touri droit : celle ponction fut suivie lion de leurs parois, donnée par Du- 
de l’écoulement d’un liquide trouble, pnytren comme signe pathognomo- 
épais, inodore et tachant le linpje en nique, n’existait pas chez le malade 
jaune. L’exploration du kyste à l'aide de M. Mirault. Déjà M. Forget avait 
d’un stylet constata qu’il ne commu- signalé son absence dans trois cas 
niquaitavec aucune des cavités nalu- qu’il arapportés, et l’explication qu’il 
relies, et qu’il pouvait los»er aisément donne de la contradiction qui règne 

une amande. Le chirurgien pratiqua à cet égard entre les observateurs 
une contre-ouverture a l’extrémité repose sur les différeuces offertes 
opposée de la tumeur et y passa un par les parois osseuses de ces tumeurs 

séton, dans le but de procurer une aux différentes phases de leur evo- 

issuo permanenteau fluide, et d’ame- liition. C’est qu’en effet au début 
ner consécutivement l’oblitération du l’os faiblement dilaté conserve son 
kyste. Il aida l’action du séton par épaisseur et son inflexibilité, et ce 
une compression faite sur la lèvre n'est qu’après que le kyste a pris un 
antérieure avec des compresses gra- accroissement considérable que ses 
duées, en même temps qu’il recoin- parois se parebeminent et qu’elles de¬ 
manda au malade de presser souvent viennenlcrépilanlcs. — .\ussi s’expo- 

avec son pouce sur la portion pala- serait-on à une grave erreur, si de 
line de la tumeur. l’absence de ce signe on concluait à 

Sous l’influence de ces moyens, la non-existence d’un kyste osseux. 
M. Mirault nous apprend que trois L’impuissance de la première opé- 
mois s’écoulèrent sans résultats im- ration pratiquée par M. Mirault chez 
portants; le pus séjournait dans le son malade démontre on no peut plus 
kystequi s’affaissa fort peu et ne mon- clairement la nécessité de détruire 
trait aucune tendance à s’oblitérer.— par suppuration la membrane interne 

C’estalorsquelechirurgienoHvritlar- de ces kystes, et de préparer aux li- 
geraent sacavitéavecun fort bistouri, quides qu’eile sécrète une voie d’é- 
etqu’yayantconstalél'exislenced’une coulement large et facile. C’est pour 
membrane rouge, lisse et mince, il celaqu’enthësegénéraleilestindiqué 

y introduisit des bourdonnets de d’enlever une portion de leurs parois, 

charpie pour déterminer i’inflamma- celle où l’amincissement et par con- 

tion exfoliatrice de celle-ci. — Plus séquent l'altération de l’os parait le 

tard il eut recours à des topiques plus avancée, et en ayant soin autant 

excitants, à l’emploi du nitrate acide qu’il est possible d’agir sur le point 

de mercure. — La diminution de la le plus déclive de la tumeur. Enfin, 

tumeur se fit progressivement, et au lorsque raffaissemeut du kyste ne 

bout de deux mois elle était du tiers s’effectue pas, etque ses parois restent 

de son volume primitif. Le soulève- épaisses et saillantes longtemps après 

ment du plancher des fosses nasales, l’opération, comme cela a eu lieu chez 

la saillie de la voûte palatine, et l’es- le sujet de l’observation qui précède, 

pèce de tendance résultant de la pro- ily a de l’avantage alors à fairesubir 

éminence du nez s’étalent pour ainsi à l’os maxillaire une résection sui- 

dire dissipés. Le bord alvéolaire raf- vaut son épaisseur, à regiiairir eu 

fermi avait consolidé les incisives un mot par le rclranchemeiil des pa- 

dont le malade pouvait alors se servir roisdu kystequi restent ainsi en sail- 

pour diviser ses aliments. La suppu- lieà la surface ; le tissu osseux devient 

ration diminua beaucoup, elle devint ensuilela base d’une cicatrisation plus 

muqueuse. prompte et plus certaine. ( Thèse par 

L’ouverture du kyste réduite de le docteur A. Forget, juin 1810, et 
moitié était recouverte et fermée par Bull, de la Soc. de méd. d'Angers, 
la lèvre supérieure qui s’opposait 18il-i2.) 

ainsi à l’introduction des aliments _ 

dans sa cavité; disons toutefois qu’un 



( 318 3 


1.12XAT10N de Vextrémilé externe 
de la eiavieuie au-dessous de Vapo- 
physe Boraco'idsi Bien que le fait sui¬ 
vant soit en opposilion formeile avec 
l'opinion généralement admise an su¬ 
jet des luxations de l’extrémité sca¬ 
pulaire de la clavicule, le cachet de 
véracité qui le distingue et la sanc¬ 
tion que lui a donnée la Société de 
médecine deLyon en l'inscrivant dans 
son Bulletin, nous engage à le sou¬ 
mettre à l’appréciation de nos lec- 

II s’agit d’un homme de soixante- 
dix ans qui, à la suite d’une chute, 
dans laquelle l’épaule gauche porta 
sur l’angle d’un coiTre, ourit lessymp- 
tômes suivants : 

Affaissement de l'épaule gauche, 
inclinée un peu en avant et en bas; 
le membre pendant contre le tronc 
se porte racilcment dans tous les sens, 
excepté en haut et en dedans. Mesuré 
de la saillie acromiale à l’épicondyle, 
le bras a la même longueur que ce¬ 
lui du côté opposé. Relief très-mar¬ 
qué de l’acromion et de l’apophyse 
coracoïde que l’on sent libre sous les 
téguments. Aulicud’unesaillic, com¬ 
me elle existe du côté droit, à gau¬ 
che on constate une dépression sur 
le trsqet de la clavicule; le doigt, 
promené dans la direction do cet os, 
constate la présence do son extrémité 
acromiale dans l'aisselle. Ecchymose 
et douieurdansla région coraco-acro¬ 
miale. En arrière, saillie formée par 
l’angle inférieur et le bord interne 
de romoplate; cette saillie disi)aratt 
facilement quand on relève l'épaule 
en la portant en arrière. Cette ma¬ 
nœuvre permet aussi de reconnaître 
la présencé de l’extrémité de la cla¬ 
vicule en dedans du col de la cavité 
glénoïde. A ce signe, le docteur Pin- 
jon, médecin à Chamelet, et auteur 
de l’observation, n'hésita pas à ror 
connaître une luxation de l’extrémi¬ 
té scapulaire de la clavicule au-des¬ 
sous de l’apophyse coracoïde. Par 
quel mécanisme cet os, si invariable¬ 
ment fixé, au moins en apparence, 
par les ligaments coraco-claviculaires 
et ceux qui l’unissent à l’acromion, 
a-t-il pu perdre si complètement et 
dans une direction que les auteurs 
n’ont pas même prévue, ses rapports 
de contiguïté? Voici l’explication 
qu’en donne M. Pinjon. La douleur 
et l’ecchymose de la région acromio- 
claviculaire établissent que dans la 
chute l’épaule a été renversée en ar¬ 
rière par un choc violemment im¬ 
primé a l’omoplate en avant. I.a cla¬ 


vicule, entraîntîe dans le même mou¬ 
vement, aurait été retenue par les 
premières côtes, et les ligaments qui 
rnnissent à l’omoplate auraient été 
brisés d’autant plus aisément, que 
chez notre blesse, ainsi que chez tous 
les vieillards, le tissu fibreux avait 
dû perdre celle élasticité qui seule 
en rend la rupture si difficile. Ce pre¬ 
mier temps de la luxation une fois 
opéré, on comprend comment l’effort 
vulnérant, continuant son effet et 
poussant l’épaule en dehors, la clavi¬ 
cule libre alors a pu passer au-devant 
de l’apophyse coracoïde et se placer 
devant les tendons qui s’y insèrent 
en les refoulant en arrière. — En 
présence de ce fait pathologique et 
du mécanisme desondéveloppement, 
fort bien déduit des circonstances 
concomitantes des signesactuels, que 
devait faire le chirurgien? Dégager 
l’extrémité scapulaire de la clavi¬ 
cule, et ramener cet os dans sa ligne 
de direction normale. C’est ce que 
tenta de faire à plusieurs reprises 
M. Pinjon en portant fortement l’é¬ 
paule en arriére et en dehors, en 
même temps qu’il soulevait la clavi¬ 
cule pour lui faire fianchir l’apophyse 
coracoïde. 

Après plusieurs essais infructueux, 
l’opération fut remise au lendemain; 
mais le blessé, fort impatient, se ren¬ 
dit auprès d’un rhabiiieur en grand 
renom dans le i>ays, et ne permit pas 
à M. Pinjon de compléter son œii- 
vre.Sculemenl,ilasu plus tardquela 
réduction était complète.—Nous re¬ 
grettons que notre confrère n’ait pas 
pu constater ItU-même la suite de 
cette réduction, si toutefois elle a eu 
lien, fort satisfaisante au point de 
vue étiologique et séméiologique. 

Son observation laisse beaucoup à 
désirer sous le rapportdu traitement ; 
aussi est-il à souhaiter que de nou¬ 
veaux faits viennent compléter l’his¬ 
toire de celte luxation, dont l’im¬ 
possibilité avait été justiu’à ce jour 
acceptée sans répliquées; verio ma- 
gistri. {Joum. de méd. de Lyon, 
septembre 18ia.) 


MOXA fait avec la chaux vive. 
Voici un nouveau procédé, dirons- 
nous , d’ustion ou de cautérisation, 
imaginé par on médecin anglais, M. 
Osbone, et qu’il propose dans le 
Dublin Journal pour remplacer le 
moxa ordinaire. Ce moyeu consiste 
dans l’emploi de la chaux vive. Un 
fragment de celte substance d’un i/i 
ponce d’épaisseur à peu près, mais 



(319) 


aussi fralclieque passible (cette con¬ 
dition est essentielle au succès de 
l’opération), est placé dans un porte- 
moxa, ou sur une carte percée d’une 
ouverture circulaire. On applique • 
l’instrument sur la peau. Au moyen 
de quelques gouttes d’eau, la chaux 
se gonfle immédiatement, et il se 
dégage une chaleur dont l’intensité 
est évaluée à 500» Fahrenheit. Il faut 
avoir soin de retirer la substance al¬ 
caline avant que tout le calorique 
qu’elle peut donner sesoitdévoloppé, 
caria totalité du derme pourrait as¬ 
surément être détruite. Suivant le 
temps qu’on la laisse, on obtient une 
escharre plus ou moins épaisse. Ce 
genre de moxa est, dans plusieurs 
cas, préférable, suivant M. Osboue. 
II produit instantanément une cha¬ 
leur intense, et l’on a l’avantage d’une 
action rapide et profonde, en même 
temps que le malade n’est jtas elfrayé 
par l’aspect du fer et des étincelles in¬ 
séparables des corps en ignition. — 
Tout cela est très-bien, ajotiterons- 
nons; mais le plus souvent, quand 
il a recours au moxa, le praticien 
veut, au contraire, une action lente 
et progressive; cars’il nes’agissait que 
de produire une escharre, il aurait 
le eautèr eactuel, le marteau à l’eau 
houillantc, etc. 


caciléde la bella- 
y a déjà plusieurs 
années qu’on’ a utilisé la propriété 
sédative que possède la belladone 
sur la contractilité des tissus. On 
a employé avec avantage ce médica¬ 
ment pour faciliter la réduction des 
hernies étranglées; on y a eu re¬ 
cours dans les contractures doiiiou- 
reu-ses du sphincter du rectum, etc. 
On n’a qu’à consulter nos tables, 
et l’on y trouvera de nombreuses 
et intéressantes observations. En 
183i, M. Slazade, à Anduxe fGard), 
signala les services que la belladone 
lui avait rendus dans le paraphimo- 
.sis. (Bull, de Thêr., t. VII, p. 67). 
Aujourd’hui, M. Chabrely a appliqué 
la même médication au phimosis. A 
la suite d’une blennorrhagie avec 
balanite, un ouvrier, âgé de 25 
ans, avait vu son prépuce se tumé¬ 
fier outre mesure, et l’orifice était à 

Î ieine assez grand pour permettre à 
’urine découler goutte à goutte. On 
avait proposé la circoncision. Cet 
homme fil des onctions réitérées sur 
la partie engorgée avec de la pom¬ 
made mercurielle belladonée; le len¬ 
demain, il V avait un mieux notable. 


et au bout de huit jours le dégonfle¬ 
ment était complet ; le gland put être 
découvert. Le fait suivant doit en¬ 
core êl,re enregistré. Un ouvrier, âgé 
de 22 ans, avait un phimosis intense, 
et de plus des chancres nombreux à 
la racine du gland. M. Chabrely fit 
pratiquer des onctions réitérées sur 
la verge et le prépuce avec de l’on¬ 
guent napolitain belladoné.En même 
temps, il employa des injections in- 
lerprépiiciales avec une solution de 
sublimé à la dose de 10 centigr. par 
30 grammesd’eau, donna la tisane de 
salsepareille et le sirop de Larrey à 
l’intérieur. Au bout de quatre jours, 
les douleurs avaient diminué; 1’^ 
coulement purulent était moindre; 
mais il fallut un mois pour que le 
gland fût découvert. Les chancrés 
étaient cicatrisés, et l’affection sy¬ 
philitique qui, il faut l’ajouter, avait 
déterminé deux bubons (lu’oii avait 
fait avorter par cauléii.iiitiou avec, la 
potassecaustique, était com|déteiiient 
guérie. (Bull, méd. de Bordeaux, 
septembre 1812). 

RATAIttHIA ( Sur l'emploi d’une 
nouvellepréparalion de). XI. le doc¬ 
teur Levrat aîné, de Lyon, préconise 
comme possédant à lin degré très- 
élevé la propriété astringente une 
préparation de ralanhia qiril appelle 
extrait de ratanhia sutfatisé. Celte 
préparation consiste tout simple¬ 
ment à traiter le ratanhia par l’alcool 
sulfurique. On obtient un extrait 
brun, se dissolvant très-bien dans 
l’eau distillée qui, mise sur la langue, 
donne le sentiment d’une attrition 
prompte, suivie de chaleur et de sé¬ 
cheresse. M. Levrat emploie depuis 
longtemps ce roédicamenl dans les 
hémorrhagies passives de toutes es¬ 
pèces, et particulièrement danscelles 
de l’utérus, qui reconnaissent pour 
cause l’inertie à la suite de quelques 
accouchements laborieux et des avor¬ 
tements. Il l’a fait prendre avec suc¬ 
cès, à l’Hôtel-Dieu, à plusieurs fem¬ 
mes qui se plaignaient de pertes 
rouillées et continuelles. Lorsque la 
leucorrhée et la blennorrhée ne sont 
autre chose qu’un catarrhechroiiique 
de la membrane muqueuse génito- 
urinaire, l’extrait de ratanhia sul- 
fatisé a toujours produit le meilleur 
effet. La dose à laquelle il le pres¬ 
crit est de 30 à 60 centigr. par jour, 
étendus dans 180 grammes de véhi¬ 
cule, à prendre par cuillerées à bou¬ 
che à des intervalles plus on moins 
rapprochés, selon la gravité des cas 



( 320 ) 


et l’éial de calme ou d’irritation de 
l’appareil gastrique. Rarement il a vu 
les pertes utérines tenant à l’inertie 
de l'organe résister à i’emploi de 90 
centigrammes de cet e-itrait, pris en' 
düTérentes doses et continué quel¬ 
ques jours. Chez la plupart dos ma¬ 
lades, l’ingestion de l’extrait de ra- 
thania sulfatiséest suivie d’une sen¬ 
sation particulière de chaleur au 
creux de l’estomac, sensation qui 
n’arrive jamais jusqu’à la douleur. 
La soif devient pressante, le malade 
désire des boissons fraîches ; le pouls, 
ordinairement si faible dans les hé¬ 
morrhagies passives, se relève et 
prend bientôt le caractère gastrique. 
Gel étal morbide n’a qu’une durée 
éphémère; (juelques verres d’oran¬ 
geade de décoction de guimauve le 


font cesser en peu de jours. Dans ies 
pertes effrayantes qui ont lieu immé¬ 
diatement après la délivrance, celle 
préparation a donné à M. Lovratdes 
succès qui semblaient tenir du pro¬ 
dige. Dans la Idennorrhée chronique, 
qui est si souvent rebelle, il a eu de 
bons résultats au moyen des injec¬ 
tions à la dose de 15 à 30 centigram¬ 
mes d’extrait de ratanhia sulfatisé par 
demi-litre d’eau d’orge miellée. Ces 
injections déterminent d’abord de 
l’irritation dans le canal de l’urètre; 

S uaiid elle est arrivée à un certain 
egré, il faut cesser les injections et 
les remplacer par des bains locaux 
et généraux. Au bout de quelques 
jours, la malade est guérie. ( Journ. 
de médecine de Liion , septembre 
1842). 


VARIÉTÉS. 


— Tous nos confrères civUs cl militaire.s apprendront avec une vive 
satisfaction que les noms de Percy, de Dosgenetlcs et de Larrey ont été 
inscrits sous les voûtes de l’Arc-dc-Trioniplie de la Ijarricre de l’Ktoilc 
parmi ceux des hommes dont la France consacre le souvenir à rimmor- 
talité pour la part qu’ils ont prise, dans nos grandes luttes, à sa gloire 
et à ses succès. 

— La mort de Larrey avait laissé une place vacante au coaseii supé¬ 
rieur de santé : M. Bégin, premier professeur et chirurgien en chef du 
Val-de-Grâcc, a été nommé pour l’occiipcr. Tous les médecins applau¬ 
diront à un si excellent choix. MM. Pasquier fils et le haron Michel ont 
été nommés membres adjoints de ce conseil. M. Baudens remplace 
M. Bégin au Val-de-Gràce. 

— M. Moulinié, l’un des chhurgiens de province le plus justement 
en réputation, chinu gien en chef de l’hôpital Saint-André de Bordeaux, 
est mort subitement, le 4 septembre dernier, à l’âge de cinquante-cinq 

— Les dernières nouvelles de la Havane apprennent que la lièv re 
jaune y fait des ravages. 

— Un journal de Cadix annonce que la peste, ou plutôt la maladie 
appelée bubon, vient d’apparaître eu Portugal. 

Ebbata. — Il s’est glis^é une petite erreur lypcgrapbique dans le deruier 
artiele de M. Ricord sur l’iodure de potassium. Page 109, ligne 2<-, on lit : 
« La médication doit être surtout changée » ; c’est « souvent c'aangée » qu’il 
faut lire. 



( -321 ) 


THÉRAPEUTIQUE MEDICALE. 


»ES MÉDICATIONS SECONDAIRES DANS LE TRAITEMENT DES MALADIES. 

Quand la scicHce de Bonnet, de Morgagni, poiusuiA-ant ses décoii- 
YeiTKî, eut déroulé le tableau à peu p-ès complet des lésions divei-scs 
<jue laissent dans les tissus les nombreuses maladies qui frappent l’orga¬ 
nisme vivant, on put ci'oire qu’une tliérapcutiqiie noiwelle allait sortir 
de ce foyer de lumières jusque-là inexploré. L’incertitude des résultats 
des médications les plus habilement dirigées, la mobibté des théories, 
dont les plus complètes laissent à tous les faits qu’-dles aspirent à ex¬ 
pliqua i*n cité pofondement obsem-, sont les deux causes principales 
qiH, dæis notre science, disposent les esprits à accepter facilement d’a¬ 
bord toute conception nouvelle. L’anatomie pathologique, en faisant 
toucher du doigt les lésions subies par les organes dans les maladies, en 
rattachant les phôiomènes, par lesquels celles-ci se traduisent à l’ob- 
seivation, aux lésions que le scalpel constate après la mort, devait faci¬ 
lement frire illusion à des esprits fatigués de mai<chcr au but de la 
science à travers les théories les plus contradictoires. Jamab, dans le 
■cours -des siècles, aucune doctrine ne s’était produite appuyée sur un 
principe aussi simple et sur un ensemble de faits aussi positlis : la mé¬ 
decine, à ce point de vue, n’est rien de plus, en effet, que la science 
du traïuuatbme interne, c’est purement une autre face de la chirurgie. 

Quand les observateurs eurent colhgé tous les faits dont se compose 
l’anatomie morbide, d est simple qu’on ait cheiehé à édiiier toute la 
doctrine de la science sur cette base; ou conçoit dès lors qvæ la théra¬ 
peutique dut tendre incessamment à se transformer en l’art de com¬ 
battre le traumatisme interne, qui constitue toute la maladie. Cette con¬ 
séquence extrême de l’école anatomique ne se trouve point sans doute 
dans l’esprit de ses premiers fondateurs, mab elle y était en germe, et elle 
devait tôt ou tard se produire au grand jour : tout le monde sait qu’on 
veut que ce soit là une de nos gloires contemporaines. Cependant, hâtons- 
nous de le dire, le nombre des hommes qui voient ainsi toute la science 
dans l’anatomie pathologique diminue chaque jour, et la thérapeutique, 
cnti-e les mains de ceux-là même qui s’affr anchissent le plus difficile¬ 
ment de cette idée, ne se subordonne plus aussi rigoureusement, ni aussi 
exclusivement aux altérations organiques. Quand, par exemple, dans le 
cours d’une fièvre typhoïde, on voit surgir l’indication d’un purgatif ou 
TOME xxin. 9' LIV. 2f 



( 3*22 ) 

tl'iin éuiétiquc, on ne craint plus, en général, iVobéir à celte iiulicatujn; 
(juand, dans une pneumonie, on voit un peu de râle a’épitaul survivre 
aux symptômes généi'aux, on ne s’abstient plus de donner quelques ali¬ 
ments aux malades, sons prétexte de voir se rallumer une inflammation 
mal éteinte, etc. Pour marcher dans le sens de cette bonne tendance, à 
laquelle inclinent chaque jour davantage quelques esprits éminents qui 
s’étaient laissé entraîner dans une direction mauvaise, nous nous pro¬ 
posons aujourd’hui de traiter sommairement, et dans un sens exclusive¬ 
ment pratique, de quelques indications secondaires qui sm’gissent dans 
le cours des maladies. 

Dans toute maladie, la première et fondamentale incheation, c’est 
évidemment de supprimer, quand cela est possible, la cause qui la dé¬ 
termine. Ainsi, ce serait vainement, sans doute, qu’on opposerait de la 
manière la plus méthodique le sulfate de quinine à la fièvre intermit¬ 
tente, si l’organisme qui en est atteint demeurait placé sous l’influence 
de l’effluve paludéenne qui la provoque : la soustraction de l’économie 
à l’action de cette cause morbifupie est aussi nécessaire, dans ce cas, que 
celle d’un organe irrité au contact d’un coiqis étranger qui s’est acci¬ 
dentellement logé dans son tissu. Quand cette première indication est 
remplie, il en est une autr e, mais celle-ei résume en elle seule toutes les 
difficultés dont se trouve hérissée noU’e science : c’est d’attaquer le mal 
dans sa source, dans le foyer même d’où il ii’radie dans tous les joints 
de l’organisme. Le problème, ici, se complique de toutes les questions 
docti-inalesqui sont au fond de la médecine, et dont la solution préala¬ 
ble serait rigoureusement nécessaire pom* guider la thérapeutique dans 
le dédale obscur qu’ouvre devant elle ce but à poursuivre. Nous ne tou¬ 
cherons point à ce problème, car ü nous faudrait soulever à la fois les 
questions les plus épineuses de la science du traitement des maladies ; 
nous supposons cette indication méthodiquement remplie, et allons uni¬ 
quement nous occuper des indications secondaires, qui se placent sou¬ 
vent à côté de celle-ci, et appellent, dans quelques cas, une médication 
fflrecte. 

Il n’est point de maladie dans laquelle on ne puisse distinguer les trois 
ordres de phénomènes suivants : les phénomènes directs, ou ceux qui 
manifestent immédiatement la maladie; les phénomènes sympathiques, 
qui sont l’expression morbide de la vie consensuelle de l’organisme ; en¬ 
fin les simples phénomènes de coïncidence, qui n’ont aucun rapport né¬ 
cessaire avec l’affection existante. A ces trois ordres de phénomènes 
correspondent trois sortes d’indications qui sont loin, sans doute, d’avoir 
la même importance en thérapeutique, et dont aucune, cependant, ne 
doit être négligée : c’est des deux dernières catégories de phénomènes 



( 323 ) 

>pie naisscul cc que nous entendons ici par indications secondaires dans 
le traitement des affections inorhides. 

Le plus ordinah’omcnt, lorstpic, parmi diagnostic rigoureux, on a dé¬ 
terminé et la nature et le siège d’une maladie, le traitement institué 
pour combatti e directement oelle-t:i atteint en même tœips ks pliénomè' 
tics sj-mpatliiqucs, et ces pliénomèncs cessent avec la cause organique qui 
les provoque et les cnti’etient. Cette loi pathologique, incontestable dans 
nn giiand nombre de cas, subit cependant d’assez nombreuses excep¬ 
tions. Le principe de localisation, introduit dans la science par l’école 
anatomique et l’école physiologique tout à la fois, en exagérant la portée 
de cette loi, a fait perdre de vue les cas exceptionnels qui échappent à 
son expUcation. Que si, dans la pratique, ceux-là même qui acceptent 
■dans toute sa ligueur le principe fondaiiR’utal de ces deux écoles, flé¬ 
chissent parfois à l’endroit des conséquences forcées qui eu découlent, il 
est facile de s’apercevoir que leur pratique ne concorde point avec leim 
ihéoiie; ils tâtonnent, ils louvoient, ils n’agissent pas. Le s}'stème ner¬ 
veux, qui enlace dans sou vaste ensemble l’organisme tout entier, est, 
des diveis systèmes de l’économie, celui qui s’associe le plus énergique¬ 
ment aux lésions isolées des divers organes dans les maladies primitive¬ 
ment locales. Dans ces cas, on voit fréqucinmcnt, sans doute, la loi que 
nous avons précédemment indiquée recevoir d’hcurcuscs applications; 
mais il en est d’autres, non moins réels, dans lesquels les désordres sym¬ 
pathiques de ce .système .smit lienrcusement eombattus par une médica¬ 
tion expressément dirigée contre eux. Sans parler des maladies aiguës, 
dans lestpielles on voit si souvent surgir, du côté du système neiTcux, 
les désordres les plus graves, et dans lesquelles les plus opiniâtres loca¬ 
lisateurs sont forcés de combattre directement les lésions secondaires, 
combien n’est-il pas important de suivre la même pratique lorsqu’il s’a¬ 
git de ces maladies chroniques qui minent lentement l’organisme, et l’u¬ 
sent pour ainsi dire par tous les bouts, en éveillant de tous côtés, mais 
simtoutflu côté du système nerveux, des sympaüiies morbidese Ici, ce 
système témoigne la souffrance par une lésion de sensibilité; là, par un 
affaissement du système musculaire, qui semble avoir perdu tonte force 
de contraction. Dans un autre cas, les malades sont tourmentés par une 
impressionnabilité qui rend insupportable l’influence de tout stimulant 
normal ; ailleurs, le trouble survenu dans l’intimité du tissu ou dans 
l’ensemble des diverses forces spéciales dont est doué cet appareil se 
traduit par une insomnie opiniâtre, qui laisse sans répit l’organisme 
souffrant. Daus ces divers cas, où les différents phénomènes purement 
sympathiques se croisent, se combinent, se succèdent de tant de ma¬ 
nières différentes, la flicrapeutique doit-elle se borner à diriger ses me- 



( 321 ) 

dications contre la lésion locale, dans l’attente de ^oir l’amélioration, 
que nous supposons survenue de ce coté, étendre sou bienfait jusqu’aux 
organes éloignés, en communauté de souffrance avee l’organe dans le¬ 
quel la maladie s’est primitivement localisée? Agir ainsi, c’est, nous le 
croyons, déshériter la thérapeutique d’une partie de ses avantages. 
Sans aucun doute, il faut alors mettre en œuvre toutes les ressources 
dont l’ai't dispose pour combattre les localisations morbides, comme il 
faut agir- de la meme manière, en s’adressant à un autre ordre de mé¬ 
dication, quand, derrière cette lésion locale, il y a dans l’organisme 
une affection générale qui commande celle-ci; mais la thérapeutique n’a 
point achevé son œuvre, quand en meme temps elle n’essaye point de 
réprimer les désorth-es sympathiques développés loin du foyer primitif 
du mal. Les antispasmodiques habilement ménagés, la métliode révul¬ 
sive dans ses divers modes d’application, les opiacés, etc., passant en 
quelque sorte par-dessus la lésion locale, et s’aihcssant directement à la 
source des désordres sympatlmjucs nés du côté du système nerveux, sont, 
dans une foule de cas, d’une incontestable utilité. Il est un autre 
ordre de moyens qu’on peut encore alors mettre à profit pour les ma¬ 
lades; ce sont les moyens moraux : aux idées tristes qui, dans ces cas, 
préoccupent presque constamment les malades, tâchez de substituer des 
idées plus consolantes et plus heureuses. Si vous savez manier avec 
adresse ce letâer puissant, vous verrez plus d’une fois, sous l’influence 
de ce régime moral nouveau, les principales fonctions se réveiller, se ré¬ 
gulariser, les forces renaître, le mal local lui-même présenter une amé¬ 
lioration sensible. Nous savoirs bien que, sous l’influence de tels moyens, 
on ne veira point un squirrhe de l’estomac, des ulcérations intestinales, 
une cirrhose du foie, des tubercules pulmonaires, etc., disparaître; mais 
dans plus d’un cas on verra, nonob.stant la persistance de ces lésions, 
l’assimilation, l’hématose se faire d’une manière plus complète, et les 
malades jouir d’une plus grande somme de vie, si nous pouvons ainsi 
parler. Sachons palliei’, quand nous ne guérissons pas; c’est encore de 
la thérapeutique. Cette pratique est d’ailleui-s, à l’heure qu’il est, celle 
de tous les médecins dont l’horizon intellectuel s’étend plus loin que les 
quatre murs d’un amphithéâtre. 

Mais s’il est un certain nombre de cas, dans les maladies locales, où l’on 
peut avec avantage opposer une médication directe aux désorth-es pure¬ 
ment sympathiques, à plus forte raison cette règle s’applique-t-elle aux 
accidents qui n’ont avec ces états morbides qu’un rapport desimpie coïn¬ 
cidence. Comme nous l’avons fait pour les accidents sympathiques dans 
les maladies, que nous n’avons examinés que du côté du système neivcux, 
nous nous bornerons encore ici à quelques faits isolés, ne pouvant em- 




( 325 ) 

InMsser dans son ensemble cette question de tbérapculique générale. 

Nous avons dit déjà que, sans partager, à l’égard de la portée des 
éméto-cathartiques dans la fièvre typhoïde-, les idées de Prost, de 
MM. Piedagnel et de Larroque, en général on n’hésite plus aujourd’hui 
à avoir recours à l’emploi de ces moyens quand l’indication s’en pré¬ 
sente; et ici nous n’entendons point parler de cette influence inconnue 
dans sa nature, mais évidente dans ses effets, qu’on appelle constitution 
médicale, et qui parfois imprime à toutes les maladies un caractère uni¬ 
forme, tantôt phlogistique, tantôt bilieux, catarrhal, etc. : ü est trop 
clair qu’alors il faut, sous peine de voir échouer toute tentative thérapeu¬ 
tique, obéir tout d’abord à cette indication fondamentale. Mais, lors même 
que ces influences puissantes ne dominent point les maladies, le trouble 
prolongé de la vie, l’état même où se se trouvait l’organisation quand la 
maladie est venue la saisir, l’action des agents thérapeutiques employés, 
ces diverses causes et plusieiu-s circonstances analogues peuvent faire 
naître dans l’organisme malade des indications secondaires qu’il importe 
de remplir, pour voir le jeu normal des fonctions se rétablir. Lorsque 
c’est une constitution épidémique spéciîJe qui domine ainsi accidentel¬ 
lement la vie pathologique, la maladie en porte le caractère dès son 
début, elle le conserve pendant tout son cours; les individus bien portants 
cnx-memes en reçoivent souvent l’influence. Quant, au contraire, ce 
n’est point à une semblalfle cause que doivent êti'e rattachés ces sortes 
d’accidents, c’est surtout à la fin des maladies qu’on les voit se dévelop¬ 
per. Aussi, pour ne point sortir de l’exemple que nous avons d’abord cité 
dans la fièvre typhoïde, lorsque cette affection marche vers sa termi¬ 
naison, il n’est point rare de rencontrer l’ensemble des phénomènes qui 
caractérisent l’état saburral des premières ou des secondes voies. II faut 
alors, sans hésiter, avoir recours aux moyens propres à faire cesser cet 
état anormal. Que si, dans la crainte de ranimer la phlogose du tube 
digestif, on s’abstient de ces moyens, la maladie reste stationnaire, la 
prostration continue, l’appétit ne se développe point, et la convalescence 
à laquelle le malade semblait toucher, ne se prononce point d’une ma¬ 
nière tranchée. Nous pourrions ici multiplier les faits; nous nous borne¬ 
rons à rapporter succinctement le suivant, où cette indication secondaire 
se montre avec la plus grande évidence. 

Une jeune fille âgée de vingt-deux ans, arrivée au vingtième jour 
d’une fièvre typhoïde parfaitement caractérisée, restait dans un état de 
prostration marquée, avec des mouvements irréguliers, mais parfois 
assez intenses. Bien que l’appétit fût nul, comme il n’y avait aucun 
symptôme local qui contre-indiquât l’alimentation, elle se nourrissait 
légèrement. Les choses étaient dans cet état lorsque nous l’observâmes ; 




( m )■ 

à rcmpàtcmcnt de la Louche, à la répugnance pour les aliinenrs, art 
gonflement du ventre après rhigcstion de ceux-ci, nous crûmes recon¬ 
naître un état saburral, ijui, s’opposant à la fois au développement de 
l’appétit cl à rassimilalion, prolongeait la prostration dans laquelle la 
malade était plongée. Nous presciivîmcs sur-le-champ 60 grammes- 
d’huile de ricin; ce laxatif détermina six ou huit garderobes abondantes. 
Dès le lendemain de l’emploi de'ce moyen, la malade sentit un mieux- 
être, dont elle parlait avec bonheur; en quelques jours l’appétit se fit 
sentir avec cette vivacité qni suit souvent les fièvres typhoïdes complè¬ 
tement terminées, et les forces ne tardèrent point à renaître. Dès lors la 
convalescence marcha fi'anrhemcrrt. 

Nous le répétons, chez cette malade la fièvre typhoïde proprement 
dite était arrivée à sa fin, le purgatif par nous employé dans cette cir¬ 
constance n’eut aucune part à cette heureuse terminaison ; les choses 
même en étaient arrivées <à ce point, suivant nous, que si l’état salrurral 
évident que nous avions sous les yeux n’eût pas été combattu directc- 
men-t, il se fût di.'^sipé de lui-même, soit que des évacuations spontanées 
se fussent produites, soit que, par une autre voie à nous inconnue, la 
nature eût fait un dernier effort pour affranchir complètement l’écono¬ 
mie. Mais il eût été fort à crainth-c, d’un autre côté, que ces crises natu¬ 
relles ne se fussent lai.s.sé attendre longtemps encore, et que par là la 
convalescence n’eût été retardée de dix ou douze jours peut-être. Il y 
avait donc une iiKlieation réelle, et qui devait être remplie. 

Une autre maladie à la fin de laquelle un état sahimal (1) survient 
souvent, qui entrave également la marche de la convalescence, c’est la 
pneumonie. Souvent, en effet, dans cette maladie on voit survenir une 
constipation, à l’établissement de laquelle le tartre stilué, même employé 
suivant la méthode italienne, n’est pas toujours im obstacle r souvent 

(1) Est-il besoin do dire que cet état saburral, bilieux, qu’on voit ainsi sur¬ 
venir assez souvent à la fin d’un certain nombre d'affections, et qui recon¬ 
naît pour cause la perturbation générale qui est au fond de toute maladie, 
doit être rigoureusement distingué de la diatbèse du même nom, qui se lie à 
certaines constitutions médicales semblables à celles que nous avons subies 
l’été dernier? Dans ce cas, l’étal bilieux, saburral, n’est plus une simple in¬ 
dication secondaire, il a une bien autre sigmlication pathologique; il com¬ 
mande tout l’appareil morbide, il est l’épine dont l’action va retentir sur 
l’économie tout entière. M. Fuster a, dans le dernier numéro de ce jour¬ 
nal, louché à cette importante question, et a cité ôes faits qui montrent la 
vérité de la grande doctrine des maladies bilieuses, comme rentcQdaienl les 
anciens. Nous ne pouvons faire rien de mieux que renvoyer à cet article, et 
surtout à l’ouvrage qu'a publié cet auteur sur les maladies de la France dans 
leurs rapports avec les saisons, et qui mérite ad plus haut degré de fixer 
ratlention des praticiens. 




( 357 ) 

alors la convalescence ne marche point avec celte netteté ijiie senihlerail 
promettre l’absence de toute lésion locale. Nous nous sommes bien trouvé 
en pareil cas d’imprimer, à l’aide d’un purgatif, ime secousse plus ou 
moins vive aux sécrétions bibeuse et intestinale. Un des principaux effets 
de cette médication, c’est de développer l’appétit, d’activer l’assimilation, 
et par là de mettre fin à cet état de faiblesse dans lequel tomlje constam¬ 
ment l’organisme apres les grandes maladies. H est un certain nombre de 
cas de pneumonie dans lesquels cette médication se recommande encore 
par d’autres motifs, ce sont ceux dans lesquels on voit les poumons rester 
engoués dans une étendue plus ou moins grande, après la disparition des 
autres symptômes de la maladie : l’auscultation seule fait recoiinaîti-e cette 
lésion, pai' le râle crépitant qu’elle permet de saisir. Cette sorte de stase 
sanguine cesse souvent par le .seul liénéfice de l’alimentation : à mesure 
que l’organisme acquiert plus de forces, le tissu pulmonaire se dégorge, 
et le murmure respû'atoire redevient normal. Dans quelques-uns de 
ces cas, nous avons vu la méthode pertiubatrice bâter cette résolution. 
U n’est pas toujours prudent de laisser les poumons sous l’action d’une 
stase sanguine plus ou moins prolongée pendant la convalescence 
d’une pneumonie; il ne faut donc pas toujours négliger cette indication 
secondaire. 

A côté des indications thérapeutiques que nous venons de signaler, 
il en est d’autres qui, pour figurer plus bas encore dans le traitement 
des maladies, ne méritent pas moins d’être prises en sérieuse considé¬ 
ration. Ainsi, il est un certain nombre d’affections dans lesquelles les 
malades sont dévorés par une cbaleim extrême ; que le thermomètre 
indique ou n’indique point ici une augmentation réelle dans la tempe 
rature de la peau, cette influence, dont le sens intime nous avertit, 
n’agit pas moins aveu énergie'sur le système entier de l’organisme. Or, 
dans ces cas, si nous en exceptons les maladies de la poitrine, qui pour¬ 
raient en recevoir ime atteinte fâcheuse, on peut tenter avec quelques 
chances de succès de diminuer directement cette chaleur qui fait le 
tourment des malades. Des bains frais peuvent, à cet effet, être mis en 
usage ; à défaut de ceux-ci, soit que quelque circonstance les contre-indi- 
quât, soit qu’üs fussent d’un emploi difficile, on peut avoir recours à des 
lotions fraîches à la surface de la peau. Quand ou n’a point pratiqué ce 
moyen, on n’imagine pas les effets remarquables que produisent par 
exemple quelques gouttes d’eau fraîche dont on mouille la paume des 
mains et la plante des pieds. Encore une fois, lorsque ce développement 
anormal de calorique est dît à une phlogose interne, il est clair que le 
moyen le plus rationnel de combattre cet accident, c’est de travailler à 
éteindre cette phlogose ; mais outre cpie la cause palhogénique de cette 




( 328- ) 

etaleur morbide n’a point toujours une localisation phlcgmasique, meme 
dans les cas où quelques organes sont enflammés, c’est avec un réeî 
profit pour l’organisme entier qu’on diminue directement la somme de 
calorique anormal auquel iïest en’proie. 

ün auti'e moyen dont l’instinct même des malades nous avertit, et qu’à 
leur grand dommage on néglige le plus ordinairement, c’est le change 
ment de position. C’est parce qu’üs avaient parfaitemeiit observé les heu¬ 
reux résultats de cette conduite, que les anciens médecinsdétenninaient. 
comme une utile prescription, si les malades devaient ou non se lever. 
NhI doute que cette pratitpie ne concourût à prévenir plus d’une con¬ 
gestion sanguine fâcheuse. Mais là ne se borne point l’influence de la 
position dans les maladies : alors même que les forces ne permettent pas 
aux malades de se lever, on. peut, s’ils ne le peuvent eux-mêmes, varier 
la position qu’ils affectent. Ainsi, il n’est pas douteux pour nous que les 
individus atteints d’une fièvre typhoïde grave, et qui restent constam¬ 
ment dans la supination, ne trouvent un avantage réel à changer de 
temps en temps cette position. Dernièrement encore, nous avons pu 
vérifier l’exactitude de cette donnée, dans le service de H. Andral, à la 
Charité. Nous conseillâmes plusieurs fois à un malade atteint d’une fiè¬ 
vre typhoïde fort grave-, et qui était dans; le service de ce médecin, de 
se placer sur le côté, tantôt à droite, tantôt à gauche. Outre que par là on 
prévient peut-être des escharres au sacrum, la pneiunonîe dont ce sujet 
était atteint s’améliora évidemment, et sans attribuer exclusivement cette 
heiu-euse circonstance au changement de position, nous sommes persuadé 
qu’il y a en quelque part. 

Nous nous arrêterons ici. Nous n’avons point eu la prétention de 
développer dans toute son étendue la question de thérapeutique géné¬ 
rale qui fait le fond de ce travaü ; nous avons voulu seulement éveiller 
l’attention des praticiens sur des faits intéressants, dont le principe de 
localisation nous a trop longtemps distraits. H aura suffi, nous en sommes 
sûr, de toucher à cette question pour en faire comprendre l’importance 
pratique. 

ESSAIS d’un nouveau TRAITEMENT DU RHUMATISME ARTICULAIRE AIGU, 

CONSISTANT DANS l’eMPLOI DU SULFATE DE QUININE A HAUTE DOSE. 

On a essayé bien des remèdes contre le rhumatisme articulaire aigu, 
mais jusqu’à présent tons ces essais ont été infructueux, et la maladie 
s’est le plus souvent jouée des moyens qu’on lui a opposés. M. Briquet, 
médecin à l’hôpital Cochin, vient de présenter à l’Académie de médecine 
te résultat de nombreux li-avaux qu’il a faits sur l’emploi du sulfate de 



( 329 ) 

((tiiiiine à liaulc dose, et d’après lesquels il est arriré à concliu'e qu’à 
l’aide de cette médication on peut arrêter une attaque de rhumatisme 
aigu, comme on arrête un accès de fièvre intermittente avec le sulfate 
de quinine à petite dose. Ses recherches ont été faites sur vingt-trois ma¬ 
lades observés, dans un laps de six semaines, à l’hôpital Cochin. 

Afin de mettre nos lecteurs à même de juger la valeur de cette nou¬ 
velle médication, et de pouvoir en faire l’application eux-mêmes, nous 
exposerons toutes les circonstances principales des observations qu’on a 
faites, nous indiquerons exactement le mode d’administration du médica¬ 
ment, et nous ferons voir ses effets physiologiques ainsi que les modifi¬ 
cations qu’il a imprimées à la maladie. 

Les malades soumis à cette médication se sont composés de quinze 
hommes et de huit femmes. Leur âge était de vingt à trente ans; quel¬ 
ques-uns avaient moins de vingt ans; quelques auü-cs, en plus grand 
nombre que les premiers , avaient de trente à quarante-cinq ans. 
Le tiers d’entre eux étaient forts et bien constitués; les deux autres tiers 
étaient des sujets faibles, maigres, pâles ou de constitution lymphatique. 
Les deux tiers avaient dqà été pris d’attaques de rhumatisme à des épo¬ 
ques plus ou moins éloignées, et chez moitié de ces derniers il y avait 
des signes de péricardite ou d’endocardite chroniques.. 

Leiu’ dernière attaque de rhumatisme datait d’un laps de temps qui a 
varié de trois à huit jours avant leur entrée à l’hôpital, diez plusiem's 
l’invasion de la douleur et du gonflement des articulations avait été précé¬ 
dée par des douleurs vagues dans les membres, apparaissant plusieurs fois 
dans la jommée et disparaissant de même, ou par des douleurs plus 
fixes dans les lombes, lesquelles avaient duré une huitaine de jours. 

Les soins que ces malades avaient reçus chez eux étaient insignifiants : 
ils avaient gardé le lit; trois d’entre eux avaient été saignés une fois, et l’on 
est sûr que chez un le sang avait été couenneux. Lors de leur entrée à l’hô¬ 
pital, la moitié au moins avaient une teinte jaune paille delà face, résultant 
de l’altération de l’hématose produite par le rhumatisme. Tous avaient 
la langue blanche; quelques-uns présentaient, au centre de cet organe, 
une bande sèche rouge ou brune; chez tous les autres elle était humide. 
C3icz tous aussi il y avait soif vive et inappétence. Trois présentaient 
de la diarrhée. Chez neuf il y avait des signes de péricardite ou d’endo¬ 
cardite, soit ancienne, soit récente, reconnaissables par les palpitation» 
auxquelles les malades avaient été sujets, par des bruits de frottement à 
la région du cœur et de l’aorte ascendante, et par une fréquence insolite 
du pouls. Chez quatre malades seulement le pools était de 60 à 65 pulsa¬ 
tions à la minute; mais chez les autres il était à 80, 90, 95, et chez huit 
il était de 100 à 120; toujours il était fort et plus ou moins plein. La 



( 330 ) 

leiupôiaUiii! de la peau clait élevée chez pres(pie lotis. Les pltéiioiuèiios 
locaux du rliuinatismc consistaient en des douleurs qui siégeaient soit au 
niveau des articulations, soit le long des gaines synoviales des tendons, 
soit dans le corps de certains muscles, tels que ceux du cou, des épaules, 
de la partie antérieure de la poitrine et des loinLcs. Chez plu.sicurs elles 
étaient assez vives pour que les malades poussassent des gémissements 
continuels, avec insomnie; citez tous elles ne permettaient pas le inointbe 
mouvoment, ni le raoindr-e contact de la partie afleetée. Il y avait en 
même temps du gonllement et de la tension accompagnés plusieurs fois 
de rougeur vive de la peau et du gonflement des veines circonvoisines. 
( /hezipicltpies-uns cegonllement avait l’aspect plilegmoneux; citez d’autres 
il y avait des hydartbroscs considérables desarticulatioits fémoro-tibiales. 
Tous avaient de qitatre à douze parties prises à la fois par le rhuma- 

\ oici maintenant quel a été le traitemcitt eittployé ; 

Le premier jour, rarement 6 grammes, sottventb, et plus ordinaire¬ 
ment 4 granttnes de sulfate de quinine dissous, à l’aide de 12 gouttes 
d’acide sulftiriipie, daits une potion goinmensc de 190 grammes, et édul¬ 
corée soit avec le sirop de fleurs d’oraitgcr, soit avec le sirop tartritpic. 
Cette potion s’administre par cuillerée à bouche, toutes les Itcitres, de 
manière à ce «ju’clle soit prLse en douze heures; le malade se repose pen¬ 
dant les douze autres heures. 

Le second jour, même dose administrée de la même manière; seule¬ 
ment, si l’effet obtenu n'a point été sullisant, on l’augmente d’un gram¬ 
me, mais en ne dépassant jamais 6 grammes. 

Le troisième jotu-, on diiuinue d’un à 2 grammes, attendu que, dans 
prescpie tous les cas, la maladie a très-notablement thminué à ce troi¬ 
sième jour. 

Enfui on diminue graduellement la dose d'un gramme les joiu’s sui¬ 
vants, de telle sorte que le traitement dure six à sept jours. 

Quand le rhumatisme est rebelle, on peut soutenir la dose de 4 à 
5 grammes durant quati-c jours. Si, au Imut de ce temps, on n’a point 
obtenu d’effet sulfisant (ce qui est fort rai-e, l .sur 23), il faut renoncer 
à l’emploi du sulfate de quinine, et rccom-ir à un autre mode de médi¬ 
cation. Tout rhumatisme qui n’csl point enlevé ou fortement ébranlé au 
bout de quatre joins n’est point curable par le sulfate de quinine. 

Les moyens adjuvants sont une tisane tUaphorétique, telle que l’infu¬ 
sion de mauve, de violettes ou de bourrache, miellée, prise chaude et en 
grande quantité ; l’application de cataplasmes arrosés de laudanum sur 
les parties douloureuses, ime température chaude, le repos absolu. La 
diète est observée pendant les deux premiers jours; au troisième jour, 




( 331 ) 

les malades prennent des l)oiiillons; au eiiupiièinc, on leur accorde des 
soupes, et au sixième ou septième, on peut Iciu- permettre des aliments 
solides. 

11 est très-utile d’administrer deux fois par jour des lavements de dé¬ 
coction de guimauve, afin de prévenir l’action irritante du .sulfate de qui¬ 
nine siu' le gros intestin, en empêcliant son dépôt stn cette partie du tube 
digestif. 

Les malades observés ont pris de 18 à 30 grammes de sulfate de qui¬ 
nine dans le cours du traitement. 

Voici les résultats obtenus par cette nouvelle médication : 

Après vingt-quatre heures de traitement, il y a eu chez dix- 
huit des vingt-trois malades une diminution notable dans la douleur et 
dans le gonlleinent articulaires, et chez tme femme il y a eu une dispari¬ 
tion complète de ces deux phénomènes : la malade était guériè. 

Cliez tous ceux qui avaient le pouls au-dessus de 60 à 65 pulsations, il 
s’est ralenti d’une manière notable. 

Dans le cornant de la" seconde journée, sept malades ont été guéris. 

Dans le courant de la troisième journée, il y a eu égalemcut guérison 
chez sept autres. 

Dans le cornant de la quatrième journée, il y a eu guérison complète 
chez cinq. 

Enfin un a été guéri le cinquième jour, et un autre le septième ; de telle 
.sorte qu’après le sixième jom- il ii’y avait pins que trois rhumatisants qui 
eussent encore des douleurs. 

ün seul malade n’a pas éprouvé d’amélioration notable : au bout de 
quati-e jours de traitement, il n’y avait pas encore de changement appré¬ 
ciable en lui, et l’on n’a pas continué la médication plus longtemps. 

Par guérison complète, nous entendons la disparition de toute douleur 
et de tout gonflement, ainsi que la possibilité d’exercer hbrement et faci¬ 
lement des mouvements dans les articulations malades. 

En même temps (pie les membres étaient débarrassés, l’état général 
des malades s’améliorait : l’appétit revenait d’une manière remartpiable, 
h tel point ijue chez beaucoup- il a fallu donner du bouillon dès le second 
ou troisième jour ; qu’on accordait des soupes du quaü'ième an sixième 
jour, et cpie du sixième au septième, la plus grande partie des malades 
mangeait une portion d’aliments. La vivacité d’appétit que provoque 
l’usage du sidfate est vraiment surprenante. 

Le pouls a constamment diminué de Iréquence d’une manière très- 
rapide. Dès le second jour, il y eut chez la plupart une diminution de 
10 à 25 pulsations; au troisième jom-, chez quinze malades, le [miuIs 
était abaisse h 60 pulsations, et au riiujuièmc ou sixième jour, il était au- 



( 332 ) 

dessous de 60 chez sept malades. La teiiipcralmc de la peau a décru 
également avec rapidité : au deuxième jour, il restait peu de malades 
(jui eussent la peau chaude. En général, les forces se sont rapidement 
rétablies. 

Les seules complications obsen-ées ont été les maladies du cœur- et les 
diarrhées. Un malade a eu un état typhoïde très-prononcé. Les endo- 
péricardites chroniques, qui ont été au nombre de six, n’ont entravé en 
rien la marche de la maladie et n’ont pas rendu la guérison plus difficile. 
Il en a été de même pour ces maladies à l’état aigu, mais modéré, qui 
ont été obseiTées chez trois sujets. A leur sortie de l’hôpital, les bruits 
anormaux du cœur avaient cessé de se fair e entendr e. Tant que les ma¬ 
lades affectés d’endo-péricardite prenaient le sulfate de quinine, le pouls 
se rapprochait de 60 ; mais une fois le traitement terminé et le rhuma¬ 
tisme guéri, leur pouls reprenait de la fréquence. 

La diarrhée, qui s’est présentée chez trois sujets au début de la mala¬ 
die, a été un inconvénient qui a gêné beaucoup le traitement en empê¬ 
chant de donner le sulfate de quinine aussi libéralemeirt qu’on aimait pu 
le faire ; aussi deux de ces malades n’ont été améliorés que le quatrième 
et le sixième jour, et l’un d’eux même a eu une rechute grave : leurs 
forces se rétablirent plus lentement (pie chez les autres. 

En ajoutant la durée de la maladie avant le traitement à sa durée 
après le traitement, on trouve 2 malades guéris le cinquième jour, 2 le 
sixième, 1 le septième, 5 le huitième, 3 le neuvième, 3 le dixième, 3 
le onzième, 1 le douzième, 1 le quinzième et 1 le dix-septième jour. Et 
en se résumant, il y avait-15 malades guéris au dixième jour, 1 eut une 
rechute grave et 1 ne guérit pas par le traitement. 

Après leur guérison, les malades restent faibles dimant quelques joins ; 
on leur fait garder le lit pai- précaution. Le plus grand nombre d’eiiù-c 
eux ont eu des retours des douleurs ; mais cUes ont été passagères, peu 
intenses, non accompagnées de gonflement, et n’ont duré que pendant 
rpiclqiies hetnes ou pendant une journée au plus. Une seule malade, qui 
était prise d’un rhumatisme universel, a eu une récidive de donleui-s, 
avec gonflement à un assez grand nombre d’articulations, qui a dure 
plusieurs jours. C’est celle qui est notée plus haut comme ayant eu une 
rechute grave qui a duré 4 à 5 jours. 

La durée du séjour des malades à l’hôpital a été prolongée autant que 
possible ; la soi-tie n’a jamais eu lieu que sur les instances des malades. 
Cette durée a été de 8 joms chez 1 malade, de 10 jours chez 4, de 12 
jours chez 3, de 14 et 15 joins chez 2, de 20 et de 21 jours chez 2. 
Les autres malades convalescents étaient encore à l’hôpital après un sé¬ 
jour de 9 à 13 jours. 



( 333 ) 

Au moment de la sortie, ces rlmmatisants avaient pour la plupart perdu 
la teinte jaune paille de la face, et repris des couleurs rosées ; leur appétit 
était très-prononcé, et les digestions étaient bonnes ; ils n’étaient nulle¬ 
ment faibles et u’avaient point l’aspect de gens qui viennent de faire 
une gi-ave maladie. Plusieurs d’entre eux ont repris*de suite leurs pénibles 
travaux. Il ne restait pas la moindre douleur dans les membres. 

La récidive a eu lieu chez deux malades : l’un, qui était tanneur, re¬ 
prit son métier le surlendemain de sa sortie ; l’autre fit, ee même jour et 
les suivants, de longues courses à pied dans les rues de Part, par un 
temps fi oid et humide. Quelques jours de repos ont suffi pour dissiper 
les doideurs et le gonflement des ai-ticulations. ' 

11 ne serait point étonnant que les récidives fussent communes, attendu 
qu’aussitôt la guérison, les malades, ayant recouvré toutes leurs forces 
et toute leur énergie, ne peuvent comprendre la nécessité de la chaleur 
et du repos, et s’exposent aux causes de rhumatisme, conservant encore 
la prédisposition à contracter cette maladie. 

Cette récidive sera certainement très-rare chez les personnes qui con¬ 
sentiront à prendre quelques précautions. 

On n’a point observé que l’âge ni le sexe aient eu de l’influence sur 
la durée de la maladie ; il en est de meme de sa dmée avant le traite¬ 
ment, du moins dans des limites de quatre à huit jours. 

Des tentatives ont été faites sur des rhumatismes chroniques ; elles 
ont déjà donné des résultats très-remarquables, mais point encore assez 
nombreux pom' pouvoir être compris dans cet exposé. 

L’intensité du rhmnatisme est la ch’constance dont l’influence a été 
prononcée ; aussi les cas légers ont été guéris plus vite cpie les cas 
moyens, et ceux-ci plus vite que les plus graves. Ainsi les deux rhuma¬ 
tismes qui n’ont été guéris (pie le sixième et septième jour étaient des 
rhumatismes universels. 

Le seul qui n’ait pas été enlevé fut un rhumatisme du poignet et du 
dos de la main. 

La médication par le sulfate de quinine produit sur l’économie cer¬ 
tains U'ouhles qu’il faut connaître. Les uns ont lieu sur les fonctions de 
l’encéphale ; ce sont la titubation, des vertiges, des bourdonnements 
continuels et très-fatigants, quelquefois la dureté de l’ouïe, la surdité 
passagère, le troid)lc de la vue avec dilatation et immobilité de la pupille, 
et quelquefois une amaurose incomplète. Ces phénomènes ne manquent 
jamais, et sont en quehpe sorte le thermomètre de l’action médicatrice 
du sel de quinine. Us apparaissent de bonne heure, et durent tout le temps 
de l’usage du sel de quinine; ils sont en proportion de la dose du médi¬ 
cament, s’accroissent et diminuent avec elle, pour cesser aussitôt qu’on 



( 334 ) 

fesse le sulfate. L’amaurose ne s’est manifestée que trois fois; elle ii'a 
duré que quelques heures chez l’im des malades, un jour eutier chez 
l’autre, et deux ou trois jours chez le troisième. 

La titubation a été une fois portée jusqu’au point de produire im trem- 
hlotement des memlrrcs et une sorte dé carphologic de tpiehpies heures. 
Lorsque ces troubles dépassent la limite physiologique, ce qui n’a ordi- 
tiairemcnt lieu qu’à la fin du traitement, ou quand on emploie de fortes 
doses, telles que celle de 6 grammes, il faut suspendre de suite l’admi- 
iiistration du sulfate de quinine, et donner de légère excitants. 

D’autres troubles ont lieu sur le tube dige.stif : ce sont les nausées et les 
vomissements. Il estpeu de malades qui n’aient fréquemment des nausées et 
plusieurs vomissements durant le temps de la prl.se de la potion. Mais 
cela est sans importance, car la langue ne se sèche jamais, il n’y a jamais 
de soif ni de sensibilité à l’épigastre, et sitôt la potion prise, les malades 
ont durant le reste de la journée un appétit très-vif et la digestion très- 
régulière; l’e.slomac ne donne donc aucun signe de phlogôse. 

Cependant il arrive que l’amertume de la potion et les vomissements 
toujours croissants qu’elle produit chez certains malades, constituent une 
■sorte de non-tolérance à laquelle il faut céder. Dans ces cas, on admi¬ 
nistre le médicament en poudre renfermée dans le pain à chanter ou en 
pilules, et alors la tolérance est toujours facile. 

La diarrhée se remarque a.ssez frétpiemment vers la fin du traitement. 
C’est un des effets qu’il faut le plus surveiller, car le sulfate de quinine 
détermine plus facilement la phlogose de l’intestin grêle ou du gros 
intestin que celle de l’estomac; il produit cet effet plutôt quand il e.st 
administré en poudre que quand il est donné en solution, attendu que 
le sulfate de quinine, étant peu soluble, passe en entier dans l’intestin 
et agit comme nn irritant local sur les portions d’intestin, tel que le 
côlon, où son séjour peut se prolonger. On pare à cet inconvénient par 
des boissons abondantes, par des lavements simples ou laxatifs atlminis- 
trés fréquemment, et par des aliments pris de bonne heure. 

Enfin l’action hyposthénisante du sulfate de quinine, poiu’ nous ser¬ 
vir des expressions de Jacomini, peut se faire sentir sm" le ctmir. — 
Après quelques joiu-s de traitement il arrive quelquefois que le pouls se 
ralentit et tomlte au-dessous de 50 pulsations, et (pi’ü de-vient petit et 
très-làibic ; quelquefois encore, tout en conservant sa petitc.s.sc, le pouls 
prend de la fréquence. — Dans l’un et l’autre cas, la peau devient pâle, 
fraîche, et le malade éprouve ime sensation indicible de faildesse. — Ces 
troubles cessent aussitôt parla suspensiondumédicament.—Onpentavcr. 
avantage faire des frictions chaudes, excitantes, .sur les membres et sur 
la région du cœur, et donner desinfusions de fleurs de tilleul, de feuilles 



( 335 ) 

d’oranger ou de cale, quelques cuillerées de y in ou de sirop d’éther. — 
Eu général, tous les phénomènes nerveux cessent rapidement, comme 
le faitrivresse par le vin de Qiampagne. —Il n’en est pas de même de 
la diarrhée, dont la persistance est quelquefois assez grande. 

Ces divers troubles font que la médication sous forme soluble est pré¬ 
férable à celle qui a lieu sous forme peu soluble ; car, dans cc dernier 
mode, on comprend que les accidents toxiques se continuent malgré la 
suspension du médicament, à raison de son absorption lente et graduelle 
dans le tube digestif — Aussi, règle générale, il ne faut domiei- le sulfate 
en poudre que quand on ne peut pas faire autrement, et à moins forte dose 
(pi’en solution. La fonne pilulaire occasionne moins de ces troubles, 
mais son eflet est beaucoup moins prononcé contre la maladie elle- 
meme. 

La formule d’administration du sulfate de quinine, telle que nous 
l’avons donnée, n’est pas une règle inflexible et invariable, une es¬ 
pèce de lit de Procusté sm' lecjuel tout doit s’adapter ; au contraire, cette 
médication doit être modifiée suivant l’exigence des cas. — Ainsi les 
hommes supportent une plus forte dose que les femmes ; on peut don¬ 
ner de 50 centigrammes à 1 gramme de moins à ces dernières. — Les 
sujets vigoureux peuvent etdoivent prendre un gi'amme par jour de plus 
que les sujets faibles. — Les vieillards doivent êtr e conduits avec soin, 
et il ne faut leur administrer que des doses de 2 grammes par jour au 
plus. 

Dans les cas où le rhumatisme est aigu et intense, il faut administrer 
la dose au inaxiiniim. Dans ceux où il est à degré moyen, on peut se 
borner à 3 grammes par jour dès le début. Enfin, dans les cas légers, 
et surtout dans le rbumati.sme chronique, il convient de donnei- au plus 
2 grammes par jour dès le début, en augmentant la dose en raison dè 
la facilité avec laquelle le malade la tolère. 

Comme cette note est un peu longue, nous nous contenterons de pré¬ 
senter comme spécimen deux observations prises parmi les vingt-troLs 
malades traités par M. Briquet à l’hôpital Cocliin. 

Ithumatisme poly-arliculaire aigu, à forme phlegmoneuse, 
avec enilo-péricardite. 

Hubert, ùgé de trente-cinq ans, doreur sur bois, homme de structure grêle, 
à teint pâle, à peau bianclic et molle, â tissu cellulaire abondant, et à fenipé- 
ramenl lymphallco-nerveux. Il a été pris dans les épaules, il y a dix ans, de 
douleurs qui ont duré une huitaine de jours. Il assure n’avoir jamai.s éprou¬ 
vé de palpitations ni de douleurs dans ht région du cantr. Il travaille dans 
un endroit froid, et dans une partie d’atelier traversée par des courants 
d’air venus de fenêtres mal jointes. Le 30 septembre, cet homme a été brus- 



{ 336 j 

quement pris de douleurs avec gonflement dans les genoux cl dans les poi¬ 
gnets, ce qui l'a forcé à garder le lit; il a constamment eu de la fièvre, et 
les douleurs ne lui ont pas laissé de repos, tant elles ont été fortes et conti¬ 
nuelles.—Point de traitement antre que de la tisane de bourrache, une pur¬ 
gation à l’buile de ricin, et le repos au lit. 

Apporté le 9 octobre à l'hèpital Cochin dans l’état suivant : sujet ayant la 
face d’un jaune paille, et exprimant la souffrance et l’an.xiété. — Langue 
blanche et humide, anorexie, un peu de toux, bruits do cœur avec sons 
anormaux tellement confus qu’il est impossible de les analyser. — Pouls 
plein, assez large, à 115 pulsations; peau chaude et constamment humec¬ 
tée de sueur. 

1 » Légère sensibilité à la pression des environs de l’olécràne droit, avec 
douleurs lors des mouvements; 3° poignet et dos de la main du côté droit 
gonflés, tendus et rouges, médiocrement douloureux à la pression; 3» en¬ 
virons de l’articulation métacarpo-phalangienne du pouce droit gonflés, 
rouges et douloureux ; i» poignet et dos de la main gauche plus tendus, 
plus rouges, plus gonflés et plus douloureux encore qu'à droite; 5» douleurs 
vives au niveau des deux articulations coxo-fémorales; 6« genou droit ten¬ 
du et gonflé, surtout au-dessus de la rotule; douloureux à la pression; la 
rotule est éloignée du fémur par la collection de liquide existant dans la 
capsule synoviale; 7° régions malléolaires internes cl externes, et dos des 
deux pieds douloureux, gonflés, tendus et rouges, avec développement des 
veines circonvoisincs. 

Le malade est tout d’une pièce dans son lit, où il lui est impossible de 
faire, sans douleurs vives, le moindre mouvement.—Il ne peut trouver une 
bonne place pour poser ses membres, et les douleurs sont telles qu’il y a in¬ 
somnie depuis plusieurs nuits; elles ont encore augmenté depuis la veille. 
Le diagnostic fut ; rhumatisme poly-articulaire aigu en voie d’augmenta¬ 
tion, et péricardite aiguë sans épanchement. 

Prescriptions.—Sulfate de quinine, 6 grammes dans une potion gommeuse 
acidulée, à prendre par cuillerées à bouche, en douze heures. — Tisane de 
bourrache miellée, et cataplasmes arrosés de laudanum, sur les articula¬ 
tions malades. 

t'rjour du traitement, 10 octobre au matin. — Bourdonnements d’oreilles 
qui ont commencé la veille au soir; légers troublesde la vue ; pas de sommeil; 
langue grise et humide, à pointe un peu rouge; pas de soif; un vomissement 
après runedescuilleréesdepotion, clnauséespendant la prise du médicament. 
— premier bruit du cœur est, dans toute la région précordiale, converti 
en un bruit de soufllel fort et prolongé, plus fortà la poinledu cœur, plus 
faible ailleurs. Le second bruit est normal, mais faible; le long de la moitié 
supérieure du sternum qui correspond à l’aorte, on distingue deux bruits; 
Je premier fort et prolongé, qui correspond au premier temps, et le second 
très-doux, analogue à un léger souffle, a lieu au second temps. Les bruits 
ries «trolides sont normaux. Le pouls est large et plein, à 100 pulsations. 

lo Disparition complète de la douleur des environs de l’olécrâne; 2» dimi¬ 
nution notable du gonflement et de la douleur du poignet et du dos de 
la main droite. — Disparition complète de la douleur; 3“ diminution du 
gonflement, de la douleur et de la rougeur de l’articulation métacarpo-pha¬ 
langienne du pouce droit ; 4° disparition complète de la douleur et du gon¬ 
flement du poignet et du dos de. la main gauche. — Encore un peu de rou- 



-sjeoT; a" disitai'ilion de la douleui'dos arliculalions eoxo-l'émoralus; ü» dis*- 
Vai'ilion de la douleur du genou droit avec persistance du gonflement; 

disparition compiète de la douleur et des gonflements des régions mal- 
iéolaires et du dos des deux pieds, et persistance d’une légère rougeur. 

Dès le premier jour, ou voit une diminution considérable des phénomè¬ 
nes locaux du rhumatisme, et une diminution de la Oèvre. Cette diminution 
permet d’étudier le cœur et de recounaltre l’existence d’une endo-péricar- 
iiite, reconnaissable au bruit du frottement, plus fort à la pointe du cœur 
qu’aiileurs, pour la péricardite, et aux bruits de frottements dans l’aorte 
pour l’endocardite. — Comme il n’y avait pas de bruits anormaux dans les 
carotides, et que le bruit de souOlet était à son maximum à la pointe du coeur, 
on ne pouvait pas ies attribuer à l’anémie. 

Sulfate de quinine, 6 grammes; bourrache miellée, cataplasmes laudanisés. 

Jour du traitement, 11 octobre. Disparition complète de toutes dou¬ 
leurs, de toute rougeur et de tout gonflement ; toutes les articulations sont 
libres et mobiles, et le malade agite ses membres en tous sens avec beau¬ 
coup de vivacité, comme s’ils n’eussent jamais été malades. 

Mais la dose de sulfate ayant été forte, il en est résulté des effets toxi¬ 
ques; il y a des bourdonnements intenses, beaucoup d’étourdissement, une 
amaurose incomplète avec dilatation extrême delà pupille, et perte de lafa- 
culté de se contracter; une grande titubation ; une sorte de carphologie avec 
tremblotement des membres. Le pouls est assez large, à 90 pulsations. Mais 
malgré ce trouble du système nerveux, le malade se trouve bien ; il a de 
Happétit, et demande à manger; la langue est humide. 

On suspend à l’instairt même l’adnnnislration du sulfate do quinine sans 
faire d’autre médication, et l’on prescrit des bouillons. Au bout de quelques 
heures, tout était dissipé^ les bourdonnements avaient diminué; la vue était 
complètement revenue; les pupilles avaient repris leurs dimensions nor¬ 
males; il n’y avait plus de carphologie ni de tremblotement musculaire. 

Dans la nuit, il y eut sept à huit selles liquides sans coliques. 

12 octobre. Faciès tout à fait normal; sommeil calme; peu de bourdon¬ 
nements d’oreilles; langue humide, avec épais enduitgris&Ire_Appétit; 

pas de diarrhée; pouls à 70; peau de chaleur normade; nulle douleur,et 
mouvements des membres faciles. —Bourrache miellée; pas de sulfate de 
quinine. Soupes. — 13 octobre. Le malade a pu se lever pour aller satis¬ 
faire à ses besoins; il a senti ses genoux un peu raides.— Fouis à 72. — 11 
octobre. — Apparition d’un peu de douleur, de gonflement et de rougeur 
au poignet de la main droite. —Pouls à 80. — Bourrache miellée; sulfate 
de quinine, * grammes ; cataplasmes laudanisés. — 15 octobre. — Quelques 
bourdonnements et vertiges ; un vomissement après une des cuillerées de 
potion. Pouls à 85. — Disparition de la rougeur et de.la douleur du poignet 
droit, qui reste encore un peu gonflé. — La veille, il y avait eu, dans la 
soirée, de la douleur et du gonflement au pouce de la main droite; ce ma¬ 
tin, il n’y a plus rien. — Bourrache miellée ; sulfate de quinine,-3 grammes 
50 centigr. —16 octobre. Plus rien aux poignets ; légère douleur dans 
le jarret gauche.— Sulfate de quinine, 3 grammes, 2 soupes. —17 octobre. 
Bruit de soufilet à la région précordiale, beaucoup moins fort qu’il ne l’é¬ 
tait dans les premiers jours. — Cessation des bruits de frottement le long 
de l’aorte.—L^er souffle dans les carotides.—Nulle douleur dans les mem¬ 
bres. — Bourrache miellée ; sulfate de quinine, 3 grammes. —18 octobre. 

TOME XXUI. 9' LIT. 22 



■( 338 ) 

— Pouls à 75. — Le malade se lûve. — Sulfate de quinine, 2 grammes. — 
20 octobre. — Bon état, appétit; le malade peut se promener dans les salles. 
11 n’a aucune douleur. — Le pouls est à 78. — On cesse l’emploi du sulfate 
de quinine. — 2 portions d’aliments.—21 octobre. Sortie de l’hôpital. -»ôp- 
pétit normal ; — nul bruit anormal ni au coeur, ni à l’aorte, ni aux caroti¬ 
des. — Mouvements des membres très-faciles. — Pouls à 85. 

Ce malade s’est présenté à la consultation le l"' novembre, en très- 
bonne santé, sans trouble dans les voies digestives, ayant des forces et 
nul amaigrissement. Les bruits du cœur sont à l’état normal, le pouls 
conservant de la fi'éipience ; mais cet homme fait obsciTcr que c’est son 
pouls habituel ; son rbmnatisme est bien guéri. — Les signes d’inflam¬ 
mation du péricarde et du cœm‘ n’existent plus, et les forces muscu¬ 
laires sont conservées. 

Rhumatisme articulaire aigu avec hydarthrose et endocardite. 

Guibout, Agé de vingt ans, jeune homme assez fort, assez musculeux, à 
tissu cellulaire abondant, à peau molle et blanche, et à tempérament lym¬ 
phatique, avait eu, il y a deux ans, un rhumatisme articulaire aigu, pen¬ 
dant six semaines, aux pieds et aux deux genoux. Le 15 octobre 1812, il a 
commencé à avoir du malaise et des douleurs dans les lombes, et il est en¬ 
tré à l’hôpital Goehin le 17 octobre. On se borne au repos, au séjour au lit 
et aux boissons chaudes. Malgré ces précautions, les douleurs gagnent les 
cuisses, puis les genoux. Elles deviennent, le 21, assez violentes et assez con¬ 
tinues pour causer de l’insomnie. Les deux genoux sont considérablement 
tuméfiés; le droit a 37 centimètres de tour, le gauebe 38 centimètres 1/2; 
ils sont tendus, fluctuants, sans rougeur de la peau, les rotules éloignées du 
fémur. Un léger gonflement douloureux existe à la malléole externe du pied 
droit. — Pouls large à 65; chaleur modérée, langue humide avec enduit 
blanc épais. — Bruit de soufflet assez fort au niveau de l’origine de l’aorte, 
se prolongeant le long de la partie supérieure du sternum et s’étendant jus¬ 
que dans les carotides. 

Il existe évidemment deux hydartbroses rhumatismales aiguës avec com¬ 
plication d’endocardite, car évidemment les bruits de soufflet du cœur et 
des artères ne sont pas le résultat de l’anémie. — Bourrache miellée; sulfate 
de quinine, 6 grammes en potion; cataplasmes laudanisès. 

iet jour du traitement, 22 octobre. Bourdonnements faibles, quelques 
vertiges, langue humide et grise, pas de vomissements, pouls à 86, peau de 
chaleur normale. 

Genoux moins tendus, le droit a un centimètre de tour de moins, et le 
gauche 2 centimètres 5 millimètres. La rotule n’est plus aussi soulevée; 
douleur presque nulle; mouvements commençant à se faire. 

Il n’existe plus qu’un gonflement très-léger à la malléole. Durant la nuit, 
apparition d’une douleur assez vive an niveau des deux trochanters; déve¬ 
loppement de quatre plaques d’un rouge vif, larges chacune comme une 
pièce d’un firanc, siégeant au niveau des deux articulations des phalanges du 
pouce et de celtes de l’index du pied droit, et faisant éprouver une douleur 
mordicante. — Bourrache miellée; sulfbtede quinine, 6 grammes; cata¬ 
plasmes lamianisés. 



( 339 J 

i^Jour de traitement, 23. Bourdonnements d’oreilles; vue très-lroulde. 
dilatation considérable dos pupilles, qui néanmoins sont mobiles; pouls de 
58 à 60; appétit. 

Le genou droit a 1 centimètre 1/2 de tour de moins que la veille, cl le 
gauche 2 centimètres; les veines environnantes ne s'aperçoivent plus; dispa¬ 
rition do la douleur; plus rien à la malléole; disparition complète despla- 
<iues rouges des articulations des orteils, dl de la douleur, à peine une lé¬ 
gère sensibilité lors des mouvements de ces orteils. — Bourrache miellée; 
sulfate de quinine, i grammes; deux bouillons. 

3'^Jour de traitement, 2i. Faciès normal, bourdonnements, quelques 
vertiges, vue bonne, appétit; pouls à 55. Le genou droit a diminué de 2 
centimètres, et le gauche de 1 centimètre. Il n’y a plus de gonflemeni; I’ur 
et l’autre ont 32.5 centimètres de tour, ce qui fait 5 centimètres 1/2 de di¬ 
minution en trois jours. Les rotules ne jouent plus sur les fémurs. Une 
très-légère douleur à la partie interne du pied gauche. Sulfate de quinine, 
5 grammes, deux bouillons. — 23, pouls à 50; titubation, vertiges, nulles 
douleurs, appétit. Sulfate de quinine, i grammes; cinq bouillons.—26, pouls 
à 50; appétit prononcé, quelques coliques, un peu de diarrhée. Sulfate de 
quinine, 3 grammes; deux soupes. —28, pouls à 50; grand appétit, encore 
des vertiges et un peu de bourdonnements d’oreilles; cessation de la diar- 
tliée. La veille on n’avait donné qu’un gramme de sulfete de quinine, au¬ 
jourd’hui on le supprime. Une portion d’aliments. 

31 octobre. Le malade veut absolument sortir, il se lève depuis quelques 
jours; sa figure est fraîche et rose, il n’a pas maigri; il n’a point de tituba¬ 
tion, la marche se Ibit librement et sans douleur; le léger frottement du 
cœur et de Taorte a complètement disparu dans le coeur, dans l’aorte et dans 
les carotides. Le pouls est à 50 ; l’appétit est très-bon. 

Le rhumatisme a été vu dès le début, le malade était au lit avant le 
traitement comme après, de sorte qu’on ne peut pas dire de lui comme 
d’autres, que la transpiration douce et le repos du lit ont pu concourir 
à sa guérison. 

Lors donc qu’on a commencé le traitement, la maladie ne faisait que 
de naître ; on la voit arrêtée brusquement ; mais cependant le mal ne 
cède pas sans résister, puisque le deuxième joiu’ on voit apparaîtec de 
nouvelles douleius, et surtout ces rougeurs au niveau des articulations 
superficielles, indices certains de l’existence d’une fluxion dans la syno¬ 
viale articnlaii'e ou tendineuse correspondante. Néanmoins tout a 
cédé du second au troisième jour, et l’énorme coUccüon de liquide qui 
existait dans les synoviales s’est résorbée dans ce court laps de temps. 

Nous pourrions multipber les observations, car vingt-trois ont déjà 
été recueiUies avec soin dans les salles; mais il y a une grande simili¬ 
tude dans tous ces faits, et ils rentrent tous dans les principes gén&aut 
que nous avons établis. 



( 340 ) 


THÉRAPEÜTIQÜE CHIRURGICALE. 


MÉMOIRE SUR LES INJECTIONS IODÉES DANS LES IlYDROPISIES 
ET LES ABCÈS DES ARTICULATIONS, 
l‘ar .M. Bonnet, chirurgien en chef de niôlel-Dicu de Lyon. 

Dans le mois de infirs 1841, je pratiquai pour la première fois des 
injections iodées dans le genou pour guérir une hydarthrose rebelle 
aux moyens curatifs généralement employés. Encouragé par le résultat 
que j’obtins, je répétai dans d’autres cas la racine opération, et, après 
une année, je l’avais déjà faite plus de dix fois dans des hydai throscs 
et dans des abcès du genou. M. Martin, interne des Hôpitaux de Lyon, 
recueillit rhistoirc de ces opéi'ations , et les lit connaître dans sa thèse 
soutenue à Sti-asbourg le 2 mai 1842. Le journal de Sti‘asboiu"gpubUa, 
quelque temps après, une analyse étendue de cette thèse. Quatre mois 
jdus tard, M. Velpeau communiqua à l’Académie des sciences, le 8 
octobre 1842, les résultats qu’il venait d’obtenir des injections iodées 
dans les bydropisics du genou. 

Cependant, comme M. Velpeau n’avait rien publié jusque-là sur 
cette méthode de traitement, et que la thèse de M. Martin , consacrée 
imiquement à l’exposition de mes recherches, est la seule qui ait été sou¬ 
tenue à Strasbourg sur les injections iodées dans les hydartlu'oses, je 
n’ai pu comprendre que M. Velpeau, dans sa communication à l’Insti¬ 
tut, ait avancé ipie j’avais puisé l’idée de ces injections dans une thèse 
soutenue à Su-ashourg et destinée à l’exposition de ses travaux (1). La 

(1) Avant la publication de cet article de M. Bonnet, nous avons cru de¬ 
voir en communiquer une épreuve à M. Velpeau. La lettre suivante de ce 
professeur donnera à notre ami, le chirurgien en chef de l’Uôtel-Dieu de 
Lyon, l’explication du malentendu qui a existé dans cette affaire. 

« Mon bon ami, 

« L’auteur m’avait déjà annoncé l’épreuve que vous avez eu la bonté de 
me communiquer. Ce que j’ai dit dans ma note à l’Institut, de notre très- 
estimable confrère M. Bonnet, tient à un quiproqiio que je m’empresse de 
faire disparaître. La thèse dont il m’avait parlé traite des faits observés à 
Lyon, et non des miens, comme je croyais l’avoir entendu. C’est de lui- 
même, et non d’après moi, par conséquent, que M. Bonnet a pris le parti 
des injections iodées. 

« Quant à ce qui me concerne, vous savez, et votre estimable journal l’a 
plusieurs fois constaté, que j’emploie les injections iodées depuis huit ou dix 
ans contre la plupart des hydropisies enkystées. J’en ai fait usage dans le 
genou en avril et en juillet 1839, puis en mars 181-2, avant d’y revenir en 



( 341 ) 

nécessité de déti’uire cette erreiu'neme permet pas de différer plus long-' 
temps de faire connaître moi-même les résultats (|ue j’ai obtenus d’une 
méthode de traitement qui est destinée, je pense, à prendre rang dans 
la pratique, et qui ne tardera pas à appeler l’attention des chirm’- 

En indiquant l’époque précise à laquelle ont été publiés les travaux 
déjà comius sm’ les injections iodées dans les bydartbroses, et en éta- 
bbssant la priorité de mes recherches sur celles de M. Velpeau, je ne 
prétends point dû’e que cette opération soit une véritable découverte, et 
qu’elle n’ait point été précédée d’auU’cs opérations plus ou moins ana¬ 
logues ; loin de là, je me plais à rcconnaîti-e qu’elle n’est qu’une modi^ 
fication de métliodes curatives depuis longtemps connues. 

Sans parler de la ponction du genou , qui a été pratiquée plusieurs 
fois dans le siècle dernier, et répétée dans celui-ci par plusieurs chirur¬ 
giens, par Boyer entre autres , je rappellerai d’abord que Gay fit, en 
1789, dans un genou rempli de sérosité, une injection d’eau de Goulard 
animée de tafia camphré (Boyer, Traité des maladies chirurgicales, 
vol. IV, p. 483), et qu’en 1830 M. Johert a injecté trois fois de l’eau 
d’orge alcoolisée dans la même articidation, et pour la même mala¬ 
die. ( Gaz. des Hôpit. ) 

Ces faits prouvent que depuis longtemps on avait pensé à guérir les 
hydartluroscs par des injections irritantes, et si l’on se rappelle les tra¬ 
vaux récents sur le traitement des hydrocèles et des fistules articulaires, 
on concevra sans peine que l’idée de se servir d’une préparation iodée 
devait naturellement se présenter à l’esprit de tous ceux qui pouvaient 
penser à traiter les liydartliroscs par les injections irritantes. L’on sait 
en effet, depuis les recherches variées de M. Velpeau, que, dans les 
hydi'ocèlcs et autres collections séreuses, les injections iodées sont aussi 
sûres dans leurs résultats que simples dans leur emploi, et, depuis l’an¬ 
née 1832, M. Lugol injecte, non sans succès, des solutions d’iode plus 
ou moins concentré dans les trajets fistuleux qui proviennent des 
articulations affectées de maladies scrofuleuses. 

Quelle tpte soit, du reste, la part de chacun dans l’application des in- 

septembre dernier. J'ai discuté la question dans mes leçons à la clinique de 
la Charité, et un article inséré dans le tome XXI de votre Bulletin, page 292, 
laisse deviner ce que j’avais déjà feit alors sous ce point de vue. C’est d’ailleurs 
un historique que je rétablirai avec toute l’exactitude possible, et de manière 
à rendre scrupuleusement à M. Bonnet ce qui lui appartient, dans le travail 
étendu que je prépare depuis longtemps sur l’emploi des injections iodées en 
général. Mille amitiés. 

«Velpeau. 

{Plote du Rédacteur.) 


n 19 novembre 1812. » 



( 342 ) 

jecdons iodées au Uaiteinent des hydarthroses, la question qu’il importe 
d’examiner actuellement est celle de savoii- quels sont les résultats que 
produisent ces injections, et de rechercher si, en transportant aux hy- 
dai-throscs les traitenients démontrés utiles daiK les hydrocèles , on n’à 
pas dépassé les bornes d’une rigoureuse analogie. La réponse à ces 
questions se trouve direetement dans les faits que je vais cher ; mais il 
me semble convenable de reprendre d’abord la question de plus haut, 
et d’apprécier les effets qu’ont produits les opérations jusqu’à présent 
pratiquées dans les hydarthroses du genou. Une analyse attentive de 
ces résiütats démontrera d’abord que la ponctiwi du genou est loin d’a- 
vok les dangers qu’on lui attiibue généralement, et que l’idée qu’on se 
fait de ecs dangers vient sintont de ce que l’on a confondu les effets des 
ponctions du genou avec ceux de l’ouvertiue large de cette articu¬ 
lation. 

Dans l’article qu’il a consacré aux hydropisies des articulations, Boyer 
a fait connaiü’e Thistoire de quatre malades dont les genoux furent ou¬ 
verts poiu- des épanchements séreux. La première de ces opérations est 
empruntée à Lassos^ la seconde à Warner, et la troisième à Schhehtiny. 

Dans toutes on voit qu’il se forma de la suppuration dans le genou ; 
que l’on fut obligé de faire des contre-ouvertures, et que les malades ne 
guérirent qu’en conseivant de la raideur dansl’articulaticm <q)érée. 

Le quatrième fait rapporté par Boyer est emprunté à l’Essai sur l’hy- 
dropisie, deMonro le fils. Il s’agit d’un malade chez qui rouvcrtiu'c du 
genou fut suivie d’un abcès tellement grave que l’amputation fut néces¬ 
saire. 

Sans aucun doute , si tous les cas d’ouverture du genou par de gran¬ 
des incisions eussent été pidjliés, on ne trouverait pas trois cas de gué¬ 
rison sur quati-e tentatives, car les aimés du genou ne guérissent pas 
trois fois sur quatre. Mais il me suffit d’avoir prouvé par les faits ce 
qu’il était facile, du reste, de déterminer àpriori, que l’incision du ge¬ 
nou entraîne la suppm-ation à sa suite, pour faire comprendre tout le 
danger de cette opération. 

Il n’en est pas de même de la simple ponction ; comme dans leshy- 
«b'ocèles, elle ne petit procurer une guérison durable, mais elle n’en¬ 
traîne pas de dangers. On trouve dans la Chirurgie de Boyer, tome IV, 
l’observation de deux malades chez Icstjuels on ponctionna le genou avec 
le trocart. Dans aucun cas il ne survint d’accidents, mais le liquide se 
reproduisit etmstamment quelques jours après. Un troisième' fait rap¬ 
porté page 485, semble conduire, au premier abord, à des conclusions 
moins favorables que les deux précédents. Il s’agit d’une hydarthrose 
du genou que Boyer ponclionna deux fois, le 27 septembre et le 28 



( 343 ) 

oc'lobi'c, et sur laquelle uji cliarlatan fit une troisième ponction, en lais¬ 
sant en place, pendant plusieurs jours, la canule du ti’ocart. Le malade 
mourut, mais évidemment la suppuration du genou qui l’entraîna fut 
une conséquence du séjour imprudent d’une canule qui faisait pénétrer 
l’ail'dans l’articulation, et non de la ponction elle-même, qui ne fut sui¬ 
vie d’aucun accident tant qu’elle fut pratiquée avec des précautions 
convenables. 

En voyant ainsi que les dangers généralement attribués à l’ouverture 
du genou ne s’observent que dans les cas où l’ouverture a été faite par 
une large incision, et dans ceux où la canule du trocart a été laissée en 
place ; en voyant la simple ponction innocente par elle-même, on éloi¬ 
gne de son esprit l’un des préjugés qui pouvaient faire juger trop défa¬ 
vorablement toute tentative d’opération sur le genou affecté d’bydar- 
tbrose, et l’on se prépare à ne pas repousser sans examen l’idée des in¬ 
jections iodées, dont je vais traiter à présent d’une manière spéciale. 

Manuel opératoire des injections iodées dans l'articulation du 
genou. — Les injections iodées dans le genou doivent être faites comme 
dans l’bydrocèle. 

Le lieu que l’on doit eboisir pour faire la ponction est évidemment la 
partie de la membrane synoviale qui est placée au-dessus de la rotule. 
C’est dans cette partie que la fluctuation est la plus évidente, et que l’on 
peut trouver le guide le plus sûr pour enfoncer le trocai't à une profon¬ 
deur convenalfle ; car , en poussant celui-ci jusqu’à ce que sa pointe 
touebe la partie anterieure du fémur, l’on est assuré que la canule 
plonge dans le Uquide que contient l’articulation. 

La position dans laquelle le membre doit être placé au moment où 
l’on fait la ponction, est celle où la jambe est étendue sur la cuisse. 
Dans cette position, les surfaces articulaires du tibia et celle du fémur 
pressant l’ime contre l’autre dans une grande étendue, le Uquide est 
refoulé en avant et écarte la rotule et le triceps de la face antérieure du 
fémur ; la main d’un aide, appuyée sur la tumeur du côté opposé à ce¬ 
lui sur lequel on veut fabe la ponction, aide à refouler le Uquide dans 
le lieu où le trocart doit être plongé. L’on peut indifféremment faire 
pénétrer celui-ci sm’ le côté interne ou sur le côté externe de la mem¬ 
brane synoviale. 

Dans tous les cas, on le fait pénétr er à la profondeur de 2 centimètres 
au moins, et l’on ne s’arrête que lorsque la pointe a touebé la face an¬ 
térieure du fémur. 

Avant de faire cette piqûre, on fait famé un pU à la peau, et l’on pi¬ 
que celle-ci à la base du pU. A l’aide de cette précaution, l’ouverture de 
la peau et celle des muscles cessent de conespondre dès que les tégu- 



( 344 ) 

incnts sont abandonnés à cnx-mêmes ; l’on est plus assuré alors d’empé- 
chcr la pénétration de l’air dans l’articulation. 

Lorsque le trocart a été conrenablenient enfoncé, on voit s’écouler £s 
travers la canule , aussitôt après que le poinçon a été reüré, un liquide 
visqueux et transparent. Je n’ai jamais vu ce liquide s’échapper par un 
jet comme dans les hydrocèles; je l’ai toujotws vu sortir en bavant à tra¬ 
vers la canule ; jamais je n’ai cherché à le faire sortir en totalité, et je me 
suis toujours contenté d’en laisser échapper seulement 2 à 3 centüiti-es, 
qtiantitc égale en volume à celle du liquide que je voulais injecter. J’avais 
toujours eu soin de tenir le pavillon de la canule élevé, afin que cette 
canule restât toujoiu’s pleine de liquide, et que dans l’injection je ne 
fisse point pénétrer de l’air dans la cavité synoviale. 

Du liquide à injecter. — Si l’on choisit une solution iodée ponr 
rinjccter dans le genou, on peut faire usage de toutes les variétés de 
solutions iodées qne l’on- emploie dans l’hydrocèle; ainsi, l’on peut iit- 
jecter de la teinture d’iode pure, de la teihtnrc d’iode étendoe d’eau, 
une partie de cette teinture, par exemple, sur sept parties d’eau, 
comme le faitM. Velpeau dans l’hydrocèle ; ou bien enfin l’on peut se 
.servir, à l’exemple de M. Imgol, de cette même solution d’iode, à la- 
({uelle on ajoute une partie d’iodure de potassium, afin de faciliter la so¬ 
lution d’iode. 

Dans la plupart des observations que je citerai, je me suis servi de¬ 
là teintime d’iode pure. 

J’avais cru devoir recourir à cette préparation,, parce que, ayant 
toujours le soin de ne laisser échapper qu’une très-petite quantité de li- 
ijuide du genou, et en laissant par conséquent la plus grande partie 
dans la jointure , je pensais qu’il était utile de se servir d’une prépara¬ 
tion très-active pour qne sa puissance ne fïit pas affaiblie par son mé¬ 
lange avec la sérosité restant dans le genou. 

L’expérience ne m’a pas prouvé que ce choix lût défavorable ; ce¬ 
pendant , considérant aujourd’hui qne l’alcool peut coagider la sérosité 
contenue dans le genou, et que la proportion d’une partie d’iode sur 
deux parties d’eau suffît en général pour produire une inflammation 
suffisante dans l’hydrocèle, je conseillerais de péférence la solution sui¬ 


vante : 

Eau. 16 grammes. 

Iode. 2 grammes. 

lodurc de potassium .... 4 grammes. 


Cette solution, ne contenant pas d’alcool, ne peut pas coaguler l’al- 
Inunine; et lors meme qu’elle est étendue par la sérosité qu’on doit tou- 





( 345 ) 

jours laisser dans le genou, elle doit êü-e sulfisainmenl active ; c’est celle 
dont j’ai fidt usage dans mes dernières opérations. 

La quantité de liqiudc à injecter ne doit jamais dépasser celle du li¬ 
quide que l’on peut iaii-e sortir du genou, et si l’on se conforme au pré¬ 
cepte que je donne d’en faii-e sortir une petite quantité pour éviter 
l’enti-ée de l’air, on n’injectera dans le genou jamais plus de 15 à 20 
grammes de liqidde. 

Précautions à prendre après l’opération. — Le résultat immé¬ 
diat des injections iodées dans le genou étant _ime inflammation aiguë, 
il importe de prendi’c toutes les précautions pour que cette inflammation 
ne devienne pas suppm-ative. 

Dans ce but, et pour éviter les distensions douloureuses du genou, 
l’on place le membre dans une des gouttières que j’ai fait construûe 
pour les maladies des articulations ; dans ces gouttières, dont j’ai fait 
sentir' tons les avantages dans un mémoire publié en 1839 ( Gaz. 
Médicale ), le membre est étendu, il repose sur sa face postériem-e, et 
il ne peut se renverser ni à droite, ni à gauche. Par là on évite ces dis¬ 
tensions doidoureuses des enveloppes du genon, et ces tendances aux 
luxations spontanées, qui aggravent si fort les maladies du genou lors¬ 
que les malades font reposer leur membre tout entier sm- le côté interne 
ou sur le côté externe du genou (1). 

Le membre déposé dans ces appai'eilsy reste jusqu’à ce que l’inflam¬ 
mation aiguë soit dissipée, et que la résolution ait fait de grands progi'ès. 

Dans tous les cas que je citerai, j’ai pu me borner à de simples pré¬ 
cautions; une seule fois, cependant (Voyez l’observation de Sylvestre), 
l’inflammation a été si intense, si prompte dans sa marche, la tension 
consécutive au gonflement si considérable, que j’ai cru devoir enfoncer 
de nouveau le ü'ocart dans le genou, afin de donner issue à la sérosité 
trop abondante. 

Résultats produits par les injections iodées dans les hydar- 
throses du genou. — J’ai fait des injections iodées dans le genou, 

1“ Pour des hydai'tbroses ; 

2° Pour des alrcès froids. Je vais d’abord parler des premières. 

A en juger par l’analogie des hydrocèles et des hydarthroses, on pré¬ 
voit sans peine que c’est dans les hydropisies articulaires que l’on a dû 
obtenir les résultats les plus satisfaisants. Jamais, dans ces hydropisies , 
les injections iodées n’ont été suivies de suppuration , et toujours l’in¬ 
flammation aiguë consécutive a cessé de produire des douleurs après 
deux ou trois jours. 

(1) On trouve ces gouttières chez M. Jance, à Lyon, quai Villeroi, n« 2, et 
clicz M. Charrière, à Paris. 



( 346 ) 

Quant aux résultats curatiLs, ou conçoit sans peine qu’ils n’aient pas 
présenté la même constance que les effets immédiats ; les hydai’tliroscs 
offrent trop de variétés sous le rapport de leur ancienneté et dé leirr 
complication, pour qu’un même moyen puisse les améliorer ou les gué¬ 
rir avec une égale certitude. L’on sait, du reste, que les injections dans 
l’hydi'ocèle sont loin d’avoir un succès constant. Il est des hydi-ocèles 
très-anciennes, et devenues cartilagineuses, qui ne guérissent ipie par 
l’incision et même l’excision; des injections ii'ritantes sont impuissantes 
à les guérir : eelles-ci doivent également échouer et échouent en effet 
dans les hydarthroses très-anciennes et avec induration de la membrane 
synoviale. 

Voici l’observation détaillée des hydarthroses que j’ai traitées parles 
injections iodées. 

Obs. I. Hydarlhrose du genou gauche datant de trois mois, sans gonfle¬ 
ment du tissu cellulaire; injections iodées dans le genou; guérison 
prompte et durable. — Otez le même malade, hydarlhrose du genou droit; 
injections iodées huit jours après le début de la maladie; guérison éga¬ 
lement prompte et durable. — Louis Sylvestre, êgé de vingt-huit ans, en¬ 
tra à rHôlel-Dieu de Lyon, salle Saint-Louis, n” 81, le l" septembre 18tl. 
Ce jeune bomme, naturellement assez, fort, ne présentait à cette époque 
qu’une constitution singulièrement détériorée par l’action d’un séjour de 
deux ans dans des appartements humides, et d’une syphilis constitution- 
nelie consécutive i des chancres et des bubons qu’il avait contractés à l’àge 
de vingt-six ans. Ces deux causes réunies avaient produit des douleurs très- 
intenses qui parcoururent diverses articulations, et que MM. Beaumôs, à 
l’Antiquaille, et Brachet, à l’IIôtei-Dien, traitèrent avec un succès incom¬ 
plet par les mercuriaux, les bains de vapeur et les sudorifiques. Vers le 
commencement de juillet 18H, ces douleurs cessèrent de se faire sentir 
dans les autres articulations et se reportèrent tout entières sur le genou gau¬ 
che. Deux mois après que cette articulation eut commencé à être malade, 
L. Sylvestre entra à l’IIôtel-Dieu. Il était dans l’état suivant : 

Le genou gauche est le siège d’un gonflement très-considérable qui offre 
les caractères les plus évidents de l’accumulation d’un liquide dans cette ar¬ 
ticulation. Les tissus qui séparent ce liquide de la peau ne paraissent pas 
épaissis, la peau n’est pas rouge et sa chaleur n’est pas augmentée. Cepen¬ 
dant, malgré cette absence de symptômes inflammatoires, les douleurs sont 
extrêmement vives, et le malade ne peut goûter aucun repos; tout mouve¬ 
ment est impossible, la face est pMe, la maigreur générale, les forces très- 
abattues, quoiqu’il n’y ait point de fièvre. 

Pensant que les vives douleurs qu’éprouvait ce malade pouvaient tenir à 
la position du membre, qui était fléchi et reposait sur la partie inférieure de 
sa face externe (position dont j’ai démontré les graves inconvénients), je 
fis étendre la jambe et la plaçai dans une des gouttières que j’ai fait con¬ 
struire pour les maladies du genou. Le malade, très-impatient, ne put s’as¬ 
sujettir à l’immobilité qu’entraînait l’emploi de ce moyen contentif. J’essayai 
les cataplasmes, les sangsues, au nombre de trente; jdus tard, des vésica- 



( 347 ) 

loires ammoniaaux, saupoudrés d’hydro-clilorale de morpbine. Je repris le 
traitement par les sudorifiques et les mercurianx ; tous ces moyens restèrent 
sans résultat. 

Le 11 septembre, je m’absentai, et je fus remplacé par M. Colral, qui fit 
usage à l’intérieur du camphre et de l’opium, et qui revint à l’emploi des 
sangsues, et plus tard fit placer de larges vésicatoires autour du genou. 

Tous ces moyens restèrent sans résultat, et lorsque je repris le service, 
vers le commencement d’octobre, je trouvai le malade presque aussi souf¬ 
frant, et le genou aussi volumineux qu'à l’époque de son entrée, qui avait 
eu lieu un mois auparavant. 

Le 4 octobre, je me décidai à faire la ponction du genou avec un trocart; 
je laissai écouler deux centilitres à peu près d’une sérosité semblable à celle 
de l’hydrocèle, et j’injectai dans l’articulation 15 grammes de teinture d’iode 
que je laissai on place. 

La douleur produite par cette injection fut assez vive, et le jour môme où 
elle fut faite, le genou devint rouge, douloureux, et prit un volume plus 
considérable qu’avant l’injection; la nuit fut agitée, et il y eut de la fièvre. 

Mais dès le lendemain, le genou cessa d’ôtre rouge et distendu, et la dou¬ 
leur fut moindre qu’avant l’opération. Pendant quatre jours la tuméfaction 
fut à peu près stationnaire; mais à partir de cette époque, elle diminua si 
rapidement, ainsi que les douleurs et la difficultc des mouvements, que le 
malade put se lever vers le sixième jour, et que le 12 octobre, onze jours 
après l’opération, il se promenait dans tes cours de l’hôpital. Chose étrange, 
sa santé générale n’avait pas éprouvé moins d’amélioration que son genou; 
il avait plus d’appétit et plus de force. 

Cependant, tandis que le genou gauche, après être resté si longtemps gon¬ 
flé et douloureux, éprouvait, sous l’influence de l’injection iodée, une amé¬ 
lioration inespérée, le genou droit devenait le siège d’une liydartbrose aiguë 
aussi douloureuse et aussi volumineuse que celle du genou gauche; en qua¬ 
tre jours, elle avait acquis tout son développement. Je dis alors au malade : 
« Vous voyez avec quelle rapidité le genou gauche a été guéri par l'injec¬ 
tion iodée, après avoir été vainement traité par plusieurs autres remèdes ; 
le genou droit se prend à son tour; à quoi bon recommencer sur lui une 
longue série d’applications infructueuses? Décidez-vous, dès le début, à une 
nouvelle injection.» Il se décida, et le 16 octobre, douze jours après la 
première opération, je lui lis sur le genou droit une opération semblable à 
la première. La sérosité qui sortit par te trocart était citrine, légèrement 
épaisse. 

Cette nouvelle opération fut suivie d’une inflammation effrayante par sa 
rapidité et son intensité, le malade poussa des cris pendant toute la journée. 
Quarante sangsues appliquées à quatre heures du soir ne produisirent au¬ 
cun soulagement; le gonflement, beaucoup plus considérable qu’avant l’opé¬ 
ration, alla toujours en augmentant; la tension de la peau était extrôme. A 
sept bemres du soir, efirayé de la marche rapide du gonflement, je n’imagi¬ 
nai rien de mieux pour la faire cesser que de plonger de nouveau le trocart 
dans le genou; il en sortit environ doux centilitres de sérosité limpide qui 
n’avait ni la couleur ni l’odeur de l’iode. De ce moment, toutes les douleurs 
cessèrent, et deux jours après, le genou n’était pas plus volumineux qu’a¬ 
vant l’opération. Sa diminution fut si rapide, et tous les symptômes inflam¬ 
matoires disparurent avec tant de promptitude, que le 25 octobre, neuf jours 



( 348 ) 

après l’opéra lion, le malade sorlit, marcliaiil tans dillicullé, et n’ayaut plus 
aucune trace de ses deux hydariliroses. 

Depuis cette époque, j’ai reyu Sylvestre plusieius fois dans les mois 
d’août et de septembre de cette année-ci ; il a fait un nouveau séjour à 
l’Hotel-Dicu de Lyon pour une fracture du bras, et j’ai pu constater de 
nouveau que ses genoux n’offi'aient pas la plus légère tj’ace de gonfle¬ 
ment, et que tous lem’s mouvements s’exécutaient aussi facilement (jue 
s’ib n’eussent jamais été malades. 

Obs. II. Hydarthrose des deux genoux, sans gonflement du tissu cel¬ 
lulaire; injections iodées dans les deux genoux, trois mois après le début 
du mal. Guérison après un mois de traitement. — Cette observation a été 
recueillie par M. Martin. Je vais l’extraire textuellement de sa thèse. 

Au milieu du mois de mai 18H, entra à l’flôtel-Dieu de Lyon, au n» 118 

de la salle Saint-Paul, une jeune fille de seize ans, nommée Marie 6.; elle 

était des environs de Lyon, d’un tempérament lymphatique, mal réglée. De¬ 
puis trois ans elle portait deux hydartliroses cbronitiues du genou ; elle avait 
marché les pieds nus sur la terre humide, et ce fut quelques jours après 
celte imprudence que les articulations se gonflèrent; elle n’a jamais éprouvé 
de douleurs vives; elle a toujours continué à marcher et ù travailler. On 
sent de la fluctuation dans les deux genoux; il n’y a pas de chaleur ni de 
rougeur à la peau; la rotule est soulevée par le liquide; la maladie n’a ja¬ 
mais affecté une marche aiguë, et n’a été soumise à aucun traitement local. 
On s’est contenté de combattre la constitution un peu scrofuleuse, et on a 
administré des remèdes internes pour établir la menstruation d’une manière 
régulière. 

Quelques jours après l’entrée de la malade à l’hôpital, on ponctionna scs 
deux tumeurs le môme jour; il en sorlit une petite quantité de sérosité, et 
l’on injecta dans chaque articulation 30 grammes de teinture d’iode. 

Les précautions les plus minutieuses furent observées afin d’éviter l’in¬ 
troduction de l’air dans la cavité articulaire. 

La réaction inflammatoire fut intense ; la nuit suivante il y eut de la fiè¬ 
vre, de l’insomnie, un peu d'agitation, et même un commencement de dé¬ 
lire; les genoux se tuméfièrent, la peau devint rouge, tendue, brûlante. Le 
lendemain, la malade eut des nausées et des vomissements. Fendant trois 
jours CCI état aigu persista : on prescririt 20 grains d’ipécacuanha, et la ma¬ 
lade recouvra l'appétit. Après ces trois jours, l’inflammation s'apaisa, et les 
genoux commencèrent à diminuer, et diminuèrent rapidement. 

Sur ces entrefaites, je quittai le service pour quelques jours, et lorsque je 
rentrai à l’hôpital, le 8 juin, la malade était partie, marchant bien, et pres¬ 
que complètement guérie. La maladie s’était terminée par résolution, et les 
ouvertures faites par le trocart n’avaient pas laissé échapper une seule 
goutte de liquide. 

Obs. III. Ilydarthrose des deux genoux-, absorption probable des car¬ 
tilages; injections iodées deux ans après le début de la maladie; grande 
amélioration. — Jeanne-Marie Massacrier, âgée de vjngt-sept ans, demeu¬ 
rant à Saint-Jusl, (lays marécageux, dans lequel on est soumis aux fièvres 
intermittentes, eut ses règles supprimées à l’âge de seize ans, après s’ôtre 



( 349 ) 

mouillée. Celte suppression occasiomia un rhumatisme articulaire aigu qui 
se prolongea pendant quatre mois. Depuis, elle n’eut aucune maladie jus¬ 
qu’à rage de vingt-cinq ans. A cette époque, elle se laissa tomber d’un ar¬ 
bre, ses genoux se lumelièrenl, et elie resta quimsejours sans pouvoir mar¬ 
cher; bien que plus lard elle pût faire quelques pas sans trop de difficulté, 
ses genoux restèrent très-volumineux, et deux ans après le début do sa ma¬ 
ladie elle entra à l’Ilôlel-Dieu. Le 22 mai 18i2, elle offrait tous,les signes 
d’un épanchement de liquide dans l’articulation. L’absence de gonflement 
dans les parties molles environnantes, l’ensemble de la constitution, qui 
n’offrait pas les caractères de la diathèse purulente, liront penser que ce li¬ 
quide était de la sérosité. Des craquements que la malade ressentait dans 
le genou pendant la marche faisaient toutefois penser qu’il y avait une 
absorption des cartilages. 

Pendant les deux premiers jours, on couvrit l’articulation avec plu¬ 
sieurs vésicatoires volants; il ne se manifesta aucune diminution. 

Le li juin, on injecta dans chaque genou la solution suivante: 


Eau. 15 grammes. 

Iode. 1 gramme. 

lodure de potassium. . 2 grammes. 


L’inflammation aiguë qui suivit cette injection fut très-intense; dès le soir 
môme du jour de l’opération, les genoux furent extrêmement tuméSés, 
rouges, et la malade ne goûta pas de repos pendant quarante-huit heures. 
Le troisième jour, les douleurs et le gonflement commencèrent à diminuer; 
à partir de ce moment, l’amélioration fut extrêmement rapide, et dix jours 
après l’injection, l’on ne pouvait plus reconnaître aucune fluctuation dis¬ 
tincte, les genoux n’étaient guère plus gros que dans l’état normal; à cette 
époque, la malade commença à se lever, mais la marche était toujours assez 
difficile. Le 12 juillet, près d’un mois après l’injection, elle sortit de l’hôpi¬ 
tal ; la tumeur du genou avait presque complètement disparu , mais la mar¬ 
che, quoique moins difficile qu’avant le traitement, n’était pas sans diffi¬ 
culté, la malade sentait toujours des craquements dans le genou. 

Obs. IV. Uydarlhrose du genou droit avec gonflement du tissu cellu¬ 
laire, datant de plus de trois mois; deux injections dans le genou à deux 
mois douze jours de distance; guérison presque complète après trois mois 
de traitement. — J’extrais l’observation suivante de la thèse déjà citée de 
M. Martin. 

Jean-Isaac Bovard, âgé de trente-quatre ans, est sujet depuis douze ans à 
des douleurs rhumatismales. Depuis lu l^r mai 18il, ces douleurs sont ve¬ 
nues se lixer sur le genou droit et ont abandonné tout le reste du corps. Son 
médecin l’a traité inutilement par les ventouses, les vésicatoires, les applica¬ 
tions émollientes et résolutives. Ce n'est que lorsqu’il n’a plus pu marcher 
qu’il est entré à l’Hôlel-Dieu, le 5 août 1811, dans le service de M. Bonnet. 

A l’examen du genou, on constata l’existence d’une bydartbrose chroni¬ 
que; mais, de plus, il y avait un empâtement des parties molles extérieures 
de la jointure, et des fongosités dans la cavité synoviale. Point de rougeur 
ni de chaleur à la peau, pas de gonflement, pas de déviation des os; les 
mouvements de flexion et d’extension s’exécutent avec facilité ; ce n’est que 
lorsque le malade veut appuyer son pied sur le sol, qu’il souffre. 

Le genou malade, comparé au genou sain, offre les dimensions suivantes : 





iO ccnliraètrcs. 


( 350 ) 

Genou malade : à la partie siipcrieure. 


— — moyenne ....... 41 — 

— — inférieure.33 — 

Genou sain : à la partie supérieure. 37 — 

— moyenne. 38 — 

— — inférieure. 33 — 


Le 7 août, on pratiqua la ponction du genou ; on en fait sortir environ 30 
grammes de sérosité, et on injecte autant de teinture d’iode. Après cela, on 
exerce une légère compression sur l’articulation, et le membre est maintenu 
étendu et immobile dans une gouttière en fil de fer. 

La réaction fut peu marquée immédiatement; le malade soutfrità peine de 
la présence de la teinture d’iode dans la cavité synoviale. Pendant la nuit 
du 8 au 9 août, il y eut de la chaleur, de la tension dans le genou, une dou¬ 
leur assez vive; le malade fut agité et ne dormit pas. Le lendemain, tout était 
calmé; il ne sortit pas une goutte de liquide de la jointure. 

Après huit jours, le malade ne souffrait plus, mais le genou n’avait pas 
diminué. Avant de recommencer les injections, on voulut essayer des cau¬ 
tères et des moxas. En conséquence, le 20 août, on établit deux cautères eu 
dedans de l’articulation, l’un au-dessus, à la cuisse, l’autre au-dessous, sur 
la jambe. Ces deux cautères furent entretenus pendant un mois seulement. 

Le genou offrait toujours le même aspect; toutefois, il n’y avait plus de 
douleur, et le malade commençait à marcher assez bien. Au commence¬ 
ment du mois d’octobre, on brûla deux moxas, l’un en dedans de la rotule, 
l’autre en deliors. 

Le 19 octobre, les dimensions du genou malade sont encore les mêmes 
que celles que nous avons dqjà indiquées, sauf 5 millimètres de diminution 
survenue à la suite de la première injection. La peau du genou offre la colo¬ 
ration normale; le tissu cellulaire est toujours empûté; on sent la fiuctua- 
tion et la présence de fongosités dans la cavité synoviale. La santé générale 
du malade est bonne, il mange avec appétit et prend des forces. 

Ce jour-là on enfonça le trocart en dehors et en arrière de la rotule; il sor¬ 
tit deux cuillerées d’un liquide clair, jaunâtre, sans flocons. On injecta en¬ 
suite une quantité, égale en volume, de teinture d’iode. Les douleurs fu¬ 
rent assez vives, la tumeur augmenta de volume, le genou devint chaud et 
brûlant, mais sans rougeur à la peau ; la réaction ne dura que vingt-quatre 
heures. Le membre, mesuré au moment où il offrait le plus de gonflement, 
offre les dimensions suivantes : 

Genou malade.i2, 43, 33 centimètres. 

— sain. 37, 38, 33 — 

Le genou resta engourdi et immobile pendant les deux jours qui suivi¬ 
rent l’injection : au troisième jour, il commença à diminuer. 

On pratiqua alors une légère compression avec des circulaires de bande; 
la tumeur diminua rapidement, et le malade ne ressentit aucune douleur. 

Le 23 octobre, on ne sent plus aucune trace de fluetnation; la pression 
peut s’exercer dans tous les points sans causer la moindre douleur. Le ma¬ 
lade ne s’est pas encore levé depuis la dernière opération; cependant, il 
meut très-làcUement son membre. La tumeur offre les dimensions sui¬ 
vantes : 











( 351 ) 


Partie supérieure.39 centimètres. 

— moyenne. 40 — 

— inférieure. 33 — 

Genou sain : partie supérieure. 38 — 

— — moyenne. 39 — 

— — inférieure.33 — 


Au 31 octobre, le malade marche très-bien, sans claudication ; il peut 
appuyer tout le poids de son corps sur le membre malade. Plus de dou¬ 
leurs, plus de fluctuation; il reste seulement un peu d’einpltcment dans les 
parties molles extérieures. Point de déviation dans la direction du membre. 
Le patient obtient la demi-flexion sans peine, mais il lui est impossible de 
se mettre à genoux. En appuyant la paume de la main sur la rotule, et fai¬ 
sant exécuter à la jambe des mouvements de flexion et d’extension, on per¬ 
çoit un léger frottement entre les os, ce qui indiquerait l’absorption des 
cartilages dans quelques points. 

L’état général du malade est satisfaisant; il prend chaque jour une dou¬ 
che de.vapeur depuis qu’il peut marcher, et il trouve que son genou de¬ 
vient de plus en plus flexible. Il sort dans les premiers jours de novembre 
pour reprendre ses travaux. 

Obs. V. Hydarthrose du genou, avec gonflement des parties molles; 
deux injections iodées dans le genou à deux mois de distance, vésica¬ 
toire, moxa, etc.; diminution dans le volume de la tumeur, gène plus 
grande dans les mouvements. — Jean-Jacques Dufournel, âgé de vingt- 
neuf ans, d’une bonne constitution, entra à l’Ilôtel-Diou de Lyon, le 22 fé¬ 
vrier 18i2, pour y être traité d’une hydarthrose du genou droit, qui avait 
commencé treize ans auparavant. Cette hydarthrose, assez volumineuse, 
était accompagnée de gonflement des parties molles qui entourent l’articu¬ 
lation du genou, et spécialement de celles qui sont placées sur les côtés du 
ligament rotulien. 

Après l’emploi de quelques frictions résolutives, on lit dans le genou une 
injection iodée semblable à celle qui fut mise en usage dans la troisième 
observation. Comme toujours, cette injection fut suivie d’une inflammation 
aiguë qui fut douloureuse pendant deux à trois jours; elle ne produisit au¬ 
cune diminution dans la tumeur. 

A la lin d’avril, des vésicatoires volanis, appliqués en grand nombre au¬ 
tour de l’articulation, produisirent une diminution assez sensible dans la 
(luanlité du liquide contenu dans le genou. Cependant, cette diminution 
étant loin d’étre complète, le li avril je fis une nouvelie injection sembla¬ 
ble à la première. Cette seconde opération ne produisit qu’une amélioration 
peu satisfàisanlc, et lorsque le malade sortit, dans le cours du mois d’août, 
son genou était moins volumineux qu’à l’époque de son entrée; mais soit 
l’effet d’un repos longtemps prolongé, soit effet dos injections, les mouve¬ 
ments du genou étaient plus difficiles, et la marche pouvait être moins 
longtemps soutenue. 

Les cinq malades dont je Tiens do rapporter l’iiistoire sont les seiil.s 
(pie j’aie traites d’hydartliroses du genou par les injections iodées ; mais 
comme les trois premiers ont eu les deux genoux affectés et ont été opé¬ 
rés des deux cotés, et que chez les deux derniers le genou malade a été- 










( 352 ) 

injcclé à deux rcprLses ,'oii voit que je résume ici le résultat de dix opé¬ 
rations. 

Dans tous les cas, il y a eu, après rinjcclion, une inflammation aiguë 
et douloureuse de l’aiticulation du genou; dans un seul cas (observation 
de Sylvestre), l’inflammation a été assez intense pour que j’aie cru de¬ 
voir donner issue au Uquide résidtant de l’inflammation, par une ponc¬ 
tion nouvelle. Constamment les doidems ont cessé le deuxième et le U-oi- 
sième joiuq jamais il n’y a eu de suppiu-ation, jamais la piqûi-e n’est 
restée fistulcuse, jamais, en im mot, l’injection iodée n’a produit d’ac¬ 
cident. 

Chez les deux premiers malades, opérés l’un et l’autre aux deux ge¬ 
noux , nous avons obtenu une guérison aussi prompte que duralde. 
Moins de deux semaines après l’opération, les malades ont pu marcher 
librement, et la tumeur avait disparu; il n’y avait pas eu scidement, 
comme on voit, absoi-ption du liquide épanché, il y avait eu rétablisse¬ 
ment des fonctions du genou. Ces deux maladesétaicnt jeunes (seizeet 
vingt-huit ans) ; chezl’im et l’autre l’hydarthrose était récente; elle da¬ 
tait de huit jours dans un cas, de trois mois à peu près dans les autres ; 
enfin, il n’y avait ni a’aquement dans le genou, ni gonflement des par¬ 
ties molles cxtwieiu’es à la synoviale. 

Dans la troisième obsetTation, les résidtats ont été moins complets; le 
liquide s’est résorbé, mais les mouvements du membre ne se sont pas 
complètement rétablis ; il est à remarquer que les cartilages paraissaient 
absorbés en partie, et que la maladie durait depuis deux ans. 

Dans le quatrième cas , la guérison a eu lieu à peu près complètement, 
tant sous le rapport de la diminutioa du genou que sous le rapport du 
rétablissement des fonctions. Cependant ces résultats n’ont été obtenus 
qu’après trois mois et demi de traitement, deux injections successives et 
l’emploi de divers moyens accessoires. La raison des difficultés que l’on 
a rencontrées dans ce cas se trouve évidemment dans cette circonstance, 
que l’inflanunation chronique avait été assez intense pour envahir les 
parties molles cxtérieimes à la synoviale, comme le peu d’ancienneté de 
l’hydarthiose, qui ne remontait qu’à trois ou quatre mois, explique le 
succès obtenu. 

Dans le cinquième cas, les injections ont été suivies d’une diminution 
lente et incomplète de la tumeur du genou et d’ime gêne un peu plus 
grande dans les mouvements de cette articulation. Ces résidtats doivent 
être attribués à ce que l’hydarthrose était très-ancienne (elle datait de 
douze ans), et à l’extension du mal, qui avait gagné le tissu ccllulaiie 
sous-aponévrotiqne et sous-cutané. 

D’après ces faits, on voit que les injections iodées peuvent être prati- 



( 353 ) 

quées sans danger dans les genoux affectes d’iiydarllirose, et l’on peut 
espérer qu’elles procureront une guérison prompte, complète et durable, 
brsque l’hydartlirose sera sans aucune complication et aura moins de 
trois ou quati-e mois de dm-ée. 

Lorsque l’hydartlirose coexiste avec l’absorption des cartilages ou 
avec le gonflement des parties molles extéricm-es, et qu’elle date de plus 
d’une année, les injections iodées ne peuvent produire des résultats 
promptement avantageux; elles se bornent à aider à la guérison, et celle- 
ci est toujours longue à obtenir’, et souvent incomplète. 

Les faits indiqués par M. Velpeau, dans sa communication à l’Acadé¬ 
mie des sciences, démontrent, comme ceux que je vieirs de citer, l’inno¬ 
cuité des injections iodées dans les articrüatioirs; mais je ne puis dire s’ils 
confirment ou non les conclusions tbérapeutiques que je viens d’exposer, 
car M. Velpeau n’ayant fait qu’indiquer les résultats qu’il avait obte¬ 
nus, sans entrer dans atreun détail, je ne puis dire dans quelles cotrdi- 
tions spéciales il a réussi et dans quelles conditions ü a échoué. Par 
suite, il est impossible de prévoir ce que l’on peut espérer en se guidant 
sur ses observations. 

Dairs la plupar-t des cas que j’ai cités, je n’ai eu recours aux injections 
iodées qu’après avoir’ fait usage des moyens généralement usités dans 
deshydar’throses, etspécialemeirt des vésicatoires volants, des frictions 
iodées et mercurielles, etc. Sans aucun doute, il faut recourir à ces 
moyeirs avant de se décider à pousser des injections irritantes dans le 
geirort, et je conçois sans peiirc que ceux qui n’auraieirt pas eu l’occasion 
de corrstater, comme je l’ai fait si souvent, l’inutilité presque constante 
de ces moyens, et même celle des moxas, des cautères, de la carrtérisa- 
tion transcurrente, iirsistent plus que je ne l’ai fait dans les cas cités sur 
ces moyeirs prépar’atoires ; mais quand on se rappelle que les hydar- 
tbroses sont les analogues des hydrocèles, que les résolutifs sont inutiles 
dans cette denrière nraladie dès qu’elle date de plusiems mois, et que, 
pour la guérir’, tout le nroirde aujourd’hui recoru’t immédiatement à l’in¬ 
jection de la tunique vaginale, sans essayer les vésicatoires ou les fric- 
tioirs iodées, peut-être sera-t-on conduit à penser qu’il viendra une épo¬ 
que où l’oir n’hésitera pas plus à tr’aiter les hydartliroses du geirou par 
des injections ii’ritantes, qu’on n’hésite à le faire aujourd’hui dans les 
hydr’ocèlcs. 

Dans le prochain iruméro, je traiterai des injections iodées dans les 
abcès des articulations. 

Bonwet. 


E XXIll. lO" 1.1 V. 




( 354 ) 


MÉMOIRE SUR LE STAPHYLÔME PELLUOIDE CONIQUE DE LA CORNÉE (CONICITÉ 

DE LA cornée), et PARTICULIÈREMENT SUR SA PATIIOGÉNIE ET SON TRAI¬ 
TEMENT, AVEC QUELQUES REMARQUES SUR LES STAPRYLÔMES EN GÉNÉRAL. 

C Suite et fln. ) 

XIV. Des différents moyens employés jusqu’ici contre la conicité 
de la cornée. (Suite.) — 6" Les moyens révulsifs ont été employés 
soit cmpii iquemcnt, soit dans le but d’activer la résorption, pour agii' sur 
une supersécrétion imaginaû'e de l’humeur aqueuse. On a recommandé 
les vésicatoires, les frictions avec la pommade stilriée et ammoniacale, le 
séton, les cautères, les moxas, etc. M. de Waltlier, en 1835, m’a beau¬ 
coup vanté l’action avantageuse des cautères appHqués aux apophyses 
mastoïdes. Toute cette classe d’agents thérapeutiques ne peut, selon 
nous, devenir utile que lorsqu’une maladie locale ou générale, telle 
qu’une ophthalmie aiguë ou chronique, ou une disposition dartreuse, 
rhumatismale ou autre, complique ou entretient la conicité de la cornée. 

7“ Divers moyens internes ont été tentés, les uns empiriquement, les 
auti-es d’après des indications presque toutes ciTonées, basées sur les 
causes supposées de l’affection. 

La plupart de ces médicaments ont été administrés dans l’intention 
d’augmenter l’absorption et de diminuer la séci’étion de l’humeur aqueuse, 
regardée comme trop active. On a tâché de remplir’cette indication par 
les pnrgatiis, la diète sévère, le proto-chlorure et le deuto-chlorure de 
mercm-c à haute dose, même jusqu’à saUvation, l’hydi'o-chloratc d’am¬ 
moniaque, le chlorure de soude, les préparations d’or et d’iode. M. Ché- 
bus a vanté l’éponge calcinée, jointe à la digitale et aux frictions faites 
sur le pomtour de l’orbite avec une pommade iodm-ée; M. d’Ammon, la 
décoction de racine de polygala Sénéga. 

D’autres ont eu rccom-s aux toniques et aux altérants ; M. Travers dit 
s’être bien trouvé des ferrugineux et de l’arsenic. 

On s’est également attaché à combattre les causes indirectes probables 
de la maladie, telles que des affections rhumatismales, goutteuses, dar- 
treuses actuelles ou répercutées, scrofuleuses ou sjqihilitiques. Outre les 
agents spéciaux employés en pareille circonstance, un grand nombre des 
moyens déjà mentionnés peuvent, en même temps, remplir cette troi¬ 
sième indication, qu’il est bon de ne point négUger comme auxiliaire,. 
bien qu’employée seule elle ne puisse avoir une grande action directe sur 
la maladie locale de la cornée. M. Elwert s’est servi avec succès, dans 
un cas où d’autres moyens avaient échoué, du deuto-chlorure de mer¬ 
cure administré jusqu’à la salivation, joint à beaucoup d’cxcrcice , qui 



• ( 355 ) 

rétablit la transpiration supprimée des pieds et fit cesser des donleims 
oculaires qui avaient compliqué la maladie. 

Enfin, on ne peut rationnellement avoir recours à la méthode anti¬ 
phlogistique que dans les cas suivants : 1“ lorsque la conicité de la cor¬ 
née a été précédée d’ophthalmie, dont il reste encore des symptômes plus 
ou moins manifestes ; 2“ lorsque l’une des applications locales irritantes 
a produit une phlegmasie oculaire, cii-constauce assez fi-équentc ; 3” lors¬ 
que avec la maladie locale il existe des congestions cérébro-oculaires, 
une dysménorrhée, une pléthore abdominale ou une hypérémie générale, 
complications qu’il n’est pas rare de rencontrer. 

C’est dans les cas de dysménorrhée concomitante que peut aussi trou¬ 
ver son emploi une sulistance médicamenteuse dont l’usage, tout à fait 
empirique en dehors de cette complication, n’est venu à notre connais¬ 
sance que par M. de Walther. Ce gi-and chirurgien, dont le génie élevé 
ne saurait nous empêcher de défendre des opinions opposées aux sieimcs 
toutes les fois que la vérité nous semblera être de noti-e côté ; ce gi’and 
cliirurgien, disons-nous, emploie généralement dans cette maladie les 
cautères appliqués derrière les oreilles, conjointement avec l’usage interne 
de l’essence de térébenthine. U nous a montré, en 1835, à sa clinique du 
grand hôpital de Munich, une femme sur laquelle il disait avoir obtenu, 
par l’usage prolongé de ces moyens, un succès marqué dans un cas très- 
avancé de staphylôme conique. Chez cet individu, il existait encore une 
conicité très-notable des deux cornées ; mais la myopie, au dire de la ma¬ 
lade, avait considérablement diminué. Dans l’impossibUité où nous nous 
ü’ouvions d’attacher aucune idée thérapeutique à l’usage de l’essence de 
térébenthine, nous supposâmes que chez cette malade il devait y avoir 
eu quelque complication d’une maladie générale, telle qu’une dysmé¬ 
norrhée par exemple, sur laquelle le médicament avait pu exercer une 
action favorable. En effet, notre examen constata que cette femme, âgée 
d’à peu près quarante ans,'avait eu une suppression do règles qui, après 
l’usage du médicament, étaient revenues avec almiidance. C’est à ce 
retour favorable, joint à l’action des cautères, que nous attribuâmes 
l’amélioration qui avait eu lieu, mais qui était fort loin d’une guérison. 
Nous ne nous rappelons point si l’application de quelque topique sur les 
yeux avait été associée au traitement général. Depuis ce temps, nous 
avons plusieurs fois essayé l’usage interne de l’essence de térében¬ 
thine, à la dose de 1 à 4 grammes par jour, dans un véhicule miicila- 
gineux ou une émulsion, contre des conicités de la cornée, compliquées 
d’aménorrhée ou de dysménorrhée chez des femmes, et même jilusienrs 
fois empiriquement chez des homnie.s ; mais n’y ayant associé aurim 
moyen local, nous ne sommes imllenieiit elonne de n’en a\oii' jamais 




( 356 ) 

retii-é aucun bon effet, bien qu’iuie fois son emploi ait été prolongé près 
de deux mois, et que la dose ait été augmentée tant que l’estomac mon¬ 
trait de la tolérance. Ce médicament pourrait tout au plus fournir un bon 
auxüiaû-e, lorsqu’il y a indication spéciale à cause d’une dysménorrhée 
ou d’une maladie des voies urinaires, etc. 

8° Traitement expeetatif. Demours, se basant sur son expérience, 
conforme sous ce rapport à celle de Phipps, savoir que le stapbylôme 
pellucide de la cornée, arrivé à un certain point de son développement, 
s’arrête dans sa marche , et n’amène pas d’autres suites plus graves ; 
Demours, disons-nous, conseille de n’essayer aucun traitement. C’est 
avouer l’impuissance de l’ail et des dilférentcs méthodes curatives pré¬ 
conisées ; mais ce conseil se trouve en contradiction flagrante avec celte 
autre opinion de Demours, que la conicité de la cornée peut se terminer 
par la formation d’un albiigo ou d’un véritable staphylôme opaque de 
celte membrane, ou même par sa rupture ; il est en outre bien loin d’être 
rationnel. En effet, l’arrêt spontané de la maladie n’étant rien moins 
(pie certain et n’ayant lieu (pie dans la minorité des cas, la myopie au 
contraire devenant toujours plus ou moins un obstacle au ti-avail, et 
éipiivalant à la cécité complète lorscpic la maladie atteint son plus haut 
degré, il est nécessaire, et c’est un devoir pour le médecin, lors même 
(pie la guérison complète et radicale de la maladie est impossible , 
de tenter tous les moyens pour empêcher au moins l’accroissement du 
cône protubérant et du trouble visuel qui^l’accompague. 

9" Comme moyen palliatif, on peut essayer des lunettes concaves 
d’un numéro très-bas, qui, dans le commencement de la maladie, ren¬ 
dent de ü-ès-bons services, et en généralisent plus utiles quand le cône 
est aplati et moins saillant que lorsqu’il est pointu et plus élevé. Ici, 
comme dans les’cas de simple myopie, il est_important que le malade 
se serve d’abord des verres les plus faibles; mais ordinairement les nu¬ 
méros très-bas apportent seuls une amélioration qui, malheureusement, 
est rarement notalile, et dont le bénéfice se perd de bonne heure par la 
marche progi-essive de la maladie. Les veives devi-ont être choisis sépa¬ 
rément pour chaque œil, règle généralement utile à observer, mais plus 
particulièrcmentjdans la conicité de la cornée, souvent développée à des 
degrés fort inégaux aux deux yeux. 

En vain j’ai engagé plusieurs habiles opticiens à essayer de confec¬ 
tionner des lunettcs^forlcmcnt et irrégulièrement concaves, imitant en 
quelque sorte, mais en sens inverse, la forme ipie la cornée présente dans 
cette anomalie. Tous, après quelques tentatives infructueuses, en ont 
reconnu l’impossiliilité. Plus tard, j’ai trouvé que Ilimly avait eu la 
même idée, mais qu’il n’y avait cependant donne aucune suite. 



( 357 ) 

La ponction de la cornée, regardée comme moyen palliatif, ne mérite 
pas ime giande confiance, à cause de la trop rapide reproduction de 
riiumeur aqueuse. Quelques-uns des autres moyens, employés avec des 
indicalions et dans une succession rationnelles, peuvent d’ailleurs être 
regardés comme palliatifs, ainsi que nous le dirons plus tard. 

10“ L’opération de Vablation du cristallin, soit par l’aliaissement 
ou leLroiement, soit par l’extraction, peut être placée ici comme un 
moyen palliatif d’un ordre plus élevé, puisque, sans modifier en rien 
l’état anormal de la cornée, elle change très-notablement le foyer visuel, 
de manière à pouvoir diminuer considérablement et quelquefois même 
faire cesser entièrement la myopie. N’oublions cependant point que sur 
les effets de cette opération, appliquée à la maladie qui nous occupe, et 
particulièrement sur le degré d’amélioration de la vision qu’elle peut 
produire, il n’existe pas un grand nombre d’observations, et que celles 
de Veteb et de M. Lawrence, hommes d’une probité scientifique recon¬ 
nue , diffèrent de celles de sir William Adams, dont les assertions ne 
sont pas toujours scrupidcusement conformes à la vérité, comme nous 
le prouverons à une autre occasion. Ce'procédé est d’ailleurs parfaite- 
tnent indi(jué toutes les fois qu’on ne peut réussir à guérh- entièrement 
la maladie, c’est--à-dire lors(jue des moyens rationnels de cm'c radicale 
ont échoué, ou ont laissé sidisistcr un troidde considérable de la vision. 
Adams a été conduit à ce mode de traitement chinu'gical par une opé¬ 
ration de double cataracte pratiquée sm’ une femme affectée en meme 
temps de conicité des deux cornées, opération après laquelle, au dire de 
cet auteur, la malade se conduisait et lisait bien plus facilement à l’œil 
nu que d’autres malades opérés ne le font d’ordinaire h l’aide de lunettes 
à catai’acte. Ce fait, d’ailleurs, est assez vraisemMablc, puisqu’en géné¬ 
ral les malades voient d’autant mieux après l’opération qu’ils ont été 
plus myopes avant que le cristallin n’ait perdu sa ü’ansparencc. Encou¬ 
ragé par ce succès, il broya la lentille, dans un cas où une malade, affec¬ 
tée de staphylôme pellucide de la cornée sans cataracte concomitante, 
pouvait encore se conduire seide, tentative fort hasardée : un succès 
complet vint cependant la couronner, et la malade non-seulement mar¬ 
chait beaucoup mieux sans lunettes, mais encore, un an après l’opération, 
lisait à l’œU nu le plus jietit caractère à environ un tiers de mètre (10 à 
12 pouces) de distance, assertion dans laquelle il y a sans doute im peu 
d’exagération. Lorsqu’elle essayait de voir avec des lunettes à cataracte 
de 6 centimètre environ (30 lignc.s) de foyer, sa vue devenait tout aussi 
trouble qu’elle avait été avant l’opération. Opérée de l’autre oeil un an 
pliLs tard, elle pouvait lire, selon Adams, peu de temps après l’opéra¬ 
tion, avec des lunettes à cataracte d’environ 65 millimètres (33 lignes) 



( 358 ) 

de foyer. Celte différence entre les deux yeux, roculiste anglais l’expli¬ 
que par la circonstance que l’œil le dernier opéré n’avait pas pu, comme 
sou congénère, s’exercer pendant tonte une année. Adams convient ce¬ 
pendant qu’en général il faut aux malades opérés de cette manière des 
lunettes, mais plus faüdes qu’après l’opération de la cataracte. Vetch et 
M. Lawrence n’ont pas obtenu les mêmes succès de cette méthode. 
M. Texlor, qui a eu occasion d’extraire, sur une femme âgée affectée de 
conicité de la cornée, le cristallin tombé dans la chambre antérieure, 
n’a pas xui la vision se rétaldir après l’opération; mais, dans ce cas, ü y 
avait probablement une cécité ti’ès-ancienne causée par une maladie de 
la rétine. Nous rexiendrons sm’ cette opération, pour préciser les circon¬ 
stances dans lesquelles elle peut trouver son application. 

M. Chélius se ti’ompe en disant qu’Adams p-atiquait l’extraction du 
cristallin ; il n’opérait jamais que par le broiement. L’extraction serait 
d’ailleurs très-dangereuse dans une pareille difformité de la cornée, 
parce que la paupière, en pressant sur le sommet de la tumeur, pom-rait 
facilement écarter les lèvres de la plaie, accident presque toujours 
suivi de la procidence de l’iris, et souvent de la suppuration du lam¬ 
beau et de la totalité du globe oculaire. Ce n’est qu’à des cas particuliers, 
comme par exemple à celui du cristallin occupant la chambre antérieure, 
qu’il faudra limiter l’extraction dans la conicité cornéenne. 

XV. Méthode curative rationnelle et appuyée sur l'expérience. 
— Nous avons employé ou vu employer tous les moyens que nous ve¬ 
nons de passer en revue ; ils ne nous ont donné que des résultats néga¬ 
tifs, même dans les conicilés commençantes de la cornée, et dans les 
kératocèles qui se transforment en staphylômes pellucides ; nous avons 
tout au plus quelquefois empêché les progrès du mal. Sur la fbi des re¬ 
commandations faites en Angleterre, nous avons insisté très-longtemps, 
mais sans le moindre sticcès, sur l’instillation de l’infusion de tabac. Nous 
avons vu la ponction de la partie latérale du staphylôme répétée jusqu’à 
cinq fois sur le même œil sans amendement. Aussi la grande majorité 
des médecins s’accordent-ils sur l’incurabilité de cette affection. Ayant 
d’abord attaché peu d’importance à l’explication de la formation de 
cette singulière maladie, que nous avions basée sm- la présence de l’opa¬ 
cité au sommet du cône ou dans son voisinage, nous n’essayâmes point 
d’en faire découler un traitement particulier. Nous employions les 
moyens recommandés par les auteurs, progressivement depuis les plus 
doux jusqu’aux plus énergiques, et, arrivé à la cautéi'isation à l’aide du 
nitrate d’argent, nous l’appliquions sur le sommet delà tumeur en masse, 
queDe qu’en lut la largeur, et nous l’abandonnions lorsqu’elle n’avait 
pas de résultat avantageux au bout de (pielque temps, ou lorsqu’elle 



( 359 ) 

produisait de riiiflainmalioii. En 1835 la théorie que nous avons expo¬ 
sée nous suggéra pour la première fois l’idée d’un traitement rationnel. 
11 se présenta alors à notre clinique un malade d’une cinquantaine d’an¬ 
nées, affecté aux deux yeux d’une conicité de la cornée parvenue à im 
très-haut degi’é, mais plus complète encore à l’oeil droit,'dans lequel la 
petite opacité occupait le centre du sommet. Plusieurs chinirgicns distin¬ 
gués , et surtout Dupuytren, dont nous conservons les ordonnances , 
avaient pendant longtemps traité ce malade, mais sans aucim succès. 
Après l’emploi également infinctueux de plusieurs moyens, l’idée nous 
vint de cautériser médiodiquemcnt la cornée droite avec le nitrate d’ar¬ 
gent sur l'opacité même, dans le double but d’aplatir le staphylôme el 
de produii’C une cicatrice ferme capalde de résister dorénavant à la dis¬ 
tension. Plusieiu’s fois une ophthahnie assez forte nous força de suspen- 
di'ele traitement et de nous borner à l’instillation du laudanum. Enfin, 
lorsque déjà une diminution considérable avait eu lieu, un nouvel accès 
d’inflammation violente étant smTcnu, le malade prétexta mi besoin de 
repos et la nécessité de faire un voyage pour affaires, et ne reparut 
plus à la clinique. Je ne le revis qu’en 1839, et quels furent ma surprise 
et mon étonnement lorsque je le trouvai parfaitement guéri de la mala¬ 
die de l’œil di’oit, dont la vision était devenue infiniment meilleure, et 
lorsqtie je pus me convaincre que la cornée, naturellement bombée, ne 
présentait plus qu’une cicatrice centrale ferme, mais peu étendue! Un 
dessin des deux yeux, pris avant la première cautérisation, permit d’aj)- 
précier exactement le changement survenu. Ce beau résultat, dont le 
bénéfice s’est conservé jusqu’aujomd’hui', tandis que la conicité de la 
cornée gauche, non cautérisée, est restée la même, nous fait croke que 
le traitement rationnel de la conicité peut, dans la plupart des cas, ame¬ 
ner tme modification ti-ès-avantageuse, et non-seulement arrêter d’une 
manière positive la mai’che de la maladie, mais encore diminuer la saillie 
déjà existante de la cornée et améliorer notablement la vision. Pom' at¬ 
teindre ce but, il suffit, selon nous, d’employer, dans une succession ré¬ 
gulière, les moyens suivants,"que le manque d’espace nous force d’indi¬ 
quer seulement d’une manière sommaire. Les détails nécessahes siu le 
mode d’emploi de quelques-uns d’enüe eux pourront êtr e puisés dans le 
pai-agraphe précédent. 

1® On touchera une à deux fois par jour la tumeur avec un pinceau 
imbffié de laudanum de Sydenham piu-, et l’on fera bassiner immé¬ 
diatement après les paupières fermées avec de l’eau fi-oide. Le pinceau 
sera appliqué sm’ la partie opaque de la tumeiu’. Plus tard on pouiva y 
associer l’usage d’ime pommade de précipité rouge ou blanc, à la dose 
de 10 à 20 centigrammes pour 2 grammes d’.axongc 2" Tous les deux 



( 360 ) ' 

cm trois jours, selon la tolérance de l’individu et de l’organe malade, on 
passera légèrement un crayon de nitrate d’argent sur toute l’étendue de 
l’opacité, ou tout au plus sur le sommet de la tumeur, mais non pas sur ses 
côtés. Si, exceptionnellement, on ne trouvait aucune opacité à la surface 
de la conicité, même en l’examinant à la loupe, on choisii'ait, pour y 
appliquer le crayon de nitrate d’argent ou le pinceau cliai-gé de lau¬ 
danum, l’endi'oit où l’on reconnaîtrait une légère facette de la cornée, 
semblable à celles cpie laissent les phlyctèncs de cette membrane. Dans 
le cas où cette facette manquerait aussi, l’application du médicament se^ 
rait faite sur la partie du staphylôme dans laquelle la cornée, touchée 
avec la plus gi'ande précaution à l’aide d’un stylet ü-ès-obtus, présen¬ 
terait le moins de résistance. Le motif pom’ lequel on doit agir ainsi, c’est 
que d’ordinaire cette membrane, dans la partie du sommet du cône voi¬ 
sine de la cicatrice, cède facilement à la pression du doigt ou d’un instru¬ 
ment mousse, et se laisse déprimer comme le ferait une feuille de papier 
ou de métal très-mince. On essuyera la surface cautérisée avec un linge 
firr légèrement moirillé, et on la couvrira d’un peu de cérat, auqirel, en 
hiver, on ajoute un peu d’huile d’amandes douces; puis on fomentera 
l’œil fermé avec de l’eau froide. Le jour de la cautérisation, aucun autre 
topique ne sera employé. Si elle est bien supportée, on la rendra un peu 
plus vigoiu-eiise, pour aplath’ plus rapidement la saillie ; mais il faut la 
fair e très-légère lorsque la cornée se montre fort mince. Il faudra con¬ 
tinuer ces cautérisations pendant un à deux mois, s’il est nécessaire ; 
m<ris plus on aura besoin de les multiplier, plus on les éloignera les 
unes des auücs. Inutile d’ajouter qu’elles devraient êtr-e suspendues 
de temps à autre pour 4 à 8 joins, dans le cas où surviendrait ime 
irritation inflammatoire, que l’on combattrait par les fomentations 
froides, même glacées, et au besoin par un ü’aitement antiphlogis¬ 
tique approprié. Moins le développement du staphylôme sera avan¬ 
cé , plus il faudi'a que la cautérisation soit légère et circonscrite. 
3® Si la tumeur avait un volume très-considérable, et si, par d’autres 
causes, la diminution de la m.aladie se faisait trop lentement, on pourrait 
joindre aux moyens indiqués la ponction pratiquée selon les règles que 
nous avons établies, et, au besoin, même la compression. On pourrait, 
par exemple, alterner les moyens dans la succession suivante, sauf à les 
employer à des intervalles plus éloignés, en les mesurant toujours sur 
la susceptibilité individuelle : premier jour, ponction et fomentations 
froides; deuxième jour, compression graduée; troisième jour, cautérisation 
et fomentations froides; quatrième jour, compression; puis, pendant deux 
à trois jours, l’application journalière du laudanum, accompagnée de la 
compression. Au bout de ce temps, on recommencerait à parcourir le 



( 361 ) 

uiême cercle, jusqu'à gucnson. A mesure que l’amélioration deviendrait 
sensible, on devrait diminuer l’activité du traitement. 4" A ce traite¬ 
ment serait associé, suivant les indications déjà posées, l’usage des 
moyens internes et des exutoires capables de combattre des causes encore 
agissantes, ou des complications, telles que la dysménorrhée, la con¬ 
gestion cérébrale, une affection scrofuleuse, syphilitique, dai-treuse ou 
autre. 5“ Dans les cas où-la cure radicale est impossible, ce traitement 
sera au moins le plus puissant palliatif. On n’aura recours au broiement 
ou à l’abaissement du cristallin qu’après avoir épuisé toutes les chances 
d’une guérison complète. Dans les cas d’une cicatrice large occupant le 
sommet de la tumeur, cette opération ne présente que de bien faibles 
chancesjd’amélioration de la|vision, et on sera quelquefois forcé d’avoir 
recours, en outre, à l’opération de la pupille artificielle. En général, 
on ne permettra au malade que l’emploi des lunettes les plus faibles : ce 
n’est que longtemps après que le traitement est teminé, et que le foyer 
de la Arision est det'enu’défînitif, qu’on peut graduer le numéro des v-erres 
sur le degré de la myopie ; car le malade restera toujours plus ou moins 
myope. 

Dans les kératocèles où l’on ne voit point d’opacité, et où il est 
difficile de reconnaître si la paitie proéminente de la cornée a moins 
d’épaisseur dans un point quelconque de son étendue, le caustique sera 
indistinctement promené sur tout le sommet de l’élévation; mais on 
l’appliquera plus légèrement, pour ne point donner lieu à une perfora¬ 
tion ou à une cicatrice profonde et étendue. Le traitement sera d’ailleurs 
le même. 

Depuis un mois nous avons eu occasion de faire encore une applica¬ 
tion très-heureuse de notre méthode, bien qu’avec une modification né¬ 
cessitée par un accident qu’il sera bon de noter. Un malade d’une qua¬ 
rantaine d’années, que nous avions déjà ti-aité à plusieurs reprises, dans 
l’espace de quinze ou dix-huit mois, pour une conicité de la cornée plus 
forte à gauche, mais qui avait toujours refiisé de se soumettre à la cauté¬ 
risation, par la raison que la vision même de l’œil gauche suffisait encore 
pour ses travaux; ce malade, disons-nous, se présenta de nouveau à 
notre clinique, se plaignant d’une diminution très-notable de la vision 
de l’œil gauche, survenue depuis une semaine environ. L’examen de 
cet œil montra en effet une augmentation notable de la conicité, sans 
accroissement de l’opacité assez foncée dont son sommet était le siège. 
Nous crûmes devoir sans retard procéder à la cautérisation de l’opacité. 
Tel était l’amincissement de la cornée dans toute l’étendue du sommet 
de la tumeur, que sous la pression d’un crayon mousse de nitrate d’ar¬ 
gent, quelque légère qu’elle fût, cette membrane pliait et se renfonçait 



( 362 ) 

considérablement en tlcdans. C’est sans doute celte facilité avec laquelle 
la cornée cède à la pression qui a été décrite par quelques auteurs comme 
une fluctuation; elle ne prouve réellement que sa minceur. Aussi chez 
notre malade, quelque superficielle que nous nous fussions efforcé de 
rendre la cantérisation, le surlendemain, à la chute de l’escharre, exis¬ 
tait-il un kératocèle considérable. Nous ne revînmes plus à l’emploi du 
caustique ; mais, malgré une inflammation assez intense, nous touchâmes 
réguherement tous les jours la hernie coméenne avec le laudanum de 
Sydenham pur, tout en administrant quelques purgatifs et quelques fric¬ 
tions d’ongnent napolitain beUadoné. Nous eûmes la satisfaction de voir 
le kératocèle s’alTai.sser après huit jours, et se changer, au bout de quel¬ 
ques semaines, en une cicatrice solide aplatie et peu étendue. En même 
temps la saillie de la cornée diminuait notalflcment, et la vision s’éclair¬ 
cissait à proportion ; de sorte qu’actuellement elle est devenue beaimoup 
meilleure qu’elle n’était il y a quelques mois. L’amélioration augmentant 
■ tous les jours, nous n’avons même point encore cru opportun de recourir 
à une nouvelle cautérisation ; il est possible que l’usage local du lauda¬ 
num suffise, dans ce cas, poiu' amener la guérison complète et radicale. 

Les effets de cette médiode cm-ative sont d’autant plus satisfaisants 
iju’encore dernièrement un médecin anglais, M. Walker, pour remédier 
h la même maladie, a pratiqué aux deux yeux, d’alwrd l’opération de la 
pupille artificielle, puLs celle de l’extraction du aistallin, puis enfin sur 
l’un des yeux l’opération de la cataracte secondaire, répétée à deux fois. 
Le résultat de ce cumul de six opérations fut que l’oeil opéré quatre fois 
recouvra parfaitement la vue, tandis que l’autre fut détruit par la fonte 
piu-ulente après la seconde tentative opératohe, savoir l’extraction. 
{Provincial medical and surgical journal, 1842, juin ou juillet, 
extrait dans la Gaz. mèd. de Paris, 1842, N“ 44). Ce fait justifie en 
même temps notre observ'ation sur la préférence à donner, dans cette ma¬ 
ladie, au broiement ou à ral)aissement (V oir XIV, 10“). 

Nous serions heureux si notre travail, en jetant quelque lumière sur 
plusieurs points obscurs de la pathogénic d’une maladie rare et grave, 
peu connue par la majorité des médecins, pouvait contribuer à en éta¬ 
blir la thérapeutique sur des hases plus sûres et plus rationnelles. 


SlCUEL, D. M. 



CHIMIE ET PHARMACIE. 


NOTE Sün LE LACTDCARIDM, LA MANIÈRE DE l’oRTENIH, ET SES PROPRIÉTÉS 
MÉDICALES, 

Par M. H. AUBEnciBn, docteur 6s sciences, professeur suppl6ant i l'École 
de médecine de Clermont-Ferrand. 

Lorsqu’on pratique des incisions aux tiges de la laitue montée à l’épo- 
(jtic de la floraison, il s’en échappe un suc laiteux d’une grande amer¬ 
tume, qui se dessèche rapidement au contact de l’air : ce suc a été nommé 
lactucarium. Dioscoride, Celse, Galien, l’ont comparé au suc de pavot; 
et dans ces derniers temps, le docteiu’ Goxe, de Philadelphie, rappelait 
l’attention sur lui. A son exemple, Duncan et quelques-uns de scs compa¬ 
triotes l’expérimentaient à Edimbourg, et le docteiu- Bidault de Villiers 
répétait en France les expériences faites en Amérique et en Angleterre. 
Tous ces observateurs s’accordaient à reconnaître que le lactucarium 
possède les propriétés calmantes de l’opium, sans en avoii' les inconvé¬ 
nients , c’est-à-dii'e qu’il ne produit ni la constipation opiniâtre ni la 
congestion cérébrale qui accompagnent souvent l’usage de ce médica¬ 
ment. 

Le docteur Duncan assure meme que le lactucai'ium réussit souvent Là 
où l’opium a échoué ; qu’il calme la toux qui ruine les forces des phlliisi- 
qties, et il prétend que sou action est toute spéciale dans les affections 
nerveuses, les maladies des hypocondriaques. 

Auderson dit avoir traité avec succès, par ce médicament, l’asthme 
spasmodique, la coqueluche, des spasmes d’estomac, des douleurs rhu¬ 
matismales, des attaques de goutte irrégulières, des spermatorrhées re¬ 
belles. Enfin Schelinger se loue de l’emploi du lactucarium associé à la 
digitale dans les affections du cœiu et l’angine de poitrine, sm'tout lors¬ 
que ces affections étaient compliquées d’hydropisies et de palpitations. 

Comme par inebions on recueille de si petites quantités de suc que le 
docteur Bidault de VUliers avoue n’en avoir jamab possédé à la fob plus 
de 15 grammes, on a été obbgé de remplacer le lactucarium par un ex¬ 
trait préparé avec la plante entière. Dans cet extrait, connu sous le nom 
de thridace, le principe actif, concentré dans le suc laiteux, se trouve 
noyé dans les substances insignifiantes contenues dans l’eau de végétation, 
si tant est même qu’il y existe ; car l’analyse va nous démontrer que ce 
principe actif étant presque insoluble dans l’eau froide, il doit rester 
dans les marcs au lieu de passer dans le suc destiné à la préparation de 
l’extiait. Il en résulte que la tluidace est un inéilicament inoffensif, et 



( 364 ) 

les médecins qui s’en sont aperçus avant que la théorie vînt les eu 
avertir, ont presque entièrement renoncé à l’employer. 

Ou peut donc s’attendre à n’oLtehii- les résultats constatés par les pre¬ 
miers obser\'ateiu-s, qu’en employant le suc laiteux lui-même, le lactuca- 
riiun. Il importait dès lors 'que l’on fît de nouveaux elTorts pour sur¬ 
monter les difficultés qui ont empêché jusqu’ici de mettre ce produit à. la 
disposition des praticiens. Tel est le but que je me suis efforcé d’attein¬ 
dre par plusieurs années d’essais : grâce à mes efforts, le lactucarium 
pouiTa prendre place désormais au rang des médicaments les plus utiles 
et les plus efficaces. 

M. le docteur Berti-and fils, professem-à l’École préparatoire de Cler¬ 
mont-Ferrand , et inspecteur adjoint des eaux du Mont-d’Or, a expé¬ 
rimenté le lactucarium préparé par moi, et les observations de cet ha¬ 
bile praticien confirment tout ce qui a été avancé sur les propriétés de ce 
médicament. 

J’ai voulu me rendie compte de la composition du lactucarium, et 
m’expliquer les vicissitudes éprouvées dans la pratique médicale par les 
préparations de laitue ; voici les substances qui ont été isolées par mon 
analyse. 

Une matière amère cristallisable, de la mannite, de l’asparamidc, 
une matière cristallisable colorant en vert les sels de fer, une résine 
électro-négative combinée à la potasse, une résine indifférente, del’iil- 
mate de potasse, de la cérine, de la iiiyriiine, de la pectine, de l’albii- 
mine, de l’oxalatc acide de potasse, du inalate de potasse, du nitrate de 
potasse, du sulfate de potasse, du chlonire de potassium, des phosphates 
de chaux et de magnésie, et des oxydes de fer, de manganèse, de la 
silice. 

La substance la plus remarquable indiquée dans cette analyse, est 
certainement la matière amère, cristallisable, qui est au lactucarium ce 
que la morjdiine est à l’opiiun, à cela près que l’une est neutre et l’autre 
alcaline : cette matière, soluble dans l’alcool faible et l’alcool fort, aussi 
bien à chaud qu’à froid, est presque insolulde dims l’eau à li-oid, et plus 
soluble à chaud ; elle est complètement insolulile dans l’étber ; elle s’al¬ 
tère très-rapidement au contact des alcalis. 

Ces propriétés étant bien constatées, car elles ont été reconnues par 
les commissaires chargés de ce soin par l’Académie de médecine, l’ana¬ 
lyse nous permet maintenant d’expliquer les contradictions qui se sont 
élevées entre les auteurs sur les propriétés calmantes de la laitue. Lors¬ 
qu’on prépare lathridace avec le suc obtenu en exprimant les tiges en¬ 
tières contusées, ce suc ne doit entraîner qu’une ti'ès-petite ipiantité du 
principe amer, puisque nous avons vu que ce principe est très-peu soin- 



( 365 ) 

ble dans l’eau froide. M. Bertrand a remarque en effet, comme l’indique 
la théorie, que les solutions aqueuses du lactucaiâum, faites à froid, sont 
douées de propriétés moins énergiques que le lactucai'ium lui-même, fût- 
il employé à doses relatives moins élevées. 

On court en outre le risque de l’altération que peut éprouver, pendant 
l’évaporation, une substance que nous avons vue si altéralde, en même 
temps que l’on perd inévitablement le principe volatil qui donne à l’eau 
de laitue les propriétés calmantes que lui a reconnues M. Martin Solon, 
propriétés cpii la fout employer depuis si longtemps en médecine. 

Aussi la tbridace n’a-t-clle pas cette saveur amère, cette odeur vi- 
reuse si prononcée qui caractérisent le lactucarium ; tandis que ce pro¬ 
duit est brun, friable et ti'cs-sec, la tliridacc est noire, molle et déli¬ 
quescente. Cette différence dans les propriétés physiques et chimiques 
nous cïpli(jue comment M. le docteur Foiupiicr a pu administrer des do¬ 
ses très-élevées d’un extrait de laitue sans observer d’autres effets qu’une 
augmentation dans la sécrétion des urines, due sans doute au nitrate de 
potasse, dont nous avons signalé la présence. 

On voit donc dans ces faits de nouvelles preuves à ajouter à tant. 
d’autres pour démontrer l’inconvénient, je (Urai même le danger, d’in- 
ti oduire des modifications dans la préparation des produits pharmaceu¬ 
tiques dont l’expérience a constaté les propriétés ; c’est la thridace qui 
a fait négliger le lactucarium, et qui a empêché qu’on ne fit de nouvelles 
tentatives pour l’obtenir en grand ; d’abord parce qu’on croyait que cette 
préparation possédait les propriétés du lactucarium, et plus tard parce 
qu’on enveloppait tous ces produits dans une proscription commune. 
Cette proscription n’est pas méritée poiu’ le lactucarium, on vient de le 
voir : ce médicament me paraît destiné à devenir, je ne dirai pas le suc¬ 
cédané, mais bien le rival de l’opium ; son emploi doit êti'e d’autant plus 
utile que son action semble spécifique dans les affections nerveuses, si 
communes de nos jours. On peut de plus y avoir- recom-s alors que l’usage 
de l’opium serait dangereux, et que l’on armait sirrtout à redouter les 
résultats de la congestion cérébrale, que ce médicament entraîne souvent 
après lui. 

Voici le résultat des observations de M. Bertrand fils, relativement 
aux propriétés médicales du lactucarium. 

Le sirop et les pilules de lactucarium ont été admirristrés concurrem¬ 
ment à un certain nombre de malades. L’un et l’autre joubsent de pro¬ 
priétés sédatives marquées, moins puissantes toutefois qtte celles de 
l’opium ; mais ils possèdent sur ce dertrier uit avantage précieux : ja¬ 
mais leur usage, même prolongé et à des doses assez fortes, n’est suivi 
des doidcurs de tête , des bourdonnements, de l’injection de la face, du 



( 366 ) 

sentiment de mal-èti-e général, de l’élévation et de la dureté du pouls , 
(jui succèdent presque inévitablement à l’action un peu soutenue de l’o¬ 
pium ; on n’aperçoit rien enfin de la congestion et de l’excitation céré¬ 
brales déterminées par ce dernier. 

Sous ce rapport donc, et la chose n’est pas sans importance, le lac¬ 
tucarium doit être préféré toutes les fois qu’il faut obtenir un effet 
sédatif général, sans intéresser le cerveau aussi fortement que le fait 
l’opium. Ainsi, des faits acquis par les premières expérimentations, l’on 
est autorisé à conclure que l’on se trouvera bien du sirop et des pilules de 
lactucarium dans un grand nombre de ces affections désignées vaguement 
sous le nom commun de névroses; affections qui peuvent aller porter 
tour à tour sur tous les organes sans y déterminer d’ailleurs aucune lésion 
grave, aussi capricieuses et variées dans leurs formes qu’insaisissables 
dans leur nature. Souvent, an reste, elles se montrent en même temps 
qu’une malailie organique gi-ave, soit qu’il y ait simple coïncidence, soit 
qu’elles dérivent de cette affection cUc-même. Dans ce cas encore le lac¬ 
tucarium se montre utile ; non certes qu’il ait action sur le mal essentiel, 
mais il diminue ou fait dispar aître complètement un mal secondaire sou¬ 
vent très-fatigant. C’est ainsi, par exemple, que dans un cas bien dé¬ 
terminé de phthisie pulmonaire, les pilules de lactucarium à la dose de 
trois par jour,. le matin , à midi et le soir, ont éteint d’une manière 
complète et duralrle, et dès le troisième jour, une toux fréquente, pro¬ 
fonde , convulsive, empêchant tout sommeil, et usant ainsi avec une 
double rapidité les forces du malade. 

Ces deux médicaments indiqués ont paru réussir d’une manière évi¬ 
dente dans quehjucs cas de gastralgie, de névralgie faciale, d’astbmc pu¬ 
rement nerveux, c’est-à-dire sans lésion appréciable de l’appai’eil pul¬ 
monaire ou circulatoire. 

La dose n’a jamais dépassé deux onces pour le sirop et six grains pour 
les pilules. On a jugé inutile de pousser plus loin ces doses, un médica¬ 
ment, de cette nature surtout, ne devant prendi'e un rang sérieux dans 
la thérapeutique qu’à la condition de présenter d’abord, eu égard aux 
grands hôpitaux, certains avantages d’économie, et siu’tout, en ce qui 
concerne la pratique générale, de se montrer actif sans que les malades 
soient fatigués ou dégoûtés parla nécessité de le prcndic sous un trop fort 
volume. H. ArBEUGiER. 

UNE OBSERVATION SUR l’eAU DE L.AURIEH-CERISE. 

L’eau de laurier-cerise, comme je l’ai dit dans ma thèse inaugurale 
(1836), constitue un médicament variable dans sa constitution cliiiui- 



( 367 ) 

(jue, et partant rm mauTais niédicament, tpii devrait peut-être êti’e rayé 
de la matière médicale. Cette variation de constitution tient à plusieurs 
causes : 1“ de ce que tous les phamacologistes ne retirent pas la même 
quantité d’eau à la distillation ; 2° de l’âge et de l’époque de la végé¬ 
tation, et sans dontc aussi de la température de l’année; 3» enfin, de 
l’époque plus ou moins éloignée de sa préparation. 

Les données que je viens de rapporter ont été naguère amplement 
confirmées, dans le Journal de pharmacie, par M. Garot. Ce phar¬ 
macien s’est, en effet, assuré par l’expérience que les feuilles de laurier- 
cerise donnent à la distillation une eau qui est d’autant plus prussique 
que la saison à laquelle on la récolte est plus chaude et plus avancée ; 
ainsi, la proportion d’acide prussique que renferme leiu eau distillée, 
préparée en avril et en juillet, est Lien différente : en avril, elle est 
moitié moindre qu’en juillet. 

Puisqu’il est donc aujourd’hui surahondamment démontré que l’eau 
de laurier-cerise n’a pas et ne peut avoû toujours le même degré d’ac¬ 
tion , ne serait-il pas convenable de remplacer cet hydi’oolat par de 
l’eau distillée d’amandes amères, que l’on pourrait se procurer en tout 
temps dans un état beaucoup plus voisin d’identité? Persuadé que cette 
substitution, que j’ai proposée depuis longtemps, est des plus ration¬ 
nelles, j’ai fait préparer à plusieurs reprises de l’eau d’amandes amères, 
et je me suis assuré par l’analyse que sa composition est toujoui’s très- 
sensiblement la même, contrairement à ce que j’ai constaté pour l’hy- 
droolat de lamâer-cerise. 

L’eau distillée d’amandes amères contient une proportion d’acide 
prussique aussi élevée, pour le moins, que l’eau de laurier-cerise pré¬ 
parée dans les conditions les plus favorables ; aussi constitue-t-elle un 
médicament énergique, dont le médecin doit suiveiller l’emploi avec la 
plus grande attention. Mialue. 


CORRESPONDANCE MÉDICALE. 

OBSERVATIONS DE STAPHYLÔME PELDUCIDE CONIQUE DE LA CORNÉE, RECUEIL¬ 
LIES A LA CLINIQUE OPHTHALMOLOGIQUE DE M. LE PROFESSEUR A. BÉRARD 
PAR M. LUOMMEAU, CHEF DE CLINIQUE, ANCIEN INTERNE DES HOPITAUX. 

J’ai lu, dans les derniers numéros du Bulletin de Thérapeutique, 
la première partie d’un mémoire très-intéressant de M. Sichel, sur le 
staphylômepellucide conique de la cornée, et particulièrement sur 
sa pathogénie et son traitement, etc. Je crois d’autant plus utile d’y 




( 368 ) 

rattacher riiistoire de doux cas de cette affection rare des yeux, qui 
AÛennent de se trouver réunis dans le service d’ophthalmologie de M. le 
professeur A. Bérard, à la Pitié, qu’ils ont présenté plusieurs symptômes 
qui ne se trouvent point comptés parmi ceux des malades de M. Sichel, 
et qu’ibme paraissent échapper à la loi de pathogénie qu’il a adoptée. 
Je vais d’abord rappeler celle-ci en peu dejmots, ainsi que les symptô¬ 
mes donnés par M. Sichel, avant de rapporter mes ohsei'vations ; puis 
je ferai ressortir ce qu’elles ont offert de particulier ; je communiquerai 
au lecteur des objections à la théorie précitée, qui me paraissent basées 
sur la natm-c des faits, enfin je parlerai du traitement qui a paru rench'c 
service à une de nos malades. 

Les symptômes du staphylôme pellucide conique de la cornée, décrits 
par M. Sichel, sont,' en première ligne, la conicité de cette membrane; 
puis viennent l’agrandissement proportionnel de la chambre antériem-e, 
l’éclat luisant de la proéminence, dans un cas (Textor) la fluctuation, la 
myopie plus ou moins prononcée, mais constante ; enfin un dernier symp¬ 
tôme très-important et qui ne manque jamais, la présence d’une légère 
opacité qui se trouve au sommet, ou près du sommet du cône pa¬ 
thologique. C’est sur cette taie ou cicati-ice superficielle blanc-bleuâtre 
ou blanchâtre, plus ou moins foncée, s’effaçant peu à peu à la circon¬ 
férence, et dont l’étendue est vai-iable, que M. Sichel base sa théorie, 
n pense que la cornée, amincie dans ce point, se distend sous l’influence 
de la projection des humeurs de l’œiliproduitc par le jeu des muscles, et 
finit par former une protubérance. 

Le lecteur est maintenant mieux en mesure de suivi’e les analogies et 
les différences qu’ont présentées nos malades, dont voici les observations : 

Obt. I. Le 22 septembre 18t2, on fait passer du service de'M. Serres, où 
elle était depuis quinze jours, au n» 10 de notre salle de maladies d’yeux, 
une femme nommée Annette Stourm, âgée de vingt-huit ans, cuisinière de¬ 
puis onze ans qu’elle esta Paris (elle est de Thionville). Sa constitution est 
robuste, son tempérament lymphatique sanguin. Elle est bien réglée depuis 
l’âge de quatorze ans, et mère d’un enfant de dix ans. Sa santé n’est pas 
mauvaise; cependant elle est fort sujette à des maux de tête, qui sont plus 
violents du côté droit, qui reviennent ou augmentent sous l’influence des 
contrariétés, et quelquefois s’accompagnent de lièvre : dans ce cas elle est 
fort malade pendant quelques jours. Ses parents n’ont jamais en de maux 
d’yeux, elle-même n’en est atteinte que depuis huit mois. A cette époque 
elle eut de la rougeur à l’œil en même temps qu’une fluxion et des douleurs 
de dents. On lui arracha l’incisive latérale et la première petite molaire supé¬ 
rieures droites; depuis, son œil a toujours pleuré, et la vue s’est affaiblie. 
Elle ajoute (jne vers l’époque de ses règles elle souffre de l’onl, qu’il devient 
rouge, mais qu’immédiatement après cette époque, la vision lui semble plus 
parfaite. Du reste, cette femme est fort peu intelligente et rend très-mal 
compte de scs antécédents. 



( 369 ) 

Maintenant 9 y a une légère dysharmonie clans la direction des doux 
yeux; l’œil droit est un peu porté en haut et en dehors, les mouvements en 
sont faciles; les paupières et les conjonctives oculaires sont parfaitement 
saines : cet œil semble plus brillant que le gauche. La cornée paraît plus 
petite, mais elle est beaucoup plus convexe; elle a la forme d’un cône dont 
le sommet obtus est situé un peu en bas et en dehors du centre de la pupille. 
La base du cône n’embrasse pas toute l’étendue de la cornée, deux ou trois 
millimètres de ses parties interne et supérieure ne paraissent pas participer 
à la déformation. Du reste, la membrane est d’une transparence parfaite, 
quel que soit le mode d’examen auquel on la soumette. La conicité est fort 
marquée à travers la paupiere supérieure quand l’œil est fermé. L’iris, do 
couleur rousse foncée, paraît un peu plus clair qu’à gauchb; il paraît aussi 
plus profond, mais il a conservé sa direction normale; les pupilles sont par¬ 
faitement pareilles dans leur étendue, leurs mouvements et leur coloration. 
La malade est devenue très-myope de ce côté, elle distingue à peine les 
objets éloignés; à deux pieds elle les voit comme à travers un voile; elle 
ne distingue de grandes lettres qu’en les approchant à trois pouces. En re¬ 
gardant au moyen de la partie interne de son œil, elle distingue mieux ; elle 
reconnaît ainsi facilement des pièces de monnaie à trois pieds. Il lui semble 
que son œil est plus gros; plusieurs fois par jour, etplus souvent la nuit, elle 
est prise de douleurs qui ont la forme d’élancements violents et qui ont 
leur siège derrière l’œil et dans la tempe droite. Quand elie fixe quelques 
instants son regard, son œil malade pleure considérablement; quand on 
l’examine, il se remplit d’eau Immédiatement. 

Cette malade fort indocile a voulu s’en aller avant qu’on ait pu 
tenter chez eUe aucune espèce de ti-aitement. Je l’ai revue depuis, son 
état n’avait pas changé : elle a dû suivre le traitement que je lui ai con¬ 
seillé, qui consiste en collyre astringent, Lains généraux, purgatifs 
répétés et diurétiques. 

Obs. IL La nommée Marie Moret est venue d’Aquin (Yonne) à Paris 
dans le commencement d’octobre, pour faire guérir ses yeux; elle a vingt- 
trois ans, ses occupations ont toujours été le travail des champs, elle n’est 
réglée que depuis deux ans, et fort mal; il s’est passé jusqu’à six mois sans 
qu’elle voie rien : sa constitution est forte, son tempérament lymphatique et 
sanguin, ses cheveux sont d’un blond foncé, scs iris bleus. Jamais elle n’a 
été malade que des yeux, sauf cependant des migraines vers dix-sept à 
vingt ans. Ses parents ainsi que deux frères et autant de sœurs n’ont jamais 
eu de maux d’yeux. Ses premières ophtbalmics datent de son enfance; elles 
paraissent avoir été quelquefois accompagnées de photophobie et de larmoie¬ 
ments intenses; d’autres fois il semble qu’elle n’ait eu que des conjonctivites 
catarrhales. L’œil droit a été plus souvent affecté que le gauche, et depuis 
plusieurs années la vision est faible de ce côté-là. Celle du côté gauche s’af¬ 
faiblit aussi graduellement depuis la moisson dernière; mais elle ne peut 
nous dire si l’alfaiblissement est le môme que celui du côté oppose. Dès le 
moi de mai, elle avait aux deux yeux une rougeur qui ne s’est dissipée que. 
<iepuis uu mois, et pour le traitement de laquelle elle n'a employé qu’un col¬ 
lyre de bonne femme de son pays. 

TOVI- WIII- lO’’ i.iv. 



( 370 ) 

Les médecins l’ont engagée à \enii- à Paris. A son arrivée, elle est en¬ 
trée à rHôtel-Dieu, où M. Blandin lui a fait motlre un séton au cou; mais 
elle a été renvoyée de son service au bout de peu de jours, et elle est rentrée 
à la Pitié. En examinant cette malade en face et du pied de son lit, on dé¬ 
couvre d’abord un strabisme divergent de l’œil droit. En regardant cet organe 
de plus près, les paupières paraissent saines, sauf un peu de rougeur à leur 
face muqueuse, au niveau des cartilages. Les conjonctives ne sont point 
injectées. La cornée est beaucoup plus saillante que du côté gauche. Sa 
forme est celle d’une cône, dont la base large embrasse prestiue toute la cir¬ 
conférence de la membrane (sa partie interne participe moins à la déforma¬ 
tion), et dont le sommet assez large et obtus est situé un peu en dehors du 
centre de la pupille ; son aspect est brillant, mais il n’est pas transparent 
dans toute son étendue : en dehors du sommet et hors du champ de la pu¬ 
pille moyennement dilatée on trouve une petite taie opaline, irrégulière et de 
deux millimètres environ de diamètre. Autour d’elle, la cornée parait légè¬ 
rement dépolie. Quand les paupières sont closes, on voit encore la saillie pro¬ 
duite par le staphylôme. L’iris et les milieux de l’œil ne paraissent pas 
altérés; le premier paraît seulement un peu plus profond. La malade n’éprouve 
dans l’œil aucune douleur, non plus que dans la tête. Elle est très-myope 
de ce côté; elle voit bien les corps qui sont situés devant elle à une dizaine 
de pieds, mais elle ne reconnaît que ceux qui sont brillants. A six pieds elle 
voit bien la couleur jaune d’un papier que je lui présente, mais elle ne peut 
distinguer que c’est du papier; elle ne peut reconnaître de grosses lettres du 
cahier de visite, qu’en les approchant à trois pouces environ, et en les éclai¬ 
rant fortement ; elle voit un peu plus facilement en regardant par le côté 
interne. Quand on l’a ainsi exercée quelques instants, le trouble de la vision 
augmente, l’œil pleure, puis elle ne distingue plus rien. Du côté gauche, où 
la vision s’affaiblit aussi en permettant de voir les objets distants moins 
clairement qu’autrefois, la cornée présente plusieurs petites taies dissé¬ 
minées très-superficielles; la courbure paraît aussi exagérée, mais aucune 
partie ne paraît plus particulièrement saillante. 

Ces obseiTations présentent réunis tous les symptômes que nous avons 
résumés en commençant. Ainsi la conicité est fort apparente et facile à 
constater même après l’occlusion des paupières, car elle se traduit par 
une saillie très-marquée de ces voiles mobiles. La cornée est brillante, 
l’irb un peu profond. La myopie est très-considérable, et tout à fait 
en rapport avec la conformation pathologique de la membrane et les 
progrès du mal ; ainsi on l’a vue s’accroître avec le temps, et elle est 
plus marquée en dehors où la convexité est aussi plus considérable, et 
moins prononcée en dedans où la déformation ne s’est pas étendue. 

Cette altération de la vision est due à la convexité de la cornée. Les 
physiologistes n’ignorent pas cela, mais il n’en est pas moins intéressant 
de noter ces cas où on la voit en queltjue sorte naître, et où on peut la 
rallier à sa cause. 

Ce symptôme est presque néeessaire7nent]ié h vm autre, dont cepen¬ 
dant M. Sichel ne fait pas mention, je veux parler du strabisme...-, nos 



( 371-) 

<leux femmes l’ont présenté, mais je dois prévenir qu’on no l’apprécie 
bien qu’en regardant les malades en face et à quelque distance. Il s’ex¬ 
plique naturellement par les changements qui sm'viemient dans la force 
visuelle relative des deux yeux. Il ne me paraît pas non plus difficile de 
dire pourquoi dans ces deux cas le strabisme est divergent ; c’est qu’il 
reste en dedans un point dont les conditions physiques se rapprochent 
de l’état normal, et que l’instinct, prompt et intelligent dans ses actes , 
«[uoique l’intelligence n’y soit pour rien, dirige naturellement ces points 
vers les objets extériem's en meme temps qu’il éloigne ceux qui ren¬ 
draient la rision confuse. 

Avant de quitter ce qui a rapport à la conicité de la cornée, je dois 
ajouter que la situation du sommet du cône en dehors de l’axe antéro¬ 
postérieur de l’œil ne permet pas de supposer que la difformité n’est que 
l’exagération de la courbe naturelle du miroir de l’œil, dont le point 
culminant est situé en dedans de cet axe. 

L’une de nos malades, la première, a présenté encore des parlicula 
rités importantes. Il semblait évidemment chez cUe que la grande cir¬ 
conférence de la cornée du côté malade lut un peu moins large que celle 
du côté sain, comme si elle avait perdu dans ce sens ce qu’elle avait 
gagné en saillie. 

Il y avait un larmoiement presque continuel que le plus léger exercice 
ou un examen même très-rapide de l’œil augmentait considérablement. 
Enfin cette femme accusait un sentiment de plénitude dans l’orbite et 
des douleurs dans le fond de cette partie et dans la tempe du côté 
malade. 

J’ai négligé à dessein, pour y revenir avec plus de détails, la légère 
opacité que M. Sichel a constamment rencontrée chez les malades qui 
sp sont présentés à son observation, et qui est la base de sa théorie ; elle 
manquait chez une de nos malades, et il est impossible qu’elle nous ait 
échappé; nous l’avons cherchée avec soin, avec nos yeux, avec la 
loupe, dans toutes les positions ; jamais nous n’avons pu la découxTir. 

Plusieurs cbconstances me portent à refuser à cette taie l’importance 
(jue M. Sichel lui accorde. D’abord, et ceci est capital, cllepcut manquer, 
et cela prouve déjà qu’elle n’est pas nécessairement liée à l’existence du 
staphylômepellucide de la cornée; ensuite, son absence même ne prouve 
pas qu’il n’y a pas eu ulcération et amincissement consécutif. Qui ne sait 
en effet, et M. Siebel le sait mieux que personne, qu’il s’en faut bien 
que tous les idcèrcs de la cornée soient suivis de taie? bien mieux , il peut 
SC produire entre les lames de la cornée un épanchement intersticiel de 
lymphe plastique, puis une taie, sans qu’il y ait en idcération et amin¬ 
cissement. Ainsi, d’une part, le .staphylôme en question pouvait être le 



(*372 ) 

vésultat mécanique de l’amincissement de la cornée sans qu’il y ail de 
taie, et d’antre part la taie ne permet pas à'affirmer (ju’il y a eu amin¬ 
cissement. 

Il me semble rationnel d’admettre que la cornée, comme bien d’antics 
organes, peut être le siège d’un amincissement intersticiel dont la cause, 
il est vrai, nous échappe ; mais qui n’en existe pas moins, et le fait 
anatomopathologique que M. Sichel emprunte à la thèse de M. Schmidt 
m’en paraît un exemple. En effet, autour de l’amincissement central 
considérable et gi’aduel que présentait la cornée, il y avait une altéra¬ 
tion inverse, c’est-à-dire un épaississement considérable, homogène, 
portant sur les lames moyennes de la cornée, et qui était là comme 
pour témoigner du travail profond qui s’était opéré dans l’œil. La cé¬ 
cité congéniale du sujet de cette observation , mort à cimpiante-neuf 
ans, et qui n’était due ni à des taies légères, ni à la simple conicité, prouve 
encore qu’il y avait là bien autre chose qu’une lésion mécanique. 

En admettant le mécanisme propose par M. Sichel, je compremh-ais 
([u’une ulcération profonde amenât la saillie des lames postérieures, la 
formation d’un cône circonscrit ayant pour base le fond de l’ulcère et 
un peu des parties voisines soulevées, un kératocèle , en un mot ; mais 
il semble difficile d’admetti’e : 1“ que le soulèvement dexuenne général ; 
2“ qu’il soit indifférent que la tache, et pai'tant l’amincissement, soit au 
sommet ou seulement près du sommet du cône ; 3“ qu’une tdcération 
superficielle , et M. Sichel insiste plusieurs fois sur cette condition, 
produise im pareil résultat; 4» enfin, que celui-ci soit si rare, quand les 
conditions physiques de sa production sont si communes. 

En résumé, sans nous prononcer sur la natm’e et la pathogénie des 
deux cas que nous avons obseivés, nous ne les croyons point le résultat 
d’une lésion purement physique et mécanique, et il nous semble que les 
faits que nous avons rapportés, l’anatomie pathologique, l’analogie et le 
raisonnement combattent également la doctrine de M. Sichel. Le traite¬ 
ment qui a été mis en usage paraît aussi concouru- au même but. Espé¬ 
rant faire disparaître la taie que nous avons notée chez notre seconde 
malade, M. Bérard prescrivit l’attoudiement de celle-là axœcun pinceau 
chargé de créosote pure. Voici ce que nous avons oliservé. Cet attouche¬ 
ment est fort douloureux ; la cornée va aussitôt se cacher sous la paupière 
supértem-e; il survient un larmoiement considéralile ; l’œil rougit en 
quelques instants, mais bientôt cette congestion si xive et si subite cesse; 
la douleur disparaît, ainsi que la rougeur, et tout rentre dans l’ordre au 
bout d’un quart d’heure environ. Nous n’oserions pas dire que la taie a 
diminué sensiblement, mais la malade dit que sa vue s’est un peu amé- 
iorée, et il nous semble que déjà la conicité a diminué. — Ce résultat, 



( 373 ) 

tend, comme nous l’avons déjà dit, à nous faire penser que ce n’est pas 
là une affection mécanique. 11 semble que cette vive révidsion modifie 
quelque chose dans la vie de l’organe de la vision. 

Le paragraphe pai' lequel nous finissons est sans contredit le plus im¬ 
portant pour la pratique, et les objections que nous avons cru pouvoir 
adresser à la théorie de M. Sichel ne nous empêchent pas d’être des plus 
impatients de lire la seconde partie de son travail, et d’apprendze cpiels 
moyens lui ont réussi dans le traitement d’une affection en général si 
réfi-actaire à l’action des médicaments (1). Lhommeaü, 

chef de clinique. 

UN MOT SUR l’emploi DES OPIACÉS DANS LE TRAITEMENT DES GASTRALGIES. 

Les considérations intéressantes sm- la gastralgie et sur son traitement, 
publiées par M. Sandras dans le numéro du mois d’août dernier, mé¬ 
ritent, il me scmlile, de fixer l’attention des médecins ; car il est sou¬ 
vent diÛicile d’arriver à une thérapeutique hem’cusc, quand il s’agit 
du ti’aitement des névropathiques. 

Après avoir distingué les différentes especes de gastralgies qui con¬ 
duisent à des indications thérapeutiques toutes spéciales, ce praticien 
recommande la morphine adminisüée après les repas, comme un moyen 
très-précieux dans les cas de véritable névralgie stomacale. 

Je suis d’autant plus heureux de voir cet agent médicamenteux pré¬ 
conisé par un médecin aussi distingué, que depuis plusieurs années 
j’emploie également les opiacés, immédiatement après le repas, dansles 
cas à peu près analogues à ceux cités par cet honorable confi-ère. Derniè¬ 
rement encore, appelé en consultation auprès d’une religieuse de la Pro¬ 
vidence, qui, malgré tous les moyens employés, vomissait depuis plu¬ 
sieurs mois tous les aliments qu’elle prenait, et qui était dans un état 
d’émaciation et de décoloration effi-ayante, je vis le sirop d’opium, pris 
par cuillerées à café immédiatement après le repas, calmer de suite les 
accidents, à tel point qu’au bout de quelques mois cette religieuse avait 
poiu‘ ainsi dire retrouvé son état de santé ha].ntuel. 

Au reste, cette méthode thérapeutique, que j’ai signalée à la page 284 
de mon Mémoire sur le régime alimentaire (2), est employée depuis fort 

(1) Cette partie du mémoire de M. Sichel se trouve précisément dans ce 

numéro. BLM. Bérard et Sichel, qui travaillaient sans se communiquer lem-s 
résultats, les trouveront consignés ici sur des pages voisines. Nos lecteurs 
ne peuvent que profiter de la comparaison des travaux de ces deux habiles 
praticiens. {Noie du rédacteur.) 

(2) De la gastrite et du régime alimentaire (oiiwage couronné); Pa¬ 
ris, chez (jermer-Baillièrc. 



( 374 ) 

longtemps par un des praticiens les plus distingues de notre ville, le 
docteur Thomas Desplantes, dont j’ai tâché de mettre à profit les con¬ 
seils éclairés et bienveillants. Depuis lors j’ai varié cette médication de 
plusieurs manières, et voici la formule h laquelle je me suis arrêté : 


Sirop de fleurs d’oranger. 90 grammes. 

Extrait aqueux théhaïque. 15 centigrammes. 

Extrait d’aconit. 1 décigramme. 


Prendre une cueillerée à café de ce sirop deux fois par jour, immé¬ 
diatement après le repas. 

Sous l’influence de ce sii’op opiacé, j’ai vu quelquefois survenir un 
narcotisme léger qui s’est promptement dissipé, et j’ai le plus souvent 
réussi, gi’âce à lui, à calmer et même à guérir entièrement des gastral¬ 
gies qui avaient résisté pendant longtemps à toute espèce de traitement. 

PAniOLEAU, D. M., 


BIBLIOGRAPHIE. 

Abrégé élémentaire de chimie considérée comme science accessoire 
à l’étude de la médecine, de la pharmacie et de l’histoire natu¬ 
relle. Par J.-L. Dvssaigne, professeur de chimie et de physique à 
l’École royale vétérinaire d’Alfort, etc. 3' édition. 

Au temps de Lavoisier, de glorieuse mémoire, un abrégé élémentaire 
de chimie était une chose facile à mettre à la portée du plus grand nom¬ 
bre des chimistes, tant la science était alors bornée, tant les règles géné¬ 
rales qui la régissaient paraissaient simples et inébranlables dans leurs 
bases. Il n’en est plus de même aujomd’hui; un pareil travail est bien 
autrement difficultueux. Depuis cette mémorable époque, la partie de la 
chimie qui a rapport aux minéraux s’est enrichie d’une foule de faits 
nouveaux, et la partie qui traite des êtres organisés a été créée pom- 
ainsi dire de toute pièce; aussi ne craignons-nous pas d’être démenti en 
avançant ici qu’un ouvi'agc de chimie résumant convenablement en deux 
volumes les principes de cette belle science, est une œuvre véritablement 
méritoire. Tel est celui de M. Lassaigne, cpie nous nous empressons 
pour la troisième fois de signaler à l’attention des chimistes, et surtout 
des commençants, auxquels il c.st plus spécialement destiné. 

L’accueü bienveillant que les deux premières éditions de cet estimable 
livTe ont reçu du public scientifique, nous dispense de nous appesantir' 




( 375 ) 

hur sou niérile al).solu ; nous nous contenterons donc de dire ici que l’au¬ 
teur a fait, pour cette nouTclle édition, les changements et additions 
<|u’exigeait l’état actuel de la science. Le premier volume, comme 
dans les éditions précédentes, traite des notions générales préliminaires 
qui président aux phénomènes chimiques, de la nomenclature, de la 
théorie des écpiivalents et des atomes ; nous devons dire que ces diffé¬ 
rents articles sont tous h la hauteur de la science qu’ils exposent. 

Vient ensuite l’histoire de l’air, de l’eau , placée, contrairement aux 
usages hahituels, avant l’étude des métalloïdes et des métaux, la con¬ 
naissance des propriétés chimiques de ces deux corps composés, dont le 
rôle est si actif et si important, ayant paru indispensable à M. Lassaigne 
pour l’explication d’un grand nombre de phénomènes. La description 
des corps simples et de la plupart de leurs composés est renfermée dans 
le premier volume. Cette importante partie de l’ouvrage, où brillent à 
la fois la précision et la clarté, est véritablement irréprochable. 

Le deuxième volume, outre la description des sels, qui est faite avec 
beaucoup de honhem’, traite de la chhnic organique en général, trop en 
général peut-être. Cette intéressante partie de la science nous a sem¬ 
blé très-sensiblement moins détaillée que la partie qui a rapport aux êtres 
dépourvus de vie, et moins au courant des diverses théories admises ou 
proposées depuis peu. Peut-être est-ce à dessein et par une sage réserve 
(|uc l’auteur a cru devoir' s’abstenir d’en parler plus longuement. 11 
en est très-probablement ainsi. 

Ajoutons, en terminant cette courte analyse, que l’auteur a placé dans 
le corps de l’ouvrage quelques planches gravées sur bois, alors qu’elles 
lui ont paru nécessaii-es à l’intelligence des textes. C’est ainsi par exemple 
qu’on y voit figurer, ajuste titre, l’appareil de Marsh modifié par l’Aca¬ 
démie des sciences. Il est inutile d’ajouter que M. Lassaigne a conservé 
dans la présente édition l’excellent atlas représentant les couleurs des pré¬ 
cipités formés par les réactifs les plus généralement employés par les 
chimistes. L’idée était trop heureuse pour qu’il l’eût abandonnée. Eu 
résiuné, le ti'aité de M. Lassaigne est une œuvre incontestablement 
utile, qui ne peut (pi’accroître la juste réputation scientifnjue dont l’au¬ 
teur jouit depuis longtemps. Mialue. 


Recherches anatomiques, pathologiques et thérapeutiques sur les 
maladies des organes urinaires et génitaux, considérés princi¬ 
palement chez les hommes âgés; ouvrage entièrement fondé sur 
de nouvelles observations; par L.-Aügustb Mercier, docteur de 
la Faculté de médecine de Paris, ancien interne de chirurgie 



( 376 ) 

à l'Hospice de la Hieillesse {hommes), et à VHôtel-Dieu, 

lauréat de l’Ecole pratique et des hôpitaux, etc., etc. 

Depuis un certain nombre d’années, il est peu d’appareils qui soient 
devenus l’objet d’autant de laborieuses recherches que l’appareü génito- 
nrinaû-e ; pour aborder un tel objet après tant d’auteiu-s qui sem¬ 
blaient avoir épuisé la matière, il a fallu que M. Mercier comptât beau¬ 
coup sur sa bonne étoile : eh bien, nous devons le dire tout d’abord, il 
a montré victorieusement qu’il y avait encore à glaner des vérités impor¬ 
tantes dans ce champ, qui, pourtant, paraissait avoir été battu dans tous 
les sens. Dans cette première publication, l’auteim s’occupe à peu près 
exclusivcmeut d’une lésion qui, malheureusement à un certain âge, et 
principalement chez l’hoimne, se monti’e bien fréquente, la rétention 
et rinconünence d’urine. Quand l’un ou l’autre de ces accidents survient 
chez un vieillard, indépendamment de toute complication du côté de la 
moelle épinière, de l’urètre, et suivant la doctrine généralement admise, 
on attribue la rétention comme l’incontinence, et l’incontinence comme 
la rétention, à un affaddissement essentiel survenu par le fait de l’âge 
dans la contractilité de la vessie : c’est cette doctrine, qui lui paraît com¬ 
plètement erronée, que M. IMcrcicr s’attache siu'tout à combattre. Cette 
partie purement critique nous a paru en général bien traitée, et quoique 
nous ne soyons pas complètement convaincu que la débilité sénile ne 
soit pour lien dans la production des accidents dont nous nous occupons, 
nous reconnaissons cependant que dans un certain nombre de cas il faut 
admettre l’inteiTention d’un autre ordre de causes. C’est une chose, en 
effet, fort remarquable, que chez les femmes on observe si rai'ement ces 
accidents; et ce fait, bien saisi, conduit rigoureusement à rechercher une 
étiologie autre que l’étiologie vulgaire. Cette critique de la doctrine de 
raffaibli.ssement sénile est rejetée trop exclusivement, suivant nous. 
L’auteur passe à l’exposé de scs propres conceptions sur la matière ; il 
cherche à établir que dans le cercle des faits, où nous nous restreignons ici 
par la pensée, la cause du mal réside dans l’hypertrophie de la prostate. 
On le voit donc d’abord, dans cette théorie, la presque complète immu¬ 
nité des femmes vis-à-vis du double trouble fonctionnel dont il s’agit en 
ce moment, s’explique parfaitement, les femmes n’ont point de prostate. 
— M. ftlcrcicr invoque bien d’autres raisons physiologiques ou patholo¬ 
giques à l’appui de sa docüine; nous ne pouvons que renvoyer à cette 
savante discussion dans l’ouvrage lui-même : mais, ce qui fournit une base 
bien plus solide à l’ordre d’idées qu’il cherche à faire prévaloir, il cite 
des faits nombreux, où l’on constate sur le cadavre la lésion de nu¬ 
trition subie par la glande prostatujue. Tout en reconnaissant, nous le 



( 377 ) 

répétons, l’exactitude des idées de rancien interne de l’hospice de la 
Vieillesse, dans un lion nombre de cas, nous ne pouvons nous cnipèclicr 
de lid soumctti’c ici une simple réflexion : Est-il bien certain que cette 
lésion, que vous constatez si fréquemment, se trouvât toujom’s à l’origine 
du mal? Quelle part faut-il atti-ibuer dans son développement au fait seid 
de la rétention du liquide urinaire, à la thérapeutique usitée le plus 
ordinairement en pareil cas? Cette question de successihilité morbide se 
pose à propos de bien d’autres lésions que celle dont il s’agit ici : nous 
engageons l’auteur à l’aborder sérieusement ; peut-être cotte nouvelle 
étude le conduirart-elle à présenter sa théorie sous une forme moins 
exclusive. Du reste, nous ne saurions mieux faii'e, en finissant, que de 
reproduire ici les conséquences dans lesquelles l’auteur formule ses idées 
sur le simple mécanisme suivant leipiel la prostate hypertropbiée produit 
les divers accidents de l’excrétion urinaire : « Plus la prostate sera liy- 
perti-ophiée d’une manière égale et régulière dans toutes ses parties, plus 
il y aiu-a disposition à l’incontinence d’urine. Plus, au contraire, l’hyper¬ 
trophie sera partielle ou irrégulière, plus la rétention sera immûiente. 
C’est dans les cas mtermédiau-cs aux deux catégories précédentes, qu’on 
voitle plus souventl’urinesortir par regorgement. » Cette théorie est simple 
et plaît immédiatement à l’esprit, comme tout mécanisme ipii ne tient 
nul compte de la vie. Vraie dans quelques cas, nous le croyons, l’est-ellc 
toujours comme le prétend l’auteur? C’est à l’avenir, qui se charge de 
vérifier toute idée, de répondi-e à cette question ; si, dans l’état actuel 
de la science, quelqu’un se proposait de la résoudre négativement, il 
devrait réfuter tout le livre de M. Mercier, et ce serait un grand travail 
M. Mercier se propose de traiter dans toute son étendue la pathologie de 
l’appareil génito-iuinaire ; nous croyons fermement qu’ime telle entre¬ 
prise n’est point au-dessus de ses forces, et nous n’bésitons pas à l’encou¬ 
rager autant qu’il est en nous, en recommandant son premier volume, 
comme une oeuvre importante par son originalité comme par l’esprit 
pratique, qui lui imprime d’un bout à l’autre son sérieux caractère. 
L’auteur n’a point jusqu’ici touché à la thérapeutique , il ne le fera 
(pi’après avoir épuisé la pathologie des organes génito-urinaires, dans 
ime série de travaux qiri doivent se succéder rapidement. 


BULLETIN DES HOPITAUX. 


lodure de fer dans le didbélès sucré. —Voici une observation qui 
mérite un certain intérêt, car- elle signale les borts effets d’un médicament 



( 378 ) 

nui «'avait pas été encore employé dans la diabètes sucré. 11 s’agitde l’io- 
diire de fer. Un lioininc d’une quarantaine d’années, fort et d’une bonne 
constitution, voit, sans cause connue, scs digestions se troubler; sa 
peau devenir chaude et aride, sa bouche sèche, sa soif continuelle ; il 
urine outre mesure, ses forces se perdent : il a le dialiétcs. Cet état du¬ 
rait depuis trois mois, lorsqu’il consulte un médecin qui reconnaît la ma¬ 
ladie, et le met iininédiatcment à un régime animal exclusif, et à l’usage 
du bon vin. Deux mois entiers ü mange de la viande, il use d’un vin 
généreux ; il n’est pas mieux. Il se décide alors à se faire admettre à 
riIütcl-Dien, oùilcstcouclié salle Sainte-Anne, n” 4, service de M.Ros- 
tan. Il est pâle, amaigri, scs cbaus sont flasques; il rend par vingt-quatre 
heures quinze litres d’urines claires etcitrincs, qui, analysées par M. Bou- 
cbardat, donnent une forte proportion de matière sucrée. Il est mis 
aussitôt par M. Gombette, qui fait le service, au régime suivant : viande 
rôtie demi-kilogr., une bouteille de vin de Bordeaux, bouillon gras sans 
pain.— Fort peu de pain pour manger la viande, — limonade et tisane 
de chicorée pour boissOn. A ce régime, qui avait clé déjà suivi pen¬ 
dant deux mois sans aucun succès et sans aucune espèce d’amélioration, 
on ajoute un gramme d’iodure de fer divisé en quatre pilules à pren¬ 
dre dans les vingt-quatre heures. Trois jours s’étaient à peine écoulés 
«ju’il y avait un mieux notable dans l’état général, et que les urines 
étaient réduites à douze litres par jour. La diuiinution fut tellement ra¬ 
pide, que le dixième jour les mines ne dépassaient guère les boissons 
ingérées que d’un litre, et tpie déjà l’analyse n’indiquait dans ce fluide 
que des traces de sucre. L’amélioration fut a'oLssante à tel point que le 
vingtième jour le malade voulut qidtter l’Hôtel-Dieu ; il était complète¬ 
ment guéri. Déjà, depuis huit jom's, la soif était dissipée, les urines ne 
contenaient plus de sucre, et étaient à peu près à l’état normal poiu la 
<piantité; les forces étaient revenues. Dans la dernière semaine du 
traitement, l’iodure de fer avait été porté à 1 gramme 25 centigr. en 
cinq pilules. Ce malade, vu en ville depuis sa sortie, a été trouvé 
dans un état de santé soutenu. — La rapidité de cette guérison nous a 
frappé. Quelle est la part qu’y a eue l’iodure de fer? Probidtlement une 
assez grande , car le régime animal et tonicpie tout seul n’avait pas pré¬ 
cédemment amené d’amélioration. Ce médicament n’a point encore été 
employé dans cette maladie. C’est à des expériences nouvelles à décider 
de sa valeur. Le résultat que nous faisons connaître doit y encourager, 
car le diabétès est pour l’ordinaire une affection tenace et grave. 


Phlébite mortelle par suite de l'emploi des épingles dans le trai¬ 
tement des varices. -—Depuis plusieurs années déjà, la plupart des 





( 379 ) 

chirurgiens ont abandonné le ti’aitemenl des varices, qui consiste à ob¬ 
tenir l’obUtération de la veine, en l’étreignant au moyeu d’un fil serré 
siu' une épingle, qui est passée sous le vaisseau en traversant un pli de la 
peau sous la veine, est abandonné de la plupart des cbb'iu'giens. On s’est 
convaincu qu’au bout d’un certain temps les vai’ices se reproduisaient par¬ 
les anastomoses, et que par conséquent l’opération n’avait aucun résultat 
définitif. D’un auti-e côté, cette méthode a des dangers, et les cas où elle 
a entraîné la mort par suite de l’inflammation de la veine et de l’infec¬ 
tion purulente ne sont pas si rares. Nous allons rapporter un nouvel 
exemple de cette fâcheuse terminaison. Un vidangeur, âgé de soixante- 
trois ans, portait depuis trois ans des varices aux membres inférieurs, 
à la face interne du pied gauche et au-devant de la malléole. La veine 
saphène était noueuse et gonflée. Les dilatations de cette veine s’éten¬ 
daient jusqu’au quart supérieur de la cuisse du côté di-oit ; du reste, cet 
homme n’avait jamais eu d’ulcères aux jambes. Il avait reçu une contu¬ 
sion , et c’était poiu- cela qu’il était entré à l’Hôtel-Dieu dans les salles 
de M. Roux. C’est dans ces circonstances que, pour le débarrasser de 
varices qui ne le gênaient pas notablement, on lui appliqua d’abord trois 
épingles, une au-dessus du condyle interne du fémur droit, deux au- 
dessous du condyle externe du tibia. Ces trois épingles n’amenant pas 
l’oblitération des veines inférieures, on en mit, dix jours après, trois 
nouvelles sur la saphène, au-dessus de la malléole interne. Huit jours 
après, ü smvient une rougeur érysipélateuse autoiu- des aiguilles , une 
fièvre intense s’allmne ; bientôt il se forme un abcès diffus le long de la 
veine, qu’il faut ouvrir ; un autre abcès se forme dans un auti-e point, 
(pi’il faut ouvi-ii-encore. La suppm-ation est fort abondante, la fièxTC 
continue; le malade perd ses forces. Les symptômes généraux de la 
résorption purulente se déclarent; la diarrhée colliquative survient, et 
le malade meurt le trente-septième jour. — De pareils faits n’ont pas 
besoin de commentaires. 

Les antiphlogistiques peuvent, dans certains cas, retarder la 
suppuration des tubercules. — Dupuytren avait émis l’idée que lors¬ 
qu’il existait extérieurement comme intérieurement des tubercules, et que 
les symptômes indiquaient qu’il se faisait autour d’eux on en eux un 
travail inflammatoire, il fallait par des sangsues ou meme par des sai¬ 
gnées s’opposer avec soin à ce travail ; que c’était le meillem- moyen et 
peut-être le seul de parer aux accidents gi-aves qui suivent les fontes tu¬ 
berculeuses internes, et de prolonger la vie. Nous avons vu à la Pitié, 
salle Saint-Louis, n® 12, service de M. Lisfranc, un enfant de seize ans, 
à tempérament mon et lympalhifpie, qui nous a offert une affection du 
testicule qui rentre dans les idées de Dupuytren. 11 est entré ayant les 




( 380 ) 

deux épididyines ti’ès-ciiflcs, très-douloureux, et présentant les caractères 
des engorgements tuberculeux. On a employé les cataplasmc.s et les 
sangsues, et en huit jours l’inflammation avait dis])aru, du moins en 
apparence ; les épididymes étaient revenus presque à leur volume nor¬ 
mal, et n’étaient plus sensibles ; le malade sortit guéri. Deux mois 
s’étaient écoulés depuis cette époque, lorsque ce jeune homme est 
revenu à l’bôpital avec une inflammation nouvelle des mêmes par-ties. 
Le traitement antiphlogistique a été employé en vain cette fois. Les épi- 
didjTnes ont augmenté progi-essivement de volume, et enfin il s’est formé 
un abcès tuberculeux. 

Fièvre intermittente communiquée par la mère à son enfant. — 
Rien n’est moins contestable aujourd’hui que la ti'ansmission d’une ma¬ 
ladie de la mère au fruit qu’elle porte dans son sein. La syphilis est là 
pour attester cette intime solidarité ; mais il n’existe pas, que nous 
sachions, d’exemple autlientique d’une pareille transmission de fièvre in¬ 
termittente. M. le docteur Brunziow, de Brandebourg, en rapporte un 
cas digne d’être signalé. Une femme de trente-quatre ans fut prise, au 
second mois de sa première grossesse, d’une fièvre intermittente tierce 
qui dura plusieurs semaines; le quinquina en triompha au bout de plu¬ 
sieurs semaines. Mais il siuvint bientôt une récidive sous le type quarte, 
(pii, maigre tous les traitements, persista jusqu’au septième mois ; elle 
parut céder pendant quchjues jours, mais elle revint au huitième, et ce 
n’est (jue dans le courant du neuvième qu’on parvint à en triompher. 
Elle accoucha d’une fille faihle et maigi-e. Quehpies mois après l’accou- 
chement, la mère s’aperçut (jue son enfant, qui était toujoiu’s du reste 
grêle et débile, criait, s’agitait beaucoup, et avait beaucoup de chaleur 
tous les (piatrc jours, pendant la nuit. M. Brunziow obseiwa cette petite 
malade avec attention, et constata (ju’elle était en effet atteinte d’une 
fièvre à type quarte, dont les accès venaient toujours le soir et étaient 
bien caractérisés par les trois stades. Pendant les accès l’enfant gémissait 
beaucoup' et paraissait ardemment désirer le sein. Ces accès duraient 
toute la nuit. Au matin, tous les symptômes fébriles avaient disparu, 
l’enfant allait trè.s-bien pendant deux jours. Comme celte fièx're minait 
les forces, le médecin cnit devoir agir immédiatement. Il fit faire des 
frictions sur le creux de l’estomac et sous les aisselles avec du sulfate de 
quinine incorporé dans de l’axonge, et donna ce médicament en potion à 
la dose de 10 centigrammes par jom. L’enfant avait quatre mois enviren. 
A partii’ de cette médication, il n’y eut plus que trois accès, ipii furent 
même de moins en moins forts. Puis, l’enfant débareasséc de sa maladie 
devint robuste et vigoiirciuse. 



( 381 ) 

RÉPERTOIRE MEDICAL. 


ASCITE. Ilydropisie ascite guérie 
après seize ans de durée et 886 ponc¬ 
tions.Si le faitsuivanl communiqué à 
l’Académie par M. Canu, médecin à 
Yvetot, trouvait des incrédules, nous 
n’aurions d’au ire garantie à leur ot- 
Irir que les paroles suivantes par les¬ 
quelles railleur termine son obser¬ 
vation : « Si mon caractère et ma 
parole ne vous sullisenl pas, dit-il, 
toute la ville d’Yvelot est là pour 
faire foi de ce que j’affirme ici, et 
au besoin l’abdomen de la 11 lie Ma- 
liuet, criblé d’innombrables cicatrices 
qui en ont fait une sorte de cuirasse; 
en sera l’irrécusable témoin.»—C’est 
à cette lilleRose Malmot, domestique 
cbez M. Simon, l'abrieanl de calicot 
à Yvetot, que M.Canu a pratiqué 886 
fois la ponction de l’abdomen dans 
l’espaee de seize ans, et lui a retiré, 
compte approximatif, dix-sepl mille 
trois cent trente litres de sérosité. 
Elle est aujourd’hui complètement 
guérie. 

Cette femme était âgée de trente- 
six ans, lorsqu’elle futatteinte d’une 
entéro-péritonite aiguë qui passa à 
l’état chronique. C’est alors que l’as¬ 
cite survint et que les règles se sup¬ 
primèrent. Vers le commencement, 
elle voulut combattre l’hydronisie par 
le remède do Leroy ; mais il ne lit 
rien, quoique la malade eût eu l’a¬ 
veugle courage d’en consommer jus¬ 
qu’à quinze bouteilles en quinze 
jours. Bientôt la distension abdomi¬ 
nale devint énorme, la suffocation 
imminente; il fallut faire la ponc¬ 
tion, et l’on retira par le troearl 
vingt litres environ d’un liquide ro¬ 
sé, limpide et mousseux. Le palper, 
après cette opération. Ht reconnaître 
d’énormes indurations sur toute la 
surface péritonéale ; une tumeur 
large et de densité squirrheuse sail¬ 
lissait versl’S du côlon. Au bout de 
dix jours, une nouvelle ponction fut 
nécessaireet donna issue à une égale 
quantité de sérosité. Depuis ce mo¬ 
ment et pendant quinze années con¬ 
sécutives, M. Canu a été appelé tous 
les six, huit, dix ou douze jours au 
plus pour évaeuer le liquide abdo¬ 
minal au moyen du trocart. L’opéra- 
lion faite, la malade se reposait une 
heure ou deux, puis elle se levait, 
s’habillait et reprenait ses occupa¬ 


tions domestiques, sans s’allécler au- 
cunemeiil de son état. 11 va sans dire 
que tous les diurétiques, tous les ré¬ 
vulsifs et dérivatifs possibles avaient 
échoué. On en était à la 810' ponc¬ 
tion, lorsque seulement M. Canu eut 
l’idée d’essayer de la conqu'ession. 

Il l’exerça au moyen de feuilles de 
carton épais enveloppées d’une large 
serviette. La malade n’en put sup¬ 
porter l’applicatioii plusde truisjours. 
Ceitendaul tl y eutee résultat, que les 
urines furent plus abondantes et iiue 
répanchemenlmitplusde vingt jours 
à se renouveler. A partir de ce mo¬ 
ment. les urines angmenterenl pro¬ 
gressivement, et l’époque des ponc¬ 
tions s’éloigna; quoique la durée de 
la compression abdominale n’eût pas 
été longue, elle parut contribuer à 
modilier l’action des vaisseaux lym¬ 
phatiques, et à rétablir l’équilibre 
depuis si longtemps détruit. — En 
effet, six mois s’écoulèrent avant que 
M. Canu fût obligé de ponelionner 
encore. Ce fut la dernière fois. 11 y 
a deux ans que cette dernière ponc¬ 
tion a été faite, et Rose Mahuet se 
porte actuellement fort bien. Cette 
îille n’a conservé de sa longue ma¬ 
ladie qu’un certain développement 
de l’abdomen, mais il n’y a plus la 
moindre trace de liquides; on n’y 
trouve que qiiehiiies masses glandu¬ 
leuses et indolentes. ( liullet. de 
VAcad. deméil. octobre 1812.) 

EE.'ül.'OB.ES{Surletraitementdes) 
dans la jeune enfance. La puissance 
vitale est si faible chez les enfants 
du premier âge, qu’ils ne (leuvenl 
lutter longtemps contre les douleurs 
aiguës et les accidents fébriles (|iii 
accompagnent les brûlures. 11 est 
donc du devoir du médecin d’atté¬ 
nuer le mieux et le plus vite possible 
ces douleurs, et d’éviter les causes 
qui peuvent les reproduire. Le meil¬ 
leur moyeu pour cela, c’est de ne 
faire que des pansements rares des 
plaies résultant de brûlures. CÔ sont 
les principes que suit dans ces affec¬ 
tions M. l’ayan ; il les a appliqués 
chez deux jeunes enfants, dont il 
rapporte l’iiistoire. Une petite Iille, 
âgée de cinq mois, présentait, par suite 
d une chute d’eau bouillante, une 
brûlure au second degré qui s’éten- 



( 382 ) 


gauche, sur les trois quarts au 
iiioins (le la surlaco de la jambe et 
du pied du im'me eôt(“, et encore sur 
une certaine (itendue de la jambe 
droite. Le jeune âge de cette petite 
tille, l’étendue de la brûlure qui était 
mise à nu par l’enlèvement de l’épi¬ 
derme, l’agitation extrême du sujet, 
rendaient le pronostic très-grave. 
C’est dans la vue de ne pas renou¬ 
veler le |)ansement, qui était très- 
douloureux et qui avait jusque-là 
eonsisti! dans des tomentations avec 
de l’eau saturnée, que le lendemain 
de l’accident M. Payan recourut à l’ap¬ 
plication du coton en rame. Seule¬ 
ment, comme la première apposition 
de cette substance sèche sur les pa¬ 
pilles dermiques cause une certaine 
irritation, il recouvrit les surfaces 
brûlées d’une couche de liniinent 
oléo-calcaire qu’il composa avec : 
huile d’amandes douces, une partie; 
eau de chaux, huit parties,’mêlez et 
agitez chaque fois.—A))rès avoir en¬ 
levé l’ecume savonneuse (lui vient 
nager à la surface de ce Uniment par 
le mélange des substances, avec les 
barbes d’une plume il en étendit sur 
toutes les parties brûlées, qu’il re¬ 
couvrit ensuite d’une couche épaisse 
de cotou cardé lin. Des compresses et 
(juelques tours de bandes complé¬ 
tèrent le pansement Dès ce moment 
l’enfant cessa de souffrir, le sommeil 
revint, elle téta bien, la lièvre tomba. 
A part dans un seul point, à la mal¬ 
léole droite, où il fallut renouveler 
le coton à cause de la suppuration, 
le reste du pansement resta intact 
Jusqu’au onzième jour, où la cica¬ 
trisation était partout complète. 

Voici encoreune autre observation 
où on a constaté directement que ce 
pansement mixte avec le Uniment 
oléo-calcaire est plus avantageux 
que celui par le coton seul. — Une 
écuelle de bouillon très-chaud est 
renversée sur les pieds d’une petite 
lilleàgée de trois ans et demi; il s’en¬ 
suit une brûlure au second degré. 
—Eau végélo-minérale d’abord qui 
modère l’inflanimation. Au troisième 
jour ies vésicules se sont ouvertes 
et l’épiderme s’est détaché. Pour re¬ 
connaître si réellement l’addition du 
Uniment calmant et dessiccatif était 
de quelque utilité dans le pansement, 
M. Payan couvrit le pied gauche, qui 
était le moins malade, avec du coton 
seul, tandis que le droit fut préala- 
biement enduit du Uniment oléo- 
calcaire. Peu d’instants après le pan- 


semcni, le pieu uroii cessa u être 
douloureux, au lieu que pendant 
toute la journée l’enfant accusa de la 
soiillrance au pied gauche, où était 
le coton seul. La cicatrisation a mar¬ 
ché, du reste, d’une manière égale, 
et au quatorzième jour la cicatrice 
était rcjjulière et parfaite. 

D’apres ces faits, l’addition du Uni¬ 
ment épais désigné sous le nom 
d'oleo-calcaire serait favorable, et 
ajouterait aux propriétés calmantes 
du coton en rame. (Jîev. méd., sep¬ 
tembre 181.2.) ' 

COLIQUE DE PLOMB [Sxir la 
fréquenceactuetledes). Les tableaux 
des malades atteints de coliques sa¬ 
turnines admis dans les hôpitaux de 
Paris, démontrent que, bien qu’on 
aitavancé le contraire, cette affection 
est toujours aussi fréquente de nos 
jours qu’elle l’était antérieurement, 
et que, par conséquent, les moyens 
jirophylactiqucs vantés par diverses 
liersonnes depuis une vingtaine d’an¬ 
nées, ou ne sont pas mis en usage 
comme ils devraient l’être, ou sont 
employés sans grands succès. U ré¬ 
sulté des faits (Je ce genre observés 
en 181-1: 1° qu’il est entré dans huit 
des hôpitaux de Paris 302 sujets af¬ 
fectés de coliques saturnines, répartis 
ainsi qu’il suit : 15 à Beaujon; tîi à 
la Charité; 47 à l’Hôtel-Dieu ; 40 à 
Nocher; 39 à la Pitié; 24 à l’Hôtel- 
Dieu annexe; 5 à Saint-Antoine; 2 à 
Cochin ; 2» que, sur ces 302 malades, 
289 sont sortis guéris, 12 ont succom¬ 
bé (dont 1 mort de phthisie), et 1 a dû 
être dirigé sur Bicetre, en raison de 
son état d’aliénation mentale; 3" que, 
sur ces 302 sujets, 236 étaient des 
ouvriers aiipartenant aux trois fabri- 

3 ues do cénise qui existent dans le 
épartement de la Seine, 66 autres 
exerçaient des professions diverses, 
(peintres en bâtiments, broyeurs de 
couleurs, ouvriers en papiers peints, 
polisseursdecaractèresd’imprimerie, 
imprimeurs, ouvriers fabricant les 
caries dcporcelaine, potiers de terre); 
on comptait eu outre parmi eux un 
ouvrier tanneur, un charcutier, un 
lapidaire, un ouvrier en bronze, un 
peintre en stores, un éraailleur, un 
mécanicien,et un ouvrieren cristaux; 
4<> que, sur les 12 sujets qui ont suc¬ 
combé, 10 élaienlouvrierscérusiers; 
le onzième, mort phthisique, était 
peintre en bâtiments, ainsi (jue le 
douzième. 

On voit par tout cela qu’il est in¬ 
dispensable de se livrer à de nou- 



voilas recherches siu' les moyens pro¬ 
pres à prévenir l’absorplion des éina- 
nalions saturnines et les dangers aux- 
([uels sont exposés les ouvriers qui 
travaillent le plomb ou les prépara¬ 
tions de ce métal. {Ann. d'hygiène, 
1812.) _ 


CORDON OMBILICAI. {Des nœuds 
du). — Les nœuils que présente le 
cordon ombilical peuvent-ils com¬ 
promettre ta vie du fœtus? Cette iii- 
téressanleqnestion d’obstéiriqne a été 
affirmativement résolue par presque 
tous les accoucheurs, depuis le pre¬ 
mier exemple qu’en a cité Louise 
Bourgeoise, en 1605. L’enfant ipd 
présenta cette disposition dn cordon 
vécut cependant. Seuiement, au mo¬ 
ment de la naissance ii ôtait, dit l’ob¬ 
servation, violet. Manriceau vit le 
cordon ombilical noué d’un vérita¬ 
ble nœud sur une petite lille. « Ce 
nœud était étroitement serré; mais 
vraisemblablement, ajoute-t-il, son 
resserrement n’était arrivé que dans 
le moment de la sortie de l’enfant; 
car s’il eût été ainsi serré dans le 
ventre, l’enfant aurait certainement 
péri, à cause que le sang dont il était 
pour lors nourri n’aurait pas pu avoir 
son mouvement libre au travers du 
nœud. » Sept autres enfants, qui 
présentaient à Mauriceau une dispo- 
sitionsemblablc, étaient tous vivants. 

L. G. Baudelociiue, qui a plu.sieurs 
fois rencontré des nœuds soit sim¬ 
ples, soit doubles, et une fois triple, 
n’admet pas qu’ils puissent se serrer 
au point d’intercepter le cours du 
sang et de faire périr le fœtus. Quant 
au mode de formation de ces nœuds, 
il accepte l’explication donnée par 
Bourgeoise, dans les termes suivants : 
« Il fallut, dit-elle, que pendant 
cette grande agitation (colique de la 
mère ) il fit le tour du cerveau, et 
continuaut à remuer, serrait le nœud 
davantage. » 

M. Baudelocque vient de faire con¬ 
naître trois nouveaux exemples de 
ces véritables nœuds du cordon. Une 
fois le nœud était double; chaque fois 
il était assez serré pour que le cor¬ 
don fût partout en contact avec lui- 
mfime. — Dans les trois cas, les en¬ 
fants étaient forts et bien portanls; 

M. Baudelocque ne conçoit pas la 
formation de ces nœuds par le mé¬ 
canisme indiqué çar Bourgeoise, sur¬ 
tout lorsqu’ils siègent, comme il l’a 
observé, à 9 centimètres de l’ombi¬ 
lic; aussi est-il conduit à penser 
qu’une pareille disposition du cor¬ 


don dépend d’une confonnation pre- 

11 est à regretter que cet observa¬ 
teur distingué n’ait pas eu recours à 
l’injection des vaisseaux du cordon, 
non plus qu’à leur dissection, pour 
eclairer onatomiquemciit ce point 
d’embryogénie, sur lequel nous ap¬ 
pelons ï’atlention et les reclierclies de 
nos lecteurs, {iievne médicale, sep¬ 
tembre 1812.) 


ENTORSE. Son traitement par 
l'eau froide. Si le princi|)e de culte 
médication se retrouve dans la iilu- 
Iiart des traités de chirurgie, il est 
vrai do dire que lus indieations tiui 
doivent on déterminer l’emploi et en 
assurer lu succès y sont souvent né¬ 
gligées ou trop légèrement établies, 
pour que ce fait important do théra¬ 
peutique naît pas besoin d’étre 
éclairé par de nouvelles recherches. 
C’est cette insuffisance des préceptes 
généralement acceptés, et les dan¬ 
gers (m’offre à son avis la médica¬ 
tion par les sangsues et les émol¬ 
lients, qui ont conduit M. le docteur 
Poiillain, chirurgien de l’iièpitai mi¬ 
litaire de Lyon, à faire connaître les 
résultats vraiment remarquables de 
sa jiratique particulière. Sur 90 in¬ 
dividus (pi’il a traités par l’immer¬ 
sion de l’articulation malade dans 
l’eau froide, 23 ont été guéris en six 
jours, 22 en onze on douze jours, 10 
en huit jours, 28 du di.xième au 
quinzième jour, i du vingtième an 
vingt-cinquième jour; 3 seulement 
au bout d’un mois. Aucun de cas 
malades n’a été estropié; 7 se sont 
ressentis de leur accident pendant 
plusieurs mois, ce qui ne les a pas 
empêchés de vaquer à leurs affaires 
et de guérir complètement. 

A ce résumé général, on ne peut 
plus favorable à la médication qu’il 
préconise, le docteur Poullain a joint 
quinze observations d’entorses, non- 
seulement du pied, mais encore du 
poignet, du coude et du genou, heu¬ 
reusement traitées par le même 
moyen; seulement, comme il est 
presque impossible de plonger dans 
un bain froid certaines articulations, 
telles que celles du genou et du 
coude pendant tout le temps néces¬ 
saire pour que l’immersion puisse 
être efficace, la glace pilée, et à dé¬ 
faut de celle-ci, les compresses d’eau 
glacée ont pu, dans ces cas, rempla¬ 
cer avec avantage le bain froid. Quel 
que soit d’ailleurs le réfrigérant mis 



( 384 ) 


en usage, il doit l'êlro autant que 
possible (lès le (l(''l)iit de l’entorse; la 
durée de sou ap|)licalion sera de deux 
heures, souvent plus, très-rarement 
moins. L’eau, si c’est elle dont on 
se sert, devra être refroidie à mesure 
(lu’elle s’échauffe. Règle générale, le 
membre ne sera retiré que lorsqu’il 
y aura refroidissement complet. Pour 
cela une immersion de trois heures 
ne sullit pas toujours; il est parfois 
nécessaire de la prolonger indéfini¬ 
ment, comme cela eut lieu pour le 
malade sujet de la 3' obs., qui resta 
toule une nuit le pied dans l’eau 
froide. Il en fut de même du malade 
de la i' obs., qui resta pendant trois 
jours et deux nuits sur son lit, la 
jambe pendante et plongée dans un 
seau (Peau froide (ju’on avait soin 
do renouveler à mesure qu'elle s’é¬ 
chauffait. Le deuxième jour du bain 
les mouvements du pied élant rede¬ 
venus faciles,M. M*'*so croyaitgueri 
et voulut le sortir de l’eau, mais les 
douleurs se réveilleront avec une 
telle intensité qu’il n’eut rien de plus 
pressé que de le replonger dans le 
bain qui les calma instantanément. 
Chez deux autres malades des obs. à 
et 6, l’immersion fut également pro¬ 
longée pendant six heures chez l’un 
et douze heures chez l’autre. 

Ce n’est pas seulement les entor¬ 
ses survenues depuis quelques in¬ 
stants que M. Poullain traite par l’eau 
froide ; il soumet au même moyen 
celles qui existent depuis 3, i, 5, 6, 
et même 12 heures, (juello que soit 
l’intensité de la reaction inllanima- 
tnire locale. On pourrait croire que 
l’emploi déjà fait d’une médication, 
celle dite antiphlogisti((ue, et dont 
les sangsues et les émollients forment 
la base, fût une circonstance propre 
à conlre-indiquer l’intervention de la 
midhode réfrigérante telle (pie la 
comprend le docteur Poullain : il 
n’en est rien; car sur le malade de la 
5' olis. du mémoire que nous analy¬ 
sons, une application de trente sang¬ 
sues suivie de celle de cataplasmes 
émollients avait eu lieu pendant huit 
heures lorsque le pied fut plongédaiis 
l’eau froide, oii il resta quatre heures; 
huit jours plus tard, le malade quit¬ 
tait rhiûpital , il était entiôrementgué- 
ri. Une première immersion pentètre 
insuffisante, et la douleur su renou¬ 
veler dès que le membre est sorti de 
l’eau. Il ne faut pas alors se presser 
d’accuser la méthode d’impiiis-saiice, 
car l’obs. 3” nous démontre (pi’elle 
jieiit léussir complètement par une 


seconde immersion de plus longue 
durée que la première. 

On est averti de la nécessité qu’il 
y a d’y recourir de nouveau par la 
chaleur et la douleur qui se repro¬ 
duisent dans le membre quelques 
instants après qu’il a été retiré du 
bain froid. Un effet constant de ce 
dernier est de déterminer, dans les 
iremiers moments, une douleur tel- 
ement intolérable, que c’est avec 
beaucoup de peine qu’on parvient à 
décider les malades à ne pas y re¬ 
noncer. Cette douleur a une durée 
variable, mais elle ne se prolonge 
guère en général au delà de la pre¬ 
mière heure. C’est là une circon¬ 
stance qu’il importe de ne pas (lerdre 
de vue; car le chirurgien (jui n’en se¬ 
rait pas instruit pourrait à tort se 
laisser vaincre par les sollicitations 
(lu malade, auquel l’immersion de¬ 
viendrait ainsi on ne peut plus nui¬ 
sible. Aussitôt que le pied est retiré 
de l’eau dans la condition voulue, 
c'est-à-dire sans douleur et sans 
gonflement, il faut entourer le mem¬ 
bre d’un bandage roulé prralalile- 
mciit trempé dans une solution d’ex¬ 
trait de Saturne, et avoir soin de l’ar¬ 
roser souvent; il est rare qu’au bout 
de vingt-quatre heures il ne soit pas 
relâché, cuqui indique la diminution 
du gonflement; onleréaiipliquealors 
jusqu’à ce que celui-ci ait complète¬ 
ment disparu, ce qui a lieu le plus 
souventilu Iroisième au sixième jour. 
{Journal de la Soc. de méd. de Lyon, 
septembre I8i2.) 


FIÈVRE typhoïde [Des carac- 
téres pathognomoniques de la). On 
ne s’entend pas parfaitement sur les 
caractères qui établissent positive¬ 
ment la lièvre typhoïde, ou plutôt 
l’état typhoïde. On a bien donné quel¬ 
ques signes, tels que les taches rosées 
lenticulaires, les sudamina, ladiar- 
rliéi^ la douleur do la fosse iliaque 
droite, le météorisme, les hémorrha¬ 
gies nasales; mais ces symptômes 
peuvent manquer ou ne se montrer 
(lue plus avant dans la maladie, tan¬ 
dis qu’il est important au praticien 
de bien apprécier, vers son origine, 
la nature de l’affection, pour l’arrêter 
dans son développement et la guérir. 
Un médecin, (jui a apporté large¬ 
ment son contingent d’efforts dans 
l’étude contemporaine de la fièvre 
dite typhoïde, M. Delarroque, croit 
pouvoir établir, d’après ses nom¬ 
breuses observations clinitiues, qu’il 
y a quatre phénomènes qui se mon- 




( 385 ) 


ireiil de prime abord et qui luetlenl 
Iiors de doute la nature typhoïde de 
la lièvi-e. Ce sont : l» la stupeur, qui 
présente des nuances et des formes 
variées selon les causes, les indivi¬ 
dualités et l’intensité de ta niaiadic; 
2» la dilatation des pupilles, dont la 
durée est également variable ; 3“ la 
pulvérulence ou l'enduit brunâtre 
de l’intérieur des narines; 4» enün le 
gargomllement iléo-rœcal à la pres¬ 
sion , qu’on voit dans tous les cas. 
Ces caractères se trouvent constam¬ 
ment groupes dès le premier ou le 
deuxième jour de la dégénérescence 
morbide ; ils ne font pas défaut lors 
môme que les autres phénomènes de 
la maladie manquent. Ces symp¬ 
tômes complémentaires peuvent ve¬ 
nir ou ne pas venir s’ajouter à ceux- 
ci V on peut être toujours sûr que 
l’affection fébrile qu’on a à traiter a 
le caractère typhoïde. Mais, si les 
(|ualre éléments manquent, malgré 
l’exislencedes autres symptômes, on 
peut [établir qu’on n’a affaire qu’à un 
simple embarras sabiirral avec lièvre, 
dont un éméto-catharlique peut faire 
prompte et sévère justice. C’opinioii 
d’un praticienaiissi expérimenté que 
M. Delarroque devait être signalée à 
nos lecteurs. {Bullet. de l’Avad. de 
médec., octobre 1842.J 

FRACTURE DE LA CLAVICULE 

traitée par un nouvel appareil. — 
Cet appareil, pour l’invention duquel 
deux de nos confrères, M. Favre, do 
Montpellier, et M. Guillon, de Pa¬ 
ris, se disputent la priorité en ce 
moment, repose sur trois indications 
fondamentales qu’il importe de rem¬ 
plir exactement si un veut obtenir 
une consolidation régulière. 

Ces indications. Lien comprises 
d’ailleurs par la plupart des ciiirur- 
giens qui ont traité cette question, 
consistent à s’opposer au déplace¬ 
ment du fragment externe, soit en 
bas, soit en avant, ou liien encore en 
dedans.—L'appareil dont il s’agit se 
propose d’atteindre ce triple résultat 
par l’emploi méthodique de trois 
serviettes et de deux coussins qui 
luaintiennent exactement les frag¬ 
ments en contact, môme tors d’une 
fracture ohliquede la partie moyenne 
de la clavicule. 

La première serviette placée en 
écharpe sous le coude, et dont les 
doux cliefs se croisant sous l’aisselle 
viennent se lixer sur l'épaule .saine, 
sert à soulever le bras autant que 
cela est nécessaire pour que les frag- 
TO.ME XXIII. lO" LIV. 


ments se trouvent i la môme liau- 
teur. — La deuxième serviette ou 
bandage de corps transforme l’hu¬ 
mérus en levier du premier genre, 
avec le secours bien entendu du 
coussin axillaire, qui n’est autre que 
celui de Desault, et .«e fixe do môme 
sur l’éiiaule du côté sain au moyen 
de larges rubans : il est placé entre 
le bras et les chefs de la première 
serviette. — La troisième serviette, 
pliée en cravate, a pour objet d’atti¬ 
rer en arrière le moignon de l’é¬ 
paule du côté malade. Après avoir • 
fait passer l’un des chefs au-devant 
de l’épaule saine, sur laquelle il 
prend son point d’appui, et avoir fait 
passer l’autre chefau-devant de l’ex¬ 
trémité supérieure du bras du côté 
opposé, on ramène ces chefs eu les 
croisant sur le coussin placé entre 
les deux épaules, et on les y assu¬ 
jettit fortement au moyen de grosses 
épingles. Le coussin dorsal, formé 
de linge, doit être plus épais à son 
centre qu’à ses quatre bords, et a- 
voir environ 15 centimètres de lar¬ 
geur et G ou 7 d’épaisseur. Afin qu’il 
ne remonte pas, on le lixe au ban¬ 
dage de corps par le bord inférieur 
au moyen d’un morceau de toile 
cousu à cet effet. 11 est destiné à 
supporter le poids du malade lors¬ 
qu’il est couché, et à favoriser l’ac¬ 
tion de la troisième serviette qui em¬ 
pêche le fragment externe de se por- 

D’après cette description,que nous 
empruntons à M. Guillon lui-môme, 
il est aisé de voir que le bandage de 
Desault constitue pour sa part les 
deux tiers au moins de cet appareil, 
qui n’offre d’avantage sur lui qu’une 
|)lus grande simplicité dans les 
moyens, mérite réel que nous aimons 
à reconnaître. — Quant au coussin 
dorsal, il remplit une indication im¬ 
portante qu’Uippocrate, le premier, 
avait entrevue lorsqu’il faisait cou¬ 
cher le malade sur un corps saillant, 
de telle sorte que le dos .seul portait 
et non les épaules, qui étaient ainsi 
entraînées par lenr poids en dehors 
et en arrière. — C’est encore d’après 
le môme principe que, plus tard, 
Brunninghansen et Eversbfer rem¬ 
placèrent le 8 de chiffre de Guy de 
Chanliac et de J. L. Petit par un 
coussin carré aux angles duquel se 
fixent des courroies rembourrées 
qui font le tour des épaules et les 
entralueul en arrière. — Ainsi l’ap¬ 
pareil proposé par MM. Favre et 
. Guillon se retrouve pièce par pièce, 

aa 



( 386 ) 


pmir ainsi dire, dans les ailleurs an¬ 
ciens. — Ces honorables confrères 
ont néanmoins le niérile d’avoir plus 
sûremeni, el d’une manière plus ef¬ 
ficace, combiné la puissance dont l’é¬ 
quilibre; surveillé et maintenu avec 
soin, devra donner pour la fracture 
de la clavicule des resullats plus sa¬ 
tisfaisants et qu’ils ont eux-mèmes 
déjà obtenus sur plusieurs malades. 

Ajoutons en terminant que, pour 
s’opposer à Tœdème du membre, un 
bandage roulé est appliqué sur toute 
son étendue, depuis l’extrémité des 
doigts jusqu’à l’étaule. {Journ. des 
Conn. méU.-chir., octobre 1812.) 


HALLUCINATIONS {De] l’emploi 
de l'exirail de datura strammo- 
nium dans les). M. Moreau de Tours, 
médecin de Bicètre, s’élève contre 
la méthode de traitement qui exclut 
les moyens phpiijiies dans la majo- 
rilédescas daliénation mentale, pour 
assigner aux moyens moraux une sii- 
Iiériorilé marquée. Ils’applaudit beau¬ 
coup par exemple de l’emploi de l’ex¬ 
trait dedaluraslrammoiiium dans les 
hallucinations, qu’il divise en primiti¬ 
ves et consécutives. Cette distinction 
est d’une grande imporlanceen tbéra- 
peulique, car, lorsque les ballucina- 
tions sont primitives, c’est-à-dire 

3 uand, ayanlprécédétoutaiitrcdésor- 
re mental, elles forment comme la 
première phase du délire, il est rare 
que la médication par le datura n’en 
fasse pas prompte et irrévocable jus¬ 
tice ; au lieu que les hallucinations 
consécutives, celles qui apparaissent 
dans le cours de la maladie, cèdent 
dilBcilement et menacent souvent de 
reparaître. Huit malades font l’objet 
de la note publiée par M. Billod sur 
■ le résultat du traitement par le stram- 
monium; chez cinq l’afieclion men¬ 
tale ne remontait pas à une époque 
très-cioignée; c’étaient des casjiigus. 
Tous les cinq ont été guéris par le 
strammonium : trois dans la'premiôre 
quinzaine, un au bout d’un mois, 
l’autre dans deux mois. Chez les trois 
autres malades. l’alTeclion était essen¬ 
tiellement chronique; un seul a été 
guéri radicalement. Les deux autres 
ont éprouvé des modifications avan¬ 
tageuses par l’action énergique du 
ynedicament, mais il n’y a pas eu de 
guérison stable. Kous citerons une 
observation pour bien faire compren¬ 
dre le mode d’adminislraiion du re¬ 
mède el ses effets. 

Un tailleur, âgé decinquan te-quaire 
açs, manquant souvent .d’ouvrage. 


mal loge, mal nourri, elait dans Tin 
élal de mélancolie biibiliiolle qui s’est 
bienlôt exaltée jusqu’à la monoma- 
iiie. Il s’est persuadé que tout le 
monde s’entendait pour le rendre 
malheureux. 11 voit des ennemis dé¬ 
guisés dans tous ceux qui l’appro¬ 
chent. Il entend des voix qui l’in¬ 
sultent, le menacent, le traitent de 
voleur, de faussaire, de pédéraste. 
Il s’imagine, un soir, (|iie des assas¬ 
sins cherchent à briser sa porte pour 
pénétrer dans sa chambre : dans sa 
frayeur, C. s’élance par la croisée et 
se fracture la cuisse. 11 est conduit 
à l’hépital de la Pitié, dans un élat 
d’exaltation extrême. La fracture 
étant guérie, mais les désordres des 
faciillcs persistant, il fut envoyé à 
Bicètre le i octobre 1811. — Il est 
calme; tonte sa |iliysiononiie est, 
empreinte d’une tristesse profonde. 
Quand il parle, un mouvement con¬ 
vulsif, rapide, saccadé, agile la lèvre 
supérieure. Il est tonjoiirs en proie 
aux idées fixes et aux hallucinations 
qui ont été cause de l’accident dont 
nous avons de parlé. 

Après treize jours de Iraiteiiienl 
p-ar le datura (à dose successivement 
croissante de 2 jusqu’à 30 cenligr., 
dans un jiilep administré par cuil¬ 
lerées), les hallucinations disparais¬ 
sent, mais les idées fixe, restent à 
peu près les mêmes. Ses ennemis, 
assure le malade, no se taisent que 
lioiir mieux le troiiqier, pour l’empè- 
cher d’èlre sur ses gardes.—Suppres¬ 
sion du datura.—Un travail assidu 
et varié semble, après peu de jours, 
dissiper ce qui reste d’idées faus.ses, 
de craintes imaginaires. Sur ses in¬ 
stances réitérées, M. Moreau accorde 
an malade sa sortie le 9 décembre 
1811. 

Le 7 janvier 1812, C. rentre à Bi- 
cèlre. On n’a pas de renseignements 
sur les causes qui ont déterminé la 
rechute. Le malade lui-même ii’a pu 
rien apprendre h cet égard. Serait- 
ce que la guérison n’était pas snfli- 
samment consolidée lorsque le ma¬ 
lade a quitté l’hospice? La suscepti¬ 
bilité do l’organisme, ramené depuis 
si peu de temps encore à l’état nor¬ 
mal , devait-elle fléchir facilement 
sous l’action des causes qui avaient 
provoqué les premiers désordres? — 
Cette fois, les hallucinations les plus 
bizarres assiègent le mabade. « Il était 
mort il y a peu de jours; encore en 
ce moment il n’est pas bien sflr d’être 
du nombredes vivants. Rien n’aman- 
. que a ses funérailles. Il a été mis 



Omis un cercueil, rcconverl O’iin drop 
noir. Un corbillard a transporté son 
corps an cimetière, oiiil a été enterré. 
—mais vous voilà au milieu de nous, 
vous Otes donc ressuscité?— Oui, cl 
c’est grâce à deux lapins blancs que 
j'ai pu sortir de dessous terre. .Te les 
ai vus à l'ouvrage; en peu de temps 
ils ont pu, à eux deux, faire un trou 
assez, grand pour que je pusse passer. 
Une fois sorti, j’ai marché longtemps, 
et je suis allé jusqu’au faubourg du 
paradis, etc... » Dos êtres invisibles 
lui adressent la parole, l’injurient, 
lemenacent. Pendant quelquesjours, 
M. Moreau se contente de prescrire 
des bains, 'et essaye de ramener le 
malade par la voie du raisonnement. 
Vains elforts! Le maiade, qui, du 
reste, est fort doux, sans prévention 
contre lui, ne le comprend pas. Il 
répond par des histoires de l’autre 
monde, et oppose aux raisonnements 
le témoignage de ses yeux, de ses 
oreilles, le sentiment intime de tout 
ce qu’il éprouve. Il Unit souvent en 
disant : « Vous me couperiez par 
morceaux que vous ne me dissua¬ 
deriez pas. »—Ix 7 janvier, 15 centi- 
gramniesde datera. Légère dilatation 
das pupilles. Etal moral le môme. Le 
15,20centigrammes.Mêmeélat.Lel8, 
30 centigrammes de strammonium. 
Même étal. Le 22, 35 centigrammes 
du médicament. Même étal. Com¬ 
mencement de narcotisme. Etourdis¬ 
sements, pupilles trôs-dilalées, froid 
aux extrémités, hésitation en parlant. 
Los hallucinations ont été plus nom¬ 
breuses quejamais. Il faut leur attri¬ 
buer sans doute la terreur profonde 
empreinte dans la physionomie du 

Le 21 janvier, 10 centigrammes de 
dalura. Mêmes symptômes d’intoxi¬ 
cation que la première fois. Le ma¬ 
lade n’a plus rien entendu. Il est 
fortement ébranlé dans ses convic¬ 
tions. Il l'eut bien croire ceux qui 
combattent ses idées extravagantes. 
— Suppression du dalura. — Le 25, 
le malade affirme qu’il n’a plus de 
visions. Il qualifie d’absurde lout ce 
qu’il a raconté, et met tout sur le 
compte de la maladie. Il est guéri. 
M. Moreau a vu ce malade au mois 
d’août 1812; son état est toujours 
très-satisfaisant.. 

M. Moreau ne s’est point laissé 
effrayer dans ce cas par les légers 
symptômes d’intoxication ; il a per¬ 
sisté dans l’emploi du strammonium. 
Chez d’autres malades il l’a sus¬ 
pendu pendant quelques jours pour 


le reprendre ensuite, et il a comballu 
le narcotisme par une lasso de café 
noir, malin et soir. (Gas. des hûp., 
octobre 1812.) 

HÉMORRHAGIE à la suite de la 
taille ( Du traitement de l' ). Des 
accidents qui compliquent trop sou¬ 
vent l’opération de la taille sous-pu¬ 
bienne, Tun des plus formidables est 
sansconlredit l’hcmorrhagie. Tous les 
chirurgiens s’en .sont gravement pré¬ 
occupés, et plusieurs moyens d’y re¬ 
médier ont été successivement mis 
en usage. Frappé de l’insuffisance de 
ces moyens dans un assezgrand nom¬ 
bre de circonstances, M. le profes- 
senr Bégin, dont tout le monde ap¬ 
précie le talent consciencieux, vient 
d’exposer, dans un mémoire fort re¬ 
marquable , le procédé qu’il a pu 
avantageusemcnl substituer aux a- 
gents hémostatiques généralement 
acceptés. — Il semblerait, dit l’au¬ 
teur de ce travail, qu’il soit très-fa¬ 
cile, an moins dans la plupart des 
cas, de reconnaître le siège et la 
source des hémorrhagies qui peuvent 
se manifester après l’opération de la 
taille. — Le liquide provient-il de la 
branche périnéale de l’artère hon¬ 
teuse, il s’échappera, dit-on, de l'an¬ 
gle supérieur de la plaie; la branche 
transverse le versera profondément 
à travers la lèvre externe, à la hau¬ 
teur du bulbe. Les branches des hé- 
morrho'idales inférieures détermine¬ 
ront l’écoulement dans l’angle rectal 
de la division. Enlin, le tronc de l’ar¬ 
tère honteuse versera le sang par la 
lèvre externe très-profondément et 
en arrière. Maisces applications pré¬ 
conçues des données de l’anatomie 
s’évanouissent presque toujours au 
lit des malades. C’est qu’indépeiidam- 
ment des artères principales du péri¬ 
née, de celles dont la situation et le 
trajet sont parfaitement décrits, il 
existe dans la profondeur de la ré¬ 
gion des causes accidentelles et va¬ 
riables d’hémorrhagie, et notamment 
une vascularisation insolite liée à un 
excès de mouvement nutritif locale¬ 
ment entretenu par la douleur' et la 
sensibilité morbide de la région pros¬ 
tatique. Cette disposition vasculaire, 
si justement appréciée par M. Bégin 
pour le cas dont il s’agit, se retrouve 
constamment dans les ti.ssus an mi¬ 
lieu dcsi]uels le fait pathologique a 
pris naissance pour y croître et s’y 
développer indéfiniment. L’utérus 
affecté de polypes ou de cancer, le 
rectum atteint de maladies sembla- 



( 388 ) 


hles, lai mameUe envahie |>ar une tu¬ 
meur ancienne et volumineuse, tous 
les oreanes offrent ce développement 
vasculaire anormal que le chirurgien 
doit connaître, s’il ne veut pas être 
pris au dépourvu dans les opérations 
que réclament ces divers états pa¬ 
thologiques. 

Les moyens conseillés jiistiu’ici 
(.outre l’héniorrhagie dans la taille 
périnéale sont : 

t» La ligature et la torsion : applica¬ 
bles seulement dans les hémorrhagies 
dont lesiégecstaccessihleaux instru¬ 
ments , elles no peuvent être mises 
en iistige lorsque le mouvement in- 
tlammaloire a commence dans la 
plaie ; c’est le cas alors de recourir, 
comme, le faisait Dupuytren, à la 
cautérisation pratiquée à travers une 
canule avec un cautère en roseau ; 
encore faut-il que le point d’où le 
sang s’échappe soit visible. Ce pro¬ 
cédé serait manifestement préférable 
au petit bourdonnet imbibé de chlo¬ 
rure d’antimoine introduit par Fou¬ 
teau, pour un cas analogue, jusqu’au 
fond de la plaie. Mais la cautérisa¬ 
tion, ainsi que le fait remartiucr M. 
Bégin, ne peut être appliquée, 
comme la torsion et la ligature, qtie 
contre les hémorrhagies dont la 
source est apparente; aussi éehoue- 
t-elle souvent, et ne sert-elle qu’à 
ajouter aux causes d’irritation et de 
phlogose que renferme déjà la plaie. 

2» Quant à la compression, qui 
peut s’exercer soit avec la canule de 
Deschamps, modiliéc par J. L. Petit 
et plus tard par Dupuytren, s’il est 
vrai qu’elle compte des succès, com¬ 
bien de fois aussi n’a-t-elle pas dit 
être abandonnée ! Souvent les mala¬ 
des, irrités, tourmentés parla dis¬ 
tension douloureuse do la plaie, ont 
été saisis de spasmes vésicaux, puis 
entraînés irrésistiblement à des ef¬ 
forts d’expulsion qui ont pour résul¬ 
tat do rejeter avec violence le tam¬ 
pon et la canule nu milieu des Ilots 
de sang et d’urine accumulés dans 
la vessie. Ce fut cotte expulsion 
forcée de la canule à chemise, 
qu’il avait ompioyée contre une 
hémorrhagie abondante à la suite 
d’une taille bilatéralisée, ([ui condui¬ 
sit M. Bégin à faire usage des irri¬ 
gations continues d’eau froide. ((Dans 
mon embarras, dit ce chirurgien, je 
n’imaginai rien de mieux que de faite 
coucher le malade sur le côté, les 
jambes et les cuisses fléchies et rame¬ 
nées vers le ventre, le derrière sail¬ 
lant au iMird du lit, garni d'une toile 


cirée. Un hatiuel d’eau fraîche fut 
apporté, et plusieurs élèves se re- 
lay;èrent pour exécuter la manœuvre 
suivante : doux d’entre eux s’armè¬ 
rent chacun d’une seringue à lave¬ 
ment ([u’ils déchargeaient alternati¬ 
vement, et par un jet modéré, sur le 
périnée du malade, dont la fesse su¬ 
périeure était maintenue relevée par 
un troisième aide. L’irrigation se 
faisait ainsi sans relâche. Au bout 
d’une heure, l’hémorrhagie était ar¬ 
rêtée, ce (|ui n’empêcha pas de con¬ 
tinuer l’irrigatiou pendant cim] heu¬ 
res encore.»—Plus tard, M. Bégin 
perfectionna le procédé d’irrigalion 
à l’occasion d’un soldat taillé au Val- 
de-Gràee, et pour lequel il einiiloya 
avec succès un appareil à double cou¬ 
rant. L’irrigation fut, comuie dans 
le cas précédent, continuée jiendant 
cinq heures; le jet d’eau étant dirigé 
sur le périnée et dans l’intérieur de 
la plaie. Ce procédé hémostatique 
simple, qui peut être mis en usage 
partout, si le chirurgien ajoute à son 
appareil instrumental un tube en tis¬ 
su de caoutchouc suffisamment long 
et garni d’une canule en gomme 
élastique, ne fut pas moins cDicace 
sur un troisième malade que dans 
les deux premiers cas. Outre son ac¬ 
tion hémostatique, l’irrigation a l’a¬ 
vantage d’agir en calmant l’irritation 
locale, en prévenant la réaction in¬ 
flammatoire, et par conséquent en 
diminuant, au lieu de les accroître, 
les chances d’accident et de mort à 
la suite de l’opération de la taille. 
Pour notre part, nous acceptons sans 
réserve ce procédé nouveau, ron¬ 
flant dans tes lumières et la probité 
chirurgicale bien connue de l’auteur. 

( Annales de Chirurgie, octobre 
1812.) 


LUXATION DU COUDE en arriére, 
jyouveau mode de réduction. Ce 
genre de luxation est sans contredit 
un des plus graves qu’on puisse ob¬ 
server, tant à cause des désordres ar¬ 
ticulaires qui l’aecomçagnent, qu’en 
raison des accidents inflammatoires 
qu’ii peut déterminer et des diflictil- 
tés de la réduction.—Aussi doit-on 
savoir gré à M. le docteur Duparc- 
(pie d’avoir fait connaître le procédé 
sinqile et très-rationnel qui lui a si 
bien réussi pour la première fois en 
1813. Ce procédé, pour être bien 
compris, exige que nous entrions, 
avec Fauteur, dans quelques détails 
anatomi(|ues. 

Dans cette luxation , l’extrémité 



( 389 ) 


culiilale de l'iiuménis se place au- 
devant des us de l’avant-bras, au- 
dessons de l’apopliyse coronoïde dont 
le sommet s’enfonce alors dans la 
cavilé olécrSiiienno, et du rebord de 
la cavité articulaire du radius piacce 
derrière le condjle externe do l’hu¬ 
mérus. 11 résulte de cette situation 
relative des extrémités articulaires, 
un véritable arc-lioutement des os 
entre eux, qui est énergiquement 
maintenu par les muscles biceps et 
brachial antérieur. Cet arc-boute¬ 
ment doit augmenter en raison des 
efforts de.'réduction dans les trac¬ 
tions parallèles aux os que l’on fait 
pour le procédé ordinaire. Dans ce¬ 
lui employé par M. Duparcque, le 
chirurgien a jirincipalement en vue 
de détinire respè.ce do croisement 
qui a lieu entre les os, en dirigeant 
les efforts extensifs et contre-exten¬ 
sifs dans la direction la plus favora¬ 
ble à ce résultat, qu’il faut nécessai¬ 
rement obtenir avant de songer à la 
coaptation. 

Quatre personnes [leuvent suffire 
pour opérer la réduction : une pour 
la contre-extension fixe le corps et la 
partie sufah'ieure de l’inimérus; une 
autre saisit fortement la mainetl’ex- 
tréraité inférieure de l’avant-bras, de 
manière à le maintenir solidement. 
Le chirurgien embrasse la partie su¬ 
périeure (le l’avant-bras, le plus près 
possible de la luxation, dans l’anse 
d’une longue serviette pliée en cra¬ 
vate, dont il confie les chefs réunis 
à un troisième aide qui devra tirer 
fortement et graduellement sur ce 
lien. L’avant-bras, dans le premier 
temps de l’opération, représente ainsi 
un levier (lu troisième genre, le 
point d’appui étant à son extrémité 
car[)iennc, la résistance à son extré¬ 
mité humérale, et la puissance sur le 
corps même de l’avant-bras très-près 
de la résistance; circonstance favo¬ 
rable à la puissance dans ce genre de 
levier. A mesure que les tractions 
exercées sur la serviette font descen¬ 
dre l’olécrâne, et dégagent de la ca¬ 
vité olécrânienne l’apophyse coro¬ 
noïde, l’aide qui lient la main et 
l’avant-bras porte celui-ci dans la 
flexion. L’avant-bras alors représente 
un levier du premier genre, le point 
d’action du la scrvicttedcvenanlalors 
le centre du mouvement de bascule 
qui lui est imprimé; l’humérus se 
trouve ainsi bientôt ramené au ni¬ 
veau de l’apophyse coronoïde et du 
relKird articulaire du radius; aussi 
suffit-il d’une pression modérée, que 


le chirurgien exerce d’une part avec 
ses doigts, réunis, sur la saillie de 
l’humérus en avant, et d’autre part 
en arrière avec scs deux iiouces croi¬ 
sés sur l’olécrâne, de manière à di¬ 
riger CCS parties l’une vers l’autre, 
pour obtenir la réduction du premier 

est facile de voir que dans ce 
procède la situation de l’avant-bras 
d’abord fixé, puis porté dans la 
flexion, a pour effet non-seulement 
de ne point ajouter à l’état de ten¬ 
sion déjà outrée dans lequel se trou¬ 
vent les muscles biceps et brachial 
antérieur, principal obstacle au pro¬ 
cédé ordinaire de réduction, mais 
même de faire cesser cet état (le ten¬ 
sion. 

Le procédé de M. Duparcque va 
au-devant des difficultés ; ligne de 
direction des leviers osseux, résis¬ 
tances musculaires, économie de 
forces, coordonation géométrique des 
puissances, tout cstconçu et appliqué 
avec une rigueur physiologitiuc qui 
ne saurait laisser le moindre doute 
sur l’excellence de ce mode opéra¬ 
toire, que le succès d’ailleurs est venu 
consacrer. {Revue médicale, septem¬ 
bre 18i2.) 


MÉDECINEETCHIBDBGI£. Elles 
doivent être nettement séparées. A 
l’épotiue où nous sommes, fart médi¬ 
cal et l’art chirurgical doi vent marcher 
do front. Un métiecin peut n’ôtre pas 
ciiirurgien, mais celui qui fait la chi¬ 
rurgie, (pii opère, ne saurait se passer 
des lumières médicales , sous peine 
d’être un fléau pour les malades qui 
tombent sous son bistouri. Nous 
ne saurions donc comprendre l’es¬ 
pèce de manifeste que public l’un des 
chirurgiens lesplusinventifs, les plus 
ingénieux de ce temps, M. Mayorde 
Lausanne, manisfestequ’il devait lire 
au congrès médical de Strasbourg, et 
dans lc()uel il veut tracer nettement 
les différences qui existent entre la 
médecine et la chirurgie, et montrer 
l’importance de maintenir ces diffé¬ 
rences. Nous avons lu les pages de 
M. Mayor : il y a de l’originalité, de 
l’esprit, comme dans tout ce qui sort 
de sa plume; mais assurément il y 
a anachronisme dans ses vœux ; car, 

3 noi qu’il en dise, ces deux branches 
e l’art médical sont soeurs et reste¬ 
ront sœurs. Il existe, nous le savons, 
quelques chirurgiens qui ne voient 
malheureusement dans leur profes¬ 
sion, commele chirurgien dcLausan- 
ne, que le manuel, que la mécanirpie ; 



( 390 ) 


inaisM. Mayorest lu peniier, (ine nous 
sachions, qui veuille tirer vanité de 
ees principes, et tiui prétende les éta¬ 
blir en règles. L’analyse de quelques 
passages du mémoire fera connaître 
à nos lecteurs l’esprit dans lequel il 

... Pour reconnaîlre l’immense in¬ 
tervalle ([ui e.visle entre la médecine 
et la chirurgie, il sullit de rajtprocher 
les faits incontestables suivants : on 
peut Être un habile médecin tpioique 
manchot, impotent et maladroit de 
ses deu.x mains; et il est possible de 
pratiquer toutes les opérations, même 
les plus délicates, avec un ordre et 
une précision admirables, et ignorer 
cependant que la manne purge et 

3 ue la saignée est le plus puissant 
es antiphlogistiques. On voit encore 
dos chirurgiens du premier ordre, 
auxquels on n’oserait pas conlior le 
Iraitement du cas le moins compli- 

3 ué de médecine interne; et des mé- 
ecins d’un mérite transcendant, qui 
seraient incapables d’ouvrir un abcès 
oumêmedefaireunesimplesaignée... 

Un seul fait bien analysé sullit au 
chirurgien pour asseoir son juge¬ 
ment; il en faut un très-grand nom¬ 
bre au médecin pour le mettre 
tant seulement sur la bonne voie... 
Un fait unique, quel qu'il soit, peut 
et doit eclairer sur-le-champ cl de 
la même manière tout le inonde 
chirurgical; au lieu que les faits mé¬ 
dicaux les mieux observés et les plus 
nombreux n’ont qu’une valeur indi¬ 
viduelle qui varie suivant les circon¬ 
stances pm’ticulières des malades, sui¬ 
vant les lieux qu’ils habitent, non 
moins que d’après celle foule d’ob¬ 
jets divers qui les environnent et les 
influencent.... 

La chirurgierepose invariablement 
sur (juatre colonnes : l’analomie, la 
physiologie, la pathologie et la mé¬ 
canique. Ck;s quatre éléments domi¬ 
nent toutes les opérations chirurgi¬ 
cales. Quand le chirurgien agit, qu’il 
fait une opération, cet acte consiste 
tont entier dans l’application judi¬ 
cieuse des lois de la mécanique ou 
de la dynamique aux exigences des 
trois premiers facteurs. Tout est là 
et rien que là, quelles que soient 
d'ailleurs la nature délicate ou gros¬ 
sière et l’importance plus ou moins 
considérable d’un procédé opératoire 
quelconque. Aussi relrouve-l-on tout 
cela et rien que cela dans la simple 
saignée comme dans l’ingénieux eta¬ 
blissement d’une pupille artilicielle, 
dans l’audaeieuse gastro-hystéroto¬ 


mie... Le chirurgien n’est qu'un sim¬ 
ple opérateur..., qu’un mécanicien... 
Ainsi, touteequi, en faitdethérapeuti- 
que, réclame un moyen, un agent, ou 
un procédé du ressort de la mécanique 
dans sa plus large acception, relève 
du domaine chinirgical ; et tout ce 
c|ui est en dehors de ces mêmes 
moyens, agents ou procédés, appar¬ 
tient de droit à la médecine. Cette dis¬ 
tinction est tellement tranchée et si 
facile à saisir, qu’il ne pourra jamais 
exister ou survenir la moindre con¬ 
fusion, la plus légère collision au sujet 
de la compétence de ces deux ordres 
de nos connaissances. 

K On ne dira plus de la médecine 
et de la chirurgie qu’elles .sont sœurs, 
car elles ont une origine,|uneallure, 
des besoins et des moyens tout à fait 
distincts. On se souviendiaqne l’une 
consiste ù modifier empiriquement 
la dynamique vitale des coi-ps mala¬ 
des, tandis que l’autre a pour objet 
d’applniuer à ces mêmes corps la dy¬ 
namique empruntée d’une science 
exacte, de la mécanique. On voudra 
donc faire la part qui revient de 
droit à l’une et à l’autre, par suite de 
la juste délimitation des deux bran¬ 
ches. On se convaincra toujours plus, 
par là, que la seule chose qu’elles 
aient de commun entre elles, le but, 
c’est-à-dire le traitement des mala¬ 
dies de l’homme, n’implique pas né¬ 
cessairement une manière identique 
d’envisager leurs voies et moyens, 
ainsi que leur source, leur applica¬ 
tion, leur portée. On aimera, par con¬ 
séquent, que les devoirs et les droits 
de chacune d’elles soient si bien 
tracés, qu’elles ne puissent plus em¬ 
piéter sur leur domaine respectif sans 
forfailureàleurmission... Non! mille 
fois non! la distance qui sépare les 
deux ordres de nos connaissances est 
si immense, qu’elle ne permet de 
rapprochement en aucun sens. En¬ 
core une fois, il n’y a point de rap¬ 
ports entre ces deux sciences; il ne 
sauraityavoirdefroiitièresentreelles; 
il n’exisle même aucun passage de 
l’une à l’autre, tant la barrière qui 
existe entreelles estinfranchissable... 
Et lorsmêmequ’ils’agiraildc cas évi¬ 
demment mixtes, où des deux côtés 
on doit s’empresser d’intervenir et 
de se porter do mutuels secours, 
ceux-ci seront toujours aussi dis¬ 
tincts et tranchés que l’est, dans une 
armée, le service d’un parcd’artillerie 
et celui d’une ambulance. »— Est-ce 
catégorique cela? {Jotirn., riescon- 
naiss. mid.-chir., octobre 1812.) 



MOIiIiUSCUM non contagieux du 
scrotum. liiiUcinan a duiinù le nom 
de mollust'um à uneaffeclioii tuber¬ 
culeuse de la i)eau, assez rare et dont 
rhisloire est fort obscure. Il en a 
distingué deux espèces: le molluscuin 
conlagieux et le molluscuin non con¬ 
tagieux. L’un et l’autre sont carac- 
tiirisés jinr des tubercules durs, indo¬ 
lents, dedifléreiils volumes, ctueliiue- 
fois pédicules, se développant très- 
lentemeiu sur diH'éreiUes inirties du 
coriis. Lecaraclére (|ui dillérenciele 
iiiolluscum contagieux de l’autre, 
c’est que les tubercules sont transpa¬ 
rents et laissent écouler par leur 
sommet un liquide blanc. Uatlenian 
lui-inôiite ii’a observé que deux cas 
de cette dernière espèce) ils avaient 
été transmis d’un sujet à i’auti'e par 
contagion. C’est à la classe du niol- 
luscum non contagieux qu’appartient 
le cas observé par M. le docteur 
Renault, cliirurgien du paquebot de 
l’Etat, le HJinos, sur un malade âgé 
de quarante-sept ans, employé dans 
les soutes à cliarboii. Nous en dirons 
un mot, à cause de la rareté de celte 
affectioii. Que l’on se ligure une 
grappe de raisin à grains inégaux, ou 
(ilutôt une de ces agglomérations 
d’ceufs plus ou moins dévelopiiés 
riu’on voit â l’ouverture d’une fe¬ 
melle d’oiseau, et on aura l’idée de 
l’aspect fourni par trente-deux tu¬ 
meurs tuberculeuses situées à la 
partie autérieure du scrotum du>u- 
jet, et qui constituaient chez lui 
l’affection nommée mollu.scora. Ces 
tumeurs sphéroïdes, sessilesouun 
peu étranglées à leur base, dures, 
lisses, sècTies, étaient d’une couleur 
blancliâtre qui se fondait avec celle 
de la peau située entre elles ; elles 
étaient mobiles, insensibles; leur 
volume variait depuis celui d’une 
vesce, d’une noisette, jus(|u’à celui 
d’une petite noix; à la loupe même 
on ne voyait ni [loils ni orilice de 
follicule. Dès l’âge de quatorze à 
quinze ans, il avait vu survenir deux 
ou trois petites tumeurs, mû depuis 
avaient augmenté de nomWe et de 
volume. Une de ces tumeurs ayant 
été piquée avec une lancette, il n’y 
eut point de douleur, ni sang, ni au¬ 
cun liquide expulsé, mais par une 
très-forte pression du tubercule, il 
s’en échappa un petit ület de matière 
athéromateuse, très-dense. Le pro¬ 
nostic du molluscuin non contagieux 
n’est pas grave ; on vit avec cela sans 
grands inconvénients ; aussi, le ma¬ 
lade, auquel la difformité du sciolum 


était tout à fait indifférente, n’a subi 
aucun traitement. Comme M. Re¬ 
nault, nous n’enregistrerons cette 
observation qu’à cau.se de la rareté 
des cas analogues. [ Reo. mid., seii- 
tembre 1812. ) 


MONESIA (Du), contre les flux 
du canal intestinal. Le monesia, 
.nos lecteurs le savent, est un nou¬ 
veau médicament tonique, astriiiT- 
gent. C’est l’écorce d’un arbre du 
Brésil, Importée il y a peu d’années 
en France, et répandue par les soins 
de M. Bernard-Derosne, pharmacien 
à Paris. Nous ne reviendrons pas 
Stic ce qui a été dit dans divers arti¬ 
cles de ce Recueil. Voyez entre au¬ 
tres, page 199, t. XVI. 

M. Adrien, médecin à Crécy 
( Seine-ct-Marne ), s’applaudit beau¬ 
coup de ce médicament. Dans les 
diarrhées prenant les caractères de 
la cholérine, affections très-fré¬ 
quentes pendant l’été, aux envi¬ 
rons de Meaux, chez les enfants 
du premier âge, chez les mêmes pe¬ 
tits malades dans les dérangements 
de corps occasionnés par une denti¬ 
tion difficile, dans la dyssenterie, 
dans l’entérite même, notre confrère 
a essaye comparativement le ratan- 
hia, le cachou, l’extrait d’opium 
uni à l’acétate de plomb cristallisé, 
l’albumine; aucun de ces moyens 
n’agit, à beaucoup près, avec la 
même certitude ni la même célérité 
que le monésia. Il trouve dans ce 
remède les trois conditions si dési¬ 
rables dans une méthode curative : 
le tutà, citô etjucundé. Pendant les 
mois de septembre et d’octobre de 
l’année dernière, il a traité une 
soixantaine de malades adultes et 
enfants surtout, atteints de cholérine 
épidémique sérieuse, par cet unique 
moyen, et il n’en a perdu que deux. 
La même affection s’est développée 
au mois d’août de cette année 18t2, 
et il a eu un succès encore plus 
grand, car il n’a perdu aucun sujet. 
Son traitement consiste dans l’eau de 
riz froide en boisson et en lavements 
avec addition quelquefois d’un peu 
d’amidon cru; puis dans l’extrait de 
monesia, qu’il donne mis en poudre, 
en sirop et en pilules. Celle dernière 
forme est préférable pour les adul¬ 
tes. La dose est de 20 à 40 centi¬ 
grammes malin et soir pour un 
adulte; de 10 à 35 centigrammes pour 
les enfants. La dose du sirop est de 
quatre à cini) cuillerées à café dans 
les vingt-quatre heures. Chez tous 



( 892 ) 


Fos malades de différents âges et de 
différents sexes, atteints de cholé¬ 
rine, dont il rapporte l’observation, 
l'administration du monésia a été 
suivie d’un soulagement immédiat, 
et, terme moyen, la disparition des 
accidents a été complète dans les 
quarante-huit heures. M. Adrien 
cite des exemples où le monésia lui 
a été utile dans ces dévoiements pro¬ 
longés qui suivent la dentition et qui 
affaiblissent les enfants, comme aussi 
dans la dyssenterie et dans l’entérite 
chronique cher, les adultes. Il s’est 
servi aussi avec avantage, soit de 
l’extrait de monésia en poudre 
porté sur les ulcérations, soit d’un 
gargarisme avec une certaine quan¬ 
tité de teinture alcoolique de mom'- 
sia dans la stomatite mcrcurieile 
avec saiivation et ulcération des 
joues et de la langue. [Journal des 
Connaiss. méiiie-chirurg., octo¬ 
bre 18 H.) 


(El'L[Corps étranger volumineux, 
qui a séjourné pendant trois ans 
dans l’intérieur de L’ophthal- 
niologie. déjà si riche de faiLs inté¬ 
ressants, n’en rejiferme peut-être (tas 
un seul analugiie à celui que nous 
livrons â l’appréciation de nos lec¬ 
teurs. — M. Beg..., chef d'atelier au 
chemin de fer de Ver.saillos, aidait à 
enfoncer un coin eu acier sur lequel 
on frappait avec un long marteau de 
fer, (|nand tout 6 coup il ressentit un 
choc violent dans l’uni, bientôt suivi 
d’un écoulement aqueux. 

Le lendemain , la douleur persis¬ 
tant et la vue ne s’étant pas rétablie, 
il consulta le docteur Sichel, qui, 
après avoir constaté une perforation 
de la cornée, dit au blessé qu’il ne 
fallait plus compter sur le retour de 
la vue, et lui prescrivit un traitement 
antiphlogistiiiue sévère pour préve¬ 
nir les accidents inllammatoircs qui, 
en effet, furent très-modérés. Six se¬ 
maines après, environ, la cornée se 
cicatrisa, et la faculté (lue conservait 
M. Ilcg... de distinguer le jour de la 
nuit se perdit complètement au bout 
de dix-huit mois. 

Pendant deux ans aucun accident 
ne s’était manifo.sté, lorsipie tout à 
coup des douleurs atroces se deve- 
lopimrent dans l’onl et lu côté corres¬ 
pondant de la tète : quatre jours s’iV- 
laient écoulés que déjà ces douleurs, 
inutilement comiialtues |iar les sang¬ 
sues et les narcotiques, se dissipè¬ 
rent spontanément. A la lin de fé¬ 
vrier t8t2, trois ans et demi après 


l’accident, de nouvelles douleurs 
oculaires conduisirent M. Beg... chez 
le docteur Castelnau, qui constata 
une injection de la conjonctive et 
une saillie conoïde de la cornée par¬ 
faitement opaque. L’œil était affaissé 
comme s’il eût perdu une partie de 
ses humeurs. Le malade ne pouvait 
se coucher sur le côté droit, depuis 
quelque temps, sans éprouver des 
douleurs plus vives. 

Nouveau traitement par les narco¬ 
tiques et les réfrigérants, sans plus 
de succès que le premier. Augmen¬ 
tation de la rougeur et de la douleur; 
et, après quelques jours, on put voir 
au sommet de la saillie de la cornée 
un petit angle solide de consistance 
et d’aspect métallique. L’extraction 
de ce corps, proposée au malade, ne 
fut accepti-e qu’un peu plus lard. — 
Alors l’angle du corps étranger sou¬ 
levait la paupière su[)érieure et fai¬ 
sait saillie d’une ligne sur la cornée, 
où il était enchâssé. Une incision 
d’une ligne de longnenr fut prati¬ 
quée de chaque côte du corps étran¬ 
ger dans le but de détruire les adhé¬ 
rences intimes avec les tissus envi- 
ronnanls. La dissection avec un bis¬ 
touri à lame étroite permit d’arriver 
jusqu’à la partie postérieure de ce 
corps, qu’on ne pouvait tirer en a- 
vant sans produire d’Itorribles dou¬ 
leurs. L’opérateur fut obligé de cou¬ 
per les adhérences postérieures avec 
îles ciseaux courbes et pointus; et il 
fut alors facile d’extraire le corps 
étranger, qui était un fragment de fer 
ayant la forme d’un prisme triangu¬ 
laire : sa longueur était de 13 milli¬ 
mètres; sa largeur de f> millimètres, 
et son poids de 75 centigrammes;scs 
arêtes et scs angles sont tous très- 
tranchants. — Iæs douleurs ocu¬ 
laires diminuèrent une heure après 
l’opération, et le travail de cicatrisa¬ 
tion ne tarda pas à combler l’exca¬ 
vation qu’occupait le corps étranger. 
— Aujourd’hui l’œil est affaissé, la 
cornée est d’un gris opaque, la sclé¬ 
rotique a conservé sa couleur natu¬ 
relle. ( Archives gén. de Méd., oc¬ 
tobre 1812.) 

PAPIER pour détruire les mou¬ 
ches. M. Wislin, pharmacien à Gray, 
donne comme bien préférable au 
cobalt arsénifère, et plus rapidedans 
ses effets, le papier suivant pour dé¬ 
truire les mouches. — Prenez : ar- 
séniate de (lotasse ou de sonde 1 par¬ 
tie; .sucre blanc 2 parties; eau 20 pr- 
lies. Faites dissomire, et plongez dans 



celle dissolution des feuilles do pa- 
|)iei’ un peu fort, collé, puis suspen- 
doz-les pour les' faire sécher. On 
place un morceau de ce papier dans 
le fond d’une assielle où on l’humecle 
avec queiques goullcs d’eau ; on en- 
trelient celle humidité à proportion 
que l’eau s’évapore. Ce moyen a un 
inconvénient, c’est que dans le court 
intervalle des inpstions à la mort, 
les mouches ont d’abondantes déjec¬ 
tions qui salissent les points où elles 
se placent. {Journal de chim. méd., 
septembre 1812. ) 

PNEUMONIES CATARRHALES 
épidémiques {Recherches sur les). 
Nous devons nous applaudir de voir 
la médecine faire chaque jour quel¬ 
ques pas dans une voie plus large et 
plus féconde. Une preuve matérielle 
de ce retour vers de plus sages prin¬ 
cipes, c’est l’insertion du travail 
dont nous allons nous eil'orcer depré- 
senler l’esprit dans un journal voué 
depuis longtemps îi la défense des 
dogmes de l’école anatomique et du 
réc(de numérique, ces deux filles b⬠
tardes de l’école broussaisicnne. 

La médecine, en effet, ni comme 
science ni comme art, ne saurait être 
réduite aux mesquines proportions 
que lui assignent nos modernes fai- 
seursdeiciencoej-acfe.quii's’arrfitant 
à la surface, mesurent, pé.sent, cliif- 
frent quelques faits de détails, et avec 
c|ucl(pies douzaines de malades et 
deux ou trois règles d’arithmétique, 
veulent chaque six mois refaire la 
science et mettre leurs prétendues 
lois à la place des vérités quelque¬ 
fois les mieux démontrées par le 
temps et par l’expérience. 

Nous nous sommes assez démenés 
depuis trente ans dans des sentiers 
sansîssue. Nous avons espéré trouver 
la base de notre art dans les lésions 
d’organes; nous les avons interrogés 
tous; nous avons étudié avec soin 
tous les symptômes qui pouvaient 
nous faire apprécier pendant la vie 
ces lésions. Nous les avons poursui¬ 
vies après la mort et nous avons ou¬ 
vert force cadavres. De ces études 
nous avons recueilli une grande pré¬ 
cision dans le diagnostic des altéra¬ 
tions organiques ; nous sommes plus 
forts assurément à cet égard que nos 
pères. Mais guérissons-nous mieux, 
plus sûrement, plus promptement? 
Non, certainement non. Nous som¬ 
mes au contraire plus hésitants, plus 
timides dans l’emploi des moyens 
lieroKiues. Pourquoi,cela? Parce que 


notre esprit est trop préoccupé de 
cette maudite altération locale (pie 
nous tenons là sous notre stéthoscope, 
sous notre doigt, elque parsuite nous 
ne voyons d’autre traitement con¬ 
venable que celui qui s’adresse àcette 

Il faut pourtant aujourd’hui, si nous 
voulons être vraiment médecins, par¬ 
tir d’une observation plus générale 
et plus large. Pour mettre clans tout 
sou jour ce fait d’une liante impor¬ 
tance pratique, savoir, que souvent 
dans la détermination du traitement 
à applicjuer l’affection générale doit 
être prise en plus grande considéra¬ 
tion que l’affection locale, il n’y a 
qu’à étudier ce qui se passe pendant 
le régne de ces étals pathologiques 
généraux qui se développent sous 
rinfloence de diverses constitutions 
épidémiques. 

Il n’est pas de maladie qui puisse 
élrerépulée plus francliemenliiifiam- 
matoireque la pneumonie, etiiui gé¬ 
néralement aussi s’accommode mieux 
dcssaigneescehbien, sous l’inlluence 
d’une constitution épidémique parti¬ 
culière, il peut arriver qu’il faille, 
pour la guérir, être très-réservé sur 
ce moyen, et recourir aux vomitifs 
seuls ou associés aux purgalifh, aux 
révulsifs cutanés, etc. Cela dépend de 
la nature de l’alfection générale, la¬ 
quelle a sa source dans les influences 
atmosphériques, line faut pas croire 
que ce ne soient là seulementque des 
mots; ce sont des vérités, vérités 
bien établies par Sydenham, Boer- 
haave, Huxham, Pringle, Stoll, etc. 

Nous félicitons M. Lasserre, inter¬ 
ne des hôpitaux, de s’ôtre appliqué, 
après avoir étudié ces grands maîtres, 
à nous tracer l’histoire de la consti¬ 
tution météorologique et médicale 
qui a régné dans les cinq premiers, 
mois de ISW, et sous l’influence de 
laquelle sesont développées les pneu¬ 
monies catarrhales épidémiques qu’il 
a observées à la Pitié, dans les salles 
de M. le professeur Piorry. On doit 
recommander cet ordre d’études à 
tous les médecins; et ce qu’il faut 
ajouter, c’est que l’exemple leur en 
est donné par un membre de la So¬ 
ciété anatomique. 

Les épidémies catarrhales ont fré¬ 
quemment sévi sur les populations, 
sous l’influence de conditions atmo¬ 
sphériques particulières, jicndanl l’hi¬ 
ver et an coinmencemcnt du prin¬ 
temps, époque où le temps est bni- 
meux , pluvieux, froid et humide, 
où il existe des variations brusques 



f 394 ) 


el surtout frumieulus de lu leinpé- 
raliire, où régnent les vents du nord 
et du nord-est; les 1110101)1111103 iiiu- 
quenses et surtout celles des voies 
ros|nraloires se prcnnniit. Ces affec¬ 
tions, par rinteusité de la cause gé¬ 
nérale qui les produit, constituent 
(luelquelbis des lièvres catarrhales 
Opideiniqties ([ui frappent un grand 
noiulircde personnes en même temps. 
Ce n’est ;pas d'atijourd’liui qu’on a 
vu des pneiiiiionies venir s'enter sur 
ces affections catarrhales épidémi¬ 
ques des bronches; les grands méde¬ 
cins (|ue nous avons nommés ont 
tracé l’histoire do constitutions épi- 


Le conmieiicement de l’année 1840 
a présenté tontes les conditions mé¬ 
téorologiques propres au développe¬ 
ment (lus affections catarrhales. La 
lin de février el le mois de mars tout 
entier ont été très-froids et très-hu¬ 
mides. I.a leinpéralnre a été très-va¬ 
riable, et les variations ont été tou¬ 
jours brusipies. Le Iherniomèlre, le 
plus souvent au-dessous de zéro, a 
varié iilusieurs fois dans la même 
Journée, et est monté do ce point à 
douze degrés. Les vents ont constam¬ 
ment souillé du nord ou du nord-est. 

C’est sous l’iiilluence'dc cellecon- 
slilulion météorologique ([ue s’est 
nioiilrée à l’hépilal de la Pitié l’in- 
ilaiiitnation catarrhale des poumons 
qui fait l’objet du long mémoire de 
M. Lasserre; celte affection a sévi 
sur3I malades dessalles deSl. Piorry, 
ellea été primilivedauscinq cas ut con¬ 
sécutive, c’est-à-dire qu’elle s’est dé- 
veloppéeau milieu d’uncatarrhepul- 
monaire préexistant, chez 26 autres 
malades, dont 19 ont présenté l’état 
aigu de la broncho-imeumonie, et 
17 la forme lente. C’est celte forme 
lente que la maladie a affectée le plus 
fréquemment. 

Les sujets qui étaient atteints d’une 
inOammaliun catarrhale soit aiguë, 
soit clmmhiue des bronches, avaient 
peu à peu, et prcstpie toujours sans 
frisson, vu survenir un malaise gé¬ 
néral avec un h'-ger mouvement fé¬ 
brile ; la toux devenait plus forte, et 
plus fréquente, l’expectoration était 
|)lus abondante et tendait à devenir 
visqtieuse; la respiration était un peu 
plus gênée. Si l’on auscultait alors, 
on trouvait les riles ronflants plus 
nninbrciix et plus fins, sur un point 
particulier de la poitrine, qui était 
pre.sque toujours en arrière. On pou¬ 
vait prévoir dès lors le développe¬ 
ment de la pneumonie catarrhale. 


et si l’on ne s’oiiposaitàsa marche, en 
(luehpies heures la percussion el l’aus- 
cnltalion ne laissaient plus aucun 
doiitesursonélablisseincnl; il y avait 
de. la matité, et le râle crépitant ve¬ 
nait se mêler au râle ronflant et an 
souille. 

Antérieurement el consécutive¬ 
ment à l’invasion de cette inflamma¬ 
tion catarrhale luilmonaire. (piels 
antres phénomènes particuliers pré¬ 
sentaient les sujets’' Une réaction fé¬ 
brile lieaucoup moins prononcée que 
dans la pneumonie légitime, car, 
chez onze malades lepoulss’est main¬ 
tenu au-dessous de 100 pulsations 
iwr minute, peu decbaleurà la peau, 
une soif modérée, peu ou point do 
céphalalgie, dune tendance à la pro¬ 
stration des forces. 

Mais on notait des caractères très- 
tranchés du côté des voies digestives, 
chez les sujets atteints primitivement 
ou consécutivement, ayant la forme 
aiguë ou la forme lente de l’affection: 
la |)lupart tirésentaient un enduit 
aune de la langue, do ramortume à 
a bouche, de la constiiiation. Dans 
quelques cas, il s’y joignait iiiio co¬ 
loration jaune des conjonctives et de 
la face, et même, quoique plus 
rarement, dus vomissements bilieux. 

11 est évident, d’après cet ensemble 
do symptômes, qu’on n’avait point af¬ 
faire à une pneumonie inflammatoire, 
ordinaire, et que MM. Piorry et Las¬ 
serre ont sagement vu en compa¬ 
rant celte é(>idéniie à la fièvre pneii- 
nionitiiic bâtarde (peripneiimonia no- 
tha) deSydenham, et à l’épidémie ca¬ 
tarrhale de 1776, décrite par Stoll. A 
l’exemple de ces deux grands méde¬ 
cins, ils ont été très-réservés sur les 
émissions sanguines, et se sont très- 
bien trouvés des éinéto-cathartiques 
et du vésicatoire. 

Dès que l’on reconnaissait que l’in¬ 
flammation se propageait des bron¬ 
ches aux vésicules pulmonaires, une 
saignée générale était avantageuse; 
mais il ne fallait pas insister plus 
tard sur ce moyeu. S’il y avait une 
douleur de côté, ce qui était fréquent 
dans la maladie, qu’il y eût ou non 
complication de pleurésie, on appli¬ 
quait des sangsues et préférablement 
des ventouses, puis iimnédialemeht 
chez tous les malades de larges vési¬ 
catoires volants sur la poitrine, qu’on 
renoâivelait au besoin, sans attendre 
ineineiine la cicatrisation du premier 
fût complète : ce moyen a eu d’excel¬ 
lents effets, et l’un a vu la pneumonie 
au début être arrêtée par lui. 



{ 395 ) 


Mais c’csi. l’cinoliquo qui a tloininù 
la llu'rai)eiili(|uc de la piieimioiiie ca- 
larrhale;i)ourpeii(iirai)rèslos moyens 
[irécédenls on coulinnîil à enlondre 
sur plusieurs pomls de la poitrine 
des raies suspects, on n’iiésilait pas 
à le mettre en usage. Tous les ma¬ 
lades, à l’exception il’iiii seul, y ont 
été soumis. Dans un julep gom¬ 
meux de 125 grammes on faisait 
dissoudre de 30 à iO centigrammes 
(letarlrestibié,etou l’administrait par 
cuillerées a bouebe de demi-heure en 
demi-beure; dans chaque intervalle 
on faisait prendre deux on trois petites 
tasses de tisane pectorale. Ciiez tous 
les trente malades il y a eu par ce 
remude des vomissenienls toujours 
bilieux, et des sellesnombreu.ses com¬ 
posées en grande partie par de la 
bile. La durée de la maladie a été 
d’autant plus longtie que le tartre 
stibié a été administré plus lard. Dans 
tous les caslieureux, le deuxième, le 
troisième et rarement le tpiatrièine 
jour de son emploi, le râle crépitant 
de retour commençait à se faire en¬ 
tendre. 

D’après lesobservations dcM. Las¬ 
serre, la broncho-pneumonie épidé¬ 
mique occupe presque constamment 
la partie postérieure des poumons. 
C’est au décnbiins dorsal longtemps 
prolongé, qu’il atlrilnie cette circon¬ 
stance : de là, le conseil qu’il donne 
de faire souvent changer rie position 
au malade. Sydenham avait aussi 
fait jouer un rôle au décubitus dorsal 
dans la pneumonie bâtarde. 

Sur. les 31 maldes atteints de pneu¬ 
monie catarrhale, M. Piorry n’en a 
perdu que deux. La durée du trai¬ 
tement, depuis l’entrée jusqu’à la 
convalescence, aétélo fois de fljours, 
9 fois de 5 jours, i fois de 8 jours. 
Le reste des malades ont été guéris 
en moins de temps. Le temps do la 
convalescence a beaucoup varié. En 
général, les malades chez lestpiels 
ou a mis en usage les saignées, ont, 
(luoique robustes, été plus longs 
à se remettre, surtout lorsque les 
saignées avaient été pratiquées à une 
epoque assez avancée de la maladie. 
Chez les individus qui avaient pris 
pendant plusieurs jours de suite du 
tartre stiltié, la prostration paraissait 
extrême au moment de la convales¬ 
cence, et malgré cela les forces sont 
toujours revenuespromplement.(.ryr- 
cfiives de méd., octobre 18i2.) 


PROSTATE {Desplaies de la). Les 
pathologistes, tout on se préoccupant 
beaucoup des tumeurs et des eugor- 
gements de la prostate, n’ont guère 
envisagé les plaies de cette glande 
([u’au point de vue do la lithotomie et 
comme résultat de celte opération ; 
aussi fant-il savoir gré à M. Velpeau 
de ses recherches sur ce point inté¬ 
ressant de pathologie, trop négligé 

Les plaies de la prostate ne sont 
pas rares : produites soit de dehors en 
dedans, soit de dedans en dehors, 
elles sont déterminées par l’action 
d’iin instrument tranchant, conton¬ 
dant ou piquant. Parmi celles qui ont 
lieu de la peau vers les parties pro¬ 
fondes, M. Velpeau cite l’exemple 
d’un vigneron qui, à la suite d’une 
chute d’un arbre sur la pointe d’un 
écbalas, présenta une plaie avec 
décldrure de la prostate; et celui 
d’un cordonnier qui, on s’asseyant 
sur la pointe de son tranchet, se lit 
une plaie du même genre. Ajoutons 
que la chirurgie militaire nous mon¬ 
tre la prostate bien souvent divisée, 
soit par des instruments tranchants, 
soit par des projectiles qui arrivent 
jusqu’à cette glande après avoir tra¬ 
versé le bassin et le rectum. 

On conçoit (|u’elle puisse encore 
être lésée par des corps étrangers 
lirovcnant du rectum, tels qu’épin¬ 
gles, noyaux, fragments d’os, etc. Re¬ 
connaissons toutefois que la taille pé¬ 
rinéale protluitleplus grand nombre 
des plaies de col organe, et ajoulons- 
y l’opération dite de la boutonnière 
pratiquée dans le but d’extraire des 
corps étrangers engagés dans la por¬ 
tion de l’urètre très-rapprorhée do la 
vessie. Quant aux idaies de la pros¬ 
tate qui ont lieu de dedans en dehors, 
elles reconnaissent pour cause les di¬ 
verses opérations que l’on pratique à 
l’intérieur de l’urètre ; ainsi l’appli¬ 
cation des caustiques dans sa portion 
la pins reculée, les scarilicalions, les 
mouchetures, la section de certaines 
brides, l’excision de végétations; 
toutes 'ces actions chirurgicales peu¬ 
vent intéresser la prostate; mais 
avant tout on doit signaler le cathé¬ 
térisme, ])our les fausses roules qu’il 
cause dans son épaisseur. 

Le diagnostic des plaies de la pros¬ 
tate est en général facile, quelle que 
soit d’ailleurs la cause vulnérante. En 
effet, si la blessure porte sur l’urètre 
seulement, l’urine ne sort par la plaie 
qu’au moment de son expulsion vo¬ 
lontaire, tandis que si la prostate est 



( 396 ) 


thvisce, 1 mine suintera par la plaie 
dès les premières contractions de la 
vessie, et continuera à s’en échapper 
après (|n’il n’en sortira plus par le 
méat. Enlin, si la plaie de la prostate 
remonle très-loin dans sonépaisseur, 
il y aura incontinence des urines. 

Il s’en faut que le diagnostic des 
plaies de la prostate par cause in¬ 
terne soit aussi facile; les praticiens 
savent tous ce qu’il y a de dilBcullé, 
dans certains cas, à reconnaître d’une 
manière bien positive les fausses 
roules, résultat des décliirures de 
celte glande par les cathélers. On peut 
dire cèpendanl que si le bec d’une 
sonde est engagé dans une fausse 
route, on s’en assure à l’impossibilité 
l’évoluer en aucun sens, lixé qu’il est 
dans un canal artiliciel qui l’embrasse 
exactement et sur tous les points. Si 
on ajoute à celle considération l’é¬ 
coulement d’une quantité de sang 
plus ou moins considérable au mo¬ 
ment où l’on retire la sonde, l’exis- 
lencé de la fausse roule sera diflici- 
lementalorsuu objetde doute. EnOn, 
on en aura la certitude si la sonde 
se trouve ainsi engagée à plus de 
quatorze centimètres du méat uri¬ 
naire, et si avec le doigt porté dans 
le rectum on constate que l’instru¬ 
ment n’est séparé de l’intestin que 
par une faible épaisseur de tissu. 

Les plaies de la prostate n’ont pas tou¬ 
tes le même degré de gravité; encore 
les accidents auxquels elles exposent 
dépendent-ils bien moins de la lésion 
même de la glande dont la sensibi¬ 
lité, le gonflement, la suppuration et la 
dégénérescence ont une médiocre in¬ 
fluence surl ensemble de l’économie, 
que de l’infiltration urincuseetde ses 
suites presque toujours funestes. — 
Sous ce dernier point de ïuc,M. Vel¬ 
peau distingue les plaies de la pros¬ 
tate en celles qui s’ouvrent dans le bas¬ 
sin ou au périnée, etcellesquinecom- 
inuniquent qu’avec l'intérieur de la 
vessie ou de l’urètre, ou bien encore 
qui s’ouvrent dans rurcti-eet du côté 
du périnée.— Les premières seules 
cxposcutauxinflammationsurineuscs 
de tout le tissu cellulaire pelvien; 
les secondes déterminent seulement 
les listules urinaires. Or, qui ne sait 
que sous le rapport de la gravité il 
n’existe aucune parité entre ces deux 
faits morbides? Ajoutons qu’une des 
complications fâcheuses de ces solu¬ 
tions de continuité est la lésion des 
vésicules séminales ou des canaux éja- 
culatcurs. 

Quant aux fausses routes, surtout 


.‘i elles sont iuromplèles, il semble à 
M. Velpeau qu’on s’en est beaucoup 
exagère l’iraporlance; et lors même 
qu’elless’ouvrcnt dans la vessie, elles 
ne sont pas encore aussi graves qu’on 
le pense. « La densité du lissu pros¬ 
tatique, son insensibilité, son im¬ 
perméabilité naturelle donnent aux 
canaux qui la traversent accidentel¬ 
lement quelques-uns des caractères 
qui distinguent les canaux inertes. » 

M. Velpeau esttellement convaincu 
de l’innocuité de ces fausses routes, 
qu’il a pensé que le cathétérisme 
forcé au travers de la prostate par 
l’urètre, serait peut-être préférable 
dans les rétentions d’urine à la ponc¬ 
tion par riiypogaslre, le périnée on 
le rectum. Nous laissons a M. Vel¬ 
peau la respon.sabilité tout entière 
de cet aperçu thérapeutique, convain¬ 
cu quo pour le réaliser en pratique 
nos lecteurs attendront qu’il repose 
sur une base plus solide qu'une vue 
purement théorique. 

Pour ce qui est du traitement des 
jilaies do la prostate, qu’elles soient 
internes ou externes, la principale 
indication consiste à s’opposer à l’é- 
roiilement des urines par la plaie ; 
c’est cet écoulement qiii empêche 
la cicatrisation, et transforme en lis- 
tule presque toujours incurable une 
solution de continuité qui n’exige 
[las d’autres moyens curatifs à l’ex¬ 
ception des sondes à demeure dans 
la vessie, que ceux généralement 
conseillés et mis en usage dans le 
traitement- des plaies eu général. 
{Gaz. des hôp., septembre 1812.) 


SEIGLE ERGOTÉ ( Un mot Sur les 
effets du). Il ne peut être question 
aujourd’hui de révoquer en doute 
les avantages obstétricaux du seigle 
ergoté. Quelques médecins peu in¬ 
struits et les sages-femmes peuvent 
compromettre les vertus de ce mé¬ 
dicament en l’administrant d’une 
manière iiilempeslive, mais il est 
reconnu par les praticiens sages et 
éclairés qu’il n’est pas de meilleur 
moyen à mettre en usime lorsque le 
col de riilériis étant sumsamment di¬ 
laté, l’inertie de la matrice s’oppose 
seule à la terminaison de l’accoiiclie- 
raenl. L’utilité de ce remède est éga¬ 
lement bien établie dans les bémor- 
rhagies utérines consécutives à l’ac¬ 
couchement. Nous ne nous étendrons 
pasdavantagesur les indicationsel les 
conlrc-indications du seigle ergoté; 
ces faits sont siiBisamment connus 




( 397 ) 


par les divers travaux puliliés dans ce 
recueil. 

Un seul point de l’articie que 
M. Ladmiraiilt a pubiic dans le 
Journal de médecine de JVanles, 
doit être mentionné. Ce confrère 
pense (pie le seigle ergoté peut, dans 
ocriains cas, déterminer la mort de 
reniant par asphyxie ou par apo¬ 
plexie, et voici comment. Le médi¬ 
cament a été administré; des con- 
iraelions ont eu lieu; ia tête a fran¬ 
chi i’orifice utérin; arrivé à ce temps, 
le travail s’arrête. Alors, dit-il, les 
contractions utérines s’exercent d'une 
manière permanentesur le cou de l’en¬ 
fant et même sur le cordon en même 
temps, lorsque, ce qui arrive souvent, 
le flot des eaux en aura entraîné 
une anse sur les parties latérales du 
cou. Celte compression plus ou moins 
forte sur les veines jugulaires ou sur 
le cordon omhilical, ou sur les deux à 
la fois dans quelques cas, est, après 
radministrallon du seigle ergoté, la 
cause de l’asphyxie ou de l’apoplexie 
de certains enfants. M. Ladmirauit 
en a vu des exemples. Veut-il pour 
cela qu’on renonce à remploi d’un 
moyen aussi précieux que le seigle 
ergoté? Non, sans doute; il recom¬ 
mande seulement, dans le cas ofi 
l’enfant ne serait pas promptement 
expulsé après la prise du remède, 
de se hâter d’appliquer le forceps 
alin de le soustraire à l’actiou in¬ 
cessante du seigle ergoté. Toutes les 
fois, dit-il, qu’on emploie celle sub¬ 
stance et qu’elle ne produit |ias sou 
effet accoutumé, si on diffère trop 
longtemps l’application du forceps, 
on a la douleur d’extraire un enfant 
dans un état d’apoplexie ou d’as¬ 
phyxie, et le plus souvent privé de 
vie. Il a vu cela arriver plusieurs 
fois sans pouvoir soupçonner une 
autre cause capable de produire de 
si funestes effets.— C’est aux accou¬ 
cheurs à peser la valeur de cette opi¬ 
nion. {Journ. deméd. delà Loire- 
Inférieure, 8 ts Uv., 1812.) 

SQTIIRBBi: de la glande mam¬ 
maire, guéri par Viodure de potas¬ 
sium. « Qui raconte ce qu’il a vu a 
droit d’être entendu. » C’est donc 
faire acte d’équité médicale que de 
rapporter tous les faits qui par un 
côte qtielconque peuvent être proli- 
tablesà la thérapeutique. Nos lecteurs 
jugeront si le suivant n’est pas dans 
ces conditions. 

Madame S..., dont la santé a tou¬ 
jours élé bonne, cessa d’être réglée 


à quarante-cinq ans; à cette, époque, 
une tumeur squirrheuse, très^ure, 
se développa dans la mamelle droite; 
en peu de temps elle acquit le volu¬ 
me du poing. Le teint reste rosé, et 
la malade no perd |)as de son em¬ 
bonpoint. Le squirrhe, dont la sur- 
faceétait bosselée et recouverte d’uue 
peau amincie, bleuâtre, adhérente, 
poussa un prolongement en forme de 
chapelet dans l’aisselle. La malade se 
refusant à l’opération, le docteur 
Prière, de Goldapp, prescrivit l’ap¬ 
plication topiqtie de riodiire de po¬ 
tassium sous forme de pommade, et 
il donna en même temps à l’intérieur 
la potion suivante : 

Pr.: Ilydrolat de mélisse. 6o gram. 

Elixir (l’orange composé. 15 gram'.' 

A prendre par cuilleri’cs à bouche. 

Au bout do six mois, le squirrhe 
se trouva guéri complètement. La 
malade avait employé, pendant ce 
laps de temps, .tOO grammes (en¬ 
viron 13 onces) d’iodure de potas¬ 
sium. {Journ. des Connais, méd. 
Septembre 1842.) 

— L’iodure de potassium est loin 
d’ôtre un médicament dont l’action 
puisse être régularisée au gré du mé¬ 
decin ; il a une action pathogénique 
dont les effets sont en général assez 
prompts à se manifester, et ciue M. Ri- 
cord,ie premier, a signalée dans l’a¬ 
vant-dernier nuinérodenolrejournal. 
Aussi regrettons-nous de ne pas voir 
mentionner dans cette observation si 
remarquable par la quantité du mé¬ 
dicament ingéré, ses effets sur l’en- 
seinbledel’économie. Serait-eequ’ils 
ont été nuis? Dans cette hypothèse, 
ce fait prouve à quel point de tolé¬ 
rance on peut arriver, quand ou a 
soin de doser progressivement un 
médicament même (les plus actifs. Il 
démontre en outre la justesse de ce 
principe fondamental de thérapeuti¬ 
que, que l’on ne peut jamais connaî¬ 
tre d’une manière exacte le sens sui¬ 
vant lequel l’économie sera modifiée 
par une médication tant qu’elle n’au¬ 
ra pas été soumise à l’agent médica¬ 
teur et mise ainsi en demeure de réa¬ 
gir contre lui. 

Enfin, que penser de la résolution 
du squirrhe lui-mêmeavec les carac¬ 
tères on ne peut plus confirmatifs 
que lui assigne l’observation? C’est lâ 
sans doute une guérison inespérée, 
et si l’observateur n’a ças pris le 
change sur la nature véritable de la 
tumeur, il faudraiteroire que l’iodurc 



( 398 ) 


de potassium, à hautes doses, a des 
propriétés que nous ne soupçonnions 
pas. C’est à l'expérience de contrôler 
ce résultat insolite par de nouxelles 
recherches. 


TÉTANOSTRATnaATIQUE, traité 
avec succès par lesesqiii-carbonate 
de fer. Il s'agit d’un homme de qua¬ 
rante-quatre ans, qui eut le gros 
orteil écrasé par une roue de voi¬ 
lure. Huit jours après l’accident il 
fut frappé d’eniprostholonos; il pou¬ 
vait à peine avaler, les mâchoires 
serrées n'admettaient dans leur écar- 
teincnt qu’une petite cuiller. Pouls 
à 108, transpiration abontlanle, yeux 
hagards, contenance anxieuse. ' Ca¬ 
lomel 30 cenlig., huile de castor 60 
gram. Le soir pas d’amélioration, 
malgré l'elTet purgatif obtenu. Ses- 
qui-carbonale de fer 2 drachmes à 
prendre toutesicsdeux heures. Le len¬ 
demain 18 avril, pas d’amendement : 
on continue le fer, dont la dose est 
augmentée. Le soir la respiration est 
plus libre. Même traitement. 

Le 19 le malade avale mieux, parle 
plus distinctement et peut se tourner 
flans son lit. On continue le fer à la 
dose de 60 gram. en deux heures. 
On administra cettequantitéjusfiu’au 
vingt-septième jour, où le malade 
put se lever et sortir. On la réduisit 
alors |)ar degrés jusqu’au 11 mai, où 
l’usage du ferfut tout à fait supprimé, 
le malade étant complètement guéri. 

—Si l’eflicacilé du fer contre les af¬ 
fections nerveuses frétpiemment ob¬ 
servées cher, des sujets débilités, et 
surtout chez des femmes chlorotiques, 
e.st un fait généralement connu; cette 
ellicacité dans le tétanos nous a paru 
assez remarquable pour soumettre^ 
nos'lecteurs cette médication nou¬ 
velle, qui tendrait juseju’à un certain 
point à éclairer la nature de cette 
terrible maladie. [Gaz. méd. de 
Paris, octobre 1812). 


TRANSPOSITION du cœur à 
droite et du foie à gauche. A l’ou¬ 
verture de cadavres on a maintes 
fois trouvé le cœur situé à droite 
dans la poitrine et le foie dans 
l’hypocondre gauche, sans qti’on ait 
soupçonné cette disposition pendant 
la vie du sujet. Mais la constatation 
sur le vivant d’une semblable ano¬ 
malie est un fait rare, à tel point qu’un 
fie nos plus savants médecins, M. De- 
lens, (|ui en a rapporté un exemple 
à la Société de médecine de Paris, 
n’en connaît pas d’observation pu¬ 


bliée dans les annales do la science. 
M. Delens soigne une dame chez 
laquelle il a conslalé,ily a trenteans, 
la transposition desorganesdontils’a- 
git. Après s’ôtre cssoutlléoà ladanse, 
cette dame, alors jeune fille, pour 
maîtriser la violence des battements 
de son cœur, porta la main sur le 
côté droit de la poitrine. Celle posi¬ 
tion peu rationnelle de la main fut 
l’indiçe qui dirigea l’exploration de 
notre honorable confrère, qui, le 
lendemain, reconnut en elfel chez elle 
la transposition du cœur dans le côté 
droit de la poitrine; un examen at¬ 
tentif lui lit i-cconnaîlre également 
la présence du foie dans l’bypocondrc 
gauche. Celle dame est encore (ileine 
de vie, et l’on peut constater chez 
elle celle anomalie. [Procès-verbaux 
de la Soc. méd. de Paris, octobre 
1842.) _ 


VARIOLE [Transmission de la) 
dl'he omme aux animaux.3I.Kaycr, 
dont tant de fois nous avons à men¬ 
tionner le nom pour des travaux im¬ 
portants, commence un recueil tri¬ 
mestriel intitulé Archives de méde¬ 
cine comparée. Ce recueil a pour 
destination immédiate l’élude des 
maladies dans la série animale, pour 
but lointain l’histoire universelle de 
ces maladies, pour point de vue con¬ 
stant la comparaison et lagénéraiité, 
et la spéculation pure pour caractère 
nécessaire. 

M. Rayer le déclare dans sou aver¬ 
tissement, sa publication est une 
O'uvre de science; elle n’a aucune 
dcslinalion pratique, on ne peut en 
attendre aucune application inmu'- 
diate; et il ajoute cette réflexion 
pleine île vérité, «que dans la mé¬ 
decine, la distinction fondamentale 
entre la science et l’art n’est peut- 
être lias aussi communément in¬ 
culquée dans les esprits qu’il im¬ 
porterait (lu’cllc le fût. » Quoique 
notre journal ait pour but uni¬ 
que l’art, la pratique, nous trouve¬ 
rons néanmoins souvent deqiioigl.a- 
ner dans le savant recueil de M. 
Rayer. Ainsi, dans ce premier nu¬ 
méro même, nous pourrions intéres¬ 
ser nos lecteurs en leur parlant des 
anévrysmes vermineux île l’artère 
mésentérique qu’on rencontre chez 
le cheval, l’âne et le mulet ; des vers 
qu’on trouve dans le sang, dans le 
cœur, les artères, les veines de cer¬ 
tains animaux; des acares vivant 
d.ans les follicules pileux de l'hi mme. 
en santé et en maladie, etc., etc. I-a 



( m ) 

(lésîgnalion pure et simple décos polile vérole de l’homme aux singes, 

difforenls articles fera tout à fait Vil)ory a aussi transmis par inocula- 

comprendre l’esprit de cette piihiica- lion la petite vérole de l’iiomme à 

lion. Nous nous hornerons aujnur- plusieurs singes, au chien et au porc, 

d’hui à extraire quelques lignes d’un M. Grève, en 1812, a vu également 

article de M. Rayer sur les maladies la petite vérole de l’homme se déve- 

qui ont rétgné sur l’iiomme et sur lopper chez Un singe qui avait joué 

les animaux pendant l’été de 1812. avec des enfants malades de celteaf- 

I.es maladies épidémitiues qu’on a fection. I.cs boutons se développè- 

rcinarquécs sont la rougeole, la va- renl et eurent leur cours. Il prit du 

riole, la fièvre typhoïde et la scarla- pus variolique sur ce siuge et en ino- 

line. La rougeole et la scarlatine cula un chien harhc.t à la jambe 

n’ont jamais été observées sur les droite; une éruption variolique s’en- 

aniinaux; quant à la variole, plu- suivitsiircechien.F.ii 18U,HI.Grève 

sieurs médecins et quelques véléri- prit du pus sur un enfant (pii avait 

naires alBrment l’avoir observée sur une éruption variolique de bonne 

plusieurs animaux. M. Rayer a cher- nature, et en inocula 2 singes, i jeu- 

ché pendant l’épidémie régnante à nés porcs, 8 chiens et 2 renards. Les 

vérifier cette assertion : ses recher- 2 singes, 3 porcs, 7 cliicns et 1 rc- 

ches ont etc infructueuses. nard furent infectés. Ainsi, si ces 

Du reste, si la petite vérole n’at- animaux ne sont presque jamais at¬ 
teint pas spontanément les animaux teints de la variole de l’homme pen- 

ou les attaque très-rarement dans dant les épidémies, cette maladie 

les épidémies varioliques, elle peut peut cependant leur (être transmise 

leur être transmise par contact et par par inoculation. {Archives de tnéde- 

inocutatiou.Paulel, Huzard, assurent cine comparée, octobre 1842.) 

avoir observé la transmission de la 


VARIÉTÉS. 


r ongrés scientifique de Strasbourg. —Le congrès scicntirujuc de 
1842, (jiii a ouvert sa session à Slraslionrg le 28 scptcmlirc dernier, a 
été rcinar(|uable par le nombre de savants de tous les pays (pti y ont 
pris part, et par les importants travaux qui ont occupé les séances de.s 
sessions. Le congi’ès a eu onze jours de travaux actifs, onze séances 
générales et (ptatre-vingt-neuf séances de section ; 1,008 personnes y 
ont pris une part active. Toutes les nations y avaient pour ainsi dire 
leurs représentants. On y comptait 139 .Mlcmands, 33 Suisses, 11 Ita¬ 
liens, 6 Anglais, 5 Russes, 5 Belges, 3 Hongrois, 2 Polonais, 1 Suédois, 
1 Norvégien, 1 Hollandais, 1 Espagnol, 1 Américain. 

La section des sciences médicales a etc une des plus nondircuscs ; 242 
médecins, pharmaciens et ebimistes ont pris part à scs travaux. Nous 
citerons les noms honorables de MM. Nœgclé, de Heidelberg; Textor, 
de Wurtzbourg; D’ammon, de Dresde; Mayor, de Lausannp, Rcrtini, 
de Turin; Vlcminks, de Bruxelles ; de Haldat, de Nancy ; Lepcllcticr, du 
Mans; Bonnet, de Besançon ; Pravazet Pétrequin, de Lyon, etc., ete. La 
section des sciences inédicailes a élu pour son président, M. Forget, pro¬ 
fesseur de la Faculté de Strasbourg; pour vicc-pré.sidcnLs, MM. Ebrmanii, 
Textor, de Wurtzbourg, et Mayor, de Lausanne; pour Secrétaire, M. Stœ- 
ber, et pour secrétaires-adjoints, MSI. (i. Tourdes etOppennann. Celle 
section a tenu douze séances; elle a traité 13 ([ucstion.sdu programme. 



( 400 ) 

et entendu à leur oceasion 14 mémoires ; elle en a reçu 20 autres sur 
divers sujcLs; total 34 travaux étendus. 

Séance d’ouverture de la Faculté.—Discours de M. Trousseau. 
—La séance d’ouvertiue et la disüibution des prix de la Faculté a eu 
lieu dans le grand ampliitliéâtre, le 3 novembre dernier. Le discours a 
été prononcé par M. Trousseau. Ce professeur a pris pom’ sujet, les Wé- 
tliodes médicales. De sa parole abondante et vive, il a combattu la mé¬ 
thode iiuméri(jue et ses applications pour donner l’avantage à la méthode 
d’induction ; il veut qu’on ne confonde pas dans la médecine, l’art et la 
science. La médecine, c’est l’art de guérm. Le praticien est un artiste, 
comme le pocte, le peintre, le musicien ; c’est déranger la médecine de 
sa voie utile que d’en faire, comme on le veut aujourd’hui, une science, 
])our la incltrcà côté des mathématiques, de l’astronomie, de la phy.si([He. 
Il n’appartient pas à tout le monde de devenir artiste, au lieu que les 
intelligences les plus subalternes peuvent acquà'ir la science. Voilà en 
(juatre mots la substance du discoiu-s de M. Trousi;cau. 

Correspondants français de l’Académie de médecine de Bel¬ 
gique. — L’Académie de médecine fondée l’an passé à Bruxelles a élu 
en France pour ses correspondants : MM. Bégin, Bouillaud, Breschet, 
Chevalier, Chomel, Dumas, Floiu'ens, Forget à Strasbourg, J. Guérin, 
Lallemand à Montpellier, Leroy-d’Etiollcs , Lisfranc , Magendie, 
Moreau, Orfila, lloux, Serres à Montpellier, Soubeiran, Velpeau. 

Sœurs de la Charité à Alger. —Alngt-deux soeims de la Qiarité 
viennent de partir pour Alger, oùcllessontajtpclécsh dcsscn'ir l’hospice 
civil de la capitale de notre colonie afi-icainc. 

— Voici la question mise au concours pour 1843 par l’excellent Jour¬ 
nal d’Oculistique publié à Bruxelles par M. le doctciu- Cimier : « Faire 
riiistoire de la cataracte capsulaire secondaire ; décrire scs variétés, scs 
causes, et les meilleurs procédés pour la détruire. » Le prix est une mé¬ 
daille d’or de la x’aleur de 150 Il'ancs et un abonnement gi-atuit de cinij 
années. Les mémoires, éa-its en latin, français, hollandais ou allemand, 
doivent être adressés à M. le doctem- Cimier, 13, Montagne-Sainte- 
Élisabeth, à Bruxelles, avant le l'’’ août 1843. 

— La Société de médecine de Strasbourg^ qui vient de se fonder, a 
tenu le 10 novembre sa première séance. Elle se compose de 60 membres 
professeurs de la Facidté ou praticiens de la ville. Elle s'est constituée 
en nommant M. Ehrmaim président, MM. Stoltz et Forget vicc-prési- 
<lcnls,MM. Slœbcret Toiirdesfilssecrétaire.s, et M. Oberlin archiviste- 
trésorier. 



( 401 ) 


THÉRAPEÜTIQÜE MEDICALE. 


NOTE SUR LA COMPLICATION DE QUELQUES PHENOMENES , DITS TYPHOÏDES , 
AVEC DES MALADIES DIVERSES. 

La fièvre typlioïde domine aujourd’hui la paüiologie interne. Cette 
mystérieuse et terrible affection, que nos prédécesseurs, avec tant de 
raison et de bon sens, avaient qualifié de maligne, a mis en défaut 
jusqu’ici les plus savantes, les plus sagaces et les plus persévérantes re¬ 
cherches. Loin de se décourager par la stérilité de leurs efforts , les 
médecins modernes semblent au contraire les redoubler à mesure que 
a’oissent et se nuiltiiilicnt les motifs d’incertitude et de doute ; car, chose 
pénible, mais malheureusement ü-op vraie, chaque pas fait sur ce ter¬ 
rain , loin d’éclaircir la matière, semble rciuh-e plus épaisses les ténèbres 
tpii l’entourent. Il y a plus; l’attention de quehiuespraticiens est telle¬ 
ment absorbée par la fièvre typhoïde, qu’ils la voient là où souvent elle 
n’existe pas, qu’ils donnent à certains symptômes une valeur exagérée, 
et que, sur la foi de résultats thérapeutiijues favorables, parce qu’ils 
étaient faciles, ils encombrent la pratique de préceptes décevants quand 
ils ne sont pas dangereux. 

Il y a aujourd’hui un beau travail de pratique à faire, très-opportun 
et ti-ès-utile, c’est celui de rechercher quelles sont les maladies qui peu¬ 
vent revêtir un ou plusieurs caractères de la fièvre typhoïde, et quelle 
est la modification ipie cette forme nouvelle doit apporter à leur ti'aite- 
nrent. H n’est pas de praticien qui n’ait en occasion d’observer des phleg- 
masics diverses présentant, soit dès leim début, soit dans leur marche, 
soit dans leur terminaison, des phénomènes insolites tout à fait analo¬ 
gues à ceux de la fièvre typhoïde ; la littérature médicale possède un 
grand nombre de faits de ce genre, mais il n’en est pas encore résulté 
un travail d’ensemble et de coordination qui conduise à des préceptes 
de thérapeutique importants. Les bons observateurs de tous les temps ont 
noté les formes adynamique et ataxique que présentaient les maladies 
dans certaines circonstances ; mais toutes les maladies sont-elics dans 
ce cas? A quelle époque de leur existence arrivent ces phénomènes? 
Quelles conséquences en faut-il tirer pour le ü'aitement? Tout cela est 
encore fort obscm’, et demande une observation nouvelle. 

Cette courte note n’a certainement pas la prétention de combler celte 
lacune. Raconter quelques faits récemment observés, (|ui pourront cire 
TOME xxm. Il” LIV. 2fi 




( 402 ) 

consultés pour im travail ultérieur, tel est le seul but de cet article. 

Dans le m8i§ Ü’àdflt dernier, à l’ép'otjiife oîi itii grahd nombre de 
fièvres typhoïdes s’observaient à Paris, je fus appelé pour voii- un jeune 
homme de vingt et un ans, menuisier, logé passage Saulnier. Ce jeune 
homme était malade depuis cinq jours; après une journée passée à la 
barrière, ou, sans faire de grands excès de boisson, il avait dansé une 
partie de la nuit, il se trouva, le lendemain, très-fatigué, se plaignit 
de douleur de tête et d’un malaise général, qu’il crut combattre en pre¬ 
nant plusiem’s verres de vin chaud. Le lendemain le malaise augmenta; 
il éprouvait des nausées, une céphalalgie violente, de la diarrhée; il eut 
une épistaxis. Aggravation des accidents les jours suiv'ants, un peu de 
délire pendant la nuit; les parents effrayés m’envoient chercher. 

Je le trouve dans l’état suivant : hébétude, stupeur prononcée, re¬ 
gards incertains, langue sèche, très-rouge à la pointe, avec enduit jau¬ 
nâtre ; lèvres et gencives très-sèches ; ventre ballonné, douleur et 
gargouillement à la région iléo-cœcale ; pouls Ibrt, redoublé, fréquent 
(115 à 120); quelijucs taches rosées lenticulaires sur la poitiûne et à la 
partie interne des bras. Depuis vingt-quatre heures il n’a pas été à la 
selle. Râle sibilant dans la poitrine, petite toux assez fréquente sans 
expectoration. 

Sur cet ensemble de phénomènes personne, je crois, n’eût hésité à 
diagnostupier une fièvre typhoïde grave ; c’est aussi ce que je lis. Un 
peu sceptique à l’eiub-oit du traitement de cette maladie, je me bornai 
à preserhe une boisson émolliente, des cataplasmes émollients sur le 
ventre, et quelques révulsifs aux extrémités inférieures. 

Bien m’eu valut ; le lendemain, à mon grand étonnement, les graves 
phénomènes cérébraux avaient disparu, les taches rosées lenticülaircs 
ne se reconnaissaient plus, cachées qu’elles étaient sous l’éruption géné¬ 
rale, presque conllueute, du premier degré de la variole. C’était biéii, 
eu effet, cette lièvre éruptive ([ui parcourut toutes ses périodes avec scs 
phénomènes ordinaii-es, si ce n’est que la période de desquamiuation 
fut plus longue et moins franche qu’elle ne l'est généralement. 

Je ne crois pas, du reste, cpie par quelque traitement que ce fut j’eusse 
empêché le développement de la variole : sa marche régulière aurait pu 
eu être troublée, sa terminaison autre et peut-être funeste ; mais il n’est 
au pouvoir d’aucune médication, ipioi cpi’on en dise eu certains lieux, de 
juguler une variole. J’ai eu occasion d’en être convaincu par l’exemple 
suivant, qui présente tant d’analogie avec le précédent, que si je l’avais 
eu bien présent à la mémoire, j’aurais peut-être été plus circonspect dans 
mon premier diagnostic. 

Un jeune homine de vingt-trois ans, cordier, après être sorti de 



( 403 ) 

l’Hôtel-Dieu, où il était lesté quclifiies jours pour une courbature géné¬ 
rale, éprouva de nouveau de la fatigue, de la céphalalgie, des tiutc- 
meuts et des bourdonnements d’oreilles, du dévoiement et une épistaxis. 
Après huit joms de ces prodromes, il enU-a à la clinique de la Charité 
avec les phénomènes sim ants : langue rouge à la pomte et sur la circon¬ 
férence, blanchàü'c à la base ; douleur et giU'gouillemenl dans la région 
üiaque droite ; région sous-ombibcale legereinent meteonsée ; pouls à 92 ; 
plusieui's papules rouges, s’effaçant par la pression, sim Fabdomeu et à la 
base de la poiti'ine, iiue selle liquide, deux vomissements dans la jour¬ 
née, faiblesse générale, coiubatiire, céphalalgie, étourdissements, tinte¬ 
ments d’oreilles ; épistaxis dans la matinée (saigiice du bras 3 palettes) ; 
diagnostic; lièvre typhoïde, cas grave. 

Le lendcmahi, taches rosées jilus nombreuses, (]uelques sudamina ; 
stupeur prononcée, hébétude du regard, parole lente et faible, lèvres 
et uai-ines sèches, haleine fétide, tension et gargouillement dans la ré¬ 
gion ibaque ; pouls à 94 , légère épistaxis le matin ; le sang de la saignée 
ofli’e un caillot d’une mollesse diflluentc, sans couenne (nouvelle saignée 
de 3 palettes; ventouses .scariliées). 

Le troisième joim, mie éruption pustuleuse de petite-vérole couvre le 
front, les doigts, le cou, les poignets, et cette maladie suit dès lors sa 
marche ordinaire, en meme tenqis (pie .se sont dissipés tous les symplù- 
mes typhoïdes qui avaient inspiré de l’impiiélude. 

Les praticiens qui ont admis l'identité îles érujitions v arioleiises et 
typhoïdes, qui ont appelé la lièvre typhoïde une i ariole interne, ver¬ 
raient dans ces deux faits une conlirmalion de leurs idées. Malheureu¬ 
sement pour eux ce n’est pas seulement dans la variole ([u’on peut obser¬ 
ver bi coïncidence ou la compheation, si l’on veut, des phénomènes ty¬ 
phoïdes. U n’est pas de fièvre éruptive qui ne puisse leurdomier lieu, et 
j’en ai observé un très-bel exemple dans la sc^irlatine, à la Charité, dans 
les salles de M. Auih-al. 

Un jeune maiiou, âgé de (piinze ans , après avoir éprouvé, depuis 
15 jours, une courbatm-c générale, des épistaxis et de la diarrhée, entre à 
l’hôpital le 31 août dernier. On note les phénomènes suivants : stupeur, 
coloration rouge de la peau, 108 puLsations, ràlc sibilant dans la jioi- 
trine ; langue sèche, rouge ; fuliginosités sur lc.s dents et sur les lèvres ; 
ventre tendu. gargoiullemciit a droite sur la fo.sse iliaipie ; .selles li’é- 
quentes ; rougeur et gonllemcnt de la gorge, recouverte au Ibnd de 
plaipies diphthéritiques. 

L’éruption scailatincuse se dessina les jours .suivants et parcourut ses 
périodes accoutumées ; ina)s les jihénoniènes de stupeur, le gargouille¬ 
ment, la diarrhée , pcrsistaieul encore que la de.squammatiün était 



( 404 ) 

presque complète. Ils se dissipèrent peu à peu, et le malade arriva à une 
convalescence fi-ancte et durable. 

Ce n’est pas seulement dans les fièvres éruptives que l’apparence ty¬ 
phoïde peut se mêler à d’autres phénomènes morbides. On l’a vue sur¬ 
venir à l’occasion d’affections les plus légères, et faire changer du jour 
au lendemain, pour ainsi dhe, un pronostic grave. 

Le 2 décembre dernier entra à l’hôpital des Enfants un jeune garçon 
de onze ans, malade depuis trois jours. Sa maladie a débuté par une 
violente courbature : la nuit suivante, forte chaleur, suivie de sueurs ; puis 
mal à la tète et au ventre. Les parents lui donnent de l’absinthe, qoi le 
fait vomir. Le soir, il est sans connaissance. Le troisième jour, délire et 
agitation ; on le mène h l’hôpital, où on observe ce qui suit : agitation 
extrême, réponses nullcs ou incohérentes ; langue blanche au centre , 
rouge aux bords , sèche; haleine fétide, pas de ballonnement, pas de 
selles ; pouls irrégulier, peu fréquent; un peu de toux. (Limonade, deux 
lavements purgatifs qui déterminent une selle abondante; sinapismes aux 
pieds). L’agitation continue ; il a la langue rouge, sèche ; il se plaint 
de douleurs à la région iliaque droite ; un peu de délire. 

Le 4 décembre, même état (eau de Sedlitz). Le 5, tous les symptômes 
se sont amendés, et le jour suivant il entre en convalescence. 

Bien que le diagnostic du chef de senice ait été formel, tout le 
monde répugnera à voir là un exemple de fièvre typhoïde confirmée. 
Cet enfant a présenté quelques phénomènes simulant cette affection re- 
doutalde, que quelques verres d’eau de Sedlitz ont dissipés comme par 
encliantement. Or, on sait conil)ien est énergique l’action des stimulants 
intestinaux sur les congestions cérébrales, si fréquentes dans l’enfance. 

Ces faits, qu’il serait très-facile de midtiplier, et dont chaque prati¬ 
cien a observé des exenqrles, ne doivent pas être stériles pour la pratique. 
Les anciens obsciTateurs, Morton, Sai’côue,Baglivi, Dchaën, Pinel, etc., 
ont beaucoup insisté sur les cai’actèrcs insidieux que peuvent revêtir 
certaines fièvres ; leurs observations témoignent de l’attention qu’ils por¬ 
taient à ce sujet ; mais, privés des lumières que le diagnostic offre en ce 
moment, il e.stsouvent difficile de reconnaîti’e à quelles affections ils ont 
eu réellement affaire. Un travail de ce genre donnerait aujourd’hui 
d’autres résultats. S’il était possible de tirer des conclusions légitimes des 
quelques faits (jue j’ai cités, on pourrait dire : 

Que le diagnostic de la fièvre typhoïde n’est pas toujours aussi clair, 
aussi facile que le disent la plupart des auteurs contemporains ; 

Que quelques fièvres éruptives, la variole entre" autres, peut débuter 
par un ensemble de .symptômes tout à fait identique à celui delà fièvre 
typhoïde ; 




( 405 ) 

Qu’il semble que l’éruption variolique une fois déterminée, l’appareil 
typhoïde se dissipe et s’éteint ; 

Que cet appareil typhoïde se présente comme coïncidence ou compli¬ 
cation dans' une foule de maladies diverses ; 

Qu’au début de ces maladies, il ne paraît avoir aucune inQuence sur 
leur développement et sur leur marche ; 

Enfin, qu’à cette période de début, il ne paraît pas donner lieu à 
des indications de traitement spéciales. 

Amédce Laiodb. 


BECUERCUES SUR LES rBOPRtÉTÉS FÉBRIFUGES DU CNICIN (PBINCIPE AMER DU 
CBARDON bénit), 

Par M. NON.VT, médecin des hôpitaux, etc. 

Quoique nous ayons dans le quiiujuina un remède efficace contre les 
fièvres intermittentes, cependant, en raison du tribut que cette écorce 
nous impose chaque année, on conçoit que la découverte d’un fébrifuge 
indigène capable de remplacer le quinquina serait de la pins haute im¬ 
portance. G’c.st pourquoi on ne saurait trop encourager les travaux en- 
tiepris dans cette direction. 

Parmi les plantes qui croissent dans nos contrées, plusieurs jouissent 
de propriétés fébrifuges. Tontes, il est vrai, sont inférieures au quin¬ 
quina ; mais si l’on parvenait à en séparer le principe actif, on finirait 
peut-être par trouver une substance analogue à la quinine. Espérons 
qu’un jour, grâce aux progrès de la chimie organique, nous serons en 
état de résoudre cette intéressante question. Le travail que nous récla¬ 
mons pour toutes nos plantes fébrifuges a déjà été exécuté pour quel¬ 
ques-unes. Ainsi, M. Leroux, pharmacien à Vitry-le-Français, a obtenu 
le principe actif du saule, la salicine ; M. Delcschamps est parvenu à 
extraire le principe actif des feuilles de houx, Yilicine ;enfm, M. Nativel, 
préparateur de chimie de M. Guérin, vient d’isoler le principe actif du 
chardon bénit, le cniciti. 

La salicine a été l’objet d’un grand nombre d’expériences clini([nFS. 
Elle fut considérée par MM. Magendie, Miquel, et par d’autres médecins, 
comme susceptible de remplacer le sulfate de quinine dans beaucoup de 
cas. Voyez., sur ce sujet, le rapport de M. Magendie {Annales de 
Chimie et de Physique , t. Xmi, p. 440). Depuis cette époipte, 
les expériences faites sur la salicine n’ont p.is tontes été d’accord avec 
les résultats obtenus par les praticiens que je x'icns de ciler» De mon 
côté, j’ai soitmis la salicine à quelques essais, et je dois dire que ces essais 



( 406 ) 

ne m'ont point révélé, dans cette substance, une ja'ande puissance fébri¬ 
fuge. J’ai TU la salicine cou])er la fièvre dans plusieurs cas, mais j’ai 
remarqué aussi (lu’ellc n’a aucune influence sur l’engorgenient de la rate, 
et qu’elle ne met point les malades à'irabri des récidives qui succèdent 
aux fièvres intermittentes. Je publierai bientôt les expériences que j’ai 
faites à ce sujet. 

L’ilicine est-elle plus efiicace que la salicine? je ne saurais le dire, 
attendu que je n’ai jamais employé cette substance. J’ignore également 
(|uelles sont les vertus fébrifuges des feuilles de boux ; mais il ré.sulte des 
expériences deM. le docteur Emmanuel llousseau, que, prises en pondre 
il la dose de six gi’aniraes pendant plnsieui's jours, les feuilles de boux 
triomplient cnnstainment des Hêt res intermittentes. D’autres médecins 
ont retiré d e bons effets de l’usage des feuilles de houx, soit en poudi'e, 
soit en décoction dans beau, soit eu infusion dans du vin. Il me suffira de 
r.ippeler ici les résultats obtenus par W. Magendie, M. Constantin, 
médecin de la marine à Koclicfort, ]M. Raymond, médecin à Toulon, 
MM. Delormel et Serrurier, à Paris, etc. Toutefois, nous devons faire 
obsen er, d’après M. Magendie, (juc les feuilles de houx n’arrêtent pas les 
paroxysmes fébriles avec autant de jiromptitude que le sulfate dequininc 
ou la salicine. Ajoutons, enfui, que plusieurs praticiens se sont servis des 
feuilles de houx sans aucun succès. 

Ce qui tend du reste à prouver ijiie les feuilles fie houx et l’ilicine sont 
loin d’égaler la quinine, c’est que leur usage est, pour ainsi dire, tombé 
dans l’oubli. 

Arrivons niaiiitenaiit à l’étude des propriétés fébrifuges du principe 
actif du chardon bénit, découvert par M. Nativel, et désigné sous le nom 
de cnicin. 

Ce principe immédiat se renconti-e dans tontes les plantes de la famille 
des cardiiaa-es. C’est lui qui donne à l’artichaut sa saveur amère. 

On sait depuis longtemps que le chardon bénit et plusieure végétaux 
du même genre jouissent de la propriété de couper les fièvres intermit¬ 
tentes. Ces plantes sont employées dans ce but par les habitants des cam¬ 
pagnes. et ligurent au nombre des fébrifuges dans les ouvrages des mé¬ 
decins de la jilus haute aiili<|uité. Dès que le quinquina fut importé en 
Europe, rusage du chardon bénit corainn fébrifuge fut presque entière- 
ineiil abandonné ; mais, comme la(|uiniue aune action plus elficace que 
le (|uiuquina, il était possible que le cnicin produisît des elïèts plus avan¬ 
tageux que le chardon bénit. L’cxpéiience seule pouvait décider cette 
ijueslioii. Ehi coiiséiiuciice, M. Cuérin ayant eu l’obligeance de me re¬ 
mettre une certaine quantité de cnicin, je soumis ce médicament à divers 

essais. Jecommeiiçaimesrechci'clies sur cesiijetaumoisdeseptemlH’e 1838; 



( 407 ) 

mais à cette époque, n’ayant eu à ma disposition qu’une très-petite quantité 
de cnicin, je fus obligé de suspendre mes expériences. 

Au mois d’avril 1839, je repris la suite de mes reclierches, et je pus 
me livrer à un plus grand nombre d’essais. J’aurais désire varier dav'an- 
tage mes expériences, mais M. Guérin n’a pu me fournir la quantité de 
cnicin dont j’avais besoin. En attendant (jue je puisse compléter mes 
rccberches, je crois devoir, dès à présent, faire connaître les résultats 
auxqueb je suis arrivé. 

Le cnicin est une substance d’un beau blanc, cristallisée, sans odeur, 
d’une amertume prononcée, qui laisse un arrièrc-gofit nauséeux ; U est 
presque insoluble dans l’eau, trcs-sohdde dans l’alcool et dans l’eau 
alcoolisée ; il n’apoint d’action sur les paj)iers bleu et ronge de tournesol ; 
en un mot, il est parfaitement neutre. Il ne forme aucune combinaison 
avec les acides et les bases salifiablcs, et il s’altère facilement en pré¬ 
sence d’un acide ou d’un alcali. 

Avant d’entrer dans le détail des expériences que nous avons faites 
pour apprécier les vertus fébrifuges du principe amer du chardon bénit, 
disons quelques mots de son action physiologique. 

Introduit dans l’estomac à la dose de vingt-cinq à cinquante centi¬ 
grammes, le cnicin détermine une sensation de chaleur acre, brûlante, 
dans le pharjuix et l’œsophage ; bientôt après il occasioimc un sentiment 
de constfiction plus ou moins incommode, qui paraît sur-tout occuper 
l’oesophage. L’impression qu’il développe sur la meiidrrane intei-ne de ce, 
conduit a quelque ressemblance avec celle qui succède à l’ingestion d’une 
liqueur alcoolique. On peut diminuer et même faire cesser entièrement cette 
sorte d’impres.sion en buvant quelques gorgées d’eau rougic. Le cnicin 
agit également sur l’estomac et les intestins. Il dévelojrpe dans la région 
épigastrique une sensation de chaleur âcre plus ou moins forte, et dans 
bien des cas il provoque le v-omissement. A ces effets se joignent fré¬ 
quemment des coliques et delà diarrhée. Tels sont les phénomènes qui se 
manifestent après l’ingestion du cnicin dans l’estomac. Ces phénomènes 
ne sont pas de longue durée, ils disparaissent au bout de deux à trois 
heures. Je n’ai point vu le cnicin, à la dose de 25 centigr. à 1 gramm. 
25 centigr-. par jour, donner lieu à une phlegma.sie de la membrane 
muqueuse gastro-intestinale. Chez quelques sujets, l’excitation qu’il pro¬ 
duit est telle, qu’elle peut devenir générale et s’élever jusqu’au mouve¬ 
ment fébrile. Ce dernier effet est d’iiire courte durée. 

Ainsi le cnicin possède une saveur amère, nauséeuse ; il excite la tuni 
rjue gastro-intestinale, fait naître des nausées et des vomissements peu 
dhnstants après soir inge.stioir dans l’e-stomac. Il agit ensuite sur les intes¬ 
tins et provoque des coliques et de la diarrhée. II peut troubler la cir- 




( 408 ) 

ciilation générale, produire l’accélération du pouls, augmenter la chaleur 
de la peau, en un mot, déterminer les phénomènes de la fièvre. Ces 
effets sont analogues à ceux ([ui résultent de l’administration d’une dé¬ 
coction de chardon hénit ; ils ont pour caractère commun de se dissiper 
d’une manière rapide et de ne laisser aucune trace à leur suite. 

Je n’ai point remarqué (jue la poudre de cnicin ait la propriété d’ex- 
citcrlcs sécrétions de la sueur et de l’urine. 

On ne peut disconvenir (|uc l’action éméto-catharlifpic du cnicin ne 
soit un obstacle à son emploi comme féluifuge. 

J’ai essayé de tliminucr cet effet, en associant l’opium au cnicin, mais 
je n’ai pas encore réussi à le dissiper tout à fait. Je me proposais d’admi¬ 
nistrer le cnicin eu lavement, lorsipic je fus obligé de suspendre mes 
expériences. 

J’employai ce remède dans quinze cas de fièvres intermittentes, pen¬ 
dant les mois d’avril, mai et juin 1839. 

Sur CCS quinzes cas, la fièvre a été coupée onze fois quelques jours après 
l’administration du cnicin. Les paroxysmes ont ce.ssé de paraître le 
deuxième ouïe troisième jour du traitement. Dans ces onze cas, lamalaihc 
était jilus ou moins ancienne ; ainsi, lorsipie nous coinnicnçàmes l’iisagc 
du cnicin, la fièvre datait d’une époque <pii variait entre huit et vingt- 
trois jours. Dans tous les cas nous avons constaté le retour elcla fièvre, 
avant de donner le médicament. Une seule fois le cnicin fut administré 
dès le lendemain de l’entrée du malade à l’iuqutal. J’ai cru devoir rap¬ 
peler celte circonstance, parce (pie je n’iguore pas ([ue plusieurs fièvres 
intermittentes sont susceptibles de se dissiper d’clle-mcmcs .sous l’in- 
llucnce seule du repos, des boissons délayantes et de la diète ; mais je 
sais aussi qu’elles s’arrêtent ordinairement moins vite que dans les cas où 
nous avons expérimenté le cnicin. 

Cependant, comme h la rigueur on pourrait nous objecter que la 
fièvre abandonnée aux seuls effoi-ts de la nature aurait pu gucrii’ .spon¬ 
tanément , nous avons eu soin de noter les changements survenus du côté 
de la rate, pendant l’emploi de la poudre de cnicin. 

En général, lorsque les lièvres se dissipent spontanément, l’cngorge- 
inent de la rate persiste après la cessation des paroxysmes fébriles. De là 
même, la raison pour laquelle les fièvres intermittentes livrées aux seules 
ressources de la nature sont extrêmement sujettes aux récidives. Nous 
nous bornons à rappeler ce fait, sur lecpiel MM, Bally et Piorry ont 
déjà fixé l’attention des médecins ; nous rcvicndi-ons sur ce point im¬ 
portant de l’histoire des fièvres intermittentes, dans un travail que je 
me propose de publier bientôt. Ainsi, la rate n’éprouve souvent aucune 
diminution dans son volume lors(|ue la lièvre se dissipe d’une manière 



( 409 ) 

spontanée. Eh bien, sur les quinze cas de fièvres intermittentes que nous 
avons traites par le cnicin, la rate a repris ses dimensions naturelles 
dans sept cas, elle a diminué de volume dans sept autres cas ; une seule 
fois cet organe n’a subi aucun changement. 

Cette influence du cnicin sur l’engorgement de la rate est d’une grande 
importance à nos yeux, car elle nous prouve que ce médicament modifie 
réellement la cause qui prodmt et entretient la fièvre. 

Soit que nous consultions l’action du cnicin sur les paroxysmes fébriles, 
soit ([ue nous interrogions les modifications que ce remède imprime à 
l’engorgcracnt de la rate, nous sommes autorises à conclure que le cni¬ 
cin est doué de vertus fébrifuges. 

Il nous reste maintenant h déterminer jusqu’à quel point le cnicin peut 
remplacer le sulfate de quinine. Nos expériences établissent d’une ma¬ 
nière péremptoire (pie le principe actif du quinquina est un fébrifuge 
plus énergique que le cnicin. En effet, le sulfate de quinine a été employé 
avec succès dans les fièvres intermittentes cpii avaient résisté à l’admi¬ 
nistration du nciein. Ce qui fait ressortir davantage la supériorité du sid- 
fatc de (|uinine sur le cnicin, c’est la manière dont ils influencent l’un et 
l’autre rengorgement de la rate : le cnicin a jnoduit sept fois sur quinze 
la résolution de l’engorgement de la rate; le sulfate de quinine, au con¬ 
traire, a fait di.sparaîtrc cet engorgement dans tous les cas où nous l’a¬ 
vons mis en usage; car le cnicin lit cesser la lièvre, ou du moins il en 
calma la violence; eu outre, il fut suivi d’une diminution du volume de 
la rate; mais au bout de quelques jours il resta sans action sur cet or¬ 
gane : en vain nous continuâmes l’emploi du cnicin, en vain nous en éle¬ 
vâmes la dose; la rate, après avoir un peu diminué de volume, resta 
tout à fait stationnaire; plusieurs fois même la fièvre ne tarda pas à re¬ 
naître. Alors nous eûmes recours au sulfate de cpiinine, et, sous l’influence 
de ce remède vraiment héroïque, non-seulement la fièvre fut bientôt 
coupée, mais la rate diminua de volume et rentra promptement dans scs 
limites naturelles. II n’en faut pas davantage pour établir cpie le sulfate 
de quinine conserve une supériorité marquée sim le cnicin. Cependant, 
comme le principe actif du quinquina est d’un prix fort élevé, le cnicin 
nous semble pouvoir être substitué au sulfate de quinine dans le traite¬ 
ment des fièxTes intermittentes qui ne sont pas accompagnées d’im en¬ 
gorgement considérable de la rate. Je ne doute pas que, combattuas à 
leur origine, un certain nombre de fièvres intermittentes ne soient sus¬ 
ceptibles d’etre guéries par l’influence seule du cnicin. 

Quant aux fièvres qui datent d’une époque éloignée, et dans lesquelles 
la rate a pris un gi-and volume, elles nous paraissent réfractaires à l’ac¬ 
tion du cnicin. Aussi ces sortes de fièvres doivent cti-e attaquées par le sul- 



( «ft ) 

fgte de quipine à haute dose. Quoi qu’il en soit, si les pvqpriétés fébri¬ 
fuges que nous avons constatées dans le cnicin se vérifient par de nou¬ 
velles expériences, ce médicament aura pour résultat de diminuer la 
consommation du quinquina et d’en faire baisser le pzix. N’eût-il d’autre 
résultat, on devrait l’accueillir avec faveur. 

Ce n’est pas tout : le cnicin nous semble pouvoir être associé avec 
avantage au sulfate de quinine. En effet, les malades traités sans succès 
par la poudre de cnicin n’ont pas eu besoin de prendre une aussi grande 
quantité de sulfate de quinine que s’ils n’avaicnf sidn aucun traitement. 
Les quantités de sulfate de ([uinine qui ont été nécessabes pour leur pro¬ 
curer une guérison complète et ramener la rate dans ses dimensions nor¬ 
males, s’élèvent depuis 2 grammes 55 centigrammes jusqu’à 6 grammes 
80 centigrammes. Ces diverses quantités sont bien inférieures à celles 
(jue je suis obligé de mettre en usage pour obtenir la résolution de l’en- 
gorgement de la rate. Ainsi, supposez que le prix du sulfate de quinine 
continue de s’accroître, et que le cnicin se maintienne à un prix très- 
faible, il y aura alors une économie réelle à l’associer au sulfate de qui¬ 
nine dans le traitement de toutes les espèces de fièvres intermittentes 
simples. 

Ayant essayé d’apprécier les vertus fébrifuges du cnicin, disons quel¬ 
ques mots de la dose à laquelle il convient de l’administrer, des formes 
sous lesquelles on peut le donner, des accidents qu’il est susceptible de 
développer, et des moyens propres à combattre ces accidents. 

1" Dose du cnicin. — Le cnicin, en raison des effets qu’il produit 
du côté des voies digestives, ne peut pas être employé à une dose élevée; 
en général, il faut l’administi-er à la dose de 25, 50 ou 75 centigi’ara- 
mes par jour; on peut ou porter la dose jusqu’à 1 gramme et 1 gramme 
25 centigr. dans les vmgt-quatre heures. Du reste, cela doit varier sui¬ 
vant les individualités morbides, l’intensité de la fièvre et l’engorgement 
de la rate. Jamais je n’ai porté la dose du cnicin au delà de 1 gramme 
2;} centigrammes par jour; et même je dois faire observer que, toutes 
les fois que je l’ai administré à une dose aussi élevée, il n’a pas tarde à 
exciter le vomissement; j’ignore par conséquent quek seraient les effets 
du cnicin à la dose de 1 gramme 50 centigi'ammes ou 2 grammes par 
jour. 11 serait important d’enlever au cnicin son action éméto-catharti- 
(pie; car si l'on pouvait l’admini-strer à une plus forte dose sans lu’ü pro- 
iluisît le vomissement, on obtiendrait peut-être avec ce moyen les mêmes 
effets qu’avec le sulfate de quinine. Ce dernier agit bien différemment, 
suivant qu’on le donne à telle ou telle dose : ainsi 5 grammes de sul¬ 
fate de (pinine, admini.strés à des doses fractionnées, produb'ontdes ré¬ 
sultats moins avantageux que s’ils sont donnés à la dose de 1 gramme 



( 411 ) 

30 centigrammes, 1 gramme ftO centigrammes, ou 1 gramme 80 centi¬ 
grammes par jour. On conçoit qu’U puisse en être de meme du cnicin. 
Jusqu’à présent nous n’avons aucun moyen de faire disparaîU'e l’action 
vomitive du cnicin. C’est vers la rechercjie de ce moyen que nous dirige¬ 
rons d&ormais toute notre attention. 

Nous nous sommes assuré que le cnicin, toutes choses égales d’ail¬ 
leurs, produit moins d’effets que le ^iilhite de quinine : ainsi 10 centi¬ 
grammes de ce sel sufliseut souvent pour couper la fièvre, tandis que 
nous avons été obligé, daiis beaucoup de cas, de porter Ip cnicin jusqu’à 
.')0 centigrammes par jour pour arrêter les paroxysmes fébriles. 

D’après cela, on voit que le sulfate de quinine a une action trois ou 
quatre fois plus énergique que le cnicin ; mais nous n’osons prétendre 
que telle soit l’expression de la valeur du cnicin par rapport au sullàte 
de quinine. .'Vvant d’asseoir notre jugement sur ce sujet, nous avons be¬ 
soin de nouvelles expériences. 

Ces résultats nous permettent de concevoir pourquoi le cnicin n’a pu 
dissiper l’engorgement de la rate dans les cas où cet organe avait pris 
un grand accroissement; car le sulfate de quinine adminisü’é à la dose 
à laquelle nous avons donné le cnicin, serait lui-même incapable de pro- 
duû-e toujom's la résolution de l’cngorgeinenl de la rate. En supposant 
le cnicin doué de la faculté de guérir l’engorgement de la rate qui ac¬ 
compagne les fièvres périodiques, il faudrait donner trois ou quatre fois 
phus de cnicin que de sulfate de quinine. On se rappelle que, dans nos 
expériences, nous sommes loin d’avoir atteint ce but. Dès lors nous n’a¬ 
vons pas lieu d’être étonné de l’impuissance du cnicin contre l’engorge¬ 
ment de la rate, dans les obsen'ations 8', 9®, 11% 12% 13“, 14'et 15°. 

Formes sous lesquelles ü convient de donner le cnicin, — Le 
cnicin peut .être administré de plusieurs manières ; mais nous sommes 
d’avis qu’on le donne en poudre dans du jiain à chanter. Nous l’avons 
fait prendre d’abord tenu en dissolution dans de l’eau alcoolisée, ou dans 
l’eau sucrée; nous fïimes bientôt obligé de renoncer à ce mode d’admi¬ 
nistration; car la solution du cnicui est tellement amère, nauséeuse, que 
la plupart des malades refusèrent de continuer l’usage de ce l’emède. 

Nous n’avons pas besoin d’ajouter que le cnicin peut s’adrainistrei’ en 
lavement. 

.Accidents qui résultent de l'emploi du cnicin. — Le cnicin pro¬ 
duit, ainsi que nous l’avons étabU en commençant, des nausées, des vo¬ 
missements, de la diarrhée avec ou sans coliques. Bien que ces accidents 
se dissipent promptement et d’une manière spontanée, sans laisser au¬ 
cune trace, cependant on ne satirait négliger les moyens qui peuvent 
modérer ou mêpie faire cesser ces accidents. Ainsi je suis d’avis qu’on 



( 412 ) 

associe le cnicin à l’opium et à la potion anti-émétiqne de Rivière. Lors¬ 
qu’on a recours au cnicin, il est nécessaire que les malades s’abstiennent 
de prendi’e des aliments immédiatement avant ou après l’administration 
du cnicin. Ajoutons enfin que l’eau rougie est capable de diminuer l’ac¬ 
tion nauséeuse du cnicin. J’ai eu l’occasion de constater sur moi-même 
cet effet de l’eau rougie. 

Nous croyons devoir faire obser\’er, en terminant, que le cnicin ne 
doit être mis en usage que dans les fiè\Tes intermittentes récentes et 
accompagnées d’un engorgement peu considéralde de la rate. 

Conclusions. —De tout ce (jui précède nous conclurons, 1” que le 
principe actif du chardon bénit, ou le cnicin, jouit de propriétés fébri¬ 
fuges à un degré moindre que le sulfate de quinine ; 2“ que le cnicin 
réussit souvent à an'êter les paroxysmes fébriles ; 3" que dans quebjues 
cas la fièvre résiste à l’action du cnicin ; 4" que le cnicin peut amener la 
résolution de rengorgcincnt de la rate ; 5" que ce remède ne pan-ient 
pas à guérir l’engorgement de la rate dans tous les cas ; 6“ enfin que le 
cnicin, associé au sidfatc de (|uininc, exerce une certaine influence sur 
la maladie, et qu’il permet d’en obtenir la guérison avec une dose de 
sulfate de quinine moins élevée que de coutume. 

A. Nowat. 


DE l’emploi de la TEISTÜBE DE DIGIT.ALE A HAUTE DOSE , ASSOCIÉE AU 
RITHATE de POTASSE, DANS LES .AFFECTIONS ORGAN'IQüES DU CŒUR. 

En pratique, nous entendons par affections organiques du cœur, une 
dyspnée. babitucUc et permanente plus ou moins considéralilc, jointe à 
un trouble continu quelconque, ou à un désordre rhytlnnique dans les 
mouvemenls du cœur ou dans le pouls, avec aliscncc des signes de pé¬ 
ricardite, de cardite, d’endocardite et d’bydropéricardite. D’après cela, 
nous ne devons point tenir compte ici de toutes les divisions admises par 
les auteurs et les écoles ; nous ne parlerons donc pas des anévrysmes 
actifs avec épaississement des parois du cœur (hypertrophie) ; des ané¬ 
vrysmes passifs avec amincissement ( atrophie ou si l’on veut hypotro¬ 
phie ) ; des anévrysmes des caxTtés gauches ou des cavités droites ; des 
rétrécissements des orifices du cœur et des ossifications des valvules ni des 
signes et des divers bruits que nous révèlent la percussion et l’ausculta¬ 
tion. Un seul point nous importe, c’est d’avoir égard, dans l’emploi de 
la digitale à haute dose que nous proposons, à deux circonstances fort 
importantes dans la pratique, savoir l’extrême rareté du pouls, quelle 
que soit l’espèce de lésion cardiaque, et l’extrême faiblesse du pouls 
jointe au froid des extrémités, à l’asphyxie imminente, la teinte violacée, 



(413) 

l’enflure considérable, etc. Dans ces cas, l’acticu contro-stimulante ou 
bypostliénisaiite de la digitale pourrait aggraver l’état des malades en 
enrayant mal à propos les mouvements du cœur, et cnti’aîuer par là les 
suites les plus funestes. Dans cette dernière occurrence exceptionnelle, 
nous avons recoiu-s à notre vin diurétique majeur, dont nous avons déjà 
donné la formule, mais que nous rappelons néanmoins : 

Jalap concassé.8 grammes. 

Scille concassée.8 grammes. 

Nitrate de potasse.15 grammes. 

Mêlez. 

Aprendrepar une cuillerée troisfois par jour d’abord, puis augmenter 
progressivement jusqu’à 9 et davantage. Voyez tom. XXIII, pag. 177. 

Quant à l’extrême rareté du pouls, nous pensons que plus cette rareté 
est considérable , plus le danger de mort subite est grand. Il y a quel¬ 
ques années, nous vîmes un lioimne dont le pouls o.scillait entre dix- 
luiit et vingt-ti'ois pulsations par minute. Nous fûmes effrayé d’une pa¬ 
reille rareté, peut-être unique dans les annales de la science. Nous lûmes 
observer à nos élèves qu’il était fort à craindre que ce malade ne mou¬ 
rût subitement. Et en effet, environ six semaines après, il succomba en 
tirant de la boisson dans sa cave. Nous nous étions abstenu de tout ti-ai- 
teinent pharmaceutique. En pareil cas désormais, surtout s’il existait une 
faiblesse générale ou une atonie marquée du système digestif, nous es¬ 
sayerions l’emploi des stimulants diffirsibles, des cordiaux, et particuliè- 
remerrt de la teinture de quinqitina, de carrttelle, etc., dans le but de 
rarrimer la circulation presqite éteinte. 

Hors ces deux circonstances que nous venons de mentionner, toutes 
les affections orgarriques du cœur, sans excepter les cas où il y a ossifi- 
catiorr des valvules et réü'écLssernent des orifices cardiaqires ou des ou¬ 
vertures vettuicirlaircs et amicttlair'es, annoncées ordinairement par le 
bruit de soufflet et de râpe, toutes ces lésiorrs du cœur, disotrs-rrous, rrous 
les traitons par la digitale à haute dose joirrte au rritrate de potasse. Ainsi, 
après les émissiorrs sanguirres soit générales, soit surtout locales, ou celles 
faites à l’arrus ; après les saignées, dis-je, que peuvent nécessiter les ané¬ 
vrysmes actifs ou les dispositiorrs particrrlières des malades, trous pres¬ 
crivons le traitement suivant : 

Teinture de digitale, 30 grammes. 

Le premier jour, on en prend douze gouttes, quatre matin, midi et 
soir, dans un verre d’eau sitcréc ou utre irrfusiorr de tilleul, et une heure 
ou deux avarrt les repas ; le second jour, trois fois six ; le troisième jour, 






( 414 ) 

Itois fois huit gouttes, et on augmente ainsi tous les jours de dèui goüitës k 
chaque prise jusqu’à ti’ois fois vingt ou soixante par jour, dose que l’on 
ne dépasse ordiiiaii-emeiit pas, et que l’on diminuerait si l’on éprouvait 
à un degré notable des nausées, des maux d’estomac, des vertigëS, de la 
céphalalgie, etc. 

Dans les trois verres de boisson à prendre dans la journée avec les 
gouttes, on mettra encore un des paquets suivants : 

Nitrate de potasse , 80 grammes. 

Divisez en 20paquets. —Un paquet par jour, fondu dans les trois 
verres de tisane prescrits. 

Voilà la manière dont nous administrons presque constamttieht la di¬ 
gitale dans les affections du cœur. Nous préférons cette forme à toute 
autre et même à celte de la poudi-e. La teintme se conserve toujotirS, est 
constamment homogène, comparable et identique, et elle retient avec 
la résine le principe volatil de la plante. Notre teinture est faite avec 
une partie de feuilles de digitale récemment séchées, sur quatre d’alcool 
à trente-deux degrés ; enfin on la prépare le plus forte possible. On a 
soin de ne se servir que de la digitale qui vient dans les liciix 
secs et cxpo.sés an soleil, ce qui la rend bien plus active que celle qui 
croît à l’ombre ou dans les fossés. Quant à la dose, on a dû voir qu’elle 
paraît assez forte. Depuis fort longtemps l’expérience nous a prouvé que 
très-souvent l’on ne soulage véritablement que lorsqu’on donne ce médi¬ 
cament à haute dose bu à dose nauséeusb et vertigineuse, c’est-à-dire à 
soixante gouttes par jour en trois prises. Quelques malades vont même 
jusqu’à trois fois trente ou quatre-vingt-ilix gouttes sans en être aucu¬ 
nement incommodés. Un grand nomlire éprouvent quelque effet à 
soixante gouttes, (pmlques-uns même à moins. Nous avons vu beaucoup 
de malades qui nous ont déclaré n’avoir retiré aucun avantage de l’emploi 
de la digitale, et qui taxaient faussement d’impuissance ce remède héroï¬ 
que. Il y a plus, un certain nombre de médecins meme sont encore daits 
cette erreur. D’où viennent ces préventions ou ces préjugés injustes? 
Principalement, selon nous, d’un \ icc posologique, c’est-à-dire de ce 
qu’on n’emploie pas la digitale à dose ctmvenable et assez élevée pour 
modifier l’action ou les mouvements du cœur, et amener la sédation de 
la circulation. 

Un très-grand nombre de médecins ne dépassent pas la dose de trente 
gouttes en vingt-quatre beures, et la plupart restent souvent bien au- 
dessous. 

Les traités de matière médicale même les plus récents et les plus exacts 
que nous ayons, comme celui, par exemple, de MM. Trousseau et 



(415) 

Pidotrit (1841), hé portent le maximum, de k dose qu’à vingt-quatre 
ètà trente-six gouttes pai-jour. M. BoucliOi-dat (1839) ne la met (ju’à 
quinte oü vingt gouttes en 'vnhgt-quati-e heures, et les docteurs Milné 
Edwàrds et A'^avasseur à la inême dose. M. le professeur Trolisseau 
est donc encore le tltërapeutiste 11-ançais à la fois le plus üiodcrne 
et le plus exàct, qui conseillé la teülture de digitale à plus haute dose 
que tous les Outres, et cette dose est, selon nous, encore trop faible. Les 
médecins étrangers sont beaucoup |plus hardis sur ce point; j’excepte 
poui'tant Un niédécin fi-ançais, M. le docteur Authcnac, qui, dans sa 
Posologie (1821 ), dit qu’on peut porter la dose de la teintiu-e de digitale 
jusqu’à cënt gouttes et ait delà. — Autrefois (U y a vingt ans) nous la 
donnions à quatre-vingt-dix gouttes. — Il n’y a que quinze jours qu’une 
jeune fille, dépassant imprudemment notre ordonnance, en a pris quatre- 
vihgt-tlix gouttes par jour sans autre eiïét qu’un mieux notable. Mais 
cette dose excessive, outre qu’elle est inutile pour obtenir de bons ef¬ 
fets , pourrait, chez certaines personnes, causer des accidents ou in¬ 
convénients graves, qu’il est toujours du devoii' d’uh médecin conscien¬ 
cieux d’éviter, dé prévenir autant qu’il le peut. Nous pensons doue, 
que lés insuccès journaliers de la teinture dé digitale doivent être attri 
hiiés principalement à l’exigoilé de la dose à laquelle on l’administi-e 
ordinairehiciit, ou ehcore à iln vice dans la forme du remède ou daiis 
son mode de préparation, ou bien eniin au mauvais choix tic la plante 
Ou à sa vétusté. 

Depuis une vingtaine d’années, nous avons joint à la digitale le ni¬ 
trate de potasse à titre de sédatif du cœm-. Cette propriété sédative du 
tiiti-ate de potasse vient d’être pai-faitemcnt constatée par les fttits nom» 
breux rapportés par M. Aran, {Journ. des com. méd. - chir., février 
et avril ISdf). Déjà le docteur Authenac, en 1821, avait ilit dans son 
Manuel médico-chirurgical, que le nitrate de potasse modère l’ac ■ 
tion du cœur et des gros vaisseaux, peut-être avec autant ou plus d’éner¬ 
gie que la digitale pmu’prée, et c’est particulièrement cette assertion qui 
nous a fait naître l’idée de l’employer, mais à dose plus élevée, e’est- 
à-dire plus sédative. 

Le traitement ipic nous venons d’cxpo.ser a été administré à un nom¬ 
bre considérable de malades, et presque toujours avec un avantage 
marqué. I,a raison en est, outre celle déjà alléguée ci-dessus, qu’en gé¬ 
néral ces malades, déjà pour la plupart traités par d’autres médecins, 
étant encore en état de faire le voyage pour venir nous consulter, prou¬ 
vaient par là même que leur maladie n’était pas encore arrivée à sa der¬ 
nière période et au-dessus des re.ssourccs de la thérapeutique ; au con- 
IrailT, les chances de succès sont souvent presque milles quand lès ma- 



( 416 ) 

lades ne sont plus transportables. Voici cependant un fait récent qui 
prouve l’clTicacité de notre traitement chez un sujet placé dans cette 
dernière cii’constance, c’est-à-dire, généralement parlant, dans un cas 
désespéré. L’hiver dernier, on nous consiüta pour un homme abandonné, 
disait-on, de son médecin. Ce malade était atteint d’une affection du 
cœm- qui avait déjà déterminé une anasarque considérable. Il ne pou¬ 
vait plus cpiiltcr le lit, où il était condamné à attendre le moment de sa 
dissolution prochaine. Dans cet état de choses, on ■\’inl chez nous récla¬ 
mer avec instance quelque soulagement pour ce moribond. Siu: le rap¬ 
port du commissiomiaire et sur l’exhibition des ordonnances du médecin 
ordinaire, nous jugeâmes que nous avions affaire à une maladie du cœur 
absolument incurable. Nous cédâmes pourtant aux instances qu’on nous 
fit, et nous hasardâmes le melius anceps quàm nullum. Notre traite¬ 
ment ici indiqué fut donc presait ; il ne tarda pas à produire des effets 
aussi salutaires qu’inespérés, puisque le malade vint nous voir environ 
six semaines après, se disant parfaitement ÿitéri; il était tout à fait dés¬ 
enflé, et disait ne plus éprouver d’oppression. Poiu’iious ce sujet n’était 
réellement pas guéri, il nepouviùtpas l’ctre; mais il était consKlér<able- 
ment soulagé. Je constatai en effet chez lui l’affection du coeur ; le pouls 
était extreiucmcnt irrégulier cl inégal. Nous avions déjà vu assez souvent 
ce traitement produii'c un soulagement très-prompt et très-notalilc sans 
que nous eussions pu constater un changement appréciable dans le pouls, 
c’est-à-dire que celui-ci nous paraissait aussi irrégulier, aussi inégal et 
intermittent qu’avant le traitement ; et nonobstant la persistance des dés¬ 
ordres du pouls, les malades étaient considérablement soulagés. Cela 
nous rappelle le fait d’un homme atteint d’une affection du cœur qu’il 
attribuait aux frayeurs et aux fatigues excessives qu’il avait éprouvées 
dans un incendie ; il était très-oppressé et offrait un pouls extrêmement 
désordonuc ; nous n’osions pas espérer grand résultat du ti-aitement sé¬ 
datif ordinaire; cependant il fut adminisU’é, et quelques semaines 
après le malade était très-bien , n’accusant presque plus d’oppression : 
cependant son pouls était ou nous paraissait être dans le même dés¬ 
ordre qu’il avait présenté avant le traitement. On conthiua les mêmes 
remèdes, et ce soulagement que le malade appelait guérison s’est main¬ 
tenu pendant plusieurs années avec le même caractère du pouls. Cet 
homme, que nous avons perdu de vue, avait-il le poids naturellement 
ainsi déréglé? 

Pendant environ sept à huit ans nous avons traité d’une affection du 
cœur un vieillard dont le pouls n’a jamais cessé d’être dans le plus grand 
désordre, irrégulier, inégal, intermittent, et pendant tout ce temps le 
malade prenait la teinture de digitale à haute dose toutes les fois ipie 




( 417 ) 

son oppression devenait considérable, et toujours avec le plus grand 
soulagement. 

Nous avons il y a peu de temps, un jeune homme venant de Paris, 
où il a subi un traitement pour un anévrysme avec hypertrophie à un 
degré modéré. Le pouls était à quatre-vingt-quinze, régulier et égal, plein 
et vif, la pulsation cardiaque de même nature ; mais l’oppression était 
considérable à la marche et atout exercice corporel un peu fort. On lui 
a appliqué deux fois à Paris les sangsues à l’anus, et on lui a administré 
la teinture de digitale à la dose de huit gouttes par joiu- ; le tout, dit le 
malade, sans aucun soulagement. Nous lui avons prescrit avec succès 
quinze sangsues à la région du cœur et le traitement que nous venons 
d’indiquer. U en a été de même chez un jeune Polonais que l’on avait 
traité également sans succès à Paris pai’ la teinture de digitale à la dose 
de six gouttes par jour, ce qui commence à sentir’ un peu l’homœopathie. 
Noti’e méthode l’a aussitôt considérablement soulagé. Hier encore, nous 
avons fait reprendi’c notre traitement ordinaire chez un jeune homme 
qui, après avoir été longtemps traité en vain par les médecins de la 
ville qu’il habite, n’a trouvé de soulagement que dans l’emploi presque 
habituel de la teinture de digitale jointe au nitrate de potasse, c’est- 
à-dire le traitement que nous préconLsoirs. Cependant cette médica¬ 
tion , tout elîicace qu’elle est, est loin d’être spécifique et infaillible. 
Dans ce moment même, nous constatons son impuissance chez un jeune 
homme de quinze ans qui se meurt d’une affection du cœur arrivée au 
dernier degré ; nous pourrions citer bien d’autres cas encore de cette 
nature, comme on le pense bien. 



THÉRAPEUTIQUE CHIRURGICALE. 


DES INJECTIONS IODÉES DANS LES ABCÈS FROIDS DES ARTICULATIONS, 

Par M. Bokset, chirurgien en chef de l’Ilôtei-Dieu de Lyon (i). 

J’aipensé à faire des injections irritantes dans les abcès froids des ar¬ 
ticulations, non dans le but de proem-er la résolution on d’empêcher la 
formation ultérieure du pus, mais dans celui de donner à ces abcès une 
marche aiguë, laquelle est indispensable à la guérison. Tous ceux qui ont 
étudié les abcès savent que les collections purulentes qui se forment avec 

(1) Voir la précédente livraison, tome XXIIl, p. 3t0. 

TOME xxni. H’’ i.iv. 27 



( 418 ) 


tous les caractères de rinllammation aiguë s’ouvrent ou guérissent avec 
plus ou moins de rapidité, et que les abcès âoids n’arrivent à la guéri¬ 
son qu’après être devenus le siège d’une inflammation aiguë. 

De ces faits résulte cette conséquence, que lorsqu’un abcès froid 
reste stationnaire et ne tend à aucune terminaison, il faut irriter sa sur¬ 
face interne pour liâter la sortie du pus et la cicatrisation. 

D’après ces vues, on prévoit que les injections iodées dans les abcès 
froids ne doivent pas êti'c suivies des mêmes résultats que dans les liy- 
darthroses ; ce n’est pas une absorption, c’est une élimination deslnjuides 
{[u’il faut attendre ; ce n’e.st pas une guérison sans trajet fistuleux, c’est 
une guérison précédée de listules. 

Je diviserai en deux classes les malades sur lesquels j’ai fait ces opéra¬ 
tions ; les enfants et les adultes. 

Résultats obtenus des injections iodées dans les abcès froids 
du genou chez les enfants. —Les abcès froids de l’articulation du 
genou, chez les enfants comme chez les adultes, sont quelquefois sans 
gonflement du tissu cellulaire, sans épaississement de la synoviale et des 
parties molles environnantes. Ces abcès froids coïncident toujours avec 
une constitution chétive, avec l’amaigrissement, et en général avec un 
état constitutionnel qui ne permet aucune réaction salutaire qui puisse 
faire espérer la guérison. Je n’ai jamais employé les injections iodées 
dans ces cas défavorables ; je suis convaincu qu’elles seraient restées im¬ 
puissantes. 

Tous les enfants dont j’ai injecté des abcès froids du genou avaient 
cette articulation tiunéllée, non-seulement par la suppuration, mais par 
les fongosités et les tissus lardacés de la synoviale et des parties environ¬ 
nantes. Dans mon Traité des maladies des articulations, je prou¬ 
verai que ces masses rouges et fongueuses sont formées par la fibrmc 
pénétrée dê vaisseaux, mais arrêtée dans sdn organisation ; qiï’elles sont 
formées, en un mot, par une matière orgaiiLsable, mais incomplètement 
organisée, et qu’elles démontrent, sinon une réaction convenable, au 
moins un certain effort réparateur. 

Tous les enfants que j’ai opérés offraient de ces tumeurs du genou 
avec suppiu’ation dans la synoviale et formation de fongosités dans les 
parties molles; tous étaient plus ou moins bouffis ou colorés, et ofûaient 
les caractères de la constitution scrofuleuse, et non ceux d’une constitu¬ 
tion hectiipie. 

Voici le détail de leurs observations : 

01b. VI. Abcès froid de l’articulation du genou chez un enfant de 
neuf ans; deux injections Irritantes d un mois de distance; peu d’inflam- 




( 419 ) 

matton, fistules consécutives à la ponction promptement fermées, grande 
amélioration. (Observation extraite de la thèse déjà citée de M. Martin.) — 
Antoinette Houx, âgée de neuf ans, est entrée à l’IIôtel-Dieu de Lyon le 
15 mats 18il,au n<>89 de la salle Saint-Paul; elle est affectée d’une inflam¬ 
mation chronique du genou gauche. Cette tille est d’un tempérament lym¬ 
phatique, d’une faible constitution; cependant elle n’a jamais eu de glandes 
scrofuleuses. 11 y a six mois, elle eut une éruption de plaques rouges sur la 
jambe droite; ces plaques disparurent au bout de trois jours. Quatre mois 
après cette éruption, c’est-à-dire deux mois avant son entrée à l’hôpital, le 
genou gauche devint le siège de quelques douleurs sourdes, et se gonfla con¬ 
sidérablement. Le mal ne l’a jamais empêchée de marcher ni d’exécuter fa¬ 
cilement les mouvements de flexion et d’extension. 

Le 16 mars on ponctionne la tumeur; il sort du pus mêlé à du sang, et 
on injecte de l’alcool à 32 degrés. La douleur est vive pendant une heure 
seulement; la chaleur et le gonflement du genou augmentent. 

!''■ avril. Le membre opéré est placé dans une gouttière : on fait des fric¬ 
tions avec la pommade iodee: la piqûre produite par le trocart est fermée 
elle n’a jamais fourni de suppuration. Legenou est toujours voluhiineux; les 
parties molles sont indurées, on sent une fluctuation profonde, la rotule est 
soulevée; on exerce la compression avec des tours do bandes. 

5 mai. La rotule n’est plus soulevée, on ne sent plus de fluctuation ; mais 
l’cmpàtement persiste autour de la jointure. La [leau s’est écaillée sous l’iu- 
Bueiice des frictions iodées, elle est plus chaude que celle du genou sain; la 
malade ne ressent aucune douleur. 

ïjuin. Elle commence à marcher. L’application d’un moxa sur l’articula¬ 
tion en a fait diminuer beaucoup le volume; néanmoins il s’est reformé du 
liquide dans la synoviale, et l’on sent do la fluctuation à la partie interne 
du genou. 

On ponctionne de nouveau la tumeur, et on y injecte de la teinture d’iode. 
La quantité de teinture employée peut être évaluée à 15 grammes. Cette 
seconde injection n’est suivie d’aucun accident et ne détermine qu’une faible 
réaction. L’ouverture faite par le trocart suppura jusqu’au 20 juin, et se 
ferma ensuite complètement. La malade sortit de l’iiôpital le 20 du même 
mois; son genou était dans un état satisfaisant; il n’y avait point de traces 
de liquide dans la cavité synoviale; les mouvements s’exécutaient avec faci¬ 
lité et sans douleur. Toutefois il restait un peu d’empàUiment dans les par¬ 
ties molles, et de la raideur dans le genou, qui était un peu plus volumineux 
que celui du côté opposé, à cause du gonflement des os. La malade partit 
pour la campagne, marchant assez bien. 

Obs. VIL Abcès froid du genou ches un enfant de sept ans : deux in¬ 
jections iodées à un mois quatre jours de distance; peu d’inflammation ; 
fistules; amélioration très-sensible. (Observation extraite de la thèse de 
M. Martin).—àlarie Notas, âgée de sept ans, d’un temi)crameut lymphatique, 
entrée à l’hôpital le 7 mars 1811. Celte fille n’a jamais eu de maladie scrofu¬ 
leuse. Son genou est fléchi sur la cuisse; il est douloureux, on sent la fluc¬ 
tuation à la partie interne de l’articulation. Le mai existe depuis trois mois 
sans qu’on ait pu en déterminer la cause, et depuis un mois la marche est 
devenue presque impossible. A la partie interne du genou est un moxa qui 
fournit une abondante suppuration. 



( 420 ) 

Le il mars, On pratique la ponction de la tumeur : il en sort du pus séreux, 
et on injecte de l’alcool à 32 degrés. La réaction est presque nulle. 

Le 15 mars, ou fait uue nouvelle ponction et une nouvelle injection d'al¬ 
cool : l’opération ne s’accompagne d’aucun accident; on n’observe pas de 
phénomènes cérébraux consécutifs; seulement il survient une légère inflam¬ 
mation, la peau devient rouge et luisante. On exerce une légère com¬ 
pression, depuis l’extrémité du membre jusqu’au-dessus de l’articulation. 

Le 6 mai, la malade sort de l’Iiôpital dans l’état suivant : 

Le genou est revenu è son état normal. La rotule, qui était adhérente aux 
condyles, est parfaitement mobile, et n’a subi aucune déviation. On ne sent 
plus de fluctuation. Les mouvements de flexion et d’extension s’exécutent 
facilement et sans douleur. La malade marche avec aisance; son genou est 
seulement un peu raide, tandis qu’auparavant la jambe était fléchie sur la 
cuisse. La plaie produite par le nioxa est cicatrisée. li n’y a plus que la pi¬ 
qûre de la dernière ponction qui fournit encore un léger suintement séreux. 

La santé générale est satisfaisante, la constitution même parait s’être amé¬ 
liorée. 

Obs. VIIL Abcès froid de Varticulation du genou chez une fille âgée de 
sept ans .- six injections irritantes; peu d'inflammation; très-grande 
amélioration. ( Observation extraite de la thèse de M. Martin ). — Marie 
Godet, ègée de sept ans, entre è la salle Saint-Vaul le 19 avril 18H. 

Elle est d’un tempérament scrofuleux, elle a eu la teigne; ses lèvres et sa 
face sont bouflies. Uepuis plusieurs années son genou droit présente une tu¬ 
meur énorme à la partie interne de l’articulation, dans laquelle on sent de 
la fluctuation. Il existe à la partie interne de la jointure une cicatrice qui 
annonce une ancienne ouverture du foyer. La peau du genou n’est ni plus 
chaude, ni plus rouge que dans l’état normal; le tissu cellulaire et toutes 
les parties molles sont empètés; les ligaments paraissent sains, car on ne 
peut faire exécuter aux os aucun mouvement de latéralité; mais ceux-ci ont 
changé de direction, de telle sorte que le genou se portant en dedans, le 
tibia se trouve en dehors. La rotule, parfaitement mobile, est un peu déviée 
à droite et en dehors. La malade n’a pas subi de traitement antérieur; elle 
n’a jamais souffert beaucoup ni cessé de marcher. 

Dans l’espace de trois mois, M. Bonnet lit six ponctions et six injections 
irri^iites dans la cavité du genou, qui était remplie d’un pus séreux. Jamais 
ces injections n’ont été suivies d’accident; les parois du foyer présentaient si 
peu de réaction, qu*on a eu de la peine à obtenir une légère inflammation, 
et celle-ci ne s’est jamais accompagnée de fièvre. 

Les deux premières fois on injecte de la teinture d'iode en grande quan¬ 
tité : il ne se manifeste pas la moindre irritation, et la tumeur reste aussi vo¬ 
lumineuse qu’auparavant. 

A la troisième ponction, le pus est coloré en jaune; on injecte une grande 
quantité d’eau-de-vie saturée de camphre : il y a delà réaction. Quelquesjours 
après, la plaie faite par le trocart laisse écouler une grande quantité de pus. 
Les parois du foyer situé au-dessous du triceps se rapprochent et paraissent 
se cicatriser. Mais l’articulation contient toujours du liquide, et deux ou- 
verlures restées fistuleuses fournissent une abondante suppuration. Le genou 
a * centimètres de circonférence de plus que celui du côté sain; la peau n’a 
pas changé de couleur, elle n’est pas adhérente; le tissu cellulaire sous-cu¬ 
tané est toujours empâlt-. 



(421 ) 

Le 1« juin, on injecta de la teinture d’iode : elle ne produisit qu’une fai¬ 
ble réaction; néanmoins le genou diminua de volume. 

Le 9 juillet, on injecta du baume de Fioravenli : ce liquide, plus irritant 
encore que la teinture d’iode, détermina une légère inflammation, car la clia- 
leur augmenta, et la peau du genou devint rouge; mais il n’y eut pas de fiè¬ 
vre. La suppuration diminua de beaucoup, une des ouvertures lislulcuscs 
s’était fermée. 

Le 20 juillet, on injecta de la teinture d’iode pour la dernière fois : elle 
ne produisit aucune réaction; mais, pendant quatre jours, il est sorti une 
grande quantité de pus. 

Au commencement du mois d’août, le genou était riesséelié, et les ouver¬ 
tures fistuleuses oblitérées. On ne sentait plus que quelques inégalités dures 
à la place du vaste foyer qui était sous le triceps; dans le genou il n’y avait 
plus aucune fluctuation, la flu.vion et rexteusion s’exécutaient comme dans 
l’état normal. La santé générale s’est ensuite améliorée; la malade est sortie 
presque complètement guérie, ii ne restait qu’un peu d’empûtement et de la 
raideur dans le genou. 


Les enfants dont je viens de citer les observations sont les seuls dont 
j’aie traité les abcès par des injections irritantes ; les résultats que j’ai 
obtenus chez eux sont assez semblables les uns aux autres pour être aisé¬ 
ment résumés. 

Dans aucun cas les injections d’alcool pur ou d’alcool saturé d’iode 
n’ont produit une inflammation intense ; celle-ci ne peut être comparée 
à celle que les mêmes injections ont déterminée dans les hydartliroscs 
des malades dont nous avmns cité précédemment les observations. Ce ré¬ 
sultat n’a rien qui doive étonner ; car d’une part la surface interne des 
abcès, toujours recouverte de fausses membranes plus ou moins épais¬ 
ses, est moins sensible que la surface interne d’une synoviale affectée 
simplement d’hydarthrosc ; de l’autre, et cette raison est à mes 3 'eux la 
plus importante, la nature froide et inerte des scrofiüeux ne reçoit que 
d’une manière incomplète l’action des iriitants; le feu, l’iode, le nitrate 
d’argent, et plusieurs autres des médicaments qui produiraient chez des 
hommes faits les irritations les plus dangereuses, sont pai-faitemeut sup¬ 
portés par eux. 

Dureslc, quelle qu’en soit la cause, le peu d’inflammation (jui a succédé 
aux injections ii-ritantcs dans les abcès froids du genou chez les enfants 
ne s’est jamais démenti. 

La piqûre produite par le trocai-t s’est quelquefois cicatrisée à la .suite 
de la première ponction ; clic est toujours restée fisttdeu.se après les au¬ 
tres ponctions. 

Cerésultat, qui tient sans doute aupende tendance qu’ont les inflamma¬ 
tions à devenir adhésives chez les scrofuleux, est bien différent de celui 



( 422 ) 

que nous avons signalé dans les h)'darlhroscs, où la ponction n’a jamais 
été suivie de fistules. 

Quant aux ré.sultats curatifs, on voit qu’apres comme avant ces in¬ 
jections la maladie a toujours eu de la tendance à un état stationnaire; 
l’on a toujours été obligé de revenir plusieurs fois à des injections qui 
pussent ranimer l’activité languissante de ces abcès. 

Le traitement a toujours duré de deux à trois mois, et, ce temps écoulé, 
nous n’avions pas encore obtenu une guérison complète ; le mal avait 
seulement éprouvé une grande diminution. Je ne doute pas que si l’on 
employait la méthode dont j’ai fait usage, hors d’un hôpital, dans des 
conditions hygiéniques favorables sous le rapport de l’air, de l’exercice 
on de la nouiTiture, si l’on y joignait des traitements généraux appro¬ 
priés, et spccialeinent l’usage de l’iode en bains, on ne réussît à obtenu’ 
des guérisons complètes dans l’e.spacc de moins d’une année. Ce résultat 
snppo.serait toutefois que l’clat général du malade lïit assez satisfaisant. 

M. Martin a cité dans sa thèse l’observation de deux adultes dans les 
genoux des({ucls j’avais pratiqué des injections iodées pour des abcès 
froids. Ces observations sont encore trop peu nombreuses pour me per¬ 
mettre d’établir quelque proposition générale sur les résultats auxquels 
on peut s’attendi'e, en opérant dans les conditions si variées que peuvent 
présenter les abcès du genou chez les adultes. Je me contenterai de dire 
epte, passé la (juinzième année, je crois la guérison beaucoup plus difficile 
que dans renfance. Les os en contact avec du pus ont beaucoup plus de 
tendance à se mortifier chez les adultes que chez les enfants, et en géné¬ 
ral les maladies articulaires sont, toutes choses égales d’ailleurs, plus 
difficiles à guérir chez les premiers que chez les seconds. 

Je remets donc à une autre époque le soin de développer la question 
des injections irritantes dans les abcès aiticulaires des adidtes, et je me 
contente de constater pour le moment les résultats que l’on peut obtenu- 
des injections iodées dans les hydarthroses, à tous les-âges, et dans les 
abcès froids des enfants, lorsqu’on les emploie avec des précautions con¬ 
venables. 

BorfNET. 


MÉMOIRE SUR LA BLÉPHAROPLASTIE.-AVANTAGES DE LA MÉTHODE DE CELSE 

ET DE CERTAINS PROCÉDÉS POUR LA RÉPARATION DES PERTES DE SUS-. 

STANCES DES DEUX PAUPIÈRES.-CAS EXCEPTIONNELS OU l’oN A DU RE- 

COURUl A DES PROCÉDÉS! SPÉCI AUX. 

Conune beaucoup d’autres découvertes ûnpbrtantes, l’autoplastie eut 
son origine obscure et falndeuse. Quelques faits isolés et plus ou moins 



( 423 ) 

bizarres de restauration du nez en constituèrent pendant bien longtemps 
les uniques éléments, et ce ne fut à proprement parler que dans ces 
dernières années qu’elle put être soumise à quelques préceptes géné¬ 
raux, et prendre rang pai'mi les opérations régulières de la chirurgie. 

Depuis cette époque, l’autoplastie est devenue , de la part des prati¬ 
ciens, l’objet d’une étude particulière. et l’art de restaurer le nez, les 
lèvres, les joues et les oreilles a fait, de nos jours surtout, des progrès 
étonnants. De la face, cette branche opératoire a étendu ses ressources à 
différentes parties du corps. 

Les paupières seules, par une exclusion dont on a le droit de s’éton¬ 
ner, en considérant l’importance des fonctions de ces organes, et le rôle 
qu’elles jouent dans l’expression de la physionomie, furent presque les 
dernières à participer aux bienfaits de cet art réparateur. L’excision 
en demi-lune de Dnpuytrcn, et celle en V avec suture, constituaient, 
dans les cas d’ulcérations peu étendues, les seuls proeedés en usage, et 
le temps n’est pas loin encore où l’art avait consacré comme une règle 
de pratique essentielle : « que toutes les fois que les cancers cnvalûs- 
« saient au delà de la moitié de la hauteur des paupières, il fallait, en 
« même temps qu’on pratiquait l’excision, extiiqier l’œil, » 

Ce précepte rigoureux est heureusement effacé de la science, et, grâce 
aux tentatives hardies de ijuclqucs praticiens, l’art possède aujourd’hui 
un certain nombre de restaurations plus ou moins complètes des paupiè¬ 
res. Dans aucune de ces operations la méthode italienne n’a pam sus¬ 
ceptible d’application. 

En 1835 et 1837, Mùl. Jobert et Blandin pratiquèrent par la mé¬ 
thode indienne quelques opérations remarquables de restauration pres¬ 
que complète de la paupière inférieure, en détachant Icslanilieaiix, l’un 
sur la joue du côté du nez, l’autre près de la pommette. D’autres opé¬ 
rations semblables ont été aussi pratiquées depuis par ces memes prati¬ 
ciens et quelques antres, d’après les mêmes règles, et de cette manière 
l’application de la méthode indienne à la blépharoplastie est demeurée 
complètement exclusive. 

A la vérité cette médiode est exempte d’un inconvénient très-essentiel 
reproché en général à la méthode de Celse, méthode par glissement ou 
par simple déplacement de lambeau, méthode française comme on vou¬ 
dra l’appeler. Cet inconvénient consiste dans l’abaissement à la longue 
du lambeau, par suite de la rétraction des parties déplacées. Mais outre 
que cet inconvénient, le seul _qu’on puisse théoriquement peut-être 
adi-esser avec raison à la méthode française, peut être sûrement évité à 
l’aide de quelques précautions conseillées dans le Manuel, et à la suite 
de l’opération, la méthode indienne, à son tour, en présente un autre. 



( 424 ) 

presque aussi essentiel selon nous, et qui consiste dans le roulement sur 
lui-même du lambeau trop détaché, lequel le plus souvent ne forme plus 
au devant de l’œil qu’un tubercule immobile adhérant à la conjonctive, 
ti'ès-saillant et incapable de protéger l’organe. 

En outre de ces circonstances, la méthode indienne le cède incon¬ 
testablement à la méthode française, en ce que celle-ci , 1® présente in¬ 
finiment plus de simplicité dans l’exécution ; 2“ ne laisse point, comme 
la méthode indienne, de nouvelle plaie à fermer, ce qui constitue, à 
propremeut parler, deux opérations au lieu d’une, et donne lieu, se¬ 
lon l’endroit où le lambeau a été pris, à une rétraction susceptible d’en¬ 
traîner, comme dans la méthode par déplacement, l’abaissement jusqu’à 
un certain point de la nouvelle paupière ; 3® en ce qu’elle expose iidini- 
nient moins aux accidents nerveux et inflammatoires ; 4® en ce qu’elle 
est surtout complètement exempte des cbances de gangrène, qui non- 
seulement rend inutile l’opération, mais même dans quehpies cas met 
dans l’impossibilité d’en pratnjuer une seconde ; 5" enfin, en ce qu’elle 
ne détermine, comme la méthode imbenne, aucune difformité, ne donne 
lieu à aucune crête sadlantc, qui nécessite' souvent une troisième petite 
operation pour sectionner et recoller le pédicide, ne s’accompagne d’au¬ 
cune proéminence sensible de la partie créée tau-dessus du niveau des 
parties voisines, lesquelles restent toujours dans leur position re.spective, 
conservent, de cette manière, à la nouvelle paupière une ressemblance 
presque parfaite, et ne laissent sur la face presque aucune cicatrice ap¬ 
parente. 

Déjà dans deux mémoires ou figuraient quelques obsen'ations prati¬ 
ques assez remarijuablcs communitjuces à la Société médicale de la Sendi’e, 
aux mois de février 1840 et novemlire 1841, nous nous étions efforcé 
de développer toutes ces considérations, d’établir en même temjis, à 
l’aide de quelques procédés que nous proposions, les avantages de la mé¬ 
thode par glissement des lambeaux, appliquée d’une manière générale 
à la blépharoplastie. Depuis cette époque, de nouvelles restaïu'ations plus 
ou moins complètes des paupières ayant été aussi prathpiées par nous 
par cette méthode, et d’après des procédés qui nous sont particuliers. 
nous avons cm de quelque intérêt de résumer tous ces faits, non encore 
publiés, pour les soumettre au jugement des praticiens, et fixer davan¬ 
tage leiu’ attention sur la valeur d’une méthode trop injustement dé¬ 
daignée, selon nous, dans cette partie de l’autoplastie faciale. 

Obs, I. Restauration de la paupière inférieure droite et d'une partie de la 
supérieure, par simple glissement de lambeau pris sur la face. — La femme 
Rié, de Grezae, n'a jamais eu d’enfants. Agée do cinquante-huit ans, elle 
avait cessé d’être réglée depuis dix ans. Quelques années avant cette épo- 



( 425 ) 

que, elle avait déjà été atteinte d’une légère ulcération du bord libre de la 
paupière inférieure droite, qui avait été alors, dit-elle, guérie en peu de 
temps par l’insufilation d’une poudre grisâtre qu’on lui avait conseillée. Il y 
a trois ans, il se forma de nouveau, sur le bord libre de la même paupière, 
plusieurs petits tubercules qui ne tardèrent pas à s’ulcérer, à se réunir et à 
envahir tout l'organe. Depuis six mois surtout, le mal avait fait des progrès 
très-rapides. 

Voici l’état dans lequel il était lorsque je fus appelé à l’examiner. La pau- 
juère était entièrement détruite jusqu’à sa base. En dedans, l’ulcération avait 
dépassé le niveau de la paupière supérieure, et s’étendait en haut sur la 
racine du nez, jusciue près du sourcil. Les tissus formant le fond de cet ulcèrq 
représentaient une espèce de cordon très-dur etendu depuis le nez jusqu’à 
la tempe. En le soulevant avec les doigts, il était facile de voir qu’il n’avait 
encore contracté avec les parties osseuses aucune adhérence. La caroncule 
lacrymale était très-rouge et paraissait malade, ainsi que le tendon de l’or- 
biculaire. En pressant sur le sac lacrymal, il en sortait un liquide purulent; 
les larmes coulaient sur la joue. L’irritation légère dont la conjonctive ocu¬ 
laire était lu siège ne me parut toutefois devoir être attribuée qu’à un effet 
sympathique par contiguïté de tissus, et surtout à l'action de l’air agissant 
continuellement sur cette partie. La malade, qui jusqu’à ce moment n’avait 
jamais cru à la possibilité d’une guérison, ayant adopté tout d’abord l’opé¬ 
ration que je lui proposais, celle-ci fut pratiquée deux jours après, le 6 dé¬ 
cembre 1839, avec l’assistance de notre confrère Laurent, do Cozes. 1» En¬ 
lever toutes les parties affectées, 2» réparer à t’aide des parties voisines la 
perle de substance résultant de celte excision, telles nous parurent dans ce 
cas les indications à remplir. 

La malade, assise sur une chaise, la tète assujettie par un aide, l’ouver¬ 
ture des paupières fut agrandie au moyen d’une incision, de quatre centimètres 
environ, dirigée sur la tempe et pratiquée à l’aide d’un bistouri très-étroit, 
enfoncé en arrière de la commissure, de manière à diriger les téguments de 
dedans en dehors, en laissant en dessous toutes les parties ulcérées. 

La commissure interne fut également agrandie par une deuxième petite 
incision de deux centimètres environ, passant au-dessus du tendon de l’or- 
biculaire et dirigée en haut vers la racine du nez. 

Enlin une troisième incision semi-elliptique, partant de l’extrémité pos¬ 
térieure de l’incision de la tempe jusqu’au niveau du canal nasal, et remon¬ 
tant de là le long du nez dans une direction verticale pour se réunir à la divi¬ 
sion interne, acheva de circonscrire toutes les parties malades. 

Celles-ci furent disséquées de bas en haut, et de la tempe vers le nez jus¬ 
qu’aux graisses de l’orbite, avec précaution de ne pas blesser le globe de 
l’œil. De petits ciseaux courbes achevèrent de détacher ces parties de la con¬ 
jonctive oculaire, de laquelle j’excisai en même temps tout ce qu’il me fut 
possible. Le sac lacrymal, la caroncule lacrymale et le tendon du palpébral 
ne furent pas non plus ménagés. Les petits vaisseaux ouverts dans cette di¬ 
rection fournirent beaucoup de sang, et n’exigèrent cependant l’emploi d’au¬ 
cune ligature. 

Le globe de l’œil, privéde tou tes ses adhérences inférieures, restait comme 
suspendu. 

L’ablation de toutes les parties malades achevée, il me parut prudent de 
plonger dans le canal nasal un petit pinceau de charpie imbibé d'une solu- 



( 426 ) 

lion de nitrate d’argent, ’i’oici cemment je procédai à la restauration de la 
perte de substance. 

Une incision Terticale, partant de l’incision sous-orbitaire au-dessous du 
canal nasal, fut dirigée en bas, le long de la racine du nez jusqu’au niveau 
do l’ouverture de la narine, de manière à former avec les téguments de la 
joue un lambeau triangulaire ayant sou sommet dirigé en haut et en dedans, 
et sa base adhérente au côté de la face. 

La dissection de ce lambeau détaché de la pommette fut prolongée en bas 
jusqu’au repli de la membrane buccale sans l’intéresser. Dans celte dissec¬ 
tion, nous eûmes la précaution de diviser-d’un seul coup le faisceau des 
yaissoaux et des nerfs qui sortent du trou sous-orbitaire. Ici encore il suffit, 
pour arrêter l’écoulement du sang fourni par ces vaisseaux, du simple frois¬ 
sement de leurs parois. 

Le lambeau, ainsi détaché, jusqu’à sa base, des os qu’il recouvrait, fut 
ensuite remonté par un simple glissement jusqu’à la racine du nez, où son 
sommet fut lixé, par un point de suture entrecoupée, dans l’angle rentrant 
formé au-dessous du sourcil par l’excision des parties. 

La commissure externe fut également réunie par un fil simple, placé un 
peu eu dedans du rebord orbitaire, et deux épingles fixées sur la tempo. 

Enfin trois autres points de suture entortillée, pratiqués de môme avec des 
épingles sur le côté du nez, achevèrent la réunion des parties. 

En se représentant la disposition du lambeau et le déplacement qu’il a dû 
subir, il est facile de voir qu’il dut recouwir d’nne manière très-exacte la 
portion de l’orbite et le globe de l’œil mis à nu par l’opération. 

Les extrémités des épingles ayant été un peu relevées, à cause de la saillie 
du nez, rognées et garnies de diachylon et de petites compresses pour pro¬ 
téger les parties, tout le côté de la face fut recouvert d’un bandage unissant 
en forme do croissant, formé de plusieurs pièces inégales et superposées de 
sparadrap adhésif et attiré à l’aide de rubans vers le sommet de la tête, de 
manière à tenir relevée la nouvelle paupière, à soutenir les points de suture 
et en favoriser l’action. 

L’appareil fut complété par l’application d’un petit gâteau de charpie rà- 
I)ée entre les paupières, d’autres pluma.sseaux de charpie disposés autour 
des points de suture, et le bandage monocle. 

Diète, tisanes délayantes, trois saignées à douze-heures d’intervalle, pé- 
diluves alcalins, lavement salé. La fièvre a été peu intense, la céphalalgie 
modérée, les douleurs orbitaires supportables. 

La levée de l’appareil eut lieu le cinquième jour. La réunion était déjà 
partout complète; une légère ulcération existait seulement autour des fils, 
tandis que les épingles n’en avaient déterminé aucune. C’est une observa¬ 
tion que j’ai faite souvent : en pratique, elle me semble d’une certaine con¬ 
sidération. 

L’onverture des paupières m’ayant paru uu peu étroite, je crus devoir 
déchirer un iwu la cicatrice qui correspondait en arrière au premier point 
de suture. 

Quoique déi)ourvue de cartilage, la nouvelle paupière ne s’était point 
affaissée; son bord libre, recouvert de bourgeons charnus d'un bon aspect, 
donnait lieu à une bonne suppuration. Les débris de la conjonctive formaient 
autour de la cornée un bourrelet très-rouge. 

Les épingles, coupées aussi près que possible des parties, furent enlevées 



( 427 ) 

sans toucher aux lils. Ceux-ci, collés par le sang, forment dans tous les cas 
le meilleur agglutinalif. 

L’appareil fut rétabli, du reste, comme la première fois. Dans les panse¬ 
ments suivants, la conjonctive oculaire continuant à présenter de la rou¬ 
geur et un aspect variqueux, résultat du délabrement exercé par l’opéra¬ 
tion sur les vaisseaux de cette membrane, je crus necessaire de la cautériser 
quelquefois, ainsi que le bord de la paupière, avec le nitrate d’argent. 

La guérison était parfaite le quinzième jour ; néanmoins l’usage du 
bandage unissant fnt continué plusieurs semaines encore, pour s’oppo¬ 
ser à la rétraction des tissus, et par suite à l’affaissement de la nouvelle 
paupière. Grâce à celte précaution, sans doute indispensable après le 
procédé particulier que j’avais emplojn, cette paupière est restée en 
place, et aujourd’hui encore, plus de trente mois après l’opération, elle 
remonte assez haut pour bien protéger le globe de l’œil, qu’elle cache 
même un peu. Sa base adhère au tissu cellulaire de l’orbite, et sa face 
interne est recouverte d’une membrane lisse, d’apparence évidemment 
muqueuse. Ce qui est très-heureux aussi,, c’est que malgré les désordres 
occasionnés aux conduits des larmes, celles-ci cependant ne coulent point 
sur la joue. Les cicatrices de la tempe et du nez, confondues avec les 
rides qui existent naturellement sur ces parties, sont tout à fait imper¬ 
ceptibles. Les mouvements de la nouvelle paupière sont également aussi 
parfaits que possible, et la disposition anatomique des fibres musculaires 
autour de l’orbite explique assez, en effet, que le procédé que j’emploie, 
outre ses autres avantages sous le rapport de l’exécution, ménageant 
plus que tout autre ces faisceaux musculaires, leur permet aussi plus 
sûrement de consciTer l’intégrité de leurs fonctions. 

Obs. II. Tumeur cancéreuse. Ablation de la paupière inférieure gau¬ 
che et d’une partie des téguments de la face. Restauration des parties par 
simple glissement de lambeau. Guérison. — La Qlle Gaborit, doThamès, 
âgée de soixante-sept ans, eut sur le bord libre de la paupière inférieure 
gauche un petit tubercule de la grosseur d’un pois, qu’elle excisa. Par suite 
de cette opération, la petite tumeur ayant, dit-elle,-disparu pendant six 
mois, commença de nouveau à se développer, et acquit au bout.de quelques 
semaines un volume considérable. 

Lorsque je fus appelé à l’examiner, elle était de la grosseur d’un œuf, 
dont elle présentait la forme d’une manière assez exacte. Un peu aplatie 
seulement d’avant en arrière, elle était placée de telle façon que sa grosse 
extrémité, qui occupait toute l’étendue de la paupière inférieure, remontait 
au-devant du globe oculaire, qu’elle cachait entièrement, et son sommet se 
terminait en bas, au-dessous de l’aile du nez. Ses adhérences occupaient 
toute sa face postérieure. Elle était du reste parfaitement mobile, et l’œil, 
baigné seulement par la sécrétion purulente de la paupière, était évidem¬ 
ment sain. 

Cette Uile, qui était venue me consulter quoique d’assez loin, était d’a- 



( 428 ) 

Tance décidée à l’opération, et voulut qu’elle fût pratiquée sur-le-champ, le 
29 janvier 1811. Le docteur Laurent voulut bien m’assister encore dans cette 
opération. V’oici comment je procédai. 

Une incision fut pratiquée d’abord en dedans, le long du nez, depuis le 
tendon du palpébral jusques au-dessous de la tumeur. 

Celle-ci fut cernée de même en dehors par une seconde incision se réu¬ 
nissant en bas, sous forme d’un V, à la précédente, et pratiquée avec un 
l)islouri très-étroit, enfoncé de liant en bas, entre la paupière et le globe de 
l’œil, de manière à agir d’arrière en avant. 

Une dissection de haut en bas, avec précaution d’enlever de la conjonc¬ 
tive oculaire toutes les portions qu’on pouvait soupçonner malades, acheva 
enfin de détacher la tumeur en arrière. 

L’ablation achevée, il restait, comme on voit, une plaie triangulaire dont 
la base embrassait toute la demi-circonférenre inférieure de l’orbite, et dont 
le sommet se terminait en bas, au-dessus de la lèvre supérieure. 

Deux ou trois cils, dépendant de la paupière enlevée, restaient seulement 
en dehors, au-dessous de la commissure. 

Le sac lacrymal, enlevé en partie dans la dissection , fut soumis à une 
légère cautérisation par le nitrate d’argent, et l’écoulement du sang arrêté 
liar le simple froissement des vaisseaux nombreux intéressés dans l’opéra- 

Le procédé employé pour former une nouvelle paupière, et com¬ 
bler l’énorme jierte de substance existant sur la face par suite de l’opération, 
fut à peu de chose près le même auquel j’avais eu recours déjà dans la pre¬ 
mière opération. 

Ainsi l’ouverture des paupières fut prolongée de môme dans toute l’éten¬ 
due de la région temporale, jtistiu’à la racine des cheveux, à l’aide d’un 
bistouri très-étroit enfoncé derrière la commissure, de manière à donner 
en môme temps à ta division une forme légèrement concave supérieurement 
pour permettre au lambeau de mieux s’appliquer au contour de l’orbite. 

Toutes les parties recouvrant la partie inférieure de la tempe à la joue 
ayant ensuite été disséquées avec les précautions indiquées dans la précé¬ 
dente observation, il en résulta un lambeau à base très-large, libre seule¬ 
ment en haut et en dedans, adhérent en arrière, et que l’élasticité des tissus 
de la face permit cependant de faire glisser sans peine, au-devant de l’orbite, 
jusqu’à la racine du nez, de manière à rccouwir sans trop de tiraillement' 
toute la perte de substance, et sans qu’il fût besoin de pratiquer en arrière 
sur la tempe une nouvelle incision pour rendre le lambeau plus libre, ce 
que j’avais cru d’avance et ce que je crois indispensable de faire, dans la 
plupart des eas, pour obtenir une coaptation exacte. 

Le lambeau ainsi appliqué fut maintenu en place au moyen d’un point du 
suture simple qui fixait son sommet dans l’angle externe de l’œil, près de 
la racine du nez, et trois épingles placées sur les côtés de cet organe. 

Trois épingles servirent également à le réunir en dehors à la paupière 
supérieure et sur la tempe. 

L’angle de l’œil rempli d’un petit bourdonne! de charpie mollette, de ma¬ 
nière à établir une légère compression sur la pointe du lambeau et rendre 
son application plus exacte dans l’enfoncement qui se trouve dans cet en¬ 
droit, la joue et la tempo furent recouvertes du bandage adhésif que j’ai déjà 
fait connaître, et l’appareil complété par le bandage monocle. (Diète, tisanes 
délayantes, saignées, lavements et pédiluves salés.) 




Les épingles furent enlevées le quatrième jour. Le iambeau était partout 
adhérent, excepté au sommet, où le fil simple avait donné lieu à un peu de 
suppuration sans avoir cependant coupé les parties. 

L’extrémité interne de la nouvelle paupière, décollée en arrière, offrait 
ainsi, après le fil ôté, un petit appendice mobile flottant au-devant du sac 
lacrymal, qui s’abaissait lorsqu’on appuyait au-dessous avec l’extrémilé du 
doigt, mais qui dans l'état ordinaire recouvrait entièrement la plaie. 

De légères cautérisations, aidées d’une douce compression etdel’emplùtre 
adhésif continué sur la joue, amenèrent en peu de jours le recollement com¬ 
plet de cet appendice, sans difformité. 

Les causes qui dans cet endroit ont empêché la réunion immédiate d’avoir 
lieu, et auxquelles, comme on le voit, était complètement étranger le défaut 
de laxité du lambeau, me semblent être les suivantes : 

1" La suture par le fil simple, sur les inconvénients de laquelle je me suis 
déjà prononcé dans l’observation première. 

Ces inconvénients me paraissent tels en effet, que dans les cas où la saillie 
du nez rendrait tout à fait impossible l’emploi des tiges métalliques, je 
croirais préférable de m’en tenir à la compression aidée des bandelettes adhé- 

2» L’élimination des petites escharres résultant de la cautérisation exercée 
sur le sac lacrymal. 

3“ L’accumulation des larmes dans l’angle interne de l’œil, l’état du canal 
nasal ne leur permettant pas de suivre tout d’abord leur cours naturel. 

t» Enfin la conservation d’une petite portion de l’ancienne paupière, dont 
la différence des tissus avec ceux du nez a dû être un obstacle à leur réu¬ 
nion. Aussi mieux eût-il valu peut-être sacrifier entièrement dans l’opéra¬ 
tion cette petite portion du voile palpébral équivalant à peine à un milli¬ 
mètre. 

Il est vrai de dire néanmoins, d’un autre côté, que depuis la réunion 
opérée, cette si petite portion de l’ancienne paupière a semblé, par un travail 
que l’expérience a souvent constaté, prendre un peu plus de développe¬ 
ment, et donner à celle nouvellement formée une plus grande consistance. 

Malgré la solidité des adhérences, qui dès le dixième jour unissaient par¬ 
tout le lambeau aux parties voisines, le bandage unissant de la joue n’en 
fut pas moins continué plus de trois semaines encore. Quoique presque en¬ 
tièrement dépourvue de cils, la nouvelle paupière est d’ailleurs parfaitement 
organisée et n’a subi encore évidemment aucune rétraction bien considé¬ 
rable. 

Elle n’offre, ainsi que la conjonctive oculaire, aucune trace de rougeur et 
d’ulcération. 

La cicatrice le long du nez, confondue avec le sillon qui sépare cette 
partie de la joue, est tout à fait imperceptible, et celle de la tempe, confon¬ 
due de même avec les rides qui continuent en arrière la commissure des 
laupières, est également insensible, et pourrait dans tous les cas, chez les 
femmes surtout, être facilement cachée par les cheveux, avantage que ne 
présentent pas les cicatrices existant sur la face à la suite des autres pro¬ 
cédés en usage. 

Dans ce cas, comme dans le premier que j’ai rapporté, les larmes 
ont repris leur cours. Quant aux mouvements très-peu essentiels d’ail- 



( 430 ) 

leurs pour la paupière inferieure, et auxquels peuvent même, jusqu’à 
un certain point, suppléer ceux de la partie supérieiu’c de la face, ils 
sont resté, ici comme cliez notre première opérée, presque aussi pro¬ 
noncés que ceux des paupières normalement confonnées. Et il est facile 
de comprendi’e, comme nous l’avons dit, combien ce procédé que nous 
employons doit l’emporter sous ce rapport sur les autres procédés à lam¬ 
beaux disséqués de toutes pièces, et rapportés de très-loin; car il est évi¬ 
dent que dans ces procédés les fibres musculaires qui entourent l’orbite 
restent complètement en dehors du lambeau dont elles servent tout au 
plus à former le pédicule, tandis ijiie, dans notre manière de faire, le 
faisceau du palpébi'al qui avoisine la perte de substance est rapporté tout 
entier au contour de l’orbite. 


Obs. in. Tumeur lacrymale. —Désorganisation du sac lacrymal et de 
la partie interne de la paupière inférieure droite par l’action d'un caus¬ 
tique .— Guérison de la fistule lacrymale par une canule particulière. — 
Restauration de la paupière par glissement du lambeau pris sur le côté 
correspondant du nez. — La femme Grand, de Sennusac, portait depuis 
longtemps à Twil droit nue tumeur lacrymale qui s'enflammait parfois, et 
qu’elle voulut guérir par l’application d’un caustique que lui avait donné un 
empirique. L’action en fut tellement violente que l’oeil devint en proie à 
une très-vive intlainmation, et la face à un érysipèle considérable. Le sac 
lacrymal fut détruit, et toute la partie interne de la paupière inférieure, équi¬ 
valant au liera au moins de son étendue transversale, tomba en gangrène. II 
resta ainsi en avant du canal nasal une dépression demi-circulaire d’un cen¬ 
timètre d’étendue environ, donnant lieu à l’écoulement des larmes sm* la 
joue, et accès à l’air sur le globe do roeli. 

Dans ce cas, la réparation de la perle de substance de la paupière ne pou¬ 
vant avoir lieu avec certitude qn’après le rétablissement du cours naturel 
des larmes, ces deux indications, évidemment, no pouvaient être remplies 
que par deux opérations successives et distinctes. 

1“ Traitement de la fistule lacrymale. —L’opération de la fistule lacry¬ 
male eut lieu au moyen d’une eannule on or, de forme appropriée à ce cas 
particulier. — Le bord antérieur du pavillon était un peu relevé et d’une 
étendue transversale de près d’un demi-pouce, de manière à soutenir par son 
extrémité, dont les angles étaient un peu arrondis, la portion flottante de la 
paupière sur laquelle elle appuyait. Le bord postérieur, au contraire, très- 
court et disposé en forme d’entonnoir pour mieux s’appliquer à l’orifice du 
canal osseux, était seulement creusé d’une petite gouttière pour mieux re¬ 
cueillir les larmes et les diriger dans le nez. 

Au bout de quelques semaines, le canal nasal était snllisanimcnt dilaté, 
et le cours des larmes rétabli. J’essayai alors, de la manière suivante, à re¬ 
médier à la perte de substance de la paupière. 

2“ Restauration de la paupière. —Un petit lambeau triangulaire ayant 
son sommet en bas adhérent à l’aile du nez fut détaché de cet organe et in¬ 
cliné en dehors, au-devant du sac laci-ytnal, vers la portion flottante de la 
paupière inférieure. La perle de substance, dont les Imrds avaient été pri- 



( 431 ) 

mitivement rafraîchis et disséqués dans une petite étendue, se trouvait ainsi 
recouverte d’une manière complète par le lambeau. 

Deux très-petites épingles, placées l’une au-dessus de l’autre, servirent à 
réunir ces parties. — La plaie du nez, restée à découvert, fut pansée sim¬ 
plement. De petites bandelettes de taffetas gommé, et une douce compres¬ 
sion avec un peu d’agaric et de charpie fine, eurent pour but de favoriser la 
réunion et de s’opposer à la rétraction des parties. Cette opération eut lieu 
le 15. 

A la levée du premier appareil, qui eut lieu le (luatriènie jour, la réunion 
était partout complète; néanmoins, les fils de la suture, l’appareil com¬ 
pressif et les bandelettes adhésives furent maintenus en place plusieurs 
jours encore. La plaie du nez s’est recouverte assez rapidement d’une cica¬ 
trice mince, sans que pour cela le lambeau ait paru éprouver de rétraction 
sensible. 

La malade a conservé un épiphora, ce qu’expliquent facilement les dés¬ 
ordres occasionnés dans les voies lacrymales ; mais la fistule et la tumeur 
ne se sont pas reproduites. 

Ces opérations, suivies de succès, et choisies parmi (juehjues autres 
pratiquées aussi sur la paupière inférieure d’après le meme procédé, 
m’ont paru, sous ce rapport, douées d’un certain intérêt, et de nature à 
fournir quelques préceptes généraux pour les auü-cs opérations du même 
geiu-e. 

En 1836, M. Michelet de Pons, dans une ohsciTation qui se trouve 
relatée dans le Bulletin général de Thérapeutique du mois d’ociohre 
1837, avait aussi déjà, par un procédé qui ne diffère de celui que je 
viens d’indiquer pour la pai-tie interne de la paupière inférieure que par 
la forme quadrilatère qu’il doiuie à son lamheau, remédié avec un suc¬ 
cès presque complet à la perte de substance de la partie externe de cette 
même paupière. 

Une rétraction assez considérable eut lieu à la suite de celte opéra¬ 
tion. 

Notre confrère l’attribue uniquement à la tendance qu’ont natmelle- 
ment les parties à reprendre leur place, et à la différence de tissius dont 
se composent le lambeau et la paupière, coiuUtiou qui sc prête mal à 
leur réunion. Les raisons physiologiques qu’il donne de ce déplacement 
sont assurément très-puissantes; mais nous n’eu sommes pas moins porté 
à croire que la forme quadrilatère du lambeau (jii’il a adoptée, et qtii, 
par le tb-aillcment exercé à sa base, lui empêche de s’incliner vers la 
paupière avec autant de facilité, est aus.si de nature à favoriser cet ac¬ 
cident. 

Ce motif nous porte à donner de préférence au latubeau une forme 
triangulaire ou trapézoïde, en inclinant davantage au-dessous de l’orbite, 
et en prolongeant plus bas, selon le précepte général de Lisfranc, l’inci- 



( 432 ) 

sion qui doit le borner en dedans ou en dehors, dans le cas de restaura¬ 
tion interne ou externe de la paupière inférieure. 

Il est vrai qu’en prescrivant ainsi de rétrécir' le pédicule, nous pai'aî- 
trons peut-être en opposition avec un principe général en autoplastie, 
propre surtout à la méthode du ghssement, et que nous semhlous nous- 
même avoir eu en vue de suivre (quoique dans un but tout différent) 
dans nos opérations de restaurations totales, celui de conserver le lam¬ 
beau adhérent dans une très-gi-ande étendue, pour mieux eu assurer la 
nutrition. Mais si la méthode indienne, avec les procédés ordinaires 
dans lesquels le lambeau n’a qu’un pédicule extrêmement étroit, au¬ 
quel on fait suliir en outre un mouvement de renversement et de torsion 
pour pouvoir l’appliquer, offre encore des chances de vitalité sufTisantc, 
à plus forte raison doit-on conserver peu de craintes sous ce rapport 
lorsque ce pédicule est plus large, ne change presque pas de place et n’a 
aucune torsion à éprouver. 

Pour nous, en effet, ce qui nous a engagé, dans nos deux opérations 
de restaurations totales (cl dans celles-ci seidement), à ne pas pratiquer 
d’incisions en arrière, les parties offrant d’ailleurs assez de laxité pour 
pouvoir êti’e rapprochées et réunies sans trop de tiraillement, c’est par¬ 
ticulièrement afin que le lambeau, mieux soutenu en haut .sur la tempe, 
puisse aussi se maintenir plus facilement au-devant de l’orbite et s’op¬ 
poser au renversement de la nouvelle paupière. 

Il a doue été pratiqué, comme on le voit, jusqu’ici, par la méthode 
du glissement, méthode de Gelse, et par le même procédé à peu près, 
une restauration de la partie externe de la paupière inférieure par M. Mi¬ 
chelet, et par nous une restauration de la partie interne de cette pau¬ 
pière, et deux répai-ations totales. 

Resterait donc, pom- ramener aux mêmes règles, aux mêmes préceptes 
généraux, toutes les indications exigées par les pertes de substance de la_ 
paupière inférieure, de pouvoir remédier de la même man:èrc à celles 
qui occuperaient la partie moyenne de cet organe. 

Or, ce moyen coasisterait, selon nous, à appliquer tout simplement à 
cette restauration de la partie moyenne de la paupière, le même procédé 
que pour la partie externe : pour cela, on agrandii'ait de la même ma¬ 
niéré la conuiiissiire externe par une incision homontale prolongée sur 
la tempe. On en pratiquerait de même une en arrière, dirigée oblique¬ 
ment vers la joue, de manière à cii'couscrire un lambeau en forme de 
triangle ou de trapèze, et on détacherait de l’orbite la portion externe 
de la paupière, afin de pouvoir la rapprocher du centi-c et la mettre en 
contact avec la partie interne. On pourrait ici, avec plus de perfection 
encore, au lieu de détacher seulement de l’orbite la portion externe de 



( 433 ) 

la paupière avec la muqueuse qui la tapisse, disséquer avec soin cette 
membrane, poui- conserver ses insertions à l’œil et l’appliquer aux par¬ 
ties qui doivent être rapportées en dehors. Cette manière de faire, plus 
délicate à la vérité, offrii’ait peut-être, en revanche, plus de régularité 
et de garantie contre la rétraction. 

Quoi qu’il en soit, il est facile de voir, par ce procédé, que la partie 
moyenne de la paupière enlevée se trouve ainsi remplacée par la partie 
externe, et celle-ci par des parties nouvelles empruntées à la tempe. 

Par ce moyen, on n’aurait évidemment qu’un seul procédé pour les 
réparations de la partie moyenne et de la partie externe de la paupière 
inférieure, et ce procédé, à part le léger inconvénient de détruire, dans 
ce dernier cas, les adhérences naturelles d’une portion de la paupière, 
pour lui en fane contracter de nouvelles en dedans, offrirait d’ailleurs 
les mêmes avantages d’un lambeau également bien nourri, d’une exécu¬ 
tion également facile et d’une cicatrisation réguhère. 

Si ce procédé est possible pour la réparation de la totalité de la pau¬ 
pière; si, dans ce cas, les téguments de la face et de la tempe offrent le 
plus souvent assez de laxité pour pouvoir, même sans incision en ai’rière, 
permettre au lambeau de recouvrir toute la perte de substance, à plus 
forte raison devra-t-il suffire quand il ne s’agit que d’une portion à ré¬ 
parer. 

Ce procédé nous parait surtout de beaucoup préférable à celui dont 
nous avions d’abord conçu l’idée, et qui consistait à remplacer l’incision 
ordinaire en V, destinée à circonscrire la maladie, par une incision rec 
tangulaire, dont on prolongeait ensuite verticalement sm.’ la joue les 
deux incisions latérales, de manière à détacher im lambeau de la forme 
d’un rectangle, adhérent en bas, et qu’on remontait jusqu’au niveau 
des deux portions restantes de la paupière inférieure pour l’y fixer au ■ 
moyen d’épingles disposées de chaque côté. 

Ce procédé, un des moins satisfaisants évidemment, à cause des cica¬ 
trices vicieuses qn’il laisserait sur la partie de la face la plus apparente, 
serait aussi, malgré l’application soutenue du bandage unissant, plus 
propre que tout autre à favoriser la rétraction des tissus, et par suite le 
renversement de la paupière, le point de traction se trouvant placé tout 
à fait en bas, dans la partie de la face la plus mobile. 

Dans un second article, nous nous occuperons de la blépharoplastie 
de la paupière supérieure, et rapporterons plusieurs exemples de restau¬ 
rations partielles ou totales de cette partie. 

Guiixon, D. M. 

A Cozes (Charenle-Inférleure). 


TOME XXm. 14' LIT, 



( 434 ) 


DN MOT SUR UNE NOUVELLE PATE CAUSTIQUE AVEC LE SULFATE DE 
CUIVRE, ET SUR SON EMPLOI DANS QUELQUES AFFECTIONS CHIRURGI- 


Le sulfate de cuivre n’est guère employé de nos jours comme caus¬ 
tique. Son principal usage consiste en collyres et en injections, et en¬ 
core , dans ces cas, doivent-elles être considérées comme astringentes, 
détersives, styptiques même, plutôt que comme cautérisantes.— Ce n’est 
pas la peine de parler de l’emploi que l’on en fait pour cautériser les 
aplitlies, les chancres, attendu que le nitrate d’argent peut le suppléer 
avaiitagcusenient, et que l’on n’emploie guère que ce dernier. Mais il 
est une pâte caastique que l’on fait avec le sulfate de cuivre, dont la com¬ 
position ne se trouve, je crois, dans aucun formulaire, et qui cependant 
nie paraît bien mériter d’être connue. 

Si, en effet, on réduit en poudre le sulfate de cuivre, et que l’on en 
délaye une certaine quantité avec un jaune d’œuf jusqu’à consistance de 
pâte molle, on obtient un mélange de très-beau vert de feuille, qui jouit 
de propriétés caustiques, et dont voici les effets ! quand on en applique 
une rondelle sur la peau, après l’avoir étendue sur un petit plumasseau 
de charpie, ou sur un morceau de linge ou de sparadrap, une vive ex¬ 
citation se produit bientôt sur la pai'tie ; on en voit tout le pom’tour se 
iluxioiiner un peu et rougir; la partie qui est eu contact avec la pâte 
cautérisante devient le siège d’une douleur assez vive, qui cesse au bout 
de trois ou quatre heures. C’est qu’alors l’efTet caustique est produit, 
lairsque, effectivement, on enlève l’appareil quelque temps après, on 
s’aperçoit que la partie qui a été touché eest devenue grisâtre et esebanf- 
fiée; seulement l’escharre n’esl point pi'ofonde comme elle l’est avec la 
plupart des autres caustiques, et lorsqu’elle s’est détachée, il n’en résulte 
jamais de ces cicatrices vicieuses que l’on remarque souvent après les 
auti es cautérisations ; quelque temps après, la trace du caustique est 
imperceptible. Celte précieuse quaüténous porte à attacher une grande 
ûnpnrtancc à ce caustique. On sait, en effet, qu’il est quelques ma¬ 
ladies qui, comme la pustule maligne, doivent être cautérisées pour 
en arrêter la marche désorganisatrice; or, on se sert ordinairement du 
cautère actuel, ou bien, si l’on s’adresse à des cautères potentiels, ou eu 
choisit qui aient assez d’action pour désorganiser le mal en escbarrifiantles 
tissus à une certaine profondeur. Que s’ensuit-il de là? c’est que lorsque 
la solution de continuité qui succède à la chute des escharres est cicatrisée, 
il en reste une trace indestructible, savoir, des cicatrices défectueuses. 
Que maintenant la pustule maligne se soit déclarée à la figure, au cou, 



(436) 

aux Bjains, combien désagi'éables ne seront pas ces cicatrices sin" des 
parties dn corps naturellement découvertes! Or, avec la pâte de vitriol 
bleu, on évitera fi’équemment cet inconvénient majeur. En voici un fait 
observé par nous à l’Hôtel-Dieu, ü y a déjà deux années : il se rapporte 
à un cas de pustule maligne qui, développée sur la figure d’un militaire, 
fut traitée avec celte pâte caurérisantc sans aucune tr ace de cicatrice. 

Pustule maligne à la figure, traitée et guérie sans cicatrices 
avec la pâte de vitriol bleu. 

Le 20 août 1839, nous reçûmes, à la visite des malades, un militaire 
qui, un jour et demi auparavant, avait commencé d’éprouver, sans 
cause connue, du picotement, de la démangeaison à la figure, ce qui le 
portait à se gratter. Sm‘ la partie qui était le siège de cette démangeaison 
apparut de la rougeur, de la tuméfaction, et vers le centre une vésicule 
qui, lorsque nous l’examinions, paraissait déchirée depuis pende temps, 
et l’on reconnaissait même à sa place une petite tumeur dîne, aplatie, 
cii'conscrite, qui indiquait le commencement de la deuxième période de 
la maladie. L’aspect particulier du mal, la manière dont il avait pro¬ 
cédé, les phlyctènes éparses sur l’engorgement circonvoisin, ne pouvaient 
laisser en doute que nous n’eussions affaire à unepusiulemaligncqni avait 
tendance à s’étendre. Quel traitement appliquer pour la combattre? L’i¬ 
dée de l’emploi immédiat de la cautérisation se présenta à l’esprit : le 
difficile consistait seulement à employer un moyen qui ne laissât pas 
des cicatrices apparentes; or, ce moyen fut immédiatement trouvé dans 
l’emploi de la pâte de vitriol, et nous l’applirpiâmes de la manière sui¬ 
vante ! nous taillâmes im morceau de diachylon circulairement, et, sur 
le milieu de celui-ci, nous praticpiâmes une ouvei’ture de l’étendue d’une 
pièce de 2 francs. Cet emplâtre étant alors placé de telle manière que la 
tumeur légère de la pustule apparût par l’ouverture centrale, nous re¬ 
couvrîmes celle-cid’un plumasseau de charpie chargé de la pâte de ritriol, 
que nous venions de faire préparer. Une simjile bande et une compresse 
maintinrent le petit appareil. Nous avions au préalable ouvert les phlyc¬ 
tènes et séehé la surface du mal. — Peu de temps après, une cuisson 
assez vive, supportable pourtant, se déclara et dura pendant cinq ou 
six heures, pour cesser ensuite à peu près complètement. Qiiehjue temps 
après, savoir vers la dixième heure, quand nous l’enlcr-âmes, on recon¬ 
naissait que la partie qui avait été touchée par le caustique était grisâtre 
et d’nn gris noirâtre : c’était l’escharre, peu profonde toutefois, qui avait 
été produite. Les parties environnantes étaient rouges, un peu tuméfiées 
même, se ressentant de la vive irritation locale qui avait été produite. 
—- Plumasseau d’onguent basilicum par-de.ssus. 



( 436 ) 

Dès cc moment, la douleur et la chaleur corrodantes, qui s’étalent dé- 
Yeloppécs en ce point à cause de la pustule, avaient cessé. On recon¬ 
naissait évidemment que la plilegmasie locale était modifiée. Effective¬ 
ment, il se passa, dès ce moment, ce qui a lieu à la suite de la cautérisa¬ 
tion par les aiiUes caustiques, c’est-à-dii’e que l’escharre, peu épaisse, se 
détacha, et qu’une cicatrisation complète s’ensuivit assez prochainement. 
Or, trois semaines après, sauf une légère dépression vers la partie cen¬ 
trale de la partie qu’avait occupée la pustule, on n’aurait pas dit qu’un 
caustupie eut été appliqué sur cc point, tant la ti’ace en était peu appa¬ 
rente. — Aucun autre caustique certainement n’eût donné un résiütat 
aussi satisfaisant sous ce rapport. 

Nous tenons d’un de nos praticiens les plus distingués que, dans sa 
longue pratique, il a fait un fréquent usage de ce caustique dans des cas 
pareils, et qu’il n’a eu qu’à s’en louer. Le praticien dont je parle a eu 
occasion de l’employer à l’Hotel-Dieu, dans le mois dernier, pour répri¬ 
mer les progrès de l’envahissement d’un cancer de la lèvre qui, opéré 
plusieiu's mois auparavant, se reproduisait par l’ulcération de la partie 
externe de la cicatrice. Une amélioration notable s’en est suivie. Le ma¬ 
lade est encore en traitement. 

En somme, nous ne pouvons dire si, aux dei-nières périodes de la pus¬ 
tule maligne, ce caustique serait suffisant; mais nous avons la conviction 
qu’il l’est dans la première, et mêmedans le commencement delà seconde, 
et que, ne laissant pas après lui de cicatrice, on aurait tort d’en négliger 
l’emploi, surtout quand la pustule réside en des parties habituellement 
découvertes. Il nous semble également qu’il devrait être utile dans cer¬ 
tains cas de lupus- Du reste, c’est un caustique à expérimenter encore. 

Payan. 


DES PERTES d’eaD PENDANT LA GROSSESSE. 

Une femme enceinte et déjà avancée dans sa gr ossesse est prise tout 
à coup d’un écoulement d’eau semblable au liquide amniotique. Cet 
écoulement almndant survient brusquement et s’accompagne de légères 
douleurs abdominales et de reins. 

L’accoucheur, mandé à la hâte, croit à l’imminence de l’accouche¬ 
ment ; il constate par le toucher l’état des organes ; il trouve le col utérin 
entr’ouvert, plus ou moins effacé ; ces signes, réunis à l’écoiüement du 
liquide, constituent pour lui un commencement de travail. 

Mais, après quelques heures d’attente, l’écoulement cesse, les dou¬ 
leurs disparaissent, et cet accouchement prématuré, qui semblait iné- 



( 437 ) 

vitable, n’a cepeudaiit pas lieu; la grossesse continue à parcourir ses 
périodes. 

Ces faits ne sont pas rai'es : M.Nœgelé, qui le premier a appelé l’at¬ 
tention des praticiens sur ce phénomène, en a observé un assez grand 
nombre, qu’il a fait réunir dans une thèse soutenue à Heidelberg, sous 
sa présidence *. 

J’ai pu souvent aussi observer ces pertes d’eau , et dans des cû’con- 
stances intéressantes à noter. 

Comment peut-on expliquer ce phénomène? 

On a pensé que les eaux provenaient d’une accumulation de liquide 
entre le chorion et l’amnios, et- qu’elles ne s’échappaient qu’au moyen 
de la rupture du chorion ; qu’elles étaient fournies par un vaisseau lym¬ 
phatique utérin rompu, par im hj'dromètrc, pai’un œuf surnuméraire, 
enfin par une rupture des memltranes dans un point éloigné de l’orifice. 
Aucune de ces explications ne peut résister à un sérieux examen. Un seul 
fait, la persistance de la giussesse, les détruit toutes. En effet, si ces pertes 
dépendaient d’une accumulation de liquide entre le chorion et l’amnios, 
comment admettre, après la ruptine du chorion, que l’amnios pût résis¬ 
ter assez pour que la grossesse pût parcourir ses périodes ? La fausse- 
couche, dans ce cas, serait presque toujours inévitable. 11 en est de même 
de la rupture des membranes dans un point éloigné de l’orifice. Quant à la 
ruptiu’e d’un vaisseau lymphatique, elle s’accompagnerait toujours d’ac¬ 
cidents qu’on n’observe pas dans les pertes d’eau. Il serait possible aussi 
d’admettre que les eaux proviennent de la rupture d’un oeuf surnumé¬ 
raire, si l’écoulement, après avoir dm'é quelques heures, cessait de se 
manifester, ce qui n’a pas lieu. Le plus ordinairement ces pertes, après 
avoir duré quelques heures, quelques jours même, se renouvellent le 
plus ordinairement plusieurs fois pendant la grossesse ; à tel point (jue 
chez telle femme chez laquelle j’ai pu observer ce phénomène, la somme 
de toutes ces pertes partielles pouvait êti-e évaluée à dix ou douze lilies de 
liquide, et quelquefois bien davantage. 

Enfin, si ce phénomène était dû à un hydromètre sans gi-ossesse, la 
non-existence de cette grossesse ne tarderait pas à être constatée; ou bien, 
si un hydroraètre distendant manifestement toute la cavité utérine, ve¬ 
nait compliquer mie grossesse, ce qui est rare, la grossesse serait, dans la 
plupart des cas, compromise, et la fausse-couche, je le l'épète, suit bien 
rarement les pertes d’eau. Dans aucun des cas que j’ai observés, l’avor¬ 
tement n’a eu lieu, toutes les femmes sont parvenues à terme. 

Cependant, si l’on suppose l’hydromètre partiel et n’occupant qu’un 

* De Hydrorrhea uteri grwidarum, 1832, auct. J.-B. Geil. 



( 438 ) 

petit espace dans la cavité utérine, on arrivera à l’explication qüi sem¬ 
ble la plus rationnelle. 

Telle est au reste l’opinion de M. Nœgelé à cet égard. Il pense que les 
écoulements d’eau sont dus à l’accumulation d’une certaine quantité de 
liquide entre la surface cxterné des membranes do l’œuf et la surface 
interne de l’utérus; en effet, admettant que le liquide amniotique 
soit fourni par les vaisseaux lymphatiques utérins, opinion qtti Semble 
être la plus probable, on conçoit cjue dès que l’œuf est sufïïsamment 
rempli, si le liejuide continue d’arriver, il s’arrête alors entre l’œuf et 
l’utérus. En décollant les inemlnancs de la surface interne de l’organe, 
il se forme ainsi une poche qui s’accroît chaque jour, jusqu’à ce que l’u- 
tériis distendu réagisse sur ce liquide accumulé, et le force à s’écouler , 
en achevant de décoller la partie des membranes qui sépare la poche de 
li(|uidedu col utérin, qui s’entr’ouvre pour laisser passage au liquide. 

dette réaction de rnterus n’est pas toujours perçue par la mère; mais 
souvent ses contractions déterminent de légères douleurs de reins et de 
bas-ventre. 

On comprend dès lors comment, quand cette dernière circonstance 
vient sc joindre à une légère dilatation du col utérin, on peut être induit 
eji erreur et croire à un accouchemfent prochain, surtout quand la gros¬ 
sesse est avancée, et qu’on n’a pas encore eu lieu d’observer les pertes 
d’eau. 

M. Nœgelé considère en outre ces accidents comme le résultat d’une 
légère inflammation des membranes, et conseille pour traitement les 
petites saignées révulsives, l’opium et le repos, moins dans l’intention de 
combattre ces pertes que pour remédier aux conséquences qu’elles poui'- 
raient avoir sur l’existence de la grossesse. 

Ces pertes nous donnent aussi l’explication de ces cas extraordinaires 
cités par les auteurs ou des avortements inévitables furent arrêtés ce¬ 
pendant, malgré la formation de la poche et l’écoulement brusque d’une 
grande quantité de liquide (qui faisait supposer que la podie s’était 
rompue). 

M. Velpeau (page 403,1" volume) cite plusieurs de ces cas qui évi¬ 
demment doivent êtiœ rapportés à des pertes d’eau. J’excepte cependant 
les deux observations où, après l’issue du bras et l’engagement de la tête, 
le travail cessa pour ne se manifester de nouveau que plusieurs mois 
après. M. Velpeau, pas plus que moi, n’ajoute foi à ces deux observations 
extraordinaires ; les autres observations, au contraûe, émanent de gens 
dont le témoignage ne peut être révoqué en doute. Ainsi Désormeaux , 
dans un cas où il croyait l’avortement inévitable, vit tout rentrer dans 
l’ordre après un écoulement considérable de liquide qui lui fit croire à 



{ 439 ) 

la rupture des membranes, malgré des doulem’s énergiques et un léger 
écoulement sanguin et la dilatation du col. 

MM. Gorgeret, Morlanne, Monoiuy, Lévêqne, observèrent aussi des 
phénomènes semblables ; mais certes il ne s’agissait là que d’une simple 
perte d’eau accompagnée de douleurs plus énergiques que de coutume, et 
d’une légère exsudation sanguine, déterminée par le décollement de la 
partie inférieure des membranes. Sans cela, comment admettre que la 
rupture de l’œuf ait pu s’effectuer sans être suivie de l’expubion du pro¬ 
duit? Cette vérité, M. Velpeau l’avait pressentie quand il dit : « Le li- 
« fpûde qui sort du col utérin peut d’ailleurs venir d’un kyste bydatique 
« ou de l’inten'alle des memlnaiies. » 

En effet, cette opinion est celle qui certainement se rapproche le plus 
de la vérité. Quelques observations succinctement rapportées et prises an 
mUieu d’un plus grand nombre, viendront de tout point confu-mer les 
opinions de M. Nœgelé. 

Une femme entre à la Clinkpic au huitième mois de sa grossesse ; elle 
était fort bien portante. Cependant, sans causes apprécialjlcs, elle éprouva 
d’assez vives douleurs et perdit une grande (piantité de liquide clair, sans 
que poiu’ cela le toucher signalât un commencement de travail. Peu à peu 
les douleurs cessèrent, çt un mois après un véritable travail se déclara ; 
la poche des eaux se forma, se rompit, et un enfant bien portant fut ex¬ 
pulsé. 

La nommée Pinçon, primipare, pendant sonséjonràlaCUnique perdit 
plusieurs fois des eaux, ce qui ne l’empêcha pas d’aller à terme et d’ac¬ 
coucher , le 1®' janvier 1833, d’un garçon fort, dont le diamèti-e occi- 
pito-frontal avait six centimètres. 

La nommée Hemi (Célestine), entrée au terme de sept mois et demi, 
depuis longtemps à la Clinique, perdit tout à coup une quantité de liquide 
roussâtre qu’on put évaluer à deux htres ; le toucher ne fit reconnaître 
aucun commencement de travail : six jours après cette perte, l’enfant 
est bien vivant, l’utérus manifestement développé, quoique de légères 
pertes se manifestent de temps à auti’C. A terme, la poche des eaux fut 
rompue artificiellement, un liquide clair, limpide, s’écoula, et l’accou¬ 
chement s’effectua dans les circonstances ordinaires. 

Duchêne, dix-huit ans, primipare, accouchée à terme le 5 mars 1839, 
avait perdu à sept mois une quantité de liquide roussâtre, pendant deux 
jours, sans que sa santé en ait été altérée. 

Gouffîère, trente-six ans, accoucha à terme pour la douzième fois, le 
20 mars 1839. Pendant les huit derniers jours écoulement séreux que la 
malade attribue à une longue course, rupture des meniljranes le jour 
même de l’accouchement. 




( 440 ) 

Flamand, vingt ans, primipare, accouchée à terme le 21 mars 1839, 
perdit, au terme de huit mois, une certaine quantité d’eau à la suite de 
fatigues en voiture. 

Merchez, vingt-huit ans, accouchée pour la deuxième fois à terme, à 
cinq mois, après une chute de sa hauteur sur le côté gauche, éprouva 
de légères douleurs lombaires, accompagnées d’un écoulement séreux. 

Dupuis, vingt-cinq ans, primipare, accouchée à huit mois, le 13 avril 
1839; sans cause appréciable, au terme de trois mois, perdit des eaux 
pendant deux jours sans éprouver la moindre indisposition concomi¬ 
tante ni consécutive. 

Popelain, vingt et un ans, enceinte pour la cinquième fois, perdit au 
terme de cinq mois et demi,, le 5 août 1840, à trois heures du soir, des 
eaux roussâtres accompagnées de quelques caillots ; ces pertes se re¬ 
produisirent les jours suivants, mais cependant en tpiantité moins consi¬ 
dérable. 

Sa santé est parfaite, l’enfant lûen portant. C’est dans cet état qn’ello 
est sortie de la Clinique quinze jours après la première perte. 

M”» G., enceinte pour la douzième fois, se sentit tout à coup mouillée 
par une petite quantité d’eau claire. Elle me fit mander aussitôt, crai¬ 
gnant un accoucheiucnt prochain ; elle était au terme de sept mois et demi. 
Après avoir constaté l’état de cette dame, je la rassurai complètement; 
récoiilemcnt s’arrêta, et M""’ accoucha à terme d’une fille bien portante. 
A quelques-unes de ses précédentes gi'ossesscs elle avait éprouvé ces per¬ 
tes ; une fois entre autres l’accoucheur qui l’assistait regardant cet écou¬ 
lement de liquide comme le sigvial d’un accouchement imminent, passa 
inutilement un temps considérable auprès de cette dame, qui arriva à 
terme. 

M. le docteur Ameuil m’a communiqué le fait suivant. M"“ N..., au 
terme de six mois et demi, fut prise, le 27 juin, après s’être beaucoup 
fatiguée, d’une perte d’eau assez considérable, comme si la poche am¬ 
niotique se fiit rompue ; elle n’éprouvait d’autres douleurs qu’un senti¬ 
ment de lassitude et depesanteiu- dans les reins et le bas-ventre, et rien 
cependant ne signalait un commencement de travail; pendant trois nuits 
et trois jours l’eau continua découler à chaque mouvement que faisait la 
malade, puis pen à peu l’écoulement cessa : la santé est bonne, et tout 
fait penser que M™" N. ira à terme. 16 juillet 1842. 

M. Demcaux , interne de l’Hôtel-Dien, reçut, il y a quelques jours, 
dans le service des femmes en couches, une femme qui perdait des eaux 
en abondance ; le col était dilaté comme une pièce de cinq francs : elle 
était encore éloignée de son terme. Après quelques joims de repos, elle 
sortit de l’hôpital sans être accouchée. 



( 441 ) 

De ces observations on peut conclure : premièrement, que ces pertes 
n’ont, dans la plupart des cas, aucune influence fâcheuse sur la gros¬ 
sesse : deuxièmement, que le liquide ne peut être fourni par l’œuf lui- 
même , parce que presque toujours on a pu constater ultérieurement l’in¬ 
tégrité delà poche au moment de l’aecouchement, et parce que souvent 
le liquide expulsé était coloré, tandis que l’eau fournie plus tard par la 
poche rompue était ti'ansparente. L’inverse eut lieu chez une jeune fille 
qui perdit pendant sa grossesse des eaux claires a cinq ou six mois de 
terme, et qui, au moment même où les pertes continuaient, accoucha 
d’un enfant mort depuis trois semâmes, et qui nageait dans un liquide 
sanguinolent et puti-cfié. 

Enfin, les deux faits qui suivent viennent encore à l’appui de cette 
opinion que le liquide n’est pas fourni par l’œuf, mais bien par l’utérus. 

Une fennne ayant une maladie du cœin infiltrée des extrémités infé¬ 
rieures, fit à six mois une fausse couche à la Clinique. Pendant saîgros- 
sesse cette femme avait perdu souvent des eaux aux époques coirespon- 
danles aux règles, et après son accouchement, les lochies, au lieu d’avoir 
la couleur ordinaire, étaient limpides, abondantes et incolores. Quinze 
jours après son accouchement, la malade entra à l’Hôtel-Dicu , dans le 
service de M. Honoré, qui put observer pendant quelque temps la conti¬ 
nuation de ce phénomène. 

Une autre femme de la Clinique, excessivement infiltrée, perdit, huit 
jours avant son accouchement, une très-gi-audc quantité d’eau ; cepen¬ 
dant la poche, au moment du h-avail, était intacte : deux jumeaux na¬ 
quirent. Les suites de couches furent heureuses ; mais les lochies, très- 
abondantes, étaient presque complètement décolorées, et insensensible- 
ment elles prirent tout à fait l’aspect de pertes d’eaux, et s’écoulèrent 
aussi abondamment que celles qui avaient précédé l’accouchement. 

D’où venaient ces eaux, assez abondantes pom’ tremper plusieurs draps 
par jour, si ce n’est de l’utérus ? 

Chailly (Honoré), 

Ex-chef do la clinique d’accouchement de la Faculté de Paris. 


CHIMIE ET PHABMACIE. 

QUELQUES RÉFLEXIONS SUR l’ACTION DU SULFATE DE QUININE 

SUR l’Économie animale. 

Dans le cours de mes recherches chimiques relatives à l’action des sels 
les uns sur les autres, envisagée sous le rapport de l’art de formuler, 



( 442 ) 

j’ai été conduit à découvrir la cause de l’action immédiate d’un assez 
grand nombre d’agents médicaux. Parmi ces agents, il en est un, tout 
palpitant d’actualité, dont l’explication tliérapeutique ne peut qu’être 
accueillie avec empressement par tons les praticiens jaloux de connaître 
les ressoimces de leiu- art, je veux parler do sulfate de quinine. 

Bien longtemps avant la piddication de l’intéressant Mémoire de 
M. Briquet, je savais que le sulfate de quinine était regardé à tort comme 
faisant partie de la médication tonique, mes recherches expérimentales 
m’ayant conduit à admettre dans leur entier les conclusions du travail 
do M. Giacomini, savoir que « le sulfate de (juinine, loin d’être un mé¬ 
dicament tonique, a une action hyposthénisante des plus mai-quées, 
qu’il faut combattre par les excitants diffusibles, et en particulier par 
l’alcool. » {Annali di medicina, février 1841.) 

Il résulte, en effet, de mes expériences que le sulfate de quinine intro¬ 
duit dans l’économie éprouve une double décomposition chimique avec 
l’albumiate de soude que nos humeurs renferment; d’où résulte du sul¬ 
fate de soude solublé et de l’albuminate de quinine, moins soluble que 
l’aUnnninate alcalin décompo.sé. ‘ 

L’albuminate de quinine est du reste un composé peu stable en cette 
circonstance, un excès de soude ne tarde pas à le détruire en s’emparant 
de l’albiunine et mettant l’alcali organique en liberté. Or, la quinine 
devenue libre se précipite, et, agissant comme tout corps insoluble dans 
le sang agit en pareil cas, apporte un retard plus ou moins marqué 
dans la circulation. 

Le premier effet du sulfate de quinine doit par conséquent se traduire 
par un ralentissement du pouls d’autant plus marqué que la dose du sel 
de quinine administré sera plus considérable, et c’est précisément ce 
qui résulte des expériences cliniques de MM. Giacomini et Briquet. 

Quant aux vertus hyposthénisantes du sulfate de quinine, elles décou¬ 
lent de la propriété que la quinine administrée à l’état salin possède de 
sc combiner avec, l’albumine du sang, c’est-à-dire avec l’élément fonda¬ 
mental de nos tissus, ainsi que de la propriété qu’elle possède alors d’in¬ 
troduire dans la cû’culation im corps insoluble, ou du moins si peu 
soluble, que l’organisme ne doit pouvoir s’en débarrasser qu’avec une 
extrême lenteur. 

Le fait de la transformation chimique du sulfate de quinine intro¬ 
duit dans l’économie animale, en un composé à peine attaquable par la 
partie liquide du sang, rend compte de la grande difficulté que l’on a à 
constater la présence de la quinine dans les urines des personnes à qui 
elle a été administrée à l’état de sulfate. On conçoit, en effet, que la 
faible proportion de quinine entraînée par le liquide des voies urinaires 



( 443 ) 

ait pu échapper à un grand nombre d’expérimentateurs d’ailleurs fort 
habiles. 

Ce fait me porte, de plus, à ranger le sulfate de quinine parmi le petit 
nombre de médicaments dont l’action thérapeutique ne saïuaitêti-e pas¬ 
sagère ; qui, une fois introduits dans la circulation générale, üe peuvent 
en être que très-difficilement expulsés, et qui, partant, sont dans les 
conditions les plus avantageuses pour amener des modifications organi¬ 
ques durables, mais qui aussi, administrés à doses élevées, peuvent dé¬ 
terminer des perturbations désastreuses. 

Dans le cas d’intoxication par le sulfate de quinine (car, à l’exemple 
de M. Giacomini, je le considère comme pouvant être fimcste en cer¬ 
taines circonstances), je crois que l’on doit rechercher son antidote parmi 
les excitants diffusibles, ainsique hlM. Giacomini etllognetta l’ont déjà 
recommandé; mais il faut que les agents diffusibles soient choisis avec 
discernement, il faut qu’ils puissent donner de la solubilité au corps in¬ 
soluble, la (|uinine, qui est alors répandue dans tout ou partie de la 
masse sanguine. 

L’alcool est du reste prescpie le seul médicament diffusible sur lequel 
il est permis de compter en ce cas ; encore faut-il le donner avec réserve, 
car passé nne certaine dose, il faciliterait lui-même l’airêt de la circu¬ 
lation en coagulant l’afimmine, ainsi qu’il le fait plus ou moins dans l’i¬ 
vresse, et totalement quand il produit la mort instantanée. 

Je terminei'ai celte note par une remarque relative à l’administration 
du sulfate de quinine ; ce sel, comme tous les médicaments en général, 
n’a d’action sur l’économie vivante qu’autant qu’il est absorbé : or, son 
absorption est loin d’être toujours également complète dans les diffé¬ 
rentes circonstances où on l’administre; ainsi, pris en dissolution acide 
par la bouche, il est totalement absorbé; administré en pilules par la 
même voie, il est encore absorbé à la favem’ des acides du suc gastrique, 
mais incomplètement toutes les fok que la dose du sel organique est un 
peu élevée. Administré par l’anus, à l’état acide, le sulfate de quinine 
est assez bien absorbé, mais cependant moins parfaitement que par la 
bouche, à cause de l’alcali que renferment toujours les liquidesde la par¬ 
tie inférieure du tube digestif; enfin, administré par cette dernière voie, 
à l’état pulvérulent, ce sel ne doit être absorbé qu’en ttès-faible quantité, 
quelle que soit d’ailleurs la dose de sulfate ingéré. 

Les données qui précèdent me semblent dignes de fixer l’attention des 
praticiens, avec d’autant pins de raison qu’elles ne s’appliquent pas au 
sulfate de quinine seulement, un grand nombre de médicaments ayant 
comme lui la propriété d’être absorbés plus ou moins complètement, sui¬ 
vant les parties organiques du cotps humain où on les applique. Nous 



{ 444 ) 

ajouterons, du reste, que les données qui précèdent ont été déjà con¬ 
firmées par l’expérience clinique. JVI. le professeur Piorry s’est en effet 
assuré que l’action du sidfate de quinine sur la rate est totalement diffé¬ 
rente , suivant que ce sel est administré par l’anus à l’état neutre ou à 
l’état acide. 

L. Mialhe. 


UN MOT SUR LES GRAINES DE l’iF COMME SUCrjJDANÉES 
DE LA DIGITALE POURPRÉE. 

La digitale pourprée a été jusqu’à présent considérée en France 
comme à peu près la seule plante jouissant de la propriété de modifier, 
et en certains cas d’apaiser les mouvemens tumultueux du cœur; mais 
l’action de cette plante n’est pas toujours identique dans ses effets tliéra- 
peiitiqiics, peut-être à cause de ses divers modes de préparation 

Pour obvier aux inconvénients que présente l’emploi de la digitale, 
quelques médecins, en Italie, ont cherché dans le règne végétal quel¬ 
que autre sub.stance qui eût des propriétés analogues, et qui pût lui servir 
de succédané. Après un grand nombre d’expériences, ils ont constaté 
que le fruit de l’if, Taxus baccata, pouvait avec avantage lui êti-e 
substitué. 

Le docteur Rempinelli, de Bergame,- a obtenu de l’emploi de ce fruit 
des résultats qui olïrcnt à la science un grand intérêt. Cet honorable pra¬ 
ticien a pu se convaincre qu’à des doses très-minimes ce finit, pris à 
l’intérieur, jouissait d’une action sédative toujours identique à ses ré¬ 
sultats. 

D’après les notes qu’il a bien voulu nous communiquer, ce fruit doit 
être prix é de la pulpe chainne qui le recoux-re, et qu’on rejette comme 
inutile. 

Avec la gi'aine on prépare une poudre, un extrait aqueux, un alcoo¬ 
lique, un alcoolé et un étliéréolé. Gomme la température atmosphérique, 
le sol et la culture agissent puissamment sur la composition chimique des 
végétaux, nous avons dû constater par l’analyse les éléments constitu- 
tiis du finit de l’if croissant dans nos climats ; nous l’avons ti aité par 
l’eau, l’alcool et l’éther snlfinique, et nous avons ti ouvé qu’il contenait : 

1® Une huile essentielle qui rappelle l’odeur de l’essence de téré¬ 
benthine; 

2“ Une huile fixe; 

3° Du sucre apprécialile par la fermentation ; 

4® De l’albuininc en petite quantité ; 



( 446 ) 

6“ Une résine verte d’une saveur très-amère ; 

6“ Du sulfate de chaux ; 

7“ De la fibre végétale. 

D’après les expériences que nous avons tentées sur des animaux, nous 
avons reconnu que le fruit de l’if n’avait pas les propriétés toxiques 
que M. Orfila a signalées dans les feuilles de cet ai'bre. 

Stan. Martin, pliarin. 


UN MOT SUR LES PILULES DE PHOTO-IODURE DE MERCURE, ET LE MODE 

d’administration de ce médicament. 

Le Journal de Chimie médicale donne la formule suivante comme 
étant celle qu’emploie le plus ordinairement M. Ricordpour l’adminis¬ 
tration du proto-iodure de mercme. 

Proto-iodm-e .... 30 centigrammes. 

Thridace. 30 centigrammes. 

Extrait thébaïque. . 6 ceiitigiammes. 

Extrait de ciguë. . . 60 centigrammes. 

Pour fafre 6 ou 12 pilules. 

Suivant ce journal, M. Ricord donne quelquefois jusqu’à 40 et 
50 cenligi-ammes de proto-iodure de mercure dans un seul jour au 
moyen de ces pilules , et il ajoute avec raison que dans cette adminis¬ 
tration il faut avofr égard, comme le cbb-m-gien de l’hôpital du Midi, 
à la susceptibiUté des sujets, étudier chez eux l’action du remède ; car 
tel malade peut supporter une quantité de proto-iodme assez foite, et tel 
autre n’en tolérerait pas une beaucoup plus faible. 

Toujours est-il queM. Ricord donne 50 centigrammes de proto-iodure 
dans un seul joiu’, et que l’opinion nouvelle que nous avons émise relati¬ 
vement à la différence d’action médicale que nous avons dit exister 
entre les proto et les deuto sels de mercure commence à porter son fruit. 
Le proto-iodm’c n’est plus considéré comme ayant une action presque 
égale à celle du sublimé corrosif. M. Ricord, à notre exemple (nous 
l’avons presa-it il y a plus d’un an à la dose de 60 centigrammes), en 
porte la dose à 50 centigrammes en un seul jour, et il peut certainement 
le faire sans le moindi’e danger, pomvu toutefois que cette proportion d’io- 
dure soit donnée en une ou deux prises dans le jour, et non à doses trop 
fractionnées; car, dans ce cas, la salivation pourrait survenir après 
l’injestioii d’une quantité même assez faible de ce composé mercuriel. 




( 446 

Il est évident, comme les faits cliniques le montrent, que tous les ma¬ 
lades ne peuvent supporter une égale proportion de proto-iodurc de 
mercure. A quoi tient cette différence dans la susceptibilité organique? 
N’en ü’ouverait-on pas une des causes dans ce que je disais en février 
1840 dans le Journal de Pharmacie : « Il ne peut jamais se former 
qu’une quantité de subUnié corrosif correspondant à la quantité de chlo¬ 
rures alcalins que renferment nos viscères ; les grands mangeurs de sel 
de cuisine, toutes choses étant égales d’ailleurs, doivent être plus sujets 
à saliver sous l’influence d’une médication calomélique. » 

Cette proposition, qui est pom- moi surabondamment démonti'ée au¬ 
jourd’hui, ne doit pas être resti-einte au proto-chlonme de mercure seu¬ 
lement, elle est également applicalde à tous les proto-sels de mercure 
en général, et par conséquent au proto-iodure. 

Ce fait, qui est pour moi la vérité, peut être appuyé par diverses 
preuves. Pourquoi, demanderai-je, les enfants s’accommodent-ils plus 
aisément du calomel que les hommes faits? Pourquoi? parce que leurs 
humeurs sont moins riches en chlorures alcalins que les nôtres. Pour¬ 
quoi encore les marins ne peuvent-ils, eu aucune manière, supporter le 
calomel? parce que lem’ régime rend leurs humeurs plus abondantes en 
chloi-ures alcalins que chez les sujets ordinaires. A l’appui de ces asser¬ 
tions, je citerai le fait suivant rapporté par M. le docteur Maire : « Dans 
le cours de campagnes assez nombreuses sur mer, j’ai eu occasion de 
vérifier l’exactitude de ce fait sin nos matelots, assujettis, comme chacun 
le sait, à un régime salé, à tel point que j’avais renoncé, dans les 
derniers temps, à user du calomel comme’purgatif au moins, à cause 
de la fréquence et de la promptitude avec laquelle il amenait le ptya¬ 
lisme (1). » 

Je lenninerai cet article par une remarque importante que je signale 
il l’attention des praticiens pour qu’ils la vérifient : puisqu’il est dé¬ 
montré que les proto-sels de mcrcm-c agissent en raison directe de la 
quantité de chlonmes alcalins (pie nos humeurs renferment, il est évi¬ 
dent que les malades depuis longtemps soumis à la diète doivent plus 
aisément supporter l’usage des proto-sels de mercure tpie les gens en 
santé. 

Cette oksorvation est, du reste, applicable à l’action d’un gi-ainl 
nombre de composés métallupies, ainsi (pie je le démontrerai dans un 
travail ultérieur. L. Mi.ilhe. 

(1) Journ. de Méd. prat. Recueil des travaux rte la SociiUê rte médecine 
de Bordeaux. Juin 1810, p. 316. 



( 447 ) 

CORRESPONDANCE MÉDICALE. 

SÜH tIN CAS DB FRACTÜBE DES DEDX CLAVICULES. 

La fracture simultanée des deux clavicules est un fait assez rare, à 
en juger du moins par le peu d’exemples de ce gem'e tpie possède la 
science. Je pense donc que celui que je viens d’observer ne sera pas 
sans intérêt pour les lecteurs du Bulletin de Thérapeutique. 

Joseph Fischer, garçon menuisier, fortement coijstiüié, était occupé, 
le 24 août 1842, à démonter des boiseries dans une maison en démoli¬ 
tion. Le mur de face, démoli jusqu’au niveau de la partie supérieure des 
fcnêti-cs, laissait à découvert la pierre de taille horizontale (le couver¬ 
cle) qui repose, par ses deux extrémités, sur les montants verticaux ou 
jambages. Cette pierre, brisée dans son milieu, ne se soutenait plus qu’à 
la manière d’une voûte au-dessus de l’espace vide représenté par l’aire 
de la fenêtre. Aussi, à peine Fischer eut-il mis le pied sur elle, que les 
deux fragments, cédant sous son poiils, exécutèrent un mouvement de 
bascule, et tombèrent avec lui dans l’espace étroit compris entre les jam 
bages de la fenêti'e, de telle sorte que la violente compression qu’ils 
exercèrent transversalement siu’ les deux extrémités du diamètre bi- 
acromial détermina la fracture de l’une et l’autre clavicule. 

Je fus mandé à l’instant même, et constatai cette double fracture, qui 
offrait les particularités suivantes : la tête était droite, et non pas in¬ 
clinée d’un côté) comme cela se remarque ordinairement quand il y a 
fi-actm'e d’une seule clavicule; les deux bras étaient pendants le long 
du tronc; il était impossible au malade de porter l’une ou l’antre main 
à sa tête, on sur l’épaule du côté opposé. La flexion de l’avant-bras sur 
le bras était libre et facile, yi gauche, la fracture avait lieu vers la 
partie moyenne de la clavicule. L’extrémité du fragment interne faisait 
une forte saillie sous la peau; l’interne était entraîné en bas et un peu 
en dedans par le poids du membre. Faction du deltoïde et celle du 
grand pectoral agissant sur riiumérus. Du reste, eu soulevant le bras, 
et en portant l’épaule en airière, on i-étnblissait les rapports normaux, 
et on déterminait une crépitation manifeste, jd droite, la solution de 
continuité se rapprochait im peu plus de l’exti'émité externe de l’os ; le 
déplacement était aussi un peu moins prononcé ; cependant on sentait 
parfaitement le bout du fragment interne, en dehors du<|ucl une dépres¬ 
sion bien sensible correspondait au fragment externe. Enfin, la crépita¬ 
tion et le rétablissement des rapports de l’os fracUné s’obtenaient, 
comme à gauche, avec la plus gi-ande facilité. 




( 448 ) 

n n’existait aucune autre lésion, pas même une légère contusion des 
régions claviculaires ; c’est que, en effet, cette double fracture était le 
résultat d’une pression horizontale, de dehors en dedans, siu- les deux 
aa-omions ; pression qui avait agi en exagérant la courbure normale des 
clavicules jusqu’au point de déterminer la rupture de ces os, suivant le 
mécanisme des fractures par cause indirecte. 

J’appliquai un double appareil, composé de deux coussins axillaires 
cunéiformes, remplis de balle d’avoine ; d’une large sangle, munie de 
trois boucles et ti'ois comroies, destinée à rapprocher les bras du corps, 
faisant office de bandage de corps, et enfin de deux écharpes pour sou¬ 
tenu- les coudes et les avant-bras. Mais au bout de quelques jourSj je fus 
obligé de renoncer à cet appareil. Le malade, naturellement un peu 
indocile, ne supportait que difficilement l’espèce de torture à laquelle 
il se ti-ouvait soumis par la privation totale de l’usage de ses deux mem¬ 
bres supérieurs. Je n’avais pu le décider à rester au lit, même pendant 
quelques jours, et ses efforts tendaient continuellement à dégager l’ime 
ou l’autre main, quand quelque circonstance venait réveiller en lui le 
besoin d’en faire usage. Je dus donc prendre Un autre parti. Je suppri¬ 
mai les coussins axillaires et la sangle, et j’apphquai du côté gauche (oii 
le déplacement des fragments était le plus marqué) un appareil analo¬ 
gue à celui que décrit Flamant [Journal complémentaire), et que M. le 
docteiu- Simonin a reproduit en le simplifiant dans le cahier de juillet 
du Bulletin de Thérapeutique. La fi-acture du côté droit fut main¬ 
tenue seulement à l’aide d’une simple écharpe disposée en eul-de-sac, à 
la partie postérieure du coude, de manière à porter celui-ci en haut et 
en dedans. 

La consolidation se fit avec rapidité. Elle était parfaite le vingtième 
jour, car Fischer voulut‘retourner à son ti-avail, le 15 septembre, aus¬ 
sitôt que je le débarrassai de son appareil. Les mouvements des bras 
étaient tout à fait libres; les clavicules ne présentaient aucune diffor¬ 
mité sensible à l’œil; seulement la droite offrait au toucher un cal plus 
volumineux et moins réguher que la gauche, où la coaptation avait été 
plus parfaitement maintenue. 

J’attribue ce succès plus complet à l’appareil préconisé par M. le doo- 
teiu- Simonin; aussi l’ai-je mis en usage pour une autre fracture de la 
clavicule, que j’ai actuellement en traitement. 

CARRrERE , 

Agrégé à la Faculté de Uédecinc de Strasbourg. 



( 449 ) 

SOR l’hEDBEOX emploi qui a été fait du VACfilN POUR LA GUÉRISON 
d’une tumeur Érectile. 

J’ai présenté aujourd’hui, 20 décembre 1842, à l’Académie de mé¬ 
decine, le sujet de l’observation curieuse qui suit. Les détails que je 
vais vous fournir auront, je pense, quelque intérêt pour vos lecteurs. 

Un enfant de treize mois , non encore vacciné, présentait une tu¬ 
meur érectile de trois centimètres carrés environ de surface, ayant un 
centimètre à peu près d’épaisseur, au-dessus du sourcil gauche. 

Cette tumeur faisait de rapides progrès; elle était rutilante, et recevait 
beaucoup de sang par les vaisseaux qui émergeaient de sa cb-conférencc. 
La pression du doigt l’affaissait et la décolorait un peu ; par contre, les 
cris et les efforts de l’enfant la tuinéiiaient d’une manière notable. 

Je fis pour la guérir, en présence de M. le docteur Bousquet et de 
pi e I tutres confrères, ncufpiqfn-es vaccinales dispersées sur toute sa 
surface. 

La vaccine suivit sa marche à peu près normale, l’éruption fut con¬ 
fluente ; la tumeur, qui s’était d’abord beaucoup accrue en tout sens, rc- 
\-int bientôt à son volume primitif. Le vingt-cinquième jour la croûte 
des pustules se détache et l’on peut voir à nu le résultat et le bénéfice de 
la vaccination : plus des neuf dixièmes de la tumeur avaient disparu. Loin 
de faire saillie au-dessus de la peau, le tissu érectile était réduit à une 
couche mmee et déprimée dans le tissu cellulaire sous-cutané. 

Comptant peu sur les efforts de la nature et le travail de la suppura¬ 
tion pour détruire un tissu aussi vivace, je le saupoudrai de poudre 
d’alun, et tous les ipatre ou cinq jours j’enlevais la croûte qui s’était 
formée pour y remettre une nouvelle quantité de sulfate d’alumine. Au 
bout de trois semaines, le tissu éi-ectüe était entièrement détruit ; le fond 
de la plaie était recouvert de boiu-geons charnus de bonne nature ; je 
laissai la cicatrice se faire, et pour l’obtenb’ plus régubère, je la recou¬ 
vris d’une plaque de plomb. 

Sept semaines après la vaccination, la cicatrice était parfaite, sans 
saiUie ni dépression, mais légèrement aréoléc, comme cela s’observe 
à la suite d’une petite vérole bénigne : elle est encore un peu rouge ; 
mais il n’existe plus de vestige du tissu érectile. 

Pour réussfr dans cette petite opération, il faut que les piqûres soient 
assez nombreuses pour que les pustules soient bien confluentes ; et si, 
après la chute des croûtes vaccinales, du tissu érectile reste encore, il 
faut le détruire radicalement par im caustique tel que l’alun en pouefre. 

H est presque mutile de dire que l’enfant ne doit pas avoir été vacciné 
TOME XXIII. 12' Liv. 20 




( 450 ) 

avant l’opération pour en tenter la réussite; toutefois est-il qu’on doit 
toujours chercher, avant de vacciner un enfant, s’il ne porte pas de 
vestiges d’une tumeur érectile, pour ne pas le priver du bénéfice d’une 
opération aussi simple qu’exempte de danger, et si utile pour le traite¬ 
ment de ces affections. Pigeaüx , D. M. P. 

ENCOnK yN MOT SUR u’iODURE DE POTASSIUM DANS LES AFFECTIONS 
SQUIRRHEUSES DES GLANDES. 

Monsieur et très-honoré confrère, après avoir reproduit, dans votre 
cahier de novembre derniiS’, page 379, le cas d’un squirrhe de la 
glande mammahe guéri par l’iodure de potassium, et l’avoir fait suivre 
de quelques remarques judicieuses, vous ajoutez les paroles suivantes : 

0 Enfin, que penser de la résolution du squirrhe lui-même avec les 
caractères on ne peut plus confirmatifs que lui assigne l’observation? 
C’est là sans doute une guérison inespérée, et si l’observateur n’a pas 
pris le change sur la nature véritable de la tumeur, il faudrait croire 
que l’iodure de potassium, à hautes doses, a des propriétés que nous ne 
soupçonnions pas. C’est à l’expérience de contrôler ce résultat insolite 
par de nouvelles recherches. ■» 

L’efficacité de l’iodurc de potassium dans le squirrhe des mamelles est 
moins douteuse que v'ous ne le pensez. J’ai rapporté, à la page 65 de 
mon Précis analytique sur le cancer âe l’estomac, un fait de 
squirrhe du sein daiLs lequel cette préparation d’iode a également eu 
un plein succès. Quoique, dans ce cas, je ne l’aie pas administrée seule, 
ni à très-fortes doses, il n’en est pas moins vrai que la guérison doit lui 
être attribuée, et que les autres moyens n’étaient qu’accessoircs. 

Si cette lettre vous paraît mériter l’attention de vos Iccteius, je vous 
prie de lui accorder une place dans votre prochain numéro. 

Agréez , etc. Barras, D. M. P. 


BIBLIOGRAPHIE. 

Traité de la gastrite ; du régime alimentaire dans les maladies 
aiguës et chroniques des organes de la digestion , suivi d’uu 
Afémoire sur l'emploi du riwsc dans la ^pneumonie; par 
A.Padioleaü, d. m. P., etc. Ouvrage couronné. 

Nous ne savons pas .si le Mémoire de M. le docteur Padioleau est une 
réponse bien précise à la question posée par la Société Médicale de 



( 46.1 ) 

Tqiîts ; îi’ayçiptpoin^4® prix à décerner., nous l’admettrons sans examen, 
avec ce^e Société. Mais ce qui n’est point douteux poiu? nous, c’est que 
l’autepr, dans le Mémoire relatif aux affections gastriques, comme dans 
celni qitilesuit immédiatement, et qui poursuitles mêmes questions sous un 
autre point de vue, a abordé un des problèmes les plus importants et les 
plus difficiles de la pathologie et de la thérapeutique. Alors que la doctrine 
du Yal-de-Grâce régnait presque sans opposition, la question soulevée 
ici était fort simple à résoudi’e ; le plus léger trouble survenu dans l’es¬ 
tomac était interprété comme l’expression non douteuse de l’irritation 
de la muqueuse gastrique, irritarion que la momdre déviation du régime 
pt de la tbépapeutique commandés par cet étal morbide devait rapide¬ 
ment transformer ep uuephlegmasie plus ou moins grave, plus ou moins 
éffindue. La pathologie n’est plus renfermée aujoimVhui dans ce cercle 
de Popilius, et M. Pacbolcau est tr op au courant du mouvement de la 
science, pour ne l’avoir pas compris tout d’abord. Aussi, eu esprit 
judicieux, également éloigné de l’hirudinbme de 1834 comme de la 
réaction exagérée qrri a presque conduit à trier la réalité de la gastrite, 
le médecin de Nairtes recorrnaît, comme Broussais, que dans un 
certain nombre de cas c’est à l’état pblegmasique de l’estomac, non à 
la faiblesse, à l’atonie de cet organe, que doivent être rattachés les 
symptômes gastriques. Mais, cela posé, l’auteur prouve par l’arrlorité de 
faits en général fort intéressants et bien choisis, soit que ceux-ci lui ap¬ 
partiennent, soit qu’il les ait empruntés aux auteurs les plus recoramau- 
dablcs, que toutes les affections gastriques sont loin de se résoudre dans la 
phlqgose du principal organe de la digestion. En se laissantguider surtout 
par l’appréciation des diveises méthodes thérapeutiques par lesquelles 
on combat ces différentes affections, il croit devoir admettre les gr oupes 
suivants d’affections gastriques ; les affections saburralc, rhumatismale, 
syphilitique, vermineuse ; des affectioirs gastriques dépendant d’une 
fièvre éruptive, d’une fièvre intermittente; des affections gastriques par 
affaissement ou par dépravation de l’influence nerveuse. Sans doute, ü 
est quelques-utres des localisatiorts morbides indiquées dans ce cadre 
nosologique partiel, qui se rencontrent assez rarement dans la prati¬ 
que ; telles sont, par exemple, les affectioirs gastriques syphilitiques, le 
vice morbifique qui fait le fond de la syphilis ne montrant guère de 
tendance à se localiser dans les organes internes ; sans doute encore, si 
l’on admet des affectiorrs gastriques liées spécialement aux fièvres inter¬ 
mittentes, on ne voit pas pourquoi orr ne fer’ait pas un groupe d’affections 
gastriques spéciales avec les troubles sympathiques qui surgissent du 
côté de cet organe dans la pneumonie, l’érysipèle, etc. Mais, sauf ces 
distinctions, qui ne sont peut-être pas suffisamment justifiées, nous 



( 462 ) 

devons reconnaîü’e que M. Padioleau, en admettant ces groupes mor¬ 
bides, a vu et bien vu les faits. Nous l’avons dit, l’auteur s’appuye 
surtout sur les enseignements de la thérapeutique, pour poser ces dis¬ 
tinctions pratiques : nous ne nierons point la légitimité de cette base, 
mais, tout en convenant des difficultés de la science diagnostique sur ce 
j)oint, nous ne saurions cependant admettre qu’elle soit ici aussi impuis¬ 
sante que l’auteur lo suppose, surtout si elle sait s’étayer des données 
d’une large étiologie. Mais nous ne pouvons poursuivre cette question, 
qui nous condubait trop loin. 

Si ce Mémoire se recommande à l’attention des praticiens autant par 
l’importance des questions qui y sont traitées que par la saine doctrine 
à la faveur de laquelle on s’est efforcé de les résoudre, ne nous suffira-t- 
il pas maintenant d’ajouter que les autres deux Mémoires qui le suivent, 
dont l’un e.st un extrait du Mémoire que nous avons couronné en 1839 
au concours du Bulletin de Thérapeutique , montient dans leur au¬ 
teur un égal talent d’observation, pour attirer sur l’ouvrage de M. Pa¬ 
dioleau l’attention des praticiens et l’approbation des- amis de la bonne 
et vraie .science ? 


BULLETIN DES HOPITAUX. 

Bons effets de l’association du Uniment oléo-caleaire au coton 
cardé, dans le traitement des brûlures de la jeune enfance. — 
Lorsque, le mois dernier (voyez p. 381 de ce volume), nous signalions à 
nos lecteurs les avantages qu’avait retirés M. Payan de l’association du 
liniment oléo-calcairc au coton cardé, dans le traitement des bridures de 
la jeune enfance, nous ne pensions pas que nous aurions sitôt, auprès de 
nous, sous notre toit, sur un être qui nous est bien cher, la triste occa- 
■sion de vérifier en tous points l’exactitude des assertions du chirurgien 
d’Aix, et de rendre hommage à l’excellence de la méthode : c’est pour¬ 
tant ce qui nous est arrivé. Le 1" décembre dernier, à huit heimes du 
matin, mon pauvre enfant, âgé de neuf mois et demi, a eu les deux 
avant-bras et les deux mains totalement brûlés par de l’eau bouillante. 
L’impnidence d’une bonne a été cause de ce malheur. Elle avait laissé 
au voisinage de l’enfant, allongé sur un tapis ventre contre sol, une 
cafetière qu’elle venait de retirer du feu ; l’enfant attire la cafetière et 
la renverse sur ses deux bras étendus en avant de lui. Il en est résulté 
une brûlure au second degré, avec enlèvement immédiat de l’épiderme 
dans tous les points, tant à la face interne qu’à la face externe des bras, 
depuis les coudes jusqu’à l’extrémité des doigts. Impossible de dire les 



< 453 ) 

a'is d’angoisse de l’enfant, la douleur du père, le désespoir de la mère, 
dont le lait s’est à l’instant tari. Du coton cardé enveloppe, peu après 
l’accident, les membres dénudés ; dix minutes sont nécessaires pour se 
procurer le liniment oléo-calcaire ; pendant tout ce temps l’enfant ne 
cesse de souffrir’, de s’agiter et de crier, malgré l’apposition du coton. 
Assisté de mes excellents confrères et amis, MM. Delmas, Martin Solon 
et Amédée Forget, nous enlevons le coton, nous appliquons sur toutes 
les parties à vif, avec les barbes d’ime plume, du lim'ment oléo-calcaire, 
puis nous replaçons le colon, et nous le maintenons au moyen d’une 
bande. 

A peine ce pansement est-il fait que les douleurs cessent, les cris s’a¬ 
paisent, et l’enfant ne tarde pas à s’endormir. La journée fut bonne; 
il y eut un peu d’abattement, de somnolence; mais peu d’agitation, peu 
de signes de soufQ-ances. Il en fut de même le lendemain et les joiurs 
suivants. L’enfant n’a seulement pas eu de fièvre. On s’est borné à sup¬ 
primer, les trois premiers jours, les deux soupes qu’il prenait, et à le 
tenir, pour toute nourriture, au lait de la mère, qui heureusement était 
revenu le lendemain de l’accident. Tout s’est admirablement passé. 
Le sixième jour, M. Velpeau s’assure que l’état des doigts est satisfaisant; 
on enlève la couche extérieure du coton imbibée d’une suppuration 
abondante et fétide, et on la remplace par d’antre. Ce n’est que le 
neuvième jour qu’on procède à fond à un nouveau pansement. Déjà plus 
du tiers des surlaces est complètement cicatrisé. On réappliqne du lini- 
nient oléo-caleaire et du nouveau coton. Le onzième jour on peut ren¬ 
dre à l’enfant les deux mains; elles sont complètement cicatrisées. Enfin, 
le quatorzième jour la guérison était complète dans tous les points, ex¬ 
cepté à la partie interne du bras droit et au poignet gauche. Ces petites 
plaies SC sont promptement rétrécies, et aujourd’hui 19 décembre nous 
n’avons qu’un point au bras di'oit, gi’and comme une pièce de deux 
francs, qui serait déjà guéri s’il ne s’y était développé quelques végé¬ 
tations qu’il faut réprimer parla cautérisation. 

L’on comprend la satisfaction que nous éprouvons à rapporter cette 
guérison, qui s’est effectuée presque entièrement sans souffranee, grâce 
an traitement que nous avons suivi et que nous ne saurions trop recom¬ 
mander. Certainement le liniment oléo-calcaire est ici d’un grand prix. 
Le coton cardé tout seul constitue un bon traitement des brûlures, il n’y 
a pas le moindi’e doute ; mais chez les enfants, dont la susceptibilité 
est si grande, il ne calme pas assez vite les douleurs, comme l’avait ob¬ 
servé M. Payan, et comme on le voit chez noti-e paux-re petit enfant. 
Appliquez le liniment oléo-calcaire, puis le coton par-de.ssus, et x oiis au¬ 
rez, dans la réunion de ces deux bons moyens, le traitement par c.vcci- 



( 454 ) 

lence pour les brûlures au premier et aü deuxième degré chez les jeunes 
enfants, et vous éviterez de plus les pansements fréquents. Un mot relati¬ 
vement au liniment : M. Payan dit de le préparer avUc une partie d’huile 
d’amandes douces et huit parties d’eau de chaux. Il doit y avoir errem-. 
On à ainsi une trop faible proportion de vrai liniment épais nageant dans 
beaucoup d’eau de chaux. Pour que les substances se combinent parfai¬ 
tement et produisent le magma de consistance de cérat, qui est le lini- 
ment oleocalcaire, il faut les pi-nportions suivantes : huÛe d’amandes 
douces, une partie ; eau de chaux, deux parties. Si l’on veut cependant 
qu’il y ait un peu d’eau de chaux libre en excès, on peut mettre trois 
parties d’eau de chaux sur une d’huile. 

Un mot sur quelques accidents graves survenus après Vadmi¬ 
nistration du sulfate de quinine à haute dose dans le rhumatisme. 
— Gomme on pouvait s’y attendre, les médecins ont expérimenté à qui 
mieux mieux depuis la publication de notre article le sulfate de quinine 
à forte dose dans le rhumatisme. En effet, une méthode qui promet 
de guérir en six jours mi rhumatisme articulaii'e aigu conditionné, qui, 
livl-é à lui-même ou traité par d’autres moyens, devait durer cinq ou 
six semaines, mérite une sérieuse attention, un examen sévère. Ce n’est 
pas nous qui faillirons, à cet égard, à nos devoirs. Nous avons été" ému, 
nous l’avouerons, h l’annonce de deux cas de mort rapide après l’admi¬ 
nistration de 4 ou 5 grammes de sulfate de quinine. Notre article était 
enti-e les mains de nos confrères : nous avons craint un instant de voir 
smvenir de semblables malheurs; mais en allant aux sources, en exami¬ 
nant sagement, et sans auenhe sorte de prévention, les faits, nous avons 
été un peu rassuré. Nous devons la vérité tout entière; la voici : il est 
vrai qu’à l’Hôtel-Dieu, dans les salles de M. Récamier, qu’à l’hôpital Co- 
chin, dans les salles mêmes de M. Briquet, deux individus ont succombé 
en six et huit heures à la suite du traitement. Dans quelles conditions se 
trouvaient-ils, quelle a été la natme des accidents? le voici. 

Le malade de M. Récamier était un jeune homme de vingt à vingt- 
cinq ans, qui venait d’avoir, dans les salles, la variole, dont il était à 
peine convalescent, lorsqu’il fut pris d’un rhumatisme articulaire aigu, 
(le moyenne intensité. On lui donna, le premier jom-, 2 grammes de 
sulfate de (piininc en poudre, qui n’eurent aucun mauvais effet; le rhu¬ 
matisme s’aggravant, on porta, le lendemain, le médicament à la très- 
forte dose de 5 grammes. Immédiatement après les avoir pris, le malade 
tomba dans un délire frénétique, au milieu duipel il mourut auhout de 
six heures. — Eu pesant les circonstances de ce fait, ne trouvera-t-on 
pas qu’il ne peut y avoir parité entre im homme bien portant qUi est 



( 455 ) 

pris tout à coup d’un rhumatisme articulaire, et auquel on administre 
le sulfate de quinine, et un sujet qui vient d’avoir une maladie grave 
qui a duré vingt ou vingt-cinq jours, qui a été à la diète, qui a été épuisé? 
Ne trouvera-t-on pas qu’une médication aussi énergique n’était pas de 
mise dans de telles circonstances, et que, dans tous les cas, au lieu d’être 
portée à scs dernières limites, elle aurait dû être adoucie, mitigée? 

Le malade qui a succombé chez M. Briquet ne présentait pas non plus, 
il s’en faut, un rhumatisme simple, et, nous le devons dire nettement, il 
y a eu errem- de diagnostic, l’autopsie l’a montré. C’était mi homme de 
plus de cinquante ans, affaibli, cassé. U se plaignait d’une douleur à la 
région lombaire qui existait depuis plusieurs mois ; il avait de plus une dif¬ 
ficulté très-grande à mouvoir la cuisse droite, et une douleur assez forte 
à l’articulation coxo-fémorale au moindre mouvement. Ce cas fut consi¬ 
déré comme un rluunatisme chronique. On administra, le premier 
jour, 2 granunes 50 centigrammes de sulfate de quinine; le lendemain et 
le surlendemain, on le donna à la dose de 4 grammes. Le quatrième 
jour, le malade fut pris d’une diarrhée abondante, avec fortes coliques; 
rien ne put arrêter les accidents, qui s’aggravèrent et présentèrent les ca • 
ractères pour ainsi dire cholériques, et ce sujet succomba dans la jom-née. 
A l’autopsie, on trouva tout le gros intestin d’une teinte rose uniforme, 
et comme hortensia. Mais les désordres les plus graves étaient la carie des 
apophyses des vertèbres lombaires; la carie d’une portion de l’os des iles; 
un abcès sous le muscle fessier qui s’étendait jusqu’au voisinage de l’ar¬ 
ticulation coxo-fémorale, dont une partie des cartilages étaient détruits. 
— Ainsi, comme on le voit encore, ce cas n’était pas, il s’en faut, sim¬ 
ple. Le sulfate de quinine a été administré à un homme âgé, appauvri, 
et miné profondément par un abcès et par la carie des os et des carti¬ 
lages. Le médicament n’était pas indiqué, il devait être nuisible, il l’a 
été. 

Nous avons dû rapporter ces observations, et leur donner l’interpré¬ 
tation que nous croyons la plus raisonnable, parce qu’il ne doit y avoir 
d’exagération d’aucun côté en thérapeutique, et qu’il ne nous paraîtrait 
pas logique de s’arrêter dans l’expérimentation de cette méthode par la 
frayeur que l’annonce de tels faits, non judicieusement vus, pourrait cau¬ 
ser. Est-ce à dire maintenant que nous vouhons prendre en main, envers 
et contre tous, la défense du sulfate de quinine ? Dieu nous en garde ! 
Ce n’est pas là notre rôle. Quand, par son caractère, sa position, ses ta¬ 
lents, un médecin nous inspire la confiance, nous donnons place au ré- 
sidtat des observations qu’il recueille dans son hôpital; c’est ce que nous 
avons fait à l’égard de M. Bri(piet, après avoir toutefois visité ses ma¬ 
lades, et vérifié par nous-même les succès incontestables qu’il a obtenus. 



( 456 ) 

Mais nous sommes les premiers à recommander toujours à nos confrères 
la plus grande sagesse, la plus exti-ême attention dans l’emploi des 
moyens héroïques. Nous leur renouyelons cette exhortation pour le sul¬ 
fate de quinine à haute dose dans le rhumatisme. 

Du reste, cette médication a été employée nombre de fois depuis le 
mois dernier par divers médecins, à l’Ilôtel-Dien, à l’hôpital Saint-Louis, 
à la Charité. A l’hôpital Corhin, jM. Briquet a eu à traiter une douzaine 
de nouveaux .sujets ; M. Blache, dans les salles voisines des siennes, du 
17 au 30 novembre, a eu neuf rhumatisants qu’il y a soumis ; M. An- 
dral, à la Charité, a employé la méthode chez dix-huit malades. 

Chez la plupart des sujets il y a eu les phénomènes que nous avons 
mentionnés du côté de la tête : diueté d’oreille, surdité , action sur 
la rétine, diminution de la vue, et même sorte d’amaurose passagère 
chez quelques malades, notamment chez une ou deux des salles de 
M. Amiral. Dans ce dernier service, un malade a présenté, après l’ad¬ 
ministration du remède, des symptômes de gastrite assez énergiques pour 
nécessiter des émissions sanguines, des cataplasmes, etc. M. Andral 
n’a point jugé le fait grave, puisqu’il a continué, chez les autres mala¬ 
des atteints de rhumatisme, le sulfate de quinine. Sur les dix-huit sujets 
auxquels il l’a administré, il a obtenu dans six un résultat complètement 
satisfaisant, puisqu’en six ou sept jours il a guéri la maladie. Dans les 
autres cas le succès n’a pas été attssi rapide. Une femme de ses salles 
a été complètement réfraetaire au remède. 

Au demeurant, nous croyons que cette médication, qui jusqu’ici n’a 
été guère employée que dans les hôpitaux, mérite un sérieux et conscien¬ 
cieux examen. Elle doit être employée avec attention et prudence, et 
soigneusement surveillée. Bien que le sulfate de quinine puisse être admi- 
nisti-é sans danger aux doses dedeux, trois, quati’e grammes, comme l’éta¬ 
blissent les expériences anciennes de MM. Bailly, Piorry, Sandi-as, etc., 
et les nombreux faits qui se recueillent en ce moment depuis deux mois 
dansles hôpitaux de Paris, nous croyons qu’il est bon de ne jamais débuter 
par trois ou quatre grammes ; il est préférable de n’y arriver qu’en deux 
ou trois jours, en s’arrêtant à temps devant les phénomènes jugés trop 
intenses. Du reste, M. Briquet cheixhe à diminuer ses doses. Il commence 
par deux grammes, et ne dépasse plus quatre grammes dans les rhu¬ 
matismes aigus ; il se borne à un ou deux grammes dans les rhmnatismes 
chroniques et chez les femmes. Nous tiendi-ons consciencieusement nos 
lecteurs au com’ant de ce qui surviendra. 

De l’emploi comparatif de l'iodure de fer, du sel marin et de 
l'acide hydrochlorique, dans le traitement du diahétès. — S’il est 



( 457 ) 

une maladie, inexplicable dans sa nature, c’est assurément le diabètes. 
On a fait des théories, et l’on a dirigé le traitement d’après les idées qui 
en découlaient ; l’on a eu quelques succès isolés, et l’on a cru être dans 
la route de la vérité ; mais bientôt des résultats négatifs plus nombreux 
sont venus détruire les espérances. On ne sait pas ce que c’est que le 
diabétès ; on n’a pas de traitement satisfaisant pour le combattre ; voilà 
ce qui est certain ; aussi expérinieiitc-t-on et expérimentera-t-on en¬ 
core. 11 appartenait à un médecin qui, depuis quelques années, appli¬ 
que son esprit judicieux et investigateur à l’étude des altérations des 
urines et des organes qui les sécrètent, au praticien auquel nous devons 
l’excellent Traité de l’albuminurie, de s’emparer de cette questiondé- 
licate et ardue, afin d’y jeter, s’il se peut, quelque lumière. C’est de ce 
soin dont s’occupe M. Martin Solon. Depuis quelques mois il rassemble 
dans scs salles, à l’hôjutal llcaujoii, les cas de diabétiques qu’il peut 
rencontrer ; il étudie avec attention tous les jours, le polarimètre de 
lîiot .à la main, l'influence de chaque agent alimentaire ou médicamen¬ 
teux sur la production d’une plus ou moins grande proportion de sucre 
dans le fluide urinaire. Espérons qu’il sortira (pielque donnée pratique 
de CCS recherches.—Jusqu’ici les cxpércnccs ont porté sur trois malades; 
on a étudié chez eux, comparativement, l’action de l’iodure de fer, du 
chlorure de sodium ou sel marin, enfin de l’acide hydrochlorique. Disons 
un mot sur les résultats. 

M. Martin Solon a trouvé que le chlorure de sodium qu’il a administré 
aux trois malades a paru modifier un peu le diabélès et dimiuuéla pro- 
j)orüon du sucre ; à scs yeux cependant ce moyen n’est qu’un palliatif, 
utile cependant à l’entretien de la nutrition des sujets. Donné en même 
temps que le pain, le sel contrebalance l’influence pernicicu.se de cet 
aliment, qui, comme on le sait, donne lieu à la formation de beaucoup 
de suci’e, et par suite à l’émaciation plus grande des sujets. 

Deux seuls diabétiques sont dans ce moment couchés dans ses sal¬ 
les. L’un est soumis à l’iodure de fer, l’autre à l’acide h 3 '-drochloriquc. 
Le premier est un homme de 30 ans, couché an n° 46 de la salle Beau- 
joii ; il était fort amaigri lorsqu’il est entré à l’hôpital. On l’a mis à l’u¬ 
sage du sous-carbonate de fer, et on lui a permis de continuer de man¬ 
ger du pain. L’état du malade ne s’est pas sensiblement amélioré, et 
les urines ont continué de présenter une quantité de sucre proportion¬ 
nelle avec celle du pain qu’il prenait. Depuis trois semaines on a com¬ 
mencé l’administration de l’iodure de fer, déjà employé par M. Gom¬ 
bette, comme ou l’a vu dans notre dernier numéro. Le malade en prend 
actuellement un gramme par jour, et ne mange d’autres féculents que 
trois échandés. On le nourrit de viande, de poisson, d’œufs et de bouillon. 



( 458 ) 

Les Urines dévieht encore à droite au polarknètre, mais moins qu’à l’é¬ 
poque de l’entrée du malade. Qu’arrivera-t-il lorsqu’on reprendi'a l’u¬ 
sage du pain? la disposition saccftan^an/e de l’économie sera-t-elle 
dissipée? Nous en instruirons nos Icctem's. Quant à présent, le malade 
reprend des forces et se ti’ouve mieux. Sou traitement devra être con¬ 
tinué quelque temps et avec surveillance, car on s’est aperçu, en exami- 
mant les urines par l’amidon et l’acide nitrique, que le malade n’est 
point exact à prendre son iodure. 

L’autre malade, ancien cordonnier et grand amateur des boissons al¬ 
cooliques, est couché dans la salle Lacnnec, au n“ 22.-Sa maladie, un 
peu moins grave, un peu moins ancienne, est combattue par la limo¬ 
nade chlorliydri(jue à la dose de quatre grammes par litre. 

Voici la Ibrnuüe de M. Martin Solon : 

Acide chlorhydrique. 4 gi-ammes. 

Eau commune. 1 litre. 

Vin de Bordeaux. 10 centilitres. 

Mêlez. 

Un ou deux litres de cette tisane par jour, selon le besoin du malade. 
On lui laisse manger 200 gi-ammes de pain, et on lui donne, comme au 
précédent, des viandes, du poisson et des œuls. Ses urines, examinées au 
polariinclrc, ne donnent point une quantité de sucre en proportion avec 
le pain qu’il mange; son embonpoint et scs forces reviennent. On doit 
en conclure ([ue la disposition diabétique diminue, et que bientôt on 
pourra augmenter la quantité de pain que mange ce malade. 

Sur ieux cas de fistule lacrymale guéris sans opération. — 
U’esl un fait parfaitement reconnu que l’inflammation chronique de la 
muqueuse tpii tapisse le sac lacrymal et le canal nasal peut amener une 
tumeur laorjunalc et une fishde. Lors donc que ces affections existent, 
avant de procéder à une opération douloureuse et chanceuse pour le' ré¬ 
sultat, n’est-il pas du devoir du praticien de tenter les moyens simples 
qui, dans des cii-constanccs assez nomlmeoses, peuvent ouvrir le cours 
des larmes et éviter toute manœuvre instrumentale? Voici deux faits re¬ 
cueillis h la clinique de la Pitié, qui prouvent que l’on peut obtenir le ré¬ 
sultat le plus complet en faisant disparaître l’inflammation qui enti’ele- 
nait la maladie. 

Au n“ 30 de la salle Saint-Augustin est une femme âgée de trente- 
<leux ans, qtii depuis deux ans portait à droite une fistule lacrymale. 11 y 
avait au grand angle de l’œil un état inflammatoire très-prononcé. Pni 
de jours auparavant, un abcès venait de s’ouvrir. Avant de procéder à 






( 409 ) 

l’opération, M. Lisfranc voulut tenter les antiphlogistiques et les émol¬ 
lients. Quinze sangsues sont appliquées sur l’apophyse mastoïde du côté 
malade; on ordonne des collyres et des cataplasmes émollients, et des 
fumigations émollientes dirigées à l’aide d’im entonnoir dans la narine 
du côté malade. La femme est mise à un régime très-doux; ou la purge 
chaque quatre ou cinq jours. Au bout de dix jours, l’inflammation aiguë 
est terminée. Alors on applique un vésicatoire derrière l’oreille, et l’on 
commence l’usage d’un collyre astringent composé avec 120 grammes 
d’eau de roses et de plantain, et 20 centigrammes de sulfate de zinc. 
Continuation des purgatifs et des lumigations faites d’abord avec de l’eau 
de sureau, puis avec la vapeur de la décoction de lavande et de thym. 
Bientôt la fosse nasale droite, qui était sèche, devient humide; la fistule 
se rétrécit. On ajoute aux fumigations d’abord une cuillerée, puis deux, 
puis trois d’alcool. En vingt jours, la guérison de la fistule était complète, 
l’œil parfaitement sain; point de rougeur, point de larmoiement, point 
de liquide dans le grand angle de l’œil quand on comprime. Pendant 
un mois que la malade est restée encore dans les .salles, sa guérison s’est 
maintenue. — L’autre malade est un homme, de trente-cinq ans, couché 
au n” 40 delà salle Saint-Louis. Depuis un an, il portait une fistule la¬ 
crymale avee des callosités au gi-and angle de l’œil, du larmoiement et 
une inflammation chronique de l’œil. On a employé chez lui le même 
traitement : en vingt-cinq jours, il était complètement guéri. La cure 
s’est montrée solide pendant un mois que ce sujet est resté encore à l’hô¬ 
pital. 

Influence des émotions morales de la mire sur le fœtiis. — Nous 
avons vu, maidi dernier, dans les bur eaux de l’Académie de médecine, 
un enfant qui semblerait être une preiitm de plus de l’influence de l’ima¬ 
gination de la mère sur le fœtus. Une femme enceinte de deux mois, 
mariée à un employé du chemin de fer de la rive gauche, apprend dans 
la soirée du 8 mai la catastrophe. Elle court, elle vole à l’emliarcadère, 
où elle ne peut rien apprendre sur le sort de son mari. En cet instant 
arrive un convoi portant les restes carbonises des victimes, et l’on juge 
de l’émotion que dut faire éprouver la vue de cet horrible spectacle à 
une femme qui a’oit que son mari a partagé le même sort. Cependant 
il n’en était rien, il revint sain et sauf. Sept mois après, cette femme 
met au monde un enfant à terme et vivant, dont tout le corps, à l’ex¬ 
ception du visage, comme nous l’avons vu, porte des taches plus ou 
moins larges, dont la couleur et l’aspect rappellent la couleur et l’aspect 
de la peau des victimes carbonisées. 



( 460 ) 


RÉPERTOIRE MEDICAL. 


ABCÈS FDLMONAIRi; ( Cas re¬ 
marquable de guérison d’un) à la 
suite de l'ouverture spontanée par 
une piqûre de sangsue. Le siijcl de 
celte singulière observation rappor¬ 
tée par M. Baracb , est une jeune 
Russe de quatorze ans, qui s’était 
mariée à treize ans sans être mens¬ 
truée. La maladie dont il est ques¬ 
tion commença en juin 1811 ; toux, 
douleurs lancinantes entre la qua¬ 
trième et la sixième côtes, etc. ; ces 
symptômes allèrent en augmentant 
malgré un traitement approprié; des 
sangsues furent appliquées sur la 
poitrine. La malade s’était rendue 
sur un mauvais cliariot. cliez un 
médecin des environs; à son retour 
elle eut une violente dvspnée et elle 
rendit à la suite d’un fort accès de 
toux une quantité considérable de 
pus fétide. La malade eut de la fiè¬ 
vre. beaucoup de toux, et se plaignit 
d’ardeur, de tension et de pulsations 
à la poitrine, à l’endroit ou les sang¬ 
sues avaient été appliquées; une des 
piqûres s’était changée en pustule; 
pendant qu’on cherchait à l’ouvrir, 
il en jaillit près de deux onces de 
pus. L’écoulement continua par sac¬ 
cades, pendant les inspirations et les 
accès de toux. La plaie avait 2 cent, 
de largeur sur trois de profondeur. 
L’écoulement ne commença à dimi¬ 
nuer que le troisième jour. Il rede¬ 
vint plus fort pendant la durée du 
voyage de la malade jusqu’à son ar¬ 
rivée à Lemberg, où la plaie ne larda 
pas à se fermer. Cette malade guérit 
parfaitement, malgré l’état d’amai¬ 
grissement dans lequel elle était 
tombée. L’auteur ajoute que lorsque 
l’écoulement du pus diminua, on en¬ 
tendait l’air inspirésorlirpar la plaie 
avec le bruit d’un .soufflet : cet air 
était chaud. — C’est toujours avec 
une certaine méfiance que nous rap¬ 
pelons les faits extraordinaires qui 
nous viennent de l’étranger. Los dé¬ 
tails circonstanciés que nous avons 
trouvés dans celte observation nous 
a porté à y ajouter foi et à i’analysær. 
{Journal de Schmidt, n° 307.) 


ASPHYXIE causée par l'introduc¬ 
tion d’un petit poisson dans la tra¬ 
chée-artère. M. le docteur Remy, lils, 


de Mareuil-le-Port, est mandé à 
toute hâte pour donner ses soins à 
un jeune homme de vingt-trois ans, 
qui venait, à la suite d’un pari, d’a¬ 
valer un petit poisson; or, ce poiS: 
son, au lieu de descendre dans l’es¬ 
tomac, était resté à la gorge et l’é- 
touifait. A son arrivée auprès du 
malade, une heure après l’accident, 
il le trouva couché sur le dos, la 
lôtc relevée et en proie à tous les 
symptômes de l’asphyxie commeu- 
qante. Une sonde œsophagienne qu’il 
lit passer par l’une des narines (les 
mâchoires étaient violemmeul con¬ 
tractées), et ipi’il poussa jusqu’à l’o¬ 
rifice cardiaque de l’estomac, le con¬ 
vainquit bientôt que le corps étraii- 
çer n’était pas dans l’œsophage; il 
était dans la partie inférieure de la 
trachée-artère, comme le lui prou¬ 
vèrent bientôt la percussion, l’aus¬ 
cultation et les symptômes qui s’é¬ 
talent traduits au dehors. La mort 
était imminente; une seule ressource 
restait, c’était l’opération de la tra¬ 
chéotomie; M. Remy la proposa de 
suite, mais il rencontra une oppo¬ 
sition terrible de la partde la famille, 
des personnes qui entouraient le mo¬ 
ribond, et, chose bien singulière, de 
la part d’un confrère, appelé par lui 
pour l’aider de ses conseils. M. Remy 
épuisa tous les moyens de persua¬ 
sion en son pouvoir; il lit valoir 
toutes les raisons las plus plausibles, 
il ne put rien obtenir. L'asphyxie 
était complète une heure après son 
arrivée. Autant pour prouver ce qu’il 
avait avancé pendant la vie que pour 
montrer à tous que l’opération, iioii- 
seuiementétaitpossible, maispoiivait 
encore sauver l'imprudent, M. Remy 
la pratiqua sur le cadavre. A peine 
la trachée fut-elle ouverte, que le 
doigt, introduit dans l’ouverture, 
sentit la queue du poisson au-dessous 
de la plaie. 11 procéda à son extrac¬ 
tion; ce dernier temps de l’opération 
offrit linéiques diilicullés. C’était un 
petit poisson appelé périssetle, long 
de sept centimètres et large de deux. 

La condiiitedc M. Remy dans celte 
circonstance, ne peut qu’être ap¬ 
prouvée par tous les praticiens. Il est 
déplorable qu’on n'ait pas suivi ses 
couseils, seulechancedesaliilqui res¬ 
tait évidemment au malade. (Journ. 



( 461 ) 


des conn. méd. ehirurg., novembre 
18*2). _ 


BAINS ABCALINS {De l’emploi 
des ) locaux contre certains états 
atonigues des tissus. Tous les pra¬ 
ticiens onteu certainement l’occasion 
de remarquer, dit M. Payan, qu’a- 
près lesinllammations phlegmorieuses 
des doigts ou des diverses parties 
de la main, des avant-bras, des 
pieds, etc.J alors môme que l’acuité 
des symptômes à été suffisamment 
combattue, l’engorgement des tissus 
met longtemps à se dissiper, que les 
chairs des plaies qui y persisteut en¬ 
core restent longtemps parfois bla¬ 
fardes, languissantes ; en un mot que 
la vitalité est peu active dans ces par¬ 
ties que l'inflammation a si pénible¬ 
ment travaillées. Si, dans ces circon¬ 
stances, ne faisant attention qu’à 
l’engorgement des tissus, on continue 
l’usage des topiques émollients, des 
bainsde même nature, l’engorgement 
ne se dissipe point, et, par sa persis¬ 
tance, il finit par lasser la patience 
des médecins et des malades. Or, 
M. Payan n’a rien trouvé de plus 
avantageux dans ces cas que l’usage 
des bains locaux alcalins préparés 
avec une lessive légère de cendres 
de sarments. Unrésumé succinct des 
cas dans lesquels M. Payan a fait 
emploi de ce moyen indiquera aux 
praticiens le parti qu’ils peuvent en 

Phlegmon très-volumineux enva¬ 
hissant toute la main gauche ; malgré 
tous les moyens appropriés, suppu¬ 
ration qu’il faut évacuer par diverses 
incisions; larges cataplasmes autour; 
bainslocauxémollients pendant vingt 
jours, auhout desquels, quoique toute 
douleur cftt disparu, la main restait 
toujours tuméfiée, les plaies, dont les 
bords étaient blafards, ne se cicatri¬ 
saient pas. Emploi des maniluves al¬ 
calins. Dès le lendemain, peau moins 
atonique, plus ferme, bon aspect et 
ayivatiou des plaies. Conlimiation du 
môtne moyen pendant dix jours, au 
bout desquels la main avait repris 
ses dimensions naturelles et la cica¬ 
trisation fut obtenue. 

Panaris grave négligé; engorge¬ 
ment inflammatoire consécutif fort 
étendu de tout le doigt, incisions, 
nécrose de la troisième phalange. 
Application continuelle de cataplas¬ 
mes, cessation de la douleur, mais 
persistance de l’engorgement, mau¬ 
vais aspect et non cicatrisation des 
plaies. Bains alcalins locaux qui en 


quelques jours produisent une com¬ 
plète cicatrisation du doigt. 

Erysipèle phlegmoneux ayant en¬ 
vahi tout l’avant-bras et le haut de 
la main, décollement très-étendu de 
la peau, plusieurs incisions avec le bis¬ 
touri. Cataplasmes, bainslocauxémol- 
lients, d’abord très-utiles, mais vers 
lafinétatstationnaire, cicatrisa tionar- 
rêtée. Alors emploi de bains locaux, 
progressivement de plus en plus al¬ 
calins. Amelioration très-sensiblcdës 
le début, augmentant tous les jours. 
Douze jours après, il ne restait à ce 
membre, naguère si malade, qu’un 
peu de raideur vers le poignet. (Jie- 
vue médicale, octobre 1842.) 


BRONCHITE CAPILLAIRE [Epi¬ 
démie de) observée d VHàtel-Dieu 
de IS^'antes en ]840-il. L’influence 
catarrhale qui se fit sentir en France 
depuis l’année 1837 jusqu’à l'année 
18H , n’a présenté nulle pan, que 
nous sachions, les mômes particula¬ 
rités, la môme complication de phé¬ 
nomènes, la môme gravité que dans 
l’épidémie de l’Hôtel-Dieu de Nan¬ 
tes, dont AIM. Mahot, Bonamy, Mar- 
cé et Malherbe viennent de publier 
la relation. Une première circon¬ 
stance remarquable, c’est que la ma¬ 
ladie atteignit presque exclusivement 
lesmilitairesdelagarnison de Nantes; 
ce furent surtout les jeunes recrues 

â ui eu subirent l’influence. Les mar¬ 
ies forcées pendant un temps ri¬ 
goureux, les çrivations pénibles, les 
conditions anti-hygiéniques des ca¬ 
sernes habitées par ces militaires, 
paraissent aux auteurs avoir joué 
un grand rôle sur le développement 
de la maladie. Elle s’est présentée 
sous deux formes bien distinctes, 
bronchite capillaire simple, bronchite 
capillaire suffocante. Voici les traits 
principaux du tableau ofiert par ces 
deux lormes.Dansson état de simpli¬ 
cité, un jeune soldat vigoureux, bien 
constitué, après avoir été exposé au 
froid et à l’humidité, quelquefois 
sans cause connue, contractait une 
bronchite. Au début, quelques ac¬ 
cès de fièvre rémittente avec toux 
et céphalalgie. Après quelques al¬ 
ternatives do mieux et de rechutes, 
la bronchite s’aggravait, la toux de¬ 
venait plus fréquente, la lièvre plus 
intense, et le malade était forcé 
d’entrer à l’bôpilal. Alors, symp¬ 
tômes suivants : face rouge, injec¬ 
tée, céphalalgie augmentant par les 
secousses de la toux, voix légère¬ 
ment enrouée, toux fréquente, re- 



venant souvent par quintes prolqn- 
^ées, et s'accompagnant de douleurs 
épigastriques et sous-sternales, eu 
un mot, tous les symptôpes locaux 
et généraux, si souvent décrits, de la 
grippe. Sous cette forme, la maladie 
ne présenta aucune gravité. Il n’en 
fut pas de même sous la seconde 
forme, qui au début ne présentait 
rien dans ses symptômes qui la dis¬ 
tinguât des broncliites épidémiques 
simples, mais qui, après quelques 
jours, donnait lieu aux phénomènes 
de dyspnée et de suffocation dont 
voici le tableau : peau pèle et cya¬ 
nosée, froide et souvent recouverte 
d’une sueur visqueuse j yeux sail¬ 
lants, conjonctives injectées, faciès 
exprimant l’inquiétude et l’angoisse 
produite par la gène extrême de la 
respiration et de la circulation; 
mouvements respiratoires larges, 
très-accélérés, analogues à ceux des 
astlimatiques ; sensations d’une com¬ 
pression exercée sur la poitrine; 
toux très-fréquente , quelquefois 
presque incessante, grasse, humide, 
souvent peu douloureuse, expecto¬ 
ration abondante de crachats opa¬ 
ques, mucoso-purulents; sonorité, 
la plupart du temps parfaite et même 
exagérée dans toute la poitrine; 
bruit respiratoire obscur, masqué 
par des raies sous-crépitanis et mu¬ 
queux entendus dans toutes les ttar- 
ties du thorax ; bruit expiratoire 
fréquemment rude, prolongé et ren- 
né; battements du cœur petits, tu¬ 
multueux, accélérés, sans bruit anor¬ 
mal appréciable; pouls très-accéléré, 
très-dépressihle; céphalalgie sou¬ 
vent atroce, facultés intellectuelles 
intactes, langue humide, violacée, 
couverte de mucosités blanchâtres ; 
abdomen indolent, constipation. 
Bientôt tous ces symptômes acqué¬ 
raient une gravité plus grande; l’as¬ 
phyxie faisait insensiblement des 
progrès, et le malade se voyait mou¬ 
rir en conservant la connaissance 
jusqu’au dernier moment. La mort 
arrivait de deux manières : ou bien 
la suffocation était lente, graduelle, 
et le malade s’éteignait peu à peu, 
ou bien il périssait brusquement à 
la suite d’un mouvement dans son 
lit, sans qu’on eût le temps d’aller 
chercher l'élève de garde. 

Les lésions cadavériques les plus 
importantes furent observées dans 
l’arbre bronchique et les poumons. 
Le larynx, la tracbée-ailère et les 
bronches étaient remplis par un li¬ 
quide blanchâtre ou jaunâtre mu- 


coso-puruleut. On le retrouvait dans 
les plus petits canaux bronchiques, 
dont il obstruait entièrement le ca¬ 
libre , comme s’il y eût été poussé 
liar une injection. Les altérations du 
poumon furent l’emphysème et l’en¬ 
gorgement , tantôt sons forme de 
pneumonie lobulaire, tantôt sous 
celle d’hépatisation lobulaire plus ou 
moins étendue. Un des faits les plus 
curieux parmi tous ceux que présen¬ 
ta l’épidémie de bronchite capillaire, 
fut la présence constante de caillots 
fibrineux dans les cavités du cœur. 

Notons que cette épidémie présen¬ 
ta des complications très-variées. 
I.es plus nombreuses furent les liè¬ 
vres éruptives, puis la pneumonie, 
la pleurésie, la diphtbérite, les oreil¬ 
lons et l’orchite. 

Le traitement qui fut opposé h 
cette épidémie fut complexe et va¬ 
rié. Dans les cas légers, le repos au 
lit, la chaleur, des boissons émol¬ 
lientes sufiisaient pour annuler et 
dissiper les symptômes. En présence 
de la bronchite suffocante, les se¬ 
cours de l’art furent généralement 
impuissants malgré l’emploi des 
émissions sanguines, des révulsifs 
cutanés, des vomitifs, des contro-sli- 
roulants, des antispasmodiques et 
des excitants diffusibles. 

En résumé, l’épidémie do Nantes, 
dans sa forme simple, ne nous pa¬ 
raît différer en rien des épidémies 
catarrhales observées à Paris en 1837 
et 1810. Sous cette forme, il nous 
est impossible de ne voir dans cette 
maladie, qui pour une altération lo¬ 
cale, minime, donne lien à des symp¬ 
tômes généraux hors de toute 'pro¬ 
portion avec cette altération, il nous 
est impossible, disons-nous, de ne 
voir là qu’une simple bronchite. Les 
lassitudes, l’abattement et la pro¬ 
stration des forces, la courbature gé¬ 
nérale, la céphalalgie, les douleurs 
sous-sternales sont des caractères 
propres à la bronchite épidémique, 
qui dénotent une inlluence générale 
et qui réclament aussi un tout autre 
traitement que celui de la bronchite 
simple. Cette opinion est aujourd’hui 
celle de la généralité des praticiens 
qui ont observé les épidémias de 
Paris. 

Quant à la forme grave décrite 
par les médecins de Hautes, et à la¬ 
quelle ils ont donné le nom de bron¬ 
chite capillaire suffocante, il nous 
semble que quelques exemples eu 
avaient été observés à Paris dans 
l’épidémie de 1837, et notamment 



( 463 ) 


par ifonaU Plus réccniment, M. 
Foucart, dans sa dissertalion inau¬ 
gurale, a publié plusieurs observa¬ 
tions fort analogues à celles de 
Nantes ; néanmoins, il n’exislait nas 
dans la science de relation d’épiué- 
tnie de colle affection ayant atteint 
un aussi grand nombre d’individus 
et d’une manière aussi fatale. Ainsi, 
sans croire que l’épidémie de Nan¬ 
tes soit une maladie nouvelle, on 
peut cependant lui assigner les ca¬ 
ractères suivants, qui n'avaient ja¬ 
mais été aussi bien décrits que dans 
cette relation : 1“ Existence préala¬ 
ble d’un catarrhe aigu; 2» expecto¬ 
ration de crachats épais, jaunâtres; 
3° accélération extrême du pouls; 
40 mort survenant tout à coup, à la 
suite d’un mouvement; .5° mollesse 
de la substance pulmonaire et ma¬ 
tière çatarrliale contenue en abon¬ 
dance dans les bronches. ( Relation 
d'une épidémie de bronchite capil¬ 
laire, brocli. in-80. Nantes, 18i2. ) 

CKÈTimami{Recherches sur les 
causes du ). Les remarques publiées 
sur ce sujet par M- le docteur Rœscli 
sont le résultat de ses recherches 
faites par ordre du gouvernemeut 
dans le royaume de Wurtemberg, à 
l’occasion desquelles il a examiné 
plus de trois mille crétins dans les 
différeptes localités où la maladie 
est endémique. De ces recherches, 
l’auteur croit devoir déduire les ré¬ 
sultats étiologiques qui suivent : 

1“ Le crétinisme se rencontre par¬ 
tout à l’état sporadique, mats il 
n’est endémique que parmi les po¬ 
pulations do certaines localités. 

2° Il est héréditaire, mais de telle 
sorte que l’hérédité ne se fait sentir 
d’abord que sur <|uelqnes membres 
de la famille; puis la dégénérescence 
l’atteint tout entière, jusqu’à ce 
qu’elle soit éteinte. Dans cette trans¬ 
mission, rinfluenr.0 du crétinisme du 
père est plus évidente que celle de 
la mère. Quelquefois le crétinisme 
épargne une génération pour appa¬ 
raître de nouveau dans une généra¬ 
tion suivante. Les enfants procréés 
pendant la jeunesse des parents sont 
mieux organisés que ceux mis au 
monde plus tard. Cette hérédité fait 
que, dans les petites localités où les 
habitants se marient entre eux, cette 
dégénérescence s’introduit peu à peu 
dans imites les familles, et imprime 
à tonte la population un cachet par¬ 
ticulier. 

3° Le crétinisme exige, pour son 


développement, la prédisposition 
( hérédité, certaines Imfluences qui 
ont agi sur les parents ) des causes 
occasionnelles, agissant sur l’indi¬ 
vidu pendant la période do dévelop¬ 
pement physique et intellectuel de 
l’organisme. 

4» Parmi les influences fâcheuses 
agissant sur les parents, il faut no^ 
ter surtout la misère, une alimen¬ 
tation défectueuse, une habitation 
insalubre, le travail excessif, la dé- 
Imicho. La conception pendant l’i¬ 
vresse n’est pas pour M. Ruescli 
d’une grande valeur. 

5“ L'abandon dans lequel on laisse 
les enfants depuis leur naissance est 
souvent la cause principale du t'éve- 
loppcmont du crétinisme chez les 
enfants prédisposés. 

6" Toutes ces circonstances n’ex¬ 
pliquent pas le crétinisme endémi¬ 
que, dont les causes résident dans 
un concours de conditions atmo¬ 
sphériques et géologiques propres à 
certaines localités. L’altération de 
l’eau par le plâtre ou la chaux, l’eau 
de neign fondue, ne paraissent pas à 
l’auteur avoir une influence évi¬ 
dente, car il a rencontré le créti¬ 
nisme dans des localités où les [lopii- 
lations s’abreuvaient d’une eau par¬ 
faitement pure. Mais l’humidité de 
l’air lui parait jouer un grand rôle. 
On ne voit jamais le crétinisme être 
endémique dans des plaines ou sur 
dos plaUiaiix élevés, tandis qu’il se 
rencontre dans les vallées et les bas- 
fonds riches on eau. Il n’exîste pas 
dans les pays froids et peu sujets aux 
variations subites de la température. 
Les localités où il règne omlémiqiie- 
ment ont cela de commun qu’elles 
sont humides, brumeuses, exposées 
à des variations subites de tempéra¬ 
ture, souvent très-chaudes au milieu 
de la journée, et fraîches ou même 
froides le malin et le soir. 

Le goitre est l’accompagnement 
constant du crétinisme, il doit en 
être considéré comme l’indice. Il se 
développe dans les mêmes conditions. 
Le crélinisnie et la fièvre intermit¬ 
tente ne l’excluent pas. M. Bwsch 
les a observés simultanément et sur 
les mêmes individus. 

Les moyens d’arrêter le crétinisme 
seraient d’abord des mesures d’hy¬ 
giène puliliqne qui empêchassent la 
maladie do se produire, ensuite la 
sonstraclinn des individus qui en ont 
la prédisposition aux influences dé¬ 
létères qui les entourent. 

Nous ne pouvons nous empêcher 



( 464 ) 


de remarquer la parfaite conformité 
des vues de M. Rœsch avec celles 
d’un médecin français, M. Marchand, 
qui, dansune thèse inauguraleremar- 
quable (1842), a étudié Irès-soigneu- 
semcut les causes qui produisent les 
crétins et les cagots dans les Pyré¬ 
nées. (Gai. méd. de Strasbourg, no¬ 
vembre 1842.) 

DIAGNOSTIC CHIRDROICAI. 

{Des erreurs en chirurgie et des dif¬ 
ficultés du). Nous a vous eu, cette an¬ 
née, une avalanche de discours de 
rentrée. MM. Trousseau, Chomel, 
Bérard, Roux, Malgaigne,' ont cru 
devoir inaugurer l’année scolaire par 
des allocutions plus ou moins prémé¬ 
ditées et aussi plus ou moins intéres¬ 
santes. La plus intéressante, à notre 
avis, celle dont on peut retirer pro¬ 
fit, instruction et surtout prudence, 
c’est celle de M. Roux, qui, avec 
cette bonne foi naïve et cette probi¬ 
té scientifique qui ie caractérisent, 
est venu raconter aux élèves quel¬ 
ques-unes de ses erreurs, quelques- 
uns de ses malheurs de praticien, 
ponrles tenir en gardecontredesacci- 
dents semblables. Arrivé à la haute 
position que s’est acquise M. Roux, 
sans doute la divulgation de tels ac¬ 
cidents ne peut diminuer en rien 
l’estime et la confiance qu’il inspire 
è d’aussi justes titres; cependant on 
ne doit pas moins lui tenir compte 
de toute abnégation d’amour-propre 
et de vanité devant les intérêts sa¬ 
crés de la vérité et de la science. 
Nous allons citer ses propres pa¬ 
ir J’étais, très-jeune encore, chi¬ 
rurgien à l’hôpital Bcaujon ; j’avais 
affaire à une malade portant dans 
i’aissellc une tumeur très-volumi¬ 
neuse. En la palpant, on avait la 
sensation d’une dureté et d’une ré¬ 
sistance considérables, qui pouvaient 
faire croire qu’elle était solide, et je 
pensai qu’il en était ainsi. Quelques 
chirurgiens l’avaient examinée avec 
moi et en avaient jugé de même. On 
croyait à la nécessité d’en faire l’ex¬ 
tirpation, mais on reculait devant les 
difficultés de l’exécution. Désireux 
alors d’alfronicr les obsiacle.s, je me 
décidai h opérer. L’opération fut 
très-longue et très-labonciise : je 
dus ménager beaucoup de parties 
trés-délicales, vaisseaux et nerfs de 
gros calibre ; j’évitai tous ces écueils, 
et j’arrivai à accomplir mon opéra¬ 
tion. La malade succomba dans la 
journée. En examinant la tumeur , 


quel ne fut pas notre étonnement, de 
la voir constituée par des parois peu 
épaisses et remplies de liquide ! C’é- 
. tait une espèce de tumeur enkystée 

3 ui, si l’on en eût bien déterminé 
’avance la nature^ aurait pu être 
opérée par une simple incision, et 
l’on eût ainsi prévenu lesconséquen- 
ces funestes d’une grave et difficile 
opération. 

«J’ai taillé des sujets qui n’avaient 
pas la pierre : le premier de ces su¬ 
jets vit encore; c’est un médecin 
très-distingué; il était alors étudiant 
en médecine ; depuis quelque temps 
il souffrait beaucoup en urinant, et 
il avait éprouvé des rétentions brus¬ 
ques d’urine. Je le soudai uue pre¬ 
mière fois, et je ne sentis pas de 
pierre ; je le sondai de nouveau h 
plusieurs reprises, en tout quinze ou 
vingt fois, et il me sembla plusieurs 
fois sentir une pierre, mais cette 
sensation ne fut jamais parfaitement 
distincte. Le malade, persuadé qu'il 
avait un calcul, était très-décidé à 
subir l’opération. Je crus toutefois 
devoir y surseoir, parce que mon 
diagnostic ne me satisfaisait pas en¬ 
core pleinement, et je craignais que 
l’opération ne fût un peu hasardée. 
Enfin, sollicité parles parents du ma¬ 
lade et par le malade lui-même, qui 
me prièrent instamment d’opérer , 
du moment que je croyais avoir la 
conviction de l’existence d’une pier¬ 
re, ajoutant que si, par hasard , je 
m’étais trompé, ils me déchargeraient 
de toute responsabilité et tairaient 
l’événement, j’eus la faiblesse de 
céder. Je taillai, je trouvai avec sur¬ 
prise une vessie d’tine capacité énor- 
mCj et je cherchai en vain la pierre. 
Mais je crus devoir, pour l’instant, 
cacher au malade et à ses parents ma 
méprise, et les laisser dans la jier- 
siiasion où ils étaient que j’avais ex¬ 
trait un calcul. Heureusement l’opé¬ 
ration n’eut aucune suite fùcbeuse ; 
loin de là, non-seulement la plaie se 
cicatrisa sans aucun accident, mais 
le malade fut dès ce moment entiè¬ 
rement guéri de toutes ses souffran¬ 
ces, que nous reconnûmes dès lors 
n’ôlre autre chose que des douleurs 
névralgiques. Dix ans plus lard, je 
déclarai au malade, qui occupe au¬ 
jourd’hui un rang distingué dans ie 
monde médical, toute la vérité sur 
cet événement dont nous avons plus 
d’unefois plaisanté depuis ensemble. 
— La même méprise m’est arrivée 
sur deux enfants. 

« Il m’est arrivé nne fois d’ouvrir 




( 465 ) 


l’artère crurale en oinTant un abcès 
très-profond, ba tumeur, en grossis¬ 
sant, avait déplacé le vaisseau et avait 
dérouté toute ma science anatomi¬ 
que. Jeditsaprèsen faire la ligature.» 

Ces exemples et quelques antres 
ont servi de texte à M. Roux pour 
développer cette idée que le diagnos¬ 
tic chirurgical offre les mômes diffi¬ 
cultés, donne lieu aux mômes er¬ 
reurs que le diagnostic médical, et 
que souvent ces erreurs amènent des 
résultats bien plus funestes. Cette 
opinion d’tin chirurgien à si vaste 
expérience et vieilli dans la pratique, 
doit être un avertissement salutaire 
pour les entraînements de la témé¬ 
rité, et c’est sous ce point de vue 
surtout que nous avons voulu la faire 
connaître à nos lecteurs. ( Gaz. des 
Hôpitaux, novembre 1842. ) 

douleurs névralgiques 

( Cessation des ] par la compression 
de la carotide. M. le docteur Turcii, 
de Plombièras, a publié quelques 
faits qui tendent à prouver, dit-il, 
que des douleurs plus ou moins vi¬ 
ves, tantôt erratiques et musculaires, 
tantôt simulant une pleurodynie, 
tantôt se produisant sous la forme 
de douleurs abdominales fort variées, 
ou d’une toux très-pénible, sont pro¬ 
bablement le résultat d’une modifi¬ 
cation maladive de la base du cer¬ 
veau, puisqu’elles cessent instanta¬ 
nément sous l’influence de la com¬ 
pression d’une carotide, ou plutôt 
sous celle du nerf vague que cette 
artère recouvre. Voici les faits qui 
l'ont conduit à admettre cette opi¬ 
nion, que nous ne pouvons encore 
regarder que comme une hypothèse, 
et malheureusement ces wits sont 
eux-mêmes si vagues et si peu cir¬ 
constanciés qu’il est difficile d’en 
rien conclure. 

Un malade éprouvait depuis long¬ 
temps de vives douleurs abdominales 
rebelles à tous les traitements. Par 
voie d’exclusion, M. Turck est porté 
à penser qu’un état morbide du cer¬ 
veau produit les accidents, et il dé¬ 
couvre que la compression de la ca¬ 
rotide gauche faisait cesser instanta¬ 
nément les douleurs. On fit un ban¬ 
dage approprié et le malade s’en 
sert encore avec succès chaque fois 
que ses douleurs reviennent. Il y a 
dix ans de cela. 

Cette année M. Turck vit un ma¬ 
lade, dont le pèreest mort phthisique 
et qui éprouvait des douleurs très- 
fortes qu’il rapportait au sommet du 
TOME XXIII. 12' LIT. 


poumon droit, sans que l’ausculta¬ 
tion et la percussion indiquassent 
aucune modification dans les tissus. 
Ces douleurs, considérées comme 
pleurétiques et pleurodyniques, ré¬ 
sistèrent à l’emploi des eaux de 
Plombières et se suspendaient au 
contraire pendant la compression de 
la carotide droite. Le bandage a été 
prescrit, M. Turck n’en dit pas les 
résultats. 

L’auteur rapporte un autre cas 
analogue, et un quatrième dans le¬ 
quel les douleurs, quoique variables 
dans leur siège, étaient suspendues 
par la pression carotidienne. ( Ex" 
périence, novembre 1842. ) 


DOUVE DD FOIE ( Présence de 
la ) ou distôme hépatique dans la 
veine-porte chez l'homme. Cet ento- 
zoaire est très-commun chez les ru¬ 
minants et connu, non-seulement des 
naturalistes, mais des vétérinaires, 
des bouchers, des bergers, ete. Chez 
l’homme il est plus rare, il s’y trou¬ 
ve en moins grand nombre et n’y ac¬ 
quiert pas la môme taille. Du reste, 
rien de précis sur les symptômes 
qu’il détermine, et quanta son siège, 
c’est presque toujours dans la vési¬ 
cule et les canaux biliaires qu’on le 
rencontre. M. Du'val, de Rennes, en 
décrivant dans son cours d’anato¬ 
mie le système veineux abdominal, 
arrivé au tronc de la veine-porte, 
s’aiierçut qu'un corps étranger place 
dans l’intérieur môme de ce vaisseau 
glissait entre ses doigts. Incisant sur- 
le-champ avec précaution les parois 
de la veine sur ce corps tenu avec 
les doigts, il découvrit au milieu 
d’un peu de sang fluide une douve 
du foie de la plus grande dimension. 
Poursuivant se, recherches, deux ou 
trois autres distômes semblables au 
premier furent rencontrés dans le 
sinus et la division sous-hépatique 
de la veine-porte, et d’autres enco¬ 
re, en tout cinq ou six, dans les ra¬ 
mifications de la veine jusque dans 
l’intérieur du foie. M. Duval pense 
que ces enlozoaires se sont dévelop¬ 
pés dans la veine môme, ce qui 
prouverait que la vésicule et tes ca¬ 
naux biliaires ne sont pas leur siégu 
spécial. (Gazette méd. de Paris, 
novembre 1842. ) 

EMPOISONNEMENT ( Observa¬ 
tion d’)par le céral fait avec des bou¬ 
ffies de nouvelle fabrication, dans 
la composition desquelles entre de 
l'acide arsénieux. Dans un procès 

r»o 




( 466 ) 


célébré, M. Raspail soutenait que si 
on soumettait à ranpareit de Alarsti 
le sang d’un individu quiaurait tong- 
tenips respiré l’air d’une piéçe éclairée 
par des bougies stéariques, on y trou¬ 
verait de l’acide arsénieux. On sait, 
en effet, que pour blanchir et solidi¬ 
fier la stéarine, on emploie l'acide 
arsénieux. On conçoit donc, à la ri¬ 
gueur, que le cérat préparé avec cette 
bougie puisse donner lieu à dus ac¬ 
cidents toxiques, s’il était appliqué 
sur des surfaces dénudées. Doux olt- 
servations publiées par M. Errurd, à 
Injurieux, pourraientconliriner cette 
crainte. Dans le premier cas, il s’agit 
d’un homme qui, par suite d’une 
application de compresses faite sur 
des plaies des bras, produites par des 
vésicatoires, fut trouvé le lendemain 
dans un état inquiétant. Bras dou¬ 
loureux, langue rouge, sèche, fen¬ 
dillée: soif insupportable, tranchées 
dans le ventre; contractions invo¬ 
lontaires dans les muscles des mem¬ 
bres inférieurs et du dos; pouls petit, 
irrégulier et fréquent ; céphalalgie. 
Malgré un traitement énergique, mort 
(lu malade dans la soirée. 

Dans le second cas, c’est une jeune 
fille, (tui, aussi apès l’application de 
cérat sur la plate d’un vésicatoire, 
est prise des mêmes accidents, (|ui 
n’eurent pas cette fois de résultat 
funeste. 

Le cérat employé dans ces deux 
circonstances avait été pris dans la 
même maison et fabriqué avec des 
bougies stéariques. M. Errard n’hé¬ 
site pas à mettre sur son compte lus 
accidents qu’il a observés. 

Remarquons, néanmoins, que l’au¬ 
topsie du sujet qui a succombé n’a 
pas été faite, et, chose liien plus im¬ 
portante, que ie cérat n’a jtas été chi¬ 
miquement analysé. L’absence de ces 
deux conditions nous met en réserve 
sur la légitimité de la conclusion de 
M. Errard. {Gaz. méd. de Paris, 
novembre 18t2.)_ 

ÉPILEPSIE {Guérison de V) par 
un anli-périodigiie. Cet anti-pério¬ 
dique, c’est la valériane, soit seule , 
soit associée à la poudre de Gutlète 
ou à la poudre de Carignan. C’est 
M. le docteur B. Chabrely do Bor¬ 
deaux qui préconise cette médica¬ 
tion, dont il aurait obtenu des succès 
inouïs dans quatorze cas qu’il ra¬ 
conte, cas très-divers relativement à 
l’ùge, au sexe des malades, à l’inien- 
site et à laduréede la maladie. Nous 
sommes toujours très-ré-servésè l’en¬ 


droit des guérisons de maladies qui, 
comme l’épilepsie, ont été jusqu’à ce 
jour rebelles aux effets de l’art. Ce 
n’est donc qu’avec doute et une dé¬ 
fiance invincible, bien légitime d’ail¬ 
leurs pour ceux qui connaissent l'Iiis- 
tüire de la thérapeutique del’épilep- 
sie, que nous exposerons la méthode 
deM. Chabrely. Cependant, toute ex- 
périmentatilon qui ne peut compro¬ 
mettre ni la sanie, ni surtout la vie 
des malades, est permise dans une 
aussi affreuse maladie. Remarquons 
seulement quela valériane, la poudre 
do Guttète et do Carignan, sont des 
médicamentsquiont été très-souvent 
employés contre l’épilepsie, et que 
la plupart des thérapeutistes moder¬ 
nes ne leur accordent qii’uno action 
très-secondaire. 

M. Chabrely dit qu’on a grand tort 
de s’en tenir àla méthode dite ration¬ 
nelle, pour des affections dont on ne 
connaît ni la cause ni la nature. Pour 
l’épilepsie il y a deux médications à 
employer, l’une au moment de l’alta- 
(liie, rautre afin de la prévenir lors¬ 
qu’elle a cessé. Pendant l’attaque, 
c’est à la méthode rationnelle qu’il 
faut recourir, eu se rappelant néan¬ 
moins que lescongestionsdu cerveau, 
du poumon, qui semblent immédia¬ 
tement menacer la vie, cesseront avec 
l’attaque qui les produit, et qu’il y 
aurait danger par conséquent à ap¬ 
pauvrir le sang par des saignées in¬ 
tempestives. Pour prévenir les atta¬ 
ques, c’est à une médication spéciale 
tiu’il faut avoir recotirs, sauss’infor- 
mer de sa nature ni de son mode 
d’agir, si par cette médication on 
obtient des résultats favorables. 

Jusqu’ici celte opinion est celle des 
praticiens les plus sages, seulement 
ils attendent encore ce médicament 
spécial. Pour M. Chabrely, c’est la 
valériane en poudre ou en sirop, qu’il 
administre de la manière suivante : 
il donne, matin et soir, une cuillerée 
de sirop de valériane pour édulco¬ 
rer, chaque fois, une lasse d’infusion 
de feuilles d’oranger; ia veille de la 
nouvelle lune, il fait prendre le ma¬ 
lin, à jeun, un gramme de poudre de 
Carignan ou de Gutlète additionné à 
celle de valériane dans une lasse 
d’infusion de tilleul sucré. Le soir, 
même do.se; le lendemain, deux fois 
égalemeni, ainsi tiue le surlende¬ 
main. Il agit do même pour la pleine 
lune, la veille, le jour et le lende- 
inainde celte phase lunaire. On prend 
donc douze paquets par mois du mé¬ 
lange de Carignan, et les autres 



( 467 ) 


jours, le malade se conlento du sirop 
de valériane. Celte médication doit 
être continuée pendant cinq à six 
mois, puis on laisse les poudres anti- 
périodiques, pour s’en tenir au sirop 
de valériane. A ceux qui pourràient 
être étonnés que M. Ctiabrely tienne 
ainsi compte des phases de la lune 
pour l’administration du mélange 
anti-épileptique, il répond qu’il a oli- 
servé une coïncidence frappante entre 
les convulsions chez les enfants et 
les phases delà pleine et de la nou¬ 
velle lune. 

Pour ceux de nos lecteurs qui 
voudraient répéter les essais de 
M. Chahrely, nous donnerons la for¬ 
mule peu connue dés polidros de 
Buttète et de Càrignan : 

Poudre de Giutéte. 

jana... t partie, 
jaiia... 1/2 partie. 

Mêler toutes ces substances pulvé¬ 
risées à un tiers de poudre de valé¬ 
riane et faire des paquets de 1 à 2 
grammes. 

Poudre de Carigiian, d'après 
JW. nouchardat. 

Poudre de Gutlèto.2S0 gram. 

Ambre jaune porphyrisé.... Î1S — 

Corail rouge. 125 — 

Terre sigillée. 125 — 

Kermès minerai. 12 — 

Noir dïvoire. 12 — 

M. S. A. et divisez en prises de 10 
à 50 centig., que l’on mêle a la pou¬ 
dre do valériane par moitié. {BuU. 
méd.deBordeaux,oei. elnov. 1812.) 


riÈVRE JAUNE. M. Chervin a en 
l’henreuse idée de publier le rapport 
remarquable qu’il lut à l’Académie 
de médecine, en octobre dernier, 
sur un travail de M. Rufz, médecin 
de la Martinique, concernant la liè¬ 
vre jaune, quia régné dans celte île 
de 1838 à 1811. Dans ce rapport, ou 
l’auteur a traité avec de grands déve¬ 
loppements l’imporlante question, de 
l’identité de nature des lièvres d’o¬ 
rigine paludéenne de différents ty¬ 
pes, oïl il a soutenu, avec l’ardente 
conviction qu’on lui connaît, l’ur¬ 
gence d’abolir les quaraiilaines rela¬ 
tives à la lièvre jaune, nous trou¬ 
vons l’exposé du traitement adopté 
par M. Rufz, traitement qui a varié 


Gui de ebène, 

Racines de diclame 
Id. de pivoine. 
Semences d'atripiex. 
Corail rouge préparé. 
Ongle d’élan. 


suivant les diverses époques de l’é¬ 
pidémie. D’abord il employa là sai¬ 
gnée comme moyen principal : sur 
treize malades qiril traita ainsi, deux 
moururent, mais l’un d’eux était ex¬ 
pirant lorsqu’il lui fut confié. Ce ré¬ 
sultat donne à M. Rufz une grande 
confiance dans l’emploi de la saignée 
dans les deux premiers jours du dé¬ 
but de la fièvre jaune, à quelque 
époque que ce soit de l’épidémie. 
Plus tard, M. Rufz joignit à la sai¬ 
gnée le sulfate de quinine à la dose 
de 2 grammes io centigr. en 2i heu¬ 
res. Sur quinze malades, il n’eut 
qu’un seul mort, mais il fait remar¬ 
quer qu’il faut tenir compte de ce 
que l’épidémie était sur son déclin. 
Du reste, M. Rufz n’a jamais employé 
le sulfate de quinine seul. D’après 
le relevé fait par M. Chervin, ort 
voit d’ailleurs que sur un grand 
nombre d’épidémies observées dans 
des pays divers, les succès et les 
revers se balancent dans toutes les 
méthodes de traileinenl, soit par les 
émissions sanguines à haute dose, 
soit par les saignées unies à l’emploi 
des toniques, soit enfin par les to¬ 
niques seuls. C’est ce qui fait dire à 
M. Chervin, avec tant de raison, que 
la thérapeutique de la fièvre jaune 
est loin d’être fixée, et que des 
moyens diamétralement opposés 
donnent souvent des résullals ana¬ 
logues et même identi(|ues. {De l'i- 
dentilé de nature des fièvres d’ori¬ 
gine paludéenne, etc. Broch. in-8“, 
novembre 1812.) 


FRACTDBE de l’extrémité infé¬ 
rieure du radius, expliquée par un 
mécanisme nouveau. La fracture de 
l’extrémité inférieure du radius, celle 
qui ne siège pasà plusd’un pouce au- 
dessus de l’articulation radlo-car- 
picnne, et dont l’existence et la 
symplomatidogie ont surtout été étu¬ 
diées avec soin par Dupuyiren, dans 
un excellent chapitre de diagnostic 
différentiel entre elle et les diverses 
luxations du poignet; celte fracture, 
dont les travaux de M. Goyraiid 
d’Aix, et plus tard les recherches de 
M. Diday paraissaient avoir sulfisam- 
ment établi le mécanisme et le trai¬ 
tement, vient d’êire présentée sous 
un aspect tout à fait nouveau par 
M. le docteur Voillemier. 

Ce jeune médecin, sans nier d’une 
manière positive les fractures obli¬ 
ques du radius au point que nous 
avons précisé, pense qu’elles sont ex¬ 
trêmement rares; l’opinion contraire 




( 468 ) 


repose, suivant lui, sur ce que l’on 
a étudié ces fractures bien plus sur 
le vivant que sur des pièces patholo- 
git|ucs. Lui aussi a eu occasion d’ob¬ 
server une fracture qui présentait 
tous les caractères assignés à une frac¬ 
ture oblique, et il ne fallut rien moins 
que l’examen anatomique et ia sec¬ 
tion de l’os pour le convaincre de sou 
erreur et lui démontrer que celte 
fracture se raltacbait à une forme 
particulière inconnue des auteurs, et 
se produisant par un mécanisme non 
encore décrit. Ce mécanisme, le voici : 
mais auparavant, suivons rauteur 
dans quelques développements ana¬ 
tomiques qui ont pour but d’en sim- 
plilier l'explication et de la rendre 
plus intelligible. 

Il fait remarquer que la couche 
de tissu compact, si épaisse au corps 
du radius, va en diminuant progres¬ 
sivement jusqu’à son extrémité infé¬ 
rieure, où elle est si mince qu’à peine 
il est possible delà mesurer; et tiu'à 
un centimètre au-dessus de la sur¬ 
face articulaire, elle ne présente plus 
qu’une lame extrêmement fragile et 
(îuelquefoisaussimincequ’une feuille 
de papier. A la face antérieure le 
tissu compacte se prolonge un peu 
plus bas qu’à la face postérieure. 
Ces faits étant établis, on conçoit 
(lue dans une chute stirlamain, celle- 
ci reposant sur le sol, la violence du 
choc représentée par le poids du 
corps multiplié par la vitesse de la 
chute, vienne résumer son action 
sur le point le plus fragile du radius, 
c’est-à-dire à la portion renflée où la 
lame compacte est le plus mince ; on 
conçoit que l’os se brise on ce point, 
et que le tube solidede tissu compacte 
l)énétrant dans le tissu spongieux, il 
se fasse une fracture par pénitration, 
ainsi que l’auteur l’appelle. Maiscette 
pénilratlon, dit M. Yoillemier, peut 
avoir lieu de différentes manières : 
si le choc a été bien directement 
transmis à l’extrémité osseuse, si les 
parois osseuses ont cédé à peu près 
en même temps sur toute la circon¬ 
férence, le fragment supérieur pénè¬ 
tre d’emblée (fans le fragment infé¬ 
rieur, où il descend de plusieurs 
millimèlres. Ainsi les deux fragments 
restent enclavés. Mais si l’effort de 
lachuteest plusconsîdérable, le frag¬ 
ment supérieur continue à descen¬ 
dre, et le fragment inferieur, pressé 
entre luiet le carpe, se divise en plu¬ 
sieurs pièces. L’apn|)hysc styloïde 
est (létachée, et la surface articulaire 
véritablement écrasée. C’est ce der¬ 


nier degré de la pénétration que Du- 
puytren avait rencontré dans cer¬ 
taines fractures auxquelles d avait 
donné le nom de fracture par écra¬ 
sement. 

Ce mode de pénétration d’emblée, 
continue M. Yoillemier, doit se ren¬ 
contrer assez rarement, parce qu’il 
exige un concours de circonstances 
assez rares elles-mêmes; mais il en 
est un autre plus fréquent. Il a lieu 
également à la suite d’une chute sur 
la main, le membre venant à rencon¬ 
trer le sol dans une position plus ou 
moins oblique. Ici encore les extré¬ 
mités de l’os tendentà se rapprocher; 
mais si l’on songe à la position obli¬ 
que du membre, à la pression plus 
considérable que supporte la moitié 
postérieure de la surface articulaire 
radiale, [larce qu’elle repose mieux 
que la moitié antérieure sur le carpe 
et se trouve plus aussi dans l’axe du 
radius, on comprendra sans peine 
que renfoncement des lames osseuses 
(toit commencer sur la face posti'- 
rieiire de l’os, en même temps que 
le fragment inférieur est légèrement 
porté en arrière; alors le tube osseux 
de tissu compacte pénètre encore dans 
le tissu spongieux, mais en éprou¬ 
vant une certaine déviation. Tandis 
que la paroi postérieure du fragment 
brachial pénètre dans l’épaisseur du 
fragment carpien, la paroi antérieure, 
au contraire, chevauche sur ce même 
fragment. Il y a engrènement, péné¬ 
tration réciproque. Examiné de de¬ 
hors en dedans, le radius présente 
une disposition analogue. Le bord 
externe du fragment radial a pénétré 
dans le fragment carpien suivant une 
ligne verticale, qui, prolongée, sépa¬ 
rerait l’apophyse styloïde du corps do 
l’os, tandis que son bord interne re¬ 
couvre au contraire celui du frag¬ 
ment carpien. Un fait très-important 
à noter, c’est que, par suite de cette 
douille pénétration, des deux saillies 
qui existent sur les deux faces de 
l’os, ruiie, plus élevée, est formée en 
arrière par le bord supérieur du frag¬ 
ment carpien ; l’autre, plus abaissée, 
est formée par le bord inférieur du 
fragment brachial. » Celte disposition, 
plusieurs fois observée par l’auteur 
sur des pièces pathologiifues, éveilla 
son attention sur (m point obscur de 
pathologie, et le conduisit à analyser 
de nouveau et avec soin toutes les 
raisons à l’aide desquelles un cher¬ 
chait à prouver l’obliquité des frac¬ 
tures en question : or, ni dans les 
souvenirs des praticiens les plus ex- 



( 469 ) 


périinenlés , ni dans les cabinets 
d’anatomie pathologique, nulle part, 
enOn, il ne put saisir une description 
de fracture obiique avec fragments 
taillés en biseau, comme cela a été 
dit; tandis que sur tous les radins 
anciennement fracturés, que l’auteur 
a pu se procurer, il a vu des altéra¬ 
tions qu’il n’était pas possible d’ex¬ 
pliquer autrement que par la péné¬ 
tration des fragments l’un dans l’au¬ 
tre. Celte assertion de M. Voillemier 
se trouve confirmée par une descrip¬ 
tion fort détaillée, qu’il donne des 
caractères anatomiques ofTerls par ces 
fractures anciennes, et qui toutes 
■ nous ont semblé venir à l’appui de 
la théorie fort ingénieuse qu’il sou¬ 
tient. 

Mais, .ajoute M. Voillemier, la pé- 
iiétratinn est quelquefois jiliis con¬ 
sidérable que je ne l’ai indiqué, et la 
fracture nlfre alors plusieurs carac¬ 
tères particuliers: par suite du rac¬ 
courcissement considérabledii radius, 
le cubitus est appelé à supporter une 
partie de l’elFort de la cbute, et assez 
fréquemment son apophyse styloïde 
est brisée. Dans un cas que j’ai ren¬ 
contré sur un jeune homme de qua¬ 
torze ans, le cubitus se jilianl dans 
le sens de la courbure normale, ne 
s’était fracturé qu’incouqilctement, 
les fibres externes seules avaient été 
rompues, il existait un angle très- 
ouvert formé par les lilires'inlernes 
pliées, mais non rompne.s. Il est bien 
plus commun de voir les ligaments 
radio-cubitaux déchirés ou disten¬ 
dus, et le cubitus quittant la fossette 
radiale, éprouver une véritable luxa¬ 
tion. 

Mais ce n’est pas le seul mécanisme 
suivant lequel aurait lieu la fracture 
de l’extrémité inférieure du radius. 
D’après M. Voillemier, de nombreu¬ 
ses lenlatives faites sur le cadavre 
dans le but de produire la luxation 
du poignet, lui auraient démontré 
qu’en portant la main dans l’exten¬ 
sion ou la flexion forcée sur l’avant- 
bras, il était possible de fracturer le 
radius par une sorte d’arracbement : 
l’anteur a vu que rien n’est plus fa¬ 
cile que de produire chez les jeunes 
sujets le décollement de l’épiphyse: 
une fois il a pu l’obtenir chez un 
individu de vingt-quatre ans, d’une 
constitution athlétique. Dans cette 
variété de fracture par arracbemenl, 
et dont la direction est en général 
transversale, quand l’épiphyse est 
soudée complètement avec la dia- 
pbyse, tant&t on ne détache qu’un 


éclat oblique plus ou moins considé¬ 
rable de la face antérieure ou posté¬ 
rieure de l’os, tantôt un fragment 
externe auquel reste attachée l’apo¬ 
physe styloïde, tantôt enfin, un frag¬ 
ment qui intéresse tonte l’épaisseur 
de l’os, et épais de six à huit milli¬ 
mètres. Ces arracliements ont lieu 
surtout quand la main est portée 
dans l’extension, à cause de la puis¬ 
sance des ligaments antérieurs plus 
considérable que celle des ligaments 
postérieurs : on conçoit que dans 
celle fracture le déplacement soit 
presque nul, l’élcndue des surfaces 
par lesquelles les fragnients se cor¬ 
respondent neutralisantraction mus¬ 
culaire, qui seule pourrait le pro¬ 
duire. I.a mobilité des fragnients 
entre eux esta peine sensible, et la 
crépitation fort obscure. 

Quant aux iléductions thérapeu¬ 
tiques, M. Voillemier pense que la 
première indication a remplir est de. 
combattre les symptômes infiamma- 
toires par des antiphlosgistiques, le 
repos de l’articulation, à se compor¬ 
ter enfin comme s’il s’agissait d'une 
entorse; les mouvementsderéduction 
seront laits avec une grande réserve, 
aillant pour épargner au blessé des 
douleurstrès-vives, que pour ne point 
aclieverd’arrache.rdes piécesnsseuses 
qui sont encore unies par des liens fi¬ 
breux ! pour corriger le renvei'scment 
on avant et en arrière du fragment 
caïqiien, renversement qui constitue 
presque à lui seul la déformation du 
niemlire, on saisira les deux frag¬ 
ments, et, [lar une action directe, on 
cherchera à les replacer dans leur 
direction normale. 11 ne faut pas 
oublier que dans les fixicliires jiar 
pénétration, iine partie du tissu os- 
.seux a été écrasé et qu’une forte 
traction ne ferait qu’écarter les frag¬ 
ments l’un de l’autre. L’aiqiarcil.île 
M. Voillemier est des plus simples: 
on enveloppe le poignet d’une com¬ 
presse fine, imbibée d’un liquide ré¬ 
solutif. L’avant-liras étant placé dans 
une altitude moyenne entre la pro- 
nationellasupination, iinecompresse 
longuette est placée le long de la 
face tiostérieiire; repliée en plusieurs 
doubles au-dessus de rarliciilation, 
elle forme en ce point un coussinet 
qui poiissiTa en avant le fragment 
inférieur du radins. Une semblable 
compresse est placi'c. à la face iml- 
niaire de l’avant-bras, sans toiitefnis 
qu’elle soit repliée inférieurement, 
et qui comme l’allelle chargée de la 
recouvrir, s’arrêtera un i>eu aii-des- 



( 470 ) 


sus du niveau de la IVacUire : l’at¬ 
telle postérieure, au contraire, des¬ 
cendra jusqu’à ia racine des doigts, 
afin de pouvoir par des tours de 
bandes soutenir ie bord cubilai de ia 
main et s’opposer ainsi au tiraiiie- 
raent des ligaments, et même à l’ar- 
racbementderapophysc slyioïdedans 
les cas où elle est fracturée. Inutile 
d’ajouter que la disposition de l’ap¬ 
pareil devrait être eu sens inverse, 
dans le cas où le déplacement de ce 
fragment aurait lieu en avant. 

Félicitons, en terminant, M. le 
docteur Voillemier, d’avoir si avan¬ 
tageusement repris un suje.t que les 
recherches antérieures paraissaient 
avoir épuisé; son travail, que nous 
regrettons de n'avoir pu suivre dans 
tous scs développements, serecom- 
mande par une rigueurde princi|)es et 
une sévérité de détiiuMions qui lui 
méritent toute l’attention des chirur¬ 
giens. [jirchives.gfn.tîeMéilecinB.) 


FRACTUBIts {jyoïiveaii signe de 
la consolidation des). Le vrai peut 
quel<|ticrois n’étre pas vraisemblable; 
aussi est-il d’un bon esprit de ne 
rejeter aucun fait pratique sans l’a¬ 
voir préalablement soumis au creu¬ 
set de l’expérience. Il faut donc exa¬ 
miner le suivant, quel(|ite extraordi¬ 
naire qu’il puisse paraître. M. Gtien- 
ther 'de Kayna (Saxe) a été conduit, 
par de nombreuses observations, à 
donner comme un symptôme con¬ 
stant dans lus fractures des mem¬ 
bres l’arrêt de croissance des on¬ 
gles, et leur élongation comme un 
signe certain de la réunion des frag¬ 
ments osseux et de leur consolida¬ 
tion. — A l’appui do cet aperçu, il 
donne l’exemple suivant : Un jeune 
homme de haute taille, et fortement 
constitué, se cassa la jambe droite le 
37 juillet 1833; la fracture était très- 
oblique elcomminutive. Ce malade, 
qui observait avec une minutieuse 
attention les moindres détails rela¬ 
tifs à son atlbction, remarqua que 
les ongles du pied droit ne pous¬ 
saient pas comme ceux du pied 
{miiche, et qu’ils restaient toujours 
dans te même état où ils se trou¬ 
vaient à l’époque de la fracture. 
Celte observation lui était d’autant 
plus facile qu’il s’était coupé' les on¬ 
gles à l’un et à l’autre pied la veille 
même de son accident. Ce jeune 
homme lit jiart de celte circonstance 
à M. Guenthcr, et comme elle parut 
à ce dernier être en rapport avec la 
marche de la guérison, la manière 


d’être des ongles fut, à partir do ce 
moment, observée chaque jour avec 
grand soin. 

Le cinuuantième jour, on constata 
que l’ongle du petit doigt commen¬ 
çait enfin à s’accroître; les ongles 
des trois suivants commencèrent un 
peu plus tard à pousser, et enfin, au 
bout de quelques semaines seule¬ 
ment, ce fut le tour de l’ongle du 
gros orteil. 

A partir du moment de la crois¬ 
sance des ongles, le malade eut le 
seniimeni du la consolidation du 
membre fracturé, et en elfet, tous 
les signes indiquant la réunion et la 
consolidation des fragments osseux- 
parurent en même temps. 

Ce sont des observations analo¬ 
gues qu’il a eu occasion de recueillir 
depuis lors qui ont confirmé M. 
Guenther dans l’opinion qu’il vient 
d’émettre sur le rapport qui existe 
entre l’accroissement des ongles et 
la consolidation des fractures des 
membres. ( Medicinische Zeitung, 
I8i2, n-il.) 


GALE ( Nouveau traitement de 
la). Nous lisons, dans un journal al¬ 
lemand, l’exposition suivante d’un 
nouveau traitement de la gale par le 
docteur Dornblucth. — Le malade 
nettoie le soir toute la surface du 
corps en faisant une ablution avec 
une dissolution chaude de savon 
vert; il se frictionne ensuite avec 
le Uniment ci-dessous : 

Prenez : Savon noir. 125 gram. 

Poudre de racine d’ellébore 

blanc. 60 gram. 

Eau de fontaine, chaude. q. auff. 

Mêlez et faites une mixture de con¬ 
sistance sirupeuse. 

On applique ce Uniment avec un 
pinceau, et l’on doit avoir le soin 
d’appuyer assez fortement sur toutes 
les parties du corps qui présentent 
la moindre trace d’exanthème, no¬ 
tamment sur les articulations, sur 
les hanches, le dos et l’abdomen. 
Aussitôt que les points frictionnés 
commencent, après la seconde, troi¬ 
sième ou quatrième application du 
remède, à rougir et à devenir le 
siège d’un sentiment de brûlure au 
lieu de la démangeaison qui s’y fai¬ 
sait sentir auparavant, et qu’on n’y 
voit plus apparaître de nouveaux 
boutons, on cesse d’y appliquer le 
Uniment. 

Le lendemain de la dernière fric¬ 
tion, on frotte tout le corps avec 135 




( 471 ) 


grammes de savon noir, puis on le 
lave soigneusement avec de l’eau 
chaude tenant en dissolution une 
dose égale du môme savon. On fait 
usage ensuite de nouveaux vête¬ 
ments, les anciens devant être sou¬ 
mis à la désinfection par l’acide sul¬ 
fureux gazeux. Bientôt après, la 
peau se dessèche et se détache par 
écailles, et de cette manière la gué¬ 
rison se trouve olttenue dans l’es¬ 
pace de six à huit jours, sans jamais 
laisser de suites fôcheuses. L’auteur 
déclare qu’avec ce Iraitemeut il a 
renoncé à toute médication interne, 
et qu’il l’a appliqué avec succès sur 
six cents malades environ. En ré¬ 
sumé. ajoute-t-il, 1“ il guérit assu¬ 
rément la gaie, sous (piehiue forme 
qu’elle se présente, dans l’espace de 
temps le plus court possible, 'et sans 
donner lieu à aucun accident, soit 
primitif, soit consécutif; 2» il a le 
précieux avantage de ne pas trahir 
par son odeur la nature d’un mal 
qu’il importe de tenir secrète; 3“ en¬ 
fin, il a encore l’avantage d’un exces¬ 
sif bon marché. ( Gas. des Hôp., 
novembre 1842. 


HAULUCINATIONS DE L’ODIE 

( Traitement de quelques) par le da- 
Itira strammonlum. Dans notre der¬ 
nier numéro nous exposions ies heu¬ 
reux résultats obtenus parM, Moreau 
( de Tours), médecin de Bicêiro, de 
l’emploi du datura strammonlum dans 
cette forme de l’aliénation mentale. 
Nous devons à notre fidélité d’histo¬ 
rien de faire connaître aujourd’hui 
les résultats tout opposés qui se sont 
offerts dans l’asile de Marseille dans 
le service de M. Aubanel, ré-sultats 
publiés par M. Estre. Trois femmes 
furent choisies pour expérimenter le 
datura strammonlum. Deux d’entre 
elles réunissaient toutes les conditions 
morales que M. Moreau considère 
comme indispensables au succès. 
Chez la troisième, aux hallucinations 
de l’ou'ie se joignait un délire chro¬ 
nique. Dans ce dernier cas, on n’ob¬ 
tint pas même une amélioration 
passagère, et dans les deux autres, 
les résultats ne furent guère plus fa¬ 
vorables. En présence de ces faits , 
M. Estre, sans se prononcer définiti¬ 
vement sur la valeur thérapeutique 
du datura, en attendant de nouvelles 
observations plus nombreuses, ne 
peut cependant s’empêcher de dou¬ 
ter de rinfaiilibilité de la slramoine, 
et de sa spéciBcilé d’action dans le 


traitementdesliallucinations. (l’Æ'atar 
minateur médic., novembre 1842.) 

HTTDATIDES DO HEIN chez 1$ 
fœtus (des) comme cause de dysto¬ 
cie. La Société médicale d’émulation 
de Lyon, fondée il y aà peine un an, 
sous laprésidence deM. Bouchacourt, 
jeune chirurgien fort distingué de 
cette ville, vient de faire paraître le 
premier volume de ses Mémoires. 
Parmi les travaux intéressants qu’il 
renferme, nous avons surtout remar¬ 
qué une excellente monographie du 
M.Bouchacourtsurladégénérescence 
hydatique dos reins du fœtus. Les 
deux observations suivantes, que 
nous y empruntons, pourront servir 
à éclairer une f|uestiou de diagnos¬ 
tic obstétrical fort obscure, en même 
temps qu’elles ccmpléteront l’his¬ 
toire anatomique d’une maladicen- 
core peu connue. 

Obs. I. Le 12 avril 1839, M. le 
docteur Nichet fut appelé dans l’a¬ 
près-midi auprès de Catherine Poz- 
zi, âgée do vingt-trois ans, primi¬ 
pare , en travail depuis une heure 
du matin. La dilatation do l'orifice 
s’était faite avec lenteur ; l’enfant 
s’était présenté par les fesses, le sa¬ 
crum tourné à droite. Lorsque le 
chirurgien arriva , les cuisses de 
l’enfant étaient à la vulve depuis 
longtemps, et la traction qu’on 
avait exercée sur elles n’avait pu 
l’ébranler, retenu qu’il était par le 
ventre au détroit supérieur. La main 
droite, introduite entre le bassin et 
l’enfant, fit reconnaître que le ven¬ 
tre avait iip volume énorme, et 
comme il était très-mou, M. INichet 
pensa qu’il y avait une ascite, et pra¬ 
tiqua au-dessous de l’ombilic une 
ponction qui no fit point .sortir de 
liquide. La main portée plus haut, 
à la surface de la poitrine, constata 
un élargissement très-considérable 
de cette cavité dans la direction an¬ 
téro-postérieure, tandis qu’elle avait 
perdu beaucoup de sa hauteur par le 
rapprochement des côtes. Un cro¬ 
chet aigu, placé dans un espace in¬ 
tercostal, ne put faire descendre le 
fœtus, On prit le parti de déchirer 
largement avec les doigts les parois 
thoracique et abdominale, afin d’ex¬ 
traire le corps qui faisait obstacle, 
quel (|U’il pût être. En effet, le chi¬ 
rurgien saisit, dans l’hypocondrc 
droit d’aborii, une masse bosselée 
faisant partie d’une autre plus volu¬ 
mineuse, qu’il retira en introduisant 
sa main une seconde fois ; alors, le 



( 472 ) 


fœtus , aminci, n'êprouva plus de 
dfficulté à descendre et à franchir 
les parties génitales externes. On lit 
immédiatement la délivrance. 

L’examen anatomique démontra 
l’absence des reins : ces organes, 
énormément développés, formaient 
les deux tumeurs qui mettaient olt- 
slacle à l’accoucliement. Le hetus 
était mort depuis longtciup.s; su tête 
était petite, et scs membres étaient 
peu dévehppés, surtout les infé¬ 
rieurs. La forme générale de chaque 
rein était conservée, mais chaque 
masse avait un volume triple d’un 
rein d’adulte, et occupait tout l’es¬ 
pace compris entre la crête iliaque 
et le .sommet de la poitrine, car le 
diaphragme avait etc refoule j'us- 
(|u’aux premières côtes. Les côtes 
elles-mêmes, rapprochées jusqu’au 
contact, n’occupaîenl qu’un très-pe¬ 
tit espace, et étaient renversées en 

Ces reins énormes , li.sses et lar¬ 
gement bosselés, étaient enveloppés 
d’une tunique libro-celluleuse, sorte 
de capsule trôs-diOicile à déchirer. 
Chaque lobe était séparé, du lobe 
voisin par des cloisons celluleuses. 
Les espaces limités par ces cloisons 
étaient remplis par dos vésicules .à 
naruis minces et transparentes, dont 
le volume variait depuis la grosseur 
d'une tête d’épingle jusiiu’à celle 
d’un pois. Les vésicules, pressées, 
tassées les unes sur les autres, con¬ 
tenaient un liquide blanc, limpide, 
transparent, qui jaillissait lorsqu’un 
faisait unepiqflre aux parois. En dé¬ 
chirant la substance de l’organe', on 
voyait apparaître ces vésicules par 
myriades. Ainsi, ces masses morlii- 
des n’étaient composées que de deux 
éléments : tissu cellulo-fibreux en 
tilaments et en membranes, tissu 
vésiculaire. On n’a point découvert 
de traces des capsules surrénales. Le 
pancréas conserve son volume nor¬ 
mal, mais il est converti en vésicules 
comme les reins. Le lendemain de 
son accouchement, cette fille fut 
prise de péritonite à Ia(|uelle elle 
succomba le quatrième jour. M. Ni- 
chet constata une rupture du vagin 
.ô son insertion à la matrice, dans un 
tiers du sa circonférence, et à gauche. 

Nous avons dû suivre l’auteur de 
cette observation dans tous les dé¬ 
veloppements qu’il lui a donnés, car 
il s’agit d’une maladie du foetus toute 
differente de celles qui ont pu être 
décrites par plusieurs pathologistes, 
et notamment de l’altération signalée 


par Billard. Il ne s'agit plus, comme 
le fait remarquer M. Bouchacourt, 
de vésicules juxta-posées communi¬ 
quant les unes avec les autres, et 
toutes avec le bassinet. Ce ne sont 
plus, en un mot, les parties consti¬ 
tuantes de la glande converties par 
la pression excentrique du fluide qui 
les distend en poebes séreuses; mais 
de nouveaux corps ont apparu, ce 
sont des liydatides. Il y a loin, 
comme on voit, de cette lésion pri¬ 
mitive et en quelque sorte originelle 
du rein , à l’altération consecutive 
et secondaire que subit cet organe 
dans le cas où il existe une imper¬ 
foration soit des uretères, soit des 
autres conduits excréteurs de l’ii- 
rine qui, par son reflux dans les di¬ 
verses cavités constitutives de la 
glande, en détermine la dilatation, 
et donne ainsi lieu â une hydropisie 
rénale, maladie surtout bien étudiée 
dans ces derniers temps par M. le 
docteur Bayer. 

M. Bouchacourt a eu soin de rap- 
])rocher de ce premier fait une oli- 
servation non moins intéressante 
(ju'il emprunte aux Archives de mé¬ 
decine ( avril 18H ), et qui est ap¬ 
portée par le docteur OEslerlen, de 
Murrbard (Wurtemberg). — M. OEs- 
terlen fut appelé, en janvier 1810, 
près d’une femme en travail; il 
trouva la tête du fœtus au delà de 
la vulve; le ventre n’avait pu se dé¬ 
gager, malgré de vives douleurs; 
l’enfant était mort. Les contractions 
persistant avec énergie, il suflit de 
quelques tractions pour terminer 
l’accouchement. L’abdomen de l’en¬ 
fant avait ttn développement nota¬ 
ble, surtout dans la région snus-om- 
bilicale; l’excavation abdominale 
est remplie par une énorme tumeur 
que l’on reconnaît bientôt pour les 
reins; leur surface externe est unie, 
elle offre par places une couleur 
rouge, au milieu de laquelle res¬ 
sortent de toutes parts de yiotits 
grains ronds, de couleur gris bleu. 
Si l’on fait une incision à la con¬ 
vexité des masses qui constituent 
cette tumeur, on remarque sur toute 
l’incision une quantité de petites vé¬ 
sicules isolées. Ces hydatides sont 
sphériques, formées d’une membrane 
mince renfermant un liquide terne 
et transparent. Les calices sont dé¬ 
veloppés; les mamelons sont épais 
et saillants; les bassinets tout petits, 
en proportion du volume des reins 
et des calices. On ne trouve pas de 
traces des pyramides de Halpighi, 



( 473 ) 


non plus que des conduits de Beilini; 
tout a subi une transfoi'mation liy- 
daliqiic. Ceshjdalidesélaienl réunies 
et maintenues par un tissu rou- 
ge&lrc et rilamenleux qui paraissait 
ôlre ie rudiment du parenchyme ré¬ 
nal atrophié. 

Ces deux observations, indépen¬ 
damment de i’aitéralion anatomique 
des reins, qu’elles démontrent avec 
la plus grande évidence, signaient à 
l'attention des accoucheurs une 
nouvelle cause de dystocie qu’ils 
n’avaient pas soupçonnée, et dont 
on ne trouve aucune indication 
dans les traités ciassiqiies sur l’art 
obstétrical. Ces faits prouvent de 
plus que ce développement ex¬ 
traordinaire des reins, chez, le fuUiis, 
peut réclamer la perforation du ven¬ 
tre et rarracliement des tumeurs, la 
simple (lonction indiquée dans les 
cas d’ascite étant insufiisante. Ajou¬ 
tons toutefois, avec l’auteur, que, 
comme il est iinpo.ssible de recon- 
naitre à priori si le volume exagéré 
de l’abdamen est dû .à une simple 
ascite ou à la dégénérescence des 
reins, on devra essayer d’abord la 
[lonetion, quille à recourir plus lard 
a la perlbration plus large de l’ali- 
domen et .à i’uxiraclion des tumeurs 
(lui le l'emplissent. ( HJém. de la 
Soc. méd. d'fmutai, de Lyon, page 
73, tome 1, 1812. ) 

IMTHODÜCTION DE L’AIR dans 
les veines, à la suite d’une saignée 
du bras. Des accidents de la saignee, 
le pins grave, sans contredit, serait 
celui que nous signalons, si fort lieti- 
reusement il ne constituait pas un 
cas exceptionnel, et le seul qui ait 
été observé jusqu’à ce jour. Toute¬ 
fois , il n’en mérite pas moins toute 
l'attention des praticiens. — Vers le 
milieu de 1811 , dit M. Simon, de 
Brest, je fus appelé à donner mes 
soins à N...., garçon boulanger, âgé 
de 28 ans, d’une constitution plétho- 
l'iquo. Il accusait des lassitudes gé¬ 
nérales, une céphalalgie constante, 
de l’oppression. La face était animée, 
le pouls large et roide. Le lende¬ 
main, je le saignai au lit; je plaçai 
au bras gauche une bande neuve en 
tricot de soie, et ouvris la médiane 
basilique, la veine la (dus apparente. 
Au bout de quelques instants, le 
sang cessa de couler, cl d’après l’é¬ 
tat du pouls, attribuant cet accident 
à la compression trop forle exercée 
par la bauje, je relâchai sans succès 
la rosette. Je me déterminai alors. 


sur les instances du malade, qui mon¬ 
trait le sang-froid le plus grand, et 
tenait lui même le vase, à une nou¬ 
velle ponction. Je piquai la veine à 
10 ou 12 millimétrés au-dessus de la 
premièreincision. Au moment même 
de celte nouvelle opération, un bruit 
que je ne pourrai comparer qu’à un 
léger renitlement, se fit entendre; 
uiie iietite bulle parut à l’ouverture 
supérieure, et l’idée de l’introduc¬ 
tion de l’air dans la veine venait 
de me frapper, lorsque le sujet se 
renversa sur l’oreiller, sans connais¬ 
sance, sans pouls, et le thorax spas¬ 
modiquement dilaté, comme dans la 
sulfocalion par strangulation. Je le 
crus perdu; je plaçai le pouce sur 
les deux piqûres, j’aspergeai la face 
de quelques ^jouîtes d’eau, et au 
bout d’une minute et demie envi¬ 
ron , une large expiration et la re¬ 
prise des sens vinrent me rendre un 
peu de sécurité. Je constatai alors 
<iue ma liande de soie était complé- 
lenieiil lâche, et ne s’opposait plus 

quart d’heure après,'N...'était bien, 
un peu oppressé seulement, et me 
priait de renouveler la saignée, ce 
dont je me gardai bien : plus tard, 
du repos, (|nelqucs pédiluves et un 
purgatif salin le rétablirent. 

QnelquB extraordinaire que puisse 
paraitro rinlerprctation donnée à 
ce fait par l’auteur lui-mème, nous 
partageons sa manière de voir : ce 
n’est pas là évidemment une syncope 
ordinaire, et comme il tient en sur¬ 
venir pendant une saignée : l’ins¬ 
tantanéité do l’accident, la chute su¬ 
bite du malade, celte suffocation 
spasmodique, et surtout le bruit par- 
ticiiiiev qui su fit dans la veine peu 
auparavant, toutes ces circonstances 
ne permettent guère d’élever du 
doute sur la cause qui les a produi¬ 
tes : c’est bien évidemment là pour 
nous un nouveau ras d’introduction 
d'air dans le système veineux par 
une voie qui n’avait pas encore été 
signalée. Sans doute que le relâche¬ 
ment de la bande et la superposition 
de deux ouvertures rapiirocliées sur 
la veine m'i le sang avait repris son 
cours à l’insu du chirurgien, ont dû 
puissamment y contribuer. C’est là un 
fait très-grave qui vient s’ajouter aux 
autres accidents connusde lasaiguée, 
et qui doit engager le médecin à ne la 
pratiqiicrquc sur indication formelle. 
Jamais par complaisance et pour 
obtempérer aux désirs ou se confor¬ 
mer aux habitudes des malades, ce 




( 474 ) 


qui se fait trop souvent. (Annales 
de la Chirur., novembre 18i2.) 


INTRODCCTION DE L’AIR dans 
les veines pendant l'extirpation 
d’une tumeur du eau. Voici encore 
un nouveau fait d’introduction de 
l’air dans les veines, par une ouver- 
ture'accidentelle de la veine jugulaire 
interne, qui prouve combien rextir- 
pation des tumeurs du cou exige de 
sang-froid et de prudence de la part 
du chirurgien. Ce fait a été envoyé 
parM. ledoctcufGorré, de Boulogne, 
a M. Amussal, (|ui l’a communitiué à 
l’Académie, dans sa séance du 3 no¬ 
vembre.— Il s’agit du nommé Morel 
Joseph, âgé de cinquante-huit ans, 
liortant à la région latérale gauche 
du cou une tumeur cancéreuse, dis¬ 
tante delà clavicule de 18 à 20 milli¬ 
mètres, et s'étendant d’autre part 
jusqu'à l’échancrure soits-maxillaire 
dans l’intervalle compris'entre le car¬ 
tilage thyroïde et le muscle sierno- 
mastoïdicn. Elle est dure, incom¬ 
pressible , à large base et peu mo¬ 
bile. Après avoir convenablement 
disposé lemalade surun lit, M. Gorré 
mit à nu la tumeur dans toute son 
étendue par une incision cruciale, 
dont les lambeaux furent disséqués, 
puis relevés. « L’opération mar¬ 
chait avec célérité, dit l’auteur; 
partie avec le doigt, partie avec 
le scalpel, je séparai la tumeur sans 
trop d’efforts de ses adhérences avec 
les parties sous-jacentes : déjà même 
je m’applaudissais de voir l'opération 
toucher à sa Qn, lorsqu'au moment où 
je donnais le dernier coup de scalpel, 
tenant de la main gauche la tumeur 
qui n’adhérait plus que par un pé¬ 
dicule étroit, et la dirigeant vers moi 
à l’aide de tractions modérées pour 
en rendre la dissection plus facile, 
j’entendis se propager de la plaie 
vers le coeur, un bruit particulier, 
une sorte de glou-glou, comme on 
l’a dit : en même temps, l’opéré 
pâlit, la respiration s’accéléra , il 
poussa un cri plaintif; je me meurs, 
dit-il, et, en effet, une minute à peine 
s’était écoulée, qu’il était frappé de 
mort. Telle fut rinstantanéité fou¬ 
droyante de la mort, qu’aucun se¬ 
cours ne put être porté. L’opérateur 
ajoute qu’il eut à peine le temps d’ap- 
pli(|uer le doigt au hasard sur la plaie 
pour obturer la veine blessée, ne 
pouvant d’ailleurs la distinguer au 
milieu du sang mêlé d’air ((ui la 
masi|nait. La compression du thorax 
fut tentée, quand déjà la vie était 


éteinte. M. Gorré a remarqué que 
durant cinq à six minutes après que 
l’individu eut cessé de vivre, il se fit 
un mouvement de flux et de reflux 
à la veine jugulaire droite.—L’au¬ 
topsie montra a ia partie inferieure 
de ia plaie sur la veine jugulaire in¬ 
terne , à 2 centimètres environ de 
distance de la veiüe sous-clavière, 
une ouverture occupant le côté par 
lequel cette veine jugulaire était en 
rapport avec la tumeur. Cette ouver¬ 
ture a 6 ou 8 millimètres de hauteur; 
elle estobloniçiie et béante : la com¬ 
pression sur la veine de bas en haut 
en fait refluer du sang mêlé de bulles 
d’air; les poumons iréprouvent au¬ 
cun retour sur eux-mêmes après 
l’ablation de la paroi thoracique; ils 
rempli.ssent exactement les deux ca¬ 
vités latérales delà poitrine. Les ca¬ 
vités droites du cu-ur étaient disten¬ 
dues et contenaient avec une grande 
quantité de bulles d’air, du sang 
liquide manifestement moins fonce 
en couleur que n’est d’ordinaire le 
sang veineux. Les vaisseaux de la 
convexité du cerveau offrent de 
distance en distance dos bulles d’air 
très-apparentes, et que la ténuité de 
leurs parois permet aisément de dis¬ 
tinguer. 

«L’aorte, vers la crosse, offre une 
mousse rosée, où se reconnaît la 
présence de l’air : on retrouve aussi 
ce fluide dans les artères iliaques. » 

—En présence de ce fit neste accident 
dont nous devions le récit à nos lec¬ 
teurs, nous comprenons trop les an¬ 
goisses qu’a dû éprouver notre con¬ 
frère , pour rechercher en ce moment, 
ainsi qu’on l’a fait ailleurs et fort 
intempestivement à nôtre avis, s’il 
n’eût pas été possible de prévenir 
ce malheur, et si, sous le rapport 
de l’exécution, le manuel opératoire 
est bien irréprochable. Celle ques¬ 
tion, du plus haut intérêt, sera plus 
tard discutée dans notre Répertoire. 
Aujourd’hui, nous félicitons M.'Gorré 
de sa bonne foi et de son empresse¬ 
ment à publier un insuccès qui porte 
avec lui un enseignement utile, et 
qui pourra devenir un élément pré¬ 
cieux à la solution définitive des 
débats soulevés à l'occasion des di¬ 
verses observations ayant trait à l’in¬ 
troduction de l’air dans les veines. 
(Compte-rendu de l’Acad. de méd., 
séance du 3 novembre 1812.) 


LITHOTHITIE(fur les contre-in¬ 
dications à la). S’il est vrai de dire 
que la lithotritie a en général des 



( 475 ) 

avantages réels sur la taille, il n’est 
pas moins juste de reconnaître qu’il 
est des cas assez nombreux où la 


taille doit lui être préférée. C’est 
surtout lorsque le calcul est très- 
dur, et tellement volumineux qu’il 
exigerait, pour son broiement, des 
séances nombreuses et des efforts 
multipliés qui exposeraient infailli¬ 
blement le malade à une pblegmasie 
de l’appareilgénito^urinaire. Le mau¬ 
vais état de la vessie, un engorge¬ 
ment considérable de la prostate, 
sont encore des raisons pathologi¬ 
ques qui en contre-indiquenl l’ap¬ 
plication. Ajputons-y, comme le 
prouve l’observation suivante, l’exi¬ 
stence dans la vessie d’un corps 
étranger servant de noyau au calcul, 
et présentant des dimensions et une 
forme tclies que son extraction par 
l’uréti'e ne saurait s’effectuer sans 
danger. 

Arnaud (Jean-Louis) entra à l’Hô- 
tel-Dieu d’Aix, au mois de mai 
1839, pour se faire opérer d’un cal¬ 
cul qu’il portait depuis six mois. Le 
l.ï mai, première séance de litho- 
tritie; une deuxième, une troisième 
séances eurent successivement lieu. 
A la quatrième, un corps mou est sai¬ 
si; les doux branches de l’instru¬ 
ment sont rapprochées avec autant 
de force que possible; une forte ré¬ 
sistance est vaincue nu col de la 
vessie; elie se continue tout le long 
du canal, et se reproduit avec tant 
de force an méat urinaire qu’un bis¬ 
touri était déjà prêt pour la vaincre. 
Il est impossible de faire avancer ni 
reculer l’instrument ; cependant, 
après des efforts de traction consi¬ 
dérables , on amène au dehors nne 
lanière de cuir, longue de huit pou¬ 
ces et large d‘une ligne et demie, 
pelotonnée sur elle-même et incrus¬ 
tée de matière calcaire : à l’instant, 
hématurie abondante; alors seule¬ 
ment le malade avoua s’être intro¬ 
duit, au mois d’août 1838, un des 
cordons de ses souliers dans i’urètre, 
s’être endormi après l’introduction, 
et n’avoir plus retrouvé le cordon à 
son réveil. Trois jours après l’opé¬ 
ration, Arnaud succomba après avoir 
offert tous les symptômes d’une cys¬ 
tite violente. Entre autres lésions 
anatomiques qui toutes confirmèrent 
le diagnostic, la muqueuse urétrale 
était convertie en une bouillie noi¬ 
râtre très-fétide ; le fourreau de la 
verge est très-épais, inpliri de sé¬ 
rosité; son épiderme s’enlève au 
moindre contact. 


Le point de départ de cette affec¬ 
tion calculeiise, outre qu’il est fort 
insolite, démontre, par le funeste ré¬ 
sultat auquel il a conduit le malade, 
toute l’importance qu’il y a à ne né¬ 
gliger aucun détail lorsqu’il s’agit de 
poser un diagnostic appelé lui-même 
•à déterminer le chirurgien dans le 
choix d’un procédé opératoire. Nul 
doute, en effet, que si l’existence 
antérieure au calcul d’un corps 
étranger dans la vessie eût été con¬ 
nue, la lithotomie eût pu être pra¬ 
tiquée avec ses chances ordinaires 
de succèSj et on eût ainsi évité cette 
inflammation gangréneuse de la ver¬ 
ge, qu’il est facile d’expliquer par la 
distension violente gue cet organe 
a subie, et par ta déchirure de t’u^ 
rètre, labouré pour ainsi dire par le 
corps étranger, hérissé d'incrusta¬ 
tions calcaires. Concluons de ce fait 
qu’un corps étranger, introduit dans 
la vessie, où il sera devenu le noyau 
d’un calcul, peut, par sa forme et sa 
consistance, être une contre-indica¬ 
tion à la lilhoiritie. (Gax. desHôp., 
novembre 18t2.) 


HÉVTJLSJFS COTANÉS {Un mot 
sur certains accidents causés par 
les). Nous trouvons dans le compte¬ 
rendu d’une des dernières séances 
de la Société médicale d’émulation de 
Paris, ptusieurs exemptes d’accidents 
formidables survenus à la suite de 
l’emploi des révulsifscutanés; ces faits 
renferment pour la pratique un en¬ 
seignement trop utiie pour que nous 
les passions sous silence. M. le doc¬ 
teur Gillette dit qu’il a été appelé ré¬ 
cemment auprès d'un enfant qui of¬ 
frait pour symptôme dominant, un 
affaissement profond accompagné de 
fièvre lente. Il répondait mal aux 
questions qui lui étaient adressées, 
et sortait avec beaucoup de peine 
d’une sortede coma, où il était plongé 
depuis quelques jours. Comme l’exa¬ 
men successif de tous les organes ne 
pouvait rendre compte des phéno¬ 
mènes observés, M. Gillette désespé¬ 
rait du diagnostic, lorsqu’il découvrit 
sur le bras du petit malade un vési¬ 
catoire qui en avait détriiit la peau 
dans toute son étendue : les muscles 
formaient le fond de cette vaste ulcé¬ 
ration , et étaient recouverts d’un 
enduit grisâtre qui avait l’aspect de 
la pourriture d’hôpital. Le vésicatoire 
avait été pansé avec lebaume de Metz 
et le papier d’Albespeyres. Le ma¬ 
lade succomba le lendemain du jour 
où M. Gillette le vit. Nous rapproche- 



( 476 ) 


rons de ce fait la commuuication 
suivante de M. le docteur Pieda- 
gnel : ce médecin a vu la mort surve¬ 
nir avec les mêmes symptômes qui 
viennent d’être indiqués, chez un 
homme qui présentait deux ulcéra¬ 
tions résultant de deux vésicatoires, 
s’étendant, l’une depuis le poignet 
jusqu’à la partie inférieuredel’avant- 
bras; l'autre du pied au genou. 

Le même praticien constata, en 1822, 
à l’Iiôpital Saint-Antoine, le spliacèle 
des deux pieds à la suite d’un pédi- 
luve siuapisé, donné très-chaud et 
longtemps prolongé à un homme ma¬ 
lade depuis quelques jours. Vingt- 
cimi jours plus tard, les deux pieds 
se séparèrent de la jambe, au niveau 
(le leur articulation avec celle-ci. — 
M. Piedagnel observa la dénudation 
ilu pentoine coiiseculivement a l’ap¬ 
plication d’un ompiatro de poix de 
Bourgogne émétisé, sur la i>aroi an¬ 
térieure de l’abdomen. Il a vu aussi 
le même emplâtre amener la dénu¬ 
dation des muscles interco.-taux et 
des côtes. 

MAI. les docteurs Chailly-CalTe et 
Adorne citent des faits analogues. — 
Nous pensons ijue l’emploi des révul¬ 
sifs cutanés doit, quant à son énergie 
et .1 sa durée, être modilié suivant 
certainescirconstancesindividuelles: 
ainsi chez les enfants, et les femmes 
dont la sensibilité est trè.s-vive, et 
la peau plus line, l’action du médi¬ 
cament exige une surveillance (dus 
active de la part du médecin. Quant 
aux cas de gangrène qui ont été ob¬ 
servés, on doit ilire qu’ils constituent 
benreusement une rare excegition, et 
qu’ordinairemenl ils s’expliquent par 
la nature même de l’affection géné¬ 
rale : ainsi dans la lièvre typhoïde 
voit-ou souvent la gangrène envahir 
aux jambes la surface des vésica¬ 
toires? Ajoutons que le vice scrofu¬ 
leux et la diathèse scorbutique con¬ 
tribuent encore puissamment à la 
manifustation des mêmes accidents 
sous l’influence de révulsifs cutanés. 
( Procès verbaux de la Soc. méd. 
d'imulal., novembre 181.2.) 


TENDONS [Sur tes nodosités des). 
Les maladies (ini peuvent affecter les 
tendons sont peu nombreuses, et 
d’tiu diagnostic at-sez obscur pour 
qu’il soit intéressant de signaler avec 
soin tous les faits propres à jeter 
quelque jour sur cet intéressant su¬ 
jet de pathologie. C’cÆt (l.ins ce but 
que nous reproduisons les idées de 
M. Lisfraue sur une lésion des ten¬ 


dons qui n’aurait pas encore été dé¬ 
crite par les auteurs classiques. 

Il s’agit d’un homme qui porte sur 
le trajet des tendons fléchisseurs du 

f ûed gauche, et principalement le 
ong du jambier antérieur, une pe¬ 
tite tumeur ou espèce de nodo.sité de 
la grosseur, d’un œuf de pigeon; la 
dureté de la tumeur, que M. Lis- 
franc compare à celle du silex , ne 
lui permet pas de croire à l’exis¬ 
tence d’un ganglion spovial; il 
pense que c’e.st un épaississement 
du tendon qui en occupe toute la 
circonférence. Parfaitement circon¬ 
scrit, il en suit tous les mouvements 
quand le mii.'cle entre en contrac¬ 
tion. M. Lisfranc cite, à l’appui de 
ce premier fait, l’observation d’une 
danseuse de l’Opéra qui portait sur 
le trajet du tendon d’Achille une tu¬ 
meur du volume d’un œuf de poule. 
La malade ressentait des douleurs 
très-vives toutes les foistiu’elle con¬ 
tractait les muscles du mollet : un 
traitement antiphlogisthiue, le repos 
absolu ayant détruit la douleur, lus 
résolutifs et la compression achevè¬ 
rent la guérison et di.ssipèrent cette 
tumeur. Il restait (|uclqnes douleurs 
qui se faisaient ressentir dans les 
grands mouvements de la jambe ; la 
malade alla aux eaux, et eu revint 
parfaitement guérie. Tels sont les 
faits sur lesquels AI. Lisfranc établit 
eu [lathologie une afféction nouvelle 
sous le nom do nodosités blanches 
des tendons. Cet aperçu nosimraphi- 
que a trouvé dans AI. .Alarchal de 
Calvi un contradicteur sérieux : pour 
lui, en effet, après un examen atten¬ 
tif du premier malade de M. Lis- 
franc, cette nouvelle affection nu se¬ 
rait autre que le ganglion synovial 
lui-même. AI. Marchai prétend qu'il 
a pu constater dans la tuineur, mal¬ 
gré sa dureté, un peu de fluctuation. 
Quant au fait de la danseuse, pour 
AI. Alarchal, il n’est pas [dus con¬ 
cluant que celui qui précède. Il 
trouve, dans la guérison de la tu¬ 
meur par le traitemunt indiqué, des 
raisons sulflsantes de croire (pi’il ne 
s’agissait encore ici que d’un ganglion 
qu’on eût pu faire disparaître en huit 
jours par les moyens que l’art pos¬ 
sède aujourd’hui^ c’est-à-dire l’inci¬ 
sion snus-entanee. { yinnales de la 
Chirurgie, novembre 1812. 

— Kn pri’sence de l’opinion de 
M. Lisfranc, iiue nous croyons t n no 
lient plus con.pètent en matière do 
diagnostic chirurgical, et du doute 
négatif émis par M. Marchai, nous en 



( 477 ) 


appelons à l'expérience de nos con¬ 
frères, persuadé que l’observalion 
direcleelanalomique pculseulejuger 
la question d’une manière délinitive. 

Toutefois, je ferai remarquer qu’il 
est une lésion traumatique des ten¬ 
dons généralement peu étudiée, à 
laquelle paraissent pouvoir se ratta¬ 
cher les caractères assignés par M. 
Lisfranc aux nodosités dont il parle: 
C’est la déchirure partielle, ou rup¬ 
ture incomplète de ces mêmes ten- 
.dons. On sait, et nous l’avons dé¬ 
montré dans notre Répertoire des 15 
et 30 septembre dernier par une ob¬ 
servation de M. Laroclie d’Angers, 
que sur le point où a lieu cette dé¬ 
chirure des libres tendineuses, il se 
forme une tumeur plus ou moins vo¬ 
lumineuse, dure, sorte de cal tendi¬ 
neux, résultat de la cicatrisation des 
extrémités des libres rompues. Nous 
croyons celte tumeur susceptible de 
résolution partielle, sinon complète, 
s’elfectiianl avec lenteur et par un 
procédé analogue à celui eu vertu 
<luquel le cal o.sseux diminue pro- 
aressivemeni de volume, sans louie- 
rois jamais s’effacer complètement, 
même dans les fractures très-an¬ 
ciennes. 

Comme chez les malades de M. 
Lisfj-anc, c’est toujours consécutive¬ 
ment à une traction violente des ten¬ 
dons et des muscles que s’observe 
l’apparition de ces tumeurs; or, 
comme la violence qui les détermine 
ne porte pas exclusivement sur le 
tendon qui en devient le siège, mais 
bien sur tous les autres éléments or¬ 
ganiques qui entrent dans la com¬ 
position du membre, la douleur, la 
chaleur et la tuméfaction de celui-ci 
s’expliquent, tout aussi bien que le 
résultat des traitements antiphlogis¬ 
tiques alors mis en usage. 

Enfin, et comme complément de 
preuve en faveur des nodosités des 
tendons ainsi comprises, je dirai 
qu’il m’est arrivé plusieurs fois, en 
disséquant, de rencontrer sur les 
tendons fléchisseurs, à la main et 
plus souvent au pied, de ces indura¬ 
tions arrondies, fusiformes, du vo¬ 
lume d’une petite noisette, et inti¬ 
mement confondues avec le tendon 
qui, au-dessus et au-dessous, re¬ 
prenait brusquement ses caractères 
physiques habituels. Or, les dissec¬ 
tions, dans les ampbilheâlres, por¬ 
tent généralement sur de.s inilividus 
des classes laborieuses, livrés à des 
travaux qui exigent de grands ef¬ 
forts musculaires, etconsé(|ucmment 


des tractions multipliées et énergi¬ 
ques des tendons. A. F. 


naETBE ( Sur un nouveau spé¬ 
culum pour /’). Lorsque le vagin, 
l’anus, l’oreille et d’autres cavités 
ont chacune, pour l’exploration de 
leurs parois, un spéculum et .sou¬ 
vent plusieurs, pouniuoi l’urètre 
n’aurait-il pas aussi le sien? Telle 
est la question que le docteur Mal¬ 
herbe, de Suisse, a été conduit à se 
faire par la diflicutlé du diagnostic 
de certains écoulements nrétraux 
rebelles à tous les moyens employés, 
et de plus, par la dilatabilité de l’u¬ 
rètre, possible à ce point qu’une 
sonde très-volumineuse (voyez celles 
de M. Mayor) peut y être introduite. 
Utilisant cette propriété pliysique du 
canal dont il s’agit, et dans les cir¬ 
constances pathologiques que nous 
avons indiquées, M. Malherbe eut 
l’idée d’y introduire une pince mé¬ 
tallique en acier à liranches étroites, 
longues , faisant ressort ; par ce 
moyen, il put très-bien apprécier l’é¬ 
tal normal et pathologique de la 
fosse naviculaire. 

« On peut très-bien, ajoute l’au¬ 
teur, faire en petit tout ce qui a été 
fait en grand pour le vagin avec le 
spéculum ; ce serait ici un spécu¬ 
lum en petit représenté par ses deux 
valves réduites à une tré.s-pelite di¬ 
mension, ayant la forme d’une pince 
plus ou moins allongée, avec deux 
extrémités émoussées et des bran¬ 
ches étroites. » 

Sans contester d’une manière ab¬ 
solue l’utilité du nouvel instrument 
proposé par M. Malherbe, nous 
croyons que bien souvent il serait 
d’une application douloureuse, car si 
l’urètre est dilatable à des degrés 
différents dans les diver.ses portions 
qui le constituent, on sait, et l’ana¬ 
tomie le démontre suffisamment, que 
dans la portion qui correspond au 
gland, il l’est moins que dans le 
reste de sa longueur, si toutefois on 
en excepte la portion prostatique, et 
que cette extensibilité est très-bor¬ 
née au méat urinaire; or, pour que 
l’exploration du canal à l’aide d’un 
spéculum pût avoir quelque résultat 
avantageux, la condition essentielle 
serait la dilatation possible, et à un 
degré considérable, de son orifice : 
c’est au surplus à l’expérience de ju¬ 
ger en dernier ressort de la valeur 
de l’instrument proposé par M. Mal¬ 
herbe. [Journ. des Connais, mé- 
dic., novembre 18t3. ) 



( 478 ) 


VnniÉâ CRITIQUES. Les ancien¬ 
nes doctrines sur les urines critiques, 
où un peu, très-peu de véritcse trou- 
vaitconfondu parmi lesplusgrossières 
erreurs, étaient tombées dans l’oubli 
le plus parfait. Il appartenait à la 
Sciencemoderne et à ses procédés d’a¬ 
nalyse, de reprendre ce sujet pour en 
extraire cette portion de vérité plu¬ 
tôt entrevue que reconnue par nos 
prédécesseurs. Parmi les médecins 
nos contemporains, W. Martin-Solon 
est un de ceux dontles persévérantes 
recherches ont conduit à des résul¬ 
tats pratiques les plus satisfaisants. 
Dans une note récemment |rubliée, 
ce praticien indique de la manière que 
nous allons faire connaître les ca¬ 
ractères des urines critioues. 

Quand dans le cours des maladies 
aiguës l’urine acide, limpide, assez 
forlemeni colorée, non albumineuse 
et d’une densité supérieure à 1,01.5 
vient à donner, par l’addition d’nn 
filet de 10 à 15 gouttes d’acide nilri- 
que, un nuage épais de 5 ou 6 milli¬ 
mètres, et suspendu au milieu du li¬ 
quide, commerénéorèmedesanciens, 
elle annonce la solution do ces mala¬ 
dies. C’est l’iirfne crilique offrant le 
nuage critique; ce nuage se forme le 
plus souvent au moment même de 
l’addilion de l’acide nitrique; quel¬ 
quefois il ne SC développe qu’aprés 
plusieurs secondes ou qtielques mi¬ 
nutes de réaction. Ou le voit se for¬ 
mer dans la région médiane du li¬ 
quide et en occuper peu ù peu le cin¬ 
quième environ, sans que le reste se 
trouble. Il est horizontal, opaque, 
se dissout spontanément dans les 
vingt-quatre heures, est soluble dans 
un exÔÈs d’acide ou par l’addition 
d’une certaine quantité d’urine ou 
d’eau. On reconnaît, au microscope, 
qu’il est formé de cristaux amorphes 
d’urate d’ammoniaque ; unenotivelle 
addition d’acide nitrique le détruit 
ot ne laisse plus voir que les cristaux 
en losanges d’acide urititie. Cette 
modification de l’urine se manifeste 
ordinairement plusieurs jours de 
suite; dans d’autres cas, on ne la 
voit paraître qu’un seul jour; en 
sorte que l’examen quotidien du l’u¬ 
rine est indispensable pouravoir des 
conclusions exactes sur soit existence. 
Une autre portion de l’iirine qui a 
donné le nuage critique, examinée le 
lendemain, conserve souvent sa trans¬ 
parence, continue à rougir le papier 
bleu de tournesol et à permettre le 
dévèloppement du nuage crilique. 


Dans d’autres cas, elle est, qtioiqtte 
acide, devenue jumenteuse; filtrée 
et traitée par l’acide nitrique, le 
nuage crilique s’y reproduira souvent 
Comme la veille. Est-elle passée à 
l’état alcalin, le nuage critique ne s’y 
retrouve plus. 

L’urine albumineuse n’est jamais 
critique, mais elle peutélre en même 
temps albumineuse et critique, que 
l’albumine y soit passagère ou per¬ 
manente. L’acide nitrique et le calo¬ 
rique démontrent bien, dans ce cas, 
la présence de l’albumine, mais on 
peut craindre que le nuage formé 
par la réaction nitrique ne soit de 
ralbiiraine seulementetnon le nuage 
critique, bien que l’aspect de ces pro¬ 
duits ne soit pas semblable. 11 faut 
alors employer l’acide acétique pur. 
Comme il est sans action sur l’albu¬ 
mine, le nuage médian qui se déve¬ 
loppe ne peut être autre chose que 
le nuage critique presque aussi bien 
formé que par l’acide nitrique. 

Le nuage crilique se rencontre 
surtout dans les nleuro-pneuninnies 
et dans la plupartncs maladies aiguës, 
courbature, embarras gastrique, etc. 
On le trouve fréquemment aussi dans 
la fièvre typhoïde. Mais la dilllcullé 
d’oblenir exactement l’urine pendant 
le cours de celte maladie empêche 
d’avoir dus observations assez com¬ 
plètes (lour être probantes. Mais se 
montre-t-il constamment pendant le 
cours des maladies aiguës ? Non, sans 
doute; la nature, dit M. Martin-Solon, 
a d’autres voies critiques. Indique- 
t-il une guérison certaine? Bien 
qu’on l’ait obsen-é dans les phthisies 
prochainement mortelles, M. Martin- 
Solon ne lui accorde pas moins une 
très-grande valeur pronostique, se 
fondant sur ce fait, que pendant le 
cours d’une phthisie, il se développe 
des phlegmasies intercurrentes dont 
le nuage crilique indiquerait la réso¬ 
lution , bien que la maladie prin- 
eipale s’avançat vers la terminaison 
fatale. 

Comme M. Martin-Solon, nous 
pensons que les signes tirés du nuage 
crilique sont dignes d’observation ci 
d’examen. Les résultats qui en dé¬ 
coulent réhabilitent en quelque sorte 
la doctrine des crises, beaucoup trop 
dépréciée maintenant; ils soulèvent 
un coin du voile qui couvre l’étude 
des maladies humorales, et agrandis¬ 
sent ainsi le cham|) de l’nhservation 
médicale. (Archiv, génér.de méde¬ 
cine, novembre 1812.) 



( 479 ) 

VARIÉTÉS. 


Séance annuelle de l’Académie de médecine. — L’Académie de 
médecine a terni sa séance piiLliqiie annuelle le 6 décembre. M. Pariset 
a lu une notice sur Ijodibcrt et l’éloge de Marc; M. Royer-Collard, un 
extrait fort remarquable d’un grand travail sur l’influence qu’ejeercent 
sur l’économie végétale et animale diverses causes hygiéniques, et par¬ 
ticulièrement une noiuTiliire physiologiquement dirigée. — Aucun des 
mémoires envoyés aux divers concours n’ont été jugés dignes deS prix. 
L’Académie a seulement décerné pour le prix de l’Académie, qui est 
de 1,500 francs, un encouragement de 500 francs à M. Gely, chirur¬ 
gien des hospices de Nantes, et pour le prix Civrieux, également de 
1,500 francs, un encouragement de 500 francs à M. Michea, médecin 
à Paris, et un auti-e de la meme somme à M. Brachet, médecin à Lyon. 

Prix des internes. — Le concours pour le prix des internes des 
hôpitaux est terminé. Voici les noms des lauréats qui seront proclamés 
dans la séance publique le 26 décembre. Internes de troisième et de 
ijuaü'icme année : premier prix, médaille d’or, M. Bouchut; deuxieme 
prix, médaille d’argent, M. Oulmont; première mention honorable, 
M. de Castelnau ; deuxième mention, M. Aran. Internes de première 
et de deuxième année : premier prix, médaille d’argent, M. Fauraytier; 
deuxième prix, livres, M. Guérin; première mention, M. Milcent; 
deuxième mention, M. Chapolhi de Saint-Laurent. 

École de Nancy. — M. LSimoninpère, professeur de pathologie chi- 
nirgicale à l’Ecole secondaire de Nancy, vient d’ène nommé dnectcur 
de cette École en remplacement de M. llaldat, démissionnaire. 

École secondaire de Lyon. — I-c conseil municipal de la ville de 
Lyon vient de voter une allocation pour l’établissement de quatre nou¬ 
velles places de jirofesseurs-adjoints à vie à l’École secondaire de méde¬ 
cine de cette ville. Le directeur de l’École et le recteur, dans Icuè rapport 
au ministre ont désigné, poiu- occuper ces chaires, MM. Pétrequin pour 
la clinique chirurgicale, Colrat pour la médecine opératoire, Boiicha- 
coiu-t pour la physiologie, et Davalon pour la pharmacie. Nul doute que 
le ministre ne ratifie des choix aussi convenables. 

Prix de médecine et de chirurgie à l'Académie des sciences. — 
Chaque année, l’Académie des sciences décerne, sur les prix Monthyon, 
des récompenses et des encouragements aux auteurs des ouvrages de 
médecine et de chirargie qui renferment quelque découverte utile. Voici 



( 480 ) 

les distributions accordées cette année : à M. Bouillaud une récompense 
de 4,000 fr. pour ses deux ouvrages sur les Maladies du cœur et sur le 
Rhumatisme ; à M. Grisolles une récompense de 2,000 fr. pour son livre 
sur la Pneumonie ; à M. Becquerel un encouragement de 1,000 fr. pour 
sa Séméiotique des lu-ines ; à M. Félix Halin une mention honorable pour 
son mémoire siu- l’Hémaleucose et pour les travaux cbii-urgicaux ; à 
M. Amussat une récompense de 3,000 fr. pom- sa nouvelle méthode 
d’Entérotomic lombaire; à M. Segalas une récompense de 1,500 fr., 
et à M. Ricord de 1,000 fr. pour leurs travaux sur les Fistules urinahes ; 
enfin, une mention honorable à M. Mercier pour son oirvTage sur les 
Maladies des voies urinaires. 

Renouvellement du bureau de Vyicadémie de médecine. —Dans 
la séance du 20 décemlme, l’Académie a renouvelé son biméau pour 1843. 
M. Paul Dubois a été élu président ; M. Ferrus vice-président, et M. Du¬ 
bois d’Amiens secrétaire annuel. — On a procédé ensuite a l’élection de 
trois membres du conseil d’administration; MM. Fouquier, Réveillé Pa- 
rise et Lacournère ont réuni la majorité des suffrages. 

Souscription au monument de Larrey. — Une commission pré¬ 
sidée par M. le lieutenant-général baron Petit, pair de France, a été 
autorisée à ouvrir une .souscription pour élever un monument à la mé¬ 
moire de Larrey. M. le miiiLstre de la guerre a signé en tête de la liste 
pour 1,000 fi-ancs. Les souscriptions sont reçues chez M. Labarraque, 
trésorier de la commission, rue Saint-Martin, 69; J.-B. Baillière, li¬ 
braire , rue de l’École-de-Médecine, 17, et dans les bureaux des jour¬ 
naux de médecine. 

Faculté de Montpellier. — A la suite d’un concours d’agrégation 
pour la section de médecine dans la Faculté de Montpellier, M. A.-F. 
Andrieux a été nommé agrégé h l’unanimité des suffrages. Le jury a 
pris en meme temps une délibération qui honore M. Parlier, son con¬ 
current ; il a consigné au procAs-verbal la satisfaction qu’il avait éprou¬ 
vée de la manière dont M. Parlier avait concouru, et exprimé le regret 
de n’avoir qu’une seule place à donner. 

Nomination dans les hôpitaux. — M. Bazin, médecin du bureau 
central, vient d’être nommé médecin de l’hôpital de l’Oursine, en rem¬ 
placement de l’inforümé Ilourmann. 


VIXGT-TROISibME. 



( 481 ) 


TABLE DES MATIÈRES 


DU "VINGT-TROISIÈME VOLUME, 


A. 


Abcis du cerveau consécutif d’une plaie à la.tète, 6i. 

- kttuleux (Observations d’) pneumo-sous-iégumenlaires, par M. Ala- 

man, à Labastide-Villefranche (Basses-Pyrénées), 814. 

-du foie avec hydatides. Guérison par l’ouverture artificielle au 

moyen de la potasse et du bistouri, 834. 

— des articulations (Mémoire sur les injections iodées dans les hy- 
dropisies et les), par M. Bonnet, chirurgien en chef de l’Hôtel- 
Dieu de Lyon, 340, 417. 

- pulmonaire guéri à la suite de l’ouverture spontanée amenée par 

une piqûre de sangsue, 460. 

Académie de médecine (Candidatures à 1’), 80. 

- royale des sciences (Candidatures pour 1’), 79. 

- de Belgique (Nomination des membres correspondants français de 

Accouchement^Te trois jumeaux (Sur un) vivants, avec engagement simul¬ 
tané de deux têtes, par M. Chaiily-Honoré, ex-chef de clinique 
d’accouchements de la Faculté de Paris, 180. 

- prématuré artificiel, 818. 

Accouchements. (Sur des cas d’) où le bassin était simplement étroit dans 
toutes ses parties, mais sans courbure ni déformation des os, 136. 
- en Prusse (Particularités sur les), 160. 

-(Du parti que l’on peut tirer de l’auscultation dans les) pour déter¬ 
miner les différentes présentations du fœtus, 822. 

—— Des pertes d’eau pendant ia grossesse; par M. Chaiily-Honoré, 436. 

Acide arsénieux (Empoisonnement par le cérat fait avec les bougies de 
nouvelle fabrication, contenant de 1’), 465. 

- carbonique (Sur l’association du sulfate de quinine à P) dans le trai¬ 
tement des fièvres des marais, par M. Meirieu père, médecin de 
l’hospice Saint-Gilles (Gard), 209. 

- kydrochlorique (Emploi de 1’) dans le traitement du diabétès, 456. 

Affections syphilitiques de la peau (Emploi de l’emplitre de p'igo cum 
mercurio dans les), 299. 

Air dans les veines (Introduction de P) à la suite d’une saignée du bras, 

473. 

- (Introduction de P) pendant l’extirpation d’une tumeur du cou, 

474. 

Alcalins (De l’emploi local des bains) contre certains états aloniques des 
tissus, 461. 

Aliénation mentale (Traitement physique et moral de 1 ), 137. 

Aliénés (Tuméfaction des oreilles chez les), 225. 

Aliments (Du choix des) et de la mastication dans les dyspepsies, 70. 

Amaurose (Nouvelles recherches sur le traitement de P) ou goutte-sereine, 
par M. Pétrequin, chirurgien en chef désigné de Pbopital de Lyon, 
276. 

- guérie par la pommade de Gondret, 302. 

Aménorrhée (Cas d’) causée par l’èngorgenient de l’utérus, 816. 

Anasarque (De P), suite de scarlatine; mort par sulfocallon, 189. 

TOME XXIII. 12' Liv. M 





( 4 


î ) 


Annales d’oculistique (Question mise au concours pour 18i-3 pour le prix 
(les), 400. 

Angine scarlatineuse (Trachéotomie faite avec succès dans un cas d’), 236. 
— scarlatineuse épidémique (Cas d’) (lui a régné dans le départe¬ 
ment de Maine-et-Loire, 139. 

AniyloSe de ta mdchoire (ftlniniatisme et) occasionnés par l’application de 
la glace sur la tête, 135. 

Antidote dusublimé corrosif [V)\i proto-sulfure de fer comme nouvel), par 
M. Mialbe, 119. 

Antiphlogistiques (Los) peuvent dans certains cas retarder la suppuration 
des tubercules, 379. 

Anus artificiel, suite d’une hernie crurale étranglée, guéri spontanément. 

Appareil nouveau pour la fracture de la clavicule, par M. Edme Simonin, 
chirurgien en chef des hôpitaux civils de Nancy, 31. 

Arrosions d’éther (Hernie étrangU'e réduite par des), 311.. 

Arséniate dépotasse (Emploi du peroxyde de fer hydraté comme contre¬ 
poison de 1’), 201. 

Arsenicaux (Emploi dos) dans quelques ulcérations syphilitiques invétérées, 
62. 

Artère thyroïdienne inférieure (Cas d'ulcération de 1’), 236. 

Articulations (Mémoire sur les injections iodées dans les liydropisics et les 
abcès des), par M. Bonnet, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de 
Lyon, 3t0. 

Ascite (Exemple remarquable d’une hydropisic) guérie après seize ans de 
durée et huit cent quatre-vingt-six ponctions, 381. 

Asphyxie caus(-e par l’introduction d’un petit poisson dans la trachée-ar¬ 
tère, .160. 

Asphyxie des enfants (Un mot sur l’inlluencede l’emploi du seigle ergoté 
sur 1’), 395* 

Assa-fœtida (Emploi de 1’) dans le traitement de la cociueluche, 1(3. 

Atonie des tissus (Dos bains alcidins locaux contre certains états d’), 401. 

Auseultation (Du parti que l’on peut tirer de 1’) pour déterminer tes dilfé- 
rentes présentations du foetus, 222, 


B. 


Bains alcalins (Do l’emploi local des) contre certains états atoniques ih's 
tissus, tel. 

Bandeletles^gglulinatives (Emploi du caoutchouc pour la confection des). 

Belladone Emploi des feuilles de) dans les doulenrs nerveuses, 310. 

—^ (EÛicacité de la) dans le (diimosis, 319. 

Blennorrhagie (Traitement abortif du la) par les injections de nitrate d’ar- 
gmit h haute dose, 223. 

Blépharoptasti» (Nouveau procédé de), 65. 

-(Slémoire sur la) : avantages de la méthode de Gelse et de certains 

autres procédés pour la réparation des imrtcs de substance des deux 
paupières; cas exceptionnels où l’on a dû iTcourir à des procédés 
spéciaux, par M. Giiillon, D. M. à Cizes (Chawmto-lnférieurcl, 
422. 

Bleu de Prusse (Emploi du), contre l’épilepsie, 70. 

Bouche (Chciloplastie de la) et de la vulve par un procédé nouveau, 130. 

- (Affection lartieuUèro de la) produite par le contact du chanvre, 

228. 

Bougies (Empoisonnement lar du cérat fait avec des) de nonvello fahrica- 
lioii, conlimanl de l'acide arsénieux, 465. 

Bourses muqueuses sops cutanées (Histoire cl traitement desi, 142. 

Bronchite capillaire (Epidémie de s observi'e à l’IIôtcl-Dieu de Nantes en 
18(0 et 18(1, 461. 

Brdlures (Sur le traitement des) dans la jeune enlimce; assncialion du lini- 
. ment nléo-calcaire an colon cardé, (52. 





ürainres (Bons effets lie l’association du Uniment oléo-ealcaire au rolort ea^dé 
dans les) de lu jeune enfance, 452. 

Bureau central des hôpitaux (Nominations au), 80. 

c. 

Calculs de la prostate ('Diagnostic et traitement des), 220. 

Ca/ome/ui .(Emploi extérieur du) dans l’oplilhaimie des nouveau-nés, 149. 
- (Note sur ies pilules de) et sur leur transtnrmation en sublimé, 200. 

Calorique en ignition (Empioi du) dans le traitement des douleurs, 68. 

Cancer du col de l’utérus guéri par le cautère actuel, 305. 

- de l’estomac avec al)sence de symptômes, 65. 

-(Précis analytique sur le) et sur ses rapports avec la gastrite chro¬ 
nique et la gastralgie, par le docteur Barras, 126. 

- ulcéré (Bons effets de l’association du mercure à l’iodure de potas¬ 
sium dans un cas de) très-grave, 50. 

Cancers (La vieillesse ne contre-indique pas les opérations des), par M. A. 
Michel, D. M.' à Barhontane (Bouches-du-Rliône), 291. 

Caoutchouc (Emploi du) pour la confection des bandelettes agglutinatives, 

Carotide (Cessation de certaines douteurs névTalgiqucs par la compression 
de la, 465. 

Catalepsie (Somnambulisme et) avec transposition des sens, 65. 

Cataplasmes (Fécule de pommes de terre pour les); sa meilleure prépara¬ 
tion, 311. 

Caustique (Un mut sur une nouvelle pète) avec le sulfate de cuivre cl sur 
son emploi dans la pustule nmligno, par M. Payan, 43t. 

Caustique de f^ienne (Kyste hydatique du foie ouvert avec le) oi le trocart, 
73. 

Caustiques (Mémoire sur l'emploi thérapeutique des), par M. Payan, chi¬ 
rurgien en. chef de i’HÔlel-Dieu d’Àix, 27. 

- (Emploi du coton cardé pour protéger la cornée contre les) portés 

sur les paupières, 68. 

Cautère actuel (Cancer du col de l’utérus guéri par le), 30B. 

Cautérisation pharyngée (Exemple d’une) avec le nitrate acide de mercure 
dans quelques affections spéciales, parM. Payan, chirurgien en 
chef de l’Uôlel-Dieu d’Aix, 109. 

Cérat (Empoisonnement par le) fait avec des bougies de nouvelle fabrica¬ 
tion, contenant de l’acide arsénieux, 465. 

Cerveau (Abcès du) consécutif à une plaie de tête, 6t. 

- (Un mot de rectification relativement à un fait de guérison de ramol¬ 
lissement du) annoncé, par M. Max. Durand-Fardel, 124. 

Chanvre (Affection particulière de la bouche produite par le contact du), 
228. 

Chardon bénit (aocherches sur les propriétés fébrifuges du cnlcin, principe 
actif do), parM. Nonat, 405. 

Chaude-pisse sèche. Observation intéressante touchant cette affection rare, 
306. 

Chaux vive (Emploi de la) comme moxa, 318. 

Cheiloplastie de la bouche et de la vulve (Exemple de) par un procédé 
nouveau, 130. 

Chimie (Abrégé élémentaire de) considérée comme science accessoire ù 
l’étude de la médecine, de la pharmacie et de l’histoire naturelle, 
par J.-J. Lassaigne, professeur de chimie et de physique à l’Écolt! 
royale vétérinaire d’Alfort, etc., 374. 

Chirurgie (Des erreurs eu) et tles diflicultés du diagnostic chirurgical, 464. 

Chirurgie et médecine. Caractères différentiels de ces deux branches de la 
science : elles doivent être inainlemies nettement séparées, 389. 

Chlorose aiguU et chronique (Un mot sur la) et sur son traitement par un 
nouveau mode de préparation ferrugineuse, par M. A. Dauver- 
gne, médecin de l’iiospice de Manos((ue (Basses-Alpes), 263. 

Choléra (Rédlexions sur la panique répandue à Paris en août 1842 à l’occa¬ 
sion de la peste et du), 156. 



( 484 ) 

Cinchovine, nouvel alcali extrait du quinquina, li3. 

Citrate île fer (Sur quelques préparations olBcinales ayant pour base lo), par 
M. Miallie, 117. 

Clavicule (Luxation de l’extrémité exterue de la) au-dessous de l’apophyse 
coracoïde, 318. 

- (Nouvel appareil pour la fracture de la), par M. Edme Simonin, chi¬ 
rurgien en chef des hôpitaux civils de Nancy, 3i. 

— (Description d’un nouvel apparéil pour le traitement de la fracture 
de la], 385. 

Clavicules (Sur un cas de fracture des deux), par M. Carrière, agrégé de 
la Faculté de Strasbourg, il7. 

Clinker (Nouvel agent thérapeutique appelé), 67. 

Cnicin, principe actif du chardon bénit; recherches sur-ses propriétés fébri¬ 
fuges, par M. Nonat, médecin des hôpitaux, 405. . 

CotUine CSur de récentes sophistications de l’hydro-sulfate de sonde et de 
la), par M. Mialhe, 199. 

-HectiÜcation au sujet de la falsilication de la), par M. Mialhe, 290. 

Cœur (Exemple d’une transposition du) à droite et du foie à gauche, cons¬ 
tatée il y a trente ans chez une dame qui vit avec cette anomalie, 
412. 

-(Emploi de la teinture de digitale à haute dose, associée au nitrate 

de^potasse, dans les affections organiques du), par M. Debreyne, 

Colique de plomb. Sur la fréquence actuelle de cette maladie et sur l’in- 
sullisance des moyens prophylactiques proposés, 382. 

Commotion cérébrale (Nature des lésions anatomiques de la), 67. 

Compression abdominale (De la) comme traitement de quelques symptômes 
en apparence très-graves, 68. 

- de la carotide (Cessation de douleurs névralgiques par la), 465. 

Congrès scientifique de Strasbourg, 399. 

Conjonctive (Exemple de cysticerque celluleux l ans la), 68. 

Coqueluche (Emploi de l’assa-foetida dans le traitement de la), 143. 

Cordon ombilical (Sur les nœuds du), leur manière de se former et leur 
influence sur la vie de l’enfant, 383. 

Cornée (Conicité delà). Mémoire sur le staphylôme pellucidj conique de la 
cornée, et particulièrement sur sa pathogénie et son traitement, 
avec quelques remartiues sur les staphylômes en général, par 
M. Sichel, 181-269-354. 

- (Deux observations de staphylôme pellucide conique de la) recueillies 

à la clinique ophthalmologi({ue de M. le professeur A. Bérard, par 
M. Lhommeau, chef de clinique, ancien interne des hôpitaux, 
367. 

Colon cardé (Emploi du) pour protéger la cornée contre les caustiques por¬ 
tés sur les paupières, 68. 

- (Bons effets de l’association du liniment oléo-calcaire au) dans le 

traitement dns brfllures de la jeune enfance, 452. 

Cou (Introduction de l’air dans les veines pendant l’extirpation d’une tu¬ 
meur du), 474. 

Crachats tuberculeux (Études microscopiques sur les), 307. 

Crdne (Traitement de l’hydrocéphale chronique par la ponction du), par 
M. Max. Durand-Fardel, 190. 

Crétinisme (Recherches sur les causes du), 463. 

Croup (Trachéotomie suivie de guérison chez deux enfants atteints du), 
307. 

Cuivre (Sur une nouvelle pâte caustique avec le sulfate de), et sur son em¬ 
ploi dans la pustule maligne, par M. Payan, 434. 

Cysticerque celluleux (Exemple de!) dans la conjonctive, 68. 


D. 


Dartres (Un mot sur la transmission des) de l’animal â l’homme, par F. 
Dassit, D. M. à Confolens (Charente), 211. 



( 485 ) 

Datura strammonium (De l'emploi avantageux de l’extrait du) dans le trai¬ 
tement des hallucinations, 386. 

- (Nuis effets du) chez certains malades atteints d’hallucinations de 

l’ouïe, 471. 

Delirium tremens (Cas intéressant de) traité par l'opium, 309. 

Dent (Extraction d’une) ayant occasionné une hémorrhagie mortelle, 133. 

Dentition (Exemple très-curieux d’une troisième), 309. 

Diabétès sucré (Cas de guérison de), 230. 

- (Emploi de rioiTure de fer dans le), 377. 

- (Emploi de l’iodure de fer dans le), 456. 

- (Emploi du sel marin dans le traitement du), 456. 

- (Emploi de l’acide hydrochlorique dans le traitement du), 456. 

Diagnostic chirurgical (Des erreurs en chirurgie et des difficultés du), 464. 

Difformités de la face (Traité sur l’art de restaurer les) selon la méthode 
par déplacement ou méthode française, par M. Serre, professeur 
a Montpellier, 128. 

Digitale (De l’emploi de la teinture de) à haute dose, associée au nitrate 
dépotasse, dans les affections organiiiues du coeur, par M. De- 
breyne, 412. ■ 

- pourprée (Un mot sur la graine do 1 if comme succédané de la), 

par M. Stan. Martin, itt. 

Douleurs (Calorique en ignitiou appliqué au tiailemeut des), 68. 

- nerveuses (Emploi des feuilles de helladone dans les), 310. 

- névralgiques (De la cessation de cerlaines) par la compression de 

la carotide, 46.). 

Douve du foie. Présence de ce ver dans la veine-porte chez l’homme, 465. 

Droguistes (Fraudes des), 2i0. 

Dyssenterie épidémique (Note sur le traitement d’une), 68. 

Dyspepsies (De la mastication et du choix des aliments dans les), 70. 

Dystocie (Hydatides du rein chez le fœtus comme cause de), 471. 

E. 

Eau de Monterossi (Note sur les propriétés hémostatiques de 1’) et du seigle 
ergoté, par M. Mialhe, 283. 

- du laurier-cerise (Observation sur 1’), par M. Mialhe, 366. 

Eaux minérales d’Enghien (Une saison aux); considérations hygiénitiues 
sur cet établissement, etc., par M. Reveillé-Pari.se, 54. 

E,cole de pharmacie (Chaire de physique vacante à 1’) de Montpellier, 160. 

Économie animale (Quelques réflexions sur l’action du sulfate de iiuinine 
dans T), par M. Mialhe, 441. 

Ectropion (Exemple de guérison de 1’) par la méthode sons-culanée,,310. 

Eczema (Considérations pratiques sur 1’) et sur son Iraitement, par M. Éniery, 
médecin de l’nôpitai Saint-Louis, 92. 

Electropuncture (Emploi de l’I dans le traitement des surdités tenant à la 
, paralysie du nerf acoustique, par Joberl de Lambalie, 103. 

Eméto-cathartiques (Des avantages qu’ont pré.sentés les) et les purgatifs dans 
le traitement des érysipèles bilieux qui ont régné en 1842, par 
M. Fuster, 251. 

Emplâtre de E'igo (De 1’) cura mercurio dans les affections syphilitiques 
de la pean, 299. 

Empoisonnement tCas d’) d’un nouveau-né par une goutte et demie de lau¬ 
danum, 310. 

-(Observation d’) par le cérat fait avec des bougies de nouvelle fabri¬ 
cation , dans la composition desquelles entre de i’acide arsénieux, 
465. 

Enquête clinique (Proposition d’une) pour établir le meilleur traileuieni à 
appliquer à la lièvre typhoïde, 81. 

Entorse. Nouvelles recherches sur son traitement par l’eau froideet la ma¬ 
nière de l’employer, 383. 

Epidémie de Strasbourg et d’Avignon (L’), signalée comme méningite, 
doit être considérée comme une lièvre nerveuse, 71. 

- de suette miliaire (Un mot sur une), par M. Geneuii, D. M. à Jou- 

zac (Charente), 294. 



EpitepHe (Ëniplui du bleu de Prusse contre P), 70. 

- (Sur plusieurs cas de guérison de 1’) par un autipériodique, valé¬ 
riane, poudre de Gutlète et poudre de Carignan, 466. 

Epingles (Phlébite morteile par suite de l’emploi des) dans le traiteineut 
des varices, 378. 

Ereetile (Guérisun d’une tumeur) par l’emploi du vaccin, par M. Pigeaiw, 

Ergot de seigle (Nouveiies recherches sur la nature et la formation de 1’), 
310. 

Erysipèle (Emploi de la pommade au nitrate d’argent dans 1’), 63. 

- épidémique dans les hôpitaux (Note sur un), 58. 

- traumatique (Heureux emploi de la solulion de nitrate d’argent 

pour arrêter la marche d’im) grave, par JI. Taiichou, 51. 

Erysipèles (Des avantagesqu'ont présentes les éméto-ealhartiques et les pur¬ 
gatifs dans le traitement des) qui ont régné en 181-2, par M. Pes¬ 
ter, 251. 

Esquilles volumineuses (conduite à tenir à l’égard des), 221. 

Estomac (Cancer de 1’), avec absence de symptômes, 65. 

-(P(!rforations spontanées de 1’) <iui ont lieu pendant la vie et de 

celles qui arrivent après la mort, 141. 

E.ther (Hernie étranglée réduite par des arrosions d’), 314. 

Evacuations urinaires (Do la dis|)arili()n des hydropisies sous l’influence 
des) abondantes, par M. Briquet, médecin de l’hôpital Cochin, 
10 . 

Examens-Concours (Modilications aux) et aux Concours, 210. 

Exostose syphilitique (Bons eflets d’un vésicatoire et de riodure de potas¬ 
sium dans un cas d’), 303. 


Faculté de médecine de Paris (Séance d’ouverture de la), 400. 

Fébrifuges (Recherches sur les propriétés) du cuicin, principe actif du 
chardon bénit, par M. Nonat, 105. 

Fécule de pommes de terre pour les eatasplasmes. Sa meilleure préirara- 
tlon, 311. 

Fer (Sur quelques pi-égarations oflicinules ayant pour base le citrate de), 

- (Emploi du peroxyde de) hydraté comme contre-poison de l’arsé- 

niate de potasse, 201. 

- (Du proto-sulfure de) comme nouvel antidote du sublimé corrosif, 

par M. Mialhe, 119. 

-(Tétanos traumatique traité avec succès par le pcrcarbonate de), 


-(Emploi de l’iodurede) dans le diabétès sucré, 377. 

Fièvre intermittente (Exemple d’une) communiquée par la mère h son en¬ 
fant , 380. 

- hémoptysique; son diagnostic et son traitement, 314. 

• -- Jaune (Un mot sur les traitements comparatifs employés contre la), 

- nerveuse (L’épidémie de Strasbourg et d’Avignon, signalée comme 

une méningite, doit être considérée comme une), 71. 

- typhoïde (Projiosition d’une enquête clinique pour établir le meil¬ 
leur traitement à opposer à la), 81. 

- (Emploi du sulfate de quinine à haute dose dans le traitement de 

la), 312. 

- chez une femme de cinquante-six ans, 312. 

— Désignation des caractères pathognomoniques qui établissent l’exi- 
.stence de l’état typhoïde. 384. 

- épidémique dans les hôpitaux, 61. 

Fièvres des marais {Sw l’association du sulfate de quinine à l’acide car¬ 
bonique dans le traitement des), par M. Meirieu Itère, médecin 
de l’hospice Stnnt-Gilles (Gard), 209. 



( 487 ) 

l'ièures pernicieuses ptieumonijues, 1*5. 

Fistule lacrymale (Sur deux cas de) guéris sans opéi'ûüon iwr les aiUiplilu- 
gfsiiques, *58. 

Flux du canal intestinal (De l'emploi de la inoiiésia dans le iraitemenldes) 
atoniques. et ses applications et gargarismes dans la slumatile 
mercurielle, 891. 

Fastus (Hydatides du rein chez le) comme cause de dystocie, tTl. 

Foie (Abcès du) avec hydatides; guérison par l’ouverlnre urtiiicielle au 
moyen de la potasse et du bistouri, 22t. 

-(Kyste hydatique du) ouvert avec le caustique de Vienne et le tro¬ 
cart, 73. 

—- (Exemple d’une transposition du) à gauche et du coeur à droite, 
constatée il y a trente ans chez une dame qui vit avec cette ano¬ 
malie, 398. 

- de raie (Examen chimique de l’huile de). Formule d’un nouveau 

sirop pour l’emploi de celle huile, par M. Miulhc, *6. 

-(Pré.'ence de la douve du) dans la veine-porte chez l’homme, *85. 

Fracture (Consolidation d’une) chez un vieillard, malgré l’existence d’une 
affection sy|)hiliti(iue constitutionnelle et pendant un traitement 
mercuriel, 30*. 

- de la clavicule (Nouvel appareil pour la), par M. Edme Simonin, 

chirurgien on chef des hôpitaux civils (le Nancy, 3*. 

-Description d’un nouvel appareil pour son traitement, 385. 

- des deux clavicules (Observation de), par M. Carrière, agrégé de 

la Faculté de Strasbourg, iVl. 

- de l'extrémité inférieure du radius expliquée par un mécanisme 

nouveau, *67. 

Fractures (Nouveau signe do la consolidation des), *70. 

Fraudes des droguistes, 2t0. 

G. 


Gale (Un mot sur un nouveau traitement de la), *70. 

Gangrène causée par la rougeole dans une partie de la iieau déjà inriliree, 
22t. 

Gastralgie (Queltiues considérations sur la) cl sur si n traituinent, (lar 
51. Sandras, médecin de l’IIôtel-Dieu (annexe), 8*. 

Gastralgies (Un mol sur l’euipioi des opiacés dans le traitement des), par 
M. Padioleau, D. SI. à Nantes, 373. 

Glace sur la tête (Rhumatisme et fausse ankylosé de la mâchoire inférieure, 
occasionnés par l’application de la), 135. 

Glande mammaire (Squirrhe de la) guéri par l’iodure de potassium à haute 
dose, 397. 

Gondret (Amaurose guérie par la pommade de), 302. 

Gourmes chez les enfants (Des); un mot sur le mode de traitement qu’on 
doit leur appliquer, 1*6. 

Goutte (Un mot d’explication snr une formule des pilules de Lartigue cou- 
tre la), par SI. Cronigneau (de Fronsac), chirurgien à l’hôpital mi¬ 
litaire de La Rochelle (Charente-Inférieure, 207. 

- Explication de SI. Bouchardat, pharmacien de rHôlel-Dieu de Paris, 

au sujet de la lettre précédente, 208. 

- sereine (Nouvelles recherches sur le traitement de la) ou amaurose, 

par SI. Pétrcqubi, chirurgien en chef désigné de l’hépiial de Lyon, 
276. 

Grossesse (Des pertes d’eau pendant la), par SI. Gbailly-Uonoré, *36. 


Hallucinations (De l’emploi avantageux d(! l'extrait de datura strammo- 
nitim dans le traitement des), 380. 

-(Effets nuis, chez queliptes malades, du radniinistrulioii du datura 

strammonium dans les', *71. 



( 488 ) 


Hémoptytie. Fièvre intermittente hémoptysique, son diagnostic et son trai¬ 
tement, 314. 

Hémorrhagie de la paume de la'main (Ligature des artères radiale et cubi¬ 
tale pour une), 302. 

- mortelle, suite de l’estraclion d’une dent, 135. 

- nasale (Nouveau moyen hémostatique pour 1’), 72. 

Hémorrhagies (Des) à la suite de l’opération de la taille, et de leur traite¬ 
ment, 387. 

- utérines traitées èvcc succès par le tannin, 72. 

Hémostatique (Nouveau moyen) pour l’hémorrhagie nasale, 72. 

Hémostatiques (Note sur les propriétés) du seigle ergoté et de l’eau de Mon- 
terossi, par M. Mialhe, 283. 

Hérédité de certains vices de conformation, 72. 

Hernie étranglée (Corps étrangers dans l’intestin mettant obstacle au cours 
des matières fécales après le débridemenl d’une), 231. 

- étranglée réduite par des arrosions d’éther, 314. 

Huile de foie de raie (Examen chimique de 1') {Paya clavata et 11. bâtis). 

— Formule d’un nouveau sirop pour l’emploi de cette huile, par 
M. Mialhe, 45. 

Hydartrose du genou (Incision sous-cutanée appliquée au traitement d’une 
volumineuse), 315. 

Hydatides du rein chex le fœtus comme cause de dystocie, 471. 

Hydrocèle (Sur un accident qui peut suivre la ponction dans 1’), 59. 

Hydrocéphale chronique (Traitement de 1’) par la ponciion du crène, par 
M. Max. Duraml-Fardcl, 190. 

Hydrochlorate de morphine (Note sur quelques modifications au (iroccdé 
de Grégory |iour la préparation de 1’), par M. Mialhe, 50. 

Hydropisie (Cas d’) (lans la gaine du jambier postérieur, traitée par l’injec¬ 
tion iodée, 210. 

-(Exemple remarqualîle d’une) guérie après seize ans de durée et 

huit cent (jnatre-vingl-six ponctions, 351. 

Hydropisies (Disparition des) sous l’inlluence des évacuations urinaires 
abondantes, par M. Briquet, niédecin de l’hôpital Cochin, 10. 

- des articulations (Mémoire sur les injections iodées dans les) et les 

abcès des articulations, par M. Bonnet, chirurgien en chef de 
l’HOlel-Dieu de Lyon, 340, 417. 

- passives (Traitement des) et particulièrement des avantages d’un 

vin diuretique particulier dans ces afléctions, par M. Debreyne, 
D. M. à la Grande-Trappe (Orne), 176. 

Hydrosulfate de soude (Sur de récentes sophistications de la codéine et de 
1’), par M. Mialhe, 199. 


I. 

If (Un mot sur les graines de 1’) comme succédanées de la digitale pourprée, 
par M. Stan. Martin, 444. 

Incision sous-cutanée (de 1’) appliquée au traitement d’une volumineuse 
hydartrose du genou, 315. 

Injection iodée (Cas d’hydropisie dans la gaine du jambier postérieur, trai¬ 
tée par 1’), 216. 

-dans le traitement d’un kyste de la thyroïde, 218. 

Injections (Des) dans l'intérieur de l’utérus, 237. 

-- iodées (Mémoire sur les) dans les hydropisies et les abcès des arti¬ 
culations, parM. Bonnet, chirurgien en chef de l’Uôtel-Dieu de 
Lyon, 340, 417. 

Introduction de l’air dans les veines à la suite d’une saignée du bras, 
473. 

- pendant l’extirpation d’une tumeur du cou, 474. 

Iode en vapeur. Emploi de la vapeur d’iode dans la phthisie pulmonaire, 

lodure de fer (Emploi de 1’) dans le diabétès sucré, 377. 

- Son emploi dans le diabétès, 456. 

- de potassium (Quelques observations sur l’elBcacilé de 1’) dans les 



( 489 ) 

cas de syphilis secondaire et tertiaire, par M. Langevin (dn Ha¬ 
vre), ÏO. 

lodure de potassium (Bons effets de l'association du mercure à 1’) dans un 
cas de cancer très-grave, 59. 

-(Emploi de 1’) dans les ulcères atoniques, 132. 

-(Emploi de 1’) dans le rhumatisme articulaire, 152. 

- (Études sur l'action de 1’) pour servir à régler l'adminislratiou de 

ce remède, par M. Ricord, 161. 

- (Bons effets d’un vésicatoire et de 1’) dans un cas d’exostose réputée 

syphilitique, 303. 

- (Squirrhe de la glande mammaire guéri par 1’) à haute dose, 397. 

- (Encore un mot sur 1’) dans les affections squirrheuses des glandes, 

par le docteur Barras, *50. 


J. 

Jambier postérieur (Cas d’hydropisic dans la gaine du] traitée par l'injection 
iodée, 216. 

Jumeaux (Sur un accouchement de trois) vivants, avec engagement simul¬ 
tané de deux têtes, parM. Cliailly-Honoré, ex-chef de clinique 
d’accouchements de la Faculté de Paris, 120. 

R. 


Kyste bydatique du foie ouvert avec le caustique de Vienne et le trocart, 
73. 

- de la thyroïde traité par l’injection iodée, 218. 

Kystes des os maxillaires (Quelques données pruli(|nes sur les), 316. 


L. 


Lacrymale (Sur deux cas de iistule) guéris sans opération par les antiphlo¬ 
gistiques, i.58. 

iMCtate de quinine (Emploi du valérianate et du), 151. 

Lactucarium (Note sur le), la manière de l’obtenir, et ses propriétés médi¬ 
cales, par M. Aubergier, docteur ès sciences, professeur sup¬ 
pléant à l’École de médecine de Clermont-Ferrand, 363. 

Xaudanum' (Empoisonnement d’un nouveau-né par une goutte et demie 

/.aurier-cefise (Une observation sur l’eau de), par M. Mialhe, 366. 

Larrey. Sa mort, 159. (Monument élevé à), *79. 

Lésions anatomiques (Nature des) de la commotion cérébrale, 67. 

Lichen d'Islande (Des préparations dont le) est la base, par M. Bouebardat, 
pharmacien en chef de l’Hôtel-Dieu, 12. 

Ligature des artères radiale et cubitale pour une hémorrhagie de la paume 
de la main, 302. 

Uniment oléo-calcaire. Bons effets de son association au coton cardé dans 
le traitement des brûlures de la jeune enffince, *52. 

TJqueur d’opium acétique de Houllon (Formule de la), 73. 

Taxation (Exemple d'une) incomplète de l’extrémité supérieure du radius 
en avant, 7t. 

- externe de la clavicule au-dessous de l’apophyse coracoïde, 318. 

- du coude en arrière (Description d’un nouveau mode de réduction 

pour la), 388. 

- du sternum (Recherches sur la), affection extrêmement rare, 1*7. 

M. 

Mâchoire (Rliumatisiue et ankylosé de la) occasionnés par l’application de 
la glace sur la tète, 135, 



( 490 ) 


Maladies {Des mcdieatious secondaires dans les), 321. 

-(Des fonctions et des) nerveuses dans lenis rapports avec l’édu¬ 
cation sociale et privée, morale et physique, par le docteur Cerise, 
202 . 

Mastication (De la) et du choix des aliments dans les dyspepsies, 70. 

Médecine et chirurgie. Caractères dilFérenliels de ces deux branches de la 
science : elles doivent être maintenues nettement séparées, 383. 

Médecins députés, 80. 

Médicaments (Quelques réflexions sur l’abus des), ou la polypharmacie; 

rappel à la simplicité des formules, par M. Foi-get, prüre.sseHr à 
la Faculté de Strasbourg, 2tl. 

Médications secondaires (Des) dans le traitement des maladies, 321. 

Menstntation (Influence de la phthisie sur la), 7.5. 

- (De la) considérée dans ses rapports physiologiques et pathologiques, 

par M. Brierre de Boisinont ; ouvrage couronné par l’Académie 
de médecine, 237. 

Mercure (Bons eifets de l’as-sociation du) à l’iodure de potassium dans un cas 
de cancer très-grave, 53. 

- (Cautérisation pharingée avec le nitrate acide de) dans quelques 

affections spéciales, parM. Vayan, chirurgien en chef de l’HÔtel- 
Diou d’Aix, 109. 

- (Ce ()roto-iodure de) peut être administré à plus haute dose qu’on 

ne le fait, par M. Mialhe, IIS. 

Méthode sous-cutanée (Exemple de guérison de l'eetropion parla), 310. 

Morphine (Note sur quelques modifications au procédé de Grégory pour la 
préparation de 1 hydrochlorate de), par M. Mialhe, 50. 

Melhiscum non contagieux. Exemple de celte maladie de la peau, extrê¬ 
mement rare, 391. 

Monésia (De l’emploi du) dans le traitement des flux intestinaux alouiques, 
diarrhée, dyssenterie, et ses applications et gargarismes dans la 
stomatite mercurielle, 391. 

Morve (Ordonnance de police sur la), 210. 

Mouches (Préparation d'un papier propre à la destruction des), 392. 

Mo.Ta fait avec la chaux vive, 318. 

.Utiséo Dupugtren. Muséum d’anatomie pathologique de la Faculté du mé¬ 
decine de Paris, ou Musée Dupuytren, 205. 

N. 

A'aphtaline (Un mot sur l’emploi du la pommade à la) concrète dans le 
traitement du psoriasis, par M. Émcry, médecin de l’hOiiital Saint- 
Louis, 17. 

A'erf acoustique (Emploi de l’éleclropuiictiire dans le traitement des surdités 
tenant à la paralysie du), par M. Jobert de Lamballe, 103. 

A'évralgies (De la disparition de certaines) par la compression de la caro¬ 
tide, 165. 

Nitrate d’argent (Heureux emploi de la solution de) pour arrêter la mar¬ 
che d'Un érysipèle traumatique grave, par M. Tanchoii, 51. 

- (Emploi de la pmniiiadu au) dans férysi[)èle, 63. 

-(Traitement abortif de la blennorrhagie par les iitjcctions de) à 

hante dose, 225. 

- acide île mercure (Cautérisation pharyngée avec le) dans quelifucs 

aCTeclions spéciales, par M. Payan, chirurgien en chef de l’Hôtel- 
Dicu d’Aix, 109, 

- de potasse (De l’emploi de la teinture de digitale à haute dose, 

associée au) dans les affections organiques du cueur, 4-13. 

A'oilosité des tendons. Quelques réflexions sur cette affection, 476. 

A'oiiveau-né (Em))oisonncnieut d’un) i>ar une goutte et demie de laudanum. 

Nouveau-nés i Eni|)loi extérieur du caloniul dans rophthalniic des), 149. 




0 . 


Oliil. Corps élranger volumineux qui a styouriié pendaiil irois ans dans 
l’inlérieur de cel organe, 302. 

Opiilhalmie des nouveau-nés (Emploi exlérieur du calomel dans 1’), lio. 

Opiacés (Un mol sur l’emploi des) dans le traitement des gastralgies, par 
M. Padioleau, D. M. à Nantes, 373. 

Opium (Formule de la lùiucur acétique d’) de lloulton, 73. , 

-(Cas intéressant de delirium iremens traité par 1’), 309. 

Oreilles (Tuméfaction des) chez les aliénés, 225. 

Organes urinaires et çénilaux (Rercherches anatomiques, pathologiques 
et thérapeutiques sur les maladies dos), considères principale¬ 
ment chez les hommes âgés, 375. 

Os majcillaires (Quehiues données pratiques sur les kystes de.s), 316. 

Ouïe (Nuis effets du strarainonium’dans quelques cas d'hallucinations de 1'), 


P. 


Padioleau. Traité de la gastrite et du régime alimentaire (analyse), i5ü. 

Papier pour détruire les mouches (Préparation d’un), 392. 

Paralysie convulsive. Symptômes et traitement de celte rare affection, 75. 

- du nerf acoustique (Empioi de l’électropiincture dans le traitement 

des surdités tenant à la), par M. Johert de Lamballe, 103. 

Pâte caustique (Sur une nouvelle) avec le sulfate de cuivre et sur son em¬ 
ploi dans la pustule maligne, par M. Pavan, chirnrgien en chel 
de rHôtol-Dicu d’Aix, 43i. 

Paupières (Emploi du colon cardé pour protéger la cornée contre les caus¬ 
tiques portés sur les), 68. 

- (Mémoire sur la blépharoplastie ; avantages de la méthode de Cclse 

et de certains procédés pour la réparation des pertes de substance 
des deux), par M. Guillon, I). M. à Cozes (Charente-Inférieure), 
122 , 

Peau (Remarques pratiques sur l’emploi de la pommade au précipité blanc 
dans quelques plaies et certaines affections de la), par le profes¬ 
seur Velpeau, 38. 

- (Emploi de l’emplâtre de Pigo cum mercurio dans les affections 

sypbilititiucs de la), 299. 

Pellagre (Cas de) observé à l’hôpital Saint-Louis, 133. 

Pelletier. Sa mort, 80. — Ses funérailles, 156. 

Perfbrations de l’estomac (Des) spontanées qui ont lieu pendant la vie et 
de celles qui arrivent après la mort, lit. 

Péricardite (Quelques réflexions sur la nature de la), U9. 

Pertes d’eau (Des) penilant ta grossesse, par M. Cliailly-Honoré, ex-chef 
de clinique d’accouchements de la Faculté de Paris, 436. 

PAamiacfsfCours complet de), parM. Lecanu, professeur titulairede l’iîcolc 
de pharmacie de Pans, 52. 

Philosophie médicale. La meilleure est celle qui prend pour base l’obser¬ 
vation et l’expérimentation, 232. 

Phimosis (EOicaeité de la belladone dans le), 319. 

Phlébite mortelle (Cas de) par suite de l’emploi des épingles dans le traile- 
ment des varices, 378. 

Phthisie (Influence de la) sur la menslrtialion, 75. 

- pulmonaire (Influence du tabac sur la), 76. 

- (Emploi de la vapeur de l’iode dans la), 149. 

- (Étude comparative de la) chez rtiomme et les animaux, 233. 

Physique (Chaire de) vacante à l’École de pharmacie de Montpellier, 160. 

Pierre dans l'urètre arrêtée à la suite de la lilhoiritie. Nouveau procédé de 
désobstruction du canal, 150. 



Pilules de calomel (Note sur les) et sur leur transformation en sublimé, 

200 . 

Pihtles de Lartigue (Un mot d’explication sur une formule des) contre 
la goutte, par M. Crouigneau (de Fronsac), chirurgien à l’hôpital 
militaire de La Rochelle (Charente-Inférieure), 207. — Explica¬ 
tion de M. Bouchardat, pharmacien de l’Hôtel-Dieu de Paris, au 
sujet de la lettre précédente, 208. 

Plaie de tite (Abcès du cerveau consécutif à une), M. 

Plaies de la prostate (Recherches sur les) et sur leur traitement, 395. 

Pneumonie catarrhale (Sur les caractères et le traitement de la) épidémique 
qui a régné à Paris au commencement de 1840, 393. 

Polypes du rectum (Considérations sur quatre) observés sur de jeunes gar¬ 
çons de deux ans et demi à sept ans et sur leur traitement, par 
M. Bourgeois, chirurgien en chef de l'Iiôpital d’Étampes, 263. 

Polypharmacie (Quelques réflexions sur l’abus des médicaments ou); rap¬ 
pel à la simplicité des formules, par M. Forget, professeur à la 
Faculté de Strasbouni, 241. 

Polysarcie (De la) considérée comme imminence morbide ou comme ma¬ 
ladie, et de son traitement, par M. Max. Simon, 169. 

Pommade de Gondret (Amaurose guérie par la), 302. 

- au nitrate d’argent (Emploi de la) dans rérj!.ipèle, 63. 

- an précipité blanc (Remarques pratiques sur l’emploi de la) dans 

quelques plaies etcertaiues aOectious de la peau, par le profes¬ 
seur Velpeau, 38. 

Ponction dans l'hydrocèle (Sur un accident qui peut suivre la), 59. 

- du crâne (Traitement de l’hydrocéphale chronique par la), par 

M. Max. Durand-Fardel, 190. 

Potasse (Emploi du peroxyde de fer hydraté comme contre-poison de Par- 
séniate de), 20t. 

Potassium (Quelques observations sur l’eOicacité de l’iodure de) dans les cas 
de syphilis secondaire et tertiaire, par M. Langevin (du Havre), 
20 . 

-(Bons effets de l’association du mercure à l’iodure de) dans un cas 

de cancer très-grave, 59. 

-(Emploi de l’ioduredei dans les ulcères atoniques, 132. 

-(Emploi de l'iodure de) dans le rhumatisme articulaire, 152. 

- (Études sur l’action pathogéuique do l’iodure de) pour servii’ à ré¬ 
gler l'administration de ce remède, par M. Rirord, 161. 

-(Bons effets d’un vésicatoire et de l’iodure de) dans un cas d’exostose 

réputée syphilitique, 303. 

-(Squirrhe de la glande mammaire guéri par l’emploi de l’iodure de) ■ 

à haute dose, 397. 

Pomlre dentifrice (Formule pour la préparation d’une nouvelle), 150. 

- de Carignan contre l’épilepsie, 466., 

- de Guttéte contre l’épilepsie, 466. 

Précipité blanc (Remarques pratiques sur i’em|iloi de la,pommade au) dans 
quelques plaies et certaines airectlous de la peau, par le profes¬ 
seur Velpeau, 38. 

Préparations ferrugineuses (Un mot sur la chlorose aiguë ut chronique, 
et sur sou traitement par un nouveau mode de), par M. Dauver- 
gne, médecin de l’hospice de Manosque (Basses-Alpes), 263. 

Prix des Annales d’oculistique, 400. 

Prostate (Diagnostic et traitement des calculs de la), 229. 

-(Recherches sur les plaies de la) et sur leur traitement, 395. 

Psoriasis (Un mot sur remploi de la pommade à la naphtaline coucrète 
dans le traitement du), par M. Émery, médecin de l'hôpital Saint- 
Louis, 17. 

Purgatifs (Des avant âges qu’ont présentes les éméto-catbartiques et les) dans 
le traitement des érysipèles qui ont régné en 1842, par M. Fus- 
ter, 251. 

Pustule maligne (Un mot sur une nouvelle pôle caustique avec le sulfate 
de cuivre et sur son emploi dans la), 434. 



( 493 ) 

Q*. 

Quinine (Emploi du valérianale et du lactate de), 151. 

- (Asthme intermittent guéri par ie suifate de), 65. 

- (Sur i’association du sulfate de) à i'acide carbonique dans le traite¬ 
ment des lièvres des marais, par M. Meirieu père, médecin de 
l’hospice Saint-Gilles, 209. 

-(Emploi du sulfate de) à haute dose dans le ti-aitement de la fièvre 

typhoïde, 311. 

-(Emploi du lactate et du vaiérianate de), 151. 

-(Essais d’un nouveau traitement du rhumatisme articulaire aigu, 

con.sistant dans l’emploi du sulfate de) à haute dose, parM, Bri¬ 
quet, médecin de l’hôpital Coebin, 328. 

-("Sur quelques accidents causés par le suifate de), 451. 

- (Quelques réflexions sur l’action du sulfate de) dans l’économie 

animale, par M. Mialbe, 441. 

Quinguina (Note sur la clnchovine, nouvel extrait du), 143. 

R. 

Radius (Luxation incomplète de l’extrémité supérieure du) en avant, T4. 

- (Fracture de l’extrémité inférieure du) expliquée par un mécanisme 

nouveau, 467. 

Ramollissement du cerveau (Un mot de rectification relativement à un fait 
de guérison de) annoncé par M. Max. Durand-Fardel, 124. 

Ralanhia (Propriétés astringentes de l’extrait de) sulfaté, 319. 

Rectum (Considérations sur quatre polypes du) observés sur de jeunes gar¬ 
çons de deux ans et demi à sept ans et sur leur traitement, par 
M. Bourgeois, chirurgien eu chef de l’hôpital d’Étampes, 263. 

Rein (Ilydalides du) chez le fœtus comme cause de dystocie, 471. 

Rétention d’urine causée par l’usage du vin, 152. 

Réunion d’une partie de la face (Exemple de) entièrement séparée, 76. 

Révulsifs cutanés (Un mot sur certains accidents causés par les), 475. 

Rhumatisme (Sur quelques accidents graves occasionnés par l’administra¬ 
tion du sulfate de quinine à haute dose dans le), 454. 

Rhumatisme articulaire (Emploi de l’iodure de potassium dans le), 152. 

- aigu (Essais d’un nouveau traitement du) consistant dans l’emploi 

du sulfate de quinine à haute dose, par M. Briquet, médecin de 
l’hôpital Cochin, 328. — AccidenU, 454. 

- de la mâchoire (Ankylosé et) occasionnés par l’application de la 

glace sur la tète, 135. 

• Rougeole (Gangrène causée par la), dans une partie de la peau déjà infdtrée, 
221 . 

S. 

Saignée (Introduction de l’air dans les veines à la suite d’une), 473. 

Sangsue (Ahcès iiulmonairo guéri par une ouverture spontanée amenée par 
la piqûre d’uné), 460. 

Sangsues (Meilleur moyen d’utiliser une seconde fois les), 233. 

Saponaire (Nouvelle formule pour la préparation du sirop de), 120. 

Scarlatine ayant déterminé nneanasarque; mort par suffocation, 139. 

Seigle ergoté (Principes actifs du), 77. 

-(Emploi du) dans certains cas d’urétrite, 78. 

-(Note sur les propriétés hémostatiques du) et de l’eau de Monterossi, 

par M. Mialhe, 283. 

-(Un mot sur l’influence de l’emploi du) sur l’asphyxie des enfants, 

395. 

Sel marin (Emploi du) dans le traitement du diabétès, 456. 

Sens (Catalepsie et somnambulisme avec transposition des), 65. 

Sirop ferrugineux (Préparation d’un nouveau), par M. Mialhe, 47. 

- 'nouveau pour l’emploi de l’huile de foie de raie; e.\amen chimique 

de celte huile, par M. Mialhe, 45. 

- de saponaire (Nouvelle formule pour la préparation du), 120. 



( 494 } 

Société de médecine de Strasbourg (Fondation de la), 400. 

Sœurs de la Charité à Alger, 400. 

Somnambulisme (Catalepsie et) avec transpo.sition des sens, 65. 

Soude (Sur de récentes sophistications de la codéine et l’hydrosullhte de) 
par M. Mialhe, 199. 

Spéculum (Sur un nouveau) pour l’urètre, 477. 

Squirrhe de la glande mammaire gtiéri par riodnre de potassium à liatilo 
dose, 397. 

- Un mot sur l’iodure de potassium dans les affections snuirrlieiises 

des glandes, par M. Barras, 450. 

Staphylàme pellucide conique de ta cornée ^Mémoire sur le) (conicité de 
la cornée) et paiticiilièreinent sur sa patliogénie et son traite¬ 
ment , avec quelques remaripies sur le.5 staphylflmes en général, 
par M. Sichel, 181,209, 354. 

-(Deux observations de) recueillies à la clinique ophllialmologiqiiu 

de M. le professeur A. Bérard, par M. Lhommeau, chef de cli¬ 
nique, ancien interne des hôpitaux, 307. 

Statistique en thérapeutiifue (De la), 1,53. 

- médicale de riiôpilal militaire du Gros-Caillou, par le baron Michel, 

.57. 

Sternum (Recherches sur la luxation du), affection extrêmement rare, 147. 

Stomatite mercurielle (De l’emploi de la monésia <lans le traitement des 
flux intestinaux atoniques, diarrhée, tlyssenlerie, et ses applica¬ 
tions et gargarismes dans la), 391. 

Strammonium (.VuTs effets de l’emploi du daltira) dans quel(|ues cas d’hal¬ 
lucinations de i’ouîe, 47t. 

Strasbourg (Congrès scientiliqne de), 399. . 

Sublimé corrosif (Du iiroto-sulfiire (le fer comme nouvel antidote du), par 
M. Mialhe, 119. ' 

-(Note sur la transformation dus pilules de calomel en),' 200. 

Sucreries coloriées (Danger des) avec des substances toxiques, 154. 

Suette (Sur queUpies cas de) observés il Paris, 234. 

- miliaire (Un mol sur une épidémie de), par M. Geneuil, D. M. é 

Jonzac (Charente), 294. 

Sulfate de cuivre (Sur une nouvelle pèle caustique avec le) et sur son em¬ 
ploi dans queltiues affcclinns chirurgicales, et notamment clans 
ta pustule maligne, par M. Payan, cliinirgien en chef de l'Hôlel- 
Dieu (i’Aix, 434. 

Sulfate de quinine (.\sthme inlermittcnt guéri par le), 65. 

-(Sur 1 association du) a l’acide carbonique dans le traitement des 

lièvres des marais, par M. Meiricu père, médecin de l’hospice 
Saint-Gilles (Gard), 209. 

-tEmplol du) à haute dose dans le traitement de la fièvre typhoïde,* 

311. 

-(Essais d’un nouveau traitement du rhumatisme articulaire aigu, 

consistant dans l’emploi du) à haute dose, par M. Briquet, méde¬ 
cin de riiôpital Cochin, 328. 

-(Queltiues réflexions sur l’action du) dans l’économie animale, par 

M. Mialhe, 441. 

- (Sur (luelques accidents graves occasionnés par l’administration diO 

à hante dose dans le rhumatisme, 454. 

Surdités (Emploi de réleclropmiclure dans le traitement des) tenant à la 
paralysie du nerf acoustique, par M. Joliert do Lamltalle, 103. 

Syphilis. Emploi des arsenicaux dans quehiues ulcérations svphilitiqiies 
invélériVs, 02. 

- secondaire et tertiaire (Quelques oliservations sur l’eflicacilé ih' 

l’iodnre do pulassiiiiu dans les cas dt'), par M. I.angevin, D. M. 
au Havre, 20. 

T. 

Tabac (Influence du)sur la phthisie pulmonaire, 76. 

Taille (Des hémorrhagies à la suite de l’opération de la) et de leur Iraile- 



( 495 ) 

Tannin (Hémorrhagies utérines traitées avec succès par le), 72. 

Teinture de digitale (De l’emploi de la) à haute dose, associée au nitrate 
de potasse, dans les affections organiques du coeur, par M. De- 
hreyno, HS. 

Tendons (Quelques réflexions sur ce qu’on nomme nodosités des). iTtt. 

Tendon d'Âchille (Kuplure iucomplelo du), 235. 

Tétanos traumatique traité avec succès par le porcarhonale do for, 398. 

Thérapeutique médicale. Quelles sont les principales conditions du (irogrès 
eu iherapeulique, 5. 
e (Kj’.ste de la) traité par 

(Régies à observer dans ., ,_,, 

cicn en chef du rbôpilal Saint-Louis, 286. 

Trachée-artère (Asphyxie causée par l’introduclion d’un petit poisson dans 
la), 460. 

Trachéotomie (Cas de) faite avec succès dans un cas d’anuino scarlatineuse, 
236. 

- suivie de guérison chez deux eiifanis alloints du croup, 307. 

Transmission des dartres (Un mot sur la) de l’animal à l’homme, par M. F, 
Dassit, D. W. à Confolens (ChareiUel, 211. 

Transposition des sens (Catalepsie et somnambulisme avec), 65. 

- du cœur à droite (Exemple d’une) et du foie à gauche, constatée il 

y a trente ans chez une dame qui vit avec celte anomalie, 398. 

Tremblement mercuriel (Fait cnrioiix de), 15i. 

l'ubercules (Les antiphlogistiques peuvent dans certains cas retarder la sup¬ 
puration des), 379. 

'Tumeur érectile (Exenijjle d’une) traitée par un nouveau iirocédé, 77. 

-(Guérison d’une) par l’emploi du vaccin, par M. Pigeaux, «9. 

- du cou (Introduction de l’air dans les veines pendant l’extirpation 

Tumeurs fongueuses des deux mamelons inocuhms par l’allaitement d’un 

7’j/pAoïdes'J’N oIc sur; la complication de quelques phénomènes dits) avec 
des maladies diverses, par M. Ainédéc Latour, 401. 

Typhus convulsif épidémiqu^,djiM(i^ar le) qui a régné en Italie, 153. 


J ^ 

Ulcération (Cas reniarquaye ^’'0e l’arlèiii'! thyroïdienne inférieio’e, s 
Ulcères atoniques (EmplpyleTiô^flfe d»Imtassium dans les), 132. 

Urètre (Pierre dans 1’) arrf^ à la suito.'Se la lilhotritie. Nouveau piuceue 
, de désobstructionSlliTanôl, 4^0. 

-(Sur un nouveau spéculum'ypuél’), 477. 

Urétrite (Emploi du seigle ergoté'ddnS'Terlains ras d’), 78. 

Urines critiques (Nouvelles recherches sur ce qii’ou doit entendre par), 
478. 

Utérus (Cancer du col de P) guéri par le cautère actuel, 305. 

-(Cas d’aménorrhée causée par l’engorgement de P', 216. 

-(Des injections ilans P), 237. 


Uaccin (Guérison d’une tumeur érectile, par l’emploi du;, par M. Pigeaux, 


Uaccinations. Résultat dus revaccinations pratiquées dams l’arnuM! prus¬ 
sienne eu 1841, 160. 

l'alérianate de quinine (Emploi du laclate et du), 151. 

/ alériane. Sou emploi contre l’épilepsie, 466. 

Uarices (Phlehite mortelle par suite de l’emploi des épingles dans le Iraile- 
inent des), 378. 

T'ariole (Sur la transmission de la) de l’homme aux animaux, 398. 
Ueine-porte (Présence de la douve du foie dans la) chez l’homme, 405. 





( 496 ) 

Veines (Introduction de l’air dans les) à la suite d’une saignée du bras, 
473. 

-(Introduction de l’air dans les) pendant l’extirpation d’une tumeur 

du cou, 474. 

Vésicatoire (Bons effets d’un) et de l’iodure de potassium dans un cas d’exos¬ 
tose réputée syphilitique, 303. 

Vices de conformation (Hérédité de certains), 72. 

Vidangeurs (Note sur la santé et les maladies des), 155. 

Vieillesse (La) ne contre-indique pas les opérations des cancers, par M. A. 
Michel, D. M. à Barbentane (Bouches-du-Rhône), 291. 

Virilité (Exemple remarquable de la perte des insignes de la), 238. 

Vin (Usage du) ayant causé une rétention d’urine, 152. 

—— diurétique (Traitement des hydropisies passives et emploi avanta¬ 
geux d’un) particulier dans ces affections, par M. Debrevne, D. M. 
a la Grande-Trappe (Orne), 176. 

Vomique. Suite d'apoplexie pulmonaire, 239. 

Vulve (Gheiloplastie de la) et de la bouclie par un procédé nouveau, 130. 


FIN nn L4 TABLE DC TOME VINGT-TROISIEUE .